‹ Histoire de la restauration, du règne de Louis-Philippe et de la révolution de Février 1848 jusqu'à l'élection du président de la républiqueChapitre 6 sur 16 · LOUIS XV11I. — RESTAURATION · texte numérisé non relu

LOUIS XV11I. — RESTAURATION

congrès pour jouir (lu triomphe de sa politique ; il était accompagné de Labcsnardièrc, cet habile diplomate qui avait mis la main aux plus heureuses négociations de Napoléou : Louis XVIII, comme s’il ne se fiait pas A la récente fidélité de son Machiavel boiteux , l’avait fait surveiller par trois royalistes éprouves, Dalberg,La Tour-du-Pin et Alexis de Noailles. Les quatre grandes puissances alliées, l’Angleterre, l’Autriche, la Prusse et la Russie, avaient admis la France comme témoin et caution du partage de territoires et de sujets, qu’elles allaient faire entre elles, en partie à ses dépens et avec les bénéfices de scs conquêtes. Les plénipotentiaires des états secondaires de l'Europe, la Suède, le Danemark, la Hollande, le Wurtemberg, la Bavière, la Saxe, la Suisse, l’Espagne, le Portugal, la Sardaigne, la Sicile, Naples, Rome, etc., étaient là pour ramasser les miettes qui tomberaient de la table des quatre puissances. Le congrès s’ouvrit !o 3 novembre, et aussitôt commença entre les parties intéressées une lutte d’adresse, de ruse, d’intrigue et de mensonge. On vit apparaître alors le véritable but de la coalition européenne contre l'Empereur : la Russie voulait avoir la Pologne; l’Autriche, la haute Italie; la Prusse, la Saxe ; l’Angleterre, les Pays-Bas et la Hollande. Quant à la France qui n'avait rien à attendre dans cctto distribution d’àmcs (on avait décidé , après do longues discussions, qu’on diviserait par âmes et non par lieues carrées les pays à partager), elle ne resta pourtant pas inactive dans les conférences du congrès. Labesnardière, que semblait inspirer la politique de l’Empire, parvint à faire agir dans ce sens le prince de Bénévenl et à détacher de la Russie et de la Prusse’ l’Angleterre et l’Autriche qui, le 3 janvier 1815, signèrent avec la France un traité particulier pour s’opposer à l’agrandissement de ces deux puissances. Ainsi se trouva paralysée l’œuvre du congrès de Vienne. Mais , à la suite de ce traité que lord Castlcreagh et le prince de Metlernich avaient consenti dans la crainte de voir la Russie et la Prusse prendre trop de prépondérance dans les affaires de l’Europe centrale , Tuilcyrand essaya en vain de faire triompher le principe de la légitimité monarchique de droit divin : il demandait à l’Autriche et à l’Angleterre de rétablir sur le trône de Naples Ferdinand roi des Deux-Siciles et de réunir leurs armes à celles de la France pour expulser Murat comme un usurpateur; l’Autriche et l’Angleterre avaient garanti à Murat sa souveraineté et sa couronne, lorsque Mural eut la faiblesse d’abandonner la cause de Napoléon et de se déclarer contre lui ; l’Autriche et l'Angleterre refusèrent nettement d’épouser les intérêts des Bourbons des Deux-Siciles, et en même temps, elles se montrèrent déterminées à empêcher les hostilités de recommencer entre la France et Murat. Celui-ci, qu'on peut supposer avoir été dès lors d’intelligence avec le prisonnier de l’ile d’Elbe, avait manifesté l’intention de venir attaquer Louis XVIII dans son propre royaume, en se mettant à la tête de trente mille hommes, et Louis XVIII , de son côté, n’était pas éloigné d’envoyer une année française à Naples pour y opérer la restauration de Ferdinand. L’Autriche, pour arrêter ce conflit qui pouvait rallumer la guerre générale, n’eut qu'à faire dire à

Naples et 0 Paris qu’elle ne souffrirait pas qu’un soldat français ou napolitain passât les Alpes.

Cependant Tallcyrand espérait vaincre les scrupules de l’Autriche, cfi continuant â se faire le défenseur de la légitimité des rois. C'était là le dogme fondamental que les écrivains à gages de la Restauration travaillaient à donner pour appui au gouvernement constitutionnel de la France. Il existait une intime solidarité entre l'autorité religieuse et le pouvoir politique. Celui-ci avait cru se fortifier en résumant son principe et sort système dans ces deyx mots : Dieu et le roi. Louis XVIII avait cédé enfin à l’influence dominatrice du comte d’Artois et du parti dévot ; it n’était ni aveugle ni converti, mais il soumettait son scepticisme philosophique à l’épreuve des événements; car il né pensait pas que cette épreuve pût être, dans aucun cas, fatale à la monarchie. Le vicomte de Chateaubriand, qu’on regardait comme l’oracle de la royauté, venait de proclamer en ces termes son opinion que personne â la coür n’avait gardé de contredire : * Le roi est fort, très-fort ; aucune puissance humaine ne pourrait aujourd’hui ébranler sou trône. » On agissait donc comme si celle royauté de huit mois n’avait rien à craindre sous l’égide de la religion ou plutôt du cagotisme. Le parti-prôlrc, dont le comte d’Artois était le chef et qui avait son siège au pavillon Marsan dans l’aumônerie de la duchesse d’Angouléme, continuait, malgré les promesses solennelles de la Charte, à poursuivre la révolution de 89 dans scs actes et dans ses auteurs. A chaque instant, on entendait sortir des chaires, des sacristies et des officines de là presse royaliste un concert d’injures et de menaces contre les détenteurs de biens nationaux et contre les régicides. On appelait ainsi les conventionnels qui avaient voté la mort de Louis XVI, et ce surnom les désignait d’avance â la proscription. Ce fut dans ce but qu'on imagina la cérémonie dn 21 janvier. Louis XVI et Marie-Antoinette, après leur exécution, avaientété inhumés dans un coin de l’ancien cimetière de la Madeleine : on ne devait guère présumer que leurs corps, recouverts de chaux vive , eussent laissé des vestiges reconnaissables. On fit pourtant des fouilles à l’endroit suppose où cette double inhumation avait eu lieu, et l'on découvrit quelques ossements, qui furent transportés dans les caveaux vides de Saint-Denis, avec toute la pompe des obsèques royales, le jour même anniversaire de la mort de Louis XVI. Peu de jours auparavant, comme pour protester contre l’esprit de celte cérémonie funèbre , à laquelle le peuple de Paris ne s’associa point, ce peuple ému et indigné avait fait cortège au cercueil d’une actrice célèbre du Théâtre-Français, mademoiselle Raucourt, que le curé de Salnl-Roch rerusait de recevoir dans son église : on enfonça les portes de Saint-Roch, le cercueil fut transporté par cent bras au m lieu du chœur, et un prêtre se trouva là, par bonheur, pour dire les prières des morts cl pour calmer ainsi l’irritation de la foule qui commençait â se soulever contre l’intervention de la force armée. On prétendit que Louis XVIII avait envoyé ce prêtre, et le pavillon Marsan, les Suisses. Il y avait dans la population, à Paris comme dans la province, un mécontentement général, une anxiété orois-

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