LOUIS XVIII. - RESTAURATION
santé. Le voyage officiel , que le comte (l’Arlois avait fait dans les départements du Midi durant les derniers mois de 1814, fut , grâce aux actives manœuvres doses partisans, une sorte d’ovation continue qui excita, dit-on, la jalousie el même la défiance de son frère : l’antagonisme faillit se ranimer entre eux comme à l’époque des étals-généraux de 89; mais tout ce fraeas d'enthousiasme, d’amour et de dévouement des royalistes, couvrait à peine les murmures de la nation qui avait honte de retomber sous le joug de l’aristocratie et du clergé.
Ces murmures. Napoléon les avait entendus dans son exil de file d’Elbe, et ses regards, comme sa pensée, ne cessaient de se tourner vers la France. Dans cette petite lie où la coalition de l’Europe l’oubliait , tandis que le gouvernement des Bourbons retenait les arrérages de la modique pension que lui avait assignée le traité de Fontainebleau, il laissait ce gouvernement se délruire et s’annihiler lui-méme par ses actes impoliliques et ses tendances antinationales. Il suivait avec joie dans les journaux ultra-royalistes les progrès de ectte réaction impatiente qui s’attaquait sans cesse à un passé glorieux et regretté. Voilà comment il conspirait, seul à Porto-Ferrajo, dans un salon délabré où apparaissaient de loin en loin quelques visiteurs français et étrangers que l’admiration amenait auprès de lui. L’Empereur a expliqué celte conspiration de son génie , en disant à son retour de l'ile d’Elbe : « Je suis venu, sans intelligences, sans concert, sans préparation aucune, tenant en main les journaux de Paris et les discours de M. Ferrand. • Il savait seulement les vœux et les espérances de la majeure partie de la population, de celle qui avait été mêlée à scs victoires et à la prospérité de son règne ; il savait aussi qu’un grand nombre de ses officiers et de ses compagnons d’armes ne demandaient qu’à verser leur sang pour lui. Quatre généraux, Lcfebvrc- Desnoucllcs, d’Erlon et les deux frères Lallemand s’étaient réunis, vers la fin de janvier, poîlr aviser aux moyens de replacer l’Empereur sur le trône ; Maret, duc de Bassaho , avait été averti de ces pourparlers de complot militaire, et quelques autres bonapartistes, comme on les appelait avec dédain, commençaient à préparer des plans d’insurrection. Il y avait aussi, dans l’armée, sous prétexte de franc-maçonnerie, des associations secrètes chez lesquelles le nom de Napoléon servait de mot de ralliement. Mais tout cela était encore vague, confus et morcelé; la police, qui sentait monter et s’étendre sourdement une sorte d’émotion napoléonienne, en cherchait inutilement la source et les propagateurs; ce n’étaient pas quelques brochures, quelques chansons, quelques épigrammes, quelques caricatures, qui pouvaient détrôner la monarchie de 1814 : aussi, le pavillon Marsan, assiégé d’émigrés et do prêtres, ne travaillait-il qu’à réorganiser de toutes pièces l’ancien régime ; le ministère, quo les avertissements officieux de Fouché avaient trouvé sourd et aveugle, se croyait tellement mailre de la situation, que dans une circulaire adressée aux préfets, vers la fin de janvier, l’abbé de Monlcsqiiiou ne leur recommandait que de veiller aux convenances, à l’ observation des bienséances
3* histoire de. France.
el à la pratique des devoirs religieux. Ce ministère de sacristie avait pourtant des velléités belliqueuses , au sujet du royaume de Naples , que les Bourbons voulaient rendre à Ferdinand, alin do se délivrer des inquiétudes que leur causait Mural et de faire triompher partout le principe de la légitimité : trois corps d'armée réunis -en Provence, en Franche-Comté et aux environs de Lyon, n'attendaient que la permission de l'Autriche pour passer les Alpes et marcher à la rencontre du roi de Naples. Les journaux ultras et les scribes stipendiés de toutes les polices continuaient impunément à insuller l’Empire dans la personne de l’Empereur. Tout à coup, le 5 mars, on apprit par le télégraphe que Napoléon était en France.
Napoléon avait exécuté le plan le plus audacieux et le plus imprévu. Après avoir endormi les soupçons et la vigilance du commissaire anglais, le colonel Campbell, à force de jouer la résignation , il profita de l’absence de ce commissaire pour quitter l’ile d’Elbe, le 25 février, à huit heures du malin ; ses préparatifs étaient faits depuis longtemps. Il s’embarqua sur V Inconstant , brick de vingt-six canons, avec Bertrand, Cambronne, Drouot et quatre cents grenadiers de sa vieille garde: deux cents chasseurs corses, deux cents hommes d’infanterie et environ cent chevau-légcrs polonais, étaient distribués sur six petits bâtiments qui naviguaient de conserve avec le brick. Cette poignée de braves, comme les appelle la première proclamation de Napoléon, ignorait encore l’objet de l’expédition à laquelle chacun se réjouissait de prendre part sous les yeux de son empereur. Quand on fut en pleine mer, Napoléon , debout au pied du grand mât, dit d'une voix forte et solennelle : • Grenadiers, nous allons en France, nous allons à Paris! » Des cris de joie lui répondirent de toutes parts. La traversée fut pénible et dangereuse ; on signala plusieurs navires français et étrangers, qui s'éloignèrent sans arrêter la marche de celteflottille suspecte : un vaisseau de guerre français Itéla le brick Inconstant, pour connaître sa destination, et le capitaine de ce vaisseau, apprenant que cc brick venait de l’ile d’Elbe, demanda aussitôt: « Comment se porte l’Empereur? — Extraordinairement bien ! répondit l’Empereur lui-même. » Il avait caché ses soldats dans l’entrepont, et il était déterminé à en venir à l’abordage, si le vaisseau de guerre eût fait mine de lui fermer sa route; mais cette rencontre en mer n’eut pas de suite fâcheuse. Napoléon, entouré de ses grenadiers qui partageaient déjà sa confiance, leur dictait une éloquente proclamation adressée au peuple el â l’armée, pour expliquer les motifs el le but de son retour en France. Dans cette proclamation que cinq cents copies faites sous la dictée de l’Empereur allaient répandre avec, la nouvelle de son arrivée, Napoléon disait: « Français, dans mon exil, j’ai entendu vos plaintes et vos vœux : vous réclamez ce gouvernement de votre choix, qui seul est légitime... J’arrive parmi vous reprendre mes droits qui sont les vôtres... Soldats! venez vous ranger sous les drapeaux de voire chef : la victoire marchera au pas de charge: l’aigle , avec les couleurs nationales , volera de clocher en clocher jusqu’aux tours de Notre-Dame !... Honneur à ces braves soldats, la gloire de la patrie !
et honte éternelle aux Français criminels , dans quelque rang que la fortune les ait fait nailre, qui combattirent vingt-cinq ans avec l’étranger, pour déchirer le sein de la patrie! » L'Empereur débarqua au golfe Juan, prés de Cannes, le t" mars, à cinq heures de l’après-midi; son premier bivouac fut établi dans un bois d'oliviers : « Voilà , dit-il , un heureux présage ! » Le lendemain et les jours suivants, il marcha en avant, à la tête de sa petite armée qui faisait des étapes de quinze à vingt iieoes, en passant par Grasse, Digne, Sisteron et Gap : les populations se précipitaient sur son passage, et saluaient sa bienvenue avec enthousiasme ; mais une division de six mille hommes venait, de Grenoble, à marches forcées, et devait bientôt l’envelopper. Loin de fuir ou de reculer, il s’empressa d’atteindre le premier corps de cette division, et, mettant pied à terre, suivi de sa garde qui se présentait l’arme au bras, il alla droit à un bataillon du cinquième de ligne : t Eh quoi! mes amis, s’écria- l-il, ne me reconnaissez-vous pas? Je suis votre Empereur; s'il est parmi vous un soldat qui veuille tuer son général, voici ma poitrine ! » Le bataillon, ému, éleclrisé par celte allocution, cria tout d’une voix : Vive l'Empereur ! Les jeunes soldats de la ligne et les vieux grenadiers de la garde s’embrassèrent en pleurant : ou foula aux pieds la cocarde blanche et le drapeau blanc; on marcha sur Grenoble. L’Empereur avait désormais une armée qui s’augmentait à vue d’œil : le colonel de La Bédoyèrc s’était détaché de la garnison de Grenoble, et il était accouru avec son régiment, pour se mettre aux ordres de Napoléon. Celui-ci, en arrivant sous les murs de Grenoble, sans coup férir, trouve d’ardents auxiliaires dans les habitants de cette ville, qui lui ouvrent leurs portes et lui livrent ainsi un immense matériel de guerre. Dès son entrée à Grenoble, où il est reçu avec des transports de joie, Napoléon, dans ses discours, dans ses proclamations et dans scs décrets, annonce qu’il veut changer de système en remontant sur le trône, et qu’en reconnaissant les droits du peuple, il rendra la France libre, heureuse et indépendante : * Je veux, dit-il, être moins son souverain, que le premier et le meilleur de ses citoyens.* Ces déclarations, qu’il ne cesse de répéter, lui gagnent autant de partisans que le souvenir de son règne glorieux : il ne songe plus à continuer l’Empire, mais à donner une organisation plus forte et plus nationale au gouvernement constitutionnel.
Cependant on ne s'effraie pas encore, aux Tuileries, de l’entreprise insensée de Buonaparte et de sa bande, selon l’expression dédaigneuse que les royalistes lui jettent comme un déll. On avait ri de pitié, en apprenant l’incroyable nouvelle du débarquement de l’Empereur, et l’on n’eût pris aucune mesure de défense, si Louis XVIII n’avait pressenti les graves conséquences d’un pareil événement. L’agitation qui se manifesta dans Paris, à la suite de celle nouvelle, en prouvait d’ailleurs l’importance : aussitôt, les partis poliliques s’étaient vivement prononcés; les royalistes haussaient les épaules et voyaient, dans cette folle tentative, l’occasion d’en finir avec Vusurpaleur ; les libéraux ou constitutionnels s’inquiétaient du péril qui menaçait
t. Tl. 3
31 niSTOIRE DE FRANCE,
la charle et la liberté, si le despotisme impérial parvenait à so relever sous l’influence de la gloire militaire; les bonapartistes, tous ceux qui avaient on intérêt d’ambition, de cupidité, d'attachement ou de gratitude dans la question du retour de l'Empereur, se préoccupaient beauooup des probabilités de ce retour, que personne ne pouvait croiro prochain, même en le croyant possible. En effet, par ordre, les journaux étaient remplis de faux rapports qui montraient toujours Napoléon dans une position critique, désespérée ou ridicule. Une ordonnance du roi, publiée le 6 mars, avait convoqué immédiatement les chambres législatives; une autre ordonnance, du même jour, avait déclaré traitre et rebelle Napoléon Bonaparte, en enjoignant aux gouverneurs, commandants, etc., militaires, et même aux simples ciloyons, de lui courir sus et de l’arrêter. Le comte d’Artois partit, ce jour-là, pour Lyon où le duc d’Orléans et le maréchal Macdonald devaient le rejoindre et prendre avec lui le commandement de l’armée royale. Quant au duc de Berry, il resta dans la capitale, pour se produire dans les théâtres et y stimuler te dévouement royaliste en provoquant par sa présence quelques timides cris de vire le roi. L’Empereur avait eu raison de compter sur ses soldats pluldt que sur scs généraux : ceux-ci, qui étaient partout en fonctions, osèrent tirer l’épée contre leur Empereur; quelques-uns tirent parade d'ingratitude, en l'injuriant dans leurs proclamations; te maréchal Soult eut la faiblesse de signer une triste pièce de ce genre, que n’absolvait pas sa qualité de ministre de la guerre; tons les ecaurs honnétos et généreux s’indignèrent de voir le vainqueur de Toulouse, celui qui avait mis bas les armes le dernier à la chute de l’Empire, s’oublier lui-même jusqu’à déclarer, dans une proclamation à l’armée, que son ancien maître n’était plus qu’un aventurier, après avoir été un usurpateur, dont le nom seul remplissait d’effroi les familles et qui avait trompé et sacrifié tant de fois scs soldats en égarant leur bravoure I A l’exemple du maréchal Soult, le maréchal Victor (duc de Bellune), n’eut aucun scrupule de signer sa proclamation, dans laquelle, en annonçant le nouvel attentat, le nouveau crime de Bonaparte, il invitait les bons F rainais à poursuivre « l'homme qui a tyrannisé, désolé, trahi la France pendant douze ans!» Le maréchal Ney, lo Brave des braves, avait partagé aussi 1e vertige moral de ses compagnons d'armes -. il accepta un commandement sous la bannière des lis que Soult venait de déployer, et il promit à Louis XVIII de lui ramener Bonaparte « garrotté dans une cage de fer. » La fameuse proclamation, qu’on avait arracliée au maréchal Soult pour le compromettre, ne parut pas toutefois une garantie suftisanle de sa fidélité au roi, et 1e portefeuille de ministre lui fut retiré, le 1 1 mars, pour tomber dans les mains malhabiles et faibles du duo de Fellrc. Toute la manœuvre du ministèro consiste à tenir secrétes les nouvelles qui annoncent la marche rapide et triomphante de l’Empereur : les chambres sont assemblées, et dans chaque séance circulent des bruits sinistres que démentent vainement les journaux remplis de rapports mensongers. Les pairs et les députés ne se sentaient pas trop rassurés, en attendant la fantas-
magorie solennelle de la séance royale, où les princes du sang devaient jurer fidélité au roi et à la Charte : on comprenait que ce serment serait impuissant pour arrêter la défection des troupes, que la vue du drapeau tricolore et la voix de Napoléon entraînaient et fascinaient comme par l’effet d’un charme magique. On vota néanmoins, sous l’inspiration de M. Lai né, une adresse au roi, et, par une sorte de pudeur ou do précaution politique, on évita d’injurier nominativement l’Empereur, en le désignant sous le nom de l’ennemi public.
