‹ Histoire de la restauration (volume 2)Chapitre 5 sur 11 · CHAPITRE CXLIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE CXLIX

Dernière session de la Restauration. — Discours du Roi, hautain et menaçant. — Adresse peu sif^nificative de la chambre des pairs. — Adresse des députés votée après une brillante discussion à la majorité de 221 voix contre 181, qui, en termes respectueux, invite le Roi à opter entre la chambre et le ministère. Réponse sévère du Roi. — L:i session est prorogée au 1" septembre.

A l'approche de la session, les journaux essayaient de prévoir quelle allait ^tre ratlilude respective du ministère et de la chambre des députés. Le plan du ministère était enfin arrêté. M. de Polignac avait d'abord eu la pensée de rentrer franchement et complètement dans les limites tracées par la Charte, (c'était son expression,) en faisant disparaître les atteintes successives que les partis s'accusaient mutuellement d'avoir portées, depuis quinze ans, à cet acte fondamental. Le Roi aurait annoncé cette intention dans le discours d'ouverture de la session. Une ordonnance aurait ensuite mis lin aux abus que l'usage seul avait introduits, par exemple en ce qui concernait le droit d'à-

IIISTOIHE HE LA HESIALltATION. TU

mendt-ment qui, au\ tt'rjiH's di- l;t Ctiarti'. ii'auiiiit (lil èlri.' PsertV- qu'avec le consentement préalalili: du souverain. Des projets auraient été en mûme temps présentés 4ii\ Chambres pour supprimer la septennalité, le doulde tôle , le renouve]l<>iiient intégral et autres modifiutions apportées par des lois formelles à cette mi^me Charte. M. de Polignac espérait que l'adoption de ce pUn rèdairait ses adversaires au silence en les ofili- ^lant à jeter le masque constitutionnel dont ils afTectaient de se couvrir. Ne pouvant communiquer directement avec Il giuche pour es-sayer de l'amener à ses idées, il avait iniginéde recourir â l'intermédiaire de M. Ternaux, que des motifs d'intérêt particulier obligeaient à avoir 4m rapports suivis avec le ministère des affaires étranl^res. M. Ternaux avait consenti à faire part à ses coll^esdes projets du président du conseil, et il parait W M. de Polignac, toujours facile aux illusions, avait m |)ouvoîr compter sur le succès de cetle ouverture. liais le plan en question avant été, par l'ordre du Roi, MQtuis au conseil des ministres, M. Courvoisier le combattit en soutenant que son exécution serait impossible, surtout en ce qui concernait le droit d'amendement. ToDs les autres ministres furent du même avis. Le Roi qui as.<istAit à la délibération, se pcncbant vers M. do Polignac, lui dit : < Vous voyez qu'il faut abandonner

• ce projet; il n'y a ici que deux personnes, vous et

• moi. qui voulaient son adoption. • — i Votre Ma-

• jesié a oublié d'ajouter. > répondit-il. • que ces deux

» personnes sont le Roi et le président du conseil. » Le ministère avait donc renoncé aux grandes réformes que ses journaux avaient annoncées; il s*étaitmisd*accord pour rester dans la stricte légalité et se borner à présenter aux Chambres le budget, avec quelques lois financières et administratives. Quant à l'adresse hostile dont on le menaçait, M. de Polignac paraissait ne pas h craindre, et on peut croire que, dans son confiant optimisme, il ne la craignait pas en elTet. Sur quoi porteraitelle? disait-il et disait-on autour de lui. Le ministère n'avait rien fait ; son seul tort aux yeux des partis était de vivre, mais celui qui lui avait donné la vie, c'était le Roi en vertu du droit incontestable de sa prérogative. Ce n'était donc pas contre les ministres que l adresse pourrait être faite, c'était contre le Roi. Sur ce terrain, le président du conseil se crovait invincible. Il se considérait comme assuré des voix de deux cents députés. A la vérité, les oppositions réunies pourraient en avoir près de deux cent trente, mais dans ce nombre figuraient les trente voix de ladéfoction royaliste qui, sansdoute, ne voudraient pas s'associer à un outrage dirigé contre la royauté. A ces motifs de conliance, M. de Polignac et ses amis ajoutaient certains symptômes qui leur semblaient attester un revirement de l'esprit public, entre autres, quelques condamnations prononcées en dernier lieu, tant à Paris que dans les départements, contre .les journaux de la gauche, et le taux élevé auquel avait été conclu le dernier emprunt. ,

Malgré les illuitioiis que se faisait M. de Folignac et i\\ti; De purtngi'aiont pas tous ses co]k''gui?s, il y avait peu lip doute sur les dispositions hostiles de la majorité des ilt^pnlùs. Dopais quelques jours, ils arrivaient en foule à Paris. Les plus modérés parmi ceux de la gauche ne faisaient pas m^me auvministres les visites d'usage, et rien, de la part de ceu\ de la défection, n'autorisait à penser i|u'ilfl voulussent se séparer du parti avec lequel ils avaient presque constamment marché depuis plusieurs années. Tout au contraire, ils se montraient plus animes que tes autres et bien résolus à tout faire pour renverser le ministère. A ceux qui essayaient de les elTrayer en leur ciliQt les articles anlidynasliqiies du National et du Globe, iU répondaient que c'était précisément le ministère qui suscitait cette fâcheuse polémique à laquelle la formation (l'une administration constitutionnelle mettrait tin. Ce qu'il ; avait â faire, disaient-ils, c'était une adresse resjiectueuse, mais ferme, où l'esprit de la Chambre se manif(^!ttât tout entier. Sur ce point, il y avait accord com [lift entre le National et le Journal des Débals. * La ■ vie du ministère, » disait c^lte dernière feuille, « c'est

• Il mort de la Charte. Pas de transaclion entre lui et

• la Oliambrel ■ Les journaux de la gauche, comprenant *joe le succès définitif dépendait de ce que feraient les trente membres de la défection, les comblaient de compliments et d'éloges.

Il s'en fallait de beaucoup que le ministère, menacé lia» d'avoir à combattre dans In chambre des députés

une majorité décidément hostile, pût compter, pour lui tenir léte, sur l'appui de la chambre des paies où le parti constitutionnel formait une minorité imposante et où, dans la droite même, la politique du gouvernement était loin d'être universellement approuvée.

En présence de semblables dispositions, il y avait lieu de se préoccuper du langage que le Roi aurait à tenir en ouvrant la session. Il fallait préparer un discours du trône qui pût satisfaire l'extrême droite sans trop mécontenter le centre droit et même ce groupe de la défection qu'il importait tant de regagner ou au moins de calmer. La prudence paraissait commander d'éviter toute parole irritante, toute revendication hautaine du pouvoir royal, tout ce qui serait de nature à engager la lutte entre les deux prérogatives. C'était, dit-on, l'avis de la majorité du ministère, peut-être du ministère tout entier, mais d'autres influences prévalurent, et il fut décidé que le discours contiendrait une menace contre l'opposition. MM. de Chabrol et Courvoisier, qui s'y étaient d'abord opposés finirent par céder aux instances du Roi. Plusieurs séances du conseil furent consacrées à délibérer sur cette question. Dans celle du 13 février, chacun des ministres apporta un projet qu'il avait rédigé. Après avoir subi quelques amendements, ces canevas furent remis au garde des sceaux qui se chargea de la rédaction définitive. Huit jours après, le 20 février, il présenta .«on travail au conseil qui Tadopta. Un des paragraphes disait que le Roi, si de coupables manœuvres

HISTOIRE DE l,A RESTAUIIATIO?!. 2Î"

«QsciLiîent à son j^uvernement di's obstacles qu'il ne voulait pas prévoir, trouverail la force de hîs surmontL'r dans sa résolution de maintenir la paix publique, dans la juste conTiance des Français et dan.s leur amour pour leur souverain. M. de Guernon Ranville, craignant que ce paragraphe, où le Roi ne parlait que de sa volonté et de son pouvoir, ne fût inlerprôlè comme une menatc de gouverner pnr ordonnances et ne fournil à l'opposition une arme dangereuse, proposa d'y ajouter un membre de phrase qui, en faisant mention du loyal appui que le Roi avait droit d'attendre des deuv (Diamlircs, aurait écartfi l'idée d'un recours à la seule omnipotence royale. Après une longue discussion, dans laquelle M. Oourvoisicr, mieux inspiré d'ordinaire, combattît l'amendement avec une extrême vivacité, il fut rejeté, et le projet adopté dans son ensemble.

Les députi's se réunissaient de leur côté. Ils se croyaîeDi appelés â faire un grand acte, à choisir dËTinilivemcnl entre le gouvernement parlementaire et le gouvernement ahsolu; ils savaient que toute la France avait les yeux sur eux, que jamais vote n'avait été attendu arec plus d'anxiété. Si, dans le parti libéral, la polémique des derniers mois avait constaLô quelques dissentiments par rapport au passé et à l'avenir, il n'en existait ancun nu sujet de la lutte qui allait s'engager.

Quelques jours avant l'ouverture de la session, le Roi. osant pour la dernière fois d'une des prérogatives auxquelles il mettait le plus de prix parce qu'elle se ratta-

chait aux souvenirs de l'ancien régime, tint un chapitre de ses ordres dans lequel il déclara chevaliers de Tordre du Saint-Esprit le duc de Nemours, second fils du duc d'Orléans, qui venait d'atteindre l'âge auquel les princes pouvaient l'obtenir, et, avec M. Roy, à qui on l'avait conféré à sa sortie du ministère, cinq seigneurs de l'ancien régime et le général Bordesoulle qui jouissait d'un grand crédit auprès du Dauphin.

La veille de la séance royale, la messe du Saint-Esprit fut célébrée à Notre-Dame, suivant la coutume, en présence du Roi. Il n'y avait dans l'assistance qu'un petit nombre de députés, tous de la droite. Les banquettes des pairs n'étaient pas beaucoup plus garnies. Dans le trajet des Tuileries à Notre-Dame, le Roi fut très-froidement accueilli.

Le secret du conseil avait été si bien gardé que personne, en dehors du gouvernement et de ses plus intimes confidents, ne savait encore quel serait le langage du Roi. Dans la séance préparatoire qui avait eu lieu le 28 février les députés avaient pu se communiquer leurs impressions, et il n'était plus possible de douter de l'existence d'une majorité antiministérielle. Il restait à savoir sur quel point elle porterait son attaque. Le discours du trône devait en décider.

Le grand jour arriva enfin. La session s'ouvrit, comme cela avait lieu depuis 18^0, dans une salle du Louvre disposée à cet efi'et, mais avec un appareil plus pompeux qu'à l'ordinaire. Les places destinées aux pairs

et ans dépulès liaient presque (outes occupées. Les Iritiunes étaient également remplies. Une Toule înquiëte et émue encombrait toutes les avenues du palais. La famille royale el le corps diplomatique tout entier assistaient à cette séance. On avait le sentiment qu'elle serait décisive. Le Roi, à son entrée, fut salué par tes acclamations des Chambres et des tribunes. Un accident qui fut remarqué dés cette époque sans beaucoup frapper l'attention, mais que les événements survenus peu de mois après transformèrent en un étrange pronostic, c'est que Charles X, au moment où il arriva sur l'estrade, ayant laissé tomber son chapeau qu'il tenait à la main, le duc (i'Orléanf s'empressa de le relever.

Le Roi prit la parole au milieu du plus profond silence. Parlant d'abord de la situation extérieure, il dit que la paerre élait éteinte en Orient; que la modération du vainqueur et l'intervention amicale des puissances avaient maintenu l'équilibre en préservant l'empire ottoman des malhfurs qui le menaçaient et affermi les anciennes rclalioQS des Ét,ils; que, fous ta protection des puissances signataires du traité du U juillet, la Grèce indépendante renaîtrait de ses ruines; que le choix du prince appelé i rt-^ner sur elle faisait assez connaître les vues désinléreHEiécs et paclliques des souverains ; que des négociations M poursuivaient pour amener entre les princes de la maison de Bragance une réroncilialion nécessaire au repMdc la péninsule; qu'au milieu des graves événements dont l'Europe était occupée, la France avait dû suspendre

les etTets de son juste ressentiment contre une puissance barbaresque, mais quelle ne pouvait laisser pins longtemps impunie 1 insulte faite à son pavillon, et que la justice éclatante qu'elle voulait obtenir, en satisfaisant à son honneur, tournerait au profit de la chrétienté. Après ce coup d*œil rapide jeté sur les affaires du dehors, le Roi exposa la situation intérieure. Malgré la diminution qu'avaient éprouvée les revenus de 1829 comparativement à ceux de l'exercice précédent, ils avaient surpassé les évaluations du budget. Une opération récente avait indiqué le taux de Tintérét auquel les emprunts étaient devenus négociables et démontré la possibilité d'alléger les charges de l'Etat. Une loi relative à Tamorlissemenl serait présentée aux Chambres; elle se lierait à un plan de remboursement ou d'échange qui, on l'espérait, concilierait l'intérêt des contribuables avec la justice et la bienveillance dues à ceux qui avaient placé leurs capitaux dans les fonds publics; les mesures proposées à cet effet pourraient, de plus, donner les moyensde subvenir, sans de ruineux sacrifices et en peu d'années, aux dépenses qu'exigeraient, pour la défense du royaume et pour la prospérité de l'agriculture et du commerce, les travaux des places fortes, les ouvrages à terminer dans les ports, les réparations des routes et des canaux. Les Chambres auraient aussi à s'occuper de plusieurs lois relatives à l'ordre judi.-iaire, de divers projets d'administration publique et de quelques mesures destinées à améliorer le sort des militaires en retraite. Un hiver rigou-

HISTOIRE DE 1,.\ nESTAL:n*TION. 231

~ reu» arait fait peser sur le peuple de cruelles souffrances.

mais la bienfaisance pub]ii[UG avait multiplié les secours,

el le Rot avait TU avec une vive satisfaction les 5oins pé-

lèreus prodigués à l'indigence sur tous les points du ler-

toire. parliculiiTcmenl à Paris.

Toute f.etie partie du discours de la couronne, conçue

bns DU esprit de dignité, de bienveillance el de modé-

Italion, avait été bien accueillie. Déjà, ceux qui avaient

■aint. d'après certaines rumr'urs, que de dangereuses

^,provoca lions ne tombassent du haut du irûne, commcn-

çaitfnt à se rassurer, miiis leur satisfaction ne fut pas

do longne durée. En arrivant aux dernières phrases de

•-C discours, à celles qui avaient été dans le conseil l'ob-

jet d'un si vif ilébal, le Roi éleva la voix et afTecla dap-

pu>iT sur les mots les plus saillants comme pour faire

iuii'U\ comprendre son inébranlahln ré,so1ution. < Mrs-

• sieurs, » dit-il, « te premier besoin démon cœur esl

• de voir la Franco, heureuse et respectée, développer

• toutes les richesses de son soi el de son industrie et

• Jouir en paixdesinstitutionsdont j'ai la ferme volonté

• de consolider le bienfait. L;i Charte a placé les lihert lés publiques sous la sauvegarde des droits de ma cou-

• ronne. Ces droits sont sacrés, mon devoir envers mon

• peuple est de les transmettre intacts à mes successeurs. « Pair» de France. di''putéa des départements, je ne

• doute point lie voire concours pour opérer le bien que ■ je ??ux faire. Vous repousserez avec mépris les pcr- > liilv» iasinualions que la malveillance cherche à pro-

> pager. Si de coupables manœuvres suscitaient à mon

• gouvernement des obstacles que je ne peu^ pas, que je

• ne veux pas prévoir, je trouverais la force de les sur-

• monter dans ma résolution de maintenir la paix pu-

• blique, dans la juste confiance des Français et dans

> Tamour qu'ils ont toujours montré pour leur roi. > Ce paragraphe souleva, dans la plus grande partie de

l'assemblée, un mouvement de surprise et de mécontentement que ne purent complètement dissimuler les acclamations de l'extrême droite.

Le Roi s'était à peine retiré que des colloques animés, expression de ces appréciations diverses, s'engagèrent entre les pairs et les députés. Le lendemain, les journaux de la droite célébraient cette manifestation des sentiments personnels du Roi, cette nouvelle profession de foi, atêssi sacrée que celle de Reims, cet admirable discours, signal de paix et gage de concorde. Enfin, disaient-ils, la voix du monarque, descendant du haut du trône, a vibre' dans les cœurs royalistes. Le Roi a prévenu et satisfait tous les vœux de la nation. Henri IV, Louis XIV, Louis XVIII ont parlé par sa bouche. La liberté tant réclamée par les libéraux, ils l'évoquent de l'enfer; celle des royalistes est un rayon du ciel. A ces élans d'un enthousiasme un peu factice, le Journal des Débats répondait par un cri de douleur ; le Constitutionnel, le Courrier, le Globe, le Temps, le National par des accents d'une colère à laquelle se mêlait la satisfaction de voir enfin la question nettement posée. Ils prouvaient sans peine que les accusations,

[STOIBE [tE LA RESTA(IRATiO\. 231

ie» metuces royales s'adressaient â la Chamhre seule, que c'était contre elle que l'on déployait l'tStcndard de la monarchie. Si l'audace des actes était en accord avec «Me des paroles, il fallait s'attendre aux. événements les ifba sinistres. Mais, ajoutaient-ils, la Chambre ainsi menacée ne se laisserait pas intimider; jamais elle n'avait été moins agitée, moins bruyante; un sentiment profond y dominait, le sentiment d'une conviction ferme et d'un d''Toir impérieux mêlé d'inquiétude et de tristesse; le discoDfs était un véritable manifeste de Brunswick qui, comme celui de 1792, réunirait toutes les opinions eon- Ire l'ennemi commun. Il était faux, d'ailleurs, qu'il cxisklt des manœuvres menaçantes pour le trânc et pour les droits do la couronne; l'indignation publique ne demandait que l'éloignomentd'un ministère odieux, antlnational. On ne voulait lui susciter d'obstacles que dans les voies constitutionnelles. On espérait que les pairs et les dépaWs feraient leur devoir, qn'ils répondraient au déli miDi.<)téricl en disant au Roi la vérité tout entière et que le refus du budget appuierait, au besoin, eelte vérité, ^aantanx alfaires extérieures, ces journaux ne voyaient, les projets indiqués par la harangue royale, que des iccssions faites à riniluencc des puissances étrangères, -et ils s'attachaient à faire naître des inquiétudes sur les résallalsde l'attaque préparée contre Alger.

Ce jour-là même, la chambre des déput'!'S, réunie djui»nni'^lle provisoire qu'on avait construite au milieu do jardin du Palais-ltourhon en attendant la reconstiuc-

Uaan

23i HISTOIRE DE LA RESTAURATIOiN.

tion de rancienne salle qai menaçait ruine, procéda, sous la présidence de M. Labbey de Pompiéres, son doyen d'âge, à la vérification des pouvoirs des membres nouvellement élus. Ils étaient au nombre de huit qui furent admis sans qu'il s'élevât contre eux aucune difficulté sérieuse. Les partis étaient impatients de se mesurer. Le premier essai de leurs forces eut lieu pour l'organisation des bureaux : à l'exception d'un seul, tous prirent dans l'opposition leurs présidents et leurs secrétaires.

Le jour suivant, on choisit les cinq candidats à la présidence de la Chambre. Beaucoup de députés avaient offert à M. de Martignac de le mettre sur la liste, mais il s'y était refusé, ne voulant, dans sa situation, ni faire de l'opposition directe contre le gouvernement, ni s'ériger en rival de M. Royer-Collard avec qui il entretenait des relations trés-affectueuses et que la gauche aussi bien que la défection voulait porter au fauteuil.

