CHAPITRE CL
^n^cès de presse. Condamnation du Giobe et da National pour Attaques contre Tautorilé et les droits du Roi, l*ordre de ifuccessibilitéau trône et pour excitation à la haine et au mépris du gouvernement. Confirmation par la cour royale du jti cernent qui a condamné le Courrier et le Journal du Corn- ^^^T^ pour *avoir publié avec approbation les statuts de ^ -Association pour le refus de l'impôt. Considérants de cet arrêt P^ti favorables au gouvernement. — Banquet des vendanges ^^ Bourgogne offert aux 221 votants de l'adresse par les élec- ^ tirs parisiens. Autres banquets dans les départements. — ^- de Villèle vient à Paris. Efforts tentés pour le faire entrer ^^ tis le ministère comme moyen d'apaisement. Le Roi y est peu dtsposé. Ces tentatives divisent le parti royaliste. — Destitutions de fonctionnaires dont le zèle paraît douteux. — Mé- "*oii^ présenté au Roi par M. de Polijînac sur la situation de îî France, conçu dans un esprit d'optimisme. — Rapport de *- de Chabrol sur l'état très-satisfaisant dos finances. — ^assentiments et délibérations du cabinet sur l'époque où ^^ra lieu la dissolution de la chambre des députés, déjà ar- ^téeen principe, et sur ce qu'on fera après les élections. On façonnait la nécessité de modifier le ministère pour le rendre lH)mogène. — Incendies multipliés en Normandie, dont les ^ux partis s'accusent réciproquement. — Translation des reliQoes de Saint- Vincent-de-Paul. — Arrivée à Paris de la famille royale de Naples revenant d'Espagne. Fête qu'on lui donne au Palais-Royal. Désordres dont elle est l'occasion. — Le roi d'Espagne change la loi qui réglait l'ordre de suc-
:j2(» histoire de l\ restauration.
cession au trône. — Troubles dans les Pays-Bas. Bruit qi la Prusse veut y intervenir par la force. Le gouvernemec français est résolu à s*y opposer.
La guerre était déclarée. Les journaux des part extrêmes, écartant les voiles qui avaient jusqu*alor caché leurs aspirations, ne gardaient plus aucune mesur»* Tandis que ceux de l'extrême droite demandaient, en réalité, le pouvoir absolu, ceux de la gauche, adoptant poi symbole la fameuse maxime, le Roi règne et ne gourer
paSy s'engageaient de plus en plus dans la voie qui àe\i conduire h une imitation de la révolution anglaise de V L'Association Aide-toi le ciel t aidera, bien que ses moy^^ "«ns d'action eussent beaucoup diminué depuis la scissi ^can qui lui avait enlevé ses membres les plus considérabl^e:^ ^, s'occupait de faire prévaloir son influence dans Icséb tions qui no pouvaient manquer d'avoir lieu bientôt. En face des périls que l'obstination du Roi et la plorable politique du ministère appelaient sur la royau un des ministres, M. d'IIaussez. proposa au conseil d^** mesures(|U*il jugeait propres à pn*»venirou à réprimer fc^ mouvements que le parti révolutionnaire pourrait vouloir exciter. Il s'agissait d'oppos<T des associations royalistes aux associations libérales, de s'assurer de l'esprit des tixuipes. de remplacer les commandants militaires et les administrationsdontrénergie et la fidélité laisseraient des doutes, de n^ifonvr les garnisons de Paris et des princijolies villes, enfin, de n»unir à peu de distance de Paris
l^s troupes qui, chaque année, formaient les camps dG Saint-Omer et de Lunéville, sous prétexte de les o X créer à de grandes manœuvres. Le conseil se montrait cii53.posé à approuver ces mesures, mais M. de Polignac, toiLmt en promettant d'y réfléchir, dit qu'en ce moment des airVairesplus urgentes réclamaient ses soins, et il n'en fut pi i.a.s question.
MJe nomhreux procès de presse entretenaient l'agitation
d€^55 esprits. Dans le courant du mois de février, M. Gha-
telsiin, rédacteur du Courrier français^ défendu par
M- IVIérilhou, avait été condamné à quinze jours de pri-
sort et à 500 francs d'amende pour diffamation et outrage
en^v^crsle préfet de police à l'occasion de l'exercice de ses
fonctions, et, quelques jours après, à quinze jours de
prison et à. 300 francs d'amende pour avoir diffamé des
ïnagistrats en attaquant l'indépendance et l'impartialité
de leurs jugements. La cour royale avait confirmé le
logement rendu quelques mois auparavant contre le
figaro qui avait dit, après la formation du ministère
^u 8 août, qu'on allait faire à un grand prince, c'est-à-
4ire au Roi, l'opération de la cataracte.
Le 10 mars, pendant que la commission de la chamhre des députés rédigeait l'adresse des 221, M. Dubois, gérant du Globe, et M. Sautelet, gérant du National, comparaissaient devant le tribunal correctionnel en présence d'une assistance considérable. Le National était poursuivi pour aitâqne contre les droits que le Roi tenait de sa naissance, pour attaque contre les droits en vertu desquels XX 21
il avait donné la Charte et pour provocation non suivi d'effet à attenter à la vie du roi et des princes. L'avoca du Roi, M. Levavasseur reconnut que ce dernier griei n'était pas suffisamment justifié, mais il produisit u grand nombre d'articles du National dans lesquels i' prétendait trouver la preuve que ce journal n'admettai pas que la souveraineté de la France appartint au Ro du seul fait de sa naissance et qu'il eût été le maître dr donner ou de ne pas donner la Charte. Suivant l'orga du ministère public, c'étaient là plus que des erreurs, ci taient des délits caractérisés. De tous les articles incrE minés, le plus coupable était celui où le National établi sait que le Roi règne et ne gouverne pas, que tout pays a droit de se gouverner lui-même quand il en est capable, q ce système était indifférent pour les personnes, mais q
si les personnes ne l'étaient pas pour le système, s'il étz attaqué par elles, la question deviendrait une questi de choses et de personnes tout à la fois. • Nous ne p vous, » s'écria M. Levavasseur, c maîtriser les serm ^ >■ ments que de pareilles provocations ont fait naître Acm m^s notre esprit... Voilà donc où nous sommes ament?^; voilà ce qu'osent dire certains hommes. La question est une question de personnes, une question cï<? dynastie... Celte antique dynastie qui, depuis tant df^ siècles, règne sur la France, vous la menacez d'un ^ nouvelle proscription parce qu'elle ne veut pas sed^— ^ pouillerdudroitqu'elles'eslréservédegouvernerrÉtat ^ Mais nous saurons la défendre jusqu'à la dernière^
H UISTOIDE DE LA UBSTAURATION- 323
^^ goutte de notre sang, • En conséquence. M. Levaviiss^rur demandait que M. Sautelet fût condamné pourprovoeation au changement do la dynastie.
Quelques jours apit's, le 19 mars, le jour où les (Ziiambres étaient prorogées, M. Levavasseur, en termes plus vifs encore, faisait entendre les mêmes accusations contre le gérant du Globe, M. Dubois. Il insistait principa lement sur les expressions de mépris, sur les insinuations outrageantes prodiguées par cette feuille au\ fidèles serviteurs delà i-oyautù rentrés en France avec elle. «C'est ■ souB le régne desBourbons, • dit-il, « qu'on imprime de
t» pareilles clioscs ! L'attacliement, le dévouement pour le r prince ne sont pas sansdoute de notre 3ge, Il faut laisser » cessenliments au\ hommes gothiques et aux temps * barbares. » Ces derniers mots ayant provoqué dans l'auditoire des éclats de rire, M. Levavasseur, se tournant vurs les interrupteurs, leur déclara qu'il les plaignait, niais qu'il ne partagerait jamais leur froide indiirén'nee.
L'avocat du iVnIiona/, M. Mauguin, étant malade, n'avait pu répondre û M. Levavasseur, mais avant que l'avocat du Globe, M. Renouard, ne se fit entendre, M. Du- W»î.« demanda à expliquer lui-même ses intentions. Il *vait(lroit, dit-il, de s'étonner de se voir mis en cause >lors que, dans l'article incriminé, il n'avait touché ni 'Ox droits que le Roi tenait de sa naissance, ni à celui en vertu duquel il avait donné la Charte, ni à son :iulorifconstilulionnelle, non qu'il crût ces questions iu- Milesà la presse, mais parce qu'il n'avait eu en vue
qu'une question dlnstoire, un enseignement lire de quinze années de la Restauration et de la crise actuelle Avait-il faussé l'histoire et l'avait-il faussée à mauvais intention? Remontant à l'époque qui avait précéd le 8 août et en traçant un tableau dont Toptimisme coi Irastait singulièrement avec ce que la presse en avait d dans les derniers temps du ministère de M. de Martignac il montra le peuple, le Roi, la pairie, la chambre élec tive, la magistrature se mouvant en paix et en harmoni dans la sphère tracée par la Charte et discutant régi lièrement des systèmes d'administration et de finance! Tout à coup avait paru le funeste ministère des trohommes dont la triste coalition réunissait tout ce que |Ki\s avait le plus redouté delà contre-révolution. C avait vu arborer l'étendard de guerre contre le gouvera meut n*pri»sentatif, dénoncer le vœu des majorités coma un attentat factieux, présenter la Charte comme une c (lonnance de re formation, réformable elle-même par un autre ordonnance. Était-il surprenant que la nation se fi) émue, et ne venait-on pas de voir un des grands corps de l'État se rendre Tinteiprêle loyal de cette émotion? Et si, à la vue du système de la force invoquée au lieu de la loi, des écrivains adorateui*s du droit jusqu'au point de le respecter et de le défendre même au profit de leurs ennemis les plus acharnés avaient Réprouvé une angoisse cruelle, pouvait-on leur faire un crime d'avoii peint sans ménagem(»nts le désordre auquel on conduisait la France? Ces écrivains n'avaient jamais déscspéri
d'une conciliation entre une vieille dynastie et un ordre social nouveau. En disant avec simplicité, avec crudité de q^ael côté serait la force et de quel côté la faiblesse si le combat s'engageait, ils avaient cru venir en aide à la roVri uté. Ils ne s'étaient pas dissimulé le danger des interpr^tsitions malveillantes, mais ils avaient espéré éviter ce cLsk nger en se dégageant de tout voile et en demandant fraràcrliement à l'histoire le souvenir des crises où la Charte avait été attaquée. Ce n'était pas une provocation à la révolte, c'était une prévision, un avertissement à ceux, qui pouvaient tout empêcher.
Ce discours produisit un grand effet. A l'audience suivante, M. Renouard, dans une habile dissertation dejunsconsulte et d'homme politique, combattit vigoureuselû^nt l'accusation. Comparant l'article du Globe à la bi'Ocliure contre-révolutionnaire de M. Cottu, contre laquelle on n'avait intenté aucune poursuite, il fitvoir que, dans la pensée de M. Dubois, quand la Charte était en péril il y avait péril pour la dynastie et pour la royauté, landis que, suivant M. Cottu, il y avait péril pour la ï^<>yauté lorsqu'il n'y avait pas péril pour la Charte. ^ ^tait-il pas surprenant que, de ces deux assertions, la première eût paru coupable et la seconde innocente? M* Renouard essaya ensuite de prouver, par de nombreuses citations, que le Globe, pendant ses six années d'existence, n'avait cessé de soutenir une politique modérée, ^^nciliante, franchement libérale, tenant compte de tous les droits et de tous les intérêts.
Dans la défense que M. Mauguin présenta pour le National^ il se plaça sur le môme terrain. Le National^ suivant lui, n'était point ennemi de la royauté. Seulement, il voulait la royauté constitutionnelle, non la royauté absolue, c'est-à-dire une royauté dont les droits fussent limités par ceux des autres pouvoirs. La maxime le Roi règne et ne gouverne pas, ressortait tout naturellement du double principe de l'inviolabilité royale et de la responsabilité ministérielle.
Le débat occupa encore trois audiences. M. Sautelet^ le gérant du National, donna des explications personnelles sur l'œuvre que sesamis et lui avaient entreprise, sur leurs intentions, sur leur but, et s'efforça de démoïiivov que les rois ne gouvernaient pas plus dans les gouvernements de cour que dans le gouvernement représentatif. Après la réplique du ministère public, les deux avocats, MM. Mauguin et Renouard, développèrent de nouveau les arguments de leurs premières plaidoiries et se livrèrent à de vives attaques contre le ministère haï et méprisé que la Chambre venait de condamner. Enfin, M. Dubois, reprenant la parole, réfuta les accusations du ministère public et renouvela sa profession de foi. Ce qu'il s'était proposé, soit en rappelant le passé, soit en discutant la question constitutionnelle, ce n'était pas, dit-il, de provoquer une révolution ou un changement de dynastie, c'était, au contraire, de les prévenir, de montrer les dangers que la royauté courait dans la voie funeste où d'imprudents amis essayaient de
^B DISTOmE DE LA nESTAUItATIOX. 32*;
l'engager. Il avail [larlL^. avtc b lilicrté (le la lionne foi, dtys pfrils qui pesaiont sur loul h' monde. Il en avait le d roil, ou plulilt ciHail pour lui un devoir; il l'avail remp I i , et il ne le rojçiottuil pas.
