CHAPITRE CLl
PersisUnoe de Topposition à combattre le projet de l'expédition d'Alger. — M. de Polignac est chargé du portefeuille de la guerre en Tabsence de M. de Bpurmont, appelé à la diriger. ■ — Préparatifs formidables. ! — Explications données par le gouvernement du roi aux gouvernements étrangers au sujet de cette expédition. La plupart s*en montrent satisfaits. L'Angleterre seule ne dissimule pas son mauvais vouloir et s'efforce vainement d'obtenir l'engagement formel que la France, •'n cas de succès, ne gardera pas sa conqui^te. — Départ du corps expéditionnaire dans les derniers jours de mai. — Dis- ^lution de la chambre des députés, le 16 mai. Les collèges ^locioraux sont convoqués pour en nommer une nouvelle, ^ Chambres devant se réunir le 3 août. — Modification ^u cabinet. Retraite de M. de Chabrol et de M. Courvoisier Mïiî ne veulent pas s'associer à des projets éventuels de coup <*'Éui. M. de Peyronnet devient ministre de l'intérieur, M. de ^^antelauze garde des sceaux, MM. de Montbel et Capelle 'Ministres des finances et des travaux publics. Indignation, ^ttrear des journaux do la gauche. Mécontentement d*une Partie même de la droite. Jugement sévère porté par M. de ^■Hèle sur ces changements et sur l'ensemble de la politique ^^ cabinet. Le ministère est peu uni. — Agitation élec- ^ï'ale. Circulaires ministérielles, mandements des évô- ^^es, proclamation du Roi. Destitution de quelques fonction- ^^»res récalcitrants. Violences des journaux de la droite. ^ïiUe part, excepté à Angers, l'ordre matériel n'est troublé. "^ Débarquement de Tarmée française en Afrique vers le
milieu de juin. Occupation de la presqu'île de Sidi Ferruch où M. de Bourmont établit sa place d'armes et le dépôt de l'ambulance, des vivres et des munitions. Le 19 juin, bataille de Slaoueli, gagnée par les Fran(;ais sur l'armée du Dey. — Le prince LéopolJ de Cobourg, (jui avait accepte la souveraineté de la Gièce, revient sur cette acceptation. Motifs compliqués de son refus définitif. — Mort du roi d'Angleterre Georges IV. Avènement de Guillaume IV.
Au milieu de tant de sujets de préoccupation, le gouvernement n'avait pas un moment perdu de vue le projet de l'expédition d'Alger, et l'activité intelligente qu'il mit à en préparer le succès est certainement le principal, on pourrait dire le seul titre dhonneilr d'un ministère qui a laissé dans l'histoire un si triste souvenir.
L'op|)Osition continuait à faire à ce projet une guerre opiniâtre qui, même de la part de ceux qu'une conviction sincère portait à croire une telle entreprise peu conforme à l'intérêt du pays, n'était plus excusable depuis qu'il était évident que le gouvernement s'était trop avancé pour pouvoir y renoncer sans qu'il en rejaillît sur la France une profonde humiliation. Dans le courant du mois d'avril, M. de Lahorde, non content de l'avoir combattu à la tribune, publia un écrit dont le but était de prouver que, dans le différend de la Fiance avec le Dey, le bon droit était complètement du côté du despote africain, qu'il ne pouvait y avoir avantage à prendre Alger alors qu'on n'était pas en mesure de le garder, et qu'on Tabsence des Chambres, on pouvait douter que le ministère fût autorisé à engager une guerre qui grèverait le
HISTOIRE DE LA RESTAURATIOiN. 393
pays de cent millions au delà du budget voté par elles. Le texte de la Charte se prêtût-il, d'ailleurs, à cette interprétation, € une voix, » ajoutait-il, « s'élèverait plus haute, plus ancienne que la Charte, celle de la morale publique et du droit naturel. Elle obligerait le ministère à comparaître à la barre de la France et de l'humanité : à la barre de la France qui a le droit de lui demander compte de la vie de ses enfants, qui lui dirait : Varus, rends-moi mes légions, rends-moi mes trésors 1 Elle prendrait pour témoins ces nouveaux Palinures laissés sans tombeau sur une terre ennemie; elle accuserait les auteurs de cette entre|)rise, même si elle réussissait; elle les accuserait d'avoir trompé le Roi et les Chambres sur des droits qui n'existaient pas, sur une insulte qui n'était pas une offense de la part d'un barbare ; elle les accuserait d'avoir entrepris, dans une saison défavorable et en infraction à nos droits, une guerre dont rien ne démontre ni l'urgence ni l'opportunité. »
Tout était mis en œuvre pour jeter de la défaveur sur l'expédition qui se préparait et sur les mesures par lesquelles on y préludait. Les journaux se plaignaient, comme on le fait toujours en pareil cas, de l'irrégularité, du caractère vicieux des marchés conclus pour lapprovisionnementde l'armée ; ils expliquaient la démission d'un des chefs de l'administration de la guerre qui, disait-on, n'avait pas voulu s'y prêter. Rien, depuis, n'est venucon- (irmer ce soupçon.
Ce qu'on savait de l'opinion presque unanime des officiers généraux de la marine n'était pas fait pour diminuer l'impression fâcheuse que de telles rumeurs ne pouvaient manquer de produire sur le public. L'amiral Duperré, bien que choisi pour commander la flotte et appelé en toute hâte de sa préfecture maritime de Brest, n'était arrivé que très-tardivement à Paris, et il disait hautement, tant dans les bureaux du ministère de la marine que dans les réunions particulières, que l'expédition projetée était absurde et impraticable. Les choses furent poussées si loin que le ministre le menaça de lui retirer son commandement, et le Roi déclara que, si le conseil le jugeait utile, il n'hésiterait pas à le faire. Cependant, M. d'IIaussez demanda qu'on ajournât une résolution aussi extrême, promettant de voir encore l'amiral et de travailler à le ramener. Il ne réussit pas à modérer l'intempérance des propos de cet illustre marin dont le langage était parfaitement d'accord avec la rudesse de sa ligure et de ses manières. Dans une audience qu'il avait eue du Dauphin, il lui avait dit sans ménagements que l'expédition dont il s'agissait n avait pas le sens commun^ et il lui avait remis des notes dont il résultait que ce serait une échaulTourée sans autre résultat que la perte de quelques vaisseaux et de beaucoup d'hommes, le débarquement ne pouvant s'opérer en moins de vingt jours, en sorte que l'armée serait écrasée partiellement à mesure qu'elle mettrait le pied sur le sol de l'Afrique. En faisant connaître cette conversation au conseil, le Dau-
HISTOIRE DE LA KESTAURATION. 30o
phin en conclut qu'il était à craindre qu'un chef aussi peu confiant dans le succès n'agit mollement, et qu'on ferait bien de le remplacer par un autre, mais le ministre, malgré son mécontentement, prit la défense de l'amiral. € C'est, • dit-il, « un excellent officier, brave » comme son épée, jouissant de la confiance des marins • et la méritant à tous égards. Il est d'un caractère diffi- » cile et naturellement contrariant, mais cela ne l'em- » péchera pas d'agir franchement quand il y sera, etj » comme je le lui ai dit à lui-même, il fera mieux qu'il > ne dit. •
L'amiral fut donc maintenu dans le commandement de la flotte. Celui de l'année, si vivement désiré par le maréchal Marmont qui éprouva un véritable désespoir de se voir déçu dans son attente, fut donné au ministre de la guerredont l'extrême impopularité ne pouvait qu'augmenter la défiance qui, dans un grand nombre d'esprits, s'attachait à l'expédition. On se confirma dans l'opinion déjà très-répandue et malheureusement accréditée par les imprudences de certaines feuilles de la droite, que le but du gouvernement était d'égarer l'opinion d'un peuple si sensible au prestige de la gloire des armes, de détourner son attention des attaques projetées contre les libertés, de ranimer l'esprit militaire au profit du parti dominant, de rendre les soldats étrangers à la cité, de donner à un ministère décrié la force résultant de l'honneur d'une conquête importante, enfin, de fournira M. de IJourmont l'occasion d'eiïacer le souvenir de Waterloo,
En son absence, la direction du ministère de la guerre fut confiée à M. de Polignac. Il était singulier que, dans un momentoù il était facile de prévoir que l'emploi de la force armée pourrait devenir nécessaire pour assurer rcxéculioii de certaines décisions et réprimer certaines résistances, on conférât de telles fonctions à un homme complètement étranger à la carrière militaire, bien que, comme tous les grands seigneurs de son temps, il eût un grade d'officier général, mais M. de Polignac ne doutait de rien. Cependant, pour lui faciliter sa tache, on lui adjoignit, comme sous-secrétaire d'Ktat, M. de Champagny, lieutenant général, aide de camp du Dauphin, depuis deux ans directeur général du personnel du département de la guerre.
Les instructions destinées aux deux commandants en chef furent communiquées au conseil le 18 avril. Chacun des deux naturellement devait avoir l'autorité absolue, l'un sur la flotte, l'autre sur l'armée, mais comme l'attitude de l'amiral Duperré laissait quelque doute sur ce qu'on pouvait attendre de lui, un ordre secret, qui ne devait être ouvert qu'en cas de nécessité, donnait éventuellement à M. de Bourmont le commandement général et enjoignait à l'amiral et aux autres ofJiciers de la flotte de lui obéir. Il était autorisé à conférer des grades pour des actions d'éclat jusqu'à celui de colonel exclusivement, et aussi un certain nomlne de croix de Saint-Louis et de décorations de la Légion d'honneur.
