‹ Histoire de la restauration (volume 2)Chapitre 4 sur 11 · CHAPITRE CXLVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE CXLVIII

Hiver rigoareax, souffrances qu'il inflige à la population. Efforts de la charité publique et privée pour les soulager, quêtes, bals, représentations théâtrales au bénéfice des indigents. — Vives préoccupations littéraires se mêlant aux préoccupations politiques. Triomphes de Técole romantique au théâtre. Hemani etc. — Nouveaux journaux politiques. Le yationaly fondé par MJtf. Thiers et Mignet. On commence à agiter dans la presse la question de la possibilité d'un changement de dynastie — Élection à la chambre des députés de MM. Guizot et Berryer. Nomination de sept pairs de France, MM. de La Bourdonnaye, de Vitrolles, etc. — On parle encore une fois de changements dans le ministère. — Décision prise pour l'expédition d'Alger après de longues délibérations. — Protocoles de la conférence de Londres qui érigent la Grèce en un Étal indépendant sous la souveraineté da prince Lc'îopold de Cobourg. Il accepte la couronne qu'on lai offre En France, la presse opposante, contre toute vérité, présente ces arrangements comme imposés à la France par l'Angleterre. Elle s'attache aussi à faire considérer l'expédition projetée contre Alger comme une tentative téméraire, ruineuse et sans utilité possible.

L'année qui avait préparé et rendu presque inévitable ia chute du gouvernement de la Restauration venait de se terminer, et celle qui devait lavoir périr s'ouvrait

SOUS de sombres auspices. Aux motifs d'alarme provenant de la politique et des passions des hommes, les intempéries des saisons étaient venues ajouter d'autres causes d'inquiétude. A un automne pluvieux qui avait nui aux récoltes de tout genre avait succédé l'hiver le plus rigoureux qu'on eût vu depuis 1820. et qui sévissait surtout dans les départements méridionaux. Le prix des grains et des fourrages s'élevait. La plupart des fabriques de l'Est et du Nord, qui ne trouvaient plus ù se défaire de leurs produits imprudemment multipliés, étaient à la veille de suspendre leurs travaux. Plusieurs branches du revenu des impôts indirects éprouvaient des diminutions sensibles, bien que le revenu général eût dépassé de quatre millions les évaluations du budget. Le froid excessif, la cherté du pain, le défaut de travail imposaient de grandes souffrances aux classes nécessiteuses. On vit alors éclater, dans les classes plus favorisées par la fortune, un de ces élans de sympathie et de pitié qui, en France, ne manquent jamais de se produire dans de telles conjonctures. A Paris, particulièrement, on ouvrit des souscriptions dans toutes les mairies et toutes les paroisses; des dames formèrent des associations de bienfaisance ; elles quêtèrent, non-seulement à domicile , mais dans les salons; on donna des spectacles extraordinaires et des bals à l'Opéra, tant pour venir au secours des pauvres que dans l'espoir de raviver l'industrie et le commerce languissants. C'est à cette époque que se rapporte la légende de \ homme au petit manteau Wffi,

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ancien bijoutier au Palni^t-Royal, qui, sur le Pont-Neuf, distribuait chaque jour quatre ou cinq cents soupes au\ indigents.

Au milieu de ces souffrances, et en partie par suite dos efforts mi^raes que l'on faisait pour les soulajter, les dÎTertissements et les plaisirs de l'hiver étaient plus tifs, plus animés pout-ftre qu'a l'ordinaire. La haute MKÎéliS le monde aristocratique et royaliste qui devait liicnldt porter, pendant plusieurs années, le deuil de la monarchie légitime, qui dés lors ne pouvait se dissimuler qu'elle était en danger, semblait chercher à s'étourdir pl, ponr employer une expression triviale, mais énergique, jouissait en quelque sorte de son reste.

Le» théâtres attiraient plusquc jamais la foule, curieuse d'assister ù la lutte qui s'y prolongeait entre les classiques tl\es romantiques, ou, pour mieux dire, au triomphe <io romantisme, presque entièrement maître du terrain depuis le succès du Henri 111, de M. Alexandre Dumas. Lf 2i octobre 1829, M. Alfred de Vigny avait donné su Théâtre-Français une traduction en vers de VOtlielio dp Shakespeare, qui", pour la première fois, mettait sous le! jeux du public français, autant que cela est possible dans une traduction, avec les beautés sublimes du modi'le. les irrégularités monstrueuses, les traits familiers M quelquefois grossiers ou atroces qui s'y trouvent mêlés. .Vilftré une assez vive opposition, le succès en fut grand. le i5 février 1830, M. Victor Hugo fit représenter, Clément au ThéS Ire-Français, sondrame d'I/ffmaniqui,

lu à l'avance dans les salons de ce qu'on commençait à appeler la jeune France, devait<fiu dire des novateurs, faire complètement disparaître le type usé et factice de l'ancienne tragédie pour lui substituer une peinture plus vraie et plus hardie des caractères, des passions et des situations. Des transports d'enthousiasme accueillirent cette œuvre du chef de l'école dans laquelle une magnifique poésie peut seule dissimuler, pour les lecteurs de sang-froid, l'absence des véritables qualités dramatiques et surtout de cette vérité, de ce naturel dont on prétendait à tort que les classiques n'avaient jamais su approcher. Le 30 mars, le second Théâtre-Français, VOdéon, donna une nouvelle pièce d'Alexandre Dumas dont le titre était bizarre, Stockholm Fontainebleau et Rome, ou trilogie dialoguée sur la rie de Christine, en cinq actes et en vers, avec un prologue et un épilogue. Le succès fut plus contesté, parce que la multiplicité des incidents et l'exagération choquante de certaines situations dépassaient la limite des hardiesses que pouvait supporter le goût français, parce que le talent de mademoiselle Mars n'était pas là, comme au Théâtre-Français, pour couvrir bien des imperfections, peut-être aussi parce que le§ vers de M. Dumas ne valaient pas ceux de M. Hugo ni même ceux de M. de Vigny. Cependant, la pièce, allégée, après la première représentation, de certains détails choquants et réduite à ce que l'auteur appelait une dUogie, fut ensuite applaudie sans contestation.

Le seul fait de l'admission de semblables drames sur

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la scène française qui, si longtemps, leur avait été fermée attesAiit la victoire de l'école romantique. Elle ne négligeait rien de ce qui pouvait l'assurer et la rendre plus éclatante. Ses adeptes se rendaient à ces représentations comme à une bataille, et les murmures, les sifflets qu*une minorité opposante essayait quelquefois de faire entendre donnaient lieu de leur part à des explosions de fureur, à des trépignements frénétiques, à de folles exclamations qu'on put craindre quelquefois de voir dégénérer en voies de fait. La physionomie, le costume de ces jeunes enthousiastes qu'ils essayaient de rapprocher de celui du moyen âge, leur énorme barbe, leur longue chevelure, si peu conformes aux usages des derniers temps, achevaient de donner à ces luttes le caractère d'une exagération poussée jusqu'à la folie. Vainement quelques journaux essayaient de résister au torrent. Vainement la Gazette de France, tout en reconnaissant ' qu'il y avait dans Hernani des éclairs de génie, des pensées fortes et profondes, y montrait une fable grossière digne des siècles les plus barbares, un tissu de crimes froidement déroulés, sans combinaison, sans art, sans moralité, acec des digressions, des tirades d'une longueur démesurée et des détails puérils. Vainement le Figaro, en présentant M. Hugo comme* un homme de grand talent, un esprit ferme, assez courageux pour braver tous les usages reçus, s'attachait à montrer qu'il obéissait malgré lui à ces vieilles lois pour lesquelles il témoignait tant de dédain et que ses combinaisons les plus

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hardies étaient empruntées 'à ce répertoire de formes dramatiques tombées depuis longtemps dins le domaine public. Ces critiques se perdaient au milieu des louanges hyperboliques de la plupart des organes de la presse.

Il faut avoir vu ce temps singulier pour ne pas taxer d*exagération le tableau qu'en ont tracé quelques écrivains. Les admirateurs, les émules de M. Victor Hugo, organisés en une véritable secte, se réunissaient dans un cénacle qui, bien qu'avec de notables différences, rappelait la fameuse pléiade du temps de Henri U, se croyant appelés comme elle à renouveler la poésie française et à lui ouvrir une immense et brillante carrière dont l'éclat effacerait tout ce qui les avait préfcédés. Les modèles qu'ils se proposaient, c'était avant tout Shakespeare, c'était Goethe et Schiller ; c'était, parmi les Français, Ronsard, qu'ils tiraient de l'oubli profond où il était enseveli depuis deux siècles après avoir joui de son vivant d'une si grande renommée et qu'ils voulaient venger des sévérités exagérées de Boileau par des louanges non moins exagérées. Ils voulaient bien honorer encore Corneille et Molière, mais Boileau, Racine étaient l'objet de leurs dédains, et en répétant ce qu'ils disaient de l'auteur de Phèdre et à'Athalie on risquerait de ne pas être cru.

Il y avait pourtant, parmi les chefs de ce mouvement, des hommes de beaucoup d'esprit et de talent, leur système renfermait plus d'une idée vraie, c'était une réaction

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contre l'aiïadissemcDt de la [loésie classique dégénôr<3e et (■{lui^e, mils ils cédaient à cet enlralnement paradoxal qui i^pl une lualadie du caractÈre français et qui, dans tous les genres, dans tous les ordres d'idées, a trop souvent coDiproniis les réformes les plus utiles ot les plus nécessaires. Ils se trompaient, d'ailleurs, en pensant que la rénovation de la littérature dramatique, airrancliie des eatraves qui, suivant eux, en avaient jusqu'alors comprimé les développements, constituerait la gloire principale du dix-neuviéme siècle. Un des membres du cénacle, revenu depuis de cette illusion, en a fait l'aveu fonnet. < Tout nous portait à croire, • a dit M. Sainte- BeOTe, * qu'une certaine liberté seule manquait pour ^^^.ODTrirle théâtre à la foule des jeunes talents empres- ^^m $ès. L'expérience a depuis prouvé qu'il manquait autre ^K chose encore. >

^H C'était dans le champ de la poésie lyiiqueque ce siècle ^RiViîl di-jà marqué el devait continuer à marquer son passage par d'éclatants et durables triomphes. A cùlé du uum des dens grands poêles qui y brillaient depuis quel- (pu-s années, MM. de Lamartine et Victor Hugo, un icône homme de dix-neuf ans, M. .\lfrcd de Musset, venait d'iuscrire le sien en publiant un poome qui ne produtsil pas d'abord une aussi vive impression que te méritaient les beautés réelles et originales dont il était semé, pircc que l'auteur, avec l'outrecuidance trop ordinaire à son âge, s'était permis d"y mêler des paradoxes, des liiiarreries qui étaient comme autant de délis jetés au

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bon sens public. Quelques années devaient s'écouler avant qu'il arrivât à occuper dans Topinion la place à laquelle ses rares facultés lui donnaient droit.

On pourra s'étonner de me voir m'arréter si longtemps à des détails littéraires alors que je vais avoir à raconter des faits politiques d'une telle gravité, mais j'écris l'histoire de ce temps, je dois tenir compte de tout ce qui préoccupait sérieusement les esprits d'une génération dont l'activité intelligente, bien que quelquefois égarée par son ardeur même, suflisait à tout embrasser et se passionnait pour tout ce qui ressemblait à un progrès, à une amélioration.

La lutte s'échauffait entre les partis. La presse continuait à débattre avec une extrême vivacité les questions les plus hardies et les plus délicates. Les royalistes publiaient une multitude de brochures dans lesquelles les droits des Chambres étaient formellement niés et le Roi supplié d'user de son pouvoir pour sauver la monarchie en exterminant ses ennemis. A ces agressions audacieuses, l'opinion libérale répondait par des allusions menaçantes aux conséquences que pourrait entraîner une attaque contre la Charte. Ce que la France, disait le Globes a demandé à la Restauration, ce que celle-ci est tenue de lui donner, c'est de maintenir l'ordre à l'intérieur, d'épouser la gloire nationale, de fonder la liberté constitutionnelle. L'ordre est troublé, le président du conseil est la créature de l'étranger, les coups d'État se préparent. Si la guerre éclate entre la France et la dynastie, ce n'est

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^7Js la fautt' (il- la France. « Quiconque louche à la Charle > joue sa vie.i

La gauche, le centre gauche et même la portion dissidente du centre droit étaient décidas â combattre le'galement le miuistère tant qu'il resleiait dans la légalité v\. s'il en gortail, â le com hattre ^ar tous tes moyens, co qui ue voulait pas dire que, sauf un petit nombre d'individus, on projetât, on désîrùl le renversement de la dynastie. De ce cOlé, on était plein de conlîance. L'incfui^lude régnait, au contraire, dans les rangs de la droite. Oo ne pouvait s'y dissimuler les irrésolutions et le peu WÊàt capacité du ministère, qui se révélaient par sa com- B^lèlti inertie. Appelé, disait-on, pour écarter de grands et pressants dangers, il n'avait encore rien fait depuis cinq nioî.s qu'il était au pouvoir. Beaucoup de royalistes s'en aUnuaiont: lis auraient voulu qu'on hàtàt le dénouement dune crise dont la prolongation achevait d'énerver et de déconsidérer le pouvoir. D'autres, plus timides, étaient d'avis de s'arrêter, de former un ministère moins impopulaire, dont les membres auraient été pris soit parmi ceux du précédent cabinet, soit parmi les amis et le» anciens collègues de M. de Richelieu. Quelques-uns même tournaient les veux vers M. de Villéle et vantaient son habileté. Tous disaient qu'il fallait prendre une ré- Hilution, que le ministère ne pouvait durer dans son état actuel.