1.C 3 avril, le tribunal, par d(>u\ jugements distincts, rondamna le givrant du National & Irois mois de prison et 1,000 francs d'amende ponr attaque contre l'autorité i:t:»ns[itutionnello du Hoi, contre le droit qu'il avait eu do donner la Ctiarle et conlrei'ordrede successibilitéau tt-One, et le gérant du Globe à quatre mois et 2,000 francs foiume coupable des mêmes diMiU et en outre de celui il't-'vitation fi la haine et au mépris du gouvernement. l^s condamnations, auxquelles ils s'attendaient, leur attirèrent des ti^moignages de sympathie de tout le parti ii>K^ral.
le public avait suivi avec une assiduité passionnée les ''•'■ïiats de ces procès. Celui de VAsiociatton bretonne pour '«^ rrfiu de fimpôt l'émut plus fortement encore. Nous avons ïu que le tribunal correctionnel avait condamné Mm, Bert et Vaientin de La Pelouse, gérants du Courrier t^l tiu Journal dit Commerce, qui avaient publié les preloiïrs le prospectus de cette association, à un mois de l>ï'i»n et 500 francs d'amende comme coupables d'exci- ^liflii à la haine et au mépris du gouverneraenl, mais en IDipant à c« jugement des considérants qui établissaient '{ar la pcrc<'plion d'un impôt non voté par les deux tlwinbres serait une violation de la Charte. L'alTaire se Irouïant portée en appel devant la cour royale, les défcn-
seurs, MM. Bernard (de Rennes) et Mérilhou, justifiant, comme ils rayaient déjà fait en première instance, le principe de Tassociation, trouvèrent un nouvel argument dans le vote de l'adresse par lequel la Chambre avait exprimé sur le ministère du 8 août une opinion conforme à celle des deux journaux. L'organe du ministère public, M. Bèrard Desglajeux, leur répondit en leur signalant les dangers de l'anarchie et en dissertant longuement sur le sens de ces mots, excitation à là haine et au mépris du gouvernement du roi, La cour, présidée par M. Séguier, paraissait avoir hâte d'en finir, et on croyait que l'arrêt serait rendu le jour môme, mais, après une heure et demie de délibération, la cour, rentrant en séance, déclara que le prononcé de l'arrêt était remis à huitaine. On crut pouvoir en conclure qu'il y avait doute, et l'attente n'en fut que plus vive. Le 2 avril, enfin, l'arrêt fut rendu et la condamnation confirmée, mais avec des considérants qui, plus encore que ceux du tribunal de première instance, étaient la justification morale de Y Association. Si la condamnation était maintenue, c'était, disaient-ils t parce que la plus odieuse imputation que l'on puisse faire à des ministres, celle qui peut le plus exciter contre eux à la haine et au mépris, c'est de les présenter comme ayant formé l'audacieux projet de renverser les bases des garanties constitutionnelles consacrées par la Charte et de leur supposer l'intention d'imposer des contributions publiques soit sans le concours libre, régulier et constitutionnel du Roi et des deux Chambres soit avec le
niSTOlHE DE LA HESTAUBATION. 326
■ ronconrs de rhambres formées par un s^slème ùlcc- 1 lorat qui n'ourait pas été établi dans les lornies
■ conslitulionnt'lles; • c'était t parce que Bert et Va-
> ientin de La Pelouse avaient imputé au gouverne-
• ment du roi l'intention criminelle, soit d'élublir et
• do percevoir des impôts qui n'auraient pas été impo-
• fis par les deux Cliambie, soit de cbanger illégalement
> le mode d'élection, soit même de révoquer arbitraire-
> ment la Charte constitutionnelle qui avait été octroyée
> cl concédée a toujours et qui réglait tes droits et les < devoirs de tous les pouvoirs publics. •
Les joarnaux de la gauche, tout en se plaignant de la condimnatlon des deux jp'ranls, se félicitèrent de voir, dansl'arriM, ta réprobation formelle, explicite, de toute fjp^ de coup d'Ktat, On sait maintenant, disaient ils, « qap fera la cour i-oyale le jour où on refusera de payer DQ impôt illégal. Désormais, les associations sont inutiles; elle les a condamnées, mais elle a pris en quelque sorte leur place. Les journaux de la droite, ou gardaient le si- Iniire sur la décision de la cour, ou cherchaient à en at- Icnner la portée. Aux Tuileries et dans les salons minislériel», on s'en montrait fort mécontent.
U Teille du jour 0(1 cet important arrêt était rendu. le 2 avril, un grand banquet était offert par six ou sept c«nt3 électeurs parisiens aux députés de la Seine et à knra collègues des départements ayant voté avec eux l'adrcsse des 221. A l'occasion de e« banquet, un conflit s'était élevé entre le parti constitutionnel et le parti ré-
piiblicain réunis en ce moment dans leur opposition a ministère du 8 août. Sous le ministère de M. de Marti gnac, alors que le gouvernement semblait entrer dans I voies du libéralisme et obtenait ainsi une populari malheureusement bien passagère, le parti républica avait perdu tout espoir et se trouvait, dit-on, en plei dissolution. Mais l'avènement de M. de Polignac Tav^Mi en quelque sorte ressuscité par l'irritation qu'il avait jet. ^i dans la masse de la nation, et ses adhérents, encore pou nombreux, entrevoyant de nouvelles aventures, avaion( recommencé à se réunir et à se concerter. Ils souscrivironi pour le banquet, mais, lorsqu'il s'agit de déterminer le caractère de cette manifestation, ils voulurent la faire tourner au profit de leur opinion. Serait ce simplement un avertissement légal, constitutionnel, donné au pouvoir dans le sens de l'adresse? Serait-ce une déclaration de guerre à la royauté ou tout au moins à la dynastie? L-»^ toast que porterait le président devait en décider. Dari * la délibération qui eut lieu, le parti révolutionnaire éla ^^ surtout représenté par M. Godefroy Cavaignac, fils du corm " ventionnel régicide cl frère du général qui devait, dix-huî * ans après, présider pendant quelques mois aux destiné^^ de la France. M. Odilon Barrot ayant proposé déporte^ un toast au roi constitutionnel, M. Cavaignac protesta vi(r lemmentau nom de ses amis politiques, t Nousl • s'é- # cria-t-il, « rendre hommage à la royauté! Jamais. Si nous » ne pouvons empêcher une telle infamie, nous sommes » résolus à nous lever et à briser nos verres en signe de j
» protestation. • — t Vous n'en ferez rien, » lui répond i t M. Barrot, « vous êtes trop patriote pour troubler » ainsi une manifestation qui sera d'autant plus utile à » la liberté qu'elle sera plus modérée. Tout au plus vous
• TOUS abstiendrez, mais si vous vous permettiez l'acte
• de violence que vous annoncez, il se trouverait dans
• la réunion des hommes assez résolus pour vous en faire ^ repentir. » La grande majorité de la réunion était de l'aris de M. Barrot, et il fut décidé qu'un toast serait
I>€rlé en ces termes : Au concours des trois pouvoirs, le » roi constitutionnel, la chambre des pairs et la chambre » des députés, » Par suite de cette résolution, plusieurs des jeunes membres de la société Aide-toi le ciel (aidera, qui devaient prendre part au banquet, s'en abstinrent.
La police n'y avait mis aucun obstacle, et tout s'y passa *vec un calme parfait. Il eut lieu au restaurant des Ven- *»ïijM de Bourgogne, Un jardin couvert, dont les arbres formaient des colonnes ornées de guirlandes de (leurs et ^e verdure, était la salle du festin. A ces guirlandes ttaient liées des couronnes au nombre de 221, celui des Volants de l'adresse. Au-dessus du fauteuil du président, on lisait cette devise : Honneur à nos députés ; au-dessus Je la devise, un large cadre contenait le texte de la Charte. Un orchestre nombreux annonçait par des fan- /ares rentrée de chaque député. Un ancien maire de Paris, M. Rousseau, remplissait les fonctions de président, et M. Odilon Barrot, celles de vice-président. On
comptait sept cents convives appartenant, pour la plupart, à l'élite de la bourgeoisie et du commerce. II y avait soixante-dix députés, entre autres MM. de La Fayette, Dupont de l'Eure, Benjamin Constant, de Kératry, Labbey de Pompières, Mauguin, Etienne, Casimir Périer et Duvergier de Hauranne. Lorsque le président eut porté le toast dont on était convenu et qui fut accueilli par de bruyants applaudissements, M. Barrot prit la parole. Pour se faire mieux entendre, il monta sur la table. S'adressant aux députés, f vous avez flétri, » leur dit-il, une administration déplorable sous laquelle la France a gémi pendant sept ans, et lorsqu'est venu ce ministère qui blesse, qui outrage tous nos sentiments d'honneur et de nationalité et qui s'en fait gloire, ce ministère dont la religion politique est que nous ne vivons, ne respirons, ne jouissons de la liberté que par concession et dont le premier cri a été plus de concessions, vous avez refusé votre concours qui eût été une complicité. Messieurs, le moment solennel approche où le corps électoral va sans doute être appelé à prononcer, non entre des personnes, mais entre des systèmes que la nature des choses avait, avant nous, proclamé incompatibles. Dans cette lutte entre une civilisation progressive et une civilisation rétrograde, entre l'égalité et le privilège, entre le règne des lois et celui du bon plaisir ou de la force aveugle, la victoire ne peut être incertaine; la tribune et la presse ont fait leur devoir; nous ferons le nôtre. •
Aces derniers mois, rassemblée se leva tout entière en criant : t Nous k jurons , » la salle retentit de bravos^ et le doyen des députés de la Seine, M. Malliieu Dumas, répondit à M. Barrot par un discours de remerciement dans lequel il promit, au nom de ses collègues comme au sien, que rien ne les découragerait et ne les empêcherait d'accomplir leur mandat. Mais, ajouta-t-il, ils pouvaient être renvoyés devant les collèges électoraux, et ce serait alors aux électeurs à faire leur devoir. Ce discours se terminait ainsi : • La France, messieurs, compte sur votre courage, et nous, à notre tour, confondus dans vos rangs, nous saurons, à votre exemple, rivaliser de zèle et.de persévérance pour le salut de notre belle patrie. Que Dieu protège la liberté de la France ! »
Les journaux de la droite dénoncèrent ce banquet, les uns comme une tentative factieuse, les autres comme une farce misérable, une ignoble parade, une orgie de cabaret, et les convives comme des conspirateurs aviné dont tous les efforts ne parviendraient qu'à exciter la pitié et la risée publiques. La presse libérale, au contraire, applaudit à celte manifestation comme à une preuve nouvelle de la sympathie des classes industrielles pour la cause de la liberté. M. Dupin, dont on avait remarqué Tabsence, écrivit aux journaux pour s'en excuser, mais le ton de sa lettre indiquait suffisamment qu'il n'approuvait pas le banquet.
L'exemple donné à Paris fut imiL^dans plusieurs dé-
parlements. Les 221 furent Tobjet de véritables ovations. Une médaille fut frappée en leur honneur. Les journaux avaient publié leurs noms, mais le scrutin étant secret à cette époque, on n'a jamais' su avec une entière certitude quels étaient ceux qui avaient voté l'adresse, et il est resté des doutes sur quelques-uns.
M. de Villèle, que ses amis appelaient depuis longtemps parce qu'ils le considéraient comme pouvant seul tirer la France de la crise terrible où elle était engagée, était arrivé à Paris pour assister aux couches de sa fille. Consulté par M. de Montbel, pendant qu'il était encore à Toulouse, sur l'opportunité d'une prorogation de la Chambre pour le cas dune adresse hostile, il n'avait pas approuvé une mesure qui lui paraissait faible, dilatoire, propre seulement à augmenter l'audace des perturbateurs en ajournant la difficulté au lieu de la résoudre. Il avait conseillé un discours de la couronne calme, modéré, sans faiblesse, mais aussi sans provocation. Aussitôt après son arrivée, le 23 mars, il reçut la visite de MM. de Chabrol, de Peyronnet et de plusieurs autres personnages marquants de la droite. M. de Peyronnet, voulant le pressentir sur ses intentions, lui dit qu'on faisait tant de fautes qu'il était à croire qu'il les inspirait lui-même afin de faire désirer sa rentrée au ministère comme la seule ressource qui restât au Roi et au pays. M. de Villèle lui répondit qu'il le connaissait mal s'il le croyait capable de jouer le rôle de Mazarin et assez fou pour avoir l'ambition de revenir au pouvoir après l'épreuve faite de
la faiblesse du caractère du Roi, après que la plupart des moyens de défense avaient été livrés à l'ennemi, après que l'influence des factions sur les collèges électoraux avait été légalisée par l'intervention des tiers, et la domination de la presse assurée par l'abandon de la censure facultative. Il lui demanda s'il pensait que, dans cette situation, on pût rétablir le respect pour l'autorité royale sans quelque grand acte de force et de fermeté, ajoatant que, quant à lui, il ne pensait pas qu'on pût y parvenir d'une autre façon, mais qu'il plaindrait de toute son âme ceux qui seraient au pouvoir quand on aurait recours à de tels moyens; qu'aussi il n'avait d'autre projet que de quitter Paris dès que l'état de sa fille le lui permettrait; il l'engagea enfin à se tenir en garde contre les tentatives qui auraient pour but de le faire entrer dans un ministère où il ne pourrait que se perdre.
M. de Villèle fut invité à se rendre au jeu du roi. Lorsque Charles X eut fait le tour de la salle, le premier pnlilhommi'î de la Chambre qui l'accompagnait aperçut 'ancien président du conseil qui ^e tenait en arrière et avertit le Roi de sa présence. Le Roi s'avança vers lui en disant : • Pourquoi se faire si petit quand on est si » grand? • Puis, en s'éloignant, il lui annonça, assez iaut pour être entendu de tout le monde, qu'il aurait son audience à un jour et à une heure qu'il lui indiqua. M. de Villèle, un peu surpris parce qu'il n'avait pas demandé d'audience, crut comprendre qu'il y avait là un
petit mant^ge imaginé par M. de Polignac qui aurait voulu faire entendre qu'il ne craignait pas le retour de l'influence de son prédécesseur. Le Roi le reçut avec une grande bonté mêlée d'un peu de gène. M. de Villéle donna son opinion sur tous les sujets donl ce prince voulut l'entretenir, mais il ne prit l'initiative sur aucun. Dans cet entretien, il ne fut nullement question du ministère. Tel est le récit de M. de Villéle dans son journal. Suivant une autre version moins vraisemblable, toutes les fois qu'il essaya d'amener la conversation sur les affaires publiques, le Roi l'interrompit par des questions sur la vie qu'il menait à la campagne et sur l'état de l'agriculture en Languedoc.