Napoléon n'était resté à Grenoble que le temps nécessaire pour faire lever en masse les départements voisins oit il réorganisait la garde nationale : il data de Grenoble son premier décret impérial, et après une revue où il retrouvait l’enthousiasme des plus grands jours de son règne, il se mit à la tête de la garnison de celte ville, qui marchait sur Lyon. Le comte d’Artois, le duc d'Orléans et le maréchal Macdonald s’étaient chargés de défendre Lyon et d’arrêter la marche triomphale de Bonaparte; mais leurs troupes, que des distributions de vin et d’argent n’avaient pas gagnées à la cause des Bourbons, commençaient à s’émouvoir au cri de vive l'Empereur. Les princes craignirent d’être livrés en otage et n’attendirent pas l’arrivée de Napoléon, à la rencontre duquel s’était portée la jeunesse lyonnaise, pour lui faire cortège jusque dans la ville. Macdonald aurait essayé do lui en fermer les portes, si la division qu’il commandait eût voulu écouler ses ordres : il se vit bientôt presque abandonné de ses soldats qui refusèrent de se battre contre iourpère. L’Empereur, suivi de ses hussards et entouré d'une foule en délire, se présenta devant le pont de la Guillolière et entra dans la ville au milieu des acclamations unanimes, le 40 mars, à cinq heures du soir. Il resta trois jours à Lyon, pour y promulguer plusieurs décrets qui devaient le devancer à Paris et servir de base, pour ainsi dire, au trône qu’il allait renouveler. Par ces décrets, il prononçait la dissolution des chambres, et convoquait les collèges électoraux à une assemblée extraordinaire du Champ-dc-Mai, qui aurait lieu ù Paris le 1er mai prochain pour corriger el modifier les constitutions de la France, suivant l’intérêt et la volonté de la nation, et pour assister au sacre de l’impératrice cl du roi de Rome; il chassait tous lés émigrés qui étaient rentrés en France sans son autorisation depuis le 4er janvier 4814 et mettait tous leurs biens sous le séquestre; il abolissait la noblesse et supprimait les titres féodaux ; il restituait à la Légion d’honneur, aux hospices, aux communes, etc., les propriétés nationales qu’on avait reprises à ces établissements pour les rendre aux émigrés ; il cassait tous les généraux et officiers de terre et de mer qui avaient été introduits dans l'armée depuis le 4" avril 1814, comme émigrés ou comme anciens royalistes ; il rétablissait dans leurs fonctions tous les membres du corps judiciaire, que la Restauration en avait privés; il licenciait les Suisses et la maison du roi; il séquestrait les biens de la famille des Bourbons; il annulait les ordres militaires de Saint-Louis, du Saint- Esprit et de Saint-Michel. Ces décrets, émanés du plein pouvoir impérial,
avaient pour objet île rayer d’un trait de plume les onze mois de la Restauration. Les motifs du décret relatif il l'assemblée du Champ-de-Mai renfermaient tous les griefs que l’opinion publique avait si souvent reprochés au gouvernement royal et dont l’Empereur faisait peser la responsabilité sur la chambre des pairs et sur le corps législatif, également indignes, à ses yeux, de la confiance de la nation : il les accusait surtout d’avoir donné aux Bourbons le titre de roi légitime, « ce qui était déclarer rebelles le Peuple français et ses armées, et proclamer seuls bons Français les émigrés qui ont déchiré, pendant vingt-cinq ans, le sein de la patrie et violé tous les droits du peuple, en consacrant le principe que la naiion élait faite pour le trône et non le trône pour la nation.» Ces paroles dans la bouche de Napoléon promeltaicnt un nouvel homme et ne contribuèrent pas peu à rassurer le parti libéral qui s’inquiétait du retour de l'Empire avec sa dictature et son arbitraire. Tant que l’Empereur fut à Lyon, il ne cessa de parler dans le meme sens : « Je ne veux point, comme Louis XVIII, vous octoyer une Charte révocable, disait-il à la municipalité de Lyon; je veux vous donner une constitution inviolable, je veux qu’elle soit l’ouvrage du peuple et de moi. »
Le secret de ces grands événements fut bien gardé aux Tuileries où l’on préparait les rôles pour la séance royale du 16 mars : les pairs et les députés remplissaient l'enceinte de la Chambre, inquiets, silencieux; les tribunes étaient garnies de spectateurs choisis parmi les plus fidèles royulistes. Le roi, accompagné des principaux officiers de sa maison et des grands dignitaires du royaume, se rendit au Corps Législatif avec une pompe et une solennité qui ne produisirent sur la foule qu’une impression de curiosité ironique et muclte. Quand Louis XVIII parut dans la salle, il fut accueilli par des acclamations prolongées : il avait autour de lui tous les princes et même le comte d’Artois qui était revenu de Lyon, sous l’escorte d'un seul gendarme. On ne fut pas médiocrement surpris de le voir à Paris, et l’on en augura qu’il avait remporté quelque victoire éclatante conlre Bonaparte. Le duc et la duchesse d’Angouléme, qui parcouraient alors les villes du Midi, faisaient seuls défaut à cetie cérémonie, destinée à balancer les succès de l 'usurpateur. Louis XVIII, assis sous un dais et couvert, après avoir promené sur l’Assemblée un regard calme et imposant, lut d’une voix ferme un discours où il exprimait ses sentiments et ses vœux : il annonça formellement que les puissances étrangères lui viendraient en aide conlre ['ennemi public, qui venait remettre la patrie sous un joug de fer et détruire la Charte constitutionnelle : « Rallions-nous donc autour d’elle ! s’écria-t-il ; qu’elle soit notre étendard sacré!» L’Assemblée, électrisée par ce discours et surtout par la noble contenance du royal oraleur, se leva tout entière, en criant : vive le roi. Ensuite, le comte d'Artois, tant en son nom qu’en celuide sa famille, prononça ce serment, la main levée: «Nous jurons sur l’honneur de vivre et de mourir fidèles à notre roi et à la Charte constitutionnelle qui assure le bonheur des Français. » Tous les princes étendirent le bras et répétèrent à la fois ; « Nous le jurons! » Tous les assistants
s’associèrent à ce serment, tandis que le roi ouvrait les bras à son frère qui s’y prtcipituil en pleurant; tous s’embrassaient, tous versaient des larmes de joie et d’admiration. Cette scène avait été concertée à l’avance , mais elle manqua son but ; elle n’eut pas d’ècbo hors de la salle du Corps Législatif. Le lendemain, sur la proposition du député Delhorme, la chambre couda le dépôt de la Charte et des libertés publiques à la fidélité et au courage des gardes nationales et de tous les citoyens. Le parti libéral, dont Benjamin Constant était le chef le plus puissant sinon le plus estimé, se rallia tout à coup au parti royaliste qu’il avait jusque-là si obstinément combattu. Benjamin Constant protesta contre le retour de Napoléon et du régime impérial, en fuisant cet incroyable éloge de la Restauration : • Une année de votre règne n’a pas fait répandre autant de larmes qu’uu seul jour du règne de Bonaparte. » Celte opposition prématurée de la part des libéraux détermina sans doute un changement immédiat dans les intentions de l'Empereur. Une coalition constitutionnelle se formait, en effet, dans la chambre des députés où l’on parlait moins de défendre la royauté que lu liberté : Jean-André Barrot proposa même de déclarer que « nul gouvernement ne pouvait plus se soutenir en France qu’en suivant très-exactement la ligne des principes constitutionnels, tous méconnus et violés par Bonaparte au mépris des serments les plus sacrés. » Chaque jour apportait aux Tuileries la nouvelle d’une défection militaire : ici, les chefs entraînaient leurs soldats; là, les soldats entraînaient leurs chefs ; pas une ville qui ne s’empressât d’appeler, de recevoir l’Empereur, lequel s’avançait à grands pas vers la capitale. Quoique Bourriennc, l'ancien secrétaire de Napoléon, eût remplacé le baron d’André au ministère de la police, d’infàmcs sicaires partirent de Paris avec l’ordre d’assassiner celui qu’on ne pouvait arrêter qu’à coups de poignard. Mais l’étoile de Napoléon lui sauva la vie et il ne daigna pas même punir les assassins. Ilavait trop de hèle d’arriver à Paris. Le 13, il avait couché à Mâcon; le 14, il était à Chdlons; le 15, à Autun; le 16, à Avallon. C’est là qu’il apprit la soumission du maréchal Ney, par une proclamation à ses troupes, qui commence ainsi : « La cause des Bourbons est à jamais perdue. » Deux jours après, à Auxerre, Ney vint rejoindre son Empereur. Ce jour-là même, Louis XVIII adressait une dernière et inutile proclamation à l’armée qui avait passé tout entière sous les aigles : il suppliait les officiers et soldats, déserteurs de ses drapeaux, d’abjurer leur erreur et de se jeter dans les bras de leur père; mais cette proclamation, où Qamboie encore la menace de trois cent mille étrangers prêts à fondre sur la patrie, ne ramena pas un défenseur auprès de Louis XVIII. Les anciens émigrés, les royalistes purs cl les plus compromis s’empressaient de quitter Paris : c’était déjà un sauve-qui-peut général ; Louis XVUI lit mine de vouloir demeurer aux Tuileries cl d’y attendre sur son trône son redoutable compétiteur; mais il n’en avait jamais eu l’envie et il ne Qt même aucun effort de sérieuse résistance. Il hésita seulement sur le chemin qu’il prendrait : les ministres qui l'avaient perdu, Dambrav et Ferrand, pensaient à recommencer
l'émigration ; mais Louis XVII! comprit qu’il no rentrerait pas doux fois par celle porte-là, el le 19 mars, à minuit, il monta en voiture, escorté d'un seul officier de ses gardes il se rendait secrètement à Lillo où il croyait pouvoir transporter avec lui son gouvernement : il avait eu la précaution de se munir de quelques millions et do garder en dépôt les diamants de la couronne. Son départ ne fut pas si bien caché, que tout Paris , à son réveil , n’apprit par là, d’une manière certaine, l’imminente arrivée de l’Empereur. La journée du 20 mars se passa dans l'attente et dans l’anxiété : les routes du nord et de l’ouest étaient encombrées de voitures. Quiconque avait trempé dans l’œuvre de la Restaura lion, fuyait ou se cachait. Quant au peuple, il était impatient de revoir l’Empereur, dont le nom volait de bouche : la foule se tint en observation aux alentours des Tuileries qui étaient désertes depuis le départ du roi. Tout était tranquille, d’ailleurs, quoique sans autorité constituée, sarts chambres et sans ministres, sans police et sans garnison. Le soir, à neuf heures, Napoléon, qui était à Fontainebleau depuis quatre heures du matin, reprit possession des Tuileries.
Aussitôt, l’Empire continue comme s’il n’avait pas été interrompu pendant près d’unoannéc; l’Empereur redevientee qu’il était naguère, mailre absolu de tout et de tous. L’cnlhousiasmc de l’amour et de l’admiration circule dans toutes les classes de la population parisienne, pendant que lo palais sc remplit de tous ces uniformes qui avaient brillé sur tous les champs de bataille de l’Europe. Napoléon reconnaît ses anciens compagnons d’armes, et ne leur demande pas compte de ce qu’ils ont pu faire depuis le 31 mars 1 81 4; il semble avoir oublièles trahisons, les lâchetés, les faiblesses, les erreurs, qui l’ont perdu une première fois : il ne se souvient que de quelques hommes qu’il regarde désormais comme ses ennemis implacables, entre autres Talleyrand et Marmont. Mais celui-ci est en fuite, et l’autre n’a pas quitté le congrès de Vienne. Chacun a repris espoir el courage, en revoyant l’Empereur si calme et si confiant. Après cette réception du soir, dans laquelle ont reparu la plupart des généraux, des magistrats et des courtisans, qui, peu de jours auparavant, faisaient foule aux Tuileries, l’Empereur, que les fatigues et les émotions de son merveilleux voyage de Cannes à Paris n’ont pas brisé , sc retire avec scs conseillers et passe la nuit entière à réorganiser son gouvernement. Le lendemain , la France eut un ministère , dans lequel le système impérial se trouvait personnifié par des noms que l’Empereur avait longtemps associés au sien : le maréchal Davoust était ministre delà guerre, Cambacérès ministre de la juslicc , Gaudin (le duc de Gaèle) ministre des finances, le comte Mollien ministre du trésor, Décrûs, ministre de la marine , Fouché minisire de la police; T'Empire ressuscitait tout entier et se recomposait de toutes pièces. Mais, pour offrir une garantie pacifique à l’Europe, le porlcfcuillo des affaires étrangères fut confié au duc de Vicence , qui s’était fait estimer de tous les souverains étrangers dans les négociations du traité de Fontainebleau ; et, pour rassurer le parti libéral ou constitutionnel, Carnot, le républicain Carnot,
CENT JOUHS. - <8)5. 39
fut appelé au département de l'intérieur. Celte nomination ne produisit pas l’effet qu’on en espérait , Carnot ayant été créé comte en même temps que ministre. L’incapacité de Decrès , la fourberie de Fouché , la dureté de Davoust, auraient pu paralyser ou entraver le nouveau cabinet, si l’Empereur n’eût pas été là pour lui communiquer une volonté et lui prêter une action. Le duc de Bassano, nommé ministre secrétaire d’Élat sans portefeuille, ajouta un nom respecté à ceux de CaUlaincourt et de Carnot. Le choix des ministres avait été, dit-on, débattu et décidé en présence de Napoléon, qui voulut rester neutre , par les membres de l’ancien conseil d’État, Régnault do Saint- Jean d’Angély, Thibaudeau , Réal , Lavalette , Berlier, Merliu , Daru , etc. On assuro que le portefeuille de l’intérieur fut offert d’abord à M. Molé, qui le refusa. Napoléon rétablit ensuite dans de hautes fonctions publiques les hommes sur le dévouement desquels il croyait devoir compter : le duc de Rovigo, à la tête de la gendarmerie; le comte de Bondy, à la préfecture de la Seine; le comte Réal , à la préfecture de police; le comte de Monlalivet, à l’in, tendance de la liste civile ; le grand-maréchal du palais, Bertrand, et le majorgénéral de la garde, Drouot, reprirent leur service auprès de l’Empereur, ainsi que les anciens aides-do-camp, auxquels il adjoignit les généraux Lefort et La Bédoyère , en éliminant le général Laurislon, qui s’était trop mêlé aux choses de 1a Restauration. L’Empereur, après avoir reconstitué sa maison , recomposa celle de l’impératrice, comme si Marie-Louise et le roi de Rome, qui étaient à la cour d’Autriche , devaient d’un moment à l’autre rentrer aux Tuileries. Il se proposait de rattacher l’Autriche à sa politique par un lien de famille que la coalition européenne n’avait pas rompu : il voulait tout fairo pour la paix, et néanmoins il se préparait déjà à la guerre; car la déclaration des plénipotentiaires du congrès de Vienne, qui, votée et signée le ) 3 mars sous l’inspiration de Talieyrand , avait mis Napoléon au ban des nations, comme ennemi et perturbateur du repos du monde, cette déclaration équivalait à la reprise des hostilités , et de toutes parts, en Europe, se faisait entendre un cri de guerre qui rappelait sous les drapeaux do la coalition les armées étrangères, à peine sorties de France , et impatientes d’y rentrer par le même chemin.