Les journaux existants ne suffisant pas pour exprimer toutes les nuances, toutes les combinaisons des divers

partis, on en créa de nouveaux. M. de Poiignac, se croyant sincèrement modéré et constitutionnel, ne trouvait pas que son système fût suffisamment représenté ni par les violences in Drapeaublanc^ ni par les impertinences de la Quotidienne, ni même par la Gazette de France^ dévouée avant tout à M. de Yillële. Il voulut se donner un interprète qui s'inspirât complètement de son esprit. Il y avait alors une feuille obscure, non politique, V Universel, rédigée par M. Abel Rémusat, le savant orientaliste, et par M. Saint-Martin. Le 1^ décembre, elle était devenue un journal politique. Le public, qui d'abord n'y avait pas fait beaucoup d'attention, ne tarda pas à savoir que c'était l'organe semi-officiel du président du conseil. Les premiers jours, il ne fit guère que protester assez timidement contre toute idée de coup d'État, mais changeant bientôt de langage et entraîné par la force des choses qui devait aussi entraîner son patron, l'f/mrer^e/ devint bientôt un des zélés défenseurs du pouvoir constituant du Roi et de 1 interprétation sophistique de l'article 14 de la Charte.

C'était un faible renfort pour la cause royaliste. L'opposition fit de plus utiles recrues. Depuis le 15 octobre, le Temps paraissait sous les auspices de soixante et onze députés. Sa prétention était de rassembler dans un foyer commun les opinions de la gauche et du centre gauche. Le thème auquel il s'arrêta, après quelque hésitation, c'était que le parti royaliste ne pouvait se maintenir au pouvoir qu'en violant tous les droits, enfaussan^

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élections, en L'touiranl la voix de la presse, en oppri- .nt le peuple, et qu'un ministère de libéraux modérés t le scal possible. Prenant ta défense de l'Association •tonne, il réclama pour la Chambre le droit de refuser budget. 11 soutiut qu'i'n cas de conflit entre les pouvoirs il appartenait au pavs, consulté par la voie de la dissolution, dû décider entre la prérogative rovale et la prérogative parlementaire.

Le Journal de Paris^ mort quelque temps auparavant comme organe ministériel, renaissait comme organe de la plus extrême gauche sous la direction de MW. de SchoDeo et Bavoux, et, par la violence de sa polémique dont s'indignaient la Quotidienne v\. le Drapeau blanc, it semblait appeler une lutte entre la nation et la dynastie plutôt que la redouter.

Le parti républicain, encore peu nombreux, mais lyant déjà entrevoir quelques chances de succès dans gravité des circonstances, fondait la Tribune des de'par- Uments dirîj^èe par MM. .\uguste et Victorien Fabre. Elle comptait parmi ses rédacteurs M. Armand MarrasI. encore complètement inconnu. Il eût éti? difficile de prévoir que moins de vingt après il présiderait la représentation nationale et qu'un moment les espérances des conservateurs reposeraient sur lui.

Deus jeunes gens qui s'étaient déjà fait une assezgrande position dans le journalisme et dans les lettres et qu'uniisail une étroite amitié destinée ù traverser sans alténtion bien des révolutions, MM. Thiers et Mignct, atla-

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chés, le premier à lan^daction du Constitutionnel , l'autre à celle du Courrier^ conçurent alors un projet qui devait avoir d'importantes conséquences. Ils étaient restés complètement étrangers aux conspirations et aux sociétés secrètes où tant d*amis plus ou moins sincères de la liberté s'étaient fourvoyés quelques années auparavant. Ils n'étaient pas républicains, parce qu'ils croyaient que l'état et les mœurs de la France exigeaient une monarchie parlementaire, mais, profondément convaincus que les Bourbons de la branche régnante étaient incapables d*accepter sincèrement les conditions essentielles d'un tel régime, ils pensaient que tôt ou lard on serait forcé d'engager avec eux, pour résister à leurs entreprises contre la Constitution, une lutte décisive, et que, pour n'être pas pris au dépourvu, il était bon de se rendre compte d'avance du gouvernement qu'on substituerait au leur s'il venait à succomber dans cette lutte. Dominés par les souvenirs de la révolution anglaise de 1688 qui obsédaient alors un grand nombre d'esprits, ils voyaient un autre Guillaume III dans le duc d'Orléansdont ils connaissaient les sentiments libéraux, l'expérience et la capacité, bien qu'ils n'eussent eu jusqu'alors aucun rapport avec lui et qu'ils ne lui eussent pas même été présentés. C'était donc à l'éventualité de son avènement au trône qu'il leur semblait à propos de préparer les esprits. Ce n'était sans doute pas, de leur part, une conspiration proprement dite, ils croyaient seulement se mettre sur la défensive contre une agression probalbe, inévitable

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mt'mc du pouvoir absolu, mais une telle défensive, quelle que put iHre leur volontù, équivalait, dans seselTcls. â l'Iiostililé la plus déclarée. Ils comprirent qu'ib essaieraient LniDemenldy entraîner le Constitulionnel cl le Courrier, ■dont les habitudes de polémique, désormais un peu viei Ilies, s'étaient formées dans de tout autres circonstances, el ^i,le Comtitiitionnei surtout, donnaient à leurs proprié- Uipcs un revenu considérable que ceux-ci auraient craint de compromettre par une attitude trop hardie. M. Thiers et M. Mignet crurent trouver plus de facilite à s'entendre avec les rédacteurs du Globe dont les idées se rapprochaient des leurs en beaucoup de points, mais ces derniers ne petlsaient pas qu'une catastrophe fiLt aussi inévitable et ils étaient moins séduits par le mirage d'un nouveau 1688. Leâdeux amis se décidèrent alors à fonder un nouveau journal en s'assocîant pour cela le libraire Sautclet et M. Armand Carrcl, ce jeune oflicier que nous avons vu, en 1833, servir contre la France dans les rangs des con- Mitutionneis espagnols, qui, fait prisonnier et condamné imort par un conseil de guerre, avait obtenu sa grâce et qui s'était, depuis, fait connaître tant par plusieurs articles insérés dans le Globe que par un récit de l'expédition d'Espagne et un essai sur la révolution de 1688. Ce nouveau journal devait s'appeler le National. Le Globe et lui convinrent de se prûterun appui mutuel, et le Globe. qui jusqu'alors n'avait paru que deux fois par semaine, se transforma en feuille quotidienne pour être en mesure de prendre «ne part plus active à cette espèce de coalition.

Le premier numéro du National, qui parut le <*' janvier 1830, contenait une sorte de manifeste de M. Thiers dan^ lequel il exposait ses idées sur le gouvernement qui convenait à la France. Ce que veulent les amis de la liberté, disait-il, c*est la monarchie représentative avec ses formes nécessaires, inévitables; le Roi, héréditaire, inviolable, dépositaire du gouvernement, obligé d'en confier l'exercice à des ministres responsables qui font pour lui la paix et la guerre, rédigent les lois, administrent la fortune publique; au-dessous de ce Roi, une pairie que son hérédité rende indépendante des ministres et que ses lumières rendent dépendante de l'opinion ; à cdté de cette pairie une assemblée élue pour représenter le pays, faire prédominer son esprit, non pour nommer les ministres, mais pour les faire nommer par l'usage qu'elle fait de ses votes, n'administrant p^s de ses mains, mais par les mains des hommes qui ont sa confiance. Un tel ensemble d'institutions constituait le gouvernement le plus calme et le plus libre, le plus balancé et le plus vigoureux. Suivant M. Thiers, un roi placé dans les conditions qu'il indiquait n'était pas impuissant comme on voulait le dire. Sans doute, ses déterminations subissaient une influence, mais la volonté des rois était-elle jamais entièrement libre? Au lieu de subir l'influence des courtisans, des femmes, des confesseurs, le monarque constitutionnel était soumis à celle de l'opinion agissant sur lui doucement et régulièrement. Si c'était là la vraie royauté, c'était aussi la vraie repu-

mais sans ses orages. Les inslitutions représenlatives sincèrement pratiquées sRraient pour le pays le plus grand des bienfaits, mais il y aurait un grand danger à les méconnaître ou à les fausser, Deu\ jours après ce manifeste, écrit avec l'éloquence

Iïive pl naturelle qui a toujours caractèrisÈ son auteur, M. Thiei's, abordant dans le National la grande question An rejet du budget, s'attacha à réfuter la théorie que M. Benjamin Constant venait de développer dans le Courrvr. Aux journaux ministérielsquidcmandaienls'il était possible de supprimer la liste civile, le budget des cultes, la \tayc des soldais, des marins et des employés de limt ordre, M. Constant avait répondu que la Chambre n'était nullement forcée de rejeter le budget tout entier et qu'elle était maîtresse de distinguer entre les dép( qui ne pouvaient jamais être interrompues et celles qui pouvaient l'être. M. Tbiers n'était pas de cet avis, et. avec celte logique pressante qui, en politique, n'est pas toujours l'expression de la raison, mais qui entraîne les partis parce qu'elle en a l'apparence, il prétendait dé- .montrer que le refus absolu du budget était le seul logiqw. le seul politique, qu'il ne s'agissait pas de choisit entre des dépenses toutes également utiles et urgentes, mais de montrerclairement que la majorité s'était retirée du ministère, de le forcer ainsi à abandonner le pouvoir. La Chambre, disait M. Tbiers, en avait le droit aucun doute. Dans la monarchie représentative, il appartenait k la rovauté de ehoisir les ministres, mais la

jorité de la Chambre pouvait les renverser. Il n'y avait là ni outrage, ni même oiïense pour le Roi qui rendait la pareille au pays au moyen de la dissolution. La nation nommait une Chambre, le Roi la renversait en la dissolvant. C'était un veto réciproque. La monarchie représentative n'était autre chose que la balance de ces veto. Il fallait, d'ailleurs, distinguer le refus du budget de celui de rimpôt. L'un était le fait de la nation, l'autre celui de la Chambre. Quand la France aurait jugé dans son bon sens que les lois fondamentales étaient violées, elle pourrait refuser l'impôt. Le refus du budget par la Chambre était un fait légal découlant de la Charte.

Bien que M. Thiers, dans son argumentation pressante et hardie, n'eût pas dit formellement à qui le dernier mot devrait appartenir dans le cas où le Roi et le pays persisteraient chacun dans sa résolution, il avait assez clairement fait entendre que, dans son opinion, c'était au pays. Les journaux du ministère ne s'y trompèrent pas. Le nouveau journal, disaient-ils, laisse échapper le secret du parti. Il veut qu'on refuse le budget pour forcer le Roi à obéira la volonté de la Chambre, mais ce serait violer la Constitution et faire un coup d'État libéral. Dans ce système, le Roi ne serait plus que le premier fonctionnaire public. Le choix des ministres, cet attribut essentiel de la prérogative royale, ne lui appartiendrait plus. M. Thiers répondit que la prérogative royale interprétée de cette façon rendrait au Roi le pouvoir absolu auquel il avait renonce'» par la Charte ; que le refus des subsides était

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pour la Chambre un droit aussi positif, aussi ni-cessaire que If droit d'accuser [es ministres en cas de forfaiture; que 11* Roi et la Chambre pouvaient se tromper, l'un dans ses choix, l'autre dans ses yœus ; que s'ils ne s'acrordaient pas, ils pouvaient faire l'un et l'autre usage de leur prérogative légitime de refuser et de dissoudre et en appeler ainsi, non pasâ la force, mais au pays, seul juge suprême entre l'aduiinistration et la Chambre.

Toute la presse libérale prit parti pour M. Thiers. H. Benjamin Constant, se voyant isolé dans l'opinion plus modérée qu'il avait d'alioi-d exprimée et insulté d'ailleurs par le Drapeau blanc i[ui présentait cette opinion comme une honteuse reculade des révolutionnaires, H' bissa intimider et, suivant sa coutume, dans la crainte de perdre sa popularité, il se rallia à ce qu'il avaitd'asignalé comme une exagération et une imprudence,

principe absolu du rejet de l'impât.

Le 7 janvier, le Moniteur avait publié une ordonnance "royale qui convoquait les Chambres pour le 2 mars. Il fiait dés lors évident que le ministère avait, pour le moment du moins, renoncé à toute idée de coup d'État, mais Il polémique des journaux de la droite n'en devint ni plus conciliante, ni plus modérée. La Gazette et \aQiiolitlienne ne voulaient voir dans leurs adversaires que des pnnemis de la royauté, presque des régicides. Le Drapeau blanc, qui ne rêvait que violences et résolutions extrâmes. blâma l'ordonnance de convocation comme un premier abandon du principe monarehique el itignifia

d'avance aux Chambres que, si elles osaient refuser le budget et repousser les ministres du Roi, elles se constitueraient en état de rùbellion. Il avertit le ministère que la patience des royalistes était à bout et qu'entre son inaction et ce que ce journal appelait la trahison du précédent cabinet, il n y avait pas, à leurs yeux, une grande différence. Il est facile de concevoir le parti que tiraient de ces extravagances les habiles champions de la cause libérale, des hommes tels que M. de Chateaubriand dans le Journal des Débats, M. Benjamin Constant dans le Courrier, M. Etienne dans le Constitutionnel, MM. de Rémnsat et Dubois dans le Globe, MM. Thiers, Mignet et Carrel dans le National. Il s'agit, disaient-ils, de savoir si la Chambre veut jouer le rôle du corps législatif impérial ou celui de la chambre des communes en Angleterre.