Rentré chez lui après cette audience, M. de Villèlc y trouva des visiteurs qu'il était loin d'attendre. Deux députés,MM. Humann et Dumarhallach, appartenant le premier au centre gauche, l'autre au centre droit, venaient lui offrir, de la part de leurs amis politiques, l'engagement écrit et signé de faire passer le budget si le Roi voulait le charger de former un ministère et se contenter pour cette session de celte loi indispensable, ce qui donnerait à l'opinion le temps de se calmer et au monarque le moyen de rétablir l'harmonie entre la couronne et la Chambre. Ils avouèrent qu'en votant l'adresse ils avaient espéré que le gouvernement reculerait devant cette manifestation, mais qu'ils regrettaient ce vote depuis qu'ils apercevaient les conséquences fatales qui pourraient en résulter. Ils tenaient à ménager le repos de leurs fa-
milles et la sf^curité de leur fortune compromis par l'imprudence d'un seul homme, de M. de Polignac, qui se croyait prédestiné à sauver la France, qui, incapable de le faire en maintenant le gouvernement représentatif, tenterait certainement un coup d'État, et qui n'avait pas même ce qu'il fallait pour y réussir. Ils dirent encore que, personnellement, ils étaient assez désabusés en ce qui concernait l'application des formes représentatives à la France, jjour voir sans beaucoup de regret leur modi- (ication dans un sens plus monarchique, mais que M. de Polignac y échouerait et jetterait le pays dans une révolution ; que c'était là ce qu'eux et leurs amis voulaient éviter en s'adressanl à M. de Villèle bien qu'ils ne partageassent pas ses opinions; qu'ils croyaient en cela faire acte de bons citoyens, et qu'ils espéraient que le Roi en jugerait de même. M. de Villèle leur répondit qu'il était le dernier auquel ils eussent dû faire une telle proposition, parce qu'en la transmettant au Roi il semblerait vouloir s'imposer à lui; qu'il lui était donc impossible de s'en rendre l'intermédiaire, mais qu'il leur en garderait le secret et que, pour sa part, il verrait avec joie tout ce qui tendrait à rapprocher les pouvoirs dont la division pouvait perdre la France.
M. Humann alla trouver le ministre des finances, M. de Chabrol, pour le prier de faire au Roi la communication dont M. de Villèle n'avait pas voulu se charger. M. de Chalirol y consentit. On assure que Charles X, pour toute réponse, s'écria : « C'est un tour de Villèle, mais X X 22
> je rattraperai bien, je ne lui parlerai que de son
> midi. > D'après un autre récit, il aurait, dans un langage plus grave et plus digne, exprimé au fond la même idée : il aurait dit : • C'est une intrigue à laquelle je veux
> croire que M. de Villèle est étranger. » Évidemment, le Roi se sentait plus à Taise, en plus complète communauté d'idées et de sentiments avec M. de Polignac qu'avec Tancien ministre qui quelquefois, bien qu'avec trop peu d'énergie, avait essayé de résister à sa funeste politique.
Pour apprécier la véritable portée de la démarche faite par MM. Ilumann et Dumarhallach, il faudrait savoir quel était le nombre des membres de la Chambre qui l'avaient autorisée, mais elle prouve tout au moins qu'une partie de l'opposition hésitait encore à pousser les choses à l'extrême et qu'il aurait été possible à la royauté de prévenir une catastrophe au moyen de quelques concessions.
Deux jours après, cependant, M. de Polignac, dans une visite qu'il lit à M. de Villèle, après lui avoir avoué que le ministère ne se sentait pas assez fort pour surmonter la crise, lui offrit, en termes d'ailleurs assez vagues, d'entrer dans le cabinet pour l'aider dans la lutte qui s'engagerait à la rentrée des Chambres, et il lui fit entendre que, de sa part, la question de la présidence du conseil ne serait pas un obstacle. M. de Villèle répondit que rien au monde ne le déciderait à se prêter à un arrangement qui ne pourrait avoir aucun bon résultat ; que le Roi aurait l'air de reculer devant le refus de con-
cours el que le pays ne verrait dans ce changement qu'une combinaison fallacieuse el éphémère d'intérêts personnels. Pour prouver à M. de Polignac la sincérité de son langage, il lui annonça qu'il allait quitter Paris sans attendre même que sa famille pût le suivre. Il exjiriraa enfin la conviction que l'état dos choses exigeait les plus prompts remèdes et que les ministres actuels, seuls solidaires des mesures prises jusqu'alors, pouvaient seuls aussi espérer s'entendre pour adopter et exécuter sans relard celles qui en seraient la suite nécessaire.
M. de Polignac, dont, suivant toute apparence, la proposition n'était pas sérieuse et (jui comptait sur un refus, n'insista pas. M. de Chabrol crut pourtant devoir la renouveler, bien qu'il ne crût pas non plus qu'elle fût acceptée. Dans un entretien qu'il eut avec M. de Villèle, il se plaignit amèrement de l'impuissance du ministère, entravé dans son action par l'influence des courtisans. Il raconta qu'il existait aux Tuileries un escalier dérobé conduisant du rez-de-chaussée au cabinet du Roi, par lequel, sans que personne pût s'en douter, un unique conlident lui amenait ceux qu'il voulait voir en secret. M. de Villèle, pour toute réponse, s'en référa à ce qu'il avait dit à M. de Polignac.
Il reçut encore la visite de M. d'IIaussez, de M. de Guernon-Ranville, de M. de Blacas. M. Berryer vint aussi le presser de se rattacher à la politique du ministère. Ces visites, qui ne pouvaient être ignorées, répandaient dans le public l'idée qu'il allait entrer dans le cabinet.
340 UISTOIRE DE LA BESTAUHATION.
et bientôt son modeste salon se trouva trop étroit pour contenir la foule qui venait y saluer l'aurore de sa résurrection politique.
Le 7 avril, dans un diner auquel l'avait invité, avec un grand nombre de pairs et de députés, M. Olivier, ce banquier qui avait longtemps siégé sur les bancs de la droite comme député de Paris et qui maintenant faisait partie de la chambre des pairs, il rencontra M. de Peyronnct. Il ne fut pas pou surpris de la modification ou plutôt du revirement complet qui s'était opéré dans les idées de son ancien collègue depuis la conversation qu'ils avaient eue ensemble quelques jours auparavant. M. de PeyroTinet, qui avait reçu depuis pour lui-même l'ofl're d'un portefeuille, s'elTorr^ de lui persuader qu'il ne devait pas hésiter à en accepter un, et, comme M. de Villèle ne se rendait pas à ses instances, il lui dit, avec une vivacité qui allait jusqu'à l'emportement, que son refus serait une erreur d'autant plus déplorable qu'elle» serait funeste au Roi et au pays. M. de Castelbajac, seul de tous les assistants, joignit ses efforts à ceux de M. d<» Peyronnet. Les autres se rangèrent à l'opinion exprimée par M. de Villèle, qu'en s'associant ù une mauvaise combinaison, on courrait risque de se perdre et de perdre le pays.
M. de Montbel, qui était toujours avec lui dans des relations intimes, ne lui dissimula pas qu'il était en effet question d'appeler M. de Peyronnet à faire partie du ministère, mais qu'il exigeait le département de l'intérieur pour
HISTOIRE DE LA RESTAURATION. 34i
•''tre en mesure d'agir sur les élections ; que M. de Po-
'î|çnac était disposé à le lui donner, et que comme lui, Montbel, en était en ce moment le titulaire, on essayait de le déterminer à le lui céder lorsque le moment en serait venu en prenant un autre portefeuille. M. de Vil- 1^1 e conseilla à son ami de donner sa démission plutôt •lue de se compromettre dans un coup d'État dont ce reïïiauiement semblait devoir être le préliminaire. Puis, le Ï2 avril, il partit pour Toulouse. « La monarchie, > dîsait-il, • m'a fait l'effet dune place minée et contre-
■ minée dans tous les sens, que la moindre étincelle
■ doit faire sauter. •
Dans une lettre qu'il écrivit peu de jours après à sa
feinme qui était restée à Paris, il lui annonça l'intention
positive de ne pas y retourner pour prendre part à la
^ossion. • Je n'avais, » lui disait-il, « que deux leviei-s
» avec lesquels j'ai été et je pouvais être de quelque
utilité, la confiance des rovalistes et celle du Roi.
Les premiers sont en décomposition ; le Roi s'est livré
a ceux qui nous ont fait le plus de mal ;... je serais
tien dupe... d'aller sacrifier et mes goûts, et ma
santé dans des voyages inutiles et me placer en fausse
position. >
Le seul résultat de son séjour à Paris avait été de susciter de nouvelles divisions dans le parti royaliste, dans ^■^^luiqui avait jusqu'alors soutenu le ministère, ou plutôt ^e rendre plus évidentes celles qui y existaient déjà. La ^^:etle de France ayant donné à entendre que la pensée
du 8 aoûl avait besoin, pour triompher, d'être défendue par des hommes plus capables, la Quotidienne soutint que le système ne devait pas porter d'autre nom que celui de M. dePolignac,etque celui-ci,choisipar le Roi, devait rester le seul représentant de sa politique; elle louait, d'ailleurs, M. de Villcle de ne vouloir pas revenir au pouvoir. La Gazette répondit qu'il ne s'agissait pas de savoir si M. de Villèle voulait ou ne voulait pas rentrer aux aiïaires, mais s'il était bon pour les aiïaires qu'il y rentrât. La Quotidienne, ainsi poussée à bout, dénonça l'intrigue qui venait de se nouer pour reporter M. de Villèle au ministère, déclarant qu'elle ferait tout ce qui dépendrait d'elle pour empêcher que le drapeau de la France ne fût compromis dans une question personnelle. Le Drapeau blanc, comme la Quotidienne, prétendit que le retour de M. de Villèle ne ferait que désunir davantage les royalistes. A partir de ce moment, la Gazette de France, dont l'influence était grande dans une portion considérable du parti royaliste, lit à M. de Polignac une opposition en quelque sorte systématique. Livré de plus en plus aux inspirations de la partie violente de la droite, le ministère avait cru devoir faire acte de vigueur en sévissant contre ceux des fonctionnaires publics qui s'étaient montrés contraires à sa politique. M.Calmon, député du Lot, qui passait pour avoir voté l'adresse des 221, fut destitué des fonctions de directeur général de l'enregistrement auxquelles on appela M. deSuleau, préfet de la Moselle, royaliste ardent. Il
ST018K DE L* RESTAUllATION. 3W
ni été question, dans le conseil, de remplacer ||de Romand, directeur général des conlrihutions I, qui s'était absenté au moment du vote, et trois membres du conseil d'État connus pour leurs sentiments peu favorables au cabinet, MM. Allont, d'Argout et de Cormenin. Ceux-ci passaient jiour (Ure en quelque sorte les lumières du conseil. Quant à M, Bacot de Romand, son dévouement à la monarchie el à la dynastie n'était pas douteux. Grâce à l'intervention de M. tourvoisier elde M. de Guernon-Ranville, ils Turent épargnés, mais six préfets furent révoqués ou mis à la retraite, d'autres punis ou récompensés par des mutations. Parmi les dis- IP^ciés, se trouvaient M. Feulrier, frère de l'évéque de '^'aqvais, lion administi'ateur, et aussi des hommes qui **'ait'nt donné des gages non équivoques de leur roya- ''snie, M. de Lezardières, M. de Ricré, M. de Beaumont, "■Ais qui s'étaient ralliés à la politique libérale dont "- de Martignac avait été l'expression. La Quolidieiate cl '^ aotres journaux de la droite, en applaudissant à ces *^snres de rigueur, dirent pourtnnt qu'elles étaient in- ^iflisantes et réclamèrent une épuration complète des "^onctionnaires publics. Tant que le libéralisme aurait P>ed dans l'administration, disaient-ils. il n'j aurait ^^Q à faire pour la royauté ; le gouvernement était im- ("iteible si Ion ne frappait pas à tous les degrés de l'é- ^w\\e politique et administrative, depuis le premier ^^Hlilhomme de la chambre jusqu'au dernier maire de 'village : on ae pouvait donc considérer les révocation.''
prononcées que comme un premier pas dans une bonne voie, et il ne fallait pas que le second se fit attendre.
Au milieu des nombreuses manifestations par lesquelles Topinion témoignait combien elle était contraire au ministère, il obtint pourtant un de ces succès qui, sans donner une force réelle aux pouvoirs fortement ébranlés, ont pour effet de leur inspirer des illusions dangereuses. Le collège électoral du département de Maine-et-Loire avait à élire un député à la place de M. de La Bourdonnaye appelé à la pairie. Il nomma un des ministres, M. de Guernon-Ranville, qui ne faisait pas encore partie de la Chambre. Son concurrent était M. de Vatimesnil, porté par toutes les nuances de l'opposition. Cette élection, succédant à celle de M. Dudon, pouvait faire croire au gouvernement que la faveur publique lui revenait et qu'à l'aide d'une action énergique de I administration il ne lui était pas impossible de triom|)her dans des élections générales. En réalité, ces deux nominations, faites par des collèges de département, cest-à-dire par les représentants de la grande propriété, dans des contrées renommées pour leur dévouement à la cause royale, n'avaient rien de bien signilicatif.
Quelque résolu que fût le ministère à ne reculer devant aucun obstacle dans la guerre qu'il avait déclarée au libéralisme, comme il n'avait pas encore complétt*mentarrétéson plan, comme, en tout cas, il ne lui aurait pas convenu de le faire pres>(»ntir, il était presque également embarrassé et contrarié de la violence des jour-
naux qui passaient jusqu'à un certain point pour les interprètes (le sa pensée et des agressions de ceux qui lui étaient hostiles. Le H avril, il fit paraître dans le Moniteur un grand article où il déclarait qu'il n'avait donné et ne donnerait à aucun journal le droit de parler en 8on nom; que vainement on voudrait mêler le gouvernement au jeu des partis et de leur passions; qu'il faisait les affaires de la France et ne montait pas sur les tréteaux; quil croirait manquer à sa dignité s'il prenait part aux querelles d'amour-propre et d'ambitions déçues et qu'il abandonnait la presse à son mouvement propre, sauf la répression légale des désordres qu'elle pourrait exciter. Ce rude désaveu, dirigé moins contre les journaux libéraux que contre ceux de la droite, frappait tout à la fois la Quotidienne et la Gazette de France qui s'en montrèrent également blessées. Un ordre du préfet de police obligea toutes les feuilles publiques à le reproduire, mais il trouva peu de créance, et dans aucun parti on n'y ajouta foi.
