‹ Histoire de la restauration (volume 2)Chapitre 9 sur 11 · CHAPITRE CLII · texte numérisé non relu

CHAPITRE CLII

élections des collèges d'arrondissement, favorables en trèsgrande majorité à Topposition. Élections des collèges de département, moins hostiles au ministère, mais tout à fait insuf- Usantes pour balancer les résultats des premières. Délibération du conseil sur ce qu'il y a à faire en conséquence de ces élections. Malgré l'opposition de M. de Guernon-Ranville, on s'arréie à Tidéc de dissoudre la nouvelle chambre, d'en faire nommer une autre en vertu d'une loi électorale établie par ordonnance et de suspendre la liberté de la presse. — Procès de presse. — Prise d'Alger à la suite d'un vigounnix bombardement. Le Dey, sur sa demande, est transporté à Naples. Le bey de Tunis et le dey de Tripoli, saisis de terreur, prennent l'engagement de supprimer la piraterie, d*abolir l'esclavage des chrétiens, etc. — Joie de Charles X en apprenant qu'Alger a succombé. Grandes réjouissances à Paris. Discours et mandement imprudent de l'archevêque. M. de Bourmont est fait maréchal de France. — Le gouvernement du roi se décide à garder sa conquête. Extrême irritation qu'en éprouve le cabinet de Londres.

Le 23 et le 24 juin, les collèges électoraux dos arrondissements se réunirent dans toute la France, à l'exception des vingt départements pour lesquels leur réunion avait été ajournée. Dans plusieurs de ces collèges, les présidents ouvrirent la session par des allocutions ou ils

parlèrent avec plus ou moins de vivacité de Toulr^^ge fait au Roi par la chambre dissoute qui avait vouK^la usurper les droits du monarque, outrage que les élecle^^«rs devaient réprimer en donnant leurs suffrages à ^ivles royalistes dévoués qui n eussent pas la prétention de -wvoir mieux que le père de la patrie ce qui convenait à ^^^m bonheur. Ces exhortations eurent peu de succès. Dé^s- le premier jour, sur 51 élections, on apprit que 40 app^ ârtenaient à Topposition, 9 au ministère et 2 à la fractioim du centre droit réprésentée par M. de Lorgeril. Les résul tats des jours suivants ne furent pas beaucoup moins dés-a^treux pour le gouvernement. Les journaux de la gauche purent annoncer, avec l'accent du triomphe, (jix^» sur 195 députés déjà nommés, on comptait liOoppO" sanls, 50 ministériels, et 4 votants de l'amendement ^^ M. de Lorgeril. 7 seulement des 2ii avaient écho*^^> tandis que 38 des 181 qui avaient repoussé la famt?^^^^ adresse n'avaient pas été réélus.

A Cosne, M. Dupin, dont le nom venait de sortir" "^ l'urne électorale, prononça, pour remercier ceux c^^^ lui avaient donné leurs voix, un discours où il déclaix» ^^^ contre la secte turbulente dont la principale mission f'/--^^'^ de courber Tordre civil sous Tordre religieux. Le présider^^> M. Dufour d'Astafort, ayant voulu l'interrompre, " sVcria que la session était close et que M. d'Astafo^ ^' n'était plus président. Celui-ci se retira, laissai'^ ^ M. Dupin continuer ^a harangue.

La défaite du mini^t're était plus complète que no s'y

était attendue l'opposition ollp-m(}mc, et partout elle était c^lél)rée par des rc^jouissances populaires. Les élections s'étaient faites avec beaucoup d'ordre et sans qu'aucune atteinte fût portée à la tranquillité publique. A Montauban, seulement, celle de M. de Preissac, candidat de la gauche, donna lieu à des troubles assez graves. Libéral et protestant, il inspirait une grande aversion aux classes inférieures de la population de cette ville, animée tout à la fois du fanatisme monarchique et du fanatisme catholique. Le peuple, en ap[)renant qu'il vi^nait d'obtenir la majorité des suffrages, assaillit Thûtel de la mairie en cvinni à bas Preissac! Preissac, au Tarn, et les électeurs assiégés dans la salle où ils venaient de voter ne f)urent être dégagés que parla gendarmerie aidée de la troupe de ligne. La foule alors se porta vers la maison du député dont elle brisa l(»s croisées à coups de pierres et enfonça à moitié les portes. M. de Preissac n'échappa que par la fuite à ces furieux. La presse royaliste parla assez légèrement de ces désordres, les présentant comme la conséquence naturelle de l'agitation que les menées des libéraux avaient jetée dans les esprits. Le gouvernement ordonna pourtant une enquête.