Le National, ayant épuisé la question du rejet du budget, aborda la question plus grave et plus délicate encore de l'origine et des conséquences de la Charte. Il était absurde, selon lui, de dire que le Roi l'avait spontanément offerte à la nation comme Louis XVI, en 1789, lui avait offert la déclaration du 23 juin. Avant d'être écrite par le Roi. la Charte avait été faite par la Révolution. La Charte, c'était un roi non responsable qui ne gouvernait pas, des ministres responsables qui gouvernaient, des Chambres qui délibéraient. Le Roi régne et le pays se gouverne, c'était là la Charte. 1830 différait essentiellement de 89. En 89 tout était à refaire. En 1830, la société était parfaitement constituée et n'avait besoin pour

prospérer qued"élrp livrée à etle-mi'me, Une rc''volution noiiTL>llc n'ftlait donc pas possihlc. En Angleterre, il y avait PU en 1649 une grande révûlnlion, et Charles I" avait pi^ri sur réchafand. En i688, il n'y avait pas eu de rèfulution. Jacques II avait pris la fuite sans être poursuivi, pt toDl était rentré dans l'ordre. Otte audacieuse allusion, qui présentait un changement de dynastie comme anc chose presque indiJTérente, comme un pur accident du gouvernement parlementaire, fut relevée par tes ji)umaa\ de la droite avec une véhémente indignation. Le National, cesl-à-dirc M. Thiers, reprenant et développant sa thèse sur le riîle appartenant au monarque ilînii la monarchie parlementaire, expliqua que le Roi n'administrait pas, qu'il ne gouvernait pas, qu'il régnait: que régner était quelque chose de fort élevé, de fort difficile h faire entendre â certains princes, mais que les roiï anglais entendaient a merveille.

Deux députés étaient morts récemment, le savant chiniste Vauquelin. qui représentait l'arrondissement de Li«ens, et M. Calemard de La Fayette, du département de la Haule-Loire, Un des membres les pins inlluenl5 du «oUtge électoral de Lisieux. M. Target, lils du célchre tOBStjtnant, écrivit â M. Guizot, au nom d'un grand tDDbre d'électeurs, une lettre par laquelle il lui demandaitdr se porter candidat à la place de M. Vauquelin. U. Guizot avait atteint depuis deux aus l'ilge exigé alors pour l'éligîliilîté. Il n'avait jamais hahité ni même visité larrondissi-mcnt de Lisieux. il n'y possédait point de

f r-vxrj-rV'- d-^paî^ ioa^te^jtf ii MVvfr^ail p!»« de fooc-

qu'il f»i<.»it â h Sc*!i*>na> ai^i^efll mdu $oii nooi po- |.>aUire. L» jrvat-fê^ lai rtiit fironMe. Il anit an rif dri^ird^ [•nErodry prl aoi iffiiresda pars elbcoafianoe qa il T joa>rait aa n&le coasidrnble. Il accepta doocaTec fiiiipre»«^meDt l'offre qnî loi était faite. Tontes les oaaDres àfr roppo>itioD, MM. de La Fayette et de Qiateaabriand. M. d'Ai^nsoo et le dae de Broglie, M. Dapoot de TEore et M. Berlin. appn>èrent sa candidatore, la presse libérale le soutint fortement. On sa- Tait pourtant dés lors qne la ganebe ne pooTait compter «or «on concours que dans une certaine mesure. M. de La Famte. écrivant à M. Dupont de l'Eure pour le lui recommander, disait: • il est plus monarchique et moins démo-

• cratique que vous et que moi, mais il aime la liberté, il » Mit beaucoup, s'exprime avec talent, il a de Téléva-

• tion^ du caractère et de la probité. > Le parti royaliste pensa d'aliord à opposer à M. Guizot le nouveau ministre de rinstruction publique, M. de Guemon Ranvilb', mais il était lui-même étranger à Tarrondissement, sr*g chances paraissaient bien faibles, et on jugea plus ha* bile de laisser les voix se partager entre plusieurs candidats. M. Guizot fut élu, le 23 janvier, à la majorité de 281 voix contre 65. M. Royer-Collard en témoigna une vivp satisfaction, c II ne lui sera pas donné ni à qui que

• ce soit, » dit il, < de débrouiller le chaos^ mais c'est » lin secours pour notre faiblesse. •

HISTOIHE DR Lk REbTAUHATiaM- r.'i

Trois jours après, le grand collège de la llautu-Loire nomiua M. Bcrrvpr à la majoiitt' de 59 voix contre 26. Il avait esacleiocnt l'jige exigi' ponr ladéputation. Rovalistc |)rononcé, Iiien qu'en certaines occasions il eût exprimé des idées qui .nltestaîentun certain lili^ralisme d'opinion, attaché à la cause religieuse et déjà connu par dïiclatants 'Ufci's au barreau, il avait eu, pour son élection, l'appui Ieplu5 actif du milli^tt:re, et particuliËrcment de M. do l'olignac. C'était une singulitre coïncidence que celle de la BomioatioD simultanée de deux hommes destinés à occuper si longtemps, dans des camps opposés, une po- 'itioii dont on était loin de prévoir alors l' importance . qnelque idée qu'on eût déjà de leurs Uilents.

A la satisfaction que le ministère avait éprouvée de la umiiution de M. Berryer se joignit bienlût celle que lui aosa l'élection d'un autre de ses candidats, M. Uudon, Bommé par le grand collège de la Loire-Inférieure à la jAice du comte Donatien de Sesmaisons que la mort de MU beau-père, le chancelier Darabraj, venait d'appeler lia pairie. M. Dudon, qui avait pour concurrent M. de Vaiimesuil.obtenail une majoriléde 133 voix contre 109. Il t'en fallait de beaucoup, pourtant, que ce fût pour le obin^t an Knccèsdont. s'il eitlété mieux inspiré, il eût dit autant s'applaudir. M. Dudon, sans être un grand ont/^nr, était incontestablement un bomrae tr-és-capable et qni entendait fort bien les affaires, mais, exclu de l'idininistration i^ous le ministère de M. de Riclielîeu pour des motif» qui lui faisaient peu d'bonneur et appelé peu

après à faire partie de la Chambre, uous l'avons vu em brasser alors les opinions de rultra-royalisme avec une violence qui ne pouvait s*e\pliquer que par Tintensité de ses rancunes. Il était profondément impopulaire. Si le ministère, en travaillant à le faire rentrer dans la Chambre et en le chargeant, à cet eiïet, de la présidence du collège, avait obtenu l'approbation de la Quotidienne et du Drapeau blanc, il avait soulevé dans toute la presse opposante un sentiment d'indignation, et la polémique la plus injurieuse s'était engagée entre M. Dudon et plusieurs journaux. La réprobation dont il était l'objet ne se bornait même pas au parti libéral. M. Donatien de Sesmaisons, officier supérieur de la garde royale, un de ces hommes en qui le royalisme le moins équivoque s'unissait au sentiment des nécessités du temps, avait déclaré, dans une lettre qui fut rendue publique, que sa conscience ne lui permettait pas de voter pour M. Dudon et que, membre du collège, il s'abstiendrait.

Le 27 janvier, une ordonnance royale éleva à la pairie le duc de Céreste Brancas, le marquis de Tourzel, le marquis de Puivcrt, le comte de La Bourdonnaye, le baron de Yitrolles, le comte Beugnot et le général comte Vallée. Quelques-uns des nouveaux pairs étaient redevables de leur nomination à la faveur de la cour et à la bienveillance personnelle de M. dePolignac. Le général Vallée, officier d'artillerie d'une haute distinction et depuis maréchal de France, était très-bien vu du Dauphin. Le comte Beugnot, homme de beaucoup d'esprit, mais de

H UISTOMIE lit: LA llBfiTAtjnATION' 175

llaibics convictions, qui avait appartenu un momciil au parti doctrinaire, avait passé ensuite un centre droit ut plus tard inOme à la droite et qui venait d'6[rc appelé à b présidence du bureau du commerce, avait cessé depuis longtemps de faire partie de la chambre des députés. Dix ans auparavant, une ordonnance royale que M. de Itichelicu avait préparée avant de se retirer, mais qu'il n'avait pas eu le temps de contresigner et que son successeur n'avait pas acceptée, lui avait conféré la pairie. Celle qu'il obtint en ce momeut n'était pas destinée à durer longtemps. M. de Vitrolles, député en 18)5, mais étranger depuis lors à la vie parlementaire, avait toujours été compté parmi les intrigants les plus actifs et les plus intelligents du parti ultra- royaliste. Il ne se faisait pas beaucoup d'illusion sur la valeur de lu dignité qu'on lui accordait au milieu de circonstances JU.s8i menaçantes. « Je sais bien, » écrivait-il à un de ses amis, • que si la maison brûle, peu importe d'y être assis > dans un fauteuil ou sur une cliaise. > La nomination deM.de La Bourdonnaye avait seule une véritable importance. Sa présence à la chambre des députés sur les bancs élevés de ladroitepouvaite\crcer,dans ceitains cas, sar les memlires qui avaient pris l'habitude de voler avec lui, une inlluence fâcheuse pour le ministère. A la chambre des pairs, sa violence habituelle devait trouver peu d'éclios. On fut surpris de le voir accepter ce qu'on De pouvait considérer, en ce qui le concernait, que comme une honorable retraite, et on pensa que, fatigué des

ITti HISTOIRE DE LA RESTAURATION.

luUos qu'il soutenait depuis si longtemps, il saisissait avoo plaisir un moyen d*écbapper aux. embarras de sa position.

Lensemble de ces choix, comme tout ce qui émanait du ministère, fut généralement désapprouvé. Il en fut de même de la nomination de M. Syrieys deMayrinhac» un des fidèles de M. de Villèle, à la direction de Timprimerio et de la librairie pour laquelle il n'était certainement pas désigné par la nature et les capacités de son esprit.

M. de Polignac était toujours plein de confiance, mais ses collègues ne partageaient pas cette confiance, et le public moins encore. On ne pensait pas que le ministère, dans son état artuel, pût se présenter devant la chambre des députés sans courir la chance presque certaine d*un échec éclatant. Dans les premiers jours de février, on parla d*un renouvellement complet du cabinet qui, dis'iit-on, devait être le résultat d'un mémoire présenté au Koi par plusieurs pairs. On donnait même des détails très-précis sur des démarches qui auraient été faites par M. de Martignac et M. Roy pour rentrer au pouvoir en |)romettant de sacrifier la loi électorale et la loi de la presse. Ces deux anciens ministres se virent obligés de démentir publiquement et de la manière la plus formelle ces rumeurs si peu vraisemblables. Puis, on prononça les noms de M. de (Ihateaubriand, de M. de Broglie, de MM. Casimir Périer, Sébastiani et Dupin, coalisés, à ce qu'on assurait, a\er quelques courtisans pour forcer la main au Hoi. Tous ces bruits finirent par tomber.

HISTOIRE DE LA RESTAURATION. in

Quelques amis deM. deVillële, impatients de lui voir reprendre la direction des affaires et croyant que les circonstances lui étaient favorables, le pressaient de revenir à Paris en lui disant que le ministère était évidemment insuffisant et que le Roi, pour employer les expressions de Tévêqued'Hermopolis, avait le rappelle l'ancien président du conseil dans la tête et dans le cœur. M. de Montbel, non moins dévoué à M. de Yillèle, mais qui, comme membre du gouvernement, était placé à un autre point de vue, n'était pas de cet avis. Il écrivait à son ami que le Roi, à qui on avait demandé son retour aux affaires, avait répondu : t Yillèle est trop précieux, trop indis-

• pensable à mon service pour que je veuille le com-

• promettre en ce moment. • C'était là ce qu'on appelle' Qoe défaite honnête. Elle signifiait en réalité que Charles X, résolu à aller jusqu'au bout dans la voie où il était entré, croyait ne pouvoir poursuivre ses projets qu'avec des auxiliaires moins circonspects que M. de Villèle.

Celui-ci, consulté par M. de Montbel sur la rédaction du discours d'ouverture de la session, répondit qu'il devait être digne, calme, modéré sans faiblesse, mais aussi sans provocations ni récriminations. L'idée d'un ajournement ou d'une prorogation après le vote d'une adresse peu satisfaisante lui paraissait impolitique, une telle mesure ne pouvant qu'aggraver les difficultés.

Dans ces conjonctures, M. de Villèle ne croyait pas

devoir se hâter de retourner à Paris. M. de Peyronnet XX 12

nS HISTOIRE DE LA RESTAURATION.

qui s'y trouvait déjà lui écrivit, le 3 février, pour le féliciter de la résolution qu'il avait prise de n*y revenir qu'après l'adresse, c On peut juger, • lui disait-il, » par

• les clameurs qu'on a poussées à mon arrivée de celles » qu'on pousserait à la vôtre. On bâtirait sur cet in-

• cident vingt fables bien grossières et bien ridicules

• qui serviraient à faire peur de vous aux niais. Nos en- 1 nemis recruteraient par ce moyen quelques parti- 1 sans de plus en faveur de l'adresse hostile... J'aimerais » fort qu'on ne leur fournit d'aucun côté aucune ombre

• de prétexte afin qu'ils eussent à eux seuls toute la » honte et tout le reproche de l'agression. • M. de Peyronnet redoutait, d'ailleurs, la lutte parlementaire qui allait s ouvrir. Il craignait que le ministère ne fût vaincu, c Je ne vais pas dans le monde, > ajoutait-il, i et je n'ai pas mis le nez à la cour. Qu'irais-je y faire,

• moi qui ne veux rien et qui ne tiens plus à la vie que

• par l'intérêt qu'y ont mes amis? Le malheur est la

• meilleure leçon de philosophie que puisse recevoir

• un esprit sain, et celle là ne m'a pas manqué. • Malheureusement pour M. de Peyronnet, il ne devait pas persister longtemps dans cette disposition.

