I.OOIS XVIII. - RESTAURATION
es qui fut et détruire ce qui est, serait tenter l'impossible et n’obtenir que des convulsions nouvelles. » Mais le ministère , assuré d’avance de l'adopiion do ta loi, ne voulut pas céder sur les motifs dont il l’appuyait ; il défendait d'ailleurs l'inviolabilité royale que Ferrand avait mise à découvert. L’opposition obtint seulement que le mot restituer, qui choquait certaines susceptibilités, serait partout remplacé par le mol rendre, qui semble exprimer uno concession amiable plutôt qu’une remise forcée , un sentiment de bienfaisance plutôt qu’un acte de justice. Cent soixante-huit votants sur cent quatre-vingt-douze décidèrent l'adoption de la loi, qui ne rencontra pas plus de difficulté à la chambre des pairs. Il y avait pourtant dans cette chambre ùno opposition moitié libérale et moitié impérialiste , qui n’attendait qu’une occasion d’éclater, pour ouvrir les yeux au roi et à ses ministres. Dans la discussion du budget, le ministère ayant osé proposer de supprimer l’éducation gratuite accordée aux filles des membres de la Légion d’honneur, et cela sous le misérable prétexte d'une économie de quarante mille francs! Macdonald se leva indigné et annonça que scs compagnons d’armes et lui étaient prêts à fournir cette somme de quarante mille francs qu’on voulait économiser aux dépens d’une fondation de reconnaissance nationale. Madame Dclchau , directrice de la maison royale de Saint-Denis, s’empressa de répondre au généreux appel du duc de Tarante, eu ofTrant de consacrer toute sa fortune à l’institution que l'Empereur lui avait confiée. Le ministère relira honteusement sa proposition.
Parmi beaucoup de lois qui furent votées sans avoir été étudiées et qui mirent en évidence le talent oratoire de plusieurs députés, entre autres Becquey, Bedocb,Flaugergues,Raynouard,Lainé, etc., on remarqua, comme un symptôme de ^influence du parli-prétre, la loi sur l’observation des dimanches et des fêles. C'était donner un démenti à l’article de la Charte qui reconnaissait la liberté des cultes. Le parti-prêtre, sur lequel Louis XVIII comptait pour consolider le trône, chercha des auxiliaires dans le parti napoléoniste, afin de paralyser scs efforts en le divisant. Le maréchal ScuJt, qui commandait la treizième division militaire, c'est-à-dire une partie de la Bretagne, se laissa entraîner je premier aux séductions de l'église et de la cour; il avait d’ailleurs sa victoire de Toulouse à expier vis-à-vis delà Restaurafon,q laquelle il n’avait fait qu’une soumission tardive, quoique absolue. On fit agir auprès de lui l’action secrète du confessionnal , et en même temps on le flatta de l’espoir d’un portefeuille de ministre. Il était ambitieux et dévot : il n’hésita pas à donner le déplorable spectacle d’une grande palinodie, en se faisant l’agent officiel de la Vendée rayalistc et en prenant sou° ses auspices le projet du monument de Quiberon. L’érection de ce monument devait être une insulte à la République française, et le maréchal Soult naguère républicain, se chargea de rendre cette insulte plus éclatante : il proposa, il encouragea lui-méme une souscription destinée à élever un monument à la mémoire des émigrés morts à Quiberon ; lui-même il rédigea l’étrange programme de cette fondation religieuse et per-
pêtuelle en l’honneur des défenseurs du Irène et de V autel; il adressa une proclamation aux Bretons et aux Vendéens, pour les inviter à soutenir avec lui l’éclat de la bannière des lis et à être fidèles à cette devise : le roi et l’honneur. Douze jours après l’insertion de cette pièce au Moniteur, le 3 décembre, le maréchal Soult en reçut le prix : il fut nommé ministre de la guerre, à la place du général Dupont qui n’avait point encore assez désorganisé l’armée pour la rendre royaliste. On nomma aussi un nouveau ministre de la marine, et le comte Beugnot succéda au baron M3louel qui venait de mourir : le maréchal Soult, pour donner des témoignages d’amour et de dévouement à l’auguste famille des Bourbons (ce sont les termes do sa fameuse proclamation), poursuivit l’œuvre royaliste et dévote de son prédécesseur : il brisa la carrière des officiers qui conservaient la religion de leur premier serment et de leur premier drapeau ; il persécuta le bonapartisme dans l’armée où les sociétés secrètes commencèrent à se former, ici pour rappeler l’Empereur, là pour résister à la royauté et pour rétablir la République. Ces sociétés secrètes, instituées à l’inslar de celles des carbonari d’Italie, furent d'abord silencieuses et inactives : elles ne firent sentir leur présence que par la propagande de leurs idées, encore vagues et contradictoires. Le ministre de la guerre comprenait bien que les soldats et les officiers de l’Empereur entretenaient une conspiration latente contre le trône et l’autel de la monarchie. Ce fut pour attaquer en face cette conspiration du souvenir et de l’admiration, qu'il fil traduire devant un conseil de guerre le général Exelmans, accusé d’espionnage, d’offense envers Louis XVIII et de correspondance avec l’ennemi, pour avoir écrit une lettre au roi de Naples Joachim Mural dont il avait été l’aide-de-camp et dont il restait l’ami. Exelmans fut acquitté; mais le maréchal Soult s’autorisa de cette honteuse affaire, pour défendre, par ordonnance, à tout officier général ou particulier, jouissant d'un traitement militaire, de séjourner à Paris, sans permission spéciale du ministre. D’un autre côté , Soult, qui se piquait d'étre bon catholique, voulut que son exemple eût des imitateurs sous la bannière des lis; non-seulement il assista aux bénédictions de drapeaux , aux messes et aux sermons des Tuileries, aux processions et aux cérémonies religieuses, mais encore il mit la confession à l'ordre du jour de l’armée et ne délivra des brevets d’officier que sur la recommandation des aumôniers. Ce fut un ridiculo de plus infligé à la Restauration.
Cependant le congrès de Vienne, qui devait changer la carie d’Europe et asseoir sur des bases solides la paix des rois, s’était ouvert le 3 novembre : la France n’avait rien à espérer d'utile ou d’avantageux pour elle dans ce congrès composé de ses ennemis ; mais ceux-ci avaient voulu la rendre spectatrice et par conséquent approbatrice du partage des états européens qu’elle venait de perdre en perdant son empereur. Quant à elle, on lui avait laissé ce qu’on ne pouvait lui enlever de territoire et de prépondérance dans le traité du 30 mai. Elle fut donc représentée à Vienne par l'auteur des spoliations et de i'aoaissement qu’elle avait subis alors à Paris :le prince deTalIcyrand alla au