Les journaux libéraux exprimèrent la satisfaction que leur causait le résultat des élections en termes respectueux encore pour le Roi, mais méprisants pour le ministère. Les journaux de la droite avaient peine à dissimuler leur acca!)lement. Comme il arrive presque toujours, les diverses fractions du parti, loin de s'unir pour

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essayer de réparer leur échec, s'en rejetaient respectivement la responsabilité. La Ga^^We expliquait cet échec par la préférence donnée à M. dePcyronnet sur M. de Viilèlc; la Quotidienne s en prenait à la défection de la Gazelle à laquelle elle reprochait de s'être jetée à pleines voiles dans les eaux du libéralisme. Le Drapeau blanc ^ccns^a'xi tout à la fois la Gazelle, la Quotidienne et- le ministère qui s'était fié aux intrigants au lieu de croire ses véritables amis. Selon la Gazelle, il n'y avait qu'un moyen de salut, le rappel au pouvoir du Pilt français, c'est-à-dire de M. de Villèle. Selon la Quotidienne, il fallait se rapprocher de la nuance politique de l'opinion libérale, mais non révolutionnaire, du centre gauche. Le Drapeau blanc soutenait qu'il importait à l'honneur du Roi de maintenir le ministère de son choix sans v rien changer. L'organe de M. de Polignac, {Universel, naguère si fanfaron, changeait de ton et exprimait timidement l'espérance que la chambre de 1830, recounaissant la faute de celle de 1828, ne refuserait pas son concours. Tous ces journaux étaient pourtant d'accord sur la nécessité de faire prévaloir à tout prix Tautoritt^ royale et de ne pas céder à la Chambre.

Le Drapeau blanc disait encore que les élections devaient dessiller les yeux du monarque ; que la révolution triomphait; qu'il était sur la route que son malheureux frère avait été forcé de suivre et au bout de laquelle était Téchafaud ; que les électeurs avaient voté le couteau sur la gorge; qu'il n'y avait plus de salut pour ei:x ni pour

la France que dans la résolution immuable du Roi ; il avouait qu'il ne pouvait s'afdiger de ce qui hâtait le moment où les dépositaires du pouvoir royal sentiraient le besoin de le déployer dans toute son étendue; tout ce qu'il craignait, c'était que la Révolution ne se fit modérée et ne retardât ainsi le dénouement. Il n'y avait pas de distinctions à faire entre les rebelles. Le Roi avait le droit et le pouvoir de déclarer en état de révolte tout collège électoral qui avait eu la coupable insolence de réélire un des hoînmes qu'il avait exclus.

Ce qui consolait presque la Ga^é?//e, c'est que, par Teffet des élections, l'ancienne défection allait disparaître, en sorte qu'on verrait à la tribune la Révolution sans ce cortège de transfuges dont le passé faisait illusion à des esprits superliciels. Mais, ajoutait-elle, la direction du gouvernement appartenait au Roi, non à la nation. En substituant une administration forte à des ministres qui n'avaient pu tenir la tribune au mois de mars précédent, le Roi pouvait encore éviter la nécessité d'un recours à son pouvoir souverain.

Nous ne connaissons, • disait la Quotidienne c aucune puissance qui ait imposé au Roi la triste obli- » gation de marcher avec une chambre qui oserait lui > dicter des lois... Le Roi ne peut pas transiger avec la » révolte contre ses volontés. »

Bien des gens pensaient, pourtant, que le Roi céderait; que, pour le moins, il modifierait la composition du ministère. Les uns. comme la Gazette, se persuadaient que

M. de Villèle serait placé à la tête d'un DouYeau cabinet. . D'autres croyaient que M. de Peyronnet deviendrait président du conseil à la place de M. de Polignac, et ils remarquaient que, dans une brochure publiée sous ce titc— ^ significatif, quand serons-nous gouvernés? le ministre c3e l'intérieur était désigné comme le seul homme capal> Ve de défendre la monarchie, soit par la parole, soit p^^ir remploi de la force. Un nommait aussi un peu au là si— sard M. de Mortemart, M. Lalné. M. Pasquier, M. c3c Martignac, M. Portai, et on parlait de réunions politiques, composées d'hommes dévoués à la royauté, où cres noms avaient été prononcés avec faveur. L'idée d' xin coup d'État, seul moyen qu'eussent désormais les ministres de garder le pouvoir, paraissait extravagaa&^y et ceux mêmes qui y croyaient affectaient de ne pas y croire. Le National, s'associant à ces espérances a'vc^ plus ou moins de sincérité, célébrait le triomphe pacifique du principe parlementaire et s'attachait à démo^^" trer que le Roi ne céderait pas en adhérant au vœu d n pays constaté par deux épreuves successives.