Le général partit, le 19 avril, pour Toulon où Tami- 1 se trouvait déjà. Déjà, aussi, de tous les ports, de tontes les parties de la France se dirigeaient vers la Prononce les forces destinées à prendre part à l'expédition. L'offectifdei*arméc de terre étaitdeplusde 37,000 hom- ^ïi^os dont 30,000 d'infanterie, environ 600 de cavalerie, ï>ft^s de 3,000 d'artillerie, plus de 1,300 du génie, sans ^onapter le train des équipages militaires, la gendarmerie, '^^ officiers, les employés et ouvriers d'administration. ^ ^OOOchevauxétaientattachésà ccsdivers services. Le parc ^ OTtillerie se composait de 83 pièces de gros calibre et ^^ 9 mortiers. Ces forces formaient trois divisions parf^êos en 9 brigades et commandées par trois lieutenants "néraux, MM. Berthezéne, de Loverdo et le duc ^ Kscars. Ils avaient sous leurs ordres dix maréchaux de rnppris, comme eux, dans les rangs de l'ancienne art*€et de la nouvelle et dans les nuances politiques les ï^*Ms diverses, tels que les généraux Pore t do Morvan, ^^ Damrémont, de Bertier. On les avait oboisis parmi ^^^ grand nombre d'ofliciers généraux qui avaient ollert ■^ttrs services, entre autres le général Clauzel. Le vi- ^^ïtîte de La Hitte, maréchal de camj) et aide de camp ^^ Dauphin, commandait Tartillorie ; le baron Valazé, *^^ssi maréchal de camp, le génie; le lieutenant général *^osprez était chef de l'état-major général ; le baron "^'iiniée dirigeait le servict^ de rintendance.
La (lotte expéditionnaire comptiit i03 bâtiments, dont ^ Vaisseaux de 74 armés en guerre, 8 vaisseaux rasés ar-
mes en flû le, 8 frégates de premier rang armées en guerre, de môme que 6 frégates du second rang et 3 du troisième, 7 frégates armées en flûte, 7 corvettes de 20 canons, 14 bricks de 20 canons, 12 de 6 et au-dessous, une canonnière brick, 7 corvettes de charge et 26 autres bâtiments de moindre dimension montés par 27,000 marins de toutes les classes. Il y avait, de plus, 400 navires de commerce français, autrichiens, italiens, espagnols, nolisés pour aider au transport du personnel et de 1* immense matériel d'une armée qui emportait avec elle des approvisionnements pour deux mois. Sur la demande de Tamiral Duperré, le contre-amiral Rosamel avait été chargé du commandement en second. Le contre-amiral Mallet était major général, le contre-amiral Hugon commandait la flottille et le convoi.
Le 20 avril, le Moniteur publiai une sorte de manifeste qui récapitulait tous les griefs de la France contre le dey d'Alger et qui se terminait ainsi : t Violation des
• principc^du droit des gens, infraction aux traités et » aux conventions, exactions arbitraires, prétentions in-
• solentes opposées aux lois du royaume et préjudiciables t aux droitsdes sujets français, pillage de nos bâtiments, > violation du domicile de nos agents diplomatiques,
• insulte publique faite à notre consul, attaque dirigée t contre le pavillon parlementaire, le Dey semble avoir
• tout épuisé pour rendre une guerre inévitable et pour » animer le courage de nos soldats auxquels est réser-
• vée la noble mission de venger la dignité de la cou-
» ronneet de délivrer la France el l'Europe du triple » Iléau que les puissances chrétiennes ont enduré trop » longt3mps ; l'esclavage de leurs sujets, les tributs que » le Dey exige d'elles et la piraterie qui ôte toute sécu- » rite aux côtes de la Méditerranée. •
L'attention de l'Europe était naturellement fixée sur ces préparatifs. Dés le 4 février, M. de Polignac avait fait parvenir à toutes les puissances une communication par laquelle il leur expliquait l'objet que la France avait en vue. Elle n'aspirait pas seulement à venger une injure ; elle voulait détruire l'esclavage, la piraterie et les tributs sur toute la côte d'Afrique, rétablir la sécurité de la navigation, rendre le rivage méridional de cette mer à la production, à la civilisation, au commerce, à la fréquentation de toutes les nations.
La Russie se montra complètement satisfaite de ces explications et disposée à favoriser le gouvernement français dans la poursuite d'une entreprise dont le succès devait être si utile à l'humanité. La Prusse fit quelques objections, mais qui n'avaient nullement le caractère dune opposition malveillante. Il en fut à peu près de même de l'Autriche qui, bien que toujours hostile à la France et attachée à l'Angleterre, n'avait pas dans la question un assez grand intérêt pour se hasarder à une opposition directe contre le gouvernement français appuyé par la Russie. La Suède, le Danemark témoignèrent une vive satisfaction, aussi bien que les Etats secondaires de l'Allemagne et la Suisse. La Hollande, gênée par ses
rapports avec l'Angleterre, garda une attitude plus réservée.
Les dispositions du cabinet de Turin étaient plus compliquées. L'idée d'être affranchi du tribut qu'il payait aux barbaresques et des avanies continuelles que ceuxci faisaient éprouvera son commerce et à ses sujets lui souriait, mais il voyait avec inquiétude Taccroissemenl probable de la puissance française dans la Méditerranée: il aurait voulu avoir part au partage des dépouilles de l'ennemi vaincu et, pour cela, concourir à l'expédition, ce que la France était loin de désirer.
Les petits États italiens, à qui leur faiblesse ne permettait pas ces vues ambitieuses, ne se .préoccupaient que des avantages que devrait avoir pour eux l'abolition de la piraterie. Aussi, le projet du gouvernement français fut-il accueilli par les populations de la péninsule avec un enthousiasme qui alarma la cour de Vienne, prompte à s'effrayer de ce qui pouvait y éveiller des sentiments favorables à la France.
La situation de l'Espagne était moins simple. Toujours inquiète et jalouse, parce qu'elle ne se résignait pas volontiers à sa décadence et à son affaiblissement, elle craignait le voisinage de la domination française en Afrique presque autant, si ce n'est plu.-?, que celui des Barbaresques. Elle ne pouvait, cependant, se montrer hostile à une entreprise aussi éminemment utile à toute la chrétienté ; elle aurait même voulu, dans l'intérêt de sa dignité, y prendre une part active qui lui aurait piTinis
d'en partager 1 honneur et les bénéfices, mais les dépenses que cela aurait entraînées dépassaient ses ressources, et elle dut se borner à fournir à la France, dans les Baléares, un lieu de déi»ôt pour ses malades et au besoin un point de ralliement pour ses vaisseaux.
Le Portugal, les Etats-Unis firent parvenir au cabinet des Tuileries l'expression de leurs félicitations et de leurs vœux pour son succès. L'empereur du Maroc lui-même promit de laisser l'armée française s'approvisionner dans ses États.
L'Angleterre seule était ouvertement hostile à l'expédition projetée. Il paraît cependant que lord Aberdeen avait eu d'abord quelque idée d'y associer l'Angleterre. M. de Polignac y consentait, mais le duc de Wellington et les autres membres du cabinet de Londres, trouvant l'affaire trop hasardeuse, s'y étaient opposés. L'invincible et implac^ible jalousie qu'excite chez les Anglais la moindre possibilité d'un accroissement de la puissance française, surtout au point de vue maritime, ne leur permettait pas de voir sans inquiétude ce qui se préparait. Ils prétendirent avoir le droit d'exiger des explications sur les résultats que le gouvernement du roi se proposait d'atteindre. Sans doute, alors, on regretta à Londres d'avoir fait échouer la combinaison qui, comme je l'ai raconté, en chargeant le pacha d'Egypte de châlier le dey d'Alger, eût prévenu l'action directe des armes françaises contre la Régence. L'ambassadeur d'Angleterre, lord Stuart de Rothsay, dont le caractère et les sentiments personnels
n'étaient pas faits pour adoucir dans la forme ce qu'il y avait de bloësanl dans les exigences de son gouvernement, ne cessait de harceler M. de Polignac de ses questions, on pourrait presque dire de ses sommations. M. de Polignac lui répondait que le Roi n'était guidé par aucun sentiment d'ambition, mais qu'il voulait venger l'injure faite à son pavillon, qu'il avait déjà fait connaître ses intentions et que sa parole devait en être une garantie suffisante. Des assurances aussi vagues ne pouvaient satisfaire le cabinet de Londres. Il aurait voulu une renonciation formelle de la part de la France à toute acquisition territoriale. Lord Stuart remit à cet effet au ministre français une note dont les termes étaient presque offensants. M. de Polignac y répondit avec noblesse et fermeté. Pour couper court à ces tracasseries sans compromettre Taction indépendante de la France, sans contracter aucun engagement contraire à ses intérêts, il écrivit, le 2i mars, aux ambassadeurs et ministres du Roi auprès des grandes cours et aussi auprès des cours d'Espagne, de Rome, de Naples, de Toscane et de Sardaigne comme plus particulièrement intéressées dans la question une nouvelle dépêche où il était dit que la conduite de la France demeurait invariable; qu'elle avait offert dès le début de se concerter avec toutes les puissances sur les moyens de réaliser la pensée chrétienne et conservatrice qui était un des objets de l'expédition; qu'elle l'offrait encore; qu'elle entrerait dans la conférence libre de tout parti pris, de tout engagement antérieur, mais que le Roi était fermement ré-
soluà ne pas poser les armes, à ne pas rappeler ses troupes tant que le but national aussi bien que le but général de œtte expédition n'aurait pas été atteint par le redresse ment des griefs de la France, le rétablissement de ses droits, et le paiement d'une indemnité de guerre.