M. de Polignac cherchait, avec plus de zèle que de suc^îès, les moyens de sortir de la situation, en (jnelque sorte sans issue, où il se trouvait placé. Un jour, il prétait l'oreille à M. Ouvrard qui lui conseillait d'abolir l'impôt des patentes et do réduire l'impôt foncier de manière à supprimer la moitié ou les deux tiers des électeurs, précisément ceuv qui, à raison de la modicité de leur fortune, étaient généralement les plus favorables à l'opposition, mais il était bientôt forcé de reconnaître que
3i6 HISTOIRE DE LA RESTAURATION.
ce serait uneopération de longue haleine et qui ne pouvait remédier au mal présent. Puis, il méditait un grand plan de réorganisation constitutionnelle qui eût assuré la prépondérance à la chambre des pairs. Ce plan, accepté par elle, eût été soumis ensuite à la chambre des députés. Si elle lavait adopté, la monarchie était sauvée; si elle Tavait rejeté, la chambre des pairs en aurait été offensée, et alors, les deux premiers pouvoirs de l'État, la royauté et la pairie, unis dans un intérêt commun de conservation, se seraient entendus pour s'opposer aux empiétements de la démocratie révolutionnaire. Cette idée, confiée au grand référendaire de la chambre des pairs, M. de Sémonville, dont tous les ministères successifs avaient l'habitude de consulter la vieille expérience bien que son caractère ne leur inspirât pas beaucoup de confiance, fut communiquée par lui à plusieurs de ses collègues; elle ne parut pas leur convenir, et M. de Polignac dut y renoncer. Il raconte, dans &es Études historiques, que M. de Sémonville lui remit, pour toute réponse, une note dans laquelle il indiquait, comme moyen d'influence sociale à donner à la chambre des pairs et comme désirée par ses membres, l'autorisation pour leurs fils d'entrer dans la salle du trône avec un habit de couleur vert pomme. € M. de Sémonville sans doute voulait rire, • ajoute M. de Polignac.
Le président du conseil, infatigable dans sa stérile activité, s'ingéniait à découvrir dans toutes les directions, dans tous les ordres d'idées, ce qui pouvait donner de
arSTOlBE IIE LA RESTAURATION. 3t7
la force et de l'éclat à la monarctiie el di?sarmer l'opposition par le bien faitai) pnvs. Comme ic disait ironiquemenlle Globe, il ne manquait ni dû foi, ni de courage; il était même KeoIu, mais il ne savait pas bien à quoi; il était prôl à tout faire, mais il cherchait ce qu'il fallait faire. Il sui'ait voulu diminuer les charges puhliques tout tn crt^ant de nouveaux impôls, détruire le monopole
«iversitaire, décentraliser l'administration sans porter eiote auï prérogativesde la couronne. Il résuma toutes tTnesdans un rapport confidentiel qu'il présenta au ï le li avril et qui contenait un exposé de l'ét-it de la France. Il oe niait pas qu'il n'y eût quelque agitation chex '«-■s hommes que leur rang, leurs emplois ou leurs occu- Iwiions liabiluelles conduisaient à s'occuper des affaires PtiMiqu[-s,mais. suivant lui, personnene regardait comme possible le renversement de l'ordre de choses établi par ^ AestmratiOD. Cette agitation qu'il déplorait, il ne la ^ovait, d'ailleurs, que dans les grandes villes ; le peuple "^ la partageai! pas, il restait absorbé, dans la préoccupation des intérêts matériels garantis par les institutions existantes. La presse quotidienne attestait seule le trouble ^*ï» esprits; elle dissimulait les étroites limites dans leslOelles le mouvement était circonscrit. Elle faisait illu- "On à quelques-uns sur la nullité des motifs de cette 'ttqiiiétude. Pouvait-on l'expliquer par la crainte du ^nvcrsemenl des institutions? Le Roi , dont la parole rcn- '*Tii8ii toutes les garanties, avait fait connaître sa vo- '(ttlide les maintenir. Aucun acte do l'autorité n'avait
prêté au moindre reproche d'inconslitulionnalilé ; une opposition vigilante et partiale n'avait pu, depuis six mois, relever un seul fait de violation de loi. Toutes les lois étaient respectées, non-seulement dans leur texte, mais dans leur esprit. Il aurait fallu, d'ailleurs, pour qu'on pût imputer raisonnablement aux ministres le |>rojel de détruire les institutions, qu'il leur fût possible d'avoir quelque espoir d'y réussir, mais personne ne savait mieux qu'eux quelles profondes racines elles avaient jetées en France. Les lois existantes ouvraient aux Français, qui ont un si grand besoin d'activité, une carrière dans laquelle cette activité pouvait s'exercer sans danger et même avec profit pour la chose publique. Ces lois conciliaient habilement et satisfaisaient d'une manière complète le vif attachement de la nation à l'égalité et sa soif des distinctions. Les hommes les plus influents par leur yang ou leur fortune mettaient un juste prix à la participation que leur qualité de pairs ou de députés leur donnait à l'autorité législative; les propriétaires d'un ordre inférieur trouvaient, dans l'exercice de moindres prérogatives, un contentement d'autant plus vif qu'il ne leur était pas interdit d'aspirer à une plus haute position. L'attachement des électeurs pour la Charte était déjà si puissant, si solidement établi que si, par le concours d'événements auxquels la prudence humaine ne saurait parer, une déviation des institutions devenait nécessaire, cette déviation, fût-elle légère et ne pouvant être que momentanée, ne serait favorablement accueillie que s'il était
évident qu'elle assurerait pour l'avenir le maintien des bases sur lesquelles reposait le système actuel. Le rapport constatait ensuite l'état prospore do l'industrie, do Tagrîiulture et du commerce. Jamais le crédit n'avait été si florissant. Les fonds publics avaient do beaucoup dépassé ^^' pair, résultat de la fidélité avec laquelle le gouvorncinont royal remplissait ses engagements. A l'extérieur, la Prnnce recueillait aussi le fruit de la politique sage et désintéressée de ses souverains. Respectée par tous les
t^tals, aucun n'était disposé à intervenir, même d'une Manière détournée, dans les affaires du rovaume. L'Espagne lui devait la fin do ses guerres civiles et les pas qu'elle commençait à faire vers une meilleure situation. I-a Grèce devait au Roi son existence et lui devrait plus qu'à aucun autre souverain les garanties de son avenir. ï-a France n'avait nulle part demandé d'avantages materîels, de privilèges exclusifs, mais la reconnaissance des peuples et des gouvernements était venue la cbercher. Ses rapports avec la Russie et avec la Prusse étaient établis sur le pied d'une parfaite cordialité. Si elle ne trouvait pas chez rAutriclie et l'Angleterre autant de iKïïînc volonté et de disposition à se réjouir de sa pros- P<^rité, elle n'avait du moins aucun motif de redouter de '*^Ur part aucune objection à ses projets. Les États secondaires de TAllemagne étaient portés à se rapprocher d'elle et à s'en rapporter à son arbitragi» dans '^Urs démêlés. Les États italiens lui accordaient de bonne Rrtce le concours et les facilités dont elle avait be.oin
3aU HISTOIRE DE LA RESTAURATION.
pour rexpêdition d Alger. Dans l'Orient, elle maintenait ses anciens priviU'*gcs, elle exerçait son patronage sur les populations catholiques, et par là une influence considérable dans toutes les parties de l'empire ottoman. Le pacha d'Egypte, le prince le plus éclairé et un des chefs les plus puissants de ces contrées, lui témoignait autant de déférence que le permettait sa position de musulman et de vassal de la Porte. En Amérique, sa position était aussi satisfaisante que le comportaient les révolutions fréquen-
♦ tes des républiques espagnoles. Parlantavec regret des projets de loi qui auraient été présentés aux Chambres si le gouvernement n'avait pas été obligé de recourir à la mesure de la prorogation, M. de Polignac disait que les plans conçus par la bienveillance royale avaient été contrariés par une opposition qu'on n'avait pas dû prévoir attendu que rien ne la justifiait; que le ministère, privé de la possibilité de réaliser des améliorations en l'absence
. des Chambres, ne pouvait que persévérer dans les voies légales dont jl ne s'était pas écarté un seul instant, on laissant à l'opinion publique le soin de prononcer entre une conduite irréprochable et des imputations purement gratuites; que les difficultés qui entravaient la marche du gouvernement provenaient de l'hostilité de la presse, du mauvais esprit d'une partie du corps électoral et des menées des comités directeurs, mais qu'un remède efficace ne pouvait être apporté sans le concours des Chambres à cette double source d'agitation; que, dans l'état de la législation, il était impossible d'assurer une
HISTOIRE DE LA RESTAU UATION. 351
répression plus sévère de la licence de la presse ; que quant aux comités directeurs on ne pouvait requérir aucune peine contre leurs membres pour le seul fait de leur association; que le gouvernement devait donc se borner à s'efforcer d'écarter tout motif de mécontentement pour le présent et de crainte pour Tavenir et qu'il croyait ne pas manquer à ce devoir.
Ce rapport, qui, naturellement, ne fut pas publié, mélange incohérent d'aspirations libérales et patriotiques, de protestations constitutionnelles et de Ibéorios qui préparaient la voie à un coup d'État, caractérise admirablement M. de Polignac. Il y a sans doute de l'optimisme dans le tableau qu'il y traçait de l'état de la France. On ne saurait nier, cependant, que les traits en sont généra\Binent vrais. La révolution que préparait alors la déplorable politique du Roi et de son conseil devait surprendre le pays au milieu d'un développement de prospérité, de richesse, de puissance militaire et d'influence extérieure qui, s'il n'eût pas été arrêté par de fréquents bouleversements, l'eût promptement replacé au pn^mier rang des États européens.
Un rapport présenté au Roi par le ministre des finances et qui fut inséré dans le Moniteur contient, sur la situation financière, des détails qui méritent d'être recueillis parce qu'ils constituent, pour cette branche importante du service public, le dernier compte rendu du gouvernement de la Restauration. C'était en quelque sorte son testament.
M. de Chabrol commençait par y retracer la marche que ses prédécesseurs et lui avaient suivie pour amener les choses au point où elles se trouvaient en ce moment. Il faisait Thistoire succincte, mais complète, de Tétahlissemcnt des divers impôts dont se composait le revenu public, des changements, des variations, des accroissements qu'ils avaient subis avec les progrès de la population, de la fortune publique et des fortunes particulières. Il exposait les résultats obtenus des opérations du cadastre pour l'impôt foncier et d'une révision nouvelle pour la répartition de la contribution pci-sonnelle et mobilière. Le nombre des communes cadastrées s'élevait déjà à plus de 20,000 sur 37,000. Quant à la contribution mobilière et personnelle, après beaucoup d'épreuves contradictoires, on était enfin arrivé à fixer le montant des valeurs locatives, sans y comprendre celles qui étaient relatives à l'industrie, à près de 304 millions dont 170 appartenant aux villes et 13i aux communes rurales. Le nombre des habitants était de 31 millions (557, 429, celui des maisons de 6 millions 396, 008, cx> qui faisait une augmentation notable sur les évalualions de 1820. Les dégrèvements opérés depuis quelques années sur l'impôt foncier, sur la contribution personnelle et mobilière, sur celle des portes et des fenêtres, avaient rendu aux propriétaires près de 92 millions. Ces quatre branches principales du revenu de la France apportaientau trésor une redevance facile et assurée qui, en principal et en centimes additionnels, produisait
lillio
i. Les frais de
e di^pass
perceptio
(6 millions. En ce qui touchait aux contributions indirectes, dans l'ititervatle rrouK^ de 1818 à 1828, les replies brutes s'étaient élevées de 163 millions à 212, tandis que les frais de perception avaient été réduits de près •l'un tiers; le bénéfice net du monopole des tabacs avait été porté dp 41 à 46 millions. Arrivant à l'article de la dette publique, qui s'élevait dans son ensemble à la somme ie 322 millions 752, 560 francs, le rapport énumér^itlc» éléments qui l'avaient si considérablement grossie depuis le commencement de la Restauration et les charges *nonnes auxquelles le gouvernement avait eu îi pourvoir. Il mil fallu payer 700 millions de contributions de pierre. 650 raillions pour les réclamations élevées par i^n parliruliers étrangers, et solder pendant trois ans l*«upaiion du territoire par l'armée alliée; il avait fallu 'Ifiiudre un arriéré de 650 millions. A Taidc de l'im- [Klt, combiné avec le crédit fondé parla fidélité de l'État i s«s engagements, on avait sufli à tout. On avait, de pluii, trouvé les ressources nécessaires pour indemniser lesùmigrés, pour soutenir les intérêts de la grandeur et it 11 puissance de la France dans quatre questions capi- Wes, l'intervention en Espagne, l'intervention en Grèce, Ipséienlcalités de la guerre entre la Russie et la Porte flb((uerre contre ta régence d'Alger. Après avoir in- Jiijaf les cliangcments apportés au système d'amortisselaenl dp la dette et fait allusion h des projets de conversioa auxquels le gouvernement ne voulait s'arrêter \x sa ,
35i lIIbTOIRE DE LA RESTAURATION.