Le bataillon de nie d’Elbe, qui avait escorté l’Empereur jusqu’à Paris, bivouaquait sur la place du Carrousel : ce fut là que Napoléon se montra pour la première fous au peuple empressé de le revoir et de le saluer de longs cris d’allégresse. Ces braves grenadiers , qu’un trajet continu do deux cent cinquante lieues en vingt jours de marche avait moins fatigués que la joie de se retrouver en face des Tuileries et de l’Arc-do-Triomphe, ces soldats de la vieille garde versaient des larmes d’attendrissement sur leurs moustaches grises, en regardant leurs aigles; les pieds meurtris et enveloppés de linge, les habits usés, déchirés, blanchis de poussière, ils formaient un ensemble admirable, quand Napoléon passa devant leur front de bataille et entra dans leurs rangs pour les remercier d’avoir ai bien fait leur devoir. A cèle do ces aventureux
compagnons de la fortune de l’Empereur, était venue se placer la division que le duc de Berry commandait encore quelques heures auparavant, et qui avait repris le drapeau tricolore pour défiler sous les yeux de Napoléon. Une foule immense se pressait dans l’étroit espace que les troupes lui avaient laissé, et le cri de : Vive la vieille garde I alternait avec celui de : Vive l'Empereur ! Napoléon adressa une éloquente allocution à ses soldats, où il leur disait : « La gloire do ce que nous venons de faire est tout au peuple et à vous. Le trône impérial peut seul garantir les droits du peuple , et surtout le premier de nos intérêts, celui de notre gloire. Le peuple français et moi, nous comptons sur vous. ■ Il s’interrompit, pour recevoir les anciennes aigles que lui présentaient le général Cambronnc et les officiers de la vieille ga rde : « Que ces aigles vous servent de ralliement ! s’écria-t-il. En les donnant à la garde, je les donne à touto l’armée. La trahison et des circonstances malheureuses les avaient couvertes d’un voile funèbre; mais, grâce au peuple français et à vous, elles reparaissent resplendissantes do toute leurgloire. Jurez qu’elles se trouveront toujours partout où l’intérêt de la patrie les appellera ! » Officiers et soldats, élevant la main , répétèrent avec transport : « Nous le jurons ! » et tous les assistants , hommes et femmes , répondirent è ce cri unanime en le répétant aussi. Puis, les troupes défilèrent en chantant la Marseillaite, qui n’avait pas retenti depuis les guerres de la République. L’Empereur ne songeait pourtant pas à ranimer en France l’élan républicain. Dans la réception officielle des corps constitués, le 26 mars, plusieurs orateurs essayèrent de sonder les intentions de Napoléon , et de l’interroger indirectement sur la forme gouvernementale qu'il se proposait de donner à son nouveau règne : il évita de s’expliquer à ce sujet et il se renferma dans des généralités plus ou moins vagues, plus ou moins obscures. Cnmbacérés , qui parlait au nom des ministres, était sans doute d’accord avec l'Empereur pour donner une espèce de satisfaction à la France libérale : « Ce qui est seul légitime, dit-il, la cause du peuple, a triomphé.... Les Bourbons n’ont rien su oublier : leurs actions et leur conduite démentaient leurs paroles. Votre Majesté tiendra la sienne : elle ne se souviendra que des services rendus à la patrie. Point de guerre au dehors, si cc n’est pour repousser une injuste agression ; point do réactions au dedans, point d’actes arbitraires; sûreté des personnes, sûreté des propriétés, libre circulation de la pensée, tels sont les principes que vous avez consacrés. * C’était là tout un programme de gouvernement, et l’on peut croire que Napoléon l’avait dicté lui-même ; car on le retrouve aussi, plus développé, dans la délibération solennelle que le conseil d’Élat remit le mémo jour à l’Empereur, et qui se résumait ainsi : • L'Empereur est appelé à garantir de nouveau par des.instilulions (et il en a pris l’engagement dans scs proclamations à la nation et à l’armée) tous les principes libéraux : la liberté individuelle et l'égalité des droits, la liberté de la presse et l’abolition de la censure, la liberté des cultes, le vote des contributions et des lois par les représentants de la nation légalement élus, les propriétés nationales de toute origine, l’indépendance
CENT JOURS. — <815. il
cl l’inamovibilité des tribunaux, la responsabilité des ministres et de tous les agenls du pouvoir. » Par cet acte fondamental, émané du conseil d’Élat, l’Empereur était relevé de son abdication de Fontainebleau , que la nation n’avait ni acceptée ni sanctionnée, et tous les pouvoirs restaient déposés en ses mains, jusqu’à ce qu'il eût retrempé son autorité souveraine dans le suffrage de l’assemblée représentative du Champ-de-Mai.
L’Empereur devança les vœux que cette assemblée devait lui exprimer au nom de la France, et il s’appliqua, dans les premiers jours de sa réinstallation impériale, à tenir la plupart des promesses que la Restauration avait oubliées aussitôt que faites. Dés le 24 mars, il avait aboli la censure; le 29 mars, il défendit la traite des nègres; huitjours après, il supprima l’impôt sur les boissons, ainsi que les droits-réunis, qu’il se reprochait d'avoir créés lui-méme, sans avoir égard aux plaintes et à l’opposition des victimes de cet impôt injuste et vexatoire; le 17 avril enDn, il établit l’enseignement mutuel. C’était abjurer les principes oppressifs de l'Empire; c’était adopter ouvertement les idées libérales du parti constitutionnel. Aussi , ces préludes d’un nouveau règne semblèrent-ils de bon augure aux esprits les plus déliants, et la presse , qui ne sc sentait pas encore libre, malgré l’abolition de la censure , fut-elle unanime pour applaudir aux faits comme aux intentions. Il est vrai que la plupart des journaux ultrà-royalistes avaient disparu; le Journal det Débats était redevenu le Journal de l'Empire, et les folliculaires, la plume entre les dents, attendaient le jour où ils pourraient sans danger, mais non sans profit , entrer en campagne contre le pouvoir impérial. L’Empereur, qui avait su par expérience que ses meilleurs appuis étaient dans le peuple, ne négligeait rien pour regagner, pour augmenter sa popularité : il visitait les ateliers, les collèges, les établissements publics; il distribuait des croix d’honneur, des pensions, des encouragements; il parcourait la capitale, à pied , à cheval , en voiture; il se montrait partout, et partout sa présence était le signal d’une ovation. Les Bourbons avaient si peu de racines dans le sentiment national, que, le lendemain de leur départ, ils étaient presque aussi oubliés qu’à l’époque de leur retour. Il y eut une sorte d’émulation patriotique pour faire disparaître dans Paris les L de Louis XVI II, les fleurs de lys et tous les emblèmes de la Restauration ; au mépris succéda bien vite l’indifférence. Tous les départements avaient imité Paris, et les princes, qui s’étaient partagé le midi, l’ouest et le nord, pour y propager la guerre civile, ne tardèrent pas à s’apercevoir que cetlo odieuse guerre manquait d’aliments. Louis XVIII était arrivé à Lille avec le duc d’Orléans, et deux maréchaux de l’Empire, Mortier et Macdonald : il voulut d’abord s’arrêter dans celte ville, y établir le siège de son gouvernement, et y attendre les secours de ses alliés, ainsi que les volontaires royaux que lui amenaient le duc de Berry et le comte d’Artois. Il Ht donc mettre en état de défense les places fortes de la frontière et ordonna quelques autres mesures militaires; mais tout à coup, craignant de se trouver prisonnier dans Lille, dont la garnison ne lui était pas dé-
voûte, il partit brusquement sans escorte le i i mars, et laissent derrière lui, pour adieux à Napoléon , deux ordonnances royales , dont l’une licenciait l’armée, et dont l’autre provoquait le refus de l'impôt, derniers brandons de guerre civile que les vétérans de la peur , selon l’énergique expression de Benjamin Constant , allumaient sur le sol de la patrie. Lo comte d'Artois et le duc de Berry, suivis de leurs volontaires royaux, qui s’étaient recrutés dans la jeunesse libérale non moins que parmi les vieux soutiens de l’ancien régime, apprirent que le roi avait abandonné Lille, et n’essayèrent pas do s’y maintenir; ils passèrent la frontière, et la Belgique devint dès-lors le rendez-vous d’une seconde émigration. Le duc deBourbon s’était fait fort de soulever la Vendée; mais il ne réussit qu'à rassembler quelques bandes de paysans, qui se dispersèrent dès qu’il so fut embarqué, le t " avril, à Paimbæuf, sur un navire anglais. Il ne restait plus en France que le duc et la duchesse d’Angouléme qui tentassent un suprême effort en faveur delà cause des Bourbons. Leduc d’Angoulème, à qui Louis XVIII avait conféré le titre de lieutenant général des départements méridionaux, en lui confiant le commandement de l'armée du Midi, s’était rendu à Toulouse, et, de concert avec les barons de Vitrolles et de Damas, il organisa un vaste plan de résistance contre le brigand et sa bande , qui étaient déjà maîtres de Paris et de la moitié de la France. Suivant la tactique ordinaire des Bourbons, on n'épargna rien pour cacher le plus longtemps possible la véritable situation des affaires. On publia même à Toulouse un faux AfoHi7w,dans)equel on enregistrait les prétendues défaites des Duonapartistes et des révolutionnaires. Grèce à ce misérable stratagème , on put exciter les populations, réunir les gardes nationales et augmenter l’armée du Midi, qui se composait de douze mille hommes avec douze pièces de canon. Le duc d’Angoulème avait sous ses ordres le deuxième corps de cette armée ; le général Ernouf et le général Compans commandaient les deux autres corps. Les événements de Lyon et do Paris n’étaient pas encore connus dans les provinces méridionales, où le drapeau blanc flottait sur tous les clochers. On faisait des levées d’hommes au nom des Bourbons, on armait les gardes nationales, et les généraux ne manquaient pas pour diriger les opérations de cette guerre royaliste. Un maréchal de l’Empire , Masséna, avait fait dire au duo d’Augouléme qu’il répondait de la huitième division militaire. C’étaient donc la Provence , l’Auvergne , le Languedoo et la Guyenne , qui prenaient les armes contre Napoléon , en attendant les renforts que la Suisse , la Sardaigne et l’Espagne avaient promis au lieutenant général des départements du Midi. L'Empereur ne laissa pas à cette armée le temps de devenir redoutable : il envoya contre elle un de ses maréchaux, Grouchy, avec ordre de faire lever en masse les gardes nationales du Dauphiné, du Lyonnais et do la Bourgogne. A Bordeaux , la duchesse d’Angoulême , qui avait trouvé le même accueil enthousiaste que lors de son passage en 18 U, se flattait de pouvoir conserver cette ville à la Restauration ; elle réussit, en effet, à fanatiser la garde nationale, et, par sa présence, par son énergie, par le souvenir de ses malheurs, elle
CENT 400BS. - <815. *3
rallia autour d'elle autant de partisans que Bordeaux renfermait de royalistes; mais la garnison était en partie composée d'anciens soldats de l'Empire, et le nom de l’Empereur exerçait déjà sureux son prestige irrésistible. On apprit que le général Clausel marchait sur Bordeaux avec quelques volontaires impériaux, dont le petit nombre grossissait en chemin. Aussitôt la garnison arbora le drapeau tricolore, au cri de Vive l’Empereur I Le soir même (t " avril), la duchesse d’Angouléme, qui uvait tenté inutilement de retenir les troupes dans le devoir, sortit précipitamment de Bordeaux, accompagnée du maire de la ville cl de quelques royalistes, et alla s’embarquer à Pouillac, pour passer en Espagne et ensuite à Londres. Le duc d'Angouléme avait cru commencer une campagne victorieuse : il remporta d’abord quelques avantages insignifiants; le général Ernouf occupa Gap ; le vicomte d’Escars s’empara de Montélimart , et , le 3 avril , le duc d’Angouléme entrait en conquérant à Valence. Mais la nouvelle du rétablissement de l’Empereur sur le trône n'eut pas plutôt transpiré dans l’armée royale, que tous les vieux soldats qui s’y trouvaient reprirent la cocarde tricolore et so débandèrent; tous les corps furent désorganisés à la fois, et t’artilierie refusa ouvertement de servir la cause du roi. Celte déroute subite vint fort à propos pour empêcher la ville de Toulon cl les autres ports de la Méditerranée d'étré livrés aux Anglais par le duc d’Angouléme qui les appelait. Celui-ci avait battu en retraite, à l’approche du maréchal Grouchy, auquel s’était joint le général Gilly. Il se vit bientôt enfermé, avec quatre mille hommes démoralisés, entre la Drôme , le Rhône, la Durance et les montagnes du Dauphine, deux jours après la publication des bulletins triomphants de l’armée royale. Il demanda donc è capituler, et le baron de Damas signa , le 8 avril , cette capitulation avec le général Gilly, qui consentit è laisser le prince s’embarquer à Cette, dès qu’il aurait licencié ses troupes. Le maréchal Grou chy soumit toutefois cette convention è lEmpereur, qui ne daigna pas retenir en otage le duc d’Angouléme, et qui recommanda do voilier à sa sûreté jusqu’à son départ, en exigeant seulement de lui qu’il s’obligeât à restituer les diamants de la couronne. Le 16 avril, le duc d’Angouléme, dont la conduite et la capitulation peu honorables avaient indigné ses partisans, monta sur un vaisseau suédois pour se rendre à Cadix avec ses familiers: de Guiche, d’Escars, de Damas, de Levis et de Polignac. Ainsi, le 17 mars, il n’y avait plus un Bourbon sur le territoire français.