Telles n'étaient pas les dispositions de la cour et d^s ministres. Charles X, qui avait beaucoup compté si^^ l'effet de sa proclamation bien que, dans les demî^'^ jours, sa confiance eût un peu diminué, était triste ^^ inquiet. Dans un conseil tenu le 29 juin chez le garde des sceaux, la conversation s'étant engagée" sur la fâcheuse position où l'on allait se trouver en face de la nouvelle* chambre, et chacun des ministres ayant exposé ses idées

es moyens d*en sortir, M. de Chantelauze, qui avait ord gardé le silence, dit qu'il en connaissait un dont et serait sûr, mais que peut-être on ne voudrait pas ployer. On le pressa de l'indiquer. Après s'être fait ;iemps prier, il développa, dans un discours qui I près d'une heure, le plan qu'il avait conçu. Il faldit-il, opter entre trois hypothèses toutes susceptibles re réalisées par l'application de l'article 14 de la rie : suspendre entièrement le régime constitutionnel oaverner par ordonnances jusqu'à ce que le calme entièrement rétabli et le gouvernement raffermi sur bases monarchiques; déclarer nulle la réélection votants de l'adresse; casser la nouvelle chambre »itôt que les élections seraient terminées et en faire imer une nouvelle d'après un système électoral créé une ordonnance et combiné de manière à donner aux ilistes une majorité certaine. Mais, avant tout et pour rer le succès de la mesure à laquelle on s'arrêterait, tait indispensable de disposer la force armée de telle lière que des garnisons nombreuses, fortes de 20 à mille hommes, occupassent les quatre plus grandes 3sdu royaume, Paris, Lyon, Bordeaux et Rouen, que mettrait en état de siège. Suivant une autre version, atde siège devait s'étendre à toute la France, les propositions étranges furent suivies d'un long si- :e qui exprimait l'étonnement et probablement l'effroi conseil. M. de Monlbcl le rompit pour demander si jurisconsultes qui faisaient partie du ministère pen-

saient quo, dans telles graves circonstances données, l'article 14 de la Charte autorisât le Roi à prendre quelqu'une de ces grandes déterminations qui n'allaient à çien moins qu'à suspendre l'action des lois. Après une longue dis:*ussion, tous les ministres tombèrent d'accord qu'en vertu de l'article 14, le gouvernement pouvait prendre toutes les mesures extralégales qu'il jugeait nécessaires pour sauver l'État menacé d'un danger imminent et d'une telle nature que la législation ordinaire fût évidemment insuffisante ; qu'alors il y avait lieu à l'application de la règle de haute politique, saluspopuli^ suprema lex.

Ce point de droit décidé, M. de Guernon- Ranville crut devoir présenter quelques observations sur les propositions de M. de Chantelauze. Suivant lui, si l'article 14 donnait au Roi un pouvoir supérieur à la loi elle-même dans certains cas extraordinaires, il était douteux que ce pouvoir allât jusqu'à suspendre en masse tout le régime constitutionnel ; mais si Ton admettait cette^ prodigieuse hypothèse, il ne pouvait être question de la réaliser que dans une circonstance où la force irrésistible des événements viendrait paralyser tout à coup l'action entière du gouvernement, dans le cas d'une invasion par exemple. Suspendre toute la Charte parce que les collèges électoraux auraient nommé une chambre factieuse, ce serait outrepasser toutes les bornes du droit exceptionnel fondé ou plutôt reconnu par l'article 14. L'annulation de la réélertion

HISTOIRE UE LA RESTAUHATION. 47o

des 2il serait un nouveau \8 fructidor, fort dangereux et sans aucun résultat, puisqu'elle réduirait la chambre au-dessous du nombre prescrit pour la validité de ses opérations; il faudrait donc, de toute nécessité, recourir à des élections générales. Dissoudre la chambre nouvelle avant sa réunion, c'est-à-dire avant d'avoir acquis la preuve légale de l'hostilité qu'on lui supposait et qui n'était encore que probable, ce serait agir avec une imprudente précipitation, et il serait plus hasardeux encore de casser les collèges électoraux eux-mêmes avant d'avoir ac(iuis la certitude complète qu'ils auraient envoyé à la couronne une chambre décidément hostile. Quant à la mise en état de siège, M. de Guernon-Uanville jugeait superllu de la discuter si aucune des trois hypothèses indiquées n'était acceptée.