Au premier tour de scrutin, on compta 361 votants sur 430 membres dont se composait alors la Chambre. M. Rover-Collard eut 225 voix, M. Casimir Périer 190. le général Sébastian! 177, M. de Berbis 131, M. Delalotl29, M. Agier 118, MM. de Chantelauze et de Lastours 116, M. Humann 112, M. Seguy 100, M. Gauthier 47 seulement. Ceux des amis du ministère sur lesquels s'était réuni le plus grand nombre de suffrages, MM. de Chantelauze et de Lastours, n'en avaient eu que 116, tandis que MM. Royer-Collard, Casimir Périer et Sébastiani, candidats de la gauche, en avaient eu 225, 190

niSTOHlE KE LA RESTAL'RATION. i.iô

pt i77. Les deux premiers qui, seuls, avaient alleint ta nMJorît6 absolue farcnt proclam^'s cnadidats à la prëf^i- Af.ace. Un second et un troisième lour de scrutin qui purent lien le mémo jour et le jour suivant leur adjoignirent MM. Delalot, Agier et Sétiasiiani.

On parut un peu moins d'accord pour l'élection des vice-présidents. Au picmier lour, M. Dupia fut seul nomm6. Puis, MM. Bourdeau, de Cambon et de Martignac, qui siégeaient.le premierau contre gauche, les deu\ autres au centre droit libéral, l'eraporlérent sur MM. Dupont de l'Eure et le gi^nèral Gérard, portés par la gauche pI qui d'abord avaient eu plus de voix. Aucun des quatre, d'ailleurs, ne pouvnit être rangé parmi les amis du ministère. Les secrétaires, MM. Jacqueminot, de Preissac, Dumarhallacb et le comte Eugène d'Ilarcourt, étaient t us des opposants, bien que de nuances diverses.

Os premiers ré.iultats étaient signilicatîfs. Les journaux qui, peu de jours auparavant, ne voulaient pas douter <[Ui^ la Chambre ne courbât la télé dés que le Roi aunil fait connaître sa volonté, étaient embarrassés. Ils es- .■uvaient de se consoler en faisant remarquer que pas un des vice-présidents ne siégeait â la gauche proprement dite. Le Drapeau blanc, plus franc que les autres organes de la droite parce qu'il persistaità appeler, â désirerune lutte violente, disait que, dans la Chambre, tout élait perdu i)our les rovalistes. que l'abus de la parole à la tri buneèt^iit flagrant, et. on attendant mieux, il demandait on*" mesure qui empêchât ou limitât la publicité donnée

par les jonniaQx aux débats parlementaires. Les feailles libérales se faisaient une arme de ces exagérations.

La liste des candidats à la présidence était telle que le choix de M. Royer-Collard était en quelque sorte forcé. Cependant, lorsque le conseil eut à en délibérer, quelques-uns des ministres proposèrent au Roi de nommer M. Casimir Périer. Ce choix, disaient-ils, serait politique; il aurait pour effet de jeter la division entre les deux fractions de la gauche; il amoindrirait {'influence de M. Royer-Collard et pourrait aussi compromettre M. Périer dont la fougueuse brusquerie ne tarderait pas à blesser la Chambre. A ces arguments d'un machiavélisme un peu mesquin, on répondit que déroger à Tusage presque invariablement suivi de nommer celui des candidats qui avait eu le plus de voix, ce sei*ait annoncer un plan prémédité qui pourrait être mal compris ; que la masse des royalistes ne s'expliquerait pas la préférence donnée àThomme de Textréme gauche (c'est ainsi qu'on qualifiait M. Périer); que ce choix jetterait de l'inquiétude dans les départements et n'aurait pas les avantages que s'en promettaient ceux qui le conseillaient, parce que les ennemis du gouvernement sauraient bien suspendre leurs inimitiés particulières pour se réunir afin de concourir au but de lopposition. Ces considérations l'emportèrent. Le 8 mars, on apporta à la Chambre l'ordonnance qui, pour la troisième fois, appelait M. Royer-Collard à la présidence. L'usage était que, le bureau se trouvant constitué, le président prit immédiatement place au

HISTOIRE DE L\ HESTAUiUTlûN. 237

lauleuit. On TuL surpris d'apprendre, de la tiouche du doïen d'âge, que M. Royer-Collard dtisiraitn"tîlre installe que le lendemain et que déjà il avait quitté la salle. Ce retard avait pour cause la communication que le doyon d'âge. M, Labbey de Pompii:rc3. avait donnée à M, Royer- Collard de l'allocutiûn qu'il comptait prononcer en lui cédant le fanleuil, et dans laquelle il aurait dit, en parodiant en quelque sorte le discours de la couronne, que la Chambre saurait transmettre ses droits intacts à ses sitccetneun et. an besoin, renouveler le serment du jeu de paume. M. Royer-Collard, jugeant de pareilles expressions oiïensantes pour le Roi, en demandait le retranchement. M. Labbey de Pompiùres s'y refusa d'abord, mais il céda en.suite aux pressantes représentations de ses amis politiques, MM. Renjaniin Constant, Dupont de l'Eure «t même de M. de La Fayette. Le lendemain, il se ttorna à exprimer la satisfaction qu'il éprouvaiten voyant monter su fauteuil pour la troisième fois un citoyen dont la science profonde et le dévauemenl à la Charte conslitmiounclle avaient motivé les votes de sept collèges et mérité la confiance du monarque. La droite, qui savait ce qui s'était passé, écoutait avec une curiositi} malicieuse l'ïllocntion du vieux doyen. Elle sourit et murmura au aot de citoyen, et lorsqu'elle entendit M. Labbey de npiéres vanter le dévouement du président à la Charte. n»iears voix s' écrièrent : > Parlez donc de dévouement aBoî! > La réponse de M. Royer-ColIard fut courte. IçriTC. et on crut y voir l'expression d'un sentiment de dé-

couragement qu'expliquaient les circonstances et ses sentiments personnels. • Messieurs, » dit-il, c en reprenant » des fonctions aussi difficiles qu'honorables, j'obéis au

• Roi et à la Chambre. Cette pensée me tiendra lieu

• d'une confiance que je ne trouverais pas en moi- » même ; elle m'assure que votre bienveillance ne m'a-

• bandonnera pas, et je m'efforcerai de la méri- » ter. »

Ce jour-là même, après la séance publique, la Chambre nomma dans ses bureaux les membres de la commission chargée de rédiger l'adresse en réponse au discours du trône. Tous appartenaient à l'opposition, deux seulement, MM. de Preissac et Gauthier, à ce qu'on appelait la défection ; les sept autres, MM. Etienne, de Kératry, Dupont de l'Eure, Lepeletier d'Aunay, de Sade et Dupin aux diverses nuances de la gauche. Le centre droit n'y était pas plus représenté que la droite. De tels choix ne permettaient aucun doute sur les dispositions de la grande majorité, aussi résolue à maintenir les droits de l'assemblée que le Roi à maintenir ce qu'il regardait comme les siens.

Tout annonçait que la solution de la crise ne pouvait être retardée. L'infatigable M. Cotlu venait de publier sous ce titre: De la nécessité d'une dotation, un nouvel écrit dans lequel, en même temps qu'il reproduisait son plan favori d'électeurs héréditaires, il prétendait démontrer que la royauté était dans l'obligation de rétablir sans tarder l'harmonie entre les pouvoirs, non pas en vertu de tel ou tel article de la Charte, mais en vertu de

HISTOIRE DE LA RESTAU HATi 0 N.

M. Madiolli-,

mcni

son droit propre. Quelques jours après, dans un mémoire inlitulê Question d'État et dédié à M. de folignac, étali tissa il, avec l'adliésion de MM. de ^□blanc, de FKnilly, Acliiliede Jouiïroy, de Salabeiry, l autres, que la chambre des députés étant cssentielletacnt républicaine, il serait ridicule de lui demander de ctianger la loi des élections, et que c'était par ordonnanci' qae le changement pouvait et devait se faire. Suivant , iln'était pas vrai que l'ordonnance fût, de sa nature. léricure à la loi; elle lui était inliniment supérieure en aité, en intelligence; elle l'avait précédée, comme la anarchie avait précédé la république.

i L'apparition simultanée de pareils écriL* dans les cir- Ktanccs où l'un se trouvait ressemblait à une conspiioa contre la Cliambre et contre la Charte. Ce qui. mme le faisaient remarquer lesjournaux de la gauche, eo augmentait la gravité, c'est que M. Collu était un magistrat de la cour royale, juge, â ce titre, des délits de la I (Fesse; c'est que M. Madrotle croyait pouvoir se couvrir ■ la protection de M. de Polignac et de l'assentiment p plusieurs membres des deux Chambres. Le scandale |tt tel que M. de Polignac se vit obligé de faire dire dans ttlfom'(«ur qu'il n'avaiteuà l'avance aucune connaissance 'a mémoire de M. Madrollc et n'avait pas été, par cons«qiii.>nt, dans le cas de permettre que son nom y (ùl illjché; que, d ailleurs, les propositions énoncées dans cet KrilétanlenconlrficJic/ion acecles loise.mtanles, ceux qui connaissaient le présidi>nt du conseil avaient dû élre con-

240 HISTOIRE DE LA BESTaURATIOH.

Tiioca». de prime abi>rd. qu'on aTait msmrpé ramiorité de som mom. La Gazette 4e Frmace aTait déjà fait la même déclaration. MM. de VaabiaDe, de FréDiiiv, de Joaffroy, d'aatres encore dont M. Madrolie n^arait pas craint d'in- Toquer le nom à i'appoi de ses andacienx paradoxes, déclarèrent, de iear cùté. dans la Quotidienne et dans la Gazette, que, s'ils approoTaient certaines parties de l'écrit en question, ils n'avaient jamais entendu en approuver toutes les doctrines. Le Drapeau blanc lui-même, qui l'avait annoncé avec éloge, affirma que cet éloge était le fait d'un écrivain qui. depuis, avait cessé de faire partie dt^ sa K^action : qu'il défendrait toujours la monarchie, mais la monarchie sous les formes constitutionnelles étalilies par la Charte et dont le maintien avait été juré par Charles X. M. Madrolie, fort surpris de se voir abandonné, et le gérant du Drapeau blanc furent renvoyés devant les tribunaux. M. Cottu seul, grâce peut-être à sa qualité de conseiller à la cour royale, échappa à toute poursuite. Quelques semaines après, la chambre des mises en accusation de la cour royale mit le Drapeau blanc hors de cause par le motif que, si l'article incriminé invitait le gouvernement à changer la loi d'élections par une ordonnance provisoire, sauf à la faire plus tard convertir en loi, l'exposé de ce système ne sortait pas des limites d'une controverse permise et ne constituait pas une attaque contre les droits et Tauloritédes Chambres. Sur ce chef de prévention, M. Madrolie fut également renvoyé de la plainte, mais l'arrêt le traduisit devant le tribunal

ICC corrcclionnellf à raison

des

outrages que non ire. De telles déci-

3 conlenuil contre la magistral i la preraiÈre cour du royaume, qui naguère eorare témoignait tant de zi^le pour la défense des lois et desiastitulionsconâtitutionaelles.n'étaienl pas faites pour nissut^r leurs partisans.

Vainement quelques-unsdesministres, MM. de Montbel,

M. d'Haussez, M.deGuernon Ranville, s'elTon.aient.dans

les conversations qu'ils avaient avec les députés, de leur

démontrer qne le discours du trône n'avait pas le sens

agressif qu'on lui attribuait; ils ne parvenaient pas à

calmer l'anxiété publique et à ramener les esprits. Un

incident inattendu f'tait venu augmenter leur irritalion.

Nons avons vu que le comte Donatien de Sesmaisons.

gendre du chancelier Damhray, s'était refusé â voter, dans

Ip collège électoral de Nantes, pour M. Dudon, candidat

dn ministère, et avait publié son refus. Le S mare, on

lui dan» une feuille semi-ofliciellc qu'il venait d'être

rj}^ des centrales de la garde royale dans laquelle il

n-ntpiissait les fonctions de chef d'élat-major d'une divi-

w d'infanterie. Cette mesure produisit un elTct déplo-

nhk. Les journaux ministériels ne la défendirent eu\-

QJmes qu'assez faiblement, et la presse libérale la signala

ivec indignation comme une atteinte à la liberté éleclo-

nk, un témoignage non équivoque de la servilité à

laquelle on entendait réduire les fonctionnaires publics,

'«ndaninés désormais à voter contre leur conscience ou à

pprdrp leur position.

Dès le lendemain de la séance royale, la chambre des pairs, ayant nommé ses quatre secrétaires, le comte de Bouille, le marquis de Laplace, le vicomte Dambray et le maréchal Maison, choisis, suivant son usage, de manière à représenter tous les partis, le chancelier désigna les membres de la commission de l'adresse. M. de Pevronnet s'était donné beaucoup de peine pour obtenir que la commission fût favorable au ministère et disposée à lui accorder une entière approbation. Les ministres auraient voulu, dit-on, que le chancelier y fit entrer M. deLally Tolendal qu'on était depuis longtemps habitué à voir terminer, par une adhésion complète aux vues du gouvernement, des discours commencés dans un esprit apparent d'opposition, mais il tomba malade et mourut quelques jours après. Le tempérament de la Chambre se prétait peu à la politique vers laquelle on essayait de l'entraîner. Les amis du ministère furent avertis que s'ilsvoulaientla pousserdans cette voie, ils provoqueraient une lutle violente et dont l'issue pourrait être fâcheuse. La commission fut donc composée d'hommes modérés pris dans toutes les opinions, le duc de Doudeauville, M. Laine, M. de La Tour-Maubourg, M. de Marbois, M. de Panisse, M. Siméon et M. de Talaru.

Le 9 mars, le comte Siméon présenta à la Chambre, au nom de cette commission, un projet d'adresse conçu évidemment dans la pensée d'éviter toute agression contre le cabinet ens'abstenant pourtant de ce qui aurait pu être pris pour une approbation de sa politique et en faisant

HISTOIRE DK LA HESTA!;HAT10N. 243

tnMc, Bur quelques points, des réserves signincutivos l.ien qu'exprira^ps dans une forme indirecte cl avec hcauconp de mesure. « Le premier besoin du cœur de Votre

> Majesté, • di&ait-it en reproduisant les paroles méme^ du Roi, < est de voir ia France jouir en paix de ses ins- • titultons. Elle en jouira, Sire. Que pouiTaient,eneir)'t,

> des insinuations malïeillantes contre la di}claration si

■ expresse de voire volonté de maintenir et de consolî-

■ derces inslitulionsî La monarchie en est le fondenienl. I les droits de votre couronney resteront inébranlables :

• ils nu sont pas moins cbers à votre peuple que ses li- ' Wrtés. Placées sous voire sauvegarde, elles rorlifienl

■ le; liens qui attachent les Français à votre trâne et â ' ïotrc dynastie et les leur rendent nécessaires. I.a ' Franc*- ne veut pas plus de l'anarchie que son roi ne ' Teut du despotisme. Si des manœuvres coupables sus-

• citaienlà votre gouvernement des obstacles, ils seraient

• bicntdt surmoutùs, non-seulement par les pairs, défen- ' seors héréditaires du trflne et de la Charte, mais aussi

■ pir le concours simultané des deux Chambres et par

■ relui de l'immense majorité des Français, car il est ' diDg le vœu et dans l'intérêt de tous que les droits ' ttcpÈs de la couronne demeurent invariables et soient ' tnnsmis inséparablement des libertés nationales aux

• Hacces-wurs de Votre Majesté et à nos derniers neveux,

■ héritiers de notre confiance et de notre amour. • Tel l'isitlepaseageprincipalduprojotd'adresse. A la dill'éi J'i discours royal, il mellail le concours des Chambres

es

au nombre des moyens par lesquels le gouvernement pourrait triompher des manœuvres des partis hostiles, et il déclarait les libertés nationales inséparables des prérogatives de la couronne, par conséquent aussi inviolables qu'elles. Le reste du projet n'était que la paraphrase de la harangue royale. Les esprits attentifs à saisir les moindres nuances remarquèrent pourtant que, dans le paragraphe relatif à la Grèce, il ne s'e^iprimait que bien vaguement sur le choix du prince et le désintéressement des puissances; qu'en introduisant le mot de légitimité àdins le passage qui concernait le Portugal on avait paru vouloir frapper de réprobation la cause de don Miguel; qu'on ne prenait aucun engagement en ce qui touchait à l'expédition d'Alger ; enfin, que, pour ce qui avait trait au remboursement ou à la conversion de la rente, cette combinaison que la noble Chambre avait rejetée du temps de M. de Villèle, on insistait sur la nécessité de concilier les intérêts des contribuables, des capitalistes et de l'État sans s'écarter du respect pour les droits de chacun et des principes de justice qui avaient fondé et élevé si haut le crédit.