Napoléon était seul maître de la France en ce moment : pas une province, pas une ville qui méconnût son autorité; pas une voix qui s’élevât contre elle; mais il ne se sentait pas moins dans une position délicate et difficile, à l’intérieur comme à l’extérieur. Le congrès de Vienne et sa déclaration menaçante du 13 mars suspendaient, pour ainsi dire, l’épée de Damoclès sur la tète impériale, tandis que, dans le centre même de l’Empire, deux partis hostiles, également inflexibles, le parti royaliste et le parti libéral, se préparaient à mettre en échec l’autorité de l’Empereur. Cette autorité, affaiblie par l’exercice des droits politiques et par l’habitude du g uvemement constitu-
lionnel, lie devait plus s’appuyer sur la volonté absolue du souverain : elle avait besoin de se fortifier par le consentement des masses. L'Empereur, pour la première fois, s’aperçut qu’il ne pouvait gouverner seul, sans compter avec les hommes; il fut gêné d’abord, en cédant à ces nécessités du temps, et souvent son caractère se raidissait avant de plier. La lutte commença dans le conseil des ministres, où Carnot osa lui tenir tète et revendiquer la responsabilité de ses propres actes, en repoussant ceux qu’on voulait lui imposer. Au reste, l’Empereur fut d’accord avec son ministère, pour rassurer l'opinion et pour passer l’éponge sur tous les souvenirs de la Restauration : il donna l’exemple de l’oubli, en faisant semblant d’ignorer tout ce qu'il aurait eu à blâmer ou à punir chez les traîtres et les ingrats; il n’excepta, de cette amnistie générale, que treize personnes, qui, en qualité de membres du gouvernement provisoire ou comme agents des Bourbons en 18H, avaient concouru à la chute de l’Empire, avant son abdication : il ordonna leur mise en jugement et le séquestre de leurs biens; mais aucun de ces treizo contumaces ne fut livré aux tribunaux, grâce à l’entremise de Fouché qui voulait se ménager des omis dans tous les camps. On peut croire que Napoléon ne signa celle liste de proscription, que pour y comprendre le maréchal de Ragusc et le prince de Bénévent qui lui rendait guerre pour guerre et soufflait le feu de la coalition étrangère. La nomination des préfets cl des différents chefs de l’administration témoigna d’ailleurs que l’Empereur se soumettait à un système général de modération et de conciliation : les noms de quelques fonctionnaires royalistes et libéraux s’étonnèrent de figurer à côté des noms les plus significatifs du régime impérial. On en conclut que l’Empereur voulait fondre tous les partis dans un grand parti national , pour se faire légitime et nécessaire aux yeux de l’Europe. Le ministre de la police parut agir d’après les mêmes vues : il adressa le 3) mars une circulaire aux préfets, dans laquelle il invoquait les principes de la morale et de la justice, pour inaugurer la nouvelle police d'observation qu’il destinait à remplacer la police d'attaque ; il promit d’exercer, avec autant d’impartialité que de prudence, celle bonne police «qui, calme dans sa marche, mesurée dans ses recherches, active dans ses poursuites, partout présente et toujours protectrice, veille pour le bonheur du peuple, pour les travaux de l’industrie et le repos de tous. » Fouché avait A cœur d’apaiser les appréhensions que son retour au ministère de la police devait inspirer â tous ceux qui se souvenaient de l'usage qu’il en avait fait sous l’Empire. Il contribua beaucoup, par celte circulaire, è tranquilliser les royalistes, et il arrêta le mouvement de l'émigration ; mais il laissa le champ libre aux sourdes manœuvres des ennemis de l’Empereur. On a pensé, peutêtre avec raison, que les rapports et les avis de ses agents â l’étranger l’avaient instruit des projets de la politique européenne et de ses moyens d’exécution : il avait donc pu prévoir que Napoléon ne parviendrait pas à triompher de cette nouvelle coalition qui se dessinait déjà plus formidable que la première ; il savait tout ce qui se passait au congrès de Vienne, où Talleyrand, dévoué
CENT JOUBS. — 18)5. *5
désormais è la cause des Bourbons liée à la sienne, faisait mouvoir à lui seul tous les ressorts de la diplomatie. Fouché était même, dit-on, en correspondance avec le prince de Bènévent, ce qui ne l'empêcha pas de soutenir, dans le conseil des ministres, que la fameuse Déclaration du congrès de Vienne contre Napoléon, n’était qu'une grossière imposture imaginée par Talleyrand pour compromettre le congrès et pour donner espoir aux partisans du comte de Lille, qui ne s’intitulait déjà plus Louis XVIII. Il employa son adresse et son éloquence à prouver le caractère apocryphe de celte pièce menaçante, qu’on avait fait circuler en France depuis peu de jours, quoiqu’elle fût datée du 13 mars. L’Empereur avait préparé lui-même la comédie que jouait Fouché. La pièce en question fut renvoyée à l’examen d’une commission du conseil d’État, et tout le monde Qt acte de déférence à l’égard de l’Empereur, en affectant de croire à la fausseté de celle Déclaration qui portait avec elle le témoignage de son origine. Une commission, choisie dans le conseil d'Etat par l’Empereur lui-même et composée du duc de Bassano et des comtes Defcrmon, Audréossy, Régnault de Saint-Jean-d’Angely et Boulay de la Meurlhe, fut chargée spécialement d’étudier la question et de rédiger un rapport. Ce rapport, ce fut Napoléon qui le dicta au duc de Bassano, et il en fut donné lecture, au nom de la commission du conseil d’État, dans un conseil des ministres tenu le 2 avril. Le rapport établissait que la Déclaration était l’œuvre personnelle des plénipotentiaires français assistant au congrès de Vienne, et que les autres plénipotentiaires n’avaient pu, dans aucun cas, prendre la responsabilité de cet acte contraire aux principes les plus sacrés du droit des gens et aux usages les plus ordinaires de la diplomatie. Après avoir attaqué dans sa base cette pièce qui commençait par une provocation à l’assassinat d’un souverain, on discutait avec infiniment d’adresse et de force les griefs particuliers de Napoléon à l’égard des Bourbons, et l’on prouvait qu’il n’élail pas l’agresseur dans ce que la Déclaration appelait son invasion : il était venu délivrer la France d’un joug insupportable; il avait obéi à l’appel suppliant de scs anciens sujets ; quant à ses projets ultérieurs, il voulait ce que voulait le peuple : « L’indépendance de la France, la paix intérieure, la paix avec (Ous les peuples, l’exécution du traité de Paris du 30 mai 1811. » En un mot, il n’y avait, il n’y aurait rien de changé en France et en Europe, excepté le chef de la nation française. * Il n’y a rien de changé, disait Napoléon par l’organe de son conseil d’Etat, si, quand la nation française ne demande qu’à rester en paix avec l’Europe entière, une injuste coalition ne la force pas de défendre, comme elle l’a fait en 1792, sa volonté, ses droits, son indépendance et le souverain de son choix. » C’était à la fois une menace en cas de guerre et un engagement en cas de paix. Pour arriver à ce dernier résultat, l’Empereur écrivit de sa main aux souverains étrangers une lettre dans laquelle il promettait la paix à l’Europe, pourvu que l’Europe abandonnât la cause des Bourbons : « Après avoir présenté au monde le spectacle de grands combats, il sera plus doux de ne connaître désormais d’autre lutte que la lutte
sa In (fl de la félicité des peuples. La F rance se plaît à proclamer arec franchise ce noble but de tous ses vœux. » Certes, une pareille déclaration, signée par l’Empereur, était bien propre à balancer «elle du congrès de Vienne, mais les agents secrets, que Talleyrand faisait concourir à ses desseins, interceptèrent les lettres de l'Empereur : aucune ne parvint A sa destination.
I! était peut-être trop tard, d’ailleurs, pour arrélcr ou pour détourner une nouvelle coalition des puissances alliées : leurs plénipotentiaires à Vienne avaient, dès le 25 mars, sous la perfide influence du prince de Bé né vent, stipulé un traité d'alliance offensive contre Bonaparte; ce traité fut ratifié peu de jours après, mais on le tint secret jusqu’à ce que tes quatre puissances signataires du traité, l’Autriche, l’Angleterre, la Russie et la Prusse, se fussent assurées de l’adhésion des autres puissances do l'Europe. On avait intérêt à retarder le plus longtemps possible les préparatifs de la résistance, pendant qu'on bâtait sourdement ceux de l’attaque. Dans ce traité occulte, que le prince de Bénévent avait imaginé de concert avec lord Wellington, les quatre puissances Contractantes s'engageaient à maintenir intégralement foules les conditions du traité de paix du 30 mai 1814, à réunir tous leurs efforts contre Bonaparte et « contre tous ceux qui déjà se seraient ralliés à sa faction, * à mettre et à lenir constamment en campagne une arméo de six cent mille hommes au complet, et à ne pas poser les armes, avant que l'objet de la guerre eût été atteint. Les autres puissances de l’Europe, et spécialement ta majesté très-chrétienne, devaient être invitées à donner leur adhésion au traité. En même temps, l'Europe entière s’ébranlait pour recommencer la guerre: partout on armait, des bords de la Neva aux bords du Rhin, et cependant la gnerre n’était pas encore déclarée. Napoléon, las d’attendre une réponse pacifique qu’on semblait décidé à lui refuser, fit publier dans le Moniteur du 14 avril un rapport de son ministre des affaires étrangères, dans lequel on lui rendait compte do l’étal de l'Europe qui ne paraissait pas disposée à respecter l'indépendance de la Franco; mais l'Empereur sentait bien que, pour lier sa causo à celle de la France, il avait besoin de soumettre le pouvoir impérial à cette constitution qu'il avait promise à son arrivée de i’ile d’Elbe et qu’il hésitait à s’imposer comme un frein et comme uh obstacle. Le jour même où le Moniteur annonçait la guerre à peu près inévitable, Benjamin Constant, chef du parti constitutionnel, était mandé aux Tuilerie», par ordre de l'Empereur; Benjamin Constant était invité à préparer les bases d'une constitution. Le travail de Benjamin Constant fut soumis ensuite à l’examen et à la discussion d’un comité composé des présidents du conseil d’État; l’opinion de l'Empereur, exprimée avec celte vigueur et cette inflexibilité qui l’avaient toujours caractérisée, ne manqua pas de prévaloir sur les avis Opposés, dans ces conférences où le principe libéral luttait timidement contre la volonté du souverain absolu; Napoléon eut l'air de céder pourtant quelquefois aux objections victorieuses de Benjamin Constant, mais il s’obstina, malgré les insistances et les réclamations de l’assemblée, à sup-
primer l’article 60 de la Charte, qui abolissait la peine de la confiscation. Vainement et à plusieurs reprises, le comité, et Benjamin Constant à sa tête,
essayèrent-ils de faire rayer la confiscation dans le Code national de la France; Napoléon, irrité, ne voulut écouler aucune remontrance à ce sujet :
• La première loi, dit-il, o’csl la nécessité; la première justice, c’est le salut public. On veut que des hommes que j’ai comblés de biens, s’en servent pour conspirer contre moi dans l’étranger? cela ne peut pas être, cola ne sera pas. »
Il termina cette vive allocution en disant : « Il faut qu’on retrouve, il faut qu’on revoie le vieux bras do l’Empereur! » Quand on lui demanda de livrer la nouvelle constitution à la discussion publique et à la sanction des chambres, il fronça le sourcil et ne répondit pas. Le lendemain, 22 avril, la constitution parut dans le Moniteur, sous le titre d'acte additionnel et supplémentaire aux constitutions de l'Empire, avec un préambule où l’Empereur rappelait ses anciens droits à la dictature, tout en promulguant une constitution qu’il présentait à l’acceptation libre et solennelle du peuple. Cetlo constitution reproduisait les principaux articles do la Charte de Louis XVIII, sous une forme plus nette et plus étendue : la liberté religieuse, lu liberté individuelle et la liberté de la presse étaient également protégées ; deux chambres législatives devaient seconder le gouvernement de l’Empereur : une chambre de pairs héréditaires, en nombre illimité, à la nomination du chef de l’État; une chambre de représentants, élus par le peuple, tous les cinq ans, suivant deux • degrés d’élection, au nombre de six cent vingt-neuf, qui recevraient une indemnité pour frais de voyage et de séjour à Paris pendant la session. Par un dernier article de cette constitution, le peuple français se dessaisissait du droit de rétablir, dans aucun cas, les princes Bourbons, l'ancienne noblesse féodale, les prérogatives féodales et seigneuriales, les dîmes, et un culte quelconque privilégié et dominant. Le parti constitutionnel , travaillé par les manœuvres du parti royaliste, ne fut pas satisfait de l’Acte additionnel, qu’il aurait mieux accueilli, si l’on n’eût point exagéré les promesses de l'Empereur ; les royalistes, de leur côté, ne tarissaient pas de regrets à l’égard de la Charte de Louis XVIII, qu’ils admiraient beaucoup moins lorsqu’elle était en vigueur; royalistes et constitutionnels accusaient l’Empereur de n’avoir pasconsulté le peuple et de prétendre prolonger sa dictature à l’abri de cette ombre de constitution. Napoléon crut imposer silence à ces bruits malveillants, en convoquant les collèges électoraux par un décret du 30 avril, comme Benjamin Constant le lui avait conseillé. Le parti constitutionnel ne renonça pas encore à ses préventions et à ses défiances.