quavec la certitude du succès et moyennant la garantie de tous les droits, le ministre présentait quelques aperçus sur les exercices linanciers des dernières années et de Tannée courante qui, autant qu'on pouvait en juger en ce moment, semblaient à peu de chose près en équilibre. Quant au budget de 1831, il évaluait l'ensemble des dépenses à 983 millions 183, 397 francs et celui des recettes à 986 millions 201, 158 francs, t Telle est, . disait en Unissant M. de Chabrol, « la véritable situation des charges et des ressources de la France ; toutes ses dettes sur les anciens exercices sont soldées ou couvertes par des moyens suffisants, et ses budgets courants et futurs offrent dés à présent des fonds libres et de grandes espérances d'amélioration. Le régime d'ordre et d'économie qui s'est établi dans les diverses parties du service a déjà produit de nombreuses épargnes qui ont allégé le poids de nos sacrifices; j'ai la satisfaction d'avoir pu montrer à Votre Majesté que l'administration des finances était entrée franchement dans cette carrière et qu'elle y avait déjà recueilli plus de 30 millions par des perfectionnements successifs dans les différentes branches de son travail : j'espère aussi avoir démontré, par les développements que je viens de présenter sur le système de nos contributions, qu'il sera possible incessamment d'en améliorer les tarifs et d'en obtenir des tributs non moins abondants et plus faciles a supporter. L'espérance d'un nouvel accroissement de nos revenus ne se
change-l-elle pas en certitude lorsque l'on sait les progrès de cette augmentation rapide et soutenue quia élevé nos impôts indirects de 212 millions pendant les quinze années de prospérité qui sont dues au retour de la paix et à la sollicitude paternelle de nos rois? Et que ne devons-nous pas attendre de l'activité industrieuse d'une population dont les eiïorts sont » tous dirigésvers l'intérêt général ! Nous pouvons retran- » cher de nos dépens<»s les utiles économies que Tordre
• et la simplification du système administratif nous per- » mettent de réaliser avec une sage lenteur et sans nuire
• â la bonne exécution des services. Nous verrons s'alTai- » blir chaque année les charges temporaires que nous
• imposent encore la dette viagère, les pensions, les secours, les demi-soldes des militaires. Une épargne de plus de 40 millions nous est assurée par Textinction graduelle de ces divers articles. Nous n'obtiendrons pas moins de la conversion de nos rentes cinq pour cent et des fonds que l'élévation des cours rendra disponibles sur l'amortissement de notre dette fondée. Nous avons enfin surmonté les circonstances les plus difficiles, nous sommes quittes de toutes les obligations qu'elles avaient fait contracter à la France et nous sommes appelés aujourd'hui à recevoir le prix de tant d'efforts et de tant de persévérance... Je ne crois pas que l'intérêt bien entendu des contribuables conseille de réserver exclusivement à des dégrèvements d'impôts les importants résultats de la réduction et
i de l'extinction de nos dettes antérieures, surtout après
• rallégement... déjà accordé à la propriété, et je pense
> qu'il sera plus utile de les con<^crer à la dotation,
> jusqu'à présent trop insignillante, de plusieurs services » qui ont pour but d'honorer et d'enrichir la France. » C'est ainsi qu'on satisferait au besoin, chaque jour » plus pressant, de compléter les établissements civils et » hydrauliques de la marine, de fournir à la défense » de nos frontières tous les fonds nécessaires pour ga- » rantir la sécurité et l'indépendance du pays ; c'est
> ainsi qu'on pourrait appliquer à l'achèvement de nos » routes et de nos canaux les subsides indispensables » pour établir entre toutes les parties de la France des t communications facilesqui favoriseraient le travail, ou- » vriraient de nouveaux débouchés à ses produits et » réaliseraient pour l'avenir toutes les espérances de la » Restauration... Le tableau que je viens de mettre
• sous les yeux de Votre Majesté pour lui exposer dans
• toutes ses parties la situation des finances de l'État ne
> présente que des résultats satisfaisants dans le passé et » plus favorables encore pour l'avenir. Jamais aucun » peuple n'a recueilli des avantages plus précieux et
> plus prompts que ceux dont la France a commencé à » jouir depuis le retour de ses souverains légitimes;
> jamais aucune nation n'a été appelée à de plus belles
> destinées que celles que prépare encore la sollicitude
> royale à la reconnaissance publique. Tous les efforts se
• réuniront désormais à ceux du souverain pour cou-
» seiirer les bienfaits d'un gouvernement qui a fondé t la prospérité de la France et qui doit satisfaire chaque » jour davantage à ses nouveaux besoins et à ses plus » chères espérances. »
Les faits résumés par ce document et dont l'exactitude ne peut être niée font certainement le plus grand honneur à Tadministration financière de la Restauration. C'est peut-être le titre le plus incontestable de ce gouvernement à la reconnaissance de la France. Disons pourtant que ceux de ses apologistes qui, pour le faire valoir aax. dépens des gouvernements qui lui ont succédé, ne cessent de répéter que c'est avec un budget de moins d'un mil liard qu'il a obtenu de tels résultats, oublient, dans les comparaisons qu'ils se plaisent à établir, des éléments essentiels : sans parler même de la différence de la valeiiTde l'argent à ces diverses époques, il ne faut pas P©x*dre de vue que la Restauration a fait très-peu de chose pour les travaux publics et l'instruction publique, si largement dotés depuis, et que les circonstances généra I es de l'Europe lui permettaient de ne tenir sur pied qïï^^iine armée relativement peu nombreuse; que, pendant q^^lques années môme, elles lui en imposèrent la nécessité. La marine n'avait pas pris, non plus, les dével<>ï>pements qu'elle devait prendre plus tard. Ce ne sont ce rtainementpas des griefs que l'on puisse alléguer contre l^s ministres de Louis XVIII et de Charles X : ils avaient toison de se préoccuper, avant tout, du rétablissement *^« finances et, pour y arriver plus promptement, d'à-
journer toute dépense non absolument nécessaire, mais leurs successeurs ont eu raison, aussi, d'agir autrement dans des conjonctures différentes, en présence d'autres nécessités et lorsque les ressources et les richesses de la France, s'étant considérablement augmentées, leur donnaient la possibilité de pourvoir à des besoins que, longtemps, il avait fallu négliger.
Quelle que fut l'importance du rapport de M. de Chabrol, qui depuis a été bien souvent rappelé, il attira à peine, au moment où il parut, l'attention des hommes spéciaux. Les esprits étaient absorbés par Tattente des grands événements qui se préparaient.
Le gouvernement, résolu à dissoudre la Chambre qu'il venait de proroger, n'avait encore rien décidé sur l'époque de cette dissolution et des élections qui devaient la suivre. Le mois d'avril presque entier s'écoula dans cet état d'incertitude. Doux propositions avaient été soumises au conseil. La dissolution et les élections auraient-elles lieu aussitôt après le débarquement de l'expédition française dans la régence d'Alger, c'est-à-dire au mois de juillet, ou bien attendrait-on la clôture de la confection des listes électorales annuelles fixée par la loi au 15 octobre, ce qui donnerait le temps de connaître les résultats de cette expédition dont le succès aurait une heureuse influence sur l'esprit public?Acette dernit»re proposition, on objectait que, sans doute, si l'expédition réussissait, son succès pourrait favoriser les chances électorales du ministère, mais que, si, au contraire, elle échouait.
HISTOIRE DE LA RESTAURATION. 3o9
l'effet en serait désastreux. On représentait aussi que si
les élections étaient ajournées au mois d'octobre, la nou-
^^elle chambre ne pourrait se réunir à temps pour voter
svant la fin de Tannée le budget de 1831 , en sorte qu'on
retomberait forcément sous le régime des douzièmes pro-
"^isoires, si contraire à la régularité financière et dont
^)n avait eu tant de peine à sortir. L'autre proposition
sie présentait pas les mêmes inconvénients, et les élections
faites au mois de juillet devaient,à ce que croyaient la plu-
|)art des ministres; avoir plus de chances de bien tourner
sious l'influence d'un premier succès militaire que l'on
considérait comme probable, dût-il ne pas être suivi
d'une victoire définitive.
Une autre question non moinsgrave,c'étaitcelledesavoir ce qu'on ferait après les élections. Dans le cas où elles réussiraient, les ministres étaient d'accord pour présenter à la chambre nouvelle diverses modifications de la législation électorale et surtout une loi plus efficace contre la licence des journaux, mais cet accord était loin d'exister sur la conduite qu'il y aurait à tenir si cette chambre était aussi hostile ou même plus hostile que celle des i2âl . Pour comprendre les dissentiments qui se manifestèrent à ce sujet, il faut se rendre compte de l'extrême diversité des caractères, des sentiments et des opinions des membres du conseil.
Plusieurs d'entre eux étaient atteints depuis quelque temps d'un profond découragement. M. Courvoisier. M. de Chabrol et M. de Guernon-Ranville comprenaient.
surtout depuis l'épreuve de la courte session qui venait de se terminer, que le ministère, marchant au jour le jour, sans ensemble, sans projet arrêté, n'était pas à la hauteur de sa tâche ni même en état de soutenir avec avantage une lutte de tribune : qu'il allait en aveugle aodevantd'un orage menaçant; ils croyaient donc absolument nécessaire ou un changement de personnes, ou un changement de système. MM. de Guernon-Ranville et Courvoisier avaient demandé, en conséquence, qu'on arrêtât, avant toute chose, d'une manière claire et précise, un plan de conduite pour toutes les hypothèses, et M. de Polignac avait promis de s'en occuper. Cependant, lorsque la question fut reprise quelques jours après, on ne put s'entendre sur ce qu'il y aurait à faire en cas d'échec dans les élections, supposition que la majorité du conseil considérait ou feignait de considérer comme dépourvue de tout fondement, mais qui ne paraissait pas telle à M. Courvoisier, à M. de Chabrol et à M. de Guernon-Ranville. M. de Polignac termina la discussion en disant que, le cas échéant, le Roi aviserait.
Ces paroles étaient d'autant moins faites pour rassurer les membres modérés du ministère que, depuis quelque temps, il leur semblait qu'un changement s'était opéré dans les dispositions du président du conseil. Dominé par une influence tout à fait en dehors de la sphère minis' térielley c'est-à-dire, pour exprimer nettement l'idée que M. de Guernon-Ranville, dans son journal, indique au moyen de cet euphémisme, par la volonté du Roi, il se
montrait maintenant convaincu, ce qu'il n'avait pas fait Jusqu'alors, qu'on ne pourrait sortir de la lutte engagée qu'en recourant à des mesures extraordinaires, par application de l'article 14 de la Charte, en d'autres termes, à un coup d'État. Quelquefois, dit-on, les représentations de N. Gourvoisier l'effrayaient sur les conséquences d'une telle entreprise, mais le Roi ne tardait pas à effacer de son esprit ces impressions passagères. Déjà, à l'époque de la prorogation, M. de Guernon-Kanville cherchant à lui pei*8uader qu'avec de la prudence, de la modération et de la fermeté il ne serait pas impossible de se ménager, dans la chambre des députés, une majorité suffisante pour atteindre sans encombre la fin de la session, c une majo- • rite I 1 s'était-il écrié ! a j'en serais bien fâché, je ne ■ saurais qu'en faire, i Ces paroles, dont M. de Guernon- Ranville n'avait pas d'abord compris le sens, lui revenant à l'esprit, ne pouvaient qu'augmenter ses inquiétudes.
M. deBourmont et M. d'Haussez suivaient docilement, ^^ toute circonstance, l'impulsion de M. de Polignac. M. de Montbel ne se prononçait pas ouvertement, mais il était évident qu'il ne se prêterait qu'avec une extrême répugnance à des mesures extralégales. Dans son dévoueï^^nt honnête et sincère à la cause de la rovauté, il aurait voulu la sauver sans rien hasarder et surtout sans violence. M. de Chabrol n'était nullement enclin à recou- ^^^ à l'article 14. Cependant, lorsqu'on le pressait, il reconnaissait que, si les exigences de la chambre nouvelle
mettaient le gouvernement dans l'alternative de compromettre l'honneur et la sécurité du trône par de honteuses capitulations ou de les sauver par des actes extralégaux, on se trouverait placé dans le cas de nécessité prévu par cet article, mais il ajoutait qu'il ne se soumettrait à cette nécessité qu'après avoir épuisé tous les moyens légaux de résistance. C'était aussi le sentiment de M. de Guernon-Ranville. Seul, M. (iOurvoisier repoussait d'une manière absolue toute idée de recours aux moyens extraordinaires, ne les trouvant pas suflisamment justifiés par l'article 14. 11 ne craignait pas de soutenir que, lorsque les collèges électoraux auraient répondu à l'appel du Roi, quelles que fussent les exigences de la chambre élue par eux, on ne pourrait que s'y soumettre: que c'était là la conséquence inévitable du principe représentatif.
Le 20 avril, M. de Polignac ayant de nouveau soumis au conseil la question qui préoccupait tous les esprits, M. de Guernon-Ranville demanda qu'on en vint enlin à des explications franches et complètes. Elles furent de telle nature, elles attestèrent des dissentiments si graves entre les ministres que tous s'accordèrent à déclarer que, dans lintèrét de la couronne, il était devenu nécessaire de modifier la composition du cabinet. Le débat se rouvrit ensuite sur l'époque où devait avoir lieu la dissolution de la Chambre. On aurait dû croire qu'après tout ce qui s'était passé le principe de cette dissolution était détinitivement et unanimement arrêté, mais MM. di* Chabrol
et Ck>nrvoisier exprimèrent ropinion que, si Texpédition d'Alger venait à échouer, il serait très-dangereux de réunir les collèges électoraux, que le plus sage serait alors de renvoyer les ministres et de rappeler la chambre prorogée- M. de Guemon-Ranville, se séparant des deux collègues avec lesquels il.avait jusqu'alors marché d'accord, représenta que rappeler la chambre des 2il après tout ce qui s'était passé, ce serait livrer le pouvoir royal Mins défense alors que l'échec de I expédition l'aurait encore aiïaibli moralement. Il avait, dit-il, combattu la prorogation, pensant qu'il aurait été préférable de laisser continuer la session commencée, il le pensait encore, n*3is il n'était plus temps de revenir sur ce qui avait ^^ fait, et demander le concours d'une chambre qu'on ivait traitée avec tant de sévérité, céder pour l'obtenir à ^* exigences anticonstitutionnelles, ce serait tout compromettre. Si l'expédition échouait, il conviendrait sans iouie que le Roi congédiât des ministres coupables ou ^^Iheureux, mais aussi que la Chambre fût immédiatement dissoute et qu'on procédât à des élections qui, sous uue administration nouvelle, pourraient donner de bons ^ultats. M. de Polignac ne fut pas de cet avis. Il dit <p'il serait également contraire à la dignité et à la juslice du Roi de rendre ses ministres responsables des hasards de la mer ou d'une campagne.
On se sépara sans rien résoudre; mais, le lendemain, dans un conseil tenu au\ Tuileries, le Roi, sur le compte qui lui fut rendu de ces délibérations, décida que la dis-
solution serait prononcée le 16 mai, époque à laquelle on calculait que le Dauphin serait de retour d'un voyage qu'il allait faire dans le Midi pour inspecter les prépa* ratifs de l'expédition algérienne, et que les élections auraient lieu le 23 juin ou le 25 au plus tard.