La discussion s'ouvrit immédiatement. M. de Chateaubriand prit la parole, t Je l'avoue, » dit-il, • c'est à mon » corps défend/int et après de longues hésitations que je > me suis résolu à monter à cette tribune. Jamais je n'ai » tant désiré la paix, jamais je n'ai été moins disposé à » me jeter au milieu des orages; il a fallu six mois en- • tiers de provocations, il a fallu m'entendre traiter de

HISTOIRE r ordre

[)E LA RESTAURATION. 2ia

OU parponnission, pour qu'enfin je

^1 dot

renégal, par

me crusse oblijjé de m'cxpliqucr. Au reste, je pardonne de grand cœur à ceux qui m'onl prodigué les ilragcs. Je désire quatre choses pour mon pays, mesimrs : la religion sur les autels de Saint-Louis, la 16plimilé sur le trOnc d'Henri IV, la liberté et l'honneur pour tous les Français. Je n'ai point douti> que les mioistres da jour n'eussent l'intention de maintenir quatre choses, mais j'ai pensé dés le premier instant Ipe, par la nature même de la composition du conseil, ils inquiéteraient les intérêts pulilics; j'ai pensé qu'en

■ voulant trouver la France ancienne dans la France ' nouvelle, ils pourraient mettre la réalité en péril pour

■ «lisir ou pour combattre des chimères. » M. deChatcaulifianH. jetant ensuite un coup d'œil rapide et superliripisurla politique extérieure, parla du choix du prince '.i^opold pour le trOne de Grèce, qu'il prtsenta comme un Iriomplie de la politique britannique ; il dit que, dans •^Ui! affaire, l'Anglelerre avait très-bien joué sa partie; i|oi'. sans dépenser un schetling, sans faire marcher un 'Oldat, cite avait donné un monarque à la Grèce; que sa Hilique avait été moins naïve, mais plus positive que celle de la France ; qu'elle avait eu les prolits et la Knncc les dépenses : Suum cuiqiie. Il blilma l'hésitation du ministi're par rapport â la question portugaise et remercia la commission d'avoir émis un vœu pour le iriniuphe de la légitimité. Sans se prononcer sur la maoim' dont avait été conrue l'expédition d'Alger, il pré-

2i6 HISTOIRE DE LA RESTAURATION.

lendit que, pour cette expédition, on avait cru devoir solliciter la permission de l'Angleterre. Passant de ces banales et injustes accusations à l'examen de la politique intérieure, il exprima sa douloureuse surprise des bruits répandus dans le public et que semblait confirmer lé discours du trône. Il comprenait que, dans un moment de terreur ou dans un accès d'orgueil, un ministre fit un coup d'État, mais qu'il préparât une suite de coups d'État sans savoir ce qui arriverait, cela lui paraissait inexplicable. Le ministère actuel ne lui semblait pas assez fort pour se hasarder à de telles entreprises et, dans l'état de la France, il n'y avait pas de raison sufflsante d'ébranler le trône par des mesures extraordinaires, de se lancer aveuglément dans une carrière semée d'écueils. c Avant le 8 août, • dit-il, c la France était tombée dans le plus •profond repos ; le Roi, entouré d'amour et de respect, n'avait plus qu'à jouir du spectacle des bienfaits qu'il avait répandus sur ses peuples. Tout principe de mouvement était détruit dans les masses ; elles avaient obtenu ce qu'elles avaient demandé, la liberté et l'égalité par et devant la loi. Où étaient-ils ces grands ennemis de la légitimité contre lesquels la résistance des anciens ministres se trouvait insuffisante ? Chose désirable, en effet, pour les vrais partisans de la liberté qu'une usurpation, républicaine ou monarchique, dont le premier acte forcé serait doter à la France la liberté de la presse et la liberté de la parole ! Il y a une force dont j'oserai mo vanter, parce que, le cas

BrSTOIHE DE LA HESTAUHATION. 2'.7

Aéant, je ne tirerais pas celte (orce de moi, mais de I nalore des choses : qu'on nielle devant moi une Pnsorpaiion «[uelconque et qu'on me laisse écrire : je fae demande pas un an pour ramener mon roi ou pour k élever mon écliafuud. La liLerté est la première alliée t de la Ié^limil6 : que celle-ci la mette de son côté, et

• elle peut se rire de toutes les amiiitions conjurées contre ' elle. Cette liberté est aussi, messieui-s, la première ' îùreté de notre existence aristocratique. Les privi-

• Ivges de l'autre Chambre sont la plus forte garantie

• its «dires. Ces Taisenrs de théories qui, dans l'état ac-

• M des micurs, supposentqu'unc Chambre héréditaire

• pourrait se maintenir seule au milieu de la nation et

» remplacer la repré.aentation nationale sont ou les plus lïpugles. ou li>9 plus insensés des hommes. Nobles jsirs, toute révolution venant d'en bas est aujourd'hui hpossible, mais celle révolution peut venird'enbaul, rile peat sortir d'une administration égarée dans ses systèmes, ignorante de son pays et de son siècle. Je

• renferme mes pensées, je contiens mes sentiments, je>

• ne développe rien, je n'approfondis rien, je ne lève

• [wint le voile qui couvre l'avenir ; je laisse ce discours ' incomplet, parce que mon attachement à la légitimité

• irréte et brise mes paroles. Royaliste, je n'hésite ■ imint sur les rangs où je dois me placer aujourd'hui ;

• je demanderais seulement qu'on m'indiquât le poste oi'i Lje devrais consommer mon saerilice si un seul mol de

(harles X ne pouvaîl dissiper les périls et les ténèbres

que l'on a répandus sur la France. Tout ce que je ne dis point ici, messieurs, je désirais le dire à Sa Majesté en la suppliant de m*accorder la douloureuse permission de déposer à ses pieds sea bienfaits. Qui sait ce qu'une voix fidèle, émue, sortant du cœur et des entrailles d'un royaliste, aurait pu produire 1 Cette voix, il ne m*a pas été accordé de la faire entendre. Après le Ro], messieurs, je ne connais pas de juges plus élevés et plus respectables que mes nobles collègues. C'est donc aux pairs de France, aux premiers soutiens du trône que j'ai osé confier une faible partie de mes craintes et de mes sentiments. Les dernières lignes du discours de la couronne ne justifient que trop la triste prévoyance qui m'a obligé d'interrompre une carrière aussi conforme à mes goûts qu'à mes études. Je n'ai point abandonné sans regrets le poste honorable que le Roi m'avait confié. On a pris ces regrets pour du repentir, je le conçois : il y a des hommes qui auraient des remords d'abandonner la fortune. Quant à moi, messieurs, j'étais bien peu fait pour tant d'éclat, d'honneurs et de richesses. Je suis rentré dans mon obscurité comme ces émigrés, mes anciens compagnons d'armes et de souffrances, que je retrouvai sur la route de Gand. Il semblait que l'exil nous était naturel ; nous avions la sérénité de la bonne conscience, la satisfaction du devoir accompli ; nous suivions le Roi. Ne voulant, messieurs, ni repousser le beau travail de votre commission, ni me séparer de ceux de

PISTOIRE DE La RESTAURATIO.N. 2HI

• mes nobles amisqui donncnl leurassenliiutint au projet

• d'adresse par la raison que ce projet n'a rien d'appra- ' bâtir ni de lamlntif, dùsirant aussi ne faire aucune op-

■ position à la iiiajonlii de la Chambre, mais, d'un autre

■ cfltè, ne pouvant m'empûcber de trouver le projet d'a-

■ dresse insuFllsant dans les circonstances graves où nous

■ sommes, ma n^solution est de m'alistcnir de tout vote

■ alio de jîarder à la fois les convenances des liaisons pur-

• kmentairesetde satisfaireàmesscrupulcspolitiques. • Cuinme tous les discours de M. de Chateaubriand, cclui-

à respirait d'un bout à l'autre son absorbante personnalilt'. L'engagement qu'il y prenait, pour le cas ou la lé- Kitimilé viendrait à succomber, delà ramener en moins *iiiii an ou de dresser son propre iVhafaudsi on lui laissait la liberttt d'Écrire, Otaît d'une tîtrange outrecuidance, ijui'lqDes mois spi*^», le trdne légilime devait tomber, le r<^giato Douveau devait doter la France d'une liberté de lu presse qui, dans les premi<^res années surtout, fut *im limiti's ; M. de Chateaubriand devait en user sans ■ mrnagi'ments, et cependant, il na pas relevé le trûne 'lu'il regrettiit, et malgré la violence de son opposition, qndqoes jours d'une prison bien douce lui ont tenu lieu de l'ëchafaud qu'il s'était plu à prévoir.

An commencement de son discours, il avait fait une légère allusion à la destitution d'un fidèle setrifear du rai, M. Donatien de Sesniaisons, frappé pour avoir obéi 4 ta taïT de m conscience. Celui-ci, récemment appelée la pairie par droit d'hérédité, n'était pas présent, mais

son parent, le comte Humbert de Sesmaisons, membre de Textrôme droite, crut devoir protester contre le reproche adressé au ministère, c Au Roi, • dit-il, c appar- » tient le droit de récompenser et de punir; ses fidèles

• serviteurs acceptent avec joie ou se soumettent sans

• murmures. •

Aucun des ministres ne jugea à propos de répondre à M. de Chateaubriand.

L'amiral Verhuell, qui parut ensuite à la tribune, ne parla que de l'expédition d'Alger qu'il jugeait absurde et impraticable. Il chercha à atténuer la gravité de l'insulte faite au pavillon parlementaire de la Provence à l'époque de la mission de M. de La Bretonnière. Il soutint qu'un débarquement était impossible, c En admettant, • dit-il, • l'arrivée sans encombre, sans dispersion de la totalité de la flotte, elle trouvera sur la côte d'Afrique une plage ouverte, sans aucun port, sans aucun abri, où le plus léger mouvement de mer rend toute opération de débarquement extrêmement difGcile, même dans les plus beaux jours de l'été. La brise de mer y survient régulièrement le matin et dure jusque très-tard dans l'après-midi ; la mer brise fortement sur la plage et les rochers et n'est souvent calmée que par les vents de terre du soir ; ainsi, on n'aura que la nuit pour opérer le débarquement. Et qu'on ne perde pas de vue qu'un seul de ces coups de vent qui sont assez fréquents sur la côte do la Barbarie, même au milieu de l'été, peut disperser el mettre à la côte

HISTOIRE DE LA. RESTAURATION. 2;il

tous les bâtiments do transport l'Ucxposer l'araitlie à 1 1 plus affreuse di'tresse. > LCes objections, qui n'étaient que la reproduction do celles qui avaient été présentées, un mois auparavant, im» la grand» réunion des officiers généraux de la marine en présentée du conseil des ministres, furent »pptt)ées par le duc de Broglie. Personne n'y répondit. Cp silence absolu des ministres causa une certaine surprise : les uns y voyaient l'effet du découragement, les aolrcs la preuve du sentiment qu'ils avaient de leur incapacité. Le projet d'adresse, légèrement modifié dans (|uelqnes-une8 île ses expressions, fut voté à l'unanimité moins une voix, celle de M. de Cbateaubriand,

Son discours, publié par tous les journaux libéraux. produisit un grand effet. Les journaux de la droite se li- "iTOit contre lui aux plus violentes inveclives. Suivant l« Quotidienne, il n'avait plus le droit de se donner pour ravaliste. La Ciisette disait que tout ce qu'avait produit w vain apparat, c'était un peu de pilié pour un homme JV' iurmait à aon iUuslmtion. Quanta l'adresse elleniiîme, elle obtint tout à la fois les suffrages des amis et des adversaires du cabinet, ceux-ci y voyant la réfutation ilidirectb du principe des coups d'État par l'appel fait au concours des Chambres pour surmonter les obstacles que pourrait rencontrer le gouvernement, les autres s'at- ' tjclunl de préférence .'i la cbaleureuse revendication des droitsde la couronne insépanlilesdeslibcrté.s publiques, revendication dont le sens, pourtant, él;jit assez équi-

2o2 HISTOIRE DE LA RESTAURATION.

voque. Le ministère, voulut qu*on crût qu'il était satisfait, et il parait qu'il Tétait en effet, apparemment parce qu'il avait craint quelque chose de pire. Lorsque l'adresse fut présentée au Roi, le 9 mars, il répondit que la Chambre avait parfaitement compris et senti la pensée de son discours. € Je compte sur vous, • ajouta-t-il, t comme vous » devez compter sur mon inébranlable fermeté, et j'aime

• à ne pas douter, comme vous m'en donnez l'espérance,

• que les deux Chambres s'uniront à moi pour assurer et

• consolider le bonheur de mon peuple. »

La chambre des pairs, peu favorable, en réalité, à la politique du ministère parce qu'elle la jugerait dangereuse pour la monarchie et les institutions, mais fort éloignée de partager les projets et les espérances de la partie hostile de la gauche, avait fait, pour détourner la crise, pour éclairer le pouvoir, tout ce que lui permettaient sa situation et ce que j'appellerai son tempérament. Quelques personnes, M. Royer-Collard entre autres, ont exprimé depuis le regret qu'en parlant plus clairement elle n'eût pas donné au Roi un avertissement qui l'aurait peut-être arrêté sur la pente fatale où il allait se perdre. Je ne pense pas qu'un tel avertissement eût rien changé au cours des événements. La résolution de Charles X était, depuis longtemps, irrévocablement arrêtée.

En ce moment, d'ailleurs, on n'attachait que peu d'importance à l'adresse de la chambre des pairs. Ce qui préoccupait les esprits, c'était celle que préparait la commis-

IIISTÛIIIE DE LA [lESTADllATIOX. Wl

iioQ de la chambre des députés. Au n)oni<-nL où cettinuintaission avait èlè notninùi', les journaux de la droîlc ^^Taient poussé uncrid'alar[Tie,disant que le jacobinisme. ^^■titrede la rédaction, allait diriger une attaque coupable ^^Hltre U prorogative royale. On pensaitalorsqueM.Êticn- ^ift,rÉdacteurdct'adresscderannéeprécèdentc, serait cette foisfiQcore cliargi d'un travail devenu bien autrement dilTicile. Il n'en fut pas ainsi. M. Roy er-Col lard, comme pfLiident de la Chambre, était membre né de la commission. On aurait désiré lui confier cette l;\che délicate. Il pensa avec raison qu'elle était incompatible avec les 'onctions présidentielles, mais, sur su désignation, on f'tn remit à M. Gautliier que recommandaient à la fois ses fnlimmts royalistes et sa récente conversion à la cause lilf^pale. En se refusant à écrire lui-même l'adresse, '^- Ilover-Collard en fut d'ailleurs l'inspirateur : il en [i^t tontes les idées, toutes les expressions avec une ^rupaleuse anxiété, sans se dissimuler la grave responsj'iilité morale qu'il assumait ainsi. Il croyait que. pour amltcr Charles X courant à sa perte, il fallait lui dire la vérité tout entière, mais il voulait qu'elle lui fût dilD dans le langage le plus grave, le plus respectueui ot le plos monarchique. < Rien, peut-être, ■ disait-il, < ne > sauvera la royauté, mais si elle doit être sauvée, c'est t en la retirant de la voie qui la conduit à l'abîme. • Le public ignorait ce qui se passait dans le sein de la rummission, mais lorsqu'on apprit que c'était M. Gauthier, el DOQ pas M. Etienne, qui serait le rapporteur de l'a-

dresse, quelques royalistes crurent que le parti libéral reculait devant la crainte d'une dissolution, c La mon- » tagne, • disait la Gazette, c enfante une souris, et le • triomphe des idées royalistes est assuré. ■

Le 14 mars il y avait aux Tuileries cette espèce de réception qu'on appelait le Jeu du Roi. Trois des membres de la commission, MM. Dupin, Etienne et Gauthier, s'y rendirent. On remarqua la bienveillance avec laquelle Charles X leur adressa la parole. Bien des gens se hâtèrent d'en tirer la conclusion que l'adresse serait moins hostile qu'on ne l'avait supposé. Tout le monde, pourtant, ne partageait pas cette confiance. Les commissaires, qui gardaient le silence sur leurs délibérations, étaient assaillis de questions. L'un d'eux répondit aux interrogations d'un curieux que l'adresse serait plus raboteuse que celle des pairs. Le ton des journaux libéraux était loin, d'ailleurs, d'indiquer que l'opposition eût renoncé à ses projets.

La commission avait terminé son travail. Le 15 mars, en comité secret, conformément à la loi du temps, elle présenta à la Chambre le projet d'adresse. Plus de 400 membres étaient présents. Tous les ministres assistaient à la séance, à l'exception de M. Courvoisier, qui était malade et dont la parole facile et abondante aurait pu être d'un grand secours pour ses collègues. Le président, au milieu d'un profond silence, donna lecture du projet. Après avoir remercié le Roi de la confiance qu'il voulait bien accorder aux députés des départements, con-

HISTOIRE DE LA RBSTAUll'VTION. 355

liance qu'ils jusliliaient par l'inviolable ildi'llt^» dont ils îDiiiipnt de renouveler le respeclueux liommage el qu'ils »araii>ni justifier encore par le loyal accomplîsaeraenl delear devoir, ta Chambre se fÈlîcilait de la paix rùta- Uleen Orient; elle Taisait des vœux pour que la Grèce troQTât, dans l'avenir que lui assurait b protection de la Fnnce, des garanties d'indi^pendaime, de force et de libellé: elle en faisait aussi pour que le succès des efforts (ODsacréa par les puissances alliées à l'œuvre de réconcilialinn des princes de la maison de Bragance mit un Iwmeaoï maux qui afiligeaient le Portugal, sans porter Jiicinle au principe sacn} de la légitirait<5, inviolable pour la rois Roa ttioins que pour les peuples. Sans exprimer son opinion sar l'expédition d'Alger, elle disait qu'elle at- ■eodrait avec respect les communications que le Roi jugenil sans doute nécessaire de lui faire faire sur un sujet IDÎ louchait à de si grands intérêts, et elle lui donnait l'as^arnDcc que, toutes les fois qu'il s'agirait de défendre la difmité de la couronne et de protéger le commerce frani^ais, il pourrait compter sur l'appui de son peuple autant qQe sur son courage. Elle promettait de s'associer ixec reconnaissance aux propositions qui lui seraient faites pour améliorer le sort dos militaires en retraite, el d'examiner attentivement celles qui auraient trait à l'ordre jadipiairc, à l'administration et à ramortissemenl d« I» dette publique, en s'efforçant de tenir une balance pxacte entre les divers intérêts qui s'y rapportaient. Une orimnifalion équitable et habilement combintH- du crédit

public serail pour la France on paissant moyen de prosl>érité et pour le monarque un nouveau titre à la gratitude de ses peuples, c Mais, i disait ensuite la commission dont la pensée se faisait jour enfin à travers une laborieuse phraséologie, c il est une condition nécessaire

• à l'accomplissement de ce bienfait et sans laquelle il

• demeurerait stérile , c'est la sécurité de l'avenir, fon-

• dément le plus solide du crédit et premier besoin de » l'industrie. Accourus à votre voix de tous les points > de votre royaume, nous vous apportons de toutes parts, » Sire, l'hommage d'un peuple fidèle, encore ému de » vous avoir wl le plus bienfaisant de tous au milieu de

• la bienfaisance universelle, et qui révère en vous le

• modèle accompli des plus touchantes vertus. Sire, ce

• peuple chérit et respecte votre autorité; quinze ans de

• paix et de liberté qu'il doit à votre auguste frère et à » vous ont profondément enraciné dans son cœur la re-

• connaissance qui rattache à votre auguste famille; sa

• raison, mûrie par rexpérience et par la liberté des

• discussions, lui dit que c'est surtout en matière d'au- I torité que l'antiquité de la possession est le plus saint » de tous les titres, et que c'est pour son bonheur au- » tant que pour votre gloire que les siècles ont placé » votre trône dans une région inaccessible aux orages... » Sa conviction s'accorde donc avec son devoir pour lui » présenter les droits sacrés de votre couronpe comme » la plus grande de ses libertés et l'intégrité de vos pré- » rogatives comme nécessaire ù la conservation de ses

HISTOIRE DE LA RESTAURATION. 2o7

droits. Cependant, Sire, au milieu des sentiments unanimes de respect et d'affection dont votre peuple vous entoure, il se manifeste dans les esprits une vive inquiétude qui trouble la sécurité dont la France avait commencé à jouir, altère les sources de sa prospérité et pourrait, si elle se prolongeait, devenir funeste à son repos. Notre conscience, notre honneur, la lidélilé que nous vous avons jurée et que nous vous garderons toujours nous imposent le devoir de vous en dévoiler la cause. Sire, la Charte que nous devons à la sagesse de votre auguste frère et dont Votre Majesté a la ferme volonté de consolider le bienfait consacre comme un droit l'intervention du pays dans la délibération des intérêts publics. Cette intervention devait être, elle est en effet indirecte, sagement mesurée, circonscrite dans des limites exactement tracées etque nous ne souffrirons jamais que Ton ose tenter de franchir; mais elle est positive dans son résultat, car elle fait du concours peimanenl des vues politiques de votre gouvernement avec les vues de votre peuple la condition indispensable de la marche régulière des affaires publi(iues. Sire, notre lovauté. notre dévouement nous condamnent à vous dire que ce concours n'existe pas. Une défiance injuste des sentiments et de la raison de la France est aujourd'hui la pensée fondamentale de l'administration ; votre peuple s'en afflige parce qu'elle est injurieuse pour lui, il s'en inquiète parce qu'elle est menaçante pour ses libertés. Cette défiance ne saurait approcher

• de votre noble cœur. Non, Sire, la France ne veut pas > plus de Tanarchie que vous ne voulez du despotisme;

• elle est digne que vous ayez foi dans sa loyauté comme

• elle a foi dans vos promesses. Entre ceux qui mécon- » naissent une nation si calme, si fidèle et nous qui, avec