Cependant la guerre générale était imminente : elle avait déjà commencé en Italie, où le roi de Naples, Joachim Murat, toujours intrépide, mais toujours imprudent, s’était trop pressé d’attaquer l’Autriche. Il savait que le congrès de Vienne, au mépris des traités existants , avait décidé en principe que le trône de Naples serait restitué au roi Ferdinand; il avait été averti d’avance des audacieux projets do l’Empereur prêt à quitter l'ile d’Elbe, et il s’était
aussitôt engagé à contribuer à leur réussite ; mais il n’attendit pas que le moment d’agir fût venu; dés qu'il apprit la marche triomphale de Napoléon dans les déparicmcnts du midi de la France, il sc mit à la tête de son armée et partit de Naples, le 16 mars, avec l’intention de soulever l’Italie en proclamant son indépendance. Ce fut un cri magique, même dans la bouche d'un roi absolu : la Toscane, la Lombardie, le Piémont, répondirent avec enthousiasme à snn appel, et une foule de volontaires patriotes accoururent sous scs drapeaux. Il avait traversé, de vive force, les états du pape ; il s’était emparé de Rome; il avait établi son quartier général à Rimini, et quand il vil doubler en quelques jours son armée, l’armée de l’indépendauce italienne, forte de quarante mille hommes et de huit mille chevaux, il la divisa en cinq colonnes qui marchèrent simultanément sur Bologne, Modènc, Reggio, Ferrarc et Florence. Les corps autrichiens que rencontra le roi de Naples furent culbutés et forcés de battre en retraite : le 4 avril, il entrait à Modène, après un combat sanglant, et à trois jours de là, Bologne, Reggio et Florence étaient occupées par ses généraux. Au bruit de ces succès rapides, Venise, Padoue, Vérone, s’agitaient, et toute l’Italie allait s’armer pour reconquérir son indépendance. Cette formidoble diversion aurait puissamment servi la cause de Napoléon, et le cabinet de Vienne, qui craignait d’avoir deux ennemis à combattre au lieu d’un seul, invita Murat à rentrer dans la coalition des sou- * verains alliés : il aurait, à ce prix, conservé sa couronne. Mais Murat se souvint que scs traités avec la première coalition européenne n’avaient pas été respectés par le congrès de Vienne, et il se repentait trop d’avoir trahi en 1814 l’Empereur, son ami et son bienfaiteur, pour vouloir sauver sa royauté au prix d’une seconde trahison ; il repoussa donc les offres de l’Autriche, en s’écriant avec une émotion chevaleresque : « Il est trop tard ; l’Italie veut être libre et le sera ! > Mais les quarante mille Autrichiens, que les généraux Mohr et Bianchi pouvaient oppposer au roi de Naples, ne lardèrent pas à reprendre l’avantage : Murat voulait passer le Pô et poursuivre son invasion libérale à travers le Piémont ; le général anglais, Williams Bentinck, le somma de respecter le territoire du roi de Sardaigne, allié de l’Angleterre; Murat obéit, dans l’espoir de s’assurer la neutralité sinon la protection du gouvernement anglais. Ces retards, cette hésitation, l’empêchèrent d’effectuer le passage du Pô, et il eut bientôt à songer à la retraite, en apprenant que le général Bentinck avait reçu de son gouvernement l’ordre de joindre scs forces à celles des généraux autrichiens; il évacua successivement Modène et Bologne, suivi de prés par l’ennemi qui l'atteignit, le 2 mai, et lui présenta le combat entre Tolentino et Macerala. Le roi de Naples fut obligé de l’accepter, malgré l’infériorité du nombre, malgré le manque absolu de canons, malgré toutes les circonstances les plus défavorables : son courage personnel fil des prodiges ; mais ses troupes, tout en l’imitant, ne purent résister à l'artillerie qui les foudroyait : elles furent enfoncées sur tous les points et sc débandèrent, après deux jours de lutte héroïque. Murat ns rallia que quelques
CENT-JOl'RS. — (815. «9
milliers d’hommes, avec lesquels il essaya encore de proléger sa rctraile : de nouveaux échecs à Portc-Corvo, à Mignano, ù San-Germano, firent disparaître ce simulacre d’année, et il n’avait plus autour de lui que son étatmajor, quand il rentra tristement dans sa capitale qui Tut ainsi toute préparée à rouvrir ses portes à Ferdinand, son ancien roi.
Napoléon n’avait plus rien à espérer du cité de l’Italie; il le comprit dés le premier revers de Murat, et cependant il se flattait de faire naitre, à défaut d’une diversion armée, un revirement diplomatique qui réduirait la coalition à l’impuissance. Ce fut dans cet espoir qu’il continua de négocier à la cour d’Autriche, par l’intermédiaire de certains agents qui le trahissaient presque ouvertement, et sous les auspices de l'impératrice Marie-Louise qui n’avait aucune influence, parce qu’elle ne cherchait pas à en avoir. Napoléon crut un moment à la paix, lorsque l’Autriche eut fait déclarer par toutes les puissances représentées au congrès de Vienne, qu’elles ne se regardaient pas, en ratifiant le traité du 35 mars, comme «autoriséesà imposer un gouvernement quelconque à la France. » Les Bourbons se trouvaient donc ainsi étrangers à l’objet de la coalition. Mais ce n’était qu’un moyen de rendre cette coalition plus formidable à Napoléon et plus inflexible dans le but qu’elle avouait hautement et qui ne s’attaquait en apparence qu’ù {'usurpation de Bonaparte. Üne guerre européenne pour rétablir Louis XVIII sur son trône aurait paru mesquine et tyrannique; cette guerre contre Napoléon seul, dans l’intérêt de la paix du monde et en représailles des longues guerres de l’Empire, cette guerre prenait aux yeux des peuples un caractère de grandeur et de justice qui en assurait le succès; cette guerre devint nationale en Allemagne, dès qu’on eut intéressé l’esprit public à la soutenir et même à la pousser dans ses dernières conséquences. Il y eut pendant deux mois un incroyable débordement d’injures contre la France et son Empereur ; tous les organes de la presse allemande furent d’necord pour prêcher cette croisade qui devait rayer la France du rang des nations et détruire les Français comme peuple, en partageant leur territoire; on ressuscita les souvenirs de haine et de vengeance que l’occupation française avait laissés dans le cœur des Teutons, comme ils s’appelaient eux-mêmes en s’excitant à s’armer contre la tyrannie d’un chef de brigands. C’était le langage que la première émigration française avait appris à l’Allemagne, sans réussir alors à lui faire huir la République; ce furent encore des Français , des émissaires de Tallcyrand et du comte de Mie, qui provoquèrent en Allemagne b déchaînement de l’opinion contre leur patrie. La coalition des rois fut merveilleusement servie par l'élan des peuples qui se montrèrent partout empressés de supporter los sacrifices de la guerre. Ces sacrifices étaient d’ailleurs fort allégés par les subsides de l’Angleterre qui avait mis cinq millions de livres sterling (cent vingt-cinq millions de France), au service de la coalition. L’Angleterre, du moins, ne couvrait pas ses desseins d’un prétexte patriotique et juste : elle subordonnait
Mt conduite politique aux intérêts de sa prépondérance maritime et commerr. Ti. 4
5o histoire: de France.
ciale; die voulait, à tout prix, supprimer l'Empereur et non la France, car la France, sans l'Empereur, ne lui semblait plus redoutable. Les débats animés qui eurent lieu dans la chambre des lords et dans celle des communes prouvèrent à Napoléon que le ministère anglais, dirigé par lord Casllereagb, tenait dans sa main tous les fils secrets de la coalition. Ce ministère, avant toute déclaration de guerre, avait autorisé scs vaisseaux à courir sus au drapeau tricolore : plusieurs bâtiments français furent attaques et pris, dans le courant du mois d'avril, tandis que les ministres anglais à la tribune faisaient des vœux pour le maintien de la paix. Il n’était plus possible de feindre davantage : les puissances secondaires do l'Europe avaient adhéré les unes après les autres au traité de coalition du 25 mars ; la Belgique, l’alliée naturelle de la France, la Suisse même, n’avaient pas osé rester neutres, en présence de colle ligue de rois et do peuples, qui menaçait tout ce qu’elle ne sauvegardait pas : deux souverains seulement, Murat et Napoléon, étaient exceptés dans ce pacte des souverains qui s’intitulaient légitimes; Napoléon, suivant les termes de la Déclaration du 13 mars, se trouvait livré à la vindicte publique : on ne l’assassina pas, mais on l’entoura de traîtres qui travaillaient à sa perte, en faisant mine de le servir. Le duc d'Olrante ne fut pas le moins actif dans ce mystère de trahison, qui n’avait point échappé à l’œil perçant de l’Empereur : «Avant de m’occuper de Fouché, dit-il un jour avec amertume, j’ai besoin d’une victoire! ■ Et néanmoins, il ne lui relira pas le pouvoir de nuire, et Fouché, à la tête de la police de l’Empire, continua de trahir l’Empereur.
Les royalistes avaient repris courage, en s’apercevant qu’on ne gênait pa3 leurs menées en France et que l’Europe allait venir ù leur secours. Les deux ordonnances, par lesquelles Louis XVIII avait voulu signaler sa fuite hors du royaume, étaient restées sans nul effet; le paiement des impôts ne souffritni retard, ni difficulté; l’armée de terre et de mer n’obtempéra point à un ordre de licenciement, qui ne fit sortir de ses rangs qu’un petit nombre d’officiers, créés par la Restauration et n’ayant la plupart que des litres nobiliaires pour étals de services. Ces deux ordonnances, en date du 23 mars, contre-signéesj l’une par Blacas d'Aulps, ministre de la maison du roi, l’autre par le comte de Jaucourt, ministre sans portefeuille, furent publiées dans le premier numéro du Moniteur royaliste que le gouvernement de Louis XVIII fit paraître ù Gand, sous le titre de Journal universel, à partir du 14 avril. Ce gouvernement s’était établi dans la ville de Gand, avec la permission tacite du roi des Pays-Bas; il se composait de trois anciens ministres du roi, le duc de Feltre et les comtes de Jaucourt et de Blacas d’Aulps, et de deux nouveaux ministres, le vicomte de Chateaubriand et le comte de Lally-Tollendal : deux maréchaux de l’Empire, Marmontet Victor, le premier inféodé aux Bourbon* par la trahison de 1811, demeuraient attachés à la fortune du roi de Gand. Autour de ce roi, les princes de sa famille formaient une sorte de cour qui avait importé dans l’exil le cérémonial et l’étiquette du palais des Tuileries : on ne s’y occupait que d’affaires de dévotion, d’intrigues et surtout de petites noirceur»
contre Buonaparle; on y colportait, on y fabriquait sans cesse tino énorme qnantitèdc fausses nouvelles qui toutes avaient pour objet de relever la royauté aux dépens de {'usurpateur. Le Journal universel de Gand était le répertoire de ces nouvelles et, en même temps, d’dne ardente polémique dans l’intérét du dogme do ta légitimité de droit divin : Chateaubriand prêtait sa phraséologie romantique à celle vieille doctrine, que do jeunes publicistes, tels que M. Guizot, soutenaient à scs célès, avec les Ressources ingénieuses du paradoxe, en y mêlant les séduisantes théories de la métaphysique constitutionnelle. Ce journal officiel de là royauté ne pénétra guère en France, mais il allait à l’élWtiger sohrter le tocsin de la coalition, pendant qu’il appelait aux armes les paysans de la Vendée et de la Bretagne. C’étaient encore Louis XVIII et son frère lé comte d’Artois qui se trouvaient en présence dans les colonnes dé ce journal i ici, le parti de la Charte et de la monarchie constitutionnelles ; là, le parti du pouvoir absolu et de l’aincién régime. Ces deux partis n’étaient pas alors cri lutte, car ils agissaient parallèlement, avec leurs forces respectives, pour ébranler le trône impérial. Le comté d’Artois, fidèle à son ancienne tàciiqUe d’émigré, soufflait le feu de la guerre civile en France; Louis XVIII Cherchait seulement à se faire regretter, en comparant scs actes à ceux de l'Emperciir et en se posant contrite le premier citoyen de son royaume. Ainsi, peu de jours après que son ministre, Chateaubriand, eut inséré dans le.Vonileur de Gand un rapport au roi, rempli d’invectives et de déclamations forcenées contre YusUrpaleur, le tyran, le despote, qui « n'embrasse la liberté que pour l’étouffer,» Louis XVIII déclarait, dans le même journal, qu’il avait obtenu des souverains ses alliés « les assurances les plus solennelles de respecter l’indépendance de la France et l’intégrité de son territoire cl de ne se point immiscer dans son gouvernement intérieur. » Il n’avait, disait-il, accepté qu’à ces conditions les secours de l'Europe coalisée, qui venait délivrer la nation française opprimée et anéantir le perturbateur de la paix. Malgré sa répugnance pour les souvenirs militaires de la première émigration , Louis XVIII fut obligé de donner soit coitsonlementà l'organisation souterraine d’une nouvelle Vendée.