La presse royaliste s'efforçait de se persuader et de persuader au public que, dans la prochaine session, la majorité ne ferait pas défimt au gouvernement. Comme preuve des sentiments monarchiques de la population parisienne, elle alléguait le bon accueil qu'une assemblée nombreuse et choisie avait fait au Roi et à la famille

HISTOIRE DE LA BESTAURATlOiV, WJ

royale h une reprt^sentatioii donnée ii l'Opéra en favour des iadigciils. Seul entre les journaux du jiarli, le Drapeau blanc persistait 6 ne pas espérer celle majorilion, pour mieux dire, il ne la désirait pas. Il soutenait qu'en In demandant â la Ctiamhre te gouvernement royal s'abaissait devant la souveraineté du peuple. Il voulait bien pourtant que l'épreuve filt tentée, pourvu qu'il fût bien entendu qu'avec ou sans le concours de la Cbambre la législation existante serait cbangée radit-alement. Il se plaignait de l'incroyable inaction des chefs de la droite en présence des préparatifs de l'ennemi, et il disait que le ministère qui, le lendemain de son avènement, avait pu compter sur la conliance des royalistes, avait maintenant besoin de se réhabiliter.

Le National continuait à 'disserter sur les révolutions d'Angleterre, i 11 faut s'entendre, • disait-il, < sur ce

• que c'est qu'une révolution. 1640 est une révolution,

• l'accldentdelSSS n'en est pasune. Tout, alors, s'opéra

• dans le plus grand calme. Il > eut une famille de

■ moins, remplacée par une autre famille. Une djuastie ' ne 83Vait pas n^gner sur une société nouvellement

■ constituée, el l'on choisit une autre famille qui le sut

> mieux. Jacques II a été détrâné parce qu'il s'était fait ' catholique quand l'Angleterre était protestante, parce

> qu il a violé la déclaration de Brcde donnée par son

• frère, parce qu'il était le vassal de Louis XIV, enfin,

• parce qa'il a mis son salut dans ce qui devait le perdre,

qu'il a aimé ce que son pi^uple détestait, voulu

> quil repoa>saiL fait ce qu'il condamnait... L'Angle- » terre fut si peu révolutionnaire à cette époque que,

> respectant autant qu'il se pouvait le droit antique, elle

> choisit la famille la plus proche du prince déchu. > Ce qui est singulier, c*est que les terribles allusions

de cet article ne produisirent pas immédiatement tout TefTet qu'on semblait devoir en attendre. Les journaux royalistes ne les relevèrent d'abord que faiblement et comme s'il leur avait répugné de les comprendre. Cependant la QiêotiiiieHne se hasarda à demander au National s'il crovait à la |>ossibilité d'un 1688 en France. Il répondit que la question était indiscrète et qu'il connaissait le passé, non l'avenir.

Le 15 février, le Globe ^ paraissant pour la première fois sous la nouvelle forme qu'il venait d'adopter, publia un article de M. Dubois dans lequel, passant en revue toute l'histoire de la Restauration, il montrait d'abord les Bourbons apportant la liln'rté et acceptés par la France

malgré le cortège de légitimités grotesques et insolentes dont ils étaient entourés. Mais bientôt ils avaient oublié leurs promesses, la colère avait pris la nation et ils avaient été brisés comme verre pour avoir menacé les droits acquis par la Révolution. Ramenés par les étrangers, ils avaient essayé pendant quelque temps de gouverner plus sagement, et, après l'oi-donnance du 5 septembre, ils avaient paru réconciliés avec la nation. Mais, par les efforts dune ligue qui se vantail de l'appui de l'héritier du trône, tout avait changé de nouveau, toutes les ga-

inties légales avaienl disparu. Acette t'poque, M. Dubois

i le niait pas, la question de dynastie avait Hè posËc

hns quelques sociétés secrètes, et à la conspiration du

l'POavoir contre la liberté avaient répondu quelques con-

Ispiralions contre le pouvoir. Mais toutes les Ii05li1iti''s

^'étaient ensuite culmËes, même sous M. de Villi^lo, et

, de Polignai; seul avait ramène l'orage. De loules les

Rerises par lesquelles ta France avait passé depuis 1814.

la crise actuelle était la plus décisive pour la maison de

Bourbon. C'était la quatrième entreprise de contre-révo-

lulion, et, depuis le 8 août, les mots de Sluarts. et de

1688 n'avaient cessé de retentir; depuis le 8 août, la

polémique ne vivait que decette grande et funeste pensée.

L Le mot était Iiardi, mais il était sincère, et. quand on ne

nDurrissait aucune arrière-pensée, il fallait savoirécarter

r W vaines précautions et parler ferme. 11 y avait assez de

douleurs et de dangers dans les guerres civiles, assez

de dangers et de dépravations dnns les intrigues et les

conspirations qui amenaient le renversement d'un Irdne

pour qu'on ne dût pas craindre d'en faire envisager les

ehances à ceux qui pourraient les détourner.

L'article du Globe, moins hostile, au fond, que celui du National, excita plus de colère parmi les royalistes parce que les termes n'en étaient pas ménagés avec une aussi adroite circonspection. Le /)ra/)eau6/anc dénonça au Roi. asi tribunaux, à la France entière ce qu'il appelail l'épouvantable article d'un journal qui, jadis doclrinain-, venait de dépasser d'un seul bond les organes les plus

ardents de la faction jacobine, article qu'il ne voulait pas reproduire pour ne pas se rendre coupable du crime de lèse-majesté; il exprima Tespérance que la royauté comprendrait enfin et que ses ministres essaieraient une fois de la résolution et de la fermeté pour mettre fin à d'odieuses saturnales. La Quotidienne et la Gazette déclarèrent que si un tel attentat, qu'elles livraient à 'horreur du monde, restait impuni, c'en serait fait de a monarchie. Cet appel fut entendu. Le Globe fut saisi e 19 février, le jour même où, dans un second article, posait de nouveau, avec douleur y mais avec résolution^ la question de dynastie, c Nous n'avons jamais, i disait-il, affecté l'amour pour des princes auxquels nous ne sommesattachés par aucun lien, si ce n'est par celui de la loi,... mais nous n'avons jamais laissé percer contre eux ni éloignement, ni vœu caché d'inimitié. Nous avons cru et nous croyons encore que les changements de dynastie, même ceux qui s'opèrent le plus doucement et le plus rapidement, entraînent assez de maux pour qu'un peuple n'y recoure jamais qu'aux dernières extrémités... Si, donc, à l'explosion de la trame du 8 août, sous les menaces... insolentes et coupables des écrivains contre-révolutionnaires,.., nous avons négligé... toute discussion accessoire pour nous renfermer uniquement dans.cette grande et terrible question de dynastie, nous ne l'avons fait que dans l'espérance de faire triompher la vérité là où il est, hélas! trop démontré qu'elle ne pénètre jamais... En entrant dans

ï la polémique pratique, nous nous sommes promis de [ toul dire, de jouer cartes sur table. OrI le jeu des i probes el i-ésolucs. u'est Ig jeu des nations lanl ï que la violence ne les forée pas aux menées sourdes et i n'a pas corrompu encore e« qui reste de généreux et I du sincère dans les partis. *

Cel article fut saisi comme le prÉcùdent, Celui du Sational le Tut en mfme temps, mais, loin de se laisser intimider par celte mesure, il poursuivit sa polémique îïec une nouvelle vi|^ueur. Il nia que la question de ilynaslie eût été posée dans la presse. Le Roi régne et ne goarerne pas, telle élail la seule qu'elle agitât en ce moment. Cette question deviendrait un jour ce qu'elle pournil, une question de personnes si un système insensé l'emportait, mais elle n'était encore qu'une question de ihoses. Le National ne redoutait donc pas la poursuile dont il était l'objet. Il avait dit qu'il n'y avait pas eu drox révolutions en Angleterre, quo la Charte était un [•acte inviolable pour la rovauté, que le budget pouvait l'trfl refusé et que, par ce moyen, la Chambre pouvait obliger le Roi à prendre les ministres que lui désignait U confiance du pays. Tout cela était incontestable. Ueux formes étaient en ce moment employées dans le monde pour résoudre le problème des gouvernements libres, la lonne anglaise et la foimc américaine. Le National admettait la monarchie, mais à condition que, comme en Igleterre. elle donnât satisfaction an besoin du pays de îouverner lui-même.

La franchise d'un tel langage était quelque chose de bien nouveau. Depuis la Restauration, on avait vu, à plusieurs reprises, la presse se livrer à de violentes attaques contre des institutions et des idées inséparables, peut-étre,aux yeux des hommes éclairés et réfléchis, de la forme monarchique, mais le principe même de la monarchie et de la légitimité n'avait jamais été discuté et mis en cause. L'opposition, à l'exception d'un très-petit nombre d'enfants perdus et de quelques théoriciens absolus, en avait toujours parlé avec un respect sincère de la part d'une grande partie de ses membres, bien que peut-être affecté chez d'autres. Ceux d'entre eux qui, par leurs talents, leur position, leur importance personnelle, étaient en mesure d'aspirer au pouvoir sans courir la chance des révolutions, ne pouvaient voir qu'avec déplaisir des manifestations hasardées et téméraires faites pour les compromettre et pour rejeter dans les rangs des amis du ministère les esprits timides et incertains en leur faisant craindre de nouveaux bouleversements. M. de Talleyrand qui, depuis si longtemps éloigné des affaires, conservait toujours, malgré son âge, le secret désir d'y être rappelé, et, sans manifester à ce sujet la même impatience que dix ans auparavant, suivait attentivement la marche des événements pour épier les occasions, entretenait des relations suivies avec beaucoup d'opposants, même de la nuance la plus vive, entre autres avec les jeunes rédacteurs du National. Un jour que M. Thiers, emporté par sa vive imagination, laissait

HISTOIRE DE LA HESTAUnATION- ISS

Irès-clai rement entendre en sa prÈsence qu'il lïonsidérait forame probable et qu'il ne redoutait pas pour la France nae révolution analogue à celle de 1688, un geste, un monveraenl de la physionomie ordinairement impassible de M. de Talleyrand ti^moignërent qu'il no lui convenait pas qu'on tint en sa présence et chez lui de tels [irtipos, et, comme M. Thiers s'empressait de s'excuser, • ne vous y Irompi'zpas, • lui rt^pondit-il, «jedésireles < Bourtions autres qu'ils ne sont, mais je les veux. > Un trôs-prochain avenir devait prouver que celte votunlé de sa pari n'élait pas absolue. Je crois pourtant que m langage était sincère, en ce sens qu'il eût préféré la monarchie existunle si elle avait accepté ses services.

L'émotion produite par les articles du National H du iUait élail grande. Les journaux royalistes, qui s'en nantraient indignés, ne dissimulaient pas l'espérance qu'lU aurnient pour eiïct d'obliger le gouvernement à me politique plus énergique. La presse libérale était tftet embarrassée. Le Journal des Débats regrettait de ^àr it$ jftmes amu, les rédacteurs du Globe, tomber dans BD piège que les scribes du ministère tendaient depuis «imois aux défenseurs de la liberté. Mais, ajoutait-il, lorsque, chaque jour, le ministère et ses journaux préibaient le mépris de la Charte et annonçaient insolemment qne tellcjour^à telle heure, on en finirait avec les libertés jiablîqnes, était-il étonnant que quelques Smes sincères, ■uUîaslcment irritées, consultassent moins la prudence ipie l'ardenr de leurs sentiments ? Un excès amène tou-

i$$ HISTOIRE DE LA RESTAURATION.

jours un excès en sens contraire. Le Constitutionnel se bornait à demander pourquoi le ministère public, si sévère pour la gauche, tolérait les provocations non déguisées de la droite à la violation de la Charte. M. Benjamin Constant rappelait, dans le Courrier^ que ce n'était pas la gauche qui, la première, avait évoqué les souvenirs des Sluarts, mais bien la droite, pour effrayer le Roi, en sorte que, si la question de dynastie était posée, c'était par la faute de ses prétendus amis, la gauche n'ayant fait que répondre à leurs provocations. Il disait encore qu'au surplus, on avait tort de croire que cet incident ébranlerait quelques députés ; la Chambre n'avait pas à s'occuper de l'embuscade où des écrivains s'étaient laissé prendre, et sa position par rapport au ministère n'avait point changé.

C'étaient là, malgré tous les artifices de langage, de véritables désaveux de la polémique du National et du Globe, Ils en furent blessés, et le National repoussa avec vivacité la remontrance si bienveillante du Journal des Débats. Le Drapeau blanc, qui semblait surtout animé du désir de se singulariser, de se mettre hors de pair, qui, la veille, demandait encore qu'on interdît aux journaux accusés tout moyen de défense, changeant subitement de terrain, sembla, dans un certain sens, venir à leur secours. Il reconnut qm\ dans le combat engagé entre la république parlementaire et la royauté, il avait pris l'initiative; que. le premier, il avait demandé que le Roi rétablit son autorité légalement abolie, et que le Na-

fetia Globe n'avaieiitroit quorôpondreàses attaques. SaÎTanI lui, dans l'état actuel des choses, on ne pouvait pas dire que, 1l> ivgime de la royauté héréditaire étant menace, il était aboli, et la république parlementaire était le gouvernement légal de la France. Pour que le Roi régnât, il fallait abattre cette république. L'hostilité et la menace n'étaient pas dans les journaux, elles étaient dans Ips loiaet le gouvernement qui avaient Tait du Roi uneju/wr- {élatiott politique, un rieur rentier à qui, pour des raisons Haelrimqaea, on ve faisait pas banqueroute. Dans ce syslème, il était logique de dire que le Roi serait expulsé, l'oume un Stuart et rayé du grand livre s'il attaquait le gouTcmement en onercice et les lois en vigueur. Les écrinm qui l'avaient dit étaient dans la légalité. Ce n'était paseui qu'il convenaitd'accuser.c'étaitles députés et les lois qu'ils avaient faites, c'était les ministres qui simulaient encorda prérogative, c'était II' gouvernement tout entier. La Gaselle [de France déclarait qu'il était des ciraiDilan(!:es où ie pouvoir du Roi pouvait s'élever au dessin des lois. La presse royaliste s'accordait à dire que le Hoi était l'iustrumeiit du la souveraineté éternelle, c'est- ^drre de Dieu, et qu'un coup d'État était quelque chose dr sacré el de régulier lorsque te Roi agissait dans l'inléréC général du peuple, fût-ce, en apparence, en violalion de la loi.