Le 24 avril, le conseil s'occupa de nouveau des modifications à apporter à la composition du ministère. M. Courvoisier, impatient de recouvrer sa liberté et d'échapper aux responsabilités d'une politique qu'il désapprouvait de plus en plus, demanda que ces modifications eussent lieu sans retard. Il en donnait pour motif que si, comme il le supposait, le Roi voulait prendre ses nouveaux conseillers dans la droite ou même dans l'extrême droite, il fallait que les élections se fissent sous leur influence, en sorte qu'une épreuve bien complète fit connaître la force réelle de cette fraction du parti royaliste. Il ne dissimula pas, d'ailleurs, et en cela seulement il fut appuyé par M. de Chabrol, qu'à son avis certains noms ne pourraient être prononcés sans danger, et il cita ceux de M. de Bertier, de M. de Pcyronnet, de M. de Vitrolles. M. de Montbel, M. de Guernon-Ranville, et aussi M. de Chabrol, combattirent la proposition de M. Courvoisier : le travail préparatoire des élections était commencé, disaient-ils, et il suivait une bonne direction ; les renseignements envoyés par les préfets étaient assez favorables ; ils promettaient une majorité telle quelle; une modification du cabinet, dans quelque sens qu'elle eût lieu, jetterait de l'incertitude dans les esprit«
et aurait peut-être pour eiïet d'augmenter les divisions du parti royaliste. D'ailleurs, il serait naturel que les résultats des élections exerçassent de l'influence sur les choix du Roi. M. de Polignac, au contraire, pensait, comme M. Cpurvoisier, bien que pour des raisons trèsdifférentes, qu'il ne fallait pas difl'érer les changements dont on s'accordait à reconnaître la nécessité. Cependant, on ne prit encore aucune détermination. Pour cette mesure aussi, on voulait attendre le retour du Dauphin, iiii3is ce n'était plus qu'une question de temps, et, à parti i* de ce moment, les séances du conseil devinrent absoiLExnent insignifiantes, les ministres se tenant les uns à regard des autres sur la réserve, comme des gens près d*3 se séparer et de se brouiller. C'était une étrange situ £ition pour un gouvernement engagé dans la terrible Inl^tedont la prorogation des Chambres avait donné le si ^ig-nal.
Ces incidents n'étaient pas connus du public qui, s'il eût été informé, y aurait trouvé la preuve que l'on LFchaitun peu au hasard, mais très-certainement vers clque solution violente. Le bruit se répandit dans les P «^ miniers jours de mai qu'un nouvel efl'ort se faisait pour ^•^X'iverà une transaction qui aurait prévenu de funestes c^^trémités. On désignait M. ^e Martignac et M. Portai ^^^^xnme y travaillant de concert avec quelques-uns des ^■^înistres; on mêlait à leurs noms celui de M. De- ^^lot. Pendant quelques jours, le parti qui ne rêvait que upsd'État et royauté absolue sembla craindre que quel-
Mi HISTOIRE DE LA RESTAU BATION.
que accommodement ne vint lui enlever le pouvoir qu'i'^ se croyait sur le point de saisir. La Gazette de France ^ la Quotidienne, le Drapeau blanc, se trouvèrent cette foi ^ d'accord pour conjurer un tel péril, c La lutte, » disa^ la Quotidienne, c est entre la royauté et la révolutioicn
> entre la monarchie et la république. Toute politiq
> intermédiaire est impossible. » La Gazette, deven aussi violante, aussi injurieuse que le Drapeau blan protestait contre l'idée de donner une satisfaction ai votants de l'adresse par une modification partielle du nistère avant les élections: elle disait que les hommes h défection avaient mérité la qualification infâme renégats, et qu'il ne fallait pas que trente miserais I sans foi ni loi lissent pencher à leur gré la balance
la |)olitique. Le Drapeau blanc rejetait la faute de ce se passait sur le ministère dont l'indolence avait lai échapper toutes les occasions et qui perdait de plus ^ plus la confiance des royalistes. On ne tarda pas à sav^oi que toutes ces rumeurs étaient dépourvues de fondemen^^ qu'à la cour on ne pensait nullement à rappeler M. ^^ Martignac et que M. Delalot n'avait pas vu M. de Poligna<?^ comme on le racontait.
La polémique des journaux se poursuivait, plus violente et plus âpre de jour en jour, sur le principe de la souveraineté, sur l'origine de la Charte, sur le sensde l'article ^^, sur les droits respectifs du Roi, des députés et des électeurs, sur le droit de la Chambre de refuser le budget, sur l'adresse dos 221 . célébrée par les uns comme
uwM acte admirable de patriotisme, dénoncée par les autres co.K3iine un crime de haute trahison. Les feuilles de la <li:*oile, la Gazette comme le Drapeau blanc ^ disaient que les*. 221, en refusant leur concours au Roi, avaient abjut m^^leur mandat et s*étaient rendus inéligibles; qu'il en étsfc. itde même de ceux qui avaient voté l'amendement de M. ^eLorgeril; que, si les électeurs les renvoyaient à la «ambre, ces électeurs abdiqueraient à leur tour et se draient coupables de forfaiture. Le />ra/)(faMi^/a/i(; allait ju^^du'à prétendre que le droit de choisir les ministres ^'^^Sftiit un des droits constitutionnels du Roi, les députés ^^^ î l'avaient contesté devaient être poursuivis par le miïii stère public en vertu de la loi de 1822, comme ayant ^tt-entéà ces droits. Une fois engagé dans ce champ illiîuitéduplus pur absolutisme, on ne s'arrêtait plus. On V^fcflait de créer par ordonnance des cours prévôtales pour juger les refus d'impôt qualifiés de rébellion. Appliquant aux magistrats le même sophisme qu'aux députés, on disait que, s'ils rendaient des arrêts qui ten- ^Jîsscntà fausser les institutions, ils se dépouilleraient pat- ce fait seul de leur inamovibilité et pourraient être ^^s>titQés. On ajoutait qu'au surplus cette inamovibilité ^^ s'appliquait qu'à leur titre, à leur grade, mais non P«^s au lieu où ils exerçaient leurs fonctions; que, par «^'temple, le gouvernement pourrait, en laissant à M. Sé- 8^ierson titre de premier président, le transférer de la ^*<^vir de Paris à celle d'Ajaccio. De telles extravagances fournissaient au\journau\de la gauche l'occasion de réfu-
talions triomphantes et qui mettaient de leur côté tous les gens sensés. Ils demandaient, par exemple, si l'on voulait attribuer au Roi le droit de nommer et de destituer les députés comme les préfets; ils soutenaient que, lorsque le Roi dissolvait la Chambre, il ne tranchait pas une question, il la posait, il ne prononçait pas un arrêt, il le provoquait. Puis, s*animant dans la lutte, ils invitaient leurs adversaires à laisser là ces chicanes, à se passer la fantaisie dun coup dÉtat, promettant que, si le pouvoir ne cédait pas, les libéraux ne céderaient pas non plus et que la force répondrait à la force.
Le Moniteur, sans s'associer aux violences extrêmes dos journaux de la droite, affirmait qno la lutte n'étart pas engagée, comme le Constitutionnel voulait le faire croire, entre Tancien régime et les droits nouveaux légitimement acquis à la génération actuelle, mais bien entre le gouvernement monarchique, tel que la Charte l'avait constitué, et une démocratie ambitieuse qui aspirait ou— vertement à l'envahissement de tous les pouvoirs, qui osait menacer le Roi, s'il ne lui sacrifiait pas ses prérogatives, de jeter l'État dans la confusion et le trouble par le refus du budget. Il disait que, pour que les élections fussent libres, il suffirait que le comité qui, sous prétexte de les diriger, les maîtrisait et les violentait sur toute la surface du royaume, renonçât à ses eiïorts. Réfutant successivement tous les griefs que l'opposition accumulait contre l'état de choses existant, il faisait remarquer que cette aristocratie dont on elTrayaitles esprits se réduisait
à la seale pairie, que s'il y avail encore des majorais, tous les Français n'en étaient pas moins égaux devant la loi; que la censure était a])olie; que la liberté religieuse était entière; qu'on exigeait seulement le respect pour les ministres du culte; que les registres de l'état civil restaient entre les mains des maires; qu'on voulait améliorer j)rogressivement les institutions municipales, mais sans transformer la monarchie constitutionnelle en république, f>ans ressusciter ces sinistres communes dont le seul nom inspirait l'épouvante. Enfin, il traitait d'odieuse calomnîe l'imputation faite au gouvernement de trahir le pays à l 'étranger et d'invoquer contre lui l'appui de l'Europe. L'agitation n'était pas moins grande dans les départemonts qu'à Paris. Partout on se préparait à la lutte. Les comités électoraux s'occupaient activement de la révision des listes électorales. La société Aide-toi, le ciel f aidera pu l)liait à ce sujet un nouveau Manuel électoral, non sans CKoiter l'indignation du Drapeau blanc qui demandait de îtEÎ elle tenait le droit de commander aux électeurs. L<?? s députés saisissaient toutes les occasions d'exprimer 1^ li r opinion dans des banquets ou dans d'autres réuni ous. M. de La Fayette prit la parole dans plusieurs de c^s banquets.
l»es préfets s'efforçaient de combattre cette active pro-
P^japnde. Consultés par le gouvernement sur l'état de
l'crsprit public et sur les chances qu'il pouvait promettre
aa pouvoir dans une élection générale, ils lui faisaient
es^p^érer une majorité qui ne devait pourtant pas dépasser
xz 24
trente ou quarante voix. C'était peu de chose, surtout si Ton tenait compte de l'incertitude inhérente à de tels calculs et du penchant naturel des administrateurs secondaires à flatter les illusions de leurs supérieurs pour se ménager leur bienveillance.
Des faits étranges et qui n'ont jamais été bien expli- qués aggravaient en ce moment ce qu'il y avait de sombre^ et d'alarmant dans la disf)Osition des esprits. Depuis le^ commencement de l'année de nombreux incendies s*-. succédaientsur plusieurs points de la France, particulières ment en Normandie, dans les départements delà Manche et de l'Orne. Ils éclataient le plus souvent la nuit^ dar^ des maisons et des fermes isolées, sur des meules de grai^Hi et de fourrages. Il semblait résulter des rapports faiS au conseil des ministres par le garde des sceaux^. d'api^^ les informations que lui transmettaient les autorités I o cales, qu'il ne fallait pas y voir le résultat de malveillance^ et de vengeances particulières, mais ceux d'un fanatisa?^ exalté se rattachant à quelque combinaison politique. Sur ce point, tout le monde était d'accord, mais naturellement chaque parti s'efl'orrait de rejeter sur ses adversaires la responsabilité de ces menées criminelles. Du côté du gouvernement et dos royalistes, on rappelait qu'en 1789 c'étaient des attentats de ce genre et la terreur qu'ils répandaient parmi les habitants des campagnes qui, en les poussant à la plus violente exaspération, avaient préparé le triomphe du parti révolution-, naire. Les libéraux, de leur côté, faisaient entendre que
le gouvernement et le clergé toléraient ou même encourageaient des excès qui, présentés comme l'œuvre de Topposition, pouvaient exciter contre elle Tirritalion des classes populaires ; ils demandaient que, pour les réprimer, on remit en activité la garde nationale qui, depuis quelques années, sans être supprimée ofilciellement ailleurs qu'à Paris, avait presque cessé d'exister. La juslice locale informait avea une grande activité contre les nuteurs de ces crimes, beaucoup d'individus avaient été arrêtés, mais ce n'étaient que de purs instruments et on n'avait pu mettre la main sur aucun des instigateurs par lesquels on supposait qu'ils avaient été mis en mouvement. Comme, cependant, on ne voulait pas douter de l'existence de ces instigateurs, on essayait d'amener leurs complices supposés à les faire connaître, on leur promettait même de les gracier si l'on obtenait d'eux des révélations qui permissent de remonter à la source du mal, et peut-être ne se tromperait-on pas en supposant que cette espérance a pu déterminer de leur part des dépositions mensongères que l'on prenait un peu légèrement pour re\[)ression de la vérité. On racontait que des hommes bien mis, mais portant souvent des blouses sur leurs habits de ville, parcouraient les campagnes, engageant des misérables, des enfants surtout ou de très-jeunes filles, à mettre le feu aux bâtiments qu'on leur désignait, et leur donnant de l'argent pour les y décider: qu'ils leur remettaient à cet effet des mèches soufrées garnies d'une matière intlammable au contact
de l'air ou de petites fioles contenant une liqueur qui embrasait facilement le chaume dont, en ce pays, la plupart des maisons étaient couvertes; que, cependant, l'explosion se faisait assez attendre pour leur laisser le temps de se retirer. Les libéraux représentaient que c'étaient surtout les bâtiments qui leur appartenaient qui étaient en butte aux tentatives des incendiaires. Sans nier précisément cette assertion, on répondait que ces tentatives n'étaient dirigées que contre des bicoques sans aucune valeur, ce qui paraissait prouver qu'on se proposait d'elTrayer et d'agiter plutôt que de causer un dommage réel. Quoi qu'il en soit, les paysans, voyant se multiplier ces accidents dont ils étaient surtout les victimes, étaient arrivés peu à peu à un état d'irritation qui pouvait faire craindre de leur part les plus graves excès. Ils accusaient le gouvernement de favoriser les incendiaires en ne prenant contre eux aucune disposition. La population des campagnes tout entière était sur pied ; des patrouilles circulaient la nuit autour des villages, ar rétant tous les individus qu'elles ne connaissaient pas, et leur infligeaient parfois, dans l'égarement de leurs soupçons, de cruels traitements. On dit même que des voyageurs inofl'ensifs furent massacrés par ces furieux. Des agents de police furent sur le point de subir le même sort.