La Russie, l'Autriche, la Prusse et plus encore l'Espagne et l'Italie reçurent avec satisfaction l'annonce des délibérations communes auxquelles on les conviait,maisrimpression qu'on en éprouva à Londres fut bien différente. On y était peu rassuré par ces explications qui, en réclamant des indemnités auxquelles le Dey pourrait être hors d'état de satisfaire, ouvraient la porte à la conquête ou tout au moins à une occupation indéfiniment prolongée du territoire algérien. Le duc de Wellington, avec cette rude tt égoïste franchise qui caractérise la politique britannique, disait que l'établissement d'une colonie française en Afrique pouvait convenir à la Russie et à la Prusse, mais que l'Angleterre était de toutes les puissances la plus intéressée, peut-être la seule intéressée à maintenir sans altération dans la Méditerranée l'équilibre alors existant de forces et d'influence, que c'était pour elle un point capilal. On persistait donc à demander à la France des garanties écrites. Lord Stuart remit à M. de Polignac une nouvelle note dans laquelle son gouvernement cherchait à établir le droit de suzeraineté de la Porte sur la régence d'Alger et appelait la plus sérieuse attention du cabinet des Tuileries sur la nécessité de respecter ce droit. M. de Polignac n'y fit d'autre réponse
Ai)'t HISTOIRE DE LA RESTAURATION.
qu'un billet qui portait simplement que, les commun cations antérieures de la France ne demandant auc nouveau développement, il ne pouvait que s'y r férer.
Un des motifs qui engageaient le gouvernement brita nique à demander avec tant d'insistance des engageme écrits, c'était la situation incertaine de la France, la ferm tation des esprits, la lutte des partis, la position de Fad nistration qui, exposée à être emportée d*un mome l'autre dans cette lutte, pouvait être entraînée à cherc à s*afTermir, à se populariser par une politique d*ambit^ et de conquête.
M. dePolignac, pressé ainsi de questions sur les m ntentions du gouvernement français, déclara qu'il se cro^^ -sil d'autant plus obligé de se tenir à cet égard sur la résex — ^^ que le cabinet de Londres s'empressait de transmettrez s Constantinople, au Caire, à Tunis, à Tripoli, au Man^^"^» toutes les informations qu'il recevait. Les choses allaie si loin dans ce sens que M. de Metternich lui-mém avec plus ou moins de sincérité, crut à propos d'averti le ministère français de se tenir en garde contre les exi-^ gences de l'Angleterre.
Le cabinet de Londres aurait voulu également avoir connaissance des instructions données au commandant de l'armée française. Il rappelait qu'en 1816, dans une circonstance semblable, celles de lord Exmouth avaient été communiquées au gouvn-nemont français. M. de Polignac répondit qu'on pareille matière le ?ecrot était
HISTOIRE DE L\ RESTAURATION. 40o
nécessaire et que de telles preuves de confiance pouvaient se donner, mais ne se demandaient pas.
Dans le cours de ces contestations, lord Stuart avait, eu avec le ministre de la marine un entrelien où il s'était emporté jusqu'à la menace, ce qui avait amené entre eux une très-vive altercation.
Le duc de Wellington parlait de porter la question d'Alger devant le parlement et de jeter Talarmc dans toute l'Europe sur les projets de la France. M. de Polignac, lorsqu'il en eut été informé, écrivit au duc de Laval une dépêche aussi calme que feime. c II est évident • disait-il, c qu'après la publicité et l'effet qu'aurait une manifestation de cette valeur, la France, loin de céder à ces exigences, serait forcée de revendiquer le libre exercice de tous les droits qui découlent de l'état de guerre et de se renfermer, quant aux chances de l'avenir, dans une rései-ve qu'elle n'a cessé de garder que par un sentiment de bienveillance pour ses alliés. »
Lord Aberdeen, dans une lettre dont il avait chargé lord Stuart de donner lecture à M. de Polignac, avait dit que la persistance de la France à refuser les explications qu'on lui demandait ferait retomber sur elle toutes les conséquences de "ce refus. M. de Polignac, après avoir entendu cette lecture, dit froidement à l'ambassadeur que toutes les autres puissances s'étant montrées satisfaites des communications qu'elles avaient reçues, si le refus du gouvernement français d'en donner d'autres
devait entraîner de graves conséquences, la responsabilité en appartiendrait tout entière à ceux dont les exigences auraient entraîné ces conséquences.
L'Angleterre, cherchant à intimider le cabinet des Tuileries, faisait prendre à son escadre dans la Méditerranée une attitude qui semblait annoncer qu'elle était disposée à mettre obstacle à l'expédition. Le 25 mai, le duc de Laval, par l'ordre de M. de Polignac, demanda à lordAberdeen des explications sur les bruits qui couraient à ce sujet. Lord Aberdeen répondit que son gouvernement, dans un esprit de modération, s'était abstenu jusqu'il ce moment d'envoyerses bâtiments croiser devant le littoral menacé, mais que, s'il n'obtenait pas les assurances qu'il avait droit de réclamer, il serait bientôt prêt.
Ce qu'il aurait voulu, ce qu'il demanda formellement le 3 juin, c'est la promesse que les droits de suzeraineté de la Porte sur la régence d'Alger seraient respectés. M. de Polignac déclara nettement que la France ne pouvait considérer ces droits comme existant encore, la Porte elle-même s'étant déclarée impuissante à procurer au gouvernement du roi les réparations qui lui étaient dues et ayant deux fois refusé de se mêler de l'affaire.
Il est juste de reconnaître qu'en cette occasion I honneur de la France fut noblement soutenu par M. de Polignac et par le cabinet dont il était le chef. Ils savaient que, malgré la faveur que presque toute l'Europe accordait à leur entreprise, ils n'avaient à compte!* sur aucun
appui eiïeclif dans le cas où le Dey trouverait des alliés. La Russie et la Prusse, dont on avait fait sonder les dispositions, ne dissimulaient pas qu'on ne devait pas espérer leur concours si Ton avait à lutter contre l'Angleterre. Le cabinet de Saint-Pétersbourg avouait qwe,dans l'état d'épuisement où lavait laissé sa guerre toute récente contre la Porte, il n'était pas, pour le moment, en état de reprendre les armes. Ce qui est plus surprenant, c'est que 2^on représentant à Paris, le comte Pozzo, personnellement hostile à M. de Polignac et au parti ultra-royaliste, tenait ouvertement un langage très-peu favorable à l'expédition. M. de Polignac, qui ne l'ignorait pas, avait d'al)ord eu la pensée de demander son rappel, mais il s'en abstint de peur de blesser l'empereur Nicolas. L'influence des ambassadeurs d'Angleterre et de Russie entraînait une bonne partie du corps diplomatique, entre autres le -ministre de Prusse, M. de Werther.
Réduits ainsi à leurs propres ressources, Charles X et ^o.s conseillers ne reculaient pas devant la perspective d'un *^oinbat, en quelque sorte, corps à corps avec l'Angleterre, ^î puissante sur les mers qu'allaient avoir à traverser la flotte et l'armée françaises. Il parait même que, pour ^^ Cb mpenser notre infériorité possible, probable même sur ^'•^t élément, on avait résolu, si la flotte britannique comïï^enrait les hostilités, d'attaquer l'Angleterre sur un *^ Utre terrain où la France aurait plus d'avantages : des •^ ladres étaient donnés pour qu'un corps de troupes réuni ^Hr la frontière du Nord entrât immédiatement en Bel-
giqueoù le gouvernement des Pays-Bas, allié et protogô du cabinet de Londres, avait en ce moment à se défendre contre le mécontentement des populations.
Tout cela était bien hardi. Charles X avait un vif sentiment de la dignité nationale dont l'idée se confondait pour lui avec celle de la dignité royale, c Nous ne » nous mêlons pas, • disait-il, • des affaires des Anglais; » qu'ils ne se mêlent pas des nôtres. •
A ces derniers moments encore, les journaux de Topposition, toujours inspirés par la crainte de voir un grand succès militaire affermir le ministère de M. de Polignac, redoublaient d'efforts pour frapper d'impopularité cette expédition tant redoutée par les rivaux de la Franc*», pour en démontrer l'injustice, pour prouver que le succès en était impossible, pour ébranler l'esprit de l'armée en exagérant les périls et les privations auxquels elle allait être exposée, pour mettre les soldats en défiance contre le chefqu'on leur avait donné en rappelant sa conduite à la veille de Waterloo. C'était comme une sorte de conspiration morale avec l'ennemi, dont ceux qui y prenaient part, aveuglés par l'esprit de parti, ne comprenaient certainement pas tous le véritable caractère, mais qui n'en mérite pas moins d'être sévèrement condamnée. Le ministère eût voulu trouver un moyen de la réprimer; la question fut examinée dans le conseil, mais on reconnut que la législation n'en fournissait aucun.