M. Cotlu, l'infatigable pamphlétaire de la contrc-révolalioa. faisait paraître sous ce titre : De la nécessité de la itetalure. une brochure dans laquelle on lisait ce qui

i88 HISTOIRE DE LA RESTAURATION.

suit : c Qui doute aujourd'hui que si, le 8 ao^t dernier, au lieu de créer un ministère dont la composition seule devait exciter la fureur des révolutionnaires, la royauté, comme j'en avais donné le conseil, se fût hardiment précipitée sur la révolution, la royauté ne Peut écrasée du premier choc?... La couronne devait disposer ses machines dans le silence, préparer la nouvelle loi d'élection, ses proclamations, ses ordonnances transitoires, et, tout à coup, éclater, déclarer la sûreté de l'État compromise et, en vertu de Tarticle 14 de la Charte, se revêtir du pouvoir constituant et rétablir l'haimonie dans toutes les parties du gouvernement. Tout cela se serait accompli sans obstacle et aux acclamations de tous les amis de l'ordre et de la liberté. »

Ces provocations absolutistes, auxquelles le gouvernement n'opposait ni des poursuites judiciaires, ni même d'énergiques désaveux, étaient faites pour inquiéter les esprits les moins soupçonneux, et les journaux de la gauche entretenaient soigneusement leurs alarmes. A la fin de février, le Messager parla d'une ordonnance dont il ignorait le contenu et qui, envoyée deux fois au Moniteur dans la soirée du 27, avait été deux fois retirée. Le Moniteur nia le fait, mais on ajoutait peu de foi à de semblables déni'^gations.

Au milieu de cette mêlée ardente des partis, quelques hommes essayaient encore de s'ériger en conciliateurs. M. de Montlosier publiait un écrit où, repoussant toute

mSTOIBE DE LA RESTAURATION. )S«

la fols l'idée que la Charte fAl la conséquencu de la Révolution et celle qu'on dût y voir un don spontané de la royauté, il y montrait la restitution à la France de ses «Bcienncs libertés. Il se refusait également à croire que le ministère de M. de Martîgnac conduisit à une révolulion nouvelle et que celui de M. de Polignac voulût la fODtre-révolulion. Et cependant, la lutte était à la veille de «'engager entre les deux grandes puissances de l'Etat, celle des nrncs et celle de l'impôt. Pour la prévenir, il blUit que chaque parti fit quelques concessions, M. de Monllosier conseillait donc au ministère de se retirer ou de se faire libéral en apportant une bonne loi départemi-ntale cl municipale qui rendit aux Français l'administration de leurs affaires.

Ce qui ne préoccupait guère moins le gouvernement qu les questions intérieures, c'était celle d'.\lger. Dans le cours du mois de janvier, le conseil avait pris con- Oiisuncfi des informations recueillies par les divers dépuIcmeQts ministériels sur les chances et les moyens de feipédition déjà arrêtée eu principe, et ces informations loi avaient donné la conviction qu'une attaque par terre , ^tail moins diflicile qu'on ne l'avait d'abord pensé. 0{ii>ndaiit, a%'ant de s'arrêter à une résolution dêlinitive, H Toulnt prendre l'avis des ofliciers généraux de la marine. Le6 février, une vingtaine de vice-amiraux et de caolre-amiraux, tous ceux qui se trouvaient en ce moment i Paris, et, avec eux, deux capitaines de vaisseau, le général àa Renie Valazé et deux employés du consulat

d'Alger se trouvèrent réunis, en présence des ministres, à l'hôtel des affaires étrangères.

La question qui leur fut posée, et qui avait déjà été débattue par un grand nombre d'entre eux dans des conseils tenus au ministère de la marine, était celle de savoir si une expédition qui attaquerait Alger du côté de la terre était praticable, et quel serait le point de la côte le plus favorable pour opérer le débarquement. Tous les officiers généraux de la marine, sans une seule exception, déclarèrent que le débarquement d'une armée telle qu'il la faudrait et du matériel nécessaire pour une telle entreprise serait absolument impraticable. La mer, disaient-ils, est constamment très-mauvaise sur toute la côte d'Afrique, on ne peut jamais y compter sur huit jours non interrompus de beau temps, et, cependant, le débarquement ne pourrait se faire en moins de trois semaines ou de quinze jours au moins. Il serait impossible de le tenter dans la baie d'Alger dont le contour était armé de batteries formidables ; il faudrait donc prendre le point de débarquement sur la côte à l'ouest, du côté d'Oran, mais, sur toute cette côte, il existait de forts courants qui portaient dans la baie, et il n'y avait aucun mouillage tenable entre Alger et Oran. Quant à l'intérieur du pays, il offrait des obstacles encore plus insurmontables, des sables brûlants, point de routes, point d'eau, point de moyens de subsistance et des nuées de Bédouins bien montés et intrépides.

Ainsi pariaient les amiraux. Les objections relatives à

aiSTOIEtE DE LA RESTAURATION- tUI

Ia mer furent combaltues par deux jeunes ofliciers, le?. irapilaiai's Dupetil-Thouarâ cl Guay Tarudet. Suivanl eux, elles ne reposaient que sur de vieilles LradJtions. La côte d'Afrique était peu connue, la marine militaire n'y nuvigaatt guère et ses dangers avaient èlé exagèrc-s par les navigateurs de coramerœ. La mer, sans doute, était inconstante dans ces parages, le mouillage pris de lerre n'y était pas très-sûr, mais avec un peu d'habileté et de la persévérance on parviendrait certainement à opérer un débarquement au\ environs de la presqu'île de Sidi Ferruch en beaucoup moins de temps que ne le pensaient les préopinants; on pounaît, en deux ou IroiR joars, mettre à terre assez de monde pour se maintenir tonire des hordes barbares qui ne savaient ce que c'était '{Delà tactique militaire, et, si le mauvais temps obligeait uuspendre l'opération, on pourrait l'achever en plusieurs fois sans de grands inconvénients.

Quant aa\ obstacles que l'on était exposé à rencontrer dans l'intérieur du pays, le général du génie Valazé et Icseœployés du consulat d'Alger s'attachèrent à réfuter In assertions des amiraux dans ce qu'elles avaient d'exonsif. Onx-ci répliquèrent. La séance fut levée après quatre heures d'une discussion très-animée, et les miniïlres, restés seuls, ayant longuement débattu tous les arguments qui venaient d'être exposés, convinrent, à l'unanimité, de présenter le lendemain au Roi leur opiaioa ainsi résumée: le débarquement pouvait s'opérer *«r la presqu'île de Sidi Ferruch ; le ti'aji't entre Sidi

i9i HISTOIRE DE LA RESTAURATION.

Ferruch et Alger avec un équipage de siège n'offrait pas d obstacles insurmontables; les fortifications d'Alger du côté de la terre ne tiendraient pas plus de trois semaines contre une attaque bien dirigée et le feu d*une artillerie aussi nombreuse que celle dont le chef de rexpéditîon pourrait disposer; les préparatifs de cette expédition pourraient être terminés dans l'espace de six moi.s; il ne fallait pas plus de deux mois pour opérer la réduction de la ville Alger; tout pouvait donc être terminé dans les mois d'août et de septembre qui, de l'aveu des navigateurs anciens et modernes, étaient les plus favorables dans ces parages; enfin, pour obvier aux principaux obstacles que présentait l'intérieur du pays, on pourrait munirl'arméedediverseffetsd'approvisionnement que les troupes ne portaient pas d'ordinaire en campagne. Grâce à ces mesures, à ces précautions, et aussi à l'avantage que l'on avait d'être maître de la mer, l'expédition ne pourrait évidemment avoir une issue funeste, et les ministres proposaient au Roi de l'ordonner.

Dans le conseil qui se tint en présence du Roi et du Dauphin, M. de Polignac rendit compte de ce qui s'était passé dans la délibération de la veille. L'affaire fut de nouveau discutée. Tous les ministres reproduisirent avec de nouveaux détails les considérations qui les portaient à regarder l'expédition projetée comme absolument nécessaire pour venger des insultes intolérables, mettre un terme à un blocus aussi inefficace que coûteux et dégager la parole du monarque qui, depuis trois ans. promettait,

à rouTiîrture de chaque session, de faire cesser un état de choses humiliant pour le pays; ils exposèrent les motifs qui leur faisaient croire que cette expédition était parfaitement praticable, malgré les difficultés sérieuses qa>lle présentait. Le Roi et le Dauphin se rangèrent à cet avis, et on décida que, dès le lendemain, des ordres seraient envoyés par le télégraphe pour prescrire les préparatifs relatifs à Tarmement de la flotte, au nolisement des bâtiments de transport et à la composition de Tannée expéditionnaire.

Sur la proposition du ministre de la marine, le viceamiral Duperré, le plus illustre des marins français de cette époque, fut appelé au commandement de la flotte. Quant à celui de Tannée de terre, le choix n'eut lieu que plus tard. Le duc de Raguse, le plus jeune des maréchaux de l'Empire, encore dans la force de l^âge et que Tinquiétude naturelle de son esprit non moins que le désordre de ses affaires privées disposait à t^hercher les occasions de se recommander à Tattention publique et aux faveurs du gouvernement, ambitionnait fort cet emploi. Il en avait parlé au Dauphin. S'il faut s'en rapporter à ce qu'il raconte dans ses Mémoires, souvent peu véridiques, on lui avait donné des espérances, et il avait d'autant plus lieu de compter sur leur réalisation qu'on l'avait consulté sur les moyens d'exécution. Nul, d'ailleurs, parmi les chefs de Tarmée, ne paraissait, à beaucoup d'égards, plus propre au commandement qu'il sollicitait. Il était presque le seul sur-

1î»V HISTOIRE DE LA RESTAURATION.

vivant do ceux qui, ayant fait la campagne d'Egypte dans une position déjà élevée, avaient acquis une expérience suffisante de la manière dont on pouvait combattre effi caceraent les Arabes. Mais il ne savait pas que le ministre de la guerre, M. de Bourmont, qui, il le prétend du moins, lui avait promis son appui en protestant qu'il ne pensait en aucune façon à se charger lui-môme de diriger l'expédition, avait dès lors ou ne devait pas tarder à avoir sur ce point de tout autres vues. Non moins ambitieux que le maréchal et, comme lui, cherchante se distraire de pénibles préoccupations, il espérait trouver, dans un grand succès militaire, un moyen d'écarter Teffrayante impopularité sous laquelle il était en quelque sorte accablé. Les ministres, d'ailleurs, faisaient tous des vœux pour que le choix du Roi et du Dauphin s'arrêtât sur lui. Ils se disaient que l'armée impériale avait bien assez de gloire et que M. de Bourmont, bien qu'ayant servi avec distinction sous l'Empire, appartenait plus particulièrement aux armées royales. Ils se disaient aussi que le maréchal Marmont, malgré d'incontestables talents, avait été rarement heureux à la guerre. Ces raisons n'avaient peut-être pas en elles-mêmes beaucoup de force, mais, aidées par d'autres considérations plus puissantes, elles devaient finir par l'emporter.

C'était une singulière coïncidence que celle qui mettait ainsi en concurrence les deux hommes qui s'étaient rendus le ])lus impopulaires dans l'armée, l'un en 1814, l'autre en 1815, par des actes que l'histoire jugera tou-

HISTOIRE DE LA RESTAURATION. 19o

jours avec sévérité. Dans l'opinion publique, pourtant, leur position n'était pas égale, et, si M. de Bourmont trouvait plus de faveur à la cour et dans le gouvernement dont il faisait partie, le maréchal Marmont était jugé avec plus d'indulgence par le parti libéral vers lequel, depuis bien des années, il avait toujours penché sans s'y confondre jamais tout à fait.

Au milieu de ces préoccupations d'un intérêt si pressant pour le gouvernement, il faut lui rendre cette juslice qu'il ne perdait pas de vue la politique extérieure. Si, par le traité d'Andrinople, la question d'Orient était provisoirement résolue dans ce qu'elle avait de plus essentiel et de plus menaçant, il restait encore à régler le sort de la Grèce. La Porte qui, peu de mois auparavant, lorsqu'on lui parlait d.admettre des envoyés grecs aux conférences qu'il était question d'ouvrir à cet effet, repoussait cette idée avec l'expression d'un douloureux étonnement et d'une profonde indignation en protestant que le sultan aimerait mieux laisser périr l'empire que de se soumettre à une telle humiliation, maintenant, abattue par la mauvaise fortune, no prétendait plus mémo intervenir dans les arrangements qui seraient pris à l'égard de ses sujets révoltés. J'ai dit que le cabinet de Saint-Pétersbourg avait fait insérer dans le traité d'Andrinople une clause par laquelle legouverncmentottoman, adhérant enfin aux stipulations du traité du 6 juillet 18i7, et du protocole du 22 mars 1829 relatives à l'organisation et aux frontières du nouvel État, s'engageait

à nommer des plénipotentiaires pour arrêter, de concert avec ceux des trois cours, les moyens d'exécution. Déjà, quelques jours auparavant, la Porte avait remis aux ambassadeurs de France et d'Angleterre une déclaration portant promesse de souscrire à tou'.es les déterminations que prendrait la conférence de Londres pour Taccomplissement du traité du G juillet.

