LOUIS XVIII. - RESTAURATION
que d’uniformes du lemps de l’Empire. Enfin, comme pour répandre partout l’élément clérical de la Restauration, on mit des aumôniers daus les régimcnlsct l’on enjoignit aux soldats do Napoléon d’aller ô confesse! Les Bourbons, qui n’avaient jamais été populaires, devinrent par là ridicules et odieux. Les regards et les espérances se tournèrent désormais vers l’ile d’Elbe où les échos de la France apportaient de toutes parts le cri magique de vive l'Empereur! comprimé mais non étouffé dans la conscience publique. Napoléon avait compris que la royauté de Louis XVIII ne reposait que sur un sable mouvant et il attendait son jour qui ne pouvait tarder, pour recommencer l’Empire.
Les Bourbons, endormis par leurs flatteurs, se croyaient maîtres de l’avenir comme du présent : ils poursuivaient aveuglément l’œuvre de restauration monarchique et religieuse que le prince de Talleyrand avait essayé en vain de ramener à des proportions de légalité et de droit constitutionnel. Le baron Louis, une des créatures de Talleyrand, obtint la permission d’appliquer ses systèmes de llnances, plus ingénieux dans la théorie que féconds dans la pratique : il développa, en présentant le budget de 1814 et celui de 1815, scs idées mesquines et improductives d’amortissement. La dette publique, qui présentait, au 1er avril 1814, un ensemble apparent d’un milliard trois ceut huit millions, ne s’élevait en réalité qu’à sept cent cinquante-neuf millions exigibles, et pour la diminuer annuellement, sans parvenir jamais à l'éteindre, il imagina de grossir les impôts. Il ignorait ou plutôt il ne comprenait pas que la dette publique, qui repose sur la conflance et le crédit, est comme une garantie de la prospérité générale et que son poids, si grand qu’il puisse être, ne se fait sentir que dans les crises politiques. Le baron Rouis invoquait l'exemple de l’Angleterre qui a laissé la première augmenter sa dette, en renonçant à la ruineuse chimère de l’amortissement. Les doctrines du minière des finances n’en furent pas moins très-applaudies, et pas une voix n’en proclama la pauvreté prétentieuse. Le budget de 1814, qui fut arrête à la somme de huit cent vingt-sept millions quatre cent quinze mille francs, annonçait un déficit de trois cent sept millions quatre ceut quinze mille francs; mais, dans le budget de 1815, l’équilibre commençait à se rétablir pptrc les recettes et les dépenses, celles-ci étant réduites considérablement sur le chapitre du ministère de la guerre, celles-là s’accroissant sensiblement par suite do la paix. Le budget de 1815 resta donc fixé à cinq cent quarante- sept millions sept cent mille francs; l’excédant des recettes, s’élevaut à soixante-dix millions trois cent mille francs, devait être employé au paiement de l'arriéré; le surplus do cet arriéré serait réuni à la dette publique; mais on faisait face à l’augmentation du capital, par l’amortissement, en aliénant trois cent mille hectares des forêts de l’Etat et en créant des inscriptions de rentes en cinq pour ccnt consolidé, payables à trois années et portant intérêt à huit pourcent. Ou fut d’autant plus satisfait des combinaisons financières du baron Louis, qn’on avait craint une banqueroute, en présence
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d'un déficit qu’on jugeait impossible de combler, et les créanciers de l’État s’estimèrent très-heureux de toucher leurs revenus, sans trop s’inquiéter des fluctuations et de la baisse qui affectaient la rente et qui l’empêchaient de reprendre son niveau. Le jeu de Bourse n’était pas encore devenu la pla.e dévorante du pays, et les agioteurs formaient une caste à part peu nombreuse et presque secrète. Le taux de la rente, pendant la plus grande prospérité de l’Empire, n’avait pas dépassé quatre-vingts francs.
Sur le budget que le baron Louis se vantait d'avoir soumis è de sévères économies, la liste civile et la famille royale allaient absorber trente-trois millions. Dès que ce budget eut été voté , les yeux fermés, par les deux chambres, on leur apporta la loi sur la liste civile, qui fut aussi votée par acclamation. Vingt-cinq millions étaient attribués au roi, et huit à sa famille; la dotation de la couronne se composait du Louvre et des Tuileries avec leurs dépendances; des palais, bâtiments, terres, prés, corps de fermes, bois et forêts formant les domaines de Versailles, Marly, Saint-Cloud, Meudon, Saint- Germain-en-Laye, Rambouillet, Compiègne, Fontainebleau, Pau, Bordeaux, Strasbourg, etc. ; des diamants, perles, pierreries, tableaux, statues, pierres gravées, bibliothèques, et autres monuments des arts, existant soit dans le palais du roi, soit dans le Garde-Meuble, soit dans les musées de la couronne. Les manufactures de Sèvres, des Gohelins , de la Savonnerie et de Beauvais se trouvaient comprises dans le domaine de la liste civile. Tous ces biens, déclarés inaliénables et imprescriptibles , étaient exempts de contributions publiques. Mais cette énorme dotation ne suffisait pas à la dynastie nouvelle : les Bourbons n’étaient pas devenus plus économes en cessant de vivre d’emprunts, et ils avaient déjà ouvert un autre livre rouge pour y inscrire les noms de leurs pensionnaires et de leurs créatures. La présentation de la loi sur la liste civile ne satisfit point encore les Bourbons : un de leurs fidèles, le député Fornicr de Saint-Lary, profita de l’occasion, pour demander aux ministres que le roi fût humblement supplié de communiquer à la Chambre l’état des dettes qu’il pouvait avoir contractées pendant son séjour à l’étranger. La Chambre approuva cette monstrueuse proposition, et les ministres eurent l’air d’avoir fait violence à Louis XVIII pour qu’il consentit à déclarer scs dettes et à en confier le paiement à la France. Ce furent trente millions que les chambres volèrent à l’unanimité, trente millions qui devaient indemniser vingt ans d'espionnages, de négociations occultes et de guerre civile. Cette somme de trente millions ne remboursa pas la moitié des dettes que le roi et les princes avaient laissées dans toute l’Europe, et durant le cours de la Restauration, leurs créanciers frappèrent en vain à la porte des Tuileries. Les frais de l’émigration n’étaient point assez payés : le 1 3 décembre, le lendemain même du jour où la loi sur la liste civile avait été présentée à la chambre des députés , le ministère présenta un projet de loi sur les biens des émigrés. Ce projet de loi n’attaquait pas ouvertement les droits acquis avant la publication de la Charte; il portail en substance que les biens immeubles, non vendus et