Dès le 23 avril, le ministre de la marine était parti pour Toulon où il allait surveiller et hâter par sa pré-
sence les derniers préparatifs. Quelques jours après, le Dauphin s'y rendit lui-môme. Arrivé dans cette ville le 3 mai, il visita l'arsenal, les chantiers de construction, les travaux du port et monta le lendemain à bord du vaisseau amiral la ProvencBy où il jouit du spectacle imposant de la multitude des bâtiments de guerre et de transport dont se composait la flotte; tous étaient pavoises; d'autres bâtiments de commerce faisaient flotlor aussi leurs pavillons; le rivage était couvert de troupes et d'une multitude immense qui mêlait ses acclamations ^iix salves de Tartillerie. Le prince assista ensuite, de la hauteur du tertre du polygone, à la répétition du débar- «iu.cment tel qu'il devait être opéré sur la côte d'Afrique, ^vec des bateaux plats et des radeaux d'une construction ï^ouvelle. Rien ne manquait à la beauté de cette fête milî taire. Jamais la marine française ne s'était présentée ^ousun aspect plus satisfaisant et plus brillant. L'ar- "^nêe, en dépit des sombres pronostics de l'opposition, P<iraissait pleine de confiance et d'ardeur. Là, comme ^ Alarseille, comme à Aix où le Dauphin en passa successivement en revue les divisions, l'accu^ûl qui lui fut f^î tétait de nature à lui persuader que la royauté pouvait ^ïicore compter sur le dévouement de la force armée et ^Ome dune grande partie de la population. Il est difli- ^ile de croire qu'il n'y ail pas pensé et qu'il n'ait pas rapporté à Paris quelques-unes de ces illusions auxquelles *^s personnes royales se laissent si facilement entraîner, ^pendant, il semblerait qu'en lui, au moins par moments,
4iO HISTOIRE DE LA RESTAURATION.
ces illusions n'étaient pas complètes. Gomme M. d'Haussez lui faisait remarquer l'énergie des acclamations dont il était l'objet de la part de la population marseillaise, • j( • le vois comme vous, • lui répondit-il, • mais je doulf » qu'il y ait beaucoup d'électeurs parmi ceux qui m'ac- :-u » cueillent si bien. • C'était en quelque sorte un appe -^j au suffrage universel. L'avenir devait prouver que Is; M royauté n'aurait pas gagné à ce qu'il fût dès lors en y'vM ' gueur.
Le 11 mai, le Dauphin étant parti pour Paris avec \M ministre de la marine, M. de Bourmont publia un ordi du jour dans lequel, annonçant en termes assez vagu< les motifs et le but de l'expédition, il recommandait ^XLm' mi soldats de ne ternir par aucun excès l'éclat de leurs cr ^^ux ploils, d'être terribles dans le combat, mais justes ethp' .^o mains après la victoire, leur intérêt le leur commanda ^Esm ainsi que leur devoir, et exprimait l'espéi-ance assez mr — «a/ fondée que les Arabes, longtemps opprimés par ur flc milice avide et cruelle, verraient dans les Français ^^Bfi» protecteurs dont ils imploreraient l'alliance.
L'embarquement commença aussitôt, et il fut termi "«^ en moins de six jours, mal^rréun très-mauvais temps,aV^ l'ordre le plus parfait. Il fallait un vont favorable poii'' qu'on pût ordonner le départ. Il se lit attendre pendant sept jours. Sur ces entrefaites, on reçut la triste nowvrlle que deux bricks qui faisaient partie de la station navale du blocus d Alger, poussés par un vent du nordouest, avaient échoué, dans la nuit du 14 au 15, auprr?
du cap Bengut et que leurs équipages, forcés de se jeter h la côte, étaient tombés entre les mains des Arabes. Les uns avaient été massacrés, les autres réduits à la plus dure captivité.
Le vent d'ouest étant enfin arrivé, la Hotte, partagée en trois escadres, mit à la voile le 25, le 26 et le 27 mai. La première de ces escadres, qui avait à bord l'élatmajor général, rencontra, le 26, à vingt lieues des côtes de France, deux frégates qui se dirigeaient vers Toulon. Lé' une était française et appartenait à la station du blocus alirérien. L'autre était turque et portait le capitan pacha, Taliir-Pacha, envoyé par la Porte avec une mission pour le Dey, que le commandant du blocus avait refusé de laisser entrer dans le port d'Alger, qui avait alors témoigné le désir de se rendre à Toulon et que ce com- Uiandant avait jugé à propos de faire escorter par un bâtiment de guerre français. Tahir-Pacha avait reçu, disait- ^U de son gouvernement, Tordre d'aller à Alger pour décider le Dey à demander la paix; il allait maintenant ^n France proposer la médiation de la Porte. M. de Bour-
^ont et Tamiral Duperré l'autorisèrent à poursuivre son voyage pour présenter au gouvernement du roi des propositions qu'il ne leur appartenait pas de discuter. Ar- '^vê à Toulon, il écrivit à M. de Polignac une longue dé- PWiedans laquelle, sans rien préciser, sans annoncer 1 intention de procurera la France aucune des satisfaclions qu'elle réclamait et semblant mettre le Roi et le % sur un pied d'égalité, il conseillait la modération
aux deux parties et s'érigeait en quelque sorte en arbitre de leur querelle. Il se refusa, d'ailleurs, à envoyer à Paris les propositions dont il se disait porteur en attendant l'expiration de la quarantaine à laquelle il était soumis. On croyait généralement qu'il n'avait pas, en réalité, de mission pour la France, et que le sultan l'avait seulement chargé d'aller à Alger prendre la direction de la défense. On refusa de l'écouter, et après quelques jours passés au lazaret, il retourna à Constantinople. Le Dey, à ce qu'on assure, a raconté plus tard qu'il savait que le but secret de la mission do Tahir-Pacha était de le faire déposer ou même étrangler pour faciliter un arrangement avec la France, et qu'il ne l'aurait pas laissé débarquer lors même que la station du blocus le lui aurait permis.
Le 30 mai, l'avant-garde de la flotte française n'était plus qu'à 45 milles de la côte d'Afrique. On croyait toucher au moment du débarquement, mais on fut assailli par un vent d'est si violent que l'amiral, jugeant impossible d'approcher de la côte et même de se maintenir sur le méridien d'Alger, se décida à reprendre le large et à chercher un abri et un point de ralliement pour ses vaisseaux, en partie dispersés, sous le vent des îles Baléares, dans la baie de Palma. Le gros de la flotte y arriva le 2 juin, mais elle ne s'y trouva réunie en entier, , avec ses transports, que huit jours après sa dispersion. Le ^ 10 juin enfin, le vont étant devenu plus favorabh», on puW reprendre la mer, bien qu'il fût encore assez fort, qu'olI
fût très-grosse et qu'on pût craindre une dispersion nouvelle. On se retrouva, le 13, en vue d'Alger. Le lendemain, le débarquement devait avoir lieu dans la presqu'île de Sidi Ferruch, désignée d'avance pour être le dépôt général de Tarmée pendant la campagne.
Ces délais, ces lenteurs, probablement inévitables, mais dont les hommes de mer pouvaient seuls apprécier la nécessité, avaient excité un grand mécontentement dans l'armée de terre, impatiente d'en venir aux mains avec l'ennemi. Il paraît qu'il y avait eu de vives contesl^lions entre l'amiral et le général en chef. A Paris, le gouvernement attendait les nouvelles avec une extrême anxiété. Gomme on se défiait toujours un peu dcsdispo- **Uons de l'amiral, le moindre retard dans les opérations ^u'il dirigeait donnait lieu à des soupçons qui jetaient le trouble dans les esprits. Lorsqu'on apprit le mouvement ^Irograde de la flotte et sa relâche à Palma, M. deGuer- '^on-Ranville écrivit dans son journal ces étranges paro- 'cs : f Duperré trahirait-il? •
Ce qui explique cette anxiété plus encore peut-être l^e l'extrême importance qu'avaient en eux-mêmes les '^ilsqui s'accomplissaient, c'est que le ministère sentait ^U un échec aurait pour premier résultat sa chute et le ''inversement de la politique intérieure qu'il cherchait à '^ire prévaloir; c'est qu'il croyait, et en cela il se troml^it, que la victoire assurerait son triomphe et celui de ^'"tle politique.
Aussitôt apn's le retour du Dauphin a Paris, les me-
sures arrêtées en principe dans le conseil quelques semaines auparavant avaient été mises à exécution. Une ordonnance du 16 mai avait dissous la chambre des députés, convoqué à l'eflet d'en élire une nouvelle les collèges d'arrondissement pour le 23 juin, ceux de département pour le 3 juillet, celui de la Corse pour le 20 du même mois, et appelé les deux Chambres à se réunir en session le 3 août. D'autres ordonnances en date du 19 mai apportèrent à la composition du cabinet les modifications rendues nécessaires par la résolution bien arrêtée de M. Courvoisier et de M. de Chabrol de ne pas s'associer plus longtemps à une politique dont la témérité les effrayait, et par la volonté du Roi d introduire dans le conseil M. de Peyronnet. M. de Chantelauze, premier président de la cour de Grenoble, fut nommé garde des sc^'aux à la place de M. Courvoisier; M. de Montbel succéda, au département des finances, à M. de Chabrol et eut luimême pour successeur au département de l'intérieur M. de Peyronnet. Enfin, ce qui était tout à fait imprévu, on transforma en ministère d'S travaux publics la direction générale des ponts et chaussées dont M. Becquey était depuis quinze ans le chef, et ce ministère fut donné à M. Capelle, préfet de Versailles. M. Courvoisier obtint en dédommagement, avec une pension de 20,000 francs, la dignité de ministre d'État qui fut également conférée à M. Becquey ,aussi bien qu'à trois personnages appartenant par leurs opinions à la plus extrême droite,M.deBertier, M. Dudon etM.de Balainvilliers,ledoyenduconseild'État.