Les autorités locales, dans leur impuissance, demandaient au gouvernement de venir à leur secours par des mesures extraordinaires, par exemple, d'établir sur les
lieax une ou plusieurs cours prévôtales dont Taction prompte et énergique frapperait les imaginations plus que la marche trop lente de la justice ordinaire. Cette proposition fut appuyée, dans le conseil des ministres, par M. de Guernon-Ranville, mais on Técarta par la considération que la création des cours prévôtales ne pouvait avoir lieu qu'en vertu d'une loi votée par les Chambres , et aussi pour ne pas donner à l'opposition la possibilité d'accuser le ministère d'avoir suscité à dessein le fléau dont il aurait retiré le bénéfice du rétablissement de cette redoutable juridiction. M. de Guernon-Ranville, soutenu par M. Courvoisier, demanda alors que des régiments de la garde fussent envoyés en Noimandie pour prêter main forte à l'administration et à la justice contre les malfaiteurs. On ne pourrait plus, disaient-ils, accuser l'inertie du gouvernement, la population reprendrait confiance, les coupables seraient saisis de terreur, et, dans le cas où quelque projet de mouvement révolutionnaire se lierait aux incendies, on serait en état de l'étoulTer immédiatement. M. de Polignac, loin d'entrer dans cette idée, dit qu'avant de sonner en quelque sorte l'alarme par une mesure aussi éclatante que la mise en mouvement de la garde royale, il fallait y réfléchir mûrement, d'autant plus que les rapports des autorités locales lui paraissaient
empreints d'exagération.
Comme, cependant, le mal ne cessait de s'aggraver, le
président du conseil finit par céder aux arguments de
374 UISTOIKE DE LA HESTAURATlOiN.
ses collègues. Deuv bataillons et deux escadrons de la garde, commandés par un oflicier général, M. de laTour- Foissac, se rendirent dans les départements du (Calvados et de la Manche. Soit par l'effet de leur présence (»t de leur bonne attitude, soit parce que l'espèce de lièvre qui s'était emparée des esprits commençait à se calmer, on ne tarda pas à apj)rendre que le nombre des incendies diminuait sensiblement; bientôt ils cessèrent tout à fait.
Un bon nombre d'accusés furent traduits un peu plus tard devant les cours d'assises, tous a[)partenant au\ classes les plus humbles de la société. Il y eut beaucoup d'acquittements, plusieurs condamnations aux travaux forcés et à la peine capitale. La plupart de ces dernièn»s ne furent pas exécutées, et tous les efforts tentés, tant sous le gouvernement de la Restauration que sous celui qui lui succéda, pour percer le mystère de ces étrangrs aventures sont restés infructueux. Ne serail-on pas fondé à en induire qu'il n'y avait [)as de mystère et que les auteurs des incendies n'étaient inspirés que par celte contagion morale qui, à certuincîs époques, surtout lorsque des causes générales entretiennent les esprits dans un état de fermentation, pousse les hommes, par une sorte d'instinct d'imitation, dans la voie du crime ?
Dans un moment où les préventions hostiles au clergi* étaient une des armes les plus puissantes de l'opposition, on ne vit pas sans quelque inquiétude une cérémonie religieuse qui, par sa pompe, semblait appart(Miir h un
autre temps. Je veux parler de la translation des reliques de saint Vincent de Paul, qui eut lieu le 23 avril. Ses restes avaient été, disait-on, préservés par de pieuses mains à l'époque des profanations révolutionnaires. L'archevêque de Paris voulut qu'ils fussent portés processionnellement de Notre-Dame à la chapelle des lazaristes dont l'institut, comme chacun le sait, avait été fondé par saint Vincent. Rien ne fut négligé pour donner un grand éclat à cette solennité. Les reliques étaient enfermées dans une chasse d'argent massif du poids de 250 kilogrammes, payée en partie à l'aide de souscriptions et qui avait ligure à la dernière exposition de l'industrie. L'archevêque revêtu de ses habits pontilicaux, douze ou quinze autres prélats, tout le clergé de Paris, les frères des écoles chrétiennes, les sceurs de charité, de grands personnages en costumes d'apparat, formaient une immense procession qu'escortaient des détachements de la garde et de la garnison dont la musique accompagnait les chants religieux du clergé. Otte procession traversa plusieurs quais et de grandes rues que la police avait fait orner de tentures, de feuillages et de fleurs, au milieu des Ilots dune population moins édiliée qu'étonnée d'un spectacle aussi inusité. Les reliciues, arrivées à la chapelle des missions, y furent exposées pendant plusieurs jours à la vénération des croyants. Le Roi et la famille royale allèrent publiquement y prier, et on frappa une médaille en mémoire de celte cérémonie. VjTï d'autres temps, l'hommage rendu à un bienfaiteur
37H HISTOIRE DE LA RESTAURATIOiN.
de rhumanité que la philosophie honore à l'égal de la religion n'aurait donné lieu à aucune réclamation, mais, à cette époque, tout paraissait suspect, et le parti libéral qui se sentait menacé ne reculait devant aucun des moyens qu'il jugeait propres à soulever contre le pouvoir Topinion publique. Ses journaux dénoncèrent ce qui venait de se passer comme un retour aux pratiques du moyen âge; ils firent remarquer que, dans la procession, les personnages les plus considérables marchaient derrière le clergé comme pour indiquer la subordination du pouvoir civil à la congrégation; ils rappelèrent les cérémonies du jubilé où Ton avait vu le Roi marcher, entouré du clergé, comme un captif traîné par ses vainqueurs. Saint Vincent de Paul lui-même, malgré la juste popularité qui s'est constamment attachée à son nom, n'était pas épargné : on lui reprochait d'avoir été l'ami des jésuites et, à ce titre, mal vu des jansénistes qui, comme pour protester contre sa canonisation, ne l'avaient jamais appelé que monsieur Vincent. Quelques journaux contestèrent l'authenticité des reliques.
Ces critiques, ces chicanes étaient bien puériles, bien ridicules, mais elles n'en produisaient pas moins d'etfet sur un public prévenu, et on aurait dû le prévoir. Ce qu'on a toujours redouté en France, même à des époques moins agitées et lorsque la religion et l'église n'étaient pas, comme en 1830, l'objet d'hostilités systématiques, c'est la domination du clergé, et la prudence devrait l'empêcher de donner aux manifestations de son in-
fluence réelle ou supposée trop de pompe et de retentissement.
En ce moment, le roi et la reine de Naples, revenant d'Espagne où ils étaient allés, comme je l'ai dit, marier leur lille à Ferdinand YII et où la rigueur de la saison les avait jusqu'alors retenus, mettaient le pied sur le territoire français. Ils se rendirent des Pyrénées à Paris à petites journées, s'arrétant dans tous les lieux que des souvenirs historiques, des monuments ou des sites remarquables recommandaient à leur attention. A Pau, par exemple, ils visitèrent le château et le berceau d'Henri lY, aïeul commun de toutes les branches de la maison de Bourbon. A Bordeaux, ils séjournèrent quelques jours. La duchesse de Berrv, leur lille, alla les recevoir à Chambord où ils arrivèrent le 12 mai et les conduisit à Saint- Cloud où la cour se trouvait en ce moment. Charles X les installa lui-même au palais de l'Elysée qui devint leur résidence pendant le temps qu'ils passèrent à Paris. Ils y restèrent plusieurs semaines. Ce fut une suite non interrompue de fêtes brillantes parmi lesquelles on remarqua particulièrement celle que la duchesse deBerry leur oITrit dans son château de Rosny et surtout le bal que le duc d'Orléans, beau-frère du roi François I*', donna au Palais-Roval le 31 mai. A l'intérieur se trouvait réuni avec les ambassadeurs étrangers tout ce que la France comptait de personnages éminents soit par le rang, soit par l'illustration, pairs, députés, généraux, poètes, savants, hommes de lettres, magistrats. Tout le palais était
378 lIlSTOIKE DE LA RESTA URATIOiN.
illuminé. Les galeries qui rentourent, semblables à de^s jardins suspendus, étaient chargées d'orangers et de fleurs Au dehors, se pressait toute la population parisienne al tirée par la curiosité. A neuf heures, le roi de France, roi et la reine de Naples, le Dauphin et la Dauphine, duchesse de Berrv et le prince de Salerne, frère du de Naples, arrivèrent au Palais-Royal. Ils furent reçus ^ i
bas de Tescalier par le duc d'Orléans suivi de ses de si
lils aînés, le duc de Chartres et le duc de Nemours. | Roi, le Dau|)hin et le duc d'Urléans portaient le grs^ssu cordon de Sicile, le roi de Naples et son frère celui d\ Saint-Esprit. Le duc de Chartres avait l'uniforme de colonel de hussards, i<» duc de Nemours, âgé de seize ^stos, celui de colonel de chasseurs; c'était avec le grad^ de colonel que les princes du sang entraient alors cÎ5/i« l'armée. Les gardes du corps occupaient la porte d'enti'é^î le vestibule et l'antichambre. Les deux rois, la reine d^ Napleset tousies princes et princesses, traversèrent la $tn^ des appartements. De la galerie vitrée, Charles X saluî» à [plusieurs reprises la fouh^ qui remplissait le jardin et qui criait Vire le roi! Les galeries du milieu avaient été réservées [)our la danse: des bnlïets étaient couverts de rafraîcbissements dans toute létiMidue de la galerie neuve du ('(Mé du Théâtre-Français. Outre les orchestres disposés pour le bal, la musiqui» de la garnison, placée près de la terrasse qui regarde le jardin, jouait divers morceaux dans I intervalle des contredanses. Bien que le nombre des invités s'élevât à trois mille. Tordre le plus par-
HISTOIRE DE LA RESTAURATION. a*/0
fait ne cessa de irgnor dans rinti!^*!^!* du palais, mais il n'en fui pas de m(^ine dans le jardin. La foule s'était d'alK)rd amusée à jeter les lampions dans le bassin; bientôt, i*lle franchit les grillages, arrachant les arbustes et les fleurs: enfin, une centaine de chaises avant été entassées •»u pied de la statue d'Apollon, on y mit le feu au milieu d<' rire.^ frénétiques et de vociférations sauvages. Le tuinulte ne cessa que lorsque, par les soins de la police appelée un [icu tardivement, les pompes dirigées sur le foyr de l'incendie eurent tout à la fois mis en fuite les auteurs de ces désordres et éteint ce feu de joie. Quelques acndcnts eurent lieu: des femmes à moitié étouffées fai- ^^ii'nt entendre des cris perçants, et les voleurs mirent »* profit l'occasion qui solTrait à eux. Plusieurs, pris en flagrant délit, furent arrêtés.
Ces symptômes des dispositions envieuses et malveil-
■«"•nlesdes classes inférieures de la [)0[)ulation à l'égard
^•*sclasses supérieures et en face du d^éploiementdu lu\e
•'l de la richesse parurent de mauvais augure. Un a cité
l'ieii souvent ce mot de M. de Salvandv disant au duc
^Orléans : « Monseigneur, c'est une fête napolitaine.
» nous dansons sur un volcan. » Suivant un récit que
Ji.de Salvandv a publié plus tard, le prince, dans un
long entretien (|u'il aurait eu avec lui, se serait montré
fort effrayé de la situation politique et lui aurait dit qu'il
avait fait d'inutiles efforts pour engager W Iloi à changer
de svstème.
La pré.sencc de la famille royale de Na|)h's, de cette
branche dégénérée de la postérité de Louis XIV, n*était pas propre à relever le prestige de la royauté. La vieillesse anticipée du Roi, qui devait mourir peu de mois après, son costume singulier à peu près semblable à celui des invalides, Ténorme embonpoint de la reine que faisait ressortir l'extrême maigreur de ses dames d'honneur, ce qu'on savait de ses habitudes de galanterie, si peu en accord avec sa figure, prêtaient à bien des railleries. M. d'Haussez raconte dans ses Mémoires qu'essayant un jour avec peu de succès de faire partager par Charles X les craintes que lui inspirait l'état de l'opinion, il lui dit qu'une preuve de la gravité des préoccupations publiques, c'était que la cour la plus ridicule qui eût jamais existé fût depuis huit jours à Paris sans que personne pensât à s'en moquer en dehors des cercles de la plus haute société. « Vous avez raison, • répondit le Roi, « si l'on ne pro-
• fite pas d'une si belle occasion de railler, c'est qu'il » ;^ a dans les têtes, des choses bien sérieuses. •
Le roi de Naples quitta Paris sans y laisser aucun de ces témoignages de faveur, de ces décorations dont les princes sont ordinairement prodigues en pareil cas. c Mon < cousin, i dit plaisamment Charles X, c aura pensé qu'il
• n'avait pas d'ordres à donner chez moi. i Pendant tout son séjour en France, il avait été défrayé aux dépens de la liste civile, déjà assez obérée pour que son administrateur, M. de La Bouillerie, fût vivement contrarié de cette surcharge.