La conférence, en présence des obstacles que lui avait longtemps opposés Tobstination de la Porte et que lui opposaient encore les prétentions exagérées des Grecs, avait compris que le seul moyen d'en finir, c'était de tout régler par elle-même sans plus consulter les intéressés jusqu'au jour où on aurait à leur présenter des résultats définitivement arrêtés.

La plus importante, peut-êtr^, des questions que l'on avait à résoudre, c'était de savoir quels seraient, à l'avenir, les rapports de la Grèce avec son ancien souverain. Le protocole du 22 mars avait décidé que ce seraient ceux de vasselage, mais la conférence étant maintenant maîtresse absolue de ses résolutions parce que la Porte n'était plus en état de rien contester, on se demanda s'il ne conviendrait pas de substituer à ces rapports ceux d'une entière indépendance. La France, celle des trois cours qui portait à la Grèce l'intérêt le plus sincère, était de cet avis : elle ne voyait dans le vasselage qu'une source d'embarras perpétuels pour les puissances protectrices, une nécessité continuelle d'intervention de leur part, une situation incertaineethumiliante pour le nouvel État dont

^^V niSTOlllE DE LA IIËSTALRATION. IU7

^^B| arrêterait les développEUieiits en suscitant entre lui et ^^Bi Porti' des préleritioiis opposées et des siisceptiliilitès. ^^Klllfâi loDglemps, d'ailleurs, qu'il existerait entre le sultan ^^Bl ses anciens sujets un lien de dépendance, le cabinet ^^■e Saiot-Pùtershourg aurait mille occasions de leur pr<^- ^^HsTà Constaalinople un appui qui ferait de lui leur pro- ^^■ecteur naturel et assurerait auprès d'eux sa prëpond^- ^^■iDce, tandis que, si leur alTranchissemont était complet, ^^■a France, c'Élait au moins ce qu'on se persuadait à Paris, ^^KcTait seule en mesure d'exercer sur la Grèce une véri- ^^ table iniluence. M. de Polignac donna donc au duc de Uval l'ordre de ne rien négliger pour faire dêclari'i' sa pleine indépendance.

Les vues des représentants de la Russie et de l'Angleterre étaient moins arrêtées. Divisés sur bien des points, I ils avaient pourtant rédigé on commun un projetqui conlistait à oITrir au sultan l'alternative d'une Grèce vassale ■fec les frontières que lui avait assignées le protocole du limars.ou d'uneOrèce indépendante avec des frontières ■lus rortreintes.' Des instructions secrètes devaient iTCCommander. aux ambaesadeurs accrédités auprès de ta Porte de faire tous burs elTorts pour l'amener à ce dernier parti. La France y avait d'ahord consenti, mais, iprès de plus mûres rélIe\ions, elle comprit les inconvéicnts. les dangers même d'une semblable ullernalive, t le duc de Laval fut cliargé de demander qu'on y re- Hicil. • Cet expédient, » dit-il à la conférence, « a paru u Roi manijUrr de di};itilè et de franchi^^e et compro-

> mettre l'adoption de la comliinaison que nous dé- » sirons faire prévaloir. La Porte pensera qu'une indé- » pendance complète lui ferait perdre à jamais la Grèce,

> tandis qu'au contraire la vassalité laisserait ce pays au » nombre des possessions du sultan, comme la Moldavie, » la Valachie, la Serbie. Elle en ferait une question d'hon- » neuret préférerait la Grèce vassale, même avec des • frontières beaucoup plus étendues. » Ces objections de la France rencontrèrent une forte résistance. Le duc de Wellington et lord Aberdeen protestèrent que le cabinet de Londres n'imposerait aucun nouveau sacrifice à la Porte et qu'ils aimeraient mieux en revenir purement et simplement au protocole du 22 mars. Le prince de Lieven et M. Matuszevicz déclarèrent qu'ils croyaient devoir s'en tenir à l'alternative parce que c'était sur cette base que l'accord s'était fait entre eux et les ministres anglais, parce que cette résolution avait reçu la sanction de l'Empereur et qu'en lui en substituant une autre on blesserait sa dignité. La persistance de la France finit pourtant par l'emporter, et il fut résolu, dans les derniers jours de janvier, que la Grèce formerait un État complètement indépendant.

La question des limites offrait plus de difficultés encore. Elle était depuis longtemps l'objet de débats animés entre les trois cours. La France et la Russie désiraient que la Grèce eût assez de consistance pour pouvoir se soutenir par ses propres forces. L'intérêt de l'Angleterre était tout autre. Une Grèce puissante et possédant un

HISTOIRE DE LA. FtESTAUBATION. lOil

rand lerrîtoire ne pouvait manquer d'aspîror à la pos- B&sion des llfs Ioniennes, placées alors sous le protectoral ou plati^t souii la domination iiritannique. Déjà, te^ 6rec& laissaient entrevoir Tespérance d'obtenir bientôt 'ADUi et Ct^phalonîe. Aussi, le cabinet de Londres insis- Init-îl vivement pour qu'on ne donnai â la Grèce alTranchie aucun territoire voisin de ces lies. L'ambassadeur d'Angleterre à Saint-Pétersbouig, lord Heileslmry, celui I qu'on avait longtemps appelé sir William A' Court, di- ' nit fniDchemenl que l'esprit du trailédu 0 juillet n'étail pas de crfer une Grèce ayant les moyens de se protéger dlo-mOmc et lie subsister comme lïtat, mais seulemeni d'étalplir pour les Grecs compromis dans l'insurrection UQ lieu de refuge sous la protection des puissance». Tout c-e qui pouvait donner à la Grèce quelque éclat, quelque prestige était repoussé systématiquement par l'Angleterre. Lord .Vherdeen s'opposait avec passion â ce que la ville d'Alhtnes fût comprise dans le territoire hellénique dont elle était en quelque sorte la personnillcalion aux jeu\ du public, et il avait osé proposer à la conférence d'fltpr à U GK-ct> jusqu'à son nom qui était fait, disait-il, pour Iqï inspirer des pensées ambitieuse».

\ Iravcns bien des péripéties qu'il sérail liop long de raconter et qui n'ont plus aujourd'hui d'intérêt, le pro- Imrnk- du tî mars, contirmé par le traité d'.Andrinople, avait pourtant fait justice de la ré.sistancc du cabinet de Londres. Nous avons vu que inua les territoires situés au midi d'une ligne tract-e entre les golfes d'.\rta et de Volo.

et par conséquent la ville d'Athènes, avaient été adjugés à la Grèce. Tout semblait donc fini, mais la malveillance du ministre anglais n'avait pas épuisé ses derniers efforts. Lord Aberdeen représenta qu'alors qu'on se proposait d'exiger de la Porte l'indépendance entière de la Grèce, il était juste de lui offrir une compensation, et il indiqua à ce titre une délimitation nouvelle fondée sur l'état de possession existant en ce moment entre les Turcs et les Grecs, de telle sorte que chacune des deux parties aurait conservé les territoires qu'elle occupait, ce qui aui*ait laissé Athènes et TEubêe entre les mains des Turcs.

La France et la Russie ne repoussaient pas l'idée d'une c>ompensation territoriale, mais elles n'admettaient pas qu'on dût prendre pour base l'état de possession. Elles voulaient qu'on laissât aux Grecs Athènes et l'Eubée. Après des contestations d'une extrême vivacité, cet avis prévalut. Le Péloponèse avec les Cyclades. l'Attique, la Phocide, l'Eubée, toute la rive septentrionale du golfe de Lépante et la partie orientale du continent jusqu'à Vole furent laissés à la Grèce : on ne lui ôta que l'Acarnanie qui, plus rapprochée des lies Ioniennes inquiétait l'Angleterre. Par cette nouvelle délimitation, la Grèce ne perdait aucune place forte . la portion du territoire qu'on lui enlevait était peu considérable, mais sa frontière se trouvait ouverte et sans défense. Plus tard, sous un ministère moins antilibéral , moins attaché à de vieilles tradition? qui n'élait'nl jilus en rapport avec la si-

taation, l'Angleterre elle-même devait le reconnaître et se prêtera un nouveau remaniement territorial.

La population du nouvel Ëtal^ si cruellement dévasté par une guerre qui durait depuis huit ans, ne dépassait pas alors 800, 000 âmes. On n'avait pu y comprendre ni rimportante île de Candie, presque entièrement reconquise par les forces ottomanes, ni celle de Samos à raison de sa position topographique. Mais, depuis plusieurs aimées, Samos jouissait d'une indépendance de fait qui D avait pas été troublée. Le gouvernement français avait chargé le duc de Laval de faire valoir cette considération auprès de la conférence. Il exposa qu'une foule de Grecs compromis pour la cause de la liberté s'élant réfugiés dans celle île, le nombre de ses habitants s'était élevé de 20,000 à 60,000 ; qu'il était diflicile de la replacer sous un joug qu'elle avait brisé sans lui donner des garaaties; qu'il convenait de lui reconnaître le droit de s'administrer elle-même, de ne recevoir dans son sein ni aatorilés, ni population musulmanes, et de n'être soumise qu'à un tribut fixe que ses délégués porteraient à Constantinople Le prince de Lieven soutint chaudement celle proposition, mais le duc de Wellington et lord Aberdeen jr opposèrent une résistance inébranlable, c C'est assez » d'injustice envers la Porte, » dit lord Aberdeen. Il fallut se borner à décider que les ambassadeurs des trois puissances appuieraient de leur intercession auprès de la Porte l'établissement d'un régime paternel, particulièrement à Samos rt on (Candie. On d.»vait. deux ans plus

tard, en revenir pour Samos à quelque chose d'analogue à ce qu'avait demandé le duc de Laval.

Le protocole du 22 mars avait stipulé, comme je Tai dit, que l'administration de la Grèce se rapprocherai^ autant que possible des formes monarchiques et serait confiée à un prince ou chef chrétien dont l'autorité serait héréditaire. Les Grecs les plus éclairés appelaient la monarchie comme moyen de se lier davantage à l'Europe, de mettre (in aux luttes des partis qui déchiraient leur patrie renaissante, et le comte Capodistrias lui-même, qui sentait que sa popularité était plus qu'ébranlée, qui ne se soutenait que par des mesures plus ou moins arbitraires, ne dissimulait pas que, sans l'adoption du principe héréditaire et l'appel au trône d'un prince étranger, il n'y avait pas de tranquillité ni de sécurité à espérer pour la Grèce, soit à l'intérieur, soit à l'extérieur. Cette manière de voir était aussi celle des trois cours. On se demandait si le nouveau prince serait obligé de respecter la constitution décrétée trois ans auparavant par l'assemblée de Trézène, constitution dont les clauses ne paraissaient pas absolument inconciliables avec la monarchie, mais qui n'avait jamais été mise à exécution et à laquelle le comte Capodistrias avait refusé de prêter serment, les différentes législatures qui s'étaient succédé ayant reconnu que l'état du pays n'était pas encore compatible avec les restrictions qu'elle imposait à l'action du gouvernement. La conférence décida qu'on laisserait au prince à juger, lorsqu'il serait arrivé en Grèce et qu'il serait

entoaré de ses sujets, ce qu'il serait à propos de faire. Quant au titre qu'il devrait porter, la France eût préféré que ce fût celui de roi, mais F Angleterre s'y opposa parce qu'un tel litre pouvait susciter en lui des idées ambitieuses et l'entraîner à de fâcheuses dépenses. On s'en tint à celui de prince.

Les instructions du duc de Laval lui recommandaient d'assurer aux catholiques, assez peu nombreux, qui habitaient le territoire de la Grèce, un sort complètement analogue à celui du reste de la population. Cette demande fut d'abord accueillie avec peu de faveur par les plénipotentiaires d'Angleterre et de Russie qui craignaient de donner ainsi à la France un moyen d'influence dans ces contrées, t Nous ne pouvons, i dit le duc de Wellington, t rien stipuler en faveur des catholiques, » ce serait sortir des conditions de l'alliance, i Cependant il finit par dire à l'ambassadeur de France qu'il consentirait à ce que demandait le cabinet des Tuileries si on lui fournissait un moyen d'expliquer au parlement sa condescendance, et, peu de jours après, il se rendit chez lui pour lui annoncer qu'il avait trouvé, dans le droit de protection accordé à la France par les capitulations de 1740, le prétexte qu'il cherchait. Il fut donc convenu que la religion catholique jouirait du libre et public exercice de son culte; que ses propriétés lui seraient garanties; que ses évoques seraient maintenus dans l'intégralité de leurs fonctions et des droits et privilèges dont ils avaient joui sous le patronage des rois de France,

20i HISTOIRE DE LA RESTAURATION.

et que les propriétés appartenant aux anciennes missions françaises seraient reconnues et respectées.

On arrêta également que tous les sujets du nouvel Etat, quel que fût leur culte, seraient admissibles à tous les emplois, fonctions et honneurs publics, et traités, dans leurs rapports religieux, civils et politiques, sur le pied de la plus parfaite égalité.