Les circonstances de ce revirement, la manière dont il iivaitélé préparé ne sont pas parfaitement connues. Ce ii'e.Nt pas que les intéiessés n'aient eu soin, un peu plus tard, d'en raconter les détails les plus minutieux, mais leurs témoignages, souvent contradictoires, ne peuvent Olre accueillis qu'avec une réserve un peu déliante, parce qu'on doit comprendre qu'en présence de la terrible catastrophe qui fut la conséquence presque immédiate de ce changement, chacun d'eux s'est surtout attaché à attt'uucr sa part de responsabilité. Ce qui est hors de doute, c'est que la modification du cabinet fut l'œuvre de la volonté bien arrêtée du Roi qui avait fini par se persuader ïue M. de Peyronnet, par son énergie, était le sauveur /prédestiné de la monarchie, t Cequi a toujours manqué,» ^ii^ait-il, « c'est l'audace de planter son drapeau. Eh • i»îen, le nom seul de M. de Peyronnet est un drapeau
• que j'élève. » Charles X disait encore : « C'est Ihomme
• qui peut le mieux réussir dans les élections, il donnera
* Un coup de fouet à l'opinion. » Ce fut aussi la faveur ^ tt Hoi qui appela au ministère M. Capelle, homme actif, irttelligent, qui, après avoir été un des préfets les plus ^*-*lôs de remi)ire, s'était, depuis la Restauration, rallié à
* opinion royaliste la plus vive, était devenu presque im- ^^*-cliatement un des conlidents du comte d'Artois, alors
^Vief jj» l'opposition de droite, et, dans l'exercice de di- "^'^rs emplois administratifs, avait fait preuve, disait-on, ^ Une habileté peu scrupuleuse à diriger les élections. l3ans retti» reconiposilio:! du cabinet, M. de Puliiniac
41d HISTOIRE DE LA RESTAURATION.
semble n'avoir été, comme dans d'autres occasions, que l'instrument de la volonté royale. Il est probable que M. de Peyronnet fut beaucoup consulté. Cependant, il a dit depuis qu'il n'avait aucun désir de rentrer au pouvoir, qu'il avait fait tout ce qui dépendait de lui pour l'éviter et qu'il se disposait même à quitter Paris pour se soustraire à d'importunes sollicitations Ioi*squ'on était venu lui faire des propositions auxquelles il n'avait pu se refuser. Son caractère bien connu et l'attitude qu'il avait prise depuis quelques mois sont peu d'accord avec de telles assertions.
Il est certain, au contraire, que M. de Chantelauze, honnête homme, doué d'un certain talent de parole, mais d'un caractère faible, timide, porté à la tristesse et au découragement, non-seulement n'avait aucune envie d'entrer au ministère, mais s'effrayait à la seule pensée de se trouver engagé dans des luttes auxquelles ses forces étaient peu proportionnées. A l'époque de la formation du cabinet du 8 août et plus tard, au mois de novembre, lors de la retraite de M. de La Bourdonnaye, il avait repoussé toutes les offres qui lui avaient été faites. Cette fois encore, il ne s'était pas d'abord montré plus disposé à céder à de nouvelles instances. Malheureusement pour lui, on s'était fait aux Tuileries une grande idée de l'utilité de son concours, idée fondée peut-être sur ce qu'il avait dit un jour à la tribune, de la nécessité d'un cinq septembre monarchique et qu'on avait interprété , probablement en exagérant sa pensée, comme l'expression
HISTOIRE DE LA RESTAURATION. 4i7
du vœu d'un coup d'État. Charles X, on apprenant qu'il persistait dans ses refus, s'écria avec dépit : f Je con- • nais le fin mot de la chose : M. de Ghantelauze a peur de perdre une position agréable et inamovible, (celle de premier président de cour royale), pour en prendre une malheureusement trop amovible. • 11 ne fallut rien moins, pour surmonter sa résistance, que l'inlervenlion personnelle du Dauphin qui avait pris beaucoup de goût pour lui et qui, en revenant de Toulon, s'arrêta à Grenoble où il réussit, sinon à le convaincre, du moins à l'entraîner en lui expliquant les intentions du Roi. f^«* qui est singulier, c'est qu'un des motifs qui triomphèrent enfin des répugnances de M. de Ghantelauze, c'est la certitude d'avoir pour collègue M. de Peyronnet, qui lui inspirait une grande confiance, bien qu'il le conï^ûtfort peu. Arrivé à Paris, et toujours hésitant, incerlain, il essaya encore une faible résistance qui, naturelleïï^enl, devait être impuissante après qu'il s'était avancé lusque-lâ. A son langage, à son attitude, à sa physionomie, on l'eût pris pour un condamné attendant l'échafaud. c Regarde-moi, » écrivait-il à son frère, t comme > une victime à immoler et plains-moi. • 11 disait ù un de ses amis : • Je vais jouer ma tète pour une haute * fortune. •
Les dispositions de M. de Montbel n'étaient pas trèsdifférentes. Depuis le 8 août, c'était la seconde fois qu'on loblifjeait à changer de portefeuille d'après les convenances du moment. On avait d abord piMisé à diviser le x\ 27
418 niSTOrRE DE LA RESTAURATION.
ministère de 1 intérieur dont il était le titulaire et, en donnant à M. de Peyronnet toute la partie politique de ce département, à laisser seulement à M. de Montbel la direction des travaux publics avec le titre de ministre; dans cette combinaison, M. Capelle aurait eu les finances. M. de Montbel s'étant récrié contre des arrangements qui le réduisaientà une position aussi subalterne en comparaison de celle qu'il avait jusqu'alors occupée et ayant voulu en prendre occasion de se retirer comme il en avait incontestablement le désir, on-lui offrit le ministère des finances. Il représenta qu'il était absolument étranger h cette partie de l'administration , et demanda instamment qu'on acceptât sa démission. Le Roi le fit venir à deux reprises, le supplia de ne pas l'abandonner, l'embrassa et, dans un langage que la royauté croyait alors pouvoir employer à l'égard de ses serviteurs dévoués pour imposer silence à leurs répugnances et à leurs scrupules, lui ordonna d'accepter le poste qu'on lui assignait. M. de Montbel céda, tout en demandant et en obtenant la promesse qu'il lui serait permis de se retirer aussitôt après les élections, mais à peine rentré chez lui, en proie à la plus violente agitation, il voulut revenir sur le consentement qui lui avait été arraché. Un billet du Roi le désarma de nouveau, c Au nom de Dieu, * lui écrivait Charles X, • calmez-vous, mon cher Montbel;
• songez que je vous ai donné un ordre positif, que je
• vous ai promis de vous entendre si dans la suite, ce » que Dieu ne permettra pas, vous persistiez dans les
» sentiments qui vous dominent aujourd'hui. Lordon- » nance est envoyée au Moniteur, il n'y a plus rien à > faire. • M. de Chabrol, joignant ses instances à celles du Roi pour rassurer son successeur qui alléguait sa com. plète ignorance des matières financières, lui promit d'aller travailler tous les matins avec lui aussi longtemps qu'il le désirerait.
M. deMontbel qui, néanmoins, sentait ce qu'il y avait de faux dans sa situation, voulut expliquer à ses amis les motifs qui le retenaient dans un ministère dont il n'approuvait pas la politique. Une longue lettre qu'il écrivit à M. de Villèleet dans laquelle il essayait de se justilier ne porta pas la conviction dans l'esprit de l'ancien président du conseil, peu disposé à juger avec indulgence les actes d'un gouvernement qui lui avait donné des témoignages peu équivoques de son mauvais vouloir. On lit dans son journal cette appréciation sévère de la conduite de M. de Monlbel : t II a manqué de raison, de fermeté et surtout de dignité; c'est ce qu'on excuse le moins. Je pense qu'il n'a plus rien à faire que ce qu'il a dit, mais cela ne le relèvera en rien, ne sera d'aucune utilité à personne, et il ne le fera pas plus alors qu'il ne l'a fait en cette occasion décisive. Ma conviction est que nous marchons à une débâcle dans laquelle personne ne trouvera les moyens de nous remettre à flot. •
Comme M. de Chantelauze, comme M. de Montbel, M. de Guernon-Ranville aurait bien voulu se mettre à
420 HISTOIRE DE LA RESTALMiATIUN.
l'abri de l'orage qui approchait, mais comme eux il manqua de la fermetù nécessaire. On l'avait laissé dans une complète ignorance des préparatifs do la recompoeitiori du cabinet; ce fut seulement le jour de la signature des ordonnances qu'il en eut connaissance. M. de Polignac alla le trouver et, après quelques phrases insignifiantes, lui dit, d'un air dégagé qui cachait sans dont*» son embarras réel : • Eh bien, nous avons trois nouveaux
• collègues I t M. deGuernon-Ranville, qui ne savait ()as qu'il fût question d'un portefeuille pour M. Capellc, crut comprendre qu'il était lui-même congédié avec M. (lourvoisier et M. de Chabrol. Prenant la main de son interlof cuteurrVous me soulagez d'un poids énorme, » lui répondit-il, t et ce sera pour moi un heureux moment que
• celui oùj'installeraimon successeur danscet enfer ((u'on
• appelle le cabinet du ministère. — Que voulez-vous » dire? » reprit M. de Polignac, t mais vous nous res-
• tez, » et il lui expliqua l'ensemble des arrangements que l'on venait de prendre. M. de Guernon-Ranville, tout à la fois désireux de recouvrer sa liberté et froissé d'un procédé qui prouvait qu'on tenait si peu de compli» de lui, pria instamment M. de Polignac de proposer au Roi son remplacement immédiat, t ("est impossible, • lui répondit le président du conseil. « Le Roi ne veut plus
• entendre parler d'aucun changement, et certes vous
• ne voudrez pas donner votre démission. Une retraite » volontaire dans les circonstances où nous nous Irou- » vons paraîtrait si honteuse que Montbel s'est résigné à
• prendre le ministère des finances (ju'il ne voulait pas
• d'abord et que Chabrol a prié instamment qu'on ne dît
• pas dans l'ordonnance qu'il a donné sa démission,
• parce qu'en cITet il n'aurait pas voulu la donner dans
• un pareil moment. D'ailleurs, je suis sûr que le Roi
• ne recevrait pas la votre. • M. de Guernon-Ranville répliqua qu'il resterait puisque le Roi l'exigeait, mais (|ue le ministère ainsi recomposé n'aurait pas trois mois d'existence. — ^ Bah! » s'érria M. de Polignac en se retirant, f vous êtes l'homme aux diflicullés. Vous verrez » que nous marcherons à merveille et que tout ira bien. »
M. d'IIaussez dit. dans ses Mémoires, dont la sincérité absolue ne me parait pas démontrée, iju'il avait d'abord voulu se retirer avec MM. de Chabrol et (^ourvoisier, parce qu'il n'approuvait pas les vues de JI. de Peyronnet, mais qu'il en fut empêché par la crainte d'aflliger le Roi et aussi par le désir de ne pas laisser à un successeur l'honneur de l'achèvement d<» rex[)édition d'Alger qu'il avait préparée.