M. de Chantelauze soutint vivement le système qu'il avait exposé. M. de Guernon-Ranville lui répliqua avec une égale vivacité. M. de Peyronnet déclara qu'il ne croyait pas le moment venu de recourir à des moyens tels que ceux qu'avait indiqués le garde des sceaux. Les autres ministres ne prirent aucune part à ce débat. On se demandait avec inquiétude si les propositions de M. de Chantelauze, présentées dans une forme tellement solennelle et évidemment préméditées, n'auraient pas été concertées avec M. de Polignac, si elles n'étaient pas la conséquence d'un engagement pris pour un coup d'État.

Les séances suivantes du conseil furent également employées à rechercher la conduite (fu'on aurait à tenir en-

r»i HISTOIRE DE LA RESTAURATION.

\orïi la chambre nouvelle. Sur ces entrefaites, les grands oolléges, réunis le 3 juillet, procédèrent à Télectionde lours députés. On avait fondé quelques espérances sur le résultat de cette élection, les grands collèges étant composés des principaux propriétaires qui avaient conslamment, même en 18^7, donné la majorité aux hommes de la droite : de puissants efforts avaient été faits pour 1rs appeler au secours de la royauté. Les journaux de la droite s'étaient alUichésà flatter leur amour-propre en les présentant comme bien supérieurs, par leui's lumières et par leur position, aux électeurs des collèges d'arrondissement, aux censitaires de 300 francs, aux petits patenlt^. comme les seuls dont le jugement pût compter. Ils les avaient adjurés de ne pas souffrir que l'industrie subjuguât la propriété et de se sauver eux-mêmes en sauvant la monarchie. Les journaux libéraux, les suppliant, au contraire, de compléter la victoire du parti constitutionnel, leur avaient représenté que les grands propriétaires étaient plus intéressés encore que les autres au maintien de l'ordre; qu(» c'était à eux qu'il appartenait dVrapécher la violation des lois et de sceller la réconciliation entre les hommes sensés de tous les partis, jadis ennemis, maintenant unis dans l'amour du Roi et de la liberté; (ju'au surplus, ils ne pourraient pas sauver le ministère, mais (|u'il dépendait d'eux d'affaiblir la défiance qn» s'altachail à leur privilège en votant pour le gouvernement représentatif m(?nacé : (jue, (juant au coup d'Etal dont on essayait de leur faire |)eur. le meilleur moven

niSTOIRE DE LA RESTAUUATION. 477

(Ilî 1 "éviter, c était de donner tant d'éclat à TavcM-tisscineiit électoral qu'il fût impossible d'y résister ; qu'à une majorité de trente voix la royauté ne céderait peutêtre pas, mais quelle céderait certainement à une majorité de cent voix.

Des conseils opposés qu'on donnait ainsi aux grands collèges, aucun ne prévalut complètement. Ce fut encore dans le côté droit qu'ils prirent la plupart de leurs élus, niais dans une moindre proportion que par le passé, de telle sorte que même sur ce terrain privilégié le minisl^-re, qui espérait y gagner assez de voix pour compenser jusqu'à un certain point les échecs qu'il avait éprouvés dans les petits collèges, fit encore plusieurs pertes. Quelques-uns des ministres cherchaient pourtant à se faire il- 'ïision. On ne pouvait, disaient-ils, prévoiravec une compte te certitude ce que feraient les vingt départements dont ^n avait ajourné les élections, mais l'opinion qui do- ''^înait dans un grand nombre d'entre eux, particulière- ''^^nt dans celui de la Seine, ne donnait pas lieu de Pdser qu'ils dussent envoyer des défenseurs au minis- ^^Te, En admettant les calculs les plus optimistes, il était ^^idcnl que la majorité ministérielle, si elle existait, ^^ï'ait tellement faible qu'il y aurait de l'imprudence à ^Otu^pter beaucoup sur l'efficacité de son appui.

Les journaux de la droite, dans leur dépit, disaient

^^e les élections n'avaient pas été libres; que la France

^'^vail pas parlé et que le Roi devait parler pour elle.