Les temps et les hommes étaient bien changés Cependant : la Bretagne cl la Vendée, où des symptômes d’insurrection n’avaient pas encore éclaté depuis le départ précipité du duc de Bourbon , donnèrent presque à la fois le signal de la fédération, pour la défense des libertés publiques et de l’indépehdancc nationale. Les patriotes de Rennes , invoquant le pacte fédératif signé par leurs pères en 1790, firent appel aux habitants des villes bretonnes, dès le 13 avril, cl l’enthousiasme de cette nouvelle fédération se répandit si rapidement de l’ouest à l’est, que tous les départements, avant la fin du mois de mai, avaient suivi l’impulsion du sentiment populaire cl patriotique. La France fédérée était invincible. Mais Napoléon, dont la prévoyance allait ait fond des choses, comprit que celte fédération, émanée d’une idée libérale ou républicaine, n'avait pas pour principal objet de défendre l’Empire et l’Empereur;
il entrevit le retour de la République, dans l'exécution du pacte fédératif, et, dès lors, sans paraître lui être hostile ou contraire , il n’épargna rien pour l'empêcher de devenir une réalité. 11 reçut avec froideur les députations et les adresses des fédérés; il leur promit et ne leur accorda pas des armes. Ainsi, les actes des fédérations départementales étaient enregistrés au Moniteur, pour imposer aux puissances étrangères et pour répondre à la faction royaliste ; dans quelques départements, et surtout à Paris, les fédérés étaient enrégimentés, et même exercés au maniement des armes; mais, nulle part, on ne leur distribuait des fusils, quoique les magasins en eussent plus de quatre cent mille disponibles après l’armement de la garde nationale. Une sorte de rivalité, il est vrai , s’était élevée entre la garde nationale et les fédérés , qui formaient les bataillons supplémentaires de celte garde, dans laquelle, suivant le décret du 10 avril, ne furent admis que les citoyens payant cinquante francs d'impôt direct. Celte rivalité dégénéra bientôt en déllancc réciproque , cl l’Empereur, qui la voyait peut-être avec une secrète satisfaction , n’essaya pas de l’affaiblir ni de la détruire. La garde nationale lui semblait suffisante pour occuper les villes et les places fortes, pendant que l’armée tout entière marcherait aux frontières; quant aux fédérés, il se souvenait trop des désordres de la révolution de 89, pour vouloir déchaîner le peuple en lui apprenant sa force ; il craignait d’ailleurs que le feu sacré de la République ne se réveillât dans les cœurs de ces soldats du peuple qui juraient de ne combattre que pour la cause de la liberté. A celle fédération populaire que l'Empereur ne voulait pas mettre à l’oeuvre, la garde nationale parisienne oppose ellemême une autre fédération patriotique, qui semble avoir eu pour objet d’amoindrir la première cl de l’élouffer : le ministre de l’intérieur Carnot et le préfet de police Réal s’inscrivirent en tête des listes fédératives, qui, en circulant dans la classe riche ou aisée, se couvraient de signatures inutiles ou suspectes. Le principe républicain reprenait droit de cité, à la faveur de ccs associations qui délibéraient et qui discutaient ; le règne des clubs aurait pu renaître, si les événements leur en eussent donné le temps. Napoléon avait moins de confiance dans le dévouement indiscipliné des masses, que dans l’action régulière de son armée réorganisée. Celte armée, à la tin du mois de mai, se composait de cinq cent quatre-vingt-deux mille hommes de toutes armes, y compris les bataillons de la garde nationale mobile, et, deux mois auparavant, l’Empereur avait trouvé à peine cent mille hommes dans les cadres de l’armée royale. Le matériel et les approvisionnements de guerre étaient è peu près nuis, par suite de l’invasion de 1814 et des spoliations énormes qu’elle avait fait subir à la France; mais Napoléon n’eut besoin que de deux mois d’Empire pour réparer ces pertes, qui étaient le résultat d'une année de paix et qui eussent demandé à tout autre qu’à lui des années d’cfforls et de sacrifices. Pendant qu’il rappelait sous les drapeaux les vétérans delà République et de l’Empire, aussi bien que les sous-ofliciers et soldats congédiés et envoyés en semestre par la Restauration , il créait une cavalerie
CENT-JOURS. - ISIS. !fl
et une artillerie capables de répartir soixante mille chevaux et sept cents pièces de campagne entre huit corps d’armée. Les manufactures d’armes à feu, qui avaient été supprimées ou réduites au plus misérable abandon , furent remises en activité, et purent fournir cinquante mille fusils par mois; l’industrie particulière se chargea d’en fabriquer autant. On fondit jusqu’à vingt-cinq pièces de canon par jour; on emmagasina d'immenses quantités de boulets et do poudre; de vastes ateliers d’habillement et d’équipement fonctionnaient jour et nuit. Toutes les forces du pays étaient en travail pour produire des armes et des soldats. Quatre-vingt-dix places fortes furent armées et approvisionnées; Paris cl Lyon furent mis en état de défense par une ligne de fortifications en terre que l’Empereur traça de sa propre main , et que les fédérés exécutèrent comme par enchantement. Enfin, au Ier juin , la France avait huit armées sur pied : celtes du Nord, du Rhin, de la Moselle et des Alpes, qui couvraient les frontières; celles du Jura et des Pyrénées, qui tenaient en respect l’Espagne et la Suisse ; celle de la Loire , qui était aux prises avec l’insurrection vendéenne; et celle de Paris, destinée à servir de point d’appui et do réserve aux sept autres , et surtout à garder la capitale contre l’ennemi et contre elle-même.
Ces formidables préparatifs de résistance n’avaient pas arrêté la coalition dans ses plans d’attaque; les armées étrangères étaient eu marche de toutes parts, pour envelopper la France dans un formidable réseau qui so resserrait tous les jours. Chaque puissance alliée s’empressait d’envoyer son contingent de troupes ; la trésorerie d’Angleterre se disposait, suivant l’expression de Napoléon, à salarier les combattants ; la tèto de la première colonne des Russes avait atteint Nuremberg, le 19 mai; les empereurs d’Autriche et de Russie, ainsi que le roi de Prusse, venaient de quitter Vienne pour se rendre à leur quartier général ; cependant la guerre n’était pas encore déclarée. Elle le fut d’une façon indirecte dans un rapport à l’Empereur, que l’Empereur avait dicté lui-même à Caulaincourl, et qui parut, le 7 juin, dans le Moniteur, pour avertir la France qu’elle n’avait plus d’autre espérance que dans ses armes : «Les souverains, disait ce rapport, sont maintenant à la tête de leurs armées, et Votre Majesté est encore à Paris !... Sire, toute hésitation peut désormais compromettre les intérêts de la patrie. • Au moment où le ministre des affaires étrangères sollicitait l’Empereur d’aviser à une défense énergique, celte défense avait été préparée avec toutes les ressources du génie de Napoléon. Le premier ennemi qu’il eut à combattre et à vaincre, ce fut la France qui le lui opposa ; le premier sang versé dans cette guerre nationale, ce fut du sang français. Les émissaires des Bourbons avaient allumé la guerre civile en Vendée : le 15 mai, au son du tocsin et au cri de Vive le roi I les Vendéens s’étaient insurgés; iis formaient des bandes de quelques milliers de paysans, que les chefs des anciennes armées royales, d’Autichamp, Suzanne! et Sapineau, essayèrent d’organiser avec les armes, les munitions et l'argent qui leur venaient d’Angleterre. Le jeune marquis de La Rochojaqueleio,
B1 FHSTOIRF, DE FRANCK.
fidèle aux traditions de sa famille, avait pris le commandement généra) do cello prétendue armée royale, en vertu des pouvoirs que Louis XVIII avait eu la faiblesse de lui conférer. Scs proclamations n’eussent pas manqué de lui recru ter des auxiliaires dans toutes les paroisses de l’Anjou, de la Vendée et du Poitou, si le général Travot, de concert avec le général Lamarquc , qui commandait les vingt-cinq mille hommes de l'armée de la Loire, n'avait pris des mesures aussi promptes qu’énergiques pour écraser l’insurrection. Ces deux généraux firent d’abord une tentative de conciliation qui ne ramena aucun rebelle dans le devoir; ils ne perdirent pas de temps pour agir avec vigueur, pour empêcher les bandes de s'augmenter, cl pour s'opposer aux débarquements d’armes que les vaisseaux anglais apportaient aux insurgés. Chaque fois que ceux-ci furent rencontrés par les généraux de l’Empereur, ils lâchèrent pied et se dispersèrent ; mais la voix de leurs chefs ne lardait pas à les rallier, et ils reformaient de nouvelles bandes. L’insurrection eût été plus générale, si elle avaitcoïncido avec le commenoemcnt des hostilités entre les armées de la coalition et celles de l’Empereur ; elle fut presque comprimée, avant que ces armées se trouvassent on présence, et le marquis do La Rochejaquelein, qui était l’émo de celte Vendée , ne voulut pas survivre à la déroulo des - siens dans les marais salants de Saint-Jean-dc-Mont : il se fit tuer en so jetant au milieu de la mêlée. Les gardes nationales des villes s’étaient mobilisées pour empêcher les fuyards de se rassembler sur un autre point des côtes où l’escadre anglaise débarquait encore des armes et des munitions. Mais les chefs royalistes, Suzanne! , d’Autichamp, Saint-Hubert et Sapineau, •" délivrés de la suprématie imprudente du jeune marquis de La Rochejaquelein, changèrent de plan de campagne et réorganisèrent plusieurs bandos considérables dans la partie la plus inaccessible du Bocage. Le général Lamarquc ne leur laissa pas le temps de s’y fortifier : il se mit à leur poursuite à travers les landes et les broussailles; il les battit toutes les fois qu’il put les atteindre, et il finit par leur fairo éprouver une sanglante défaite dans le bourg de la Rochc-Servière, où vingt mille Vendéens furent vaincus par douze mille français. Ce fut cette victoire déplorable qui termina la guerre civile, le 20 juin, deux jours après le triomphe de la coalition étrangère à Vaterloo! La Vendéo était pacifiée, au moment où l’ennemi envahissait la France.
Les immenses apprêts de cette guerre générale n’avaient pas suspendu l’action constitutionnelle du gouvernement impérial ; les conseils municipaux avaient ôté modifiés ou transformés, les collèges électoraux convoqués, les représentants élus, pendant que l’Acte additionnel était offert è la signature de tous les citoyens, dans toutes les communes et dans tous les corps d’armée. Sans doute, ce vote universel n’eut pas lieu avec les garanties qu’on eût exigées dans des circonstances moins pressantes; on n’imposa aucun contrôle à la vérification des signatures, mais aussi l’on ne fit rien pour eu obtenir le plus grand nombre possible. Beaucoup de citoyens, même les plus iufiuents par leur naissance, leur éducation , leur position sociale et leur fortune,
s'abstinrent de signer, les uns par indifférence , les aulrcs par timidité, ceux-ci par mauvais vouloir, ceux-là par conviction politique. Les élections furent en butte aux mêmes vicissitudes d’opinion et de hasard ; une foute d’électeurs évitèrent , négligèrent ou refusèrent de participer aux opérations des collèges d’arrondissement et do département. Ces électeurs, nommés à vie par les assemblées cantonales, en vertu du sénatus-consultc du 16 thermidor an x (4 août J8D2), avaient pourtant servi à créer les différentes assemblées législatives qui s'étaient succédé pendant plus de douze ans, et l’Empereur croyait pouvoir compter sur leur concours dévoué ; mais il n’avait pas songé aux métamorphoses inévitables qui avaient suivi la marche des événements et des idées. Deux partis nouveaux s’étaient fait place au soleil dans le monde politique, le parti royaliste pur et le parti constitutionnel. Ce second parti, moins nombreux que l’autre, avait plus de force et plus d’initiative, sans être encore bien défini et bien classé; il comprenait, avec les anciens républicains, tous les royalistes selon la Charte, tous les partisans des institutions libérales de l’Angleterre et de l'Amérique , tous les amis du progrès intellectuel , tous les patriotes systématiques, en un mot, tous ceux que Napoléon avait souvent qualifiés d’idéologues. Napoléon, jusqu’alors, n’avait trouvé en face de lui que des individus de celte espèce; il s’en était rendu maitre ou il les avait brisés ; mais il voyait tout à coup un parti entier d’idéologues se lever contre lui et prêt à lui disputer le pouvoir. Tel était le germe libéral on constitutionnel que la Restauration, à son insu ou malgré elle, avait jeté dans lc3 esprits. Quant au parti royaliste, qu’on appela faction de l’étranger, sans vouloir le désignera des lois d’exception, il était moins dangereux pour l'Empereur et pour son gouvernement; car il ne luttait pas, il ne se plaignait pas: il conspirait par son silence, son immobilité et son abstention. Entre ces deux partis, le parti bonapartiste (on lui donna ce nom, et il l’accepta comme un honneur) était inférieur en nombre, en influence, et, il faut l’avouer, en intelligence; il n’avait pas d’aulre mobile qu’un dévouement absolu à la cause impériale, il n’avait pas d’autre but que de défendre l’Empereur, qu'il idenliliuit avec la liberté et avec la patrie : c’était là sa doctrine, sa religion, son culte. La chambre des représentants fut donc élue sous les auspices de ces trois partis, qui ne se tirent pas une guerre réciproque et qui se contentèrent d’agir dans le cercle de leurs relations locales. Les royalistes n’envoyèrent qu'un petit nombre des leurs à la chambre; les bonapartistes choisirent dans leurs rangs une foule de généraux, de magistrats, de fonctionnaires, qui avaient fait leurs preuves sous l’Empire; mais la majorité fut acquise tout d’abord aux constitutionnels, qui, comptant parmi eux les orateurs, les publicistes cl les ambitieux , avaient à leur disposition tous les moyens de séduire, d’entraîner et de subjuguer les esprits timides, flottants et faibles. On comprend avec quelle répugnance Napoléon vit approcher l’ouverture des chambres et l’ussembléedu Champ-de-Mai ; mais il était trop tard pour supprimer et même pour ajourner celle grande cérémonie, si impatiemment attendue,
qui (lovait sceller comme un pacte d'alliance entre l’Empereur et la nation.