Le 20 mai, les nouveaux ministres assistèrent pour la première fois au conseil. Le Roi, sadressant particulièrement à eux, ouvrit la séance par cette courte allocution : € Messieurs, je dois vous faire connaître on peu de mots
quel est le système que je veux suivre et que j'ai déjà
développé plusieurs fois au conseil. Ma ferme volonté » est de maintenir la Charte. Je ne veux m'en écarter » sur aucun (>oinl, mais j(î ne soufl'rirai pas que d'autres
• s'en écartent. Jespèn» que la chambre des députés sera
» composée d'hommes sages, assez amis de leur pays » pour seconder mes intentions. S'il en était autrement,
• je saurais, sans sortir de la ligne constitutionnelle, » faire respecter ma prérogative que je regarde comme > la meilleure garantie de la tranquillité publique et du
• bonheur de la France. •
Pour comprendre que Charles X, avec les projets déjà arrêtés dans son esprit, ait pu protester si formellement de sa résolution de ne pas s'écarter de la Charte, il est nécessaire de ne pas oublier le sens que ce prince et le parti sur lequel il s'appuyait attribuaient à l'article 14 de cette Charte, celui de la dictature réservée au Roi pour les circonstances extraordinaires. On a dit, bien que M. de Polignac l'ait toujours nié, qu'il avait été question d'exiger des nouveaux membres du conseil l'engagement écrit de ne pas s'opposer, lorsqu'il y aurait lieu, à l'application de cet article ainsi interprété, mais qu'on y avait ensuite renoncé ; ce qui est certain, c'est qu'ils prirent cet engagement de vive voix.
M. Pasquier, étant allé voir M. Courvoisier le jour qui suivit sa sortie du cabinet, lui dit : • Eh bien, nous voilà
• donc à la veille du coup d'État? » — • J'espère que non, » répondit-il, plus peut-être par convenance que par conviction; • le Roi se fait de grandes illusions sur » les élections, mais elles vont être déjouées, et il est
• possible que ce mécompte l'éclairé enfin sur la situa-
• tion. >
La dissolution de la Chambre et la convocation dt^s
tM>IIégcs électoraux, auxquelles on s'attendait depuis longtemps, n'avaient pas produit sur les esprits une impression très-vive. Les journaux de la droite y avaient applaudi en félicitant le gouvernement d'en avoir fini avec la révolte des 2ii . Les journaux de la gauche s'étaient à peu près bornés à exprimer le vœu que les électeurs, en défendant les libertés publiques, écartassent toutes le» chances de révolution. Mais la nomination des nouveaux ministres, de M. de Peyronnct surtout, fut, pour la presse libérale tout entière, pour le Journal des Déàaîs comme pour le Constitutionnel^ le Courrier^ le T'emps^ le National, le Globe, le signal dune explosion d'indignation et de fureur au moins «'gale à celle qui ^vait suivi le 8 août. On ne croyait pas, disaient-ils, que le ministère pût se regénérer en mal; M. de Polignac ^vaitfait ce miracle en empruntant au rebutdeM.de ^illèle l'homme le plus impopulaire de France, un "omme de violence et de fraude, le plus cruel ennemi ^^ toutes les libertés; par un tel choix, on se liait de P'us en plus à un système que la France réprouvait; ^ ^ tait à la fois braver et insulter les électeurs.
Ce nom de M. de Peyronnet n'était d'ailleurs pas le seul î^î révoltât l'opinion libérale. Celui de M. Capelle, que ^^ n considérait comme un intrigant capable de tout faire P^^^r se maintenir en crédit, n'excitait guère moins * nquiétude et d irritation. On voyait aussi une provo- ^^^ t^ion, un parti pris de ne rien ménager, d'entrer en '^^^« contre le sentiment public, dans les faveurs écla-
tantes accordées à des hommes tels que M. Dudon, que M. de Bertier, un des chefs les plus ardents de l'ultracisme politique et religieux et dont la Quotidienne ne cessait de demander l'entrée dans le ministère.
Ce qui était bien grave, c'est qu'en présence de toutes les fractions du libéralisme étroitement unies le parti royaliste se divisait. Je ne veux pas parler seulement de la portion modérée de ce parti qui regrettait M. de Martignac, qui, dés le premier jour, avait vu avec tristesse, avec eiïroi, la formation du ministère du 8 août. Même parmi ceux qui l'avaient d'abord appuyé, degraves dissentiments se manifestaient. Si la Quotidienne, si le Drapeau Wanc étaient satisfaits ou à peu près, l'organe de M. de Villèle, la Gazette de France^ donnait un caractère plus prononcé, plus décidé à la sourde op[>osilion qu'elle faisait depuis deux mois. Après avoir gardé pendant deux jours sur la réorganisation du cabinet un silence qui était déjà assez significatif, après avoir ensuite déclaré que son respect pour la prérogative royale lui interdisait toute réflexion et qu'elle jugerait le ministère nouveau sur ses actes, elle commenta presque aussitôt les hostilités au nom de M.' de Villèle. t Pour se passer de M. de » Villèle, • dit-elle, t on a essayé de gouverner lihé- » ralement; on a essayé ensuite de ne pas gouverner du ■ tout; on va essayer, dit-on, de gouverner monarchi- » quement. Nous croyons que ce dernier essai prouvera, » comme tous les autres, que lorsqu'il y a un homme » qui est dans la condition des chosi^s. rif'n ne peut le
HISTOIRE DE LA RESTAURATION. 42o
» remplacer. Tant que M. Pitt vécut en Angleterre, » TAnglelerre ne put se séparer de M. Pitt. Le Roi et » la France verront s*ils peuvent se passer longtemps
• encore de M. de Villèle et si M. de Polignac et môme
• M. de Peyronnet peuvent en tenir lieu. » C'était là
une véritable déclaration de guerre. Le Drapeau blanc
feprocha à la Gazette de faire pour M. de Villéle ce que
Jf? Journal des Débats avait fait autrefois pour M. de Cha-
ieaubriand. Le Roi ne dissimula pas qu'il imputait à
l'ancien président du conseil la responsabilité de ces
digressions, t C'est pire que Chateaubriand, i s'écria-t-il.
JM. de Peyronnet, écrivant dans la Quotidienne î^ous le
voile du pseudonyme, s'y livrait à des insinuations
dè .zmlveillantes contre M. de Villéle dont il donnait à en-
t^^:fc.dre que la personnalité trop puissante effrayait le
«L «z^narque et lui portait ombrage. M. de Villéle ne sup-
pc^ :K*tait pas patiemment ces attaques de son ancien collè-
fîi^ ^2, Son langage devenait de plus en plus amer, t Lais-
» ^?ons triompher ces gens-là, » écrivait-il à sa femmeaprès
' *^ "^rénement de M. de Peyronnet au ministère de Tinté-
^'^^^ ur; « leur régne ne sera malheureusement pas long.
■ 3ousnous estimerions trop heureux d'être sauvés par
■ ^ux, mais ils nous jettent au contraire dans le désor- » ^re et la confusion, et, s'ils se font petits auprès du
• ïloi, ce n'est que pour faire peser sur lui la responsa-
• l)ilité de leurs absurdités. L'entrée de M. de Pevron-
• nota redoublé la rage et la force des ennemis, refroidi
• et divisi> les bons... Montbel n'entendnit pas ^rand-
• chose aux élections, mais il attirait au Roi au lieu
• d'en éloigner par son caractère conciliant et honorable.
• Celui-ci n'est pas plus administrateur que Tautre et a
> un caractère et une réputation auxquels personne ne » se fiera.
Dans la disposition d'esprit où se trouvait M. de Yillèle, tout devenait pour lui une occasion de blâme et de sombres pressentiments. Dans son journal, il traçait ainsi le tableau de la situation : f Une lutte formidable
• est engagée entre une majorité en possession des col- » léges électoraux et le Roi, et les troupes sont disper- » sées, et le ministre de la guerre est en Afrique. Quelle » imprévoyance! Jamais pareil aveuglement n'a précédé
» et amené plus clairement la chute d'un gouverne —
> ment. •
La cour était partagée. A la grande indignation des journaux de la droite, le Journal des Débats citait le& plus intimes serviteurs, les amis particuliers du Roi, les ducs de Fitz James, de Maillé, de Luxembourg, qui, disait-il, en présence de ce qui se passait, levaient les épaules avec effroi.