*-•«* Gflje//^, écarlant le masque de modération dont elle

se couvrait depuis quelque temps, égalait, si elle nesai-passait li's violences de la Quotidienne, du Drapeau bla99€ et de IX^/ifr^r.^^/.. Suivant elle, on ne pouvait admellf^ que 40 ou 50 déput(^s nommés par 5 ou 6,000 électeurs l'emportassent sur le Roi. Lesélections, d'ailleurs, étaient TiRUvrc de la terreur, non de la conviction ; le ministère aurait dû traduire les membres du comité directeur devant les tribunaux, empécber les associations électorales de nouer leui's intrigues et destituer tous les rotants de l'adresse. En face du comité directeur dont la puissance égalait celle de l'ancien club des Jacobins, le droit de dissolution se trouvait anéanti entre les mains du Roi ; le vote des grands collèges êux-mémes prouvait qu'il y avait dans l'organisation de la France un vicp radical : ce vice, c'était le système électoral ; il fallait que le Roi le détruisit pour ne pas être détruit par lai. (]barles X était profondément affecté. Toutes ses prévisions avaient été déçues, et il voyait enfin le danger d(^ la situation. (Cependant, il n'était pas abattu, et il ^ montrait toujours résolu à combattre vigoureusement ceux qu'il considérait comme des factieux.

Informédesdiscussionsqui avaient eu lieu entre ses ministres alors ([u'on ne connaissait pas encore ou qu'on ne connaissait qu'incomplètement les choix des collèges» il leur ordonna de délibérer de nouveau sur le parti qu'on avait à prendre. Dans un conseil tenu le 6 juillet, M. de Pevronnet déclara qu'il ne vovaitdcmoven de salut que dans un sage emploi de la prérogative réservée au Roi

par Tarticle 14 (le laCharte. On lui demanda quelle était son opinion sur l'usage à faire de cette prérogative. Après avoir un peu hésité, il donna lecture d'un projet dont voici la substance. On aurait convoqué, sous le nom de grand conseil de France et sous la présidence du Dauphin, une assemblée composée d'un certain nombre de pairs, de députés, de magistrats, de membres des conseils généraux. Le Roi aurait mis sous les yeux de ce grand conseil l'exposé des obstacles que rencontrait le gouvernement et aurait demandé son avis sur les mesures ù prendre pour les surmonter. M. de Polignac et 'SA, d'Haussez appuyèrent fortement ce projet qui leur paraissait, dirent-ils, offrir au Irône et à la nation toutes les garanties désirables, M. de Polignac exprima son approbation avec une chaleur qui pouvait faire croire qu'il ctail le véritable auteur du plan proposé, et que M. de Peyronnet, qui lavait présenté avec une hésitation peu conforme à sa hardiesse naturelle, n'en avait assumé l'initiative que par complaisance pour le président du conseil, sans être bien convaincu de son efllcacité. M. de Monll)el, M. Capelle et M. de Guernon-Ranville élevèrent de nombreuses objections. Une telle assemblée, disaientils, pâle copie de l Assemblée des notables de 1788, serait sans qualité aucune et sans la moindre autorité pour parler au nom de la nation. Impuissante pour faire le bien, elle pourrait entraver l'action du gouvernement et ajouter encore aux difllcultés dont il était entouré. Ses avis favorables ne donneraientaucune force aux résolutions

qu'il pourrait prendre, et, si elle s'avisait de les improuver, son opposition achèverait d'énerver le pouvoir déjà si malheureusement désarmé.

M. de Peyronnet ayant reconnu la force de ces arguments, le projet de Grand Conseil fut abandonné, et ce même ministre, sur un nouvel appel fait à son expérience, présenta un autre projet plus sérieux qui, suivant toute apparence, avait toujours été dans sa pensée ^ : il consistait à dissoudre la chambre nouvelle aussitô ^TlBôt que les élections seraient terminées, à procéder à la for-^Mrmation d'une autre chambre en modifiant la loi électorale W\e et, en même temps, à suspendre la liberté de la presse-^ie -e. Ces trois propositions obtinrent, de prime abord, l'ap^iLjpprobation très-explicite de tous les ministres, à la seulM Je exception de M. de Guernon-Ranville, qui, lesjugeant trê^3s. dangereuses, les combattit longuement. Sans contesta- — er qu'en principe elles seraient autorisées par l'article ^feH4 de la Charte s'il était évident que les moyens ord — inaires fussent devenus insuffisants pour sauver l'État, // dit que des mesures de cette nature ne pourraient pi — ocurer de solides avantages si elles n'étaient pas d'avaa. ce justifiées par les provocations de l'ennemi, provocatioi^ J* tellement directes, tellement violentes qu'aux yeux ^<* tous le gouvernement se trouvât placé dans la nécessité absolue de pourvoir a sa sûreté. Cette nécessité s'éU^'*présentée, pJMs ou moins impérieuse, à trois époques b"<-'*centes. Les projets de la faction révolutionnaire étaient d^^^ puis longtt^mps dévoilés et l'imminence du péril avsi t