Le I er juin , au point du jour, le canon des Invalides annonça que la cérémonie aurait lieu. Un amphithéâtre semi-circulaire, pouvant contenir vingt mille personnes dans des tribunes séparées, avait été élevé au Champ-de- Mars, avec un luxe imposant de décoralion, vis-à-vis de la façade de l’École militaire, masquée par un péristyle construit et décoré dans le même style que l’amphithéâtre, où les noms des départements de la France étaient inscrits dans des écussons accompagnés de trophées et d’emblèmes impériaux. Entre l’amphithéâtre et le péristyle, que réunissaient de vastes tribunes , une large plate-forme, à laquelle on arrivait par des gradins richement tapissés qui descendaient du premier étage de l’École militaire , s’étendait sous un magnifique dais étincelant d’éloiles et d’abeilles d’or, et découvrait à tous les regards lelrônedc l’Empereur. Dès le malin, les tribunes furent remplies: les députations d’électeurs envoyées par tous les colleges de la France, les représentants nouvellement élus, occupaient tout l’amphithéâtre; les grands corps judiciaires cl administratifs de l’Empiro étaient placés devant le péristyle et non loin du trône. Vingt-sept mille hommes de la garde nationale de Paris et trois mille de la garde impériale sc déployaient en lignes, au centre du Champ-de-Mars ; les talus, couverts d’une foule compacte, servaient de tribunes publiques à ce grand spectacle. A midi un quart, l’Empereur sortit des Tuileries, suivi jusqu’au Champ-de-Mars par les acclamations enthousiastes du peuple. A une heure, le cortège impérial traversait le Champ-de-Mars, et Napoléon parut sur la plate-forme du trône; tout le monde se leva et se découvrit aux cris unanimes de Vice l'Empereur t II était inquiet ou préoccupé; il salua par deux ou trois légères inclinations de tête et s’assit; ses trois frères s’assirent à ses côtés , Lucien à sa gauche, et à sa droite Joseph et Jérôme; l’archichancelier, Cambacérès, au-dessous d’eux. Napoléon , de même que ses frères et l’archichancclicr, avait un costume de cérémonie plus théâtral que majestueux , plus riche qu’élégant : son manteau de pourpre , sa tunique cramoisie, sa toque de velours, ses bas de soie et sa culotte de salin blanc produisirent moins de prestige que l’habit vert d’uniforme et le chapeau militaire avec lesquels il se présentait dans les revues de sa garde; il est vrai qu’autour de lui tous les dignitaires de l’Étal avaient revêtu leurs costumes officiels, qui participaient plus ou moins à ce mauvais goût d’apparat. Toute cette pompe de cour n’éblouit personne et sembla ridicule ou puérile à beaucoup de spectateurs. Un roulement de tambours fil cesser les salves d’artillerie ; on apporta un prie-Dieu devant l’Empereur, et la messe fut célébrée au milieu de Pamphilhéàlre par plusieurs prélats en habits pontificaux. Après la messe, que Napoléon avait fait entrer lui-mèmo dans le programme de la cérémonie, pour se concilier les dévots, la députation centrale des électeurs, au nombre de cinq cents , s’approcha du trône , et Dubois, avocat d’Angers , un des représentants du département de Maine-et-Loire, prononça un discours un peu long, mais animé de sentiments patriotiques, qui provoquèrent à plusieurs
reprises l'approbation de l’Empereur et les applaudissements de l'auditoire. L’Empereur ne répondit pas à ce discours, dans lequel son éloge manquait peut-être do réserve, sinon de justice et d’à-propos; mais tous les assistants étaient ou paraissaient bonapartistes ce jour-là. L’archichancelier présenta ensuite à Napoléon le dépouillement des voles qui constataient l’acceptation de l’Acte additionnel par un million cinq cent trente-deux mille trois cent cinquante-sept suffrages affirmatifs , contre quatre mille huit cent deux négatifs; ceux de onze départements et de quatorze régiments n’étaient pas encore recueillis ou transmis au gouvernement. Le chef des hérauts d’armes déclara, au nom de l'Empereur, que l’Acte additionnel aux constitutions de l’Empire avait été accepté par le Peuple français. L’Empereur signa cet Acte, au bruit de l’artillerie qui dominait à peine les cris joyeux do la multitude ; puis, assis et couvert, il prononça d’une voix haute et perçante un de ces admirables discours qu'il savait faire et dire avec cette éloquence Hère et inculte du soldat :
< Empereur, consul, soldat, je tiens tout du peuple. Dans la prospérité, dans l’adversité, sur le champ de bataille , au conseil , sur le trône, dans l’exil, la France a été l’unique et constant objet de mes pensées et de mes actions. » Il rappela qu’il s'était sacrillé pour donner la paix à ta France, qu’il avait été ramené au pouvoir par le voeu de ia nation , qu’il ne voulait plus régner que sous l’empire d'une constitution conforme à l'intérêt du peuple , et qu’il avait fait de vains efforts pour obtenir des puissances étrangères celte paix qu’on l’accusait de refuser au monde: «Il a fallu se préparer à la guerre!» s’écria-t-il s avec énergie. A ce3 mots , toute l’assemblée se leva électrisée, en criant :
Vie» l'Empereur I et Vive la nation! Napoléon continua son allocution chaleureuse qui réveillait dans les cœurs les plus froids i’amour de ia patrie. L’enthousiasme se communiqua aux trois cent mille spectateurs qui remplissaient le Champ-de-Mars, et le cri unanime de Vice l’ Empereur ! parti des tribunes de l’assemblée, fut répété de toutes parts avec frénésie. Ensuite, Napoléon jura sur l’Évangile « d’observer et de faire observer les constitutions de l'Empire. • L’archichancelier prêta le même serment au nom du Peuple français, et l'assemblée entière s’écria : * Nous le jurons ! » On chante le Te Deum, et l’on apporte à l’Empereur les aigles qu'il va distribuer aux troupes. Il se dépouille vivement du manteau impérial , s’élance au-devant des aigles, et, saisissant celles que lui présentent les ministres Carnot, Davoust et Decrès, lo premier au nom de ia garde nationale de la Seine, les deux autres au nom de l’armée de terre et de mer, il prononce d’une voix forte la formule du serment : « Je vous confie l’aigle impériale aux couleurs nationales; vous jurez de la défendre au prix de voire sang, contre les ennemis de la patrie et de ce trône? — Nous le jurons ! » répondent les députations militaires. L’Empereur quitte alors son trône, et, marchant à grands pas dans les rangs des porte-aigles, il gagne une estrade quadrangulaire, préparée au milieu du C.liamp-de-Mars,et y occupe un autre trône, entouré de scs maréchaux et de toute sa cour. C’est du haut de celte estrade , étincelante de drapeaux, d’armes
lis HISTOIRE DE FRANCE,
et d'uniformes, qu’il répète le serment de fidélité , auquel les troupes de ligue et la garde nationale répondent : < Nous le jurons I > en levant la main vers l’Empereur, qui est devenu soucieux et morne. Cinquante mille hommes armés défilèrent devant lui, en le saluant d’unanimes acclamations et eu chantant la Marseillaise. Napoléon aurait été content de l’effet produit par cette belle cérémonie, si l’on n’y eût pas remarqué l’absence de deux personnes qu’il avait espéré y voir, l’impératrice Marie-Louise et le roi de Rome.
L’Empereur, en voyant combien i) était aimé du peuple et du soldat, regretta sans doute de n'avoir pas établi la dictature jusqu’ils paix, au lieu de donner cet Acte additionnel qui allait servir d’arme et de prétexte à scs ennemis, pour attaquer et pour ébranler son gouvernement. Il avait senti, pendant la cérémonie du Champ-de-Mai, que sa volonté était désormais sous la tutelle de la chambre des représentants, et il fut sur le point de dissoudre cette chambre qui ne lui promettait que des embarras : Carnot le supplia de ne pas s’écarter de laligne constitutionnelle, et, peu de jours après, l’opposition systématique commenta de lever la télé dans l’Assemblée législative. Napoléon désirait que son frère Lucien fût nommé président, mais on ne discuta pas même cette candidature que rendaient suspecte les souvenirs du (8 brumaire, et Lanjuinais obtint deux cent soixante-dix-sept suffrages sur quatre cent soixante-douze votants. La nomination de Lanjuinais, comme président de la chambre, et celles de Flaugergues, de Dupont de l’Eure, du général La Fayette et du général Grenier, comme vice-présidents, prouvaient assez que le parti libéral (c’est ainsi qu'il s'intitulait lui-méme) avait la majorité. L’Empereur ne cacha pas son dépit et faillit refuser son approbation qu choix du président qu’il connaissait pour l’avoir vu dans toute sa carrière politique faire de la résistance à plaisir contre tous les pouvoirs. La Chambre lui lit comprendre qu’elle sc préparait à la lutte, en montrant beaucoup de répugnance et d’hésitation à prêter serment à la constitution et au chef de l’État. Cette Chambre, qui se piquait, avant tout, d’étre constitutionnelle, sc laissait mener en aveugle par quelques avocats bavards et brouillons, qui recevaient le mot d’ordre du général La Fayette et de sa coterie composée de niais A grands sentiments et à petits moyens : derrière le rideau se cachaient les traîtres et les intrigants qui faisaient agir cette coterie au profit des Bourbons et de la coalition; Talleyrand, à Vienne, et Fouché à Paris , avalent la haute direction du complot. L’Empereur s’était flatté inutilement de tenir en bride la chambre des représentants par la chambre des pairs : les listes de candidats à la pairie, que les ministres lui avaient présentées, réunissaient les noms les plus étonnés de se trouver ensemble : d'anciens nobles, des nobles nouveaux, des sénateurs et des généraux do l'Empire, de grands propriétaires et des négociants notables; il fallait se hâter, et l'on ne prit que le temps de s’assurer de l'acceptation des pairs désignés par l'Empereur. Quelques-uns, qu’on avait négligé de sonder d’avance, entre autres le maréchal Macdonald, refusèrent la pairie. La chambre des pairs, ainsi constituée par
ordonnance, devait être essentiellement dévouée à la personne de l’Empereur et à son gouvernement, mais, malgré la présence d'un grand nombre d’hommes éminents par leur caractère et leurs services, tels que Carnot , Thibaudeau, le maréchal Masséna, les généraux Drouot, Travot, Lccourbe, etc., on ne pouvait espérer de la part de celte assemblée un concours bien énergique ni bien actif. Dans la séance d’ouverture des chambros, qui eut lieu le 7 juin avec la solennité que Napoléon jugeait inséparable des cérémonies publiques, il Ht en quelque sorte l'abandon volontaire de l’Empire, en déclarant qu’il venait commencer la monarchie constitutionnelle : son discours, qu’il lut d’une voix affaiblie et d’un air sombre, était une patriotique protestation contre les rois coalisés; quand il prononça ces derniers mots :
« La sainte cause de la patrie triomphera ! » son accent était inspiré et son geste menaçant. L’Assemblée sembla répondre à sa pensée, en criant avec enthousiasme : vive l’Empereur! vive la nation/ mais ces cris-là ne partaient que des lèvres, et la chambre des représentants, tout absorbée par des questions mesquines et de graves frivolités, ne se pressa pas de seconder les intentions de l’Empereur : l’adresse, qu’elle lui présenta le 1 1 juin, manquait à la fois de précision, d’élan et de franchise; dans cette adresse verbeuse et yague, elle ne paraissait préoccupée que de scs travaux pour coordonner les constitutions de l’Empire. Napoléon, avec sa netteté ordinaire d’idée et d’expression, répondit noblement : « Aidez-moi à sauver la patrie !... N’imitons pas l’exemple du Bas-Empire qui, pressé de tous côtés.par les Barbares, se rendit la risée de la postérité en s’occupant de discussions abslrailes, au moment où le bélier brisait les portes de la ville. » Il désespérait déjà de l’avenir de cette Chambre, dans laquelle La Fayette et ses amis ne laissaient échapper aucune occasion de lui chercher querelle : « Les députés me harcellent à coups d’épingle, dit-il avec amertu me : qu’ils y prennent garde ! j’y mettrai du mien tant que je pourrai; mais s’ils croient faire de moi un soliveau ou un second Louis XVI, ils se trompent : je ne suis pas homme à me laisser faire la loi par des avocats nié me laisser couper la tête par des factieux! • Celte Chambre hostile, ou plutét indécise, venait de rejeter la proposition de lui décerner le titre de sauveur de la pairie. Il partit pour l’armée, le 12 juin, à trois heures du matin, après avoir formé un conseil de gouvernement, composé de quatorze membres, ses deux frères Joseph et JérOme, l’archichancelier, les sept ministres et quatre miuislres d’Élat, les comtes Defermon, Boulay de la Meurlhe, Régnault de Saint-Jean-d’Angely et Merlin de Douai, sur lesquels il savait pouvoir compter: il savait aussi qu’au nombre de ces quatorze membres du conseil il y avait au moins un traître. Dès que l’Empereur eut quitté Paris, le ministre delà police redoubla d'ustucc et d’habileté pour réunir dans sa main tous les dis secrets qui faisaient mouvoir la chambre des représentants, et son premier soin fut d’cmpécher la prise en considération et i’exéculion de toute mesure de salut public: vainement, Garnier (de Saintes), Barrère et d’autres patriotes demandent d'ajourner toute discussion qui n’aurait pas pour but la défense
de la pairie contre les armées étrangères ; vainement Leguevcl (du Morbihan) propose un projet de loi contre les instigateurs de là guerre civile dans les departements de l’Ouest; vainement le ministre des flnancesréclame l'examen du budget; la Chambre, dominée par les avocats et les soi-disant libéraux, gaspille scs séances en débats oiseux et ridicules. Elle écoute néanmoios deux admirables rapports du ministre des affaires étrangères et du ministre de l’intérieur, sur la situation de l’Empire et sur la conduite de la coalition : le duc de Vicencc prouve jusqu'à l’évidence que le congrès de Vienne n’a fait qu'obéir aux suggestions dit cabinet anglais, cl que les quatre grandes puissances alliées • conspirent toutes, par des motifs différents, l'affaiblissement et le démembrement de la France » ; Carnot dévoile l’état désastreux dans lequel l’Empereur avait trouvé la France au 20 mars; il énumère les vastes et profondes améliorations que trois mois du règne impérial ont introduites dans toutes les branches du gouvernement ; il révèle, en passant, les actes coupables de la Restauration qui avait distribué un million cinq cent mille francs de pensions aux Vendéens et aux émigrés et qui projetait de détourner frauduleusement pour ses dépenses secrètes trois cent millions du budget de la guerre; il fait appel au patriotisme de la chambre, devant laquelle il n’ose pas évoquer le glorieux fantôme de la Convention. La Chambre se tait, reste neutre et invite le ministère à prendre l’initiative des mesures qu’il jugera nécessaires : on veut attendre des nouvelles de l’armée.