Le ministère lui-même, malgré les remaniements qu'il avait subis, n'était pas, à beaucoup près, complètement uni et homogène. Les amis de M. de Polignac craignaient que l'influence de M. de Peyronnet ne finit par l'emporter sur la sienne. Suivant une version dont je ne suis pas en mesure de constater l'authenticité, M. de Peyronnet n'était entré dans le conseil qu'avec le
secret dessein d'en faire sortir M. de Polignac qu'il jugeait tout à fait inférieur à la tâche dont la confiance du Roi l'avait chargé, et de le remplacer à la présidence. Un de ses amis était allé trouver M. Pasquier et lui avait dit : < Il n y a rien de bon à faire avec M. de Polignac,
• mais le moment n*est pas loin où le Roi comprendra » la nécessité de se séparer de son premier ministre. A
• qui, dès lors, pourra-t-il s'adresser, si ce n'est au » ministre de l'intérieur, et pourquoi, dans cette hypo-
• thèse, vous et vos amis refuserioz-vous de vous unir » à lui? 1 Cette proposition faite à deux reprises, à deux joui-s de distance, avait été déclinée. Une tentative semblable n'avait pas eu plus de succès auprès de M. de Martignac. Il fallait que M. de Peyronnet se fit d'étranges illusions s'il pensait en elTet que les partis modérés fussent plus disposés à se rallier à lui qu'à M. de Polignac.
Ce n'était pas seulement par rapport aux questions de
la politique proprement dite que le ministère était
divisé. Le seul de ses membres qui, à des sentiments
aussi profondément monarchiques que ceux de ses
collègues, unit des idées vraiment libérales, M. de
Guernon-Ranville, prenant au sérieux ses. fonctions de
Ufiinislre de l'instruction publique, avait conçu le projet
de créer plusieurs chaires nouvelles dans diverses facul-
s, particulièrement une chaire de droit criminel à
aris, et d'établir des écoles secondaires de droit à He-
^-unçon, à Hourges, à Orléans et à Douai, comme moyen
ic décentraliser V enseignement. Lorsque, après avoir fa m tapprouver ce projet par le conseil de Tinstruction pua. — l)lique, il le soumit au conseil des ministres, il y renco'^ntra une opposition plus vive encore que celle qu "^ v avaient soulevi'»e quelques mois auparavant ses propos- m— lions pour le développement de renseignement primair^^. MM. de Chantelauze et de Peyronnet reprùsentère'snt que la multiplicité des écoles ne pouvait servir qiim'â augmenter le nombre des étudiants et à jeter dans la carrière des emplois publics une foule de nouvea^jx aspirants; ils ajoutèrent que, s'ils avaient fait partie du ministère à réi)oque où M. de Guernon-Ranville avait fait rendre l'ordonnance du 14 février sur renseignemen/ primaire, ils l'auraient combattue parce qu'ils regardaient comme inutile au peuple et nuisible au bon ordre cette extrême facilité donnée aux dernières classes d'acquérir une instruction qui ne servait qu'à éveiller en elles le dégoût des travaux obscurs de l'agriculteur et de Tarlisan. M. de Polignac, appuyant les idées exprimées par ses deux collègues. s'elTorça d'ailleurs de les rassurer en disant que l'ordonnance du 14 février était inexécutable et que cette considération avait seule engagé le conseil à la laisser passer. M. de Guernon-Hanville, réfutant ces étrangt^s arguments, soutint que, bon ou mauvais, le système ipii portait à la diffusion de l'enseignement était entré si fortement dans l'ojMnion qu'il y aurait de la folie à le combattre et qu'il était, au contraire, d'une bonne politique de s'en emparer afin d'en diriger Tap-
HISTOIRE DE LA RESTA l RATION. 429
plicalion; que, quanta rordonnance du 14 févruM*, elle
était fort exi'îcutable, H qu'il espérait bien, si Dieu lui
prêtait vie ministérielle, qu'il ne restorait [)as un seul
village en France qui n'eût son école primaire. Pour ce
qui concernait la fondation d'écoles secondaires de droit,
il fit ressortir l'avantage qu'il y avait, 'au point de vue
j)olitique, a diminuer le nombre des étudiants à Paris, et,
311 point vue moral, à donner aux familles la possibilité
de faire élever leurs enfants sous leurs veux au lieu de
Iott!» envoyer se perdre dans les grands centres dtî popula-
tion et de corruption. Il ne persuada personne, et son
jpi-ojet fut ajourné, c'est-à-dire rejeté. Il espérait pouvoir
1*:^ reprendre un jour. Il croyait avoir fait à ses adversai-
■"^ • s^ une concession suffisante en ne proposant pas de
<lc^ ter chacune des vingt-six académies d'une faculté des
»€.r ieiices et d'une faculté des lettres. C'était à d'autres mi-
1 i ==^ires, à d'autres gouvernements qu'il était réservé de
'"^"'î^liser les progrès que sa volonté n'avait [)u accomplir.
Les préjugés contre lesquels luttait M. de Guernon-
^^^-^^ nville étaient alors partagés par la portion la plus con-
^* ^lérable de la droite. Ils expliquent l'abandon où l'en-
*^*^ î gnement primaire fut laissé pendant toute la durée
*^* «^ la Restauration. Il est d'ailleurs facile de concevoir
*^ï ^-^e, dans la crise terrible où se trouvait engagé le mi-
^^ ^ s^tère de M. de Polignac, de telles questions attirassent
l^ ^^ u son attention. Elle se portait tout entière sur les
^^ ^ Cîclions qui devaient avoir lieu quelques jours après.
L'agitation gagnait toutes li's parties de la Frani'e et
toutes les classes de la société. En 18i7, bien que les esprits fussent déjà fortement excités, les comités électoraux avaient eu besoin d'aller trouver à domicile bon nombre d'électeurs appartenant à l'opinion libérale pour leur faire comprendre l'importance des fonctions dont la loi les investissait. Cette fois, c'étaient ces électeurs qui venaient consulter les comités, non pas sur leur vote qui n'était pas douteux, mais sur les moyens d'en finir le plus promptemcnt possible avec un ministère impopulaire, qui menaçait tous les droits conquis depuis quarante ans. L'accord était complet entre les censitaires appelés à nommer les députés et ceux que leur pauvrolé excluait alors des collèges électoraux. Les hommes connus pour s'occuper de politique se voyaient chaque jour abordés dans les campagnes, dans les marchés, par des paysans et des ouvriers qui les interrogeaient avec inquiétude pour savoir ce qu'ils devaient espérer ou craindre.
Cependant, en ce moment même, M. Azaïs écrivait des brochures pour démontrer que les classes moyennes seules méconnaissaient les droits du Roi et qu'un appel au suffrage universel lui donnerait la majorité. M. de Saint- Chamans, au contraire, conseillait au gouvernement de chercher exclusivement dans les grands collèges Topinion de la France. M. Bergasse, cet ancien constituant, ce revenant d'un autre âge, si connu, même avant la Révolution, par ses luttes contre Beaumarchais, sortait en quelque sorte de sa tombe pour ressusciter la théorie
constitutionnelle de 1789, avant la réunion des trois ordres.
L'idée de la réélection des 221 sans exception, sans distinction des diverses nuances politiques auxquelles ils appartenaient, s^était emparée de tous les esprits dans l'opposition, et la presse ministérielle, la presse de droite, en demandant, avec une rare extravagance, que le Roi les déclarât inéligibles, avait mis fin aux dissidences qui avaient d'abord paru exister sur ce point entre li»s libéraux. Le Journal de Paris, dirigé par deux députés de l'extrême gauche, MM. deSchonen et Bavoux, élevait bien quelques objections : la Tribune des départements^ organe, comme je l'ai dit, d'anciens membres des sociétés secrètes, aurait voulu qu'on ne con- Tondu pas les forts et les faibles, les braves et 1rs timides^ et que les voix libérales ne se portassent que sur les purs^ mais l'unanimité des six journaux qui représentaient véritablement toutes les fractions de la gauche ne laissait pas de doute sur la conduite que le parti allait tenir et que M. Benjamin Constant, M. de Pradt lui-même, malgré la violence de son radicalisme, s'accordaient à lui conseiller, c II n'y a pas à examiner, • disait le National, < si, dans telle ou telle circonstance,
• tel ou tel des 221 a été plus ou moins énergique. Ce
• sont là des discussions qui seront bonnes au jugement » dernier, quand il s'agira de peser les mérites et les
• actions de chacun. Aujourd'hui, elles seraient oiseuses.
• Les 221 ont tous été d'accord sur le principe fonda-
• mental du gouvernement représentatif. Il n'en faut > pas davantage. >
Par l'effetde cette détermination, les candidats du libéralisme dans là plupart des collèges se trouvant désignés d'avance en vertu d'un principe, la tâche de l'opposition était beaucoup simplifiée. Les questions personnelles avaient, en quelque sorte, disparu pour elle, avec toutes les susceptibilités et les difficultés qu'elles entraînent. La tûche du gouvernement était moins simple et moins facile. Le choix des présidents des collèges devait faire connaître ses préférences et ses antipathies. Fallait-il agréer ou repousser les trente membres du centre droit qui avaient voté l'amendement de M. de Lorgeril ? Fallaitil voir des adversaires ou des auxiliaires, dans les amis dévoués de M. de Villèle? Chaque jour le langage de la Gazette de France devenait plus hostile au ministère, surtout à M. de Polignac et à M. dePeyronnel, et bien qu'elle prétendît ne pas parler au nom de M. de Villèle. il était difficile d'admettre qu'il fût étranger à cette hostilité. On a dit qu'entre M. de Montbel, qui défendait son ami, et M. de Peyronnet qui l'attaquait il s*était plus d'une fois élevé dans le conseil d'assez vives contestations. Cependant, on n'en trouve aucune trace dans le journal de M. de Guernon-Ranville.