• une conviction profonde, venons déposer dans votre » sein les douleurs de tout un peuple jaloux de l'estime

• et de la confiance de son roi, que la haute sagesse de » Votre Majesté prononce ! Ses royales prérogatives ont

• placé dans ses mains les moyens d'assurer entre les » pouvoirs de TÉtat cette harmonie constitutionnelle,

• première et nécessaire condition de la force du trône » et de la grandeur de la France. »

Ainsi se terminait le projet d'adresse. L'habileté de la forme ne suffisait pas pour déguiser ce qu'il avait d'hostile et d'agressif. C'était bien évidemment une sommation de changer le ministère ou de dissoudre la Chambre pour faire un appel à la nation. La lecture de ce document jeta dans l'assemblée une extrême agitation. Avant d'ouvrir la discussion, elle voulut l'entendre une seconde fois. Puis, un des membres de la droite, M. de Lépine, prit la parole. A son avis, les circonstances qui avaient précédé l'ouverture de la session n'autorisaient nullement le langage que Ion proposait de tenir à la couronne. La Chambre n'était pas et ne pouvait se rendre solidaire des excès de la presse qui avait profité de son absence pour affliger la royauté par une manifestation d'ingratitude quo les mandataires de la nation devaient s'empresser de

niSTOIHE DE LA RESTAUHATIOiN. 239

d^Toner et de condaniDcr. Après avoir adjuré ses colli'gues de ne pas entrer dyns les voies cfTrayanlcs que huit mois de licence et do fermentatien semblaient avoir frayées devant eux, M. de Lôpine s'attacha à dissiper les f>révcntions répandues par la presse libérale contre les hommes de la droite. • Oui, messieurs, » dît-il, « nous

• voulons l'entière esécution de la Charte, nous voulons

■ les libertés publiques; il n'y a que les fausses inler-

• prétations que l'on voudrait donnera notre acte consli- ' lutlonnel qui puissent nous effrayer. Loin de nous

> sentir emportés par l'esprit rétrograde comme on le

■ prétend, loin de désirer le pouvoir absolu, nous som-

• mes aussi fiers qu'aucun de nos adversaires de ce que ' I'' irûne nous a iugés dignes de participera sa puissance

■ législative. Ces libertés, dont on nous dit les ennemis,

> nous sont d'autant plus chères que nous savons les ' envisager sous le point de vue qui les rend honorables ' et glorieuses; nous y voyons une de ces hautes mar-

• que! d'eslime qui ne s'accordent qu'aux nations éclai- ' rées, sur la sagesse et le bon esprit desquelles les sou- ' verains peuvent se reposer. Aussi, ne craignons-nous

• rien tant que de les voir compromises par l'abus qu'en ' ferait une odieuse ingratitude. Nous sentons que plus

• la royauté nous a jugés dignes de participer S sa puis-

• sanre législative, plus notre honneur est engagé à ce

■ qu'elle n'ait point à se repentir de s'être trop pressée

• de nous estimer. Nous croyons,., que le moyen d'ob- ' tenir davantage n'est pas d'agir de manière h prouver

-i60 «ISTOIBE DE LA RESTAURATION.

qu'on m»Titnrait moins. Parmi nouii. m«?^&if*ar5. U i»t an ftoint de doctrine am'C»'' invarinhlement : cesC (pu personne ne peut donner ce qa'il n'a pas et ([ae« par conséquent, la souveraineté' ne >e confère pa» au sitp.'*rieurs par les inférieurs. Nous considémoâ les prétentions de ce genre comme des perturbations fimesles qoi tendent à replonger la société dans le chaos. Je ne suis point obligé de connaître l'enchainemeiit des causes par lesquelles le ciel gouvemi? la terre: il me suTlit de savoir que, si l'autorité n'arrivait au\ princes que par les sujets, les princes n'auraient pas d'autorité, de même que, si la ju>tice n'avait de mission que par les justiciables, elle n'aurait point de mission. Cntin. je ne pais me figurer une autorité paternelle constitarv par les enfants et tirant son origine de leur consentement... Non, ce n'est pas ainsi que le droit de régir les familles et les nations a pu s'y former: il descend de plus haut. Les usurpations de pouvoirs sont des châtiments pour les peuples; ne les appelons pas sur nous [»ar notre faiblesse... Je vois dans l'adresse qoi vous est soumise un germe de destruction pour les libertés publiques, et je vote contre elle. Je vote contre elle parce qu*(;llecontient uneatteinte formelle au droit du Iloi de choisir ses ministres, parce qu'elle est une violation de la Charte qui déclare que l'administration du royaume ap[)artient au monarque et parce qu'elle serait le renversement du gouvernement dans lequel nous vivons.

La théorie que M. de Lépinc venait de développer et qui était celle de beaucoup de membres de la droite, bien qu'ils l'eussent rarement énoncée avec cette netteté, faisait de la royauté un pouvoir tellement dominant que les autres pouvoirs n*auraient eu d'autres droits que ceux quelle aurait jugé à propos de leur accorder. C'était transformer étrangement la charte constitutionnelle.

M. Agier, représentant de ce qu'on appelait la défection, répondit à M. de Lépine. On l'écouta avec d'autant plus d'attention que le vote de cette partie de la Chambre devait décider du sort de l'adresse. Il se prononça pour le projet qui lui paraissait concilier convenablement les devoirs de la Chambre envers le Roi et envers le pays. La Chambre avait un devoir impérieux à remplir, celui de dissiper les craintes dont on obsédait le trône par la menace d'une révolution et celui de calmer les inquiétudes dont on tourmentait le pays par la menace du pouvoir absolu. Quelques intrigants appelaient une catas-» Irophe dont ils pourraient profiter personnellement, mais la grande majorité de la nation désirait l'ordre et le calme, afin de pouvoir continuer à jouir des institutions qu'elle tenait de la justice et de la bonté de ses rois. L'orateur ne se dissimulait pas la déconsidération et I affaiblissement du pouvoir, mais il les expliquait par le mauvaischoix desesagcnts, par les intrigues ambitieuses, les calomnies quotidiennes des journaux et des écrivains ministériels qui insultaient la magistrature et la Chambre elle-même, sans que le ministère public parût s'en

préoccuper. Il cita particulièrement le pamphlet dans lequel M. Madrolle proposait de changer la forme du gouvernement et la Charte constitutionnelle, ce contrat synallagmatique que personne ne pouvait songer à violer sans exposer le pays aux plus grands périls, c Eh quoi! § s'écria-t-il, t ce sont les excès du pouvoir absolu qui nous ont rendu la légitimité, et ce serait par ces mêmes excès qu'on voudrait nous la ravir encore ! Qu'on juge donc quels sont ses véritables amis, ou de ceux qui veulent le maintien du régime légal, ou de ceux qui appellent le régime des ordonnances! Vous voulez, est-on en droit de dire à ces derniers, vous voulez la monarchie avec ce qui peut éloigner d'elle, avec ce qui peut la faire vivre faible, vacillante pendant quelques jours, c'est-à-dire avec l'absolutisme, et nous, nous la voulons avec ce qui peut la faire aimer, avec ce qui peut la faire vivre forte, puissante et à jamais, c'est-àdire avec la Charte. • M. de Conny, qui parut ensuite à la tribune, y porta l'expression des passions de l'extrême droite. Son discours fut un véritable réquisitoire contre ce qu'il appelait la faction révolutionnaire et contre les périls qu'elle amassait sur la France. Il aurait cru manquer à un devoir sacré en ne les signalant pas dans les circonstances si graves où l'on se trouvait. Il montra cette faction puissante, existant dès le commencement de la Révolution, poussant jusqu'au délire la haine des rois, marquant son triomphe par le crime du 21 janvier et reparaissant au

niSTOIRE DK LA HESTAl]n*T10N. 2(13

30 mars pour consacrer de nouveau le dogme de la souivraineW populaire, pour proscrire une seconde fois cette rojale maison h laquelle la France devait tout. • Cette

> faction,* dit-il, ■ n'a jamais dissimulé ses principes... ■ Vainement voudrail-elle dissimuler ses desseins, la

> conscience publique lui arrache le masque hypocrite

• dont elle veut les couvrir; désormais, les illusions

< ront impossibles, ses défenseurs sont ses complices. I Cependant, c'est nous qui paraissons comme accusés;

■ c'est à nous qu'on ne cesse de dire que nous conspirons

■ contre la liberté de notre pays... Dussent les cris de.s

• [tassions tromper l'opinion contemporaine, nous nous

• présentons sans crainte â l'avenir; il dira qui a mieux ' servi la cause du pajs et de la liberté, de nous ou de

■ nos adversaires... > S'attaquant ensuite aux associalions formées pour le refus éventuel de l'impôt, • aucune

■ monarchie, > dit M. deConny, « ne nous semble pos-

• sible avec les principes qui surgissent au cœur de la ' société; la résistance par association est subversive de

• Ions les principes de gouvernement... Le droitd'asso-

■ fialion politique s'exercant en dehors de tous les pou- ' 'oirs de la société ne peut exister sans porter atteinte

• ïuprîncipe de l'autorité monarchique. Nous nediscute- > rong point iri quelles furent les secrètes pensées de ceux ' qui ont participé à ces actes... mais nous devons pro-

■ clamer hautement que de tels actes... sont un outrage

< lia royauté,... sont le renvei.sement de tout ordre • social,... que si, en présence de telles doctrines et de

tels faits, l'auloritù restait impassible, tout serait perdu, la foi à la royauté serait atteinte et ranarcliic serait constituée. Dans des temps où on parle sans cesse de contre-révolution, où nous sommes désignés sous le nom de contre-révolutionnaires, nous devons nous expliquer sans détour. La France doit savoir ce que nous sommes, et d'abord, j'ai besoin de le dire, si, pour être contre-révolutionnaire, il faut combattre les principes de la révolution, vouer ses crimes à l'exécraliondes siècles, j'ai été, je suis, je serai contrerévolutionnaire;... je prendrais pour alTront qu*on en puisse douter... La contre-révolution a été faite en France le jour où l'anliijue famille de nos rois nous fut rendue. Nous sommes donc contre-révolutionnaires, car nous avons béni cet lieureuv retour. F^a France entière est contre-révolutionnaire, car elle veut Tordre, le repos et ses libertés; elle sait que ces biens précieux disparaîtraient dans un commun naufrage si de nouvelles révolutions jetaient le vaisseau de l'Ftatà travi*rs les régions des tempêtes... Mais, si vous êtes contrerévolutionnaires, vous voulez, nous demandc-t-on, le retour de l'ancien régime... Xon, nous ne le voulons pas, car il est impossible : nous ne voulons pas ce que le temps a détruit sans retour... Nous acceptons les formes nouvelles de notre gouvernement; la Charte (»st l'œuvre de notre roi, et, à ce titre sacré, la Charte a re(;u nos serments: nous nous inclinons devant clk\ car elle est une émanation royale. Toute conspiration

contre la rovauté est un attentat envers la Charte. Au 20 mars, nous fûmes ses défenseurs, mais la rôvolulion fut victorieuse, et la Charte disparut avec les Bourbons. Proclamons-le hautement, messieurs, les pouvoirs de la société n'ont point reçu la mission de se traîner en esclaves au char de cette nouvelle puissance que Ton décore du nom d'opinion publique. Loin d'être subjugués par elle, ils doivent, par leur habileté, savoir lui inspirer une direction grande, noble H généreuse. Si le pouvoir s'abaissait à ramper en esclave aux pieds de cette puissance, il ne serait plus pouvoir, il serait sous le joug du plus honteux servage... ; il aurait méconnu sa noble destination, car il cesserait d'exercer sur les pcuplv^s une action morale. Succédant à tant de ministères qui, depuis quinze ans, ont paru sur cette scène si agitée et si mobile, une {îrande mission est imposée au ministère du 8 août... C'est l'œuvre de la Restauration qu'il s'agit de consolider; ce sont les bienfaits promis au pouple qu'il faut réaliser; c'est l'esprit de faction qu'il faut combattre cl détruire; c'est un vaste système d'enseignement fondé sur l'accord éternel de la religion, des sciences et des lettres dont il faut doter la France; c'est l'arbitraire et le dcs[>otisme de la République et de l'Kmpire qu'il faut extirper de nos codes et de nos lois; c'est un .\vslème de recrutement militaire qui ne fasse plus peser sur le peuj)le de nos cam[»agnes ce poids écrasant qui ne rappelle que trop la coasi'riptio'i d; riv.npir»

26tf HISTOIRE DE LA RESTAURATION.

qu'il fauteffacer de notre législation... Il faut... par des institutionsenharmonieavecles besoins du temps et les destinées de la France, réunissant les divers éléments dont se compose la puissance aristocratique, créer des intérêts qui la défendent et rendent à nos provinces cette vie morale dont elles sont privées... L'aristocratie ne peut être puissante qu'autant qu'elle réunira dans un faisceau les divers éléments de supériorité qu'une société renferme dans son sein: le problème à résoudre est dans la combinaison de ces éléments divers qui doivent imprimer à cette puissance un caractère essentiellement populaire, car elle sera vouée à la défense des intérêts généraux de la société. Les peuples reconnaîtront do plus en plus, alors, que toutce qui accroît les forces de la monarchie accroît le bien-être des conditions même les plus inférieures, et qu'en définitive tout ce qui est monarchique est essentiellement populaire. Si le ministère qui a été formé le 8 août marchait dans les voies de celui qui l'a précédé, ses destinées sonlécriles, il ne pourrait y échapper... Les ministres qui sont tombés le 8 août ne sont tombés que parce qu'ils n'ont pas compris les conditions du pouvoir; ils ont tenu d'une main timide le gouvernail, et le gouvernail s'est brisé entre leurs mains. » M. de Conny, après avoir ainsi exposé tout un plan de contre-révolution qui, pour ne pas tendre précisément au rétablissement de l'ancien régime, n'en était pas moins chimérique dans l'état des mœurs et des esprits, rappela tout ce

IIISTOIRK DE LA riESTAUBATION.

li lui st<mblait devoir recommander M. de Polign^i

connance du mocarqno etdesroyalisles, son 6migration, l( rourage et la giin^Tosité donL il avait fait preuve dans I] cODKpiralion da 1804, la lonfi^ue captivité qui en avait t'iè la suite, et il annonça l'inlontioa de voter contre lu projet d'adresse dont les derniers paragraphes l'avaient IH'iiéln^ de douleur.

U travail de la coinmiasionfut, au contraire, défendu priin député de l'Isère, M. Félix Faure, qui. déclara i|D^ sans préventions contre les conseillers de la courooQi.', il no pouvait pourtant s'empêcher de partager la iiiSinceuniverselledontilsétaientrobjet. Cette méliance, il l'eipliqua par l'audace avec laquelle des journalistes, wuliens exclusifs du cabinet et évidemment encouragôs ifiT lui, qualiliaient de simple ordonnance toujours ré- >ocible la Charte constitutionnelle, par l'aversion non ■i^guis^; qu'inspiraient au:( ministres la loi sur la presse, qui n'était que le développement d'un des articles de c«Ue Charte, et la loi des élections dont le but unique tli'n in rendre la fraude impossible, enfin, à défaut ti'icles plus signilicatifs, par les choix et les faveurs l'nxligaés depuis le 8 août. \ do tels indices, on ne pou- ™i manquer de reconnaître l'existence d'un système hostile aux libertés publiques.

On était impatient de voir paraître à la tribune un des membres du cabinet. Le ministre de l'intérieur, .V. do JUoulbel, s'y présenta le premier. Il se lit un grand silence. < Si l'on jugeait, • dit-il, • de l'état de la

France par les tableaux désastreux qu*on se plaît â tracer chaque jour, ne penserait-on pas que le peuples gémit sous un dur esclavage, que ses droits sont mè— connus, qu1l est sacrifié aux caprices de l'arbitraire, que la plus insigne injustice dicte tous les actes dv pouvoir, que les sources de la prospérité publique tarissent devant les excès du despotisme?... Qu'y a-t-i/ d'exact dans de semblables déclamations ? La paix publique n*est troublée que par les cris de la licence qui, chaque jour, proclame l'anéantissement de la libellé. Il y a plus de vérité qu'on ne pense dans ces étranges clameurs. Quand la voix de la licence se fait entendre, la liberté est menacée. Que devient, en effet, la liberté de rhomme de bien ([u'opprime la calomnie, de l'administrateur dont on incrimine les intentions les plus pures, dont on s'attache à paralyser l'action, dont on s'étudie à anéantir l'influence? Mais si le mal n'existe pas réellement, nous dit-on, du moins la crainte du mal est réelle, et cette crainte est née avec un ministère que nous accusons de s'interposer entre le Roi et le peuple. Oui, messieurs, en effet, interposés entre le Roi et le peuple, nous avons été les dispensateurs des bienfaits inépuisables du monarque à la population reconnaissante dont nous lui avons rapporté les hommages cl les bénédictions. Et tandis qu'un hiver rigoureux faisait peser tant de maux sur la France, nous avons eu à signaler au Roi un peuple entier offrant le louchant spectacle de la bienfaisance la plus active et

(lu malheur le plus résigné; partout, au milieu des plus cruelles privations, l'ordre, la sagesse, le respect des lois et de Tautorité rovale à côté des déclamations forcenées de quelques hommes qui, au sein des jouissances du luxe, s'irritent de je ne sais quel malheur qu'enfante leur infatigable imagination. Ceux-là seuls sont coupables de séparer le Roi de son peuple, qui, sans cesse, cherchent à égarer l'opinion publique par les assertions les plus odieuses,... qui s'efforcent d'entraîner une population fidèle dans une association coupable,... nouvelle loi des suspects, qui n'est pas dirigée contre les seuls ministres, car la supposition dune ordonnance illégale n'entraîne pas seulement l'idée d'un contreseing responsable. Elle calomnie cette main auguste que le peuple ne connaît que par les bienfaits qu'elle répand. Telles sont, messieurs,... les manœuvres que le Roi a signalées dans son discours;... tels sont les obstacles que le Roi trouvera la force de surmonter en s'appuyant sur la juste confiance, sur l'amour de son peuple, sur la coopération qu'il n'aura • pas vainement demandée aux pairs et aux députés de » la France. » M. de iMontbel rappela ensuite que le ministère avait démenti dans le journal officiel les doctrines qu'on lui prétait; que le mémoire an Roi do Af. Madrol le aussi bien que le Drapeau blanc avaient été l'objet de poursuites judiciaires; puis, abordant le côté le plus délicat de la question, c sous les formes d'un lant gage respectueux,... » dit-il. • on exige du Roi la ré-

vocation de ses ministres...; mais a-t-on réfléchi aux résultats nécessaires (l'une semblable exigence? Ne voit-on pas combien on menace ainsi les institutions elles-mêmes dans leurs dispositions les plus essentielles? Que deviendraient, en effet, les articles 13 et 14 de la Charte? où serait Tindépendance du pouvoir exécutif, que resterait-il de Tautorité royale ? Le Roi, renonçant à la liberté du choix de ses agents, recevrait désormais les ministres que lui imposerait la majorité des Chambres. En cas de désaccord entre elles, à laquelle devrait-il obéir? Ainsi, une seule Chambre absorberait les deux autres pouvoirs législatifs... Est-ce là l'espritdenos institutions? • A l'appui de son argumentation, M. de Montbel cita un passage d'un discours prononcé en 1816 par M. Royer-Collarf qui, préoccupé, alors, du désir d'opposer une digue aux empiétements de la Chambre introuvable, avait affirmé que le;oMr où le gouvernement n'existerait que par la majorité' de la Chambre et où il serait établi en fait quelle peut repousser les ministres du roi, c en serait fait y non-seulement de la Charte, mais de cette royauté indépendante qui avait

protégé nos pères et de laquelle seule la France avait reçu tout ce quelle avait jamais eu de liberté et de bonheur, que ce jour-là on serait en république, t Quant à nous, mes-