Napoléon avait balancé longtemps entre deux plans de campagne qui s’étaient offerts en même temps & son esprit. Le premier consistait à concentrer toutes les forces dont il pourrait disposer, sous les murs de Paris et de Lyon, et à y attendre l’ennemi, pour l’enfermer dans un réseau de places fortes et le vaincre en bataille rangée; le second plan, plus prompt et moins désespéré, n’exigeait pas que toutes les armées de la coalition fussent réunies et combinassent leurs opérations : il s’agissait de prendre l'offensive à l’improviste, de battre l’une après l'autre les armées anglo-hollandaise et saxoprussienne qui couvraient la Belgique, cl d’aller ensuite signer la paix sur le Rhin. Ce fut à ce dernier plan qu’il s’arrêta, et il vint prendre le commandement de son armée, avec l’espoir d'entrer en vainqueur à Bruxelles quelques jours après. Celte armée, forte de plus de cent vingt-trois mille hommes et de trois cent cinquante bouches à feu, était campée entre Avcsnes et Phi— lippeville, à une lieue de la frontière, et protégée par une ligne de monticules qui cachaient ses feux de bivouac à l’ennemi. Celui-ci avait dispersé ses cantonnements sur un espace de plus de trente lieues, comme s’il eût compté sur l’inaction des Français. L’armée de Wellington, composée d’Anglais, d’Hanorviens, de Belges et de Hollandais, formant la droite des armées coalisées, rayonnait autour de Bruxelles et occupait toutes les villes voisines depuis Gand jusqu'à Mous, et depuis Mons jusqu’à Nivelles : elle présentait un effectif de cent quatre mille hommes et de deux cent cinquante canons; vis-à-vis de cette armée répartie on deux corps sous les ordres du prince d’Orangc et de
lord Bill, celle des Prussiens et des Saxons, commandée par le vieux maréchal Blucher, formait la gauche et s'étendait en avant de Namur, depuis Ham jusqu’à Fleurus, en sorte que les avant-postes prussiens n’étaient éloignés de ceux des Anglais que par un espace de deux ou trois lieues; cette seconde armée, moins redoutable quela première, était pourtant plus nombreuse: elle comptait cent vingt mille hommes et deux cent-quatre-vingl-huit canons. Napoléon avait projeté de surprendre les deux armées et de se placer avec la sienne dans l’intervalle que Wellington et Blucher avaient laissé libre entre eux; mais son projet fut communiqué au général anglais par des traîtres vendus aux Bourbons et apostés autour de lui avec des instructions secrètes de Fouché. Dès qu’il eut publié son ordre du jour, qui annonçait l’entrée eu campagne et qui se terminait ainsi : « Pour tout Français qui a du cœur, le moment est arrivé de vaincre ou de périr », trois Français, le général Bourmont et les colonels Clouet et Villoutrays, donnèrent l’exemple de la désertion à l’ennemi et allèrent lui livrer les plans de l’Empereur. Le maréchal Soult avait été nommé major général de l’armée, et pourtant il parait n’avoir eu aucune initiative ni aucune action dans cette courte campagne dont il devait signer les bulletins. Quant au maréchal Mortier, il fut atteint de la goutte, le jour même où il reçut l’ordre de se mettre à la tète de la jeune garde. Deux maréchaux, Ney et Grouchy, également indécis dans leur conduite et inquiets de l’avenir, avaient accepté des commandements sous les ordres de Napoléon. Le 1b juin, à la pointe du jour, l’armée française s’ébranla en trois colonnes aux cris de vive l'Empereur et mit le pied sur le territoire belge, en chantant la Marseillaise. Elle chassa devant elle les corps prussiens qu’elle rencontrait autour de Charleroi et passa de l’autre côté de la Sambre, où elle trouva plus de résistance : l’ennemi , à la suite d’un engagement assez vif, perdit trois mille hommes et cinq pièces de canon. Ce succès sembla de bon augure à Napoléon et surtout à son armée, qui s’était jetée , dès le soir même de son entrée en Belgique, entre les armées de Wellington et de Blucher. Ainsi s’accomplissait le dessein de l’Empereur. Il ordonna, la nuit même, au maréchal Ney, chargé du commandement de l’aile gauche, de se porter, dès le point du jour, au delà de la ferme des Qualre-Bras et de se rendre maitre de celle position située à l’embranchement des roules de Nivelles à Namur, et de Charleroi à Bruxelles. La division de Ney, forte de trente-quatre mille hommes soutenus par quatre-vingts bouches à feu, sous les ordres des généraux d'Erlon, Reille, Vandamme et Gérard, aurait, en occupant le carrefour des Qualre-Bras, empêché la jonction des Anglais et des Prussiens; mais le maréchal Ney, trompé par de faux rapports, perdit huit heures en hésitations et en mouvements inutiles, pour rencontrer l’avant-garde anglaise qui ne venait pas : à onze heures du matin, il n’avait pas encore pris la position que l’Empereur regardait comme la clé de ses opérations militaires. L’Empereur, contrarié par ces retards inexplicables, lui envoya de nouveau l’ordre de se porter immédiatement, coûte que
G3 IIISTOIRE DK FRANCE.
coûte, au delà des Qualrc-Bras, et deux heures après avoir donné cel ordre qu'il crut exécuté sur-le-champ, il déploya les forces qu’il commandait en personne et attaqua les Prussiens qui s’appuyaient sur les villages de Lignv, de Saint-Amand et de Sombrcf : < Il se peut que dans trois heures le sort de la guerre soit décidé, dit-il au général Gérard ; si Ney exécute bien mes ordres, il n’échappera pas un canon de l’armée prussienne : elle est prise en flagrant délit. » Les trois villages, que défendait Blucher, furent pris et repris plusieurs fois à la baïonnette; on se battait de part cl d’autre avec un horrible acharnement qui témoignait de la haine réciproque des Prussiens et des Français : c’était souvent une lutté corps à corps ; on se disputait le terrain pied à pied; on ne faisait pas de prisonnier; on tuait jusqu’aux blessés, et la garde impériale criait avec rage : * Point de quartier! » Tout à coup, au milieu de la bataille, le bruit se répand que les Anglais approchent; on se montre de loin leurs colonnes qui s’avancent sur Flcurus :les Français plient et reculent. Napoléon, consterné, ne peut croire que le maréchal Ney ait laissé passer l’ennemi. En effet, c’est le corps du général d’Erlon, qu’un faux ordre, émané on ne sait de quelle main, a fait venir en toute hâte au secours de l’Empereur, dans le moment mémo où le maréchal Ney, comptant sur cette réserve, l’appelait d’un autre côté, pour soutenir l’attaque des Quatre- Bras. Celte attaque avait été terrible, car Ney avait donné au prince d’Orange le temps d’arriver avant lui aux Qualrc-Bras et de s’y établir le premier avec l'avant-garde anglaise que des renforts continuels élevèrent bientôt à cinquante mille hommes. Le combat ne fut pas moins acharné sur ce point qu’autour des villages deLigny et de Saint-Amand; l’ennemi, dans l’affaire des Qualre- Ilras, était aussi bien supérieur en nombre, mais il manquait presque totalement de cavalerie et d’artillerie. Le corps du général d’Erlon, qui aurait décidé la défaite des Anglais, resta inactif et ne put rendre aucun service au maréchal Ney, que la nuit força de suspendre ses efforts héroïques : Ney avait à cœur de réparer sa négligence à exécuter l’ordre de l'Empereur, mais il ne put même s’emparer de la position des Quntrc-Bras, que lord Wellington conserva jusqu’au lendemain matin : l'armée anglaise avait perdu neuf mille hommes et un de ses généraux en chef, le prince régnant de Brunswick ; mais l’armée prussienne éprouva des pertes bien plus considérables et laissa sur le champ de bataille vingt-deux mille morts, quatre mille prisonniers, quarante pièces de canon et huit drapeaux. Blucher, lui-même, fut renversé de cheval , pendant la déroute de sa cavalerie d’élite, cl ne dut son salut qu’au manteau d’un de ses soldats, dans lequel il s’enveloppa pour s’enfuir à la faveur de l’obscurité.
Le résultat de la victoire de Ligny ou de Fleurus devait être l’occupation de Bruxelles : les Prussiens étaient en pleine retraite surNamur, et leur déroute avait été si complète, qu’on ne pouvait supposer qu’ils fussent en état de reprendre l’offensive. L’Empereur ordonna au maréchal Grotiéhy de « suivre Blucher l’épée dans les reins afin de l’empêcher de se rallier » et d'aller oc-
CENT-JOIBS. — 4815.
cuper Wavres, pour couper toute communication entre Blucher et Wellington. La maréchal Grouchy, pour exécuter cet ordre, avait trente-quatre mille hommes et cent huit pièces de canon; il commença, en effet, à poursuivre les Prussiens dans la direction de Gembloux, mais il ne tarda pas è être ralenti, puis arrêté par de fausses nouvelles et par de faux rapports qui lui firent perdre la piste de l’ennemi. Cependant TEmpereur ne doutait pas de l’issue de la campagne. Lord Wellington avait appris, dans la nuit du 1 7,1e désastre de l’armée prussienne, et il s’était résigné è rétrograder, sans abandonner toutefois ses projets de jonction avec Blucher; tout en se retirant, il recevait sans cesse de nouveaux renforts et se tenait prêt à faire volte-face : il était d’ailleurs abondamment pourvu de munitions et de vivres, tandis que l’armée française n’avait vécu que de maraude depuis son entrée en Belgique et avait manqué de cartouches pendant la bataille de Ligny. La trahison qui veillait si assidûment à désorganiser tous les projets de l’Empereur, n'eut pas de peine à gagner les fournisseurs et l’administration des vivres. Le ciel semblait, en même temps, d’accord avec les traîtres : la pluie tombait à torrents; une brume épaisse obscurcissait l’atmosphère; le sol marécageux devenait à peu près impraticable aux chevaux et è l'artillerie : on enfonçait à mi-jambe dans une boue épaisse et noire. Napoléon voulut cependant continuer à poursuivre l’armée anglaisé, qui avait eu le temps d’agglomérer toutes ses forces et qui n’attendait qu’une occasion favorable do livrer bataille. Wellington agissait de concert avec Blucher : il s’arrêta en avant de la forêt de Soignes, à quatre lieue3 et demie de Bruxelles, et développa se3 troupes sur un plateau qui domine les villages de Mont-Saint-Jean, de La Haye et de Waterloo ; Napoléon, qui suivait de prés le généra! anglais, comme s’il craignait de voir cette proie lui échapper, était impatient de commencer l’attaque, et il l’eût commencée, malgré l’approche de la nuit, si ses troupes épuisées de fatigue n’avaient eu besoin de quelques heures de repos. B s’établit en face de l’ennemi, et presque à portée de canon, en avant du village de Planchenois, sur la route de Bruxelles. Son quartier général était placé à la ferme de Caillou et de là il pouvait voir la Iisièbo de la forêt de Soignes tout illuminée parles feux de bivouac, où les Anglais faisaient grande chère pour se préparer à se bien battre le lendemain. Les Français, au contraire, ne mangèrent pas tous ce jour-là, mais tous ils dormirent, soldats et officiers, couchés par terre dans la boue, sous une pluie abondante qui ne cessa qu’au lever du soleil. L’Empereur seul ne dormit pas : il traça le plan de la bataille du lendemain et donna les ordres nécessaires. « Maréchal, avait-il dit à Ney en lui reprochant ses fautes de la veille, on n'est pas heureux tous les jours; mais un homme comme Vous h’est pas malheureux deux jours de suite. » Et il lui tendit la main ; mais le sodvertir des reproches amers de l’Empereur ne s’effaça pas dans le cœur du maréchal, qui s’accusait sans doute lui-même d’avoir gravement compromis le succès de la campagne. Le maréchal Grouchy, de son côté, se laissait égarer par le même esprit d’irrésolution èf de vertige i
a HISTOIRE DE FRANCE.
un complot secret semblait organisé pour que les ordres transmis par Napoléon à ses généraux ne leur parvinssent pas ou ne fussent pas exécutés, A dix heures du soir, l’Empereur, qui croyait Grouchy campé à Wavres où il l’avait envoyé le matin, expédia un oftlcier, pour lui enjoindre de faire marcher, avant le jour, sept mille hommes de toutes armes, sur le village de Saint- Lamberl, aOn de soutenir les opérations de la droite de l’armée; cet ordre, . à l’exécution duquel Napoléon attachait tant d’importance, il le réitéra, six heures après l'envoi du premier; et les officiers chargés de porter ces ordres n’arrivèrent pas ou arrivèrent trop tard au quartier général de Grouchy, qui d'ailleurs n’était pas à Wavres, mais à Gcmbloux, et qui n'avait fait que deux lieues de marche dans la journée du 47, comme s'il eût été intéressé A ne pas troubler la retraite de Blucher. Napoléon pouvait-il alors soupçonner que le maréchal avait perdu de vue t'armée prussienne et qu’il s’était arrêté à Gembloux, après une étape de deux lieues, pour que ses soldats fissent leur soupe cl se reposassent jusqu’au lendemain? Quoi qu’il en fût, dès que le jour parut, l’armée était sur pied et attendait en silence le signal de la bataille, que l'ennemi avait acceptée puisqu’il s’y préparait aussi. A huit heures, l'Empereur déjeuna gaiement avec ses généraux : « L'armée anglaise, dit-il, est supérieure à la nôtre de près d’un quart ; nous n'en avons pas moins quatre-vingtdix chances pour nous et pas dix contre. Wellington, ajouta-t-il, a jeté les dés; et ils sont pour nous ! » Il monte à cheval, reconnaît encore les positions de l’ennemi, parcourt les rangs de scs troupes, dicte l’ordre de bataille et préside au dèploiemcnt de l’armée, qui se divise sous ses yeux en onze colonnes marchant sur trois lignes, et dont l’artillerie couvre les flancs. L’armée, affaiblie par les pertes qu’elle a faites dans les journées précédentes et surtout par l'éloignement du corps de Grouchy, compte encore soixante-dix à soixantedouze mille hommes, pleins d'ardeur et de confiance, qui défilent devant l’Empereur en battant des mains et en chantant des airs patriotiques. A midi et demi, l’Empereur donna le signal, et son frère Jérôme, qui commandait un corps de l’aile gauche, commença l’attaque. L’ennemi s’était fortifié dans le château d’Hougoumont et dans plusieurs fermes qui défendaient la plaine de Mont-Saint- Jean : il fallait donc d’abord le débusquer de ces positions. Le prince Jérôme s’empara du château ; le maréchal Ney, de la ferme de La Haye- Sainte, ainsique du plateau du Mont-Saint-Jean, sur lequel se concentra tout l’effort du combat. Les Anglais et les Écossais revinrent plusieurs fois à la charge avec une intrépidité égale à celles des assaillants; ils perdirent beaucoup de monde et plusieurs de leurs généraux ; ils laissèrent au pouvoir des Français trente canons et quelques milliers de prisonniers; mais ils ne renoncèrent pas à reprendre ce plateau où tant de sang avait été versé, et à s’y maintenir, malgré le feu terrible des batteries, malgré l'impétueux élan de l’infanterie, malgré les charges réitérées de la cavalerie. Cependant, depuis le premier coup de canon tiré, l’Empereur n’avait cessé de braquer sa lorgnette dans la direction de Saint-Lambert, avecl'espoir de voir paraître, à chaque ins-
w-».Ti w,m
CENT-10UBS. - 1815. 65
tant- I* division do firouchv. On lui a signalé l’approche d’un corps de troupes
r h, ÎVtV«îV --J*'.' '*•&*>»•
v UKr ■
U- ■: >hr- v** * *&• .V • Ui* ► r*-» ? -
- c«‘. *‘> h ? , il n i repoli
• i «'-H l‘n.» , »•«» V . . . .■ -ignée
* * »* **.ir 'a t»i «j-»i :• * (1 - ÇBm;
reur! Il a mis Fépeë Tla main : Bertrand, à sa droite ; Drouot, à sa gaucho