Quelles que fussent Tinsigniliance et la caducité du
HISTOIRE DE LA RESTAURATION. 38i
monarque napolitain, Charles X avait dû discuter avec lui une xjuestion délicate et d'une grande importance pour la maison de Bourbon tout entière. Je veux parler de l'acte par lequel le roi d'Espagne venait de changer l'ordre de succession au trône. Cette question est trop compliquée pour que je puisse l'expliquer ici dans tous ses détails; il suffira d'en indiquer les traits principaux. On sait que depuis l'origine de la monarchie espagnole, et sous toutes les dynasties qui y avaient régné, les femmes avaient été appelées à la succession comme les hommes, avec cette seule différence qu'à égalité de degré ceux-ci étaient préférés, quel que fût leur âge. C'est en vertu de ce principe, conforme à celui qui régissait la transmission des grandesses et des majorats, que la maison d'Autriche et la maison de Bourbon avaient l'une après l'autre occupé le trône. Néanmoins, Philippe V, à peine affermi par la paix d'Utrecht dans une royauté qu'il avait dû disputer pendant douze ans d'une guerre acharnée, s'était empressé de travailler à changer cet état de choses. Il craignait que, par l'effet de la législation existante, le mariage d'une princesse espagnole avec un prince étranger ne fit un jour passer la couronne dans une autre maison, Gt que ses descendants qui, conformément au traité d*Utrecht, avaient dû renoncer à leurs droits éventuelsau trône de France, ne perdissent aussi celui d'Espagne. Il avait donc proposé aux Cortès réunies à cet effet en 1713, non pas, comme on l'a dit souvent par erreur, la substitution de la loi salique à la loi en vigueur, mais celle d'une loi
aS2 HISTOIRE DK LA RESTAURATION.
en quelque sorte intermédiaire qui, sans exclure eomplrtement les femmes, ne les a(>pelAt à régner que lorsqu'il n'y aurait plus de mâles de la famille royale. Cette in — ~~ novation, contraire au\ usages et à l'esprit de la nation. , avait rencontré dans les Cortès, si dociles pourtant à ceti» ^c époque, et dans le conseil de Castille une oppositio ^T>ot\ dont on n'avait triomphé que par des moyens dune régiM:^*- ^ularité plus que douteuse. La loi proposée avait fini par et» ^ -in votée, et, l'occasion d'en faire l'application nes'étant p;-c ^ pa présentée encore, l'opinion publique s'y était toujou*:^ #ur montrée contraire. En 1789, le roi Charles IV avaitvou.*..»^ -uli, remettre les choses sur l'ancien pied. Sur sa propositio^z^ on, les Cortès. à l'unanimité cette fois, votèrent une loi ncz^ joy. velle qui abrogeait celle de 1713 |)Oui' en revenir à Ts^s. uncienne législation nationale. Cependant, par des consif "^^i/rrations qu'il serait trop long de développer ici, il fut a >nvenu que cette abrogation resterait secrète jusqu'à cec-^ae le Roi jugeât à propos de la publier. Quarante ann^^'t^s s'étaient passées depuis lors. Ferdinand VII avait sua'«— "^i^' à son père Charles IV. et, au milieu des grands évér"^*^" ments qui avaient bouleversé rKs|)agne. cette quest i ^-^^ avait été un peu perdue de vue. Le public avait pourL ^'^ "^ quelque soupçon de ce qui s'était passé en 1789, et F* • ^^' dinand VII, dans les premières années de son règne, ay -s^^i^^ eu une fille de sa seconde femm»», infante de Portu^n^T -^'* on s'était demandé si elle était héritière de la couro » "^ "**
ou si l'héritier était don Carlos, l'aîné des frères du F^- ^*' Comme la jeune princesse était morte bientôt après* ^^
n'avait pas eu à prendre immédiatement une décision, mais Ferdinand VII ayant, ainsi que nous venons de le voir, épousé en quatrièmes noces une lllle du roi de Na- I)les qui n'avait pas tardé à devenir j^rosse, on dut prévoir que, si elle accouchait dune (ille, la question serait posée de nouveau. Ferdinand VII, dominé par le désir bien naturel de laisser sa couronne à sa postérité et plus encore, peut-être, par la jalousie que lui inspirait don Carlos, considéré depuis quelques années comme le chef du parti ultra-monarchique et ultra-religieux qui ne dissimulait pas son désir de le voir monter sur le trône, se décida à mettre en vigueur la loi de Charles IV. Un décret du 29 mars, publié le 5 avril, rétablit donc, par la promulgation de cette loi, Tordre de succession antérieur à 1713. Les frères du Roi, la maison royale de Naples. celle qui régnait à Lucques, enfin la branche d'Orléans. .se trouvèrent ainsi dépouillées du droit qui, en vertu de la loi de Philippe V, les ap[)elaità régner sur l'Espagne dans le cas où Ferdinand Vil n'aurait pas laissé de (ils.
Ce qui est étrange, c'est que Ferdinand VII n'ait pas
rr^ devoir attendre, [)Our prendre une telle mesure, que
le roi de Naples, son beau-père, qu'elle atteignait un des
premiers, eût quitté Madrid où il se trouvait encore en ce
moment; c'est que, n'ayant pas attendu son départ, il ne
l'ail pas même averti de ce qu il allait faire, en sorte que
Cf* prince n'eut connaissance de l'acte qui l'intéressait à
un .si haut degré qu'en l'entendant annoncer dans les
rues par les crieurs publics.
Cet acte qui pouvait avoir pour effet d'enlever un jourla couronne d'Espagne à la maison de Bourbon pour la^ faire passer par un mariage dans une autre famille^ étai^^ sans doute contraire aux intérêts de la France, menacées ainsi de perdre une alliance qui, depuis Tavénement d*^ Philippe V, avait presque constamment couvert sa frontièr-^ méridionale dans les guerres où elle s*était trouvée engagée contre d'autres puissances; mais, à la différence de^ branches de Naples, de Lucques et d'Orléans la branche aînée des Bourbons, celle dont Charles X était le chef, ne pouvait pas prétendre qu'on eût porté aucune atteinte à ses droits éventuels puisque, par suite des renonciations que lui avait imposées le traité d'Utrecht, elle n'en avait aucun à régner jamais en Espagne, non plus que Philippe V et sa descendance à régner jamais en France. Le duc d'Orléans aurait voulu, néanmoins, que le Roi, en sa qualité de chef de la maison de Bourbon, protestât auprès du cabinet de Madrid. Il en parla à Charles X. Il en entretint à plusieurs reprises M. de Polignac et lui remit un mémoire qui avait pour objet d'établir les bases de cette protestation. Ce qui le rendait si pressant, c'est qu'il craignait que, si un jour, par l'union d'une héritière de la monarchie espagnole avec un prince étranger, les descendants mâles de Philippe V se trouvaient écartés de la succession au trône castillan, ils ne se considérassent comme dégagés de la renonciation de leur aïeul au ti*ône de France, et que, la descendance de Charles X venant à manquer, ils ne prissent rang, pour la remplacer, avant
la branche d'0rI6ans dont ils tHaient les aînés. Cependant, le conseil des ministres, tout en admettant que le .Roi pouvait faire parvenir des observations au gouvernement espagnol sur les inconvénients et les dangers de la voie où il entrait, fut d'avis que, les couronnes de France et d'Espagne ne pouvant être réunies sur la même tête, il n\v avait pas lieu de protester au nom de la branche régnante en France, bien que le roi de Naples et le duc d'Orléans pussent le faire pour leur compte. Des explications continuaient à s'échanger entre les diverses parties plus ou moins intéressées dans la question lorsque survinrent bientôt après les graves événements qui devaient susciter de bien autres préoccupations. Il est digne de remarque que le parti libéral, si ardent plus tard en faveur de la succession féminine dans la péninsule, reprochait alors au ministore de ne pas la combattre avec assez d'énergie et de laisser périr ainsi l'œuvre de Louis XIV I
Los bouleversements que l'acte de Ferdinand VII préparait à I Espagne n'étaient encore qu'éventuels et n'avaient rien d'imminent, mais un autre pays, limitrophe aussi de la France, semblait toucher à une catastrophe. L'agiUtion produite dans la partieméridionale du royaume des Pays-Bas, depuis deux ans déjà, par la coalition du parti libéral avec le parti catholique ne cessait de s'accroître. Le gouvernement, pour la dompter, avait eu recours, au commencement de cette année, à un de ces expédients qui ne réussissent au |)OUVoir que lorsqu'il est XX 25
fort, c'est-à-dire lorsqu'en réalitt^ ils ne sont pas nécessaires. Il avait enlevé aux merabres marquants de l'opposition les places qu'ils occupaient à la cour et les pensions qu'ils touchaient sur le trésor. Bien qu'il eut essayé d'atténuer ce qu'il y avait d'odieux dans ces rigueurs par des concessions, telles que la suppression du collège philosophique de Louvain, que le clergé réclamait depuis si longtemps, et la nomination à des emplois publics de plusieurs patriotes belges, l'indignation avait été grande. Elle s'était manifestée par des démissions comme aussi par le refus de quelques-uns de ceux qu'on invitait à entrer au service de l'État et qui eussent craint, en acceptant ces offres, de s'exposer à l'accusation de trahison et de servilité. Des écrivains, dont le plus remarquable était M. de Potter, condamné en 1828 à dix-liuit mois de prison pour délit de presse, ouvrirent dans les journaux une souscription pour indemniser ces victimes de leur indépendance et pour décerner des récompenses d'honneur à ceux qui auraient bien mérité de la patrie. On colportait en même temps dans les provinces des pétitions pour le redressement des griefs, qui, couvertes de milliers de signatures, furent présentées à la seconde chambre des États généraux. Le 7 mars, après un débat trés-vif dans lequel elles furent appuyées par M. Surletde Chokier, le futur régent de la Belgique, la Chambre enordonha le dépôt au greffe, c'est-à-dire qu'elle les prit en considération. Ce n'était là que le commenct»mentdu mouvement. M. de Potter, non content d'eni-
HISTOIRE DE LA RESTAURATIOiN. 387
brasser avec chaleur l'idée de la souscription nationale, avait proposé un plan de confédération nationale entre tous les souscripteurs qui se seraient engagés à ne nommer aux Etats généraux, aux Etats provinciaux et à tous les emplois électifs que des membres de cette confédération, et à résister par toutes les voies légales aux empiétements sur les libertés publiques. L'idée d'une telle organisation, qui rappelait la fameuse association irlandaise, effraya le gouvernement. On (it des recherches dans les papiers de M. de Potter, et on y trouva les pièces d'une correspondance qu'il entretenait avec un employé du ministère des affaires étrangères, M. Tielemans, contenant, avec des observations sur le projet de confédération et sur la politique du gouvernement, des traits ironiques dirigés contre les ministres et contre le Roi lui-même. Dans l'irritation qu'excita cette découverte, on crut y. voir la preuve d'une grande conspiration. M. de Potter, M. Tielemans, un journaliste et trois imprimeurs éditeurs dejournaux furent poursuivis comme auteurs ou complices d'un attentat ou complot ayant pour but de détruire le gouvernement du pays, ce qui entraînait la peine capitale. La cour supérieure de Bruxelles, faisant les fonctions de chambre d'accusation, n'admit pas cette qualiiication du délit qu'elle réduisit à celui d^excitation directe au complot ou à l'attentat. Le débat s'ouvrit, le 16 avril, devant la cour d'assises jugeant sans jury, conformément à la loi du temps. D'après cette même loi, la publicité n'existait que pour le réquisitoire de l'avocat gé-
néral et les plaidoyers des défenseurs, et les interix) gatoires des accusés comme les dépositions des témoin avaient lieu à huis clos. Néanmoins, les journaux trou vaient le moyen d*cn publier chaque jour les détails M. de Potter avait choisi pour défenseurs deux hoiaxne' destinés à jouer bientôt un grand rôle dans les alla îres de la Belgique, MM. Gendebien et Van de Wever. Il s'efforça, comme eux, de démontrer qu'en protestant contre des abus et en réclamant des réformes, il n'avait pas conspiré pour le renversement du gouvernement établi. Après douze jours de débats, la couit, reconnaissant Texistence du complot, condamna M. ^^ Potter à huit ans de bannissement et la plupart ^^ ses coaccusés à des peines presque aussi graves. On ^^® s'attendait pas à un arrêt aussi sévère. L'auditoire ^^^ parut consterné. Une foule immense, encombrant la co^^'^ du palais, attendait le passage des condamnés qu'el '^ salua de ses acclamations et qu'elle accompagna jusqit ^ la prison où on fut obligé d'employer la force pour ï^ disperser. Ils se pourvurent en révision ; ils adresM>' rent aux États généraux une pétition dans laquelle ils réclamaient contre la publication de leur correspondance conlidentielle, scandale inouï, disaient-ils, dans les annales des peuples civilisés, mais ils n'obtinrent aucune satisfaction. Ils avaient espéré trouver un asile en France pour y passer le temps de leur exil, mais le gouvernement français leur refusa cet asile, et ils durent se diriger vers la Suisse, sans prévoir qu'au bout de
cjuciques mois une révolution leur rouvrirait les portes de leur patrie.
li'impression que produisit ce procès n'était pas de r»^ t-ure à fortifier, dans les provinces belges, le gouvemeirt c?nt du roi des Pays-Bas, déjà si fortement ébranlé. Une lo i très-rigoureuse qu'il avait proposée aux Chambres pour primer les écarts de la presse ne fut votée qu'avec des odilications qui en atténuaient singulièrement la portée. Bi€3ntôt après, pour essayer de ramener à lui l'opinion, il se détermina à une concession vainement sollicitée dep^u^is dix ans parla population belge : il autorisa l'usage dt^ la langue franraise dans les provinces méridionales du royaume, tant pour les actes et les plaidoiries des causes judiciairesquepourlesaffaires administratives. Peu de temps auparavant, cette innovation eût encore été reçue comme un véritable bienfait, maiselle ne suflisait plus pour calmerles esprits. On touchaitau moment de la catastrophe. En France, le refus de donner asile à M. de Potter devint une arme entre les mains de l'opposition qui en lii'a la conclusion que le ministère approuvait l'arrêt de la cour d'assises de Bruxelles. Vraisemblablement, un des ïQotifs de ce refus était la crainte de paraître favoriser le ïïïoavement qui portait alors un grand nombre de Bel- ?^s, impatients du joug hollandais et peu certains de parvenir à s'y soustraire par leurs seules forces, à dési- ^^î' la réunion de leur pays à la France catholique, à la ^'''ance libérale, même sous le ministère de M. de Poli- Rnac. Depuis longtemps, déjà, les bruits qui couraient à
ce sujet inquiétaient vivement Te cabinet de La Haye. On assure que le roi Guillaume, dans la prévision d'une insurrection de ses sujets belges, avait demandé à son beau-frère, le roi de Prusse, de lui prétty son appui pour la réprimer. Cependant, l'envoyé des Pays-Bas à Paris, M. de Fagel, fut autorisé à déclarer au gouvernement français que son maître n'avait jamais pensé à rien de semblable, mais le cabinet des Tuileries, que celte déclaration ne rassurait pas complètement, ordonna à son représentant ii La Haye de ne pas laisser ignorer, le cas échéant, que la France ne donnerait son assentiment à une mesure aussi extrême, aussi périlleuse, qu'en présence d'une nécessité absolue et après que les grandes puissances se seraient entendues à ce sujet. Comme on disait que le gouvernement russe avait été sondé aussi sur la convenance et la possibilité d'une inttM'vention prussienne, le duc deMortemart fut autorisé, si ce bruit venait à prendre quelque consistance, à énoncer en termes très-positifs l'opinion que la France ne pourrait permettre que, sans son aveu, un corps de troupes étrangères vînt s'établir à quelques lieues de sa frontière dans un État voisin. On disait, d'ailleurs, que l'envoyé russe à La Haye se montrait très-opposé au projet prêté au roi Guillaume, à moins d'une résolution concertée entre les principales cours de l'Europe. Il paraît que le gouvernement français avait pris la résolution de faire entrer lui-même des troupes en Belgique le jour où y entrerait un corps d'armée prussien.