HISTOIRE DE LA RESTAURATION. i^l

té éuergiquemcnt signalée le jour où Ton avait entendu n ministre du Roi s*écrier : nous allons à Tanarchie ! c cri de détresse avait excité dans toute la France un -ntiment de surprise et d'effroi très-favorable au ponc>îr, et la conscience publique eût sanctionné les meures extralégales que le gouvernement aurait prises lors j)our élever une digue contre cette envahissante ^archie. Il aurait pu encore recourir à de pareils moyens, avec moins de facilité, mais sans avoir à redou- -r une trop forte résistance, au moment où le ministère ^ M. de Martignac, convaincu de Timpuissance de son tncste système de concessions, sétait retiré, laissant la ^vauté complètement désarmée par la suppression de i censure facultative. Personne, en France, ne doutait Ue la mission du nouveau ministère ne fût d'écraser ^ns retour le parti de la révolution, et ce parti lui-même, ^core mal organiste s'attendait à quelque vigoureuse taque à laquelle il n*eût pas été en état de résister se- 'Usement. Enfin, une troisième occasion, moins favoîle, il était vrai, s'étîiit offerte par suite du vote de \solente adresse. La Chambre avant méconnu son

ml

udal et violé la Charte en refusant systématiquement

concours à une administration formée constitution-

?ment, on aurait facilement compris que la couronne,

jetée violemment hors des voies constitutionnelles,

4t de l'article 14, pour y rentrer. Aucune de ces

ons n'avait été mise à profit. Il était maintenant

ïrd pour faire ce qu'alors on n'avait pas cru pou- :x 31

voir faire. Des circonstances analogues pouvaient se reproduire, mais il fallait savoir les attendre, les faire naître au besoin, et, jusqu'à ce qu'elles survinssent, M. de Guernon-Ranville trouvait prématurées les propositions que l'on présentait. On disait que les électeurs, en donnant leurs suiTrages aux volants de l'adresse malgré la réprobation publique dont le Roi les âvait flétris dans sa proclamation, s'étaient placés dans la position où la Chambre elle-même s'était mise par le vote de cette adresse. Cet argument ne pouvait être accepté d'une manière absolue. L'adresse constituait un fait tellement complot qu'il en résultait, aux yeux de ceux qui avaient conseillé la dissolution de la Chambre, l'impossibilité matérielle pour le gouvernement de marcher avec elle. Âujourd hui, les hommes qui avaient refusa leur concours à l'administration dans l'espoir de b faire congc'dier, ne pouvant plus douter de la volonté royale de maintenir le ministère, reviendraient peut-être avec d'autres dispositions, et, puisque les collèges auxquels la couronne avait fait appel les avaient réélus, il était sage de les entendre ou se juslilier d'un premier vote irréfléchi, ou dévoiler entièrement leurs projets coupables en persistant dans leur hostilité. Si cette dernière hypothèse se réalisait, ce serait le cas de recourir aux mesures extrêmes autorisées par l'article 14, car il serait devenu évident que tout gouvernement était imposa sible sans une modification profonde du système électoral. Après avoir ainsi apprécié le plus ou moins d'oppor-

tunité du plan en discussion, M. de Guernon-Ranville demanda si Ton ne s'exagérait pas les forces du parti révolutionnaire dans les Chambres. L'opposition, suivant lui, se partageait en deux fractions, de vues et d'intentions fort différentes. Pour la moins nombreuse, formant ce qu'on appelait l'extrême gauche, l'adresse avait été une attaque directe contre la prérogative, un acte vraiment révolutionnaire. Les hommes de cette fraction savaient que, sous l'apparence d'un acte d'opposition, ils faisaient faire un pas immense à leur principe ; ils revenaient à la Chambre enhardis par ce premier succès et décidés à le pousser jusqu'à ses dernières conséquences; la lutte entre ce parti et la monarchie était un combat à mort. La seconde fraction, formée d'une petite partie de la gauche proprement dite, du centre gauche tout entier et de quelques membres aveugles du centre droit et de la défection, n'avait vu dans l'adresse qu'un acte d'opposition de personnes ; il fallait le reconnaître à la honte de cette nombreuse partie de la Chambre, il ne s'agissait pour elle que d'une question de noms propres. Elle était tout entière royaliste quoique di versement nuancée dans ses doctrines; elle voulait une administration royaliste, mais elle ne voulait pas qu'elle fût prise hors de ses rangs ; elle faisait au gouvernement une guerre de portefeuille. Il y avait, au reste, beaucoup de raisons de penser que, pour un grand nombre de députés de cette fraction, le vote i?. l'adresse n'avait eu aui'un caractère systématique: que, poussés à relie dé-