Nous avons vu que, par le protocole du 22 mars, les trois puissances avaient stipulé que le chef de la Grèce ne pourrait pas être pris dans les familles régnantes de France, de Russie et d'Angleterre. Cependant, elles mettaient un grand intérêt au choix qui allait être fait, moins encore pour son importance intrinsèque que pour l'effet qu'il produirait sur Topinion en paraissant indiquer la prépondérance de Tun ou de l'autre des cabinets. C'était une question d'amour-propre. Le gouvernement français proposa le prince Charles de Bavière, frère du roi Louis, et, sur sou refus que l'on connut presque immédiatement, son neveu le prince Othon, encore enfant ; l'Angleterre le prince Philippe de Hesse-Hombourg; la Russie, tout en affectant le désintéressement et l'indifférence, prononça le nom du prince Bernard de Saxe- Weimar, proche parent de l'empereur Nicolas, comme le prince de Hesse- Hombourg l'était du roi d'Angleterre. L'ambassadeur de France représenta que le prince de Weimar, bien qu'il ne fit pas précisément partie de la famille impériale de Russie, lui tenait de bien près, et que le prince de Homhourg était au service de l'Autriche, si hostile à la cause

niSTOinE nB la reptachatios. ny.:

«i« Grpcsqui pourraicnl bien voir une insulte dans un Ici chois. Lord Aberdecn se iU un argument de retto nlijerlion, prt'tendanl qu'il serait politique de donner eetlc satisfaction à la cour de Vienne, ùcartée depuis quelque temps des ^randeit transactions européennes, mais le due de Laval ri'pondit(]uo,encettcorca9ion.cétait surtout aux Grecs qu'on devnit chercher à complaire, et il rappela que. dans leur deniiére assemblée nationale, en votant des remerciements au\ trois puissances protectrices, ils en iTaient voté aussi h la Bavitre pour l'intérêt qu'elle leur avait constamment témoigné, ce qui autorisait à penser (pj'iU accepteraient avec plaisir an prince bavarois, ne fllt- «> que parceqa'ils paraîtraient l'avoir désigné eux-mêmes parc^ttedédhirche.ll ajouta que ce choix aurait, d'ailleurs, d'incontestables avantages: qtie la maison de [laviére était assez ptiis.^ante pour oiïrirà ta Grèce un appui de quel- "[Ue valeur sans létre assez pour entraver son indépendance ; que l'âge dn Jeune prince, qui n avait que quatorze ,ine. lui permettrait de s'habituer aux mceurs et à Il langue du pays: que peut-être la Grèce aurait encore \temn pendant quelques années de subir de la part des puissances une sortir de tutelle, et que cette tutelle, qui liumilîerait et discréditerait un prince plus âgé. n'aurait pas cet inconvénient pour un mineur.

Ces raisonnements produisirent peu d'eiïet sur les rppntsentantA de la Russie et de l'Angleterre. Le prince de Lieven annonça purement et simplementque l'empereur Xirola-f donnerait l'exclusion à tout candidat catholiijue.

linllexibilitèdcs principes du catholicisme ne permettant pas d'espérer qu'il embrassât la religion du pays oîi il serait appelé à régner. Lord Aberdeen, non moins péremptoire, déclara que l'Angleterre écarterait tout ce qui serait du sang du roi de Bavière, parce que, si l'esprit de libéralisme novateur qui régnait à la cour de Munich venait à dominer en Grèce, on pourrait craindre qu*il ne propageât dans les lies Ioniennes des idées d'indépendance et de révolte.

Le prince Jean, frère du roi de Saxe, que le gouvernement français proposa alors à défaut des princes bavarois et qui était catholique comme eux, ayant également été repoussé, lord Aberdeen mit en avant le nom du prince Léopold de Saxe-Cobourg qui, veuf d [)uis^ix ans delà princesse Charlotte, fille de Georges IV et héritière de la couronne britannique, avait continué à résider en Angleterre où il recevait une forte pension. Il semblait que la mort de sa femme eût dû lui enlever, en ce pays, toute chance d'avenir politique, mais, par une circonstance singulière, il se trouvait être l'oncle de la princesse Victoria, destinée selon toute apparence à monter sur le trône après la mort de Georges IV et de son frère le duc de Clarence, depuis Guillaume IV. L'âge déjà avancé de ces deux princes pouvant faire considérer comme probable l'avènement pr0v:hain de cette jeune princesse qui n'avait encore que dix ans, on prévoyait une minorité pendant laquelleon pensait assez généralement que le prince Léopold exercerait, sous un titre quelconque, unegrande influence.

aoT

a conduite prudente et cjrconspecle, il s'était faitdi' nomlireux amis, surtout dans te parti whig; l'opinion lui était généralement Turorable, mais il était pour le parti tory, pour ses chefs, en ce moment maîtres du pouvoir, un objet de détiance, et son beau-pére Georges IV. jaloux de sa popularité qui faisait un si grand contraste avec la liaiue méprisante ([u'il inspirait lui-même â ses sujets, avait conçu pour lui une profonde aversion. Cinq ans lupararant, alors que la Grèce presque accablée cliercluit partout des secours et des défenseurs, elle avait envoyé en Angleterre des agents chargés de s'informer si le prince LéopolJ serait disposé à accepter la couronne qn'on pensait à lui olîrir, mais M. Ganning s'était montré contraire à ce projet, parce qu'il croyait que la présence da prince en Angleterre pouvait, dans des circonstances données, servir utilement les intérêts du parti libéral, tandis que, arrivant en Grèce sans l'assentiment des antres puissances, il ne serait pas en mesure de faire bcaucoBp de bien â ceu<c qui l'y appelaient.

Les circonslnnces n'étaient plus les mêmes. Gomme BOUS venons de le voir, le ministère anglais, composé de Iwits, appuyait la candidature du prince Léopold dans bijai'tlp il voyait peut-être un moyen d'(?loigner un adnr^aire de sa politique, de même que M. Ganning avait ''-carte cetli> candidature parce qu'il comptait sur l'appui lia prince dans les difficultés qu'il avait à surmonter. La ha.<«ie, dont Léopold avait su, de tout temps, se ménager la bienveillance, était aussi favorable à cette combi-

naison, mais persistant dans son attitude de dr^sintéressement, elle disait qu'elle accéderait à ce choix si les deux autres cours en tombaient d'accord. On savait que le président de la Grèce, le comte Capodistrias, le désirait vivement, parce qu'il pensait qu'il satisferait à la foîsl'Angleterre et la Russie. Cependant, le duc de Laval déclara, dans les termes les plus positifs, qu'après tous les soins, tous les sacrifices que la France avait prodigués à la cause de la Grèce, elle ne consentirait jamais à voir monter sur le trône qu'on allait élever un prince qu'elle considérait comme un prince anglais. En présence de ce refus si catégorique, lord Aberdeen abandonna son candidat et proposa à sa place le prince Frédéric, second fils du roi des Pavs-Bas. La France le refusa aussi.

Il devenait difficile de prévoir comment on sortirait de l'impasse où l'on était engagé. Le prince Léopold, qui avait pris à cœur sa candidature, eut l'idée d'aller à Paris solliciter directement le suffrage de la France. On ne lui dissimula pas les objections qui empêcheraient de le lui 'accorder. Pour les réfuter, pour effacer en quelque sorte le caractère de prince anglais qu'il tenait de son mariage avec la princesse Charlotte, «1 demanda la main de la fille atnée du duc d'Orléans, celle avec qui il devait, deux ans après, s'asseoir sur le trône de Belgique. On parut dès lorsvdisposé à la lui accorder. Le duc de Laval reçut l'ordre de retirer son opposition, et lord Aberdeen, un peu surpris de ce brusque revirement et encouragé par le prince de Lieven avec qui le prince

^H HISTOIIIË HE LA HESTAUHATION. 20»

n^pold avait eu dcA communications connilentiellcs, le proposa de nouveau à la courêrence.

On était arrivé à ta lin de novembre. Tout semblait lini, mais il sunlnl un obstacle qu'il eût été difiîcile de prévoir. Le roi Georges IV, toujours dominé par son capricieux é{ÇoTgnie,êtailavec ses ministres actuels, bien que leurs sentiments politiques fussent à [leu près les siens, dnns d'aussi mauvais rapports qu'il avait été longtemps avec M. C^nning. Il les voyait â peine, et ils ne lui avaient pas encore parlé de la candidature du prince Uoi>o]d pour qui ils connaissaient sa haine invétérée. comptant la lui faire accepter au dernier moment en lui [lenuadant qu'elle avait été en quelque sorte imposée Y»r l'accord de la France et de la Russie. Sur ces entrefaites, dans les premiers jours de décembre, le Roi reçut par l'intermédiaire de son frère, le duc de Cumberland, [ilus impopulaire encore quelui, une proposition officieuse (iii roi de Prusse : ce dernier demandait la souveraineté ie la Grèce pour le duc. Charles de Mecklembourg, son proche parent, r.eorjies IV litappeler loril Aberdeen poui' lai en parler. Lord .\bcrdeen, pris au dépourvu, n'osa pas combattre une idée fi laquelle le Roi paraissait tenir beaucoup. On assure même, ce qui est étrange, qu'il parut) donner son adhésion, et Georges IV s'empressa de le faire savoir à Berlin; mais lord .4berdeen, qui s'était ravisé et qui avait eu le temps de se concerter avec ses coUèguos.écriïitparla voie ofliciellcque la choscétaitimpowihle. Georges IV. informé p.ir le duc de Cmnherland

de ce qui s'était passé et se voyant ainsi joué, fut saisi d'une violente colère. Il maltraita fort lord Aberdeen, protestant qu'il ne se laisserait pas annuler de la sorte : qu'il ne consentirait jamais au choix du prince Léopold dont il ne parlait que dans les termes les plus méprisants, et lord Aberdeen lui ayant dit que ce choix était la volonté bien arrêtée du chef du cabinet, le duc de Wellington, il s'écria que, plutôt que de s'y soumettre, il accepterait sa démission. Le duc de Wellington, le duc de fer^ comme on l'appelait, lorsqu'il apprit ce^ emportements, s'en montra peu ému. Il était accoutumé à dominer les caprices et les répugnances du monarque qu'intimidait sa froide et inflexible fermeté. Après une courte entrevue, non-seulement Georges IV céda, mais, comme pour expier sa tentative de résistance, il dut accorder à ses ministres des témoignages extérieurs de bienveillance qu'il leur avait jusqu'alors refusés.

Tout étant enfin réglé, la conférence consigna dans trois protocoles datés du 3 février 1830 le résultat de ses longues et laborieuses négociations.

Le premier contenait d'abord la déclaration faite par le plénipotentiaire russe, sur la demande des plénipotentiaires de France et d'Angleterre, que l'article du traité d'Andrinople relatif aux affaires de Grèce n'invalidait pas les droits des alliés de l'Empereur, n'entravait pas les délibérations des ministres réunis en conférence et ne mettrait aucun obstacle aux arrangements que les trois cours jugeraient les plus utiles et les mieux adaptés aux

eustoihe \)F. ].k hestaubation. ïii

l'irconsUnces. Il prenait acti< oiisuiu- lie la promesse foriDclle faite, le 9 septembre, par la Porte de souscrire ;i toutes les déterminationsque prendrait la conférence (lour l'exC-cution du traitù du 6 juillet auquel elle avait di^ji adhfn^ !l chargeait les représenliinlsdes puissances ii CuDstantinnplL' et leurs amiraux dans l'archipel de réilamer et dolitenir des parties coatendanles la cessation imuMîatc des hostilités. Enfin, la conférence, désirant apporter aax décisions antérieures de l'alliance les améliorations les plus propres â assurer de nouveaux, gages iIp stabilité à l'œuvre de pais dont elle s occupa il, arrêtait d'un commun accoM les clauses suivantes : la Grèce formerait un Èlal indépendant, jouissant de tous les droits politiques, administratifs et commerciaux attachés ^ unejndépendance complète ; en considération des avanuiges résultant pour elle de cette indépendance absolue cl pour satisfaire au désir de la Porte d'obtenir unercctiiii-Ation des frontières tracées par le protocole du ai mars, les limites du nouvel État étaient fixées d'après les bases que j'ai déjà fait counaltre; son gouvernement serait monarchique el héréditaire par ordre de primogéniture. conlié à un chef qui ne pourrait être pris dans les familles régnantes des trois puissances et qui porterait le litre de prince souverain : la paix se trouvant ainsi rétablie entre la Porte et la Grèce, les sujets des deux États seraient traités réciproquement sur le territoire de l'un et de l'autre, sous le rapport des droits de commerce et de urigalion, romme ceux de tous les autres Ltats: des

2i2 HISTOIRE DE LA RESTAURATION.

actes d'amnistie pleine et entière seraient publiés par la Porte et par le gouvernement grec pour qu'aucun de leurs sujets ne pût être inquiété à raison de sa participation aux événements survenus par suite de l'insurrection; la Porte accorderait à ceux de ses sujets grecs qui voudraient se transporter sur le territoire de la Grèce un délai d'un an pour vendre leurs propriétés et sortir librement du pays; le gouvernement grec laisserait la même liberté aux habitants de la Grèce qui voudraient se transporter sur le territoire turc; les deux États feraient évacuer sans retard par leurs forces respectives les territoires occupés par elles qui ne devaient pas leur rester ; chacune des trois cours conserverait la faculté que leur attribuait le traité du 6 juillet de garantir l'ensemble de ces arrangements, ce qui deviendrait l'objet de stipulations ultérieures; aucune troupe appartenant à l'une d'entre elles ne pourrait entrer sur le territoire grec sans l'assentiment des deux autres; afin d'éviter les collisions qui, lorsqu'il s'agirait d'arrêter sur les lieux le tracé des frontières de la Grèce, pourraient facilement résulter d'un contact entre les commissaires démarcateurs des deux parties intéressées, ce travail serait fait par des commissaires britanniques, français et russes. Les trois cours se réservaient de faire entrer ces stipulations dans un traité formel qui serait signé à Londres et communiqué aux autres cours avec invitation d'y accéder.