Comme, dans la situation extrême où l'on s'élaitjeté, on était résolu à exercer sans réserve sur les élections rinduence de l'administration, les ministres et les di recteurs des services publics adressèrent successivement
à leurs subordonnés des circulaires, les unes publiques, les autres confidenlielles, pour leur signifier, en termes plus ou moins durs, qu'ils devaient au gouvernement, en dehors même de Faccomplissement de leurs devoirs professionnels, leur concours politique, et que, si ce concours manquait, ils seraient révoques. Dans plusieurs ressorts, les notaires reçurent des avertissements semblables. De ces circulaires, la plus modérée était celle de M. de Peyronnet et la plus excessive celle que M. de Polignac, en qualité de ministre de la guerre par intérim, envoya aux généraux commandants des divisions militaires. Il leur enjoignait de faire entendre aux officiers électeui-s qu'une conduite qui contrarierait la direction que le Roi avait jugée convenable à la situation présente du royaume serait incompatible avec leurs fonctions; que pas plus dans l'armée que dans les carrières civiles on ne pouvait servir à la fois le- gouvernement et l'opposition, et que la loyauté autant que le devoir exigeait l'option entre Tune et l'autre. La presse libérale s'indignait de CCS menaces, mais la presse ministérielle répondait que liî gouvernement usait de son droit et venait en aide aux fonctionnaires opprimés par les comités directeurs.
A l'influence de l'administration se joignait celle du clergé, et les mandements appuyaient les circulaires. Les plus modérés des prélats, l'archevêque de Paris, par exemple, se bornaient à ordonner des prières pour obtenir que le choix des électeurs portât sur des hommes religieux et monarchiques, mais d'autres prenaient ardemment la XX 28
défense de la prérogative royale menacée, suivant eux, par la Chambre et frappaient d*anathème l'opposition tout entière. L'évéque de Chàlons dénonçait la faction insolente qui conspirait ouvertement contre le souverain légitime et tentait de lui arracher le sceptre et la couronne. L'archevêque dWIbi, dans un véritable pamphlet dirigé contre la candidature de M. Charles Dupin et de M. de Cambon, traitait d'impies et de factieux les députés dont le but avait été de détruire l'autorité royale au moyen d'une adresse hypocrite et perfide. L'évoque de Meaux insinuait que c'étaità l'opposition que devaient être imputés les incendies qui désolaient une partie de la France.
On parlait d'une proclamation du Roi, non contresignée, par laquelle la royauté se montrant, disait-on, dans toute sa splendeur, parlerait directement à son peuple. Aux journaux qui paraissaient croire qu'un tel procédé ne serait pas constitutionnel, on répondait qu'ils comprenaient mal le droit monarchique et que la royauté ne pouvait accepter le rôle humiliant et subalterne qu'un parti voulait lui faire jouer.
M. de Polignac persistait à croire que, loin de se mettre en état d'hostilité contre le régime constitutionnel, il ne faisait que défendre la Charte contre les attaques factieuses de l'opposition. Son journal, VUniversely développa cette thèse dans deux longs articles qui furent reproduits par le Moniteur, et dont le titre, le Roi ne peut céder, il ne cédera pas, était aesoz significatif. On voulait
bien y admettre que s'il s'agissait d'une loi, d'une mesure, d'un système môme que le Roi proposerait et que les Chambres repousseraient, le Roi pourrait, non pas céder, mais se raviser sans aliéner sa prérogative, mais on soutenait qu'il n'en était pas de même pour le choix des ministres ; que céder dans ce cas, ce serait violer la Charte et se rendre le complice des factieux. « Le Roi, • ajoutait Y Universel^ répété par le Moniteur^ t est fort et » jaloitT^ et sa résolution est immuable. C'est donc aux » électeurs à faire en sorte que la majorité de la nou- 9 velle chambre ne soit pas telle qu'elle oblige le Roi, » pour l'accomplissement de sa résolution, à des mesures » fortes et proportionnées à la violence de l'agression. •
Le Journal des Débats faisait remarquer que, pour la première fois, le journal officiel s'associait aux menées de la faction, ce qui paraissait être la préface du coup d'État, mais il se hâtait d'ajouter que la France mettait son espoir dans la sagesse du Roi qui, trompé le 8 août par de détestables conseillers, s'arrêterait devant le vœu manifeste de la France. Plus sincère et plus rude, le National reconnaissait que le ministère du 8 août était l'expression vraie de la pensée du Roi; il disait que làdessus on n'avait rien à apprendre à la France : qu'elle savait ce qu'étaient les princes qui, depuis quinze ans, régnaient sur elle, mais qu'il n'en résultait pas que le Hoi pût et dût maintenir te ministère de son choix si la chambre nouvelle le repoussait comme l'ancienne.
Le gouvernement, cependant, s'occupait activement
des préparatifs des élections. Dès le premier conseil qui avait suivi la réorganisation du cabinet, l'idée d'une proclamation royale aux électeurs avait été adoptée en principe. M. de Guernon-Ranville, qui n'approuvait pas celte idée, s'était pourtant abstenu de la combattre parce qu'il avaitcru voir qu'elleétait définitivement arrêtée dans l'esprit du Roi, que toute opposition serait inutile, et aussi, ajoutait-il dans son journal^ parce qu'il espérait sortir du ministère avant le résultat définitif. Le conseil avait décidé que la proclamation serait publiée à une époque très-rapprochée du moment des élections. On s'était ensuite demandé quelle en serait la forme et par qui ello serait contresignée. Un membre avait proposé de la faire contresigner par le cbancelier, mais on lui avait répondu que le cbancelier n'avait pas qualité pour cela; qu'il n'était soumis à aucune responsabilité et qu'on ne pouv;iit d'ailleurs l'obliger à apposer sa signature à un acte sur . lequel il n'avait pas délibéré. M. de Guernon-Ranville avait exprimé l'opinion que les élections étant du ressort du département de l'intérieur, le contreseing devait ùtre celui du chef de ce département. M. de Cbanlelauze avait été d'avis d'exiger celui de tous les ministres, expédient qu'on avait écarté par cette objection, que ce serait une innovation sans motif plausible et qui indiquerait l'intention d'alléger la responsabilité en la divisant. Enfin, il avait été arrêté que ce serait le président du conseil qui contresignerait.
Quelques jours après, plusieurs projets de proclamation
furent soumis au conseil. On chargea M. de Peyronnet (le la rédaction délinitive, et, le 5 juin, celle qu'il présenta fut discutée et adoptée avec quelques modifications. On s'occupait, en même temps, à dresser la liste des présidents des collèges qu'il avait préparée en qualité de ministre de l'intérieur. On exclut de cette liste nonseulement, à l'unique exception de M. Favard de Langlade, tous les :22i, mais aussi, sauf M. de Martignac, tous les membres du centre droit considérés comme ayant voté l'amendement de M. de Lorgeril. On s'attendait à ces exclusions, et le parti libéral, loin d'en être affligé, éprouva une vive satisfaction de ce qu'on poussait ainsi dans ses rangs des hommes plus ou moins hésitants jusqu'à ce moment. On comptait parmi les présidents quelques pairs de France, entre autres M. de Villéle, 91 des 181 anciens députés qui avaient repoussé l'adresse et beaucoup d'autres qui, dans les chambres précédentes, avaient appartenu à la majorité de M. de Yillèle.
Plusieurs collèges furent transférés du chef-lieu de l'arrondissement dans une autre ville sous j)rétexte d'une plus grande commodité pQur les électeurs, mais trèsprobablement parce que cette translation semblait devoir donner plus de moyens de combattre l'inlluence du parti libéral.
On lisait, on examinait en plein conseil les rapports drs préfets sur les chanr(\s de la lutte électorale. A mesure qu'on approchait du t<'rme, ces chances semblaient moins favorables (ju'elles n'avaient paru d'abord, et on
était forcé de reconnaître que la dernière modification du
cabinet ne les avait pas améliorées.
Le 14 juin, le Moniteur publia enfin, avec la liste
des présidents des collèges, la proclamation royale, datée
de la veille : t Français, • disait-elle, t la dernière chambre des députés a méconnu mes intentions. J'avais droit de compter sur son concours pour faire le bien que je méditais; elle me l'a refusé I Comme père de mon peuple, mon cœur s'en est affligé; comma roi, j'en ai été oiïensé. J'ai prononcé la dissolution de cette chambre. Français, votre prospérité fait ma gloire; votre bonheur est le mien. Au moment où les collèges électoraux vont s'ouvrir sur tous les points de mon royaume, vous écoulerez la voix de votre roi. Maintenir la Charte constitutionnelle et les institutions qu'elle a fondées a été et sera toujours le but de mes efforts. Mais, pour atteindre ce but, je dois exercer librement et faire respecter les droits sacrés qui sont l'apanage de ma couronne. C'est en eux qu'est la garantie du repos public et de vos libertés. La nature du gouvernement sérail altérée si de coupables atteintes affaiblissaient mes prérogatives ; je trahirais mes serments si je les souffrais. A l'abri de ce gouvernement, la France, est devenue florissante et libre. Elle lui doit ses franchises, son crédit et son industrie. La France n'a rien à envier aux autres États et ne peut aspirer qu'à la conservation des avantages dont elle jouit. Rassurezvous donc sur vos droits. Je h's confonds avec les miens
► c3l les protégerai avec une égale sollicitude. Ne vous
I aissez pas égarer par le langage insidieux des ennemis
de votre repos. Repoussez d'indignes soupçons et de
Funestes craintes qui ébranlent la confiance publique
c*t pourraient exciter de graves désordres. Les desseins
de ceux qui propagent ces craintes échoueront, quels
€]u*ils soient, devant mon immuable résolution. Votre
^^écu^ité. vos intérêts ne seront pas plus compromis
cfue vos libertés; je veille sur les uns comme sur les
5* atres. Électeurs, hâtez-vous de vous rendre dans vos