marche dont ils n'avaient pas préva les conséquences soit par des considérations du moment, soit par les intrigues à Taide desquelles on les avait circonvenus, soît par les menaces du jacobinisme, ils avaient regretté de s'être autant avancés. Ces hommes n'étaient pas à craindre pour le gouvernement, et l'on pouvait être certain qu'éi-lairés par la fermeté du Roi et surtout effrayés par les progrès de Tesprit révolutionnaire ils apporteraient à la Chambre des dispositions moins hostiles ; qu ils se résigneraient même à appuyer franchement le ministère lorsqu'ils auraient reconnu que leur persistance daD5 une opposition mal entendue ne servirait que les intérêts de Textrême gauche. Si ces prévisions se réalisaient, le gouvernement pourrait tirer un grand avantage de la position dont il s'emparerait en marchant dans les foies constitutionnelles appuyé sur une majorité ralliée par le besoin de résister à l'ennemi commun, et la disposition des esprits indiquerait jusqu'à quel point le ministère pourrait profiter de cette majorité, mais il paraissait indubitable qu'il en obtiendrait un budget raisonnable, 6t, ce point gagné, la couronne aurait le temps d'aviser aux satisfactions qu'il lui conviendrait de donner à Topinion publique sans compromettre sa dignité, sans rien céd^i^ de sa prérogative. Mais le contraire dût-il arriver, eût-on la certitude de rencontrer dans la nouvelle chambre une forte majorité d'opposition, il serait plus nécessaire encore que le gouvernement ne s'écartât pas un moment des voies parlementaires. Qu'arriverait-il en effet?

Toutes ses propositions seraient rejetées par une majorité systématique, mais la conscience publique ne tarderait pas à faire justice d'une opposition qui sacrifierait ainsi Tintérét du pays à un intérêt de faction, et si les ministres saisissaient ce moment pour apporter aux Chambres quelques-unes de ces lois si impatiemment attendues, telles qu'une loi qui aiïranchirait l'enseignement ou une bonne et sage loi municipale, ils placeraient leurs adversaires dans l'alternative de se compromettre aux yeux du pays en refusant leur vote à des mesures d'un i ntérét généralement reconnu ou de perdre une partie de leur force morale en revenantsur la détermination annoncée par un de leurs plus fougueux organes, (M. Dupin), de refuser tous les bieiis offerts par une main ennemie. Viendrait ensuite la discussion du budget. L'opposition se bornerait-elle à le morceler? Le Roi pourrait couvrir les besoins du service par des bons du trésor. En attendant, on aurait obtenu le double avantage* de maintenir la prérogative et de se donner une année pour préparer une transaction honorable ou jeter les bases d'un nouveau système d'attaque contre la faction. La Chambre aurait-elle l'imprudence de refuser le budget •în entier? Ce refus constituerait un véritable coup d'État ; ce serait toute une révolution qui entraînerait nécessairement une transformation complète de l'organisation politique. A l'expiration du budget courant, il ne devrait plus exister aucune contribution légalement établie, et, par cela même qu'il n'y aurait plus de rontribiiables, il

i8K HISTOIRE DE LA RESTAURATION.

n'y aurait plus ni électeurs ni éligibles ; le gouvernemenl représentatif serait brisé, et de ce chaos sortirait la nécessité évidente pour tous que la couronne s'emparât du pouvoir dictatorial ou fit usage de son pouvoir constituant pour tout reconstruire. Cependant, cette grande crise ne devant se manifester d'une manière vraiment décisive qu'à la fin de Tannée, plusieurs mois se seraient écoulés, et on aurait profité de cette espèce de trêve pour rappeler l'armée d'Alger qu'on remplacerait en Afriqut' par des régiments peu sûrs au point de vue de la politique intérieure; les troifpes ainsi ramenées en Fraac** pourraient être concentrées autour de Paris où elles rec^ vraient de la main même du Roi le prix de leurs e%' ploits, et, au moment où la chambre factieuse trahirai^ ses devoirs, le gouvernemenl aurait à sa disposition un^ force suffisante pour appuyer les grandes résolution^ auxquelles il se serait arrêté en étouffant toute espèc^ de résistance et pour rendre la répression d'anlan^ moins sanglante qu'elle serait plus prompte et plu? ^nef gique.