• sieurs, » dit en finissant M. de Montbel, • il ne sau- » rait nous être indifférent de ne pas obtenir votre appro- » bation ; il nous importe encore plus de ne pas vous

• donner le droit de nous refuser votre estime. Nous ne

> nous dissimulons pas toute la diflicullfi de nos de- • Toirs, mais, convaincus de leur importance, nous sau- ' rons les accomplir. A des outrages que noua ne pro- » Toquerons Jamais, à des attaques que nous n'avons pas

• méritées, nous n'opposerons que la loyauté de notre

• conduite. Celui dont le pouvoir a créé notre existence

• a seul droit de l'anéantir; tant qu'il le jugera conve- » nahle, nous resterons dévoués à son service. Rien ■ n'ébranlera notre résolution, rien ne saura lasser notre » constance. On ne nous verra pas, abandonnant le poste

• que le Roi nous a confié, répondre par une lâclieté i» > l'honneur que nous avons reçu de lui. ■

Ce discours élaitécrit, en sorte qu'on devait y voir le minifeste du ministère plutflt que l'opinion personnelle i'nn de ses membres. Il établissait nettement la situation en prouvant que les ministres étaient résolus à ne pas «retirer, quelque fût le vote de la Chambre. Le cfllé ^it laccaeillit avec les témoignages d'une vive satisfulion. M. Benjamin Constant y répondit par une impro- Tisalion dans laquelle, après s'être elTorcé de justifier l'opinion exprimée par M. Roycr-Collard dans des cirtOnstances bien dilTérentes de celles ofi l'on se trouvait, il essaya de démontrer que le projet d'adresse n'avait rien d'injurieux ni d'attentatoire à la prérogative royale. ' Eli quoi t > dit-il, • attaquons-nous celte prérogative

• en signalant la défiance qui règne dans le pays et

• en exprimant des vœux pour que les causes de celte

• défiance, disparaissent ? Nous ne disons pas que les mt-

vocation de ses ministres...; mais a-t-on réfléchi aux résultats nécessaires d^une semblable exigence? Ne voit-on pas combien on menace ainsi les institutions elles-mêmes dans leurs dispositions les plus essentielles? Que deviendraient, en effet, les articles 13 et 14 de la Charte? où serait Tindépendance du pouvoir exécutif, que resterait-il de l'autorité royale ? Le Roi, renonçant à la liberté du choix de ses agents, recevrait désormais les ministres que lui imposerait la majorité des Chambres. En cas de désaccord entre elles, à laquelle devrait-il obéir? Ainsi, une seule Chambre absorberait les deux autres pouvoirs législatifs... Est-ce là l'esprit de nos institutions? » A l'appui de son argumentation, M. de Montbel cita un passage d'un discours prononcé en 1816 par M. Royer-Collard qui, préoccupé, alors, du désir d'opposer une digue aux empiétements de la Chambre introuvable, avaitaffirmé que le;otir où le gouvernement n existerait que par la majorité de la Chambre et où il serait établi en fait qu'elle peut repousser les ministres du roi, c* en serait fait , non-seulement de la Charte, mais de cette royauté indépendante qui avait

protégé nos pères et de laquelle seule la France avait reçu tout ce quelle avait jamais eu de liberté et de bonheur, que ce jour-là on serait en république, t Quant à nous, mesi sieurs, > dit en Finissant M. de Montbel, c il ne sau- » rait nous être indifférent de ne pas obtenir votre appro- » bation ; il nous importe encore plus de ne pas vous » donner le droit de nous refuser votre estime. Nous ne

■ nous dissimulons pas toute la difliculti' de nos de-

■ Toirs, mais, convaincus de leur importance, nous saa-

• rons les accomplir. A dos outrages que nous ne pro-

■ Toquerons jamais, à des attaques que nous n'avons pas

■ mèrilôcs, nous n'opposerons que la loyautô de notre

• conduite. Celui dont le pouvoir a créé notre existence

■ i seul droit de l'anéantir ; tant qu'il le jugera conve-

• nable, nous resterons dévoués à son service. Rien

• D'èliranlera notre résolution, rien ne saura lasser notre

• constance. On ne nous verra pas, abandonnant le poste

• que le Bol nous a confié, répondre par une hUlieté à > l'honneur ijue nous avons reçu de lui. •

Ce discours était écrit, en sorte qu'on devaity voir le mmircste du ministère plutilt que l'opinion personnelle <l'Dnde ses membres. Il établissait nettement la situation en prouvant que les ministres étaient résolus à ne pas «retirer, quelque fût le vote de la Chambre. Le cOté droit l'accueillit avec les témoignages d'une vive satis- ^clion. M. Benjamin Constant y répondit par une impro- 'iation dan* laquelle, après s'être efforcé de justifier l'epiaion exprimée par M, Royer-Collard dans des circonstances bien dilTérentes de celles où l'on se trouvait, il essaya de démontrer que le projet d'adresse n'avait rien d'injurieux ni d'attentatoire à la prérogative royale. > Eh quoi! » dit-il, ■ attaquons-nous cette prérogative ■ en signalant la défiance qui règne dans le pays et

• en exprimant dos vœux pour que les causes de celte

• défiance, disparaissent? Nous ne disons pas que les mi-

nisires doivent se retirer parce qu'ils excitent la défiance du pays, nous disons que Taccorddoit exister entre les pouvoirs et qu'il importe de le rétablir. La royauté a dans les mains une ressource constitutionnelle dont elle peut user, c'est la dissolution. Ln Chambre dit que de tristes antécédents rohligent ù ne se point confier aux ministres actuels. La sagesse ro}ale choisira entre les députés et les ministres : nous n'attaquons pas la prérogative royale, nous demandonsqu'ellerétablisse l'harmonie entre les pouvoirs, ou en renvoyant les ministres, ou en enappclanlâ cette nation à laquelle M. le ministre de l'intérieur lui-mOme vient de rendre un juste hommageen disant que partout les lois et l'autorité royale sont respectées et ohéies. Le ministère actuel a fait peu d'actes, je l'avoue; mais cette absence d'actes même est, à mes yeux, l'un de ses torts: au milieu d'une nation active dont toutes 1rs facultés politiques et industrielles demandent à se développer, cette immobilité est une faute grave... D'ailleurs, dans le petit nombre d'actes qui lui appartiennent j'aperçois une tendance dont noussommes alarmés à bon droit. Vous rappellerai-je, messieurs, les encouragements, les faveurs prodigués à tous ceux qui parlent de bouleverser nos institutions, à ces journaux semi-onicicis qui ont insulté aux majorités, qui n'ont cessé de dire qu'il fallait sauver la monarchie sans elle, malgré elle. » et cela, tandis que de rigoureuses poursuites étaient » chaque jour dirigées contre les organes de l'opposi-

• lion?... De là, messieurs, la défiance quî environne » le ministère; de là, ces associations qu'on a qualifiées

• de coupables; elles sont la déclaration que, dans toutes » les circonstances, nous n*obéiron$ qu'à la Charte...

• Oai, messieurs, nous et tous les citoyens qui prendront

• conseil de nous, nous ne paierons aucun impôt qui

• n'aura pas été voté conformément à la Charte, et par

• là, nous rendrons service à la liberté et à la dynastie, » à la dynastie que ne cessent de compromettre ses im- > prudents amis. >

M. de Guernon-Ranville prit ensuite la parole. Sa Wfhe n'était pas facile. De tous les ministres, c'était IH?ul4llrc alors le plus opposé aux idées de coup d'État ft de violation de la Charte. Entraîné pourtant à défendre une politique qui conduisait presque nécessairement ide tels résultats, il le fit avec une chaleur, une exagération qui tenaient peut-être à ce qu'il se sentait mal à Taise dans un tel rôle. Dès les premières paroles, il souleva un violent orage en disant que la prérogative royale serait compromise si l'on admettait l'espèce de sommation faite au Roi de choisir entre ses ministres et la Chambre. On demandait son rappel à l'ordre, mais le président déclara que la traduction plus ou moins inexacte d une phrase du projet d'adresse ne pouvait motiver une lelle mesure. M. de Guernon-Ranville, reprenant avec plus de véhémence le thème déjà développé par M. de IfontbeK soutint qu'aux termes et dans l'esprit de la Cbjrte liM'hefdt' IKtat av.iit un droit exclusif pour le \x 48

choix de ses ministres, des dépositaires de sa confiance : que les Chambres, pouvoir essentiellement législatif, n'avaientaucune action dans l'administration réservée tout entière au souverain: que sans doute, parle vote des lois, elles exerçaient une immense influence sur toutes les parties de cette administration: qu'elles pouvaient aussi exercer une grande influence sur l'existence des ministres puisqu'en rejetant les lois proposées elles pouvaient mettre le chef de l'État dans la nécessité ou de changer ses conseillers, ou de briser une majorité hostile, mais que ce n'était pas par cette voie indirecte et légale que le projet d'adresse invitait les Chambres à intervenir dans ce que l'action du gouvernement avait de plus intime : quon proposait de dire au pouvoir royal : t choisissez entre nous et vos ministres; nous ne connaissons pas leurs doctrines, nous ignorons leurs principes en matière de gouvernement, leur aptitude nous est inconnue; n'importe, nous décidons qu'il y a incompatibilité entre eux et nous; nous ne voulons ni les entendre, ni examiner les lois qu'ils nous proposeront dans l'intérêt du pays ; un seul intérêt nous domine en ce moment , celui d'éloigner des hommes qui nous sont antipathiques. • Le jour où la couronne se laisserait ainsi dominer par les Chambres, où de pareilles injonctions pourraient être faites et reçues, la monarchie constitutionnelle aurait cessé d'exister; l'anarchie la plus violente recommencerait ses sanglantes aberrations. M. de Guernon-Ranville évoqua, à l'appui de ses doc-

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trines et de ses tristes prtWisions, les témoignages de l'histoire. Il rappela d'un côtô Georges III, sauvant TAngleterre en refusant de sacrifier Pitt à la chambre des communes, qui demandait son renvoi, de l'autre les sanglantes conséquences de la pieuse faiblesse avec laquelle Louis XVI avait cédé à ce qu'on lui présentait comme l'expression d'un vœu national. Arrivant enfin aux quesions de personnes, t quiconque, » dit-il, t étranger aux derniers événements, apprendrait que la Chambre déclare auRoi qu'il ne peut exister entre elle et les ministres ce concours de vues si nécessaire à la marche régulière des affaires publiques ne manquerait pas de conclure d'une telle déclaration que les ministres ainsi stigmatisés se sont rendus coupables de quelque crime attentatoire aux droits de la nation ou que leur mode d'administration tend à compromettre les libertés et la prospérité publiques. Il n'en est rien, cependant : aucune accusation ne s'élève à cet égard...; les membres mêmes de la commission qui déclarent l'impossibilité du concours ne peuvent alléguer aucun fait... de nature à éloigner des ministres dénoncés la confiance de la nation... Les signes les moins équivoques attestent que jamais les libertés publiques et individuelles ne furent plus respectées. Marchant dans toute sa force et avec une indépendance qui, souvent, approche de la licence, la presse a secoué toute espèce d'entraves... Les sources de la prospérité publique semblent s'élargir chaque jour... les impAtsqui, parleur nature, sont

les symptômes irrécusables de cette prospérité, acquiè renl un accroissemeut de produits remarquable. Le crédit public se développeet se fortifieau delà de ce qu'on avait droitd'cspérer... Dansun tel état de choses, à quelles marques pourrait-on reconnaître que lesministresdu roi sont indignes de votre confiance etontcessédeméritei celle du Roi et de la nation? Aucun indice de celte nature n'existe, et votre commission qui Va reconnu s>st bien gardée d'alléguer des faits, mais elle s'est jetée dans une étrange hypothèse; elle nous a supposé des sentiments qui... sont bien loin de nos cœurs. > Le ministre, appelant l'examen le plus sévère sur sa vie publique et privée comme sur celle de ses collègues, accepta en leur nom comme au sien toutes les conséquences qu'on voudrait tirer de leurs antécédents. Il se plaignit de ce qu'on les accusait, sans au^'une preuve, de se défier des sentiments du pays, c Non, > dit^il, c nous n'éprouvons pas celle injuste défiance, nous savons ce que veut la France. C'est une doctrine parlementaire que le discours de la couronne est une manifestation des pensées du gouvernement. Les rédacteurs de l'adresse, ceux qui nous accusent d'une coupable défiance des sentiments de la France, auraient-ils sitôt oublié cette franche déclaration du Roi, qu'au besoin il puiserait la force de protéger les libertés publiques dans la juste confiance des Français et l'amour qu'ils ont toujours manifesté pour leurs rois?... Telle est, messieurs, noire opinion sur les sentiments et la raison de la

France; tel est rhommage que nous rendons à notre loyale nation, si digne des libertés qu'elle reçoit du pouvoir légitime et... qu'elle saurait défendre avec une égale constance contre les violences de l'usurpation et contre les perfides caresses de ses faux amis. Loin de nous donc Todieuse imputation que nous fait le projet d'adresse.... Après nous avoir absous d'une accusation évidemment injuste, vous déciderez., s'il vous convient de déclarer à la face de la France que vous voulez en son nom refuser votre confiance à des hommes auxquels l'opposition la plus violente ne peut reprocher que d'avoir obtenu la confiance du monarque. Quelle que soit votre délibération, nous vous devons une franche et loyale déclaration de nos intentions. Appelés au timon des affaires par la volonté du Roi, nous ne l'abandonnerons que par les ordres du Roi. Nous nous présentons au milieu de vous la Charte à la main; fidèles aux loyales inspirations du père de la patrie, nous marcherons invariablement dans les voies constitutionnelles; ni les outrages, ni les menaces ne nous feront dévier de cette ligne que nous tracent l'honneuret le devoir.... Si, par faiblesse ou par erreur, nous étions assez malheureux pour conseiller au Roi des mesures de nature à compromettre l'indépendance de sa couronne ou les franchises nationales, la réprobation de nos concitoyens, la sévérité des Chambres feraient promptement justice de ces coupables écarts; nousacceptonssansréservc toute cette responsabilité...»

n^ HISTOIRE DE LA RESTAURATION.

Les applaudissoinents de la droite avaient éclaté â plusieurs reprises pendant ce long discours dont la péroraison fut a'.vueillie par des acclamations enthousiastes. M. Dupin se chargea de le réfuter. Il expliqua U pensée de h commission dont les intentions lui paraissaient avoir été mal saisies et les expressions durement traduites par les ministres et leurs amis. Suivant lui, la base fondamentale du projet d'adresse, Tidée qui en ressortait, c'était une profonde vénération pour la personne du Roi et pour cette race antique des Bourbons dont les droits étaient fortifiés par des siècles de possession; la légitimité n'était pas seulement une vérité légale, mais une nécessité sociale qui était, dans tous les bons esprits, le résulUitde lexpérience et de la conviction. Mais, il fallait le reconnaître, au milieu du respect et du dévouement univei-selb des citoyens, il existait une vive inquiér tude qui. si elle se prolongeait, pouvait troubler le repos du pays. Elle avait sa source dans la défiance injuste que l'administration nourris^ait contre la France et qui perçait jusquL' dans le discours que les ministres avaient suggéré au Roi. et dans la déliance réciproque que la France avait roarue contre les hommes à qui cette administration était en ce moment confiée. 11 n'existait aucune sym[\alhie entro le mini^tè»reet les représentants du pays. Ce n'était point un procès fait aux personnes. L offre de M. de Guernon-Ranville, de livrer sa vie publique et privé.' et celle de ses collègues au plus sévère examen, devait être repoussée, elle n'était pas parle-

mentairc. La commission s'était attachée aux principes mômes du gouvernement constitutionnel, qui faisaient du roncours des deux Chambres avec le ministère la condition indispensable de la marche régulière des aiTaires. Mais, disait-on, vous gênez la prérogative en demandant on le renvoi des ministres, ou la dissolution de la Chambre. On parlait d'une sommation faite au Uoi. Il n'y avait rien de tel. On ne portait pas atteinte à la liberté du monarque en s'en remettant à sa haute sagesse du soin de remédier au mal qu'on lui signalait. Suivant M. de Guemon-Ranville, Georges lil avait sauvé l'Angleterre *•« refusant de sacrifier Pittà la chambre des communes, ^•el exemple n'avait rien qui pût embarrasser les rédacteurs de l'adresse. Qu'avait fait Georges III? Il avait dis- *^us la Chambre, et le pays avait donné raison aux mi- Jiistres contre la Chambre. C'était là un des movens '**gaax, constitutionnels, que l'adresse proposait au Roi l^ur mettre fin à la crise, alors que, dans le discours ^ïi trône, les ministres paraissaient indiquer l'emploi de 'î force, les coups d'État. « Je ne puis trop le répéter, t ajouta M. Dupin, t afin de prendre nos sûretés contre la » calomnie qui voudra s'efforcer d'accréditer le contraire. > au dehors : non, nous ne demandons point au Roi le » renvoi des ministres. Ces ministres peuvent retourner » contre nous l'exercice de la prérogative. Ils n'ont qu'à i conseiller au Roi de nous dissoudre. Un mot, et nous > nous séparons ; un mot, et, sujets toujours fidèles, nous # retournons dans nos foyers, y reportant l'honneur que

280 IIISTOIIIE DE LA RESTAUllATiO.N.

nous avons apporté dans cette enceinte, et nous rendant ce témoignage que nous avons fait pendant deux ans tout le l)ien qu'il nous a été possible d'opérer. En effet, nous avons doté le pays de deux lois qu'il faudra violer avant do pouvoir essayer de l'asservir, la loi qui flétrit les fraudes électorales et la loi qui leséclain» du flambeau de la publicité... On dit que les ministris pourront présenter d«î bonnes lois, qu'il faut l(»sattendnî à l'œuvre pour les juger; eux-mêmes parlent de leurs intentions constitutionnelles. Voici ma réponse : les ministres que l'opinion publique réprouve, ces hommes que mes convictions condamnent, vinssent-ils à nous les mains pleines de bonn(?s lois, de ces lois que la nation attend et réclame de|)uis si longtemps, eh bi«*n! je les repousserais en disant : Timeo Danaos et doua ferentes. Oui, eussiez-vous les mains pleines de présents, vous êtes pour nous Danaos. i Tout semblait dit sur la question qui s'agitait. A gauche et au centre gauche on demandait la clôture de la discussion générale. Cependant, deux orateurs [Kirvinrent encore à se faire entendre. M. de Chanli'Iauze combattit le projet d'adresse comme inconstitutionnel, injurieux et hostile à la royauté, comme ayant [)our but, en arrachant au Koi le renversement du ministère, d'usurper les pouvoirs du monarque, d'annuler même la chambre des pairs, di* rompre ainsi l'éiiuilibre entre les trois pouvoirs. Comme on invo(piait l'exemple du 5 se|itembre ISIti, il dit cju'il fallait p''Ut-être. en effet, une autre épreuve il '

ce genre, mais que ce devait Olrc un cinq septembre monarchique^ unique moyen de mettre un terme à la licence de la presse, à la violence des passions politiques et aox inquiétudes du pays. M. Lepeletierd*Aunay, membre de la commission, soutint, au contraire, qu'elle n*avait fait entendre qu'un langage franc, sincère, énergique et constitutionnel; que Tadressc, dans toutes ses parties, tendait à la fois à raffermissement de la dynastie et à Texécution de la Charte, et qu'on avait dû y parler des inquiétudes do pays, parce qu'il appartenait à la couronne de les câ'naer par l'usage de ses prérogatives.