Le second protocole disait qu'en s'occupant du choix du souverain à donner à la Grèce, les plénipotentiaires

de» IroUcoars avaient pris en ronsi dotation que, parmi les princes qui se recommandaient plus particulièrement au choi\ de l'alliance par leurs qualitiis pcrsofinelles et par leur existence sociale, le prince Lûopold àe Saxe-Co- Imurg ofTrail à la GrCce et à l'Europe toutes les garanlief^ sibles; (ine. d'aprî^s les informations reçues jusqu'à t jour, il y avait lieu de penser que les Grecs le rece- 'ut pour souverain avec reconnaissance; qu'il n'Élait s membre de la famille royale d'Angleterre, ni capable f être appela à la succession de la couronne britannique ; pie, par conséquent, il n'était pas dans le cas d'exclusion révu par le protocole du 22 mars; qu'époux de la prina fille du Koi. il avait été assimilé sous le rapport des honneurs à la famille royale, mais qu'il n'était pas pair du royaume, na'vait jamais siégé au parlemente!, depuis U catastrophe qui avait rompu les nœuds qui le liaient à l'Angleterre, n'y avait exercé aucune fonction publique; qae, dans son existence pécuniaire créée par le traité demaria^^e, traité qui, de sa nature, était inviolable et qu'avait conlinné un acte du parlement, il se trouvait eomplèttment indépendant, quels que pussent être les événements; qu'en conséquence, les plénipotentiaires des trois cours avaient uni leurs votes en sa faveur et étaient coDvenDs de rédiger en commun une note pour lui olTrir le gonveiDcment de la nouvelle principauté, aux conditions sur lesquelles on s'était mis d'accord.

Le troisième protocole se rapportait aux observations par lesquelles le plénipalenliaire français avait appelé l'at-

2i4 HISTOIRE DB LA RESTAURATION.

tention de la conférence sur la situation particulière où se trouvait son gouvernement à l'égard d'une partie^de la population grecque. Le duc de Laval avait représenté que, depuis plusieurs siècles, la France exerçait en faveur des catholiques sujets du sultan un patronage spécial que Sa Majesté très-chrétienne croyait devoir déposer maintenant entre les mains du futur souverain de la Grèce en ce qui concernait les provinces comprises dans le nouvel État, mais qu'en se dessaisissant de cette prérogative le Roi se devait à lui-même et à une population qui avait longtemps vécu sous la protection de ses ancêtres de demander que les catholiques de la terre ferme et des Iles trouvassent, dans l'organisation qui serait donnée à la Grèce, des garanties capables de suppléer à cette protection. Les plénipotcntiairesd'Angleterre et de Russie ayant reconnu la justice de cette demande, il avait été arrêté que la religion catholique jouirait dans le nouvel État du libre et public exercice de son culte; que ses propriétés lui seraient garanties ; que les évéques seraient maintenus dans l'intégrité des fonctions qu'ils avaient exercées sous le patronage des rois de France, et que les propriétés des anciennes missions ou autres établissements français seraient respectées. Los plénipotentiaires des ^rois cours, voulant, en outre, donner à la Grèce une nouvelle preuve de la sollicitude bienveillante de leurs souverains et préserver ce pays des malheurs que la rivalité des cultes pouvait y susciter, étaient convenus que tous les haJ)itants de ce pa\s. quelque fût leur culte, seraient

USTOIHE DE LA HESTAll RATION.

admiit

nissiblesà tous les emplois et honneurs publics et trai- IH siirk' pied d'une enlitre égalité dans tous les rapports religieux, civilsct politiques.

Dans la note collective que les plénipotentiaires adressirenl le mi>me jour au prince Léopold pour lui offrir, aa nom de leurs fours, la souveraineU^ de la Grèce, ils lui donnèrent communication des trois protocoles où se trouvaient consignées les intentions des puissances. lisse I1.itlaient, disaient-ils, de l'espérance que Son Allessc Hoyalc adhérerait aux stipulations de ces trois actes et accepterait le témoignage éclatant d'estime et de confiance que lui offrait l'alliance.

Huit jours après, le H février, le prince lit à cette uminanicatiDn une réponse par laquelle il déclarait que, sentant profondément tout ce qu'avait de llatteur pour loi l'honneur que les souverains alliés avaient daigné lui (aire en le choisissant pour mettre û exécution leurs généreuse» intentions, il s'empressait d'accepter la carrière Qtile et honorable qu'ils lui ouvraient, mais qu'il croirait iDa! répondre à la confiance qu'on voulait bien placer en lui »i, en donnant son adticsion aux trois protocoles, il n'y joignait, à titre d'oiiservations, la demande que les hiDles puissances accordassent à la Grèce une garantie complète, ainsi que la promesse d'un secours en cas d'agression étrangère; que les habitants grecs des lies de Candie et de Samos, qui allaient être rendues à la Porte, eowenl leur position civile et religieuse tellement fixée [ar l'intercession des hautes puissances et par une ample

application du traité da 6 juillet qu'ils se trouvassent à l'abri de toutes vexations; que la frontière fût modiûèe par des extensions indispensables pour la sécurité de la Grèce ; que les puissances lui assurassent, en attendant que ses propres ressources eussent repris leur vigueur, des secours pécuniaires proportionnés à ses besoins, attendu qu'il était notoire que le gouvernement provisoire n'avait pu exister jusqu'aloi*s qu^au moyen des subsides fournis par la générosité de ces mêmes puissances, et qu'elles accordassent aussi un secours de troupes au nouveau souverain en attendant qu'il eût pu organiser celles qui lui seraient nécessaires.

Grâce à l'appui de la France et de la Russie et malgré le mauvais vouloir de l'Angleterre, le prince Léopold obtint une grande partie de ce qu'il demandait. Par un nouveau protocole, en date du 20 février, les plénipotentiaires déclarèrent que les intentions de leurs cours étaient conformes aux vœux e^^primés par lui en ce qui touchait à la garantie du nouvel État grec par les puissances signataires du traité, et que les autres puissances seraient invitées à y adhérer. Quant à la manière dont le gouvernement de la Porte exercerait son autorité à Candie et a Samos, les puissances ne pouvaient admettre le droit d'intervention du prince, mais elles lui faisaient savoir, pour sa satisfaction, quelles se croyaient tenues d'assurer aux habitants de ces Iles, replacées sous la souveraineté de la Porte, une complète sécurité contre toute molestation pour la part qu'ils avaient pu prendre aux troubles pré-

UISTOIRE OE L.V IIESTAUHATIDN. 217

Is, st qne, dans le cas où l'autoriti^ oltomane serait p\prc*e conlrairement à Ihumanitr, chacune d'elles, bien qu'elles ne prissent â iM't égnrd aucun engagement spécial et formel, croirait de son deïoir d'interposer son intlnence pour protéger ces hrtbilints contre des actes oppressifs el arbitraires. En ce qui concernait les déliroititions des frontières, b conftVence avait reconnu qu'il e\istait desolstudes insurmontables à revenir sur les décisions prises. Les trois puissances étaient résolues à procariTà la-Grèce des secours pécuniaires au moyen de la garantie d'un emprunt destiné à pourvoir à la solde et à l'ealretien des troupes. Kniin, pour obvier aux diflicallês temporaires que le prinre pourrait éprouver avant une la levée de ces troupes ne rùtelTecluée, les trois iiours ttnisentaientà laisser à sa disposition, pour le terme d'une luéc, le corps frani;ais qui se IroiT^'ait actuellement en Grèce, sauf à y prolonger son séjour si cela était jugé nécessaire.

Sur ce dernier point, il est à remarquer que le duc de WHIiugton, à la demande du prince Léopold, avait d'a- Iwrd proposé de substituer au corps exclusivement françiijdont la présence excitait les susceptibilités de l'Anglen corpscomposé de 2,000 Francais,de 2,000 Russes

lerreu

fl don nombre égal d'Autrichiens et de Prussiens, mais on n'avait pas donné suite h cette idée trés-peu pratique. En ce qui concernait les secoure pécuniair-es, la France, te l'arrivée au pouvoir du comte Capodi strias, avait comnu-ncé à en fournir .i la Grèce. Avant l'élection du prince.

elle avait déjà donné en argent, habillements, équipements, poudre, vivres, rachat de captifs, près de six millions et demi. Elle y ajouta une somme de 500,000 francs à titre d avance remboursable sur l'emprunt. La Russie avait donné à peu près autant que la France. Elle promit de faire en faveur des Grecs un sacrifice plus considérable, de réduire de douze millions la contribution de guerre imposée à la Porte si celle-ci acceptait promptement et sans restriction le protocole qui réglait le sort de la Grèce. Cette promesse fut tenue. Pour TAngleterre, elle s'était refusée à toute avance, soit par crainte de provoquer dans le parlement une discussion embarrassanté, soit par TelTet du peu de sympathie que lui inspiraient les Grecs. Ce ne fut pas sans peine qu'on la détermina à consentir à la garantie de l'emprunt. Peu de jours avant la signature dû protocole, le duc de Wellington avait écrit au prince Léopold qu'il ne pouvait lui donner à ce sujet la plus légère espérance. Lord Aberdeen essaya de faire attribuer cet emprunt, qui devait être de 60 millions, à la personne même du prince, M. de Lieven y consentant, mais le duc de Laval s'y opposa.

Sur la question de la garantie de l'existence de l'État grec, le cabinet de Londres avait d'abord opposé aussi une très-vive résistance, disant que les formes du gouvernement britannique ne se prêtaient pas à un semblable engagement. Pressé par la France, par la Russie et par le prince Léopold, qu'il craignait de voir renoncer à la couronne qu'on lui oiïrait s'il n'obtenait pas cette assurance,

niSTOlRE DE LA KESTA U ilATION. "il'J

il mit lini par céder, mais en âi'mniidaiit que l'Autrii-lu' vl la Prusse prissent part nussi à la garantie. Comme (•Iles s'y refusèrent, il ne resta que celles des trois cours .signataires du tr<iit<^ du (i juillet dont il semblait que l'alliance fût ainsi rendue permanente. C'était précisément IV qu'avait voulu éviter le ministèri! tory, qui avail hite de se dil'gager des lieus de ta politique libérale dans laquelle M. Canning avait entraîné l'Angleterre, pour ren- In'r autant que possible dans les anciennes voies de la grande alliance.

Le 2C février, la conférence envoya aux représentants de la France, de l'Angleterre et de la Russie auprès de la Porti- et du gouvernement provisoire de la Grèce des iniilru étions qui les chargeaient de notilïei à ces deux gouïi'rnemcnts les décisions qui venaient d'être prises.

là question grecque semblait résolue, et l'on était loin de prèroir les événements qui devaient en retarder encore la conclusion délînitive. Le public ignorait, d'ailleurs, ce qu'il y avait eu de compliqué dans les dernières oriocialîans. Tout ce qu'il en savait, c'est que la coufoQde de Crèce avait été oITerte au prince Léopold, gendre •la mi d'Angleterre et que l'on supposait par conséquent iiair été dés le premier moment le candidat du cabine! de Londres. En France, l'opposition voulut voir dansson élection an nouveau triomphe de l'Angleterre, un nouvel «le de soumission de M. de Polignac aux volontés du duc lie Wellington qui, disait-on, parla protection qu'il lui jviitdotinée, lavait fait ministre et â qui il s'empressait

de payer sa dette de reconnaissance en lai livrant la Grèce resserrée dans des limites plus étroites que celles que lui avait assignées le protocole du 22 mars. Si ceux qui se livraient à de telles attaques contre le ministre français avaient été dans le secret des négociations et s'ils avaient voulu être sincères, ils auraient dû reconnaître combien de telles appréciations étaient éloignées de la vérité. Ils ne savaient pas à quel point les préparatifs de Texpédition d'Alger avaient refroidi les relations bienveillantes qui avaient d'abord existé entre les deux cabinets. Celui de Londres, suivant son invariable coutume, se préoccupait avec une inquiétude jalouse de la possibilité que la France y trouvât un moyen d'agrandir sa puissance et son influence, surtout dans la Méditerranée. Cette expédition, d'ailleurs, était aussi pour l'opposition française un thème de déclamations passionnées contre le ministère. Les mêmes écrivains qui, naguère, lui reprochaient de ne pas savoir faire justice des insultes d'un potentat barbare et de laisser ainsi humilier la France l'accusaient maintenant de vouloir précipiter le pays dans une entreprise ruineuse, d'un succès à peu près impossible, et qui, d'ailleurs, ne pouvait avoir aucun résultat utile. C'est ainsi qu'en France l'opposition a presque toujours procédé, décriant tous les actes du pouvoir sans se soucier de se mettre d'accord avec elle-même, l'accusant également de ce qu'il fait et de ce qu'il ne fait pas, se réjouissant des échecs qu'il éprouve dans sa politique extérieure parce qu'elle espère y trouver un moyen de le renver-

ser, s'affligeant de ses succès, les niant ou les dénaturant au point de les faire passer pour des échecs, s'arrangeant ea toute circonstance pour soutenir que la France est abaissée, humiliée au dehors et trop souvent réussissant à le faire croire aux masses ignorantes et crédules, à la grande joie des étrangers qui s'applaudissent de voir ainsi disparaître la force morale qu'une nation puise dans sa confiance en elle-même et dans les chefs qui la dirigent.

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