Le discours de M. de Guernou-Uanville, mélange singulier d'illusions et de bon sous, d'aperçus justes et d'erreurs profondes sur la situation de la France, donna lieu dans le conseil à une discussion prolongée, mais chacun persista dans son opinion, et il fut décidé que le lendemain, 7 juillet, on proposerait au Roi l'adoption des mesures indiquées par M. de Peyronnet.

Le jour suivant, en effet, dans un conseil tenu aux

Tuileries, M. de Polignac rendit compte au Roi de la délibération de'la veille et lui dit que V^\h unanime du ministère avait été qu1I y avait lieu d'appliquer l'article 14 de la Charte. M. de Guernon-Ranville l'ayant interrompu pour protester contre cette prétendue unanimité, M. de Polignac reconnut que ce ministre avait été d'un avis contraire. Charles X, ayant voulu entendre le développement des arguments par lesquels chacun avait motivé son opinion, M. de Guernon-Ranville en profita pour faire, en présence du Roi et du Dauphin, Texposé complet et méthodique du système qu'il avait soutenu. Le Dauphin déclara qu'il aurait été fort enclin à préférer ce système, comme plus légal et peut-être plus sûr, mais que, la majorité en ayant adopté un autre, il fallait s'y ranger. Le Roi dit alors qu'il voyait avec une grande satisfaction l'accord de tous les conseillers sur le droit que lai réservait l'article 14 de la Charte, le reste n'étant qu'une question d'opportunité. Puis, il expliqua les considérations qui le déterminaient à sanctionner l'avis de la majorité du conseil, t L'esprit de la Révolution, > dit-il, entre autres choses, < subsiste tout entier dans » les hommes de la gauche. En attaquant le ministère, » c'est le système monarchique qu'ils veulent renverser. » J'ai malheureusement plus d'expérience sur ce point • que vous, messieurs, qui n'êtes pas d'âge à avoir vu > la Révolution. Je me souviens de ce qui se passa alors. » La première reculade que lit mon malheureux frère » fut le signal do sa ptMte. Ils lui faisaient aussi des

protestations d'amour et de fidélité ; ils lui demandaient seulement le renvoi de ses ministres ; il céda, et tout fut perdu. Ils feignent de n'en vouloir qu'à vous ; ils me disent : renvoyez vos ministres, et nous nous entendrons. Je ne vous renverrai pas, d'abord, parce que j'ai pour vous tous, messieurs, de l'affection et que je vous accorde toute ma confiance, mais aussi, parce que, si je cédais une fois à leur exigence, ils finiraient par nous traiter comme ils ont traité mon frère, non qu'ils nous conduisissent à l'échafaud, car nous nous battrions et ils nous tueraient à cheval. Ainsi, messieurs, marchons avec fermeté dans la ligne que nous nous sommes tracée, et occupez-vous sans délai de régler les moyens d'application que vous avez conçus. »

Le sort était donc jeté et la résolution définitivement arrêtée, puisqu'on ne pouvait pas supposer que les résultats des élections ajournées, qui devaient avoir lieu quelques jours plus tard, changeassent les éléments de la situation. Il ne restait plus qu'à régler les détails d'exécution.

Le lendemain du jour où fut prise la détermination que je viens de rapporter, le 8 juillet, la cour royale d«* Paris rendit un arrêt qui fit quelque sensation, môme au milieu des préoccupations si graves auxquelles les esprits étaient livrés. M. Madrolle, un de ces partisans fanatiques du pouvoir absolu dont le ministère lui-mémr croyait devoir de temps en temps désavouer les exagéra-

tiens, avait été condamné par le tribunal de poHc6 correctionnelle de la Seine à quinze jours de prison et <50 francs d*amende pour s'être rendu coupable, dans un mémoire adressé au conseil du Roi, d'outrage et de diffamation envers les cours H tribunaux. II avait appelé de cette condamnation. Devant la cour royale, qui avait été plus particulièrement l'objet do ses attaques à raison de la protection qu'elle avait plus d'une fois accordée à la cause des libertés publiques, il prétendit qu'il n'avait jamais eu l'intention d'offenser des magistrats auxquels il avait constamment rendu hommage; il s'abstint presque complètement de développer les moyens de défense que son avocat s'était borné à indiquer dans ses conclusions sans les développer; il ne voulait pas, dit-il, occuper les esprits de