I^a discussion générale ayant enfin été close, les trois premiers paragraphes du projet furent votés sans donner lieu à aucune observation; ils se rapportaient principaleiuent aux affaires d'Orient et à la Grèce. Le quatrième avait trait aux négociations annoncées pour- réconcilier les princes de la maison de Bragance. M. Hydc de Neuville, pour qui les affaires du Portugal semblaient être devenues une affaire personnelle depuis son ambassade de Lisbonne, prit la parole, non pas, dit-il, avec le désir d embarrasser les ministres, mais pour leur offrir l'occasion de rendre hommage au principe de la légitimité et de venger la morale outragée des nations. Il ne s'étonnait pas que le ministère anglais, tout en flétrissant la condoitcdedon Miguel, se montrât disposée le reconnaître, l'Angleterre ayant coutume de voir avant tout son intérêt, mais la politique de la France lui semblait devoir être plus généreuse. Quant à lui, il n'hésitait pas à se pro-

noncer contre l'usurpation de don Miguel dont il rappelait les circonstances odieuse."^. Après une dissertation approfondie sur la question fort compliquée du droit de succession au trône portugais, f ministres du roi trèschrétien • s*écria-t-il, t n*oul)liez pas que notre heureuse restauration date à peine de seize années» qu'elle nous a fait sortir de l'abîme des révolutions» et qu'il n'est pas moins sacrilège en Portugal qu'en France d'oser toucher à la dynastie, d'oser mettre en question le principe tutélairede la légitimité. Et nous, députés des départements, n'oublions pas que plus que jamais nous devons nous rapprocher, nous réunir pour faire tête aux fous, aux factieux, à ceux qui menacent nos libertés comme à ceux qui en sont presque à dire avec Algcrnon Sidney : s'il nous faut subir la royauté, que ce ne soit pas la royauté légitime... Répondons, nous, messieurs, que nous n'en voulons, que nous n'en aurons point d'autre, e^ue pour elle, avec elle, nous serons libres, parce qu'aujourd'hui, si la légitimité est un besoin du pays, tout homme qui a du sang français dans les veines a soif d'une sage liberté et veut le maintien de nos institutions... Je ne demande point à messieurs les ministres de s'expliquer sur les négociations qui ont eu lieu à Kio-Janeiro, négociations qui paraissent avoir eu pour but d'amener une concilialion entre la légitimité et l'usurpation... Au Roi seul appartient le pouvoir de négocier... Plein de respect pour la prérogative royale,... je me bornerai à deman-

HISTOIRE D.{ LA UESTAL HATION. 283

» der... une explication nette, franche sur une ques-

» lion qui ne saurait être soumise aux chances, aux

» calculs, aux coinhinaisons de la diplomatie... Quelle

» <iuc soit la nuance de nos opinions, n'abandonnons

• pas le principe qui nous a rendu nos rois et qui nous

• a donné la Charte. L'exposé que je viens de soumettre

• à la Chambre n*a rien de l'homme de parti, c'est le cri

• d'alarfiic d'un vieux royaliste,... l'opinion conscien- » cieuse d'un honnête homme qui ne désire, ne demande

* que le triomphe de la vérité et qui, lidéle au prince " comme à la loi de son pays, peut dire avec Montes- » qaicu : je rends grâce au ciel de ce qu'il m'a fait naître » dans le gouvernement où je vis et qu'il a voulu que > j'obéisse à ceux qu'il m'a fait aimer. •

Jusqu'à ce moment, M. de Polignac, immobile au banc des ministres, avait paru assister à la discussion en spectateur indifférent. Interpellé par M. Ilyde de Neuville, il ne crut pas pouvoir se dispenser de répondre. D'une voix mal assurée et avec une hésitation qu'expliquait son inexpérience de la tribune, il exprima son rogn»l de ne pouvoir satisfaire la curiosité du préopinant; il s'en tiendrait aux paroles du discours du trône; des négociations étaient entamées, et il ne lui convenait point de soulever le voile qui les couvrait encore. Tout ce qu'il pouvait dire, c'est que les relations poliliciuos dtî la France, interrompues à Lisbonne, n'avaient pas été renouécs, et que, si le principe de la légitimité était •çravé dans le cœur de M. Hyde de Neuville, il ne l'était

pas moins dans le sien. Après nne courte réplique de M. Hydede Nenville, le paragraphe fat voté et la Chambre s'ajourna au lendemain.

Le soir mi^mc, bien que la discussion eût eu lien en comité secret, tout le monde connaissait les termes do projet d'adresse et les débats dont il avait été Tobjet. Le lendemain matin, les journaux de la gauche en témoignaient une joie triomphante et parlaient de la consternation de la droite. iJeu\ de la droite, au conti-aire, avec plus ou moins de sincérité, se réjouissaient de ce qu on avait déchiré tous les voiles, en sorte que le temps de l'hypocrisie était passé. La Gazette conservait l'espérance que la lutte se terminerait d*une manière satisfaisante, les défaillants du côté droit s ébranlant en faveur du ministère.

•Ce qui était vrai, c*estqueM. de Martignac et quelques* unsdcses amis, craignant de blesser le Roi, de lepousser à bout par un langage trop énergique, avaientconru le projet, non pas de rejeter l'adresse, non pas de la rendre favorable au cabinet, mais d'en faire disparaître ce qu'elle avait, dans la forme, de blessant pour la royauté. Réunis chez M. Debelleyme,ils avaient nommé cinq commissaires, MM. de Lorgeril, Saunac Arthur de La Bourdonnaye, de Bcrbis cl Dumarhallach, chargés de s'entendre à cet effet avec les trente membres de la défection, autrement dits de la réunion Agier. Il est facile de comprendre avec quelle anxiété on attendait la reprise de la délibéralio;).

HISTUIIIE DE LA HESTAUHATION. 2^3

Lecoiuiti' sofR't fut [»récéii(' d'une comte séance pu-

Miquudans laifuelle la Chambre s'occupa île l'élection de

M. Dudon, nommé député, comme je l'ai dit, par le col-

\ige ia département de la Loire-Inrérieure, ou plutût,

d« Il destitution de M. de Sesmaisons qui en avait été la

coQs^quenr^. 51. Duvergier de llaurnnne dénonra cette

ilfïtitQlion comme une atteinte grave portée â l;i libeité

in safTrages, au droit des électeurs, à l'Iionneur même

^i^'miiilairesqui se verraient dans l'alternative de perdre

Wrexistenci! ou do faire une honteuse almégatiun de

Ivnre opinions dans l'exercice de leurs droits de citoyens;

sïsième odieux plus injustîTialile encore en ce qui ton-

Mrmii les membres de l'armi^e, qui n'embrassaient pas

lûUJDDrs volontairement ta carrière des armes. Interromjm

pai' les murmures de la droite qui prétendait qu il

n'était pas permis de blâmer un acte accompli on ver! u

dune des prérogatives incon testa hlea de la royauté,

il. Duverjjier de Hauranne fut vivement applaudi par la

jrauche. U. de Polignac répondit que la d^'stitution de

JU. doScsmaisons, postérieure de plusieurs jours à lélec-

lioa, ne pouvait avoir porté atteinte à la liberté des

milngesn], par conséquent, invalider l'élection. M. Far-

dessas essaya d'étjblir qu'il n'appartenait pas à la Chambre

d« critiquer les d;cisioiii du Hoi en a qui concernait

rarm<!t; dont II était le chef absolu. Le ministre de l'in-

léricar. avec plui du franchise que d'adresse, dit que le

pjaTeniement ne pouvait renoncor à l'inlluence qu'il

devail exercer sur les élections. L'admission de M. Dudon

•2.S« lilSTOlHE DE LA nESTAURATION.

l'ut votée apK's des débat? pleins d'aigreur et de personnjlités. De part et d'autre, on s'était laissé entraîner à soutenir des théories absolues, également fausses par cela même qu'elles étaient absolues. Sans reconnaître au gouvernement le droit de scruter et de punir li»s voti»s des fonctionnaires publics, on peut trouver simple el équitable qu'il se sépare de ceux qui, par des actes publics, condamnent sa politique, et la lettre de M. de Sesmaisons était un acte de cette nature.

Une vive agitation régnait encore dans la Chambre lorsqu'elle reprit le comité secret pour la discussion di* l'adresse. On était arrivé au qualriémiî paragraphe relatif à l'expédition d'Alger. M. de Lal)orde présenta comme une série de fautes de la part des agents français les circonstancesqui avaient amené leprojet de cette expédition, plaida la cause du Dey traité, selon lui, avec peu de justice, se plaignit de ce que les préparatifs auxquels on se livrait étaient faits avec peu desagessc et d'économie, parla de marchés d'urgence passés clandestinement comme si on eût voulu les soustraire au contrôle législatif etexposa sous l'aspect le plus eiïrayant les difficultés de l'entreprise, surtout celles du débarquement. Il reprocha aussi au gouvernement d'avoir sollicité l'autorisation de l'Angleterre avant de la tenter, d'avoir ainsi abaissé la dignité du pays. Le ministre de la marine, en réponse à ces accusations, énuméra de nouveau tous les griefs de la France contre la régence algérienne, griefs que l'on n'aurait pu laisser impunis sans que l'honneur national en

sonfTrU; il donna dos explications satisfaisantes sur les marchés conclus pour l'alTrètement des transports et sur quelques dépenses déjà faites. Sans entrer dansdes détails dont la révélation aurait pu compromettre le succès des •opérations, il affirma que les difficultés du débarquement ne seraient pas aussi grandes qu'on le prétendait, et *Hie rien n'avait été négligé pour préparer un résultat favorable à la gloire des aimes et à la sûreté du comniercodc la France; il protesta surtout contre l'étrange '^proche fait, sans aucun fondement, au gouvernement •'u roi, d'avoir demandé à un gouvernement étranger la Permission de venger une injure nationale. Le général l^?inarray voulut présenter des objections analogues à ^Ilc8 de M. de Laborde, mais la Chambre, impaliente J'aliorder enfin la partie essentielle de l'adresse, vota le Paragraphe en discussion aussi bien que les trois paragraphes suivants.

Elle ne s'arrêta qu'à celui où il était dit que la couver- *ion de la dette publique, annoncée par le discours du ^i^ne, cesserait d'être un bienfait pour le pays s'il n'avait pas la séi'urité de l'avenir. M. de Sainte-Marie en demanda la suppression, le fait de l'inquiétude qu'il si- Calait étant démenti par l'essor du crédit, l'augmentalion du produit des impôts de consommation, la satisfaction des classes populaires, et même, ajouta-t-il, par ïmmation des plaisirs... Le marquis de Cordoue, un des membres de la droite qui s'étaient depuis quelque temps ralliés à Topposition, combattit cette suppres-

sion. Il peignit en traits énergiques le trouble, reffioi qu'avait répandus dans toute la France l'avènement du ministère du 8 août, effroi tel qu'on aurait pu croire qu'une troisième invasion venait d'avoir lieu. Il ne s'agissait pas, dit-il, entre le ministère et la Chambre d'une question judiciaire, mais d'une question politique qui ne portait aucune atteinte à l'honneur des ministres. Ils pouvaicntôtre très-dignes d'estime comme hommes privés, irès-reprochables comme hommes publies. N'avaient-ils pas tout fait pour tourner contre eu\ le sentiment du pays lorsqu'ils avaient encouragé les attaques contre la Chambre et contre la Charte? La France avait raison de tenir pour révolutionnaires ceux qui voulaient faire de la Charte un moyen, du trône un prétexte, de l'autel un marchepied. M. de Cordoue n'hésitait donc pas à déclarer, comme un juré, sur l honneur et la conscience^ devant Dieu et devant les hommes, quil était dans les v&'iab/ex intérêts du monarque et de la patrie^ à ses yeux indivisibles, que le ministère fût changé ou que de nouvelles élections vinssent prouver à la majorité de la Chambre que cVtait elle qui n avait pas la majorité du pays.

Ce discours d'un vieux royaliste devait faire une ferle impression. L'opposition lui donna de fréquents témoignages d'approbution. C?pendant, M. de Laboulaye s'efforça de démontrer qu'il y avait une contradiction flagrante dans le projet d'adresse, qu'il était impossible de concilier les protestations d'amour et de respect pour le Roi par lesquelles «1 coinincnçait avec les paragraphes qui

UISTOIHK DE l,A HESTAUHATIOK. -JS'.i

le terminale ni. On y parlait de sa sollicitude éclairée pour ses peuples, et ensuite on le représentait comme ne sachant pas choisir ses ministres. L'adresse était contre eux un acte d'accusation, et une accusation transportée dans une adresse constituait une violation de la Charte. Les va^es inculpation» qu'on leur adressait étaient, d'ailleurs, les mêmes que l'opposition avait dirigées •contre tous les minislires précédents, môme contre le dernier qu'elle avait aussi travaillé à renverser. Cette dernière assertion fut vivement réfutée par M. Dapin qai dit que la majorité de la Chambre n'avait jamais Oïanquéàce ministère lorsqu'il l'avait appelée à voter sur des propositions réellement constilutionnelles et utiles

Ëpays, par exempte, sur les lois relatives à la presse ans élections.

Le paragraphe ayant été volé, comme les précédents, ^ Une forte majorité, moyennant un léger changement de fraction, la Chambre passa à ceux qui contenaient, avec 'exposé de la doctrine du gouvernement parlementaire WIp que l'opposition la concevait, la condamnation des 'ûinistres. M. de Lorgeril, interprète de la réunion qui, '^DiDmeje l'ai dit. avait eu lieu la veille chez M. Debel- ''ï^ie. proposa, pour remplacer cette partie de l'adresse. ininifndempnt concerté, disait-on, avec M. Courvoisier f (IqQi. dans la pensée de ses auteurs, avait pour but de 1 mdre l'attaque moins directe, d'écarter tout ce qui flpouvait olTenser personnellement le Roi, de rallier les rtpinions modérées et de rendre ainsi possible la forma-

290 HISTOIRE Ofi LA RESTAURATION.

tion d'un ministère pris dans ces opinions. Il était ainsi conçu : • Cependant, notre honneur, notre conscience, la fidélité que nous vous avons jurée et que nous vous garderons toujours nous imposent le devoir de faire connaître à Votre Majesté qu'au milieu des sentiments unanimes de respect et d'affection dont votre peuple vous entoure, de vives inquiétudes se sont manifestées à la suite des changements survenus après la dernière session. C'esl à la haute sagesse de Votre Majesté qu'il appartient de les apprécier et d'y apporter le remède qu'elle croira convenable. Les prérogatives de la couronne placent dans ses mains augustes les moyens d'assurer cette harmonie constitutionnelle aussi nécessaire à la force du trône qu'au bonheur de la France. > M. Guizot, nouvellement élu par le collège de Lisieux, prit le premier la parole pour combattre l'amendement. Il n'avait jusqu'alors paru à la tribune que plus de dix ans auparavant, pour défendre, en qualité de commissaire du roi, les lois sur la presse présentées par M. de Serre, et, comme il le dit lui-même dans ses Mémoires, il s'était acquitté de cette tâche convenablement, mais froidement parce que, ne faisant pas partie de la Chambre et placé administrativement dans une position secondaire et dépendante, il n'avait pas le libre usage de ses facultés. Cette fois, il en était autrement. C'était en son nom, pour défendre sa propre opinion qu'il parlait, et cette première épreuve pcnnit à ceux qui en furent les lémoins de reconnaître t|u'un grand orateur venait de

niSTOIBE [>E LA RESTAUIIATION. 2H1

îjir. un orateur on qui, mOine â travers les vivacités ToppoMtlon, on entrevoyait d^jà l'iiomme de gouveriêment appelé surtout à défendre et fi exercer le pou- Tflir. Jetant un coup d'œil rapide sur la marche suivie par le ministère, il déclara qu'il avait failli à sa mission. Hnimé, disait-on, au nom du pouvoir menacé, de la pré- ^Hl^ive royale compromise, des int6rf!ts de la couronne ^"tolpompris et mal soutenus par ses prédi>cessenrs, on avait iJû s'attendre à le voir exercer l'autorité avec vigueur et ensemble. Jamais, au contraire, le ponvoirne s'était montré plus faible, pins incertain, plus prompt à reculer de- 'Wllesdiflîcultés.Onse mi'-fiait deses intentions, on riait d* Mn impuissance. L'antoritè morale, l'ascendant moral, '^tisceodant qui convient si biendansles pays libres parce ■in'il détermine les volontés sans leur commander, lui '^il échappé. Le gouvernement du roi était plus ({ue tout "ilwappeiéà le posséder. 11 ne tenait pas son droit de '» top« : on ne l'avait pas vu naître : on n'avait pas con- ^ctA avec lui ces familiarités dont il rcslR toujours quelqifïhose envers despouvoirsâ l'enfance desquels ontas- Wlé cens qui leur obéissent. Qu'avait fait le ministère ^Tette autorité tutélaire? L'avait-il habilement employée ligrandieen l'employant? Nel'avait-il pas, au contraire, lestement compromise en la mettant aux prises avec les craintes qu'il avait fait naître et les passions qu'il avait Msciiées? Les hommes les plus étrangers à tout esprit d'opposition avaient été réduits à faire de l'opposition ;a» en faisaient mal}(n'> eu\. Ils auraient voulu être ton-

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• qu'elles soient lendies, c'est notre devoir et personne

■ n'icfuse voire commission d'y avoir manqué; mais

• qu'elles ne soient point timides cl douteuses. La viVité ' » déjà assez de peine à pénétrer jusqu'au cabinet dps

• rois, ne l'y envoyons point faible et pâle; qu'il ne soit

• pas plus possible de la méconnaître que de se mèpren-

• drR sur la loyauté de nos senliments. Je vole contre ■ tout amendement et pour le projet de la rommis-

tsiou. • M. de Berbis prit la défense de l'amendement de M. de rgeril. Le projet d'adresse lui semblait excessif; la Cli;imbre pouvait donner des avis au souverain si elle le croyait utile pour le bien de son service et pour celui de l'btat, mais elle devait le faire avec le respect profond dû it la majesté du trône, de telle sorte que le Hoi fût toujours libre d'exercer ta plénitude de ses droits au moment et de la manière qu'il jugeait convenables. Le général Sébastian! repoussa énergîquement ces mè-

Pgfmenls timides. « Quel but, > dil-il, t la commission (est-elle proposé dalteindre? Elle avait à répondre au discours de la couronne. Il était parlé, dans ce dis- ■ roars. d'insinuations perlides, de manœuvres coupa-

• Mes dirigées contre le gouvernement du roi. Four re-

• chenher la nature des obstacles que pouvail rencontrer ' le gouvernement, la commission a dû exposer l'élatdu

■ pjjs. Elle la vu agile par de vives inquiétudes, et elle t en a facilement deviné la cause. L'avénemenl du mi- • oistère, au 8 aoiU. n'a pas été aussi imprévu qu'on a

291 niSTOIRE DE LA RESTAI' RATIO!!.

pu le croire : le projet de b formation de ce minislère remoQt? â I epoqae même da minislêre de M. de Villèle.dontde secrètes intrigues auraient amené t6t oa tard la mine s'il ne fût tombé devant l'opinion publique et devant la majorité sortie des élections de 1827. SI. de Villèle présentait le triomphe de ces intrigues comme un épouvantail aux amis exigeants qui hésitaient à lui prêter un appui : il signalait l'avènement de ses rivaux au pouvoir comme une ê(»oqne de péril pour la monarchie. Tons les partis se composent de portions exagérées, de modérées et de portions faibles. Dans laquelle de ces catégories a été choisi le ministère du 8 août?... Dans la portion exagérée. Les doctrines de cette fraction du parti sont à l'ordre politique ce que les doctrines de la petite église sont à l'ordre religieux, ou plutôt c'est la petite église tout entière transportée dans l'ordre politique avec ses passions, ses projets d'envahissement et ses vues de domination. Déconcertée par les élections de I8â7. elle changea momentanément d'allure et de langage; elle prodigua les professions de foi con>titutionnelle$: on la vit se présenter à tous les partis sous la combinaison et la forme de ministère de coalition. Repoussée de tous, elle recommença bientôt ses machinations souterraines et les traversées du Mroit en des appareils si divers. Dès le commencement de la dernière session, tout Paris savait, et Londrt*s peut-être encore mieux, qu'un changement de ministère était préparé. Toutefois, si elle

p fui pas comp Internent surprise, la Fram-e fut fonslernèe par l'apparition du ministèreactuel. Le premier ^devoir de celte Chambre était d'exposer au Roi l'étal » réel do pays, de lui exprimer toutes ses appréhensions.

• Si ia vérité est un devoir, pourquoi l'éluder par un

tsmendement qui ne la présenterait que sous un demijourt II faut exposer toute l'étendue du mal alin que U sagesse royale avise aux remèdes qu'il convient d'y ipporler... Le besoin de la vérité, dune vérité entière Ht senti par tous, par ceux mêmes qui appuient l'a-

• mendement, car ce qu'ils appellent comme nous de

• leors vœux, c'est un changement d'administration. * Bèfatant ensuite la principale objection alléguée contre

' adresse, le général Sëbastiani essaya de prouver qu'elle 'ïo portait point atteinte au droit de la couronne de *^hoisir ses ministres. Ce droit était incontestable, mais *l avjit ses limites, tracées par la raison et par l'utilité Publique. Le gouvernement représentatif avait des condi- *'ons qu'il fallait accepter. Les choix de la couronne de- ^aîpnt tomber sur des hommes inspirant assez de confiance pour assurer à l'administration l'appui des Cham- "ts, et lorsque les conseillers de la couronne ne jouis- »ient pas de cette confiance nécessaire à l'action et à la lotte du pouvoir, leur devoir était de se retirer.

Après le général Sébastian!, ce ne fut pas sans surprise çne l'on vit un député qui avait jusqu'alors appartenu à l> gauche, M. Pas de Beaulieu, connu surtout par la réifbtion plus qu'indiscrète qu'il avait faite l'année pré-

29(i HISTOIRE DE LA RESTAURATION*

cédente d'un propos imprudent tenu par le Roi au bureau de la Chambre, prendre la parole pour combattre Tadresse et appuyer l'amendement. Il ne venait pas, ditil, défendre le ministère. Il aurait voulu, pour le bonheur et la tranquillité de sa patrie et de son roi, que l'ordonnance du 8 août n'eût jamais vu le jour. Elle avait jeté dans les esprits de la perturbation, de l'anxiété, du malaise, mais cet état de choses s'était amélioré de* puis qu'on avait été rassuré contre la crainte d'un coup d'État. L'orateur ne croyait pas à lincompatibilité absolue du ministère et delà Chambre. Ce qu'il redoutait, c'était l'influence pernicieuse des journaux qui avaient beaucoup exagéré le mal, c'était l'existence de ces majorités factices, systématiquement organisées, qui étaient une menace pour l'autorité royale et pour la paix publique. Il fallait, pour en triompher, que la véritable majorité, cette majorité très-nombreuse qui, dans la Chambre, représentait la France dont le salut était entre ses mains, abjurât toute hésitation, toute faiblesse, surtout tout intérêt personnel, opposât aux partis, non-seulement sa raison et sa sagesse, mais l'énergie, l'ardeur même qui, trop souvent, avaient, dans les assemblées politiques, donné la victoire à des minorités passionnées, c Rallionsnous, > s'écria M. Pas de Boaulieu, dans un élan que n'eût pas désavoué un membre de l'extrême droite, • rallions-

> nous autour du trône de ces rois qui, depuis huit cents » ans, ont commandé à nos pères et gouverneront nos

> fils; la Providence veille sur eux. Rallions-nous au-

nlSTOlBE DE LA HESTAL'BATIO.N. 2ft7

• loarde ce trâne dont la Charte est émanée et d'où seul > peuTenl découler les développements de nos instita- ' lions, la prospérité et la gloire du pays. Loin de tou- ' chéri la préi-ogativc royale, fortillons-la au contraire;

• il est plus que temps. Non, la France ne voudra ptu que ' It Roi rende son ^jiée. •

Os dernières paroles, accueillies par les applaudissemenu de la droite, devaient, pendant plusieurs mois, lifvenir une sorte de mot d'ordre, un texte de déclamalion pour la presse du parti, et se transformer ensuite fB une cruelle épigramme.

lin orateur ijui arrivait dans la Chambre avec une gnnde ré|)Utation d'éloquence, bien qu'on ne pût prévoir rocore qu'il serait avant peu le principal interprète de 'opinion royaliste, M. Berryer, se leva ensuite. Tout en disant l'éloge du discours du pi-éopinant, de sa franchise ''ideson courage, il déclara qu'il ne pouvaitacceptercommc 'oi l'amendement de M, de Lorgeril qui lui paraissait pn'tcr au\ mêmes objections que le paragraphe de la ^oniiaission. Ni l'un ni l'autre ne répondaient au disrours de la couronne. La notoriété des Faits énoncés dans w discours demandait, pour le moins, que la Chambre "l'ipliquât à cet égai-d; il était de son devoir d'éclairer II* (toi s'il avait été trompé, de répondre à sa confiance, de protester contre ces insinuations et ces manœuvres la'on désavouait maintenant. Au lieu de donner cesexpfications, le projeté! l'amendement parlaient vaguement <f*Dne vive inquiétude qui troublait la sécurité du pavs.

JéJI

qui altérait sa prospérité et pouvait devenir funeste a son repos, et dont il n'indiquait pas même les causes. Il y a plus, 1 dit M. Berryer, t le projet d'adresse attribue cette inquiétude à la formation du nouveau ministère, c'est-à-dire qu'un acte de la volonté royale, le seul acte de la puissance executive qui ne puisse être l'objet d'aucune responsabilité, est présenté comme la cause de la douleur de tout un peuple. C'est donc le Roi personnellement qu'on accuse. Envoyez donc au Roi... votre grande députation pour lui dire : Sire l'usage que vous avez fait de vos prérogatives trouble notre sécurité, altère notre prospérité et peut devenir funeste à notre repos. Ainsi, c'est le Roi lui-même que vous accuserez, i A ces mots éclatèrent de violentes interruptions parties de tous les côtés de la Chambre; la gauche demandait le rappel à l'ordre et la droite applaudissait, t Vos interruptions ne me troublent pas, • reprit M. Berryer en se tournant vers la gauche; c elles me satisfont... L'horreur que la Chambre éprouve contre les conséquences nécessaires de la rédaction proposée donne l'assurance que cette rédaction va être rejetée... S'il y a irrévérence dans la rédaction du projet, il y a aussi inconstitutionnalité dans l'alternative où I*od veut placer le Roi. La Chambre n'a pas le droit de demander sa propre dissolution. Il y a quelque chose d'effrayant et qui contriste le cœur dans cette résolution d'une assemblée qui demande sa propre mine, qui, trahissant la confiance des électeurs, veut se sous-

aux di'voirs qu'elles â i-emp!ir eiivei's le Hoi, s le pays, envers elle-mâme. Et c'est au moment ^où ces devoirs sont le plus impérieux que, par une

• étrange inconséquence, elle voudrait délaisser le poste

• qui lui est confié! Si les ministres inspirenlde ladé- ■ fiance, si les députés sont éttlaîrés sur leurs intentions

• secrt^tps. qu'ils restent pour surveiller leurs actes et pour < déjouer leurs projets. » M. lïerryer exprima ensuite son ^tonnement du passage du projet d'adresse ou l'on parlait de h sécurité et de l'unanimité de sentiments qui ré- )inaient avant le 6 août. 11 était loin de sa pensée de vouloir tccuser le précédent ministère; il savait quelles diiïiniltés ce ministère avait rencontrées, mais ne se souveniit~OQ pas de ce qui s'était passé au sujet de lu loi ili'l)art(.'mentalu? Avait-on oublié ces paroles d'un minislre ; Nous mnrchons à l'anarchie, et la circulaire du Ksrileiles sceaux contre la licence de la presse ? • Qu'im-

• porte maintenant, » dit enfin M. Berryer, « quand les

■ druits du Roi sont blessés, quand la couronne est ou- ' Iragée, que votre adresse soit remplie de protestations ' de dévouement, de respect et d'amour ! Qu'importe

* i]iie vous disiez : les prérogatives du Hoi sont sacrées, ' s\, en même temps, vous prétendez le contraindre

■ dans l'usage qu'il doit en faire ! Ce triste contraste n'a ' d'aalre elTet que de reporter la pensée vers des temps

• de funeste mémoire. Il rappelle par quel chemin un

• roi malheureux fui conduit, au milieu des serments . d'ohéisMnce et des protestations d'amour, à changer

contre la palme du martyre le sceptre qu'il laissa choir de ses mains ! Je ne m'étonne pas que, dans leur pénible travail, les rédacteurs du projet aient ditqu'ils se sentaient condamnés à tenir au Roi un pareil langage. Et moi aussi, plus occupé du soin de Tavenir (|ue des ressentiments du passé, je sens que si j*adbé^ rais à une telle adresse, mon vote pèserait à jamais sur ma conscience comme une désolante condamnation. >

M. Berryer avait été interrompu à plusieui*s reprises par les bruyantes acclamations de la droite, iière de troover un éloquent et énergique champion de ses doctrines dans un homme qui n y portait pas les préjugés étroits de Tancien régime et que son âge et l'ensemble de ses idées disposaient, dans une certaine mesure, à comprendre les nécessités des temps nouveaux. En descendant de la tribune, il reçut de nombreuses félicitations. On prétend que M. Royer-Col lard dit que ce qu'on venait d'entendre était plus qu'un discours, que c'était un événement, et qu'une nouvelle puissance s'élevait.

La Chambre avait hâte de terminer la discussion. A peine écouta-t-elle M. Bourdeau qui crut devoir défendre en quelques mots le ministère dont il avait fait partie. L'amendement de M. de Lorgeril, qui ne satisfaisait personne, abandonné au dernier moment par quelques-uns même de ceux qui l'avaient inspiré et qui avaient fini par craindre que le Roi n'en fût aussi mécontent que de la rédaction même de la commission, ne réunit en sa fa-

HISTOIRE DR I.A IIESTAUHATIÙN. '.m

fftM r qu'âne Irentaiue de voix du centre droit el fut le- (fOtjyis*' !ï une immense majorité formi''e de !a droite et de la gauche. Le viromte de La Roclieroucaiild voulut on présenter un autre qui le reproduisait dans une forme alTaitilie; il ne fut pas même aiiiiuvi'. Ënlin, les derniers paragraplies de l'adresse, ceux sur lesquels avait roulé presque tout le dùbat, furent successivement adoptés (tar U 1,'aui'lie, le centre gauche, moinsquatre ou cinq de <f» mcmlires, et par ringt-cinq membres dueentre droit, quelques membres de cette fraction s'élant abstenus. M. de Martignac avait voté contre, avec la droite. C'était pourluiun devoirde convenance, mais beaucoup de mem. bfK de la gauche, qui. apr^s avoir tant contribué à le KDtener essayaient de se rattacher â lui comme à un ^4'opposîtion. lui en surent mauvais gré. A six heures (fdemie, le président annonça que le scrutin était ouvert ■Brl'ensemble du projet. Il faisait déjà nuit, et la salle 'tiit faiblement éclairée par quelques lampes dissémioitt, ce qui fil dire à M, de Pujmaurin que l'adresse «nit mu œuvre den ténèbres. L'appel nominal se fil len- ■eoenlet dans le plus grand calme. Il était sept heures el demie quand fut achevé le dépouillement du scrutin, el presque tous les députés, les ministres eux-mêmes êtaieol re-stés dans la salle, attendant le résultat qui n'était guère douteux. Le président, d'une voix émue, anaoaça qu'il se ti-ouvail dans l'urne 2âl boules Manches et 181 noires. C'était en faveur de l'adresse une majorité tie 40 voix, mais en ajoutant aux 221 qui venaient de la

voter 30 membres qui avaient cru devoir la ri.'pousser par respect pour le Roi après avoir soutenu Tamendement de M. de Lorgeril, on trouvait, en réalité, une majorité de 250 voix hostiles au ministère qui ne comptait pas dans rassemblée plus de 450 partisans.

Le public attendait la décision de la Chambre avec la même anxiété que s*il s*était agi d*une grande bataille doù aurait dépendu le sort du pays. Pendant les deux séances du comité secret, une foule considérable n'avait cessé d'assiéger toutes les avenues de la Chambre, et elle était informée de moment en moment des moindres incidents. Lorsque le .résultat fut connu, chacun eut le sentiment qu'un grand événement venait de s'accomplir. Dans le parti libéral, la joie était grande. On y disait que l'adresse était l'acte le plus mémorable qui, depuis la Charte, eût assuré la liberté de la France; que le gouvernement représentatif commençait à être compris; que jusqu'alors les Chambres avaient été considérées comme des académies de législation ; qu'on savait maintenant qu'elles étaient tout autre chose. Les journaux du parti, les Débats^ le Constitutionnel y le National luimême, tout en parlant dans les termes les plus méprisants de l'attitude du président du conseil, assistant silencieusement aux discussions, les yeux fixes et la bouche souriante comme un symbole d^ncipacité et d'obstination^ s'efforçaient d'ailleurs de démontrer que l'adresse n'avait rien d'offensant pour la royauté; qu'elle ne provoquait pas le Roi; qu'elle ne le défiait pas; qu'elle ne lui disait

HISTOIRE DE LA RESTAURATIOiN. 303

pasde renvoyer sonministère; qu*elle le priait seulement de se prononcer entre ce ministère et la Chambre et, au besoin, d'en appeler au pays. Us blâmaient M. de Martignac et ses amis de n'avoir pas su prendre un parti et de n'avoir voté ni pour ni contre le ministère.

Pour la droite et pour la presse qui la représentait, cette adresse, tant célébrée par les libéraux, n'était, au contraire, qu'un acte de violence et de rébellion, préparé par de viles intrigues, par des passions honteuses, par des mensonges elTrontés et dû à l'union ies> janissaires de Bonaparte avec les renégats de la monarchie; c'était le premier pas vers une révolution aussi sanglante que la première; mais, comme l'avait ditM. Pas de Beaulieu,/^ Roi ne rendrait pas son épee; entouré de fidèles serviteurs et d'une armée dévouée, il demanderait compte aux transfuges et aux traîtres de sa volonté méconnue, de sa prérogative insultée. L'adresse avait mis à découvert l'insolence du parti libéral ; on allait voir si le trône s'abaisserait devant lui. Le Drapeau blanc disait qu'après c^tte éprouve c'en était fait de cette politique mesquine, de ces calculs misérables par lesquels une poignée d'intrigants, s'agitant autour du plus influent des ministres, avait préparé le honteux échec que le gouvernement venait de subir. A l'exception de la Gazette de France, tous les journaux de la droite se réjouissaient du rejet de l'amendement de M. de Lorgeril et félicitaient les royalistes d'avoir préféré la rudesse du projet aux formes hoiiieusemeni peureuses ie cet amendement.

On se demandait à quel parti s^arréternit le gouvernement, maintenant quil était avéré que le ministère ne pouvait compter sur l'appui ni même sur la tolérance de la chambre élective. Un des membres du conseil, M. d'Haussez, ministre de la marine, ouvrit un avis singulier, qui serait resti^ inconnu s*il n^avait eu la franchise de le consigner dans ses Mémoires encore inédits. Pensant, ce qui était plus que contestable, quun déplacement de vingt voix suffirait pour rendre la majorité an cabinet, il raconta qu*il avait fait sonder ceux des députés quil croyait les plus disposés à opérer ce mouvement de conversion, soit par TefTet de la crainte que leur inspirait la révolution menaçante, soit en raison des avantages pécuniaires qu'on leur ferait pressentir. Il connaissait, dit-il, le tarif des consciences, et ce tarif n*était pastrèsélevé. Il proposa donc de gagner quarante des membres de Topposition en leur distribuant quelques places et trois millions en argent qu'on se serait procurés par l'exploitation des forêts de la liste civile. Le Roi et le Dauphin, sans attendre l'expression de l'opinion des autres ministres, repoussèrent une proposition qui leur paraissait une proposition immorale. Vainement M. d'Haussez représenta qu'il s'agissait d'éviter d'irréparables malheurs.

Il fallait, cependant et avant tout, préparer la réponse du Roi à l'adresse qui allait lui être présentée. Le conseil se réunit pour en délibérer le 17 mars, le lendemain du jour où elle avait été votée. Le Roi déclara d'abord qu'il

HISTOIRE lit: \.k KEST\L'llAT|ft\. 30N

M s« «ûumeUrait jamais aux préU-ntions énoncées par b ^liamlire el qui no tendaient à rien moins qu'à confondre ^us Il's pouvoirs, à réduire la couronne au dernier degré ^svilissemenl. Les Chambres, dit-il, avaient un moven ■^Dstilutionne! de laire connaître que le ministère ne possiidsit pas leur confiance, c'était de repousser ses pioiwsitious. mais elk'S manquaient à leur devoir, elles nsQrpaient la puissance royale lorsqu'elles refusaient leur roncuurs à tels ou tt'ls ministres dont elles ne pouvaient même pas ronnaitre les intentions, t Quels ministres.

• d'ailleurs. • ajouta le Roi. ■ pourraient s'entendre avec

• la Chambre actuelle? Lorsque je voulus remplacer le

» tniiùstére Martignac dont les concessions nous menaient

^^Uout droit à une révolution, j'en parlai à .M. Royer-Col- ^^■krd et lui demandai quels étaient les hommes qui, à ^^Bften avis, auraient le plus d'influence sur la majorité. ^^■U me répondit que personne ne pourrait se tiatter ^^KlVxercer une telle influence; que la Cbambre était

• fiartagée en tant de fractions qu'aucun ministère ne

• serait capable d'y former une majorité tant soit

• pea solide, et que je pouvais nommer qui bon me

• wnililerait sans craindre d'avoir fi me dire que j'au-

• rais pQ mieux choisir. Dernièrement encore, lorsîl est venu mo remercier de sa nomination â la

bsidence, je lui ai demandé s'il était toujours de la iC opinion. — Plus que jamais, ra'a-t-il répondu; ï a pas de ministère qui puisse faire le bien avec

! telle assemblée: une majorité s'y formera acci-

» dentellement sur un point ou sur un autre, mais sans » consistance, sans stabilité; le mieux serait de la dis- • soudre. — Voilà ce que ma dit M. Royer-Collard, et » je crois qu'il a raison ; mais au reste, messieurs, voyez » le parti que vous jugerez bon de prendre. •

Ainsi parla Charles X, s'il faut s'en rapporter au témoignage très-probablement sincère de M. de Guernon- Ranville. Le langage prêté à M. Royer-Collard est surprenant à quelques égards, mais il n'a rien d'absolument inconciliable avec l'humeur dénigrante et Tesprit parfois fantasque de cet illustre personnage. Il se peut, au surplus, que ses idées trop souvent subtiles et compliquées n'aient pas été parfaitement comprises . par son royal interlocuteur.

Le Roi ayant ainsi fait connaître sa volonté bien arré- tée de ne pas céder au vœu de la Chambre, M. de Monlbel dit qu'il n'y avait qu'un seul parti à prendre, qu'il jugeait la Chambre absolument comme xM. Royer-CôlIard et qu'il pensait qu'on devait saisir l'occasion offerte par l'inconvenance de l'adresse pour renvoyer cette Chambre, en la prorogeant d'abord alin de se donner le temps de préparer les élections.

Tout le conseil se rangea à cet avis, à l'exception de M. de Guernon-Ranville. Celui-ci, tout en reconnaissant ce que l'adresse avait d'inconstitutionnel et de coupable, fit remarquer que jusqu'à ce moment la discussion avait eu lieu entre le ministère et la Chambre; qu'aussi long- . temps qu'on resterait sur ce terrain, le pouvoir royaL

UlSTOIRi; DR LA HESTAUnATION- 307

•rbilre souverain, conserverait son indépendance, mais <lQe la dissolution proposée changei-ait complètement la silQalion; que, par celle mesure, ta couronne, se prononçant formellemenl en faveur de ses ministres, entrerait elle-roéme en lice contre l'opposition et rendrait les collèges électoraux, jujïes de la lutte, el qu'il pourraiten rf-suUer de terrililes conséquences. Quelle ressource reslcrait-il au pouvoir royal si ccscolléges lui renvoyaient la lUthno chambre on une chambre plus hostile encore? Et cette hypothèse ne devait pas être ronsidèrée comme diVponrvne de fontlement. Par l'aclion de la presse périodique, l'esprit (jni pervertissait la Chamhre avait pénétré profondément dans le corps élecloral ; la majorité de ce '■orps, une forte m;ijorilé peul-étre. voterailen cemomeni dans le sens du ci-nlre gauche, car aux hommes qui en pré- 'iraientréellemenUes doctrines se réuniraient.pourécar- *» les hommes de la droite, ceux de la défection elde l'ex- Wme gauche, et une chambreoù dominerait la couleur du e gauche serait plus dangereuse pour la monarchie ^'one cliamhre où l'evlréme gauche serait en majorité. Va iju'elle serait appuyée par les sympathies d'une ptaiii partie de h nation qu'elle n'effrayerait pas comme la gauche proprement dite, dont les projets révolationnaii-es étaient trop évidents pour être hicn redoutables. M. de Gnernon-Ranville ne voyait qu'un moyen de conjurer ce danger, le plus grand dont le trûno fût menacé: c'était de tenter l'épreuve de la session avec la (Jhamhre arloelle. non pas qu'il espérSt que le ministt'TG

pût y rallier une majorité tant soit peu compacte, mais le vote de Tadresse n'était pas, à ses yeux, la preuve absolue d'une hostilité systématique. Parmi les 221, il y avait un grand nombre de députés qu*on aurait tort de confondre avec les ennemis de la monarchie. Pour beaucoup, la question était plus pei*sonnelle qu politique : les amis du précédent ministère s'étaient uni^ à la gauche par ressentiment contre les successeurs d leurs patrons qu'ils espéraient ramener ainsi au pouvoir la défection en avait fait autant parce qu'elle était déci dée à attaquer tous les ministères jusqu'à ce qu'elle fût emparée des portefeuilles; mais ces deux fractio ne pouvaient vouloir le renversement du trône, et. Ion

qu'elles seraient bien convaincues de la ferme volon du Roi de ne pas céder à des exigences inconstitutioi nelles, elles se sépareraient de la fraction révolu tionnain et on les trouverait disposées à soutenir les mesures vrs»/ment utiles que le ministère proposerait. Tout au moins, jamais elles ne s'associeraient à un projet subversif, et leur inertie permettrait au gouvernement de traverser sans péril une session qui ne serait employée qu'à la discussion du budget. On gagnerait ainsi une année, la prérogative royale serait sauvée, les esprits calmés par le temps et la réflexion, éclairés peut-être sur les calomnies dont le journalisme poursuivait depuis huit mois le ministîTC, deviendraient moins hostiles, et le Roi pourrait avec moins de danger, ou changer le cabinet, ou faire appel aux collèges électoraux. Que si toutes ces

f> révisions étaient trompées, si la Chambre poussait son a ^veugle opposition jusqu'au refus du budget, alors, elle irait fait elle-même un coup d'État plus violent que Tis ceux dont la presse ne cessait d'entretenir le puk> I ic, elle aurait brisé la Charte en anéantissant par le r<?*fusde l'impôt toutes les combinaisons électorales; ptj.i^u'il n\ aurait plus ni électeurs ni éligibles ; le I^oi rentrerait dans la plénitude de son droit constituant e t. aviserait aux movens de sauver l'État. Cette extrémité S'^^rail terrible sans doute ; il était impossible de prévoir comment la monarchie sortirait d'une semblable épreuve, naaisM. de Guernon-Ranville, convaincu que la chambre «existante en ce moment serait moins entreprenante que c:elle qui sortirait des élections qu'on voulait tenter, prêterait courir ces chances avec elle. En procédant de la sorte, le pouvoir aurait le double avantage de ne pas épui- ^rioutd'aboi*d toute son action constitutionnelle et de ne P^sdonnerà ses ennemis le temps de mieux préparer leurs iliaques, tandis qu'il aurait lui-même un délai de plurieurs mois pour organiser les moyens de résistance.

M. deMontbel, réfutant cette argumentation, dit qu'elle apposait sur une appréciation exagérée des dispositions dw électeurs et que si, en effet, la majorité, même une majorité assez forte des élections d'arrondissement pourail tourner mal, le gouvernement était autorisé à compter sur la presque totalité des élections des départements, ce qui rétablirait la balance en sa faveur; il ajouta que, pour éclairer les électeurs, il serait peut-

être nécessaire que le Roi leur adressât une proclamation, comme cela avait eu lieu avec succès en 1816; que certainement la voix du souverain ne se ferait pas vainement entendre d'une nation si connue pour Tamour qu'elle portait à ses princes.

M. de Guernon-Ranville, reprenant la parole, traita d'illusions, d'erreurs manifestes les espérances que son collègue fondait sur le résultat des élections. Il dit que les combinaisons électorales étaient beaucoup plus défavorables au gouvernement qu'elles ne l'avaient été à l'époque des élections précédentes ; que la loi de 1828, en admettant l'intervention des tiers dans la formation des listes, avait donné à l'opposition une puissance énorme dont elle n'avait que trop bien profité à l'aide de ses comités directeurs ; que les royalistes, se servant peu d'un droit dont, en général, on n'apprécie les avantages que lors — qu'il s'agit d'attaquer le pouvoir, négligeaient de se fair^^ inscrire et reculaient souvent devant la menace des procès que pouvaient leur susciter les comités, devant la crainte d'une lutte pénible qui, parfois, donnait de la publicité aux affaires domestiques les plus secrètes ; que les comités, au contraire, ne négligeaient aucun moyen pour faire inscrire leurs amis politiques, même lorsque leurs droits étaient douteux, parce qu'ils ne redoutaient aucun contrôle de la part de leurs timides adversaires. On parlait d'une proclamation royale, de l'amour des peuples pour leur souverain. Ce qui avait été efficace une fois au commencement de la Restauration pourrait être tota-

HISTOIRE DB LA HESTAUKATION. ;il<

Indcnt inulilo et daDgereux, et de semblables mesures ne d«.Taieilt être essayées qui; lorsque le succès en était infsillible, un fchec compromelUint tout à la fois la dignité ''I l'auiorité du trâne. • L'amour dos peuples I s'écria ■11. àe Guernon-Ranville emporté par la chaleur de sa conviction, • il mesl impossible d'esprimer ma pensée

• sur ce point délicat, mais le Roi veut la vérité tout en-

• liére, j'oserai la faire entendre, dût-elle paraître bles- ■ »anle... Cet amour n'est qu'une chimère. Ce n'est pas » après cinq années d'exercice de la liberté illimitée de

• la presse, de la liberté poussée jusqu'aux dernières

• liomes de la licence, qu'on peut compter encore sur ce

• sentiment qui produisit jadis tant de prodiges. Ayons » k- courage de sonder celte triste plaie et reconnais- • sons qu'une dés.ilTection profonde a remplacé cet atta- ' chemenl dévoué que la nation eut jadis pour ses ' princes... Osons avouer au Roi que celte désaffection ' Va jusque-là, qu'il suffit qu'un homme soit honoré de ' la conlisnce de Sa Majesté pour qu'il devienne à l'ins-

• tant même ce qu'on appelle impopulaire. Voilà les ré-

• tuluts des déclamations furibondes et impudemment ' calomnieuses des journalistes. Ce dissolvant est tel- ' Ipment irrésistible que son action finirait par renverser

• lOQlPs nos institutions el bouleverser le monde si on

• ne parvenait à le neutraliser. La presse se vante d'a-

• voir fait l'éducation constitutionnelle de la France. . fruits de cette éducation sont des prétentions

«ffrénées n des drolL» chimériques, l'oubli de tous les

3i'^ HISTOIRE DE LA RESTAURATION.

1 devoirs et ta substitution des intérêts matériels à tous • tes sentiments nobles. Parlez donc d*amour et de fidé- 1 litè à des peuples ainsi endoctrinés I i

La physionomie des autres ministres pendant cette vigoureuse sortie avertit M. de Guernon-Ranvitle qu*il était allé bien loin ; qu*on ne disait pas ordinairement de pareilles choses dans le cabinet du Roi et en sa présence. Il en éprouvait quelque embarras, mais le Roi, qui s'en aperçut, voulut le rassurer, c Vous avez émis franche- > ment votre opinion, i lui dit-il d'un ton aiïectueux, 1 c'est bien, très-bien. Il faut dire tout ce qu'on pense, i J'aime la vérité et je veux qu'on me la dise sans dé- 1 guisement. i

Les observations de M. de Guernon-Ranville n'avaient convaincu personne. Il aurait peut-être eu l'appui de M. Gourvoisier si ce ministre avait pu assister au conseil, mais il était malade. On décida que le Roi prorogerait les Chambres au l®'^ septembre et que la dissolution de la chambre des députés serait prononcée aussitôt qu'on aurait pris les mesures jugées nécessaires pour préparer de bonnes élections.

Fixé ainsi sur le point principal, le conseil discuta la question de la conduite que le Roi avait à tenir envers la Chambre pour la réception de l'adresse. Un des ministres dit qu'il conviendrait que le président et le bureau fussent seuls admis à la présenter au Roi dans son cabinet, comme cela avait eu lieu sous le règne précédent pour l'adresse dirigée contre le ministère du duc de Ri-

HISTOIRE OB LK RESTAURATION. 3i3

cfaelîea; un autre* aurait voulu que le Roi ne la reçût pi& et que, dès le lendemain, Tordonnance de prorogation fut portée aux Chambres, mais la majorité, dont taisait partie M. de Guernon-Ranville, décida que rien ne serait changé au cérémonial ordinaire. Il restait à rédiger la réponse que le Roi ferait à l'adresse. Plusieurs projets forent proposés et successivement écartés. Le Roi luimême en avait écrit un de sa main, dans lequel il déclarait en termes assez socs que les intentions qu'il avait (ait connaître ne varieraient jamais. M. de Guernon-Ran- ^lleyfitdes objections et, sur l'ordre du Roi, il en rédigea, séance tenante, un autre qui, légèrement modifié parce prince, fut délinitivement adopté.

Le lendemain, 18 mars, la grande députation de la Chambre, conduite par M. Royer-Collard, fut introduite dans la salle du trône. Le Roi, assis, était, comme à l'ordinaire, entouré des ministres cl des grands ofliciers de la couronne. Plusieurs députés de la droite, que le sort avait désignés pour faire partie de la grande députation, n'avaient pas cru devoir accepter cette mission, mais un bon nombre de membres de la gauche et du centre gauche s'étaient joints spontanément à la députation qui parut ainsi plus nombreuse que de coutume.

M. Royer-Collard, dune voix grave mais émue, donna lecture de l'adresse. « Monsieur, i répondit le Roi, d'un ton dont la dignité un peu atTectée dissimulait à peine une émotion profonde, « j'ai entendu l'adresse que vous » me présentez au nom de la chambre des députés. J'a-

vais droit de compter sur le concours des deux Chambres pour accomplir tout le bien que je méditais; mon cœur s'afflige de voir que les députés des départements déclarent que, de leur part, ce concours n'existe pas. Messieurs, j'ai annoncé mes résolutions dans mon discours d'ouverture de la session. Ces résolutions sont immuables, l'intérêt de mon peuple me défend de m'en écarter. Mes ministres vous feront connaître ^ mes intentions. »

Cette réponse, qui ne permettait plus aucun doute sun la volonté du Roi de résister d'une manière absolue au?^ exigences de l'opposition, fut accueillie, par tous les or — ganes de la droite, avec des transports de joie. • L^ royauté a parlé, » dit la Gazette, « les illusions libé — raies sont encore une fois évanouies. » — « La voilà, m dit la Quotidienne, «cette parole royale. La monarchie a vaincu, la Révolution a cessé d'être. » — L'Universel exprimait ainsi son enthousiasme : • Le Roi a parlé, sa parole a retenti comme un tonnerre aux oreilles des factieux, comme une manifestation divine dans le cœur des gens de bien. Et maintenant, députés parjures, allez montrer dans vos départements vos visages rouges de colère et de honte. » Le Drapeau blanc lui-même tait enfin satisfait. Suivant lui, < les paroles que le Roi avait fait entendre à des hommes, les uns bien criminels, les autres bien insensés, leur disaient qu'il notait plus pour eux de salut que dans le repentir et la résipiscence. »

lllSTOiRË DE LA KI-STAIIHATIOK. ol3

L«s]Ournaux de la gauche, loin de se laisser allcrà un le\ découragement, félicitaient la Cbambred'avoir si bien compris sa mission el acceptaient avec satisfaction la Intlf! que la réponse du [toi semblait transporter de l'enceinte législative dans les collèges électoraux; ils disaienl que c'était désormais au pa)s à faire son devoir comme les députés avaient fait le leur.

Le 19 mars, le jour qui suivît la réception de l'adresse, ane affluence extraordinaire de spectateurs se porta à la chambre des députés. Après la lecture du procès-verhal, le président lut une lettre du comte Donatien de SesmaisoQi qui, appelé à la pairie comme héritier du chancelier, son beau-père, exprimait à ses anciens collègues le regret qu'il éprouvait à se séparer d'eux. • Longtemps > eucore, * disait-îl, * j'aurais été heureux de m'asso-

* aeràtout coque fera la Chambre en témoignage de

* SOD zèle pour le bien public, de sou attachement à nos

* institutions constitutionnelles comme de son respect ■ el de son dévouement pour le Roi. > Comme cette l^'lre, bien qu'écrite avant le vote de l'adresse, eonte- "«t Uûe adhésion non équivoque aux doctrines de la Chambre, elle fut accueillie très-froidement par la droite, mais la gauche l'applaudit chaleureusement.

Le président lut ensuite, au milieu d'un profond sikoee, une ordonnance royale que venait de lui remettre ie ministre de l'intérieur et qui prorogeait les Chambres au 1" septembre. Presque tous les membres de la droite *f Wérent en agitant leurs rh;ipeau\ cl leurs mouchoirs

et en criant à plusieurs reprises Vire le Roi ! Les autres parties de la Chambre gardaient le silence. Quelques cris de Vire la Charte! se firent entendre du côté gauche et aussi dans les tribunes publiques. Un cri de Vire la Constitution /partit même d'une de ces tribunes, au grand scandale des députés de la droite qui demandèrent au président d'intervenir contre les factieux, mais il répondit que son autorité venait de cesser par l'effet de la prorogation et qu'il n'y avait plus de chambre. L'agitation ne finit pas avec la séance; elle se propagea dans la salle des conférences, dans les couloirs, dans les salles d'attente, sur le quai, sur le pont Louis XVI, où une foule considérable était rassemblée.

La proclamation d'ajournement, communiquée à la chambre des pairs par le président du conseil, y fut reçue avec plus de calme.

Ainsi se termina cette session qui devait être la dernière du gouvernement de la Restauration. Tous les hommes sensés avaient le sentiment de la gravité de la situation. 11 était évident que, d'un côté comme de l'autre, on était décidé à ne pas reculer. Charles X était d'autant moins disposé ù abandonner ce qu'il considérait comme un droit incontestable de la royauté que, trompé par des souvenirs mal compris, il croyait que cet abandon aurait mis en péril, non-seulement le trône, mais son existence personnelle. Il disait à qui voulait l'entendre qu't/ aimerait tnieux monter à cheval quen charrette. On sait qu'alors c'était en charrette que l'on conduisait les condamnés

*Q supplice. Les hommes de l'extrême droite ne négli-

(f^^ienl rien pour entretenir en lui ces préventions et

^s terreurs, et, en môme temps, pour lui faire croire

?ïi'une attitude ferme suflirait pour venir à bout de l'op-

position. € C'était chez lui, » disaient les journaux, « c'é-

* tait dans son palais, qu'une poignée d'insolents et d'in- » sensésavaitosé braver le lilsd'HenrilVet de Louis XIV.

* El il l'aurait souffert ! En eût-il eu la patience, il n'en

► avait pas le droit. Mais l'effet avait suivi de près les

• paroles, les ordres ne s'étaient pas fait attendre, et les

► libéraux ne pouvaient plus douter qu'il y eût un roi

► aux Tuileries. Un signe du Roi avait suffi pour anéan-

• tir la coalition et pour frapper de stupéfaction les en-

» nemis patents et secrets de la monarchie. Ces gens-là

» ne savaient pas ce que c'est qu'un roi, un souffle les

» avait dispersés comme une paille légère. » Les feuilles

^l' la gauche tournaient en ridicule ces fanfaronnades.

« aujourd'hui, i disait le National ^ « c'est une véritable

» joie de Coblentz, une joie comme on s'en procurait

» iH)uvent, il y a trente-cinq ans, avec la nouvc'lie que

» les armées françaises étaient vaincues et les coalisés à

» la porte de Paris; mais le jour viendra où il faudra

» subir les lois ou les violer audacieusement. Alors,

» messieurs qui triomphez, vous aurez une meilleure

» occasion de déployer votre courage. »

On s'est souvent demandé si l'adoption de l'amendement deM.deLorgeril,en donnante la lutte un caractère moins violent, aurait pu prévenir la catastrophe dès lorsimmi-

nente. La même question pourrait être posée au si plan deconduite que M. de Guernon-Ranville avait s auconseil. De telles questionssontparfaitementoiseu fatalité de la situation n'était pas dans tel ou tel im dans telle ou telle mesure de détail; elle était dan tagonisme qui avait toujours existé entre les prête du Roi et les vœux du pays et qui, longtemps diss dans ce quil avait d'absolu et d'inconciliable, vei se révéler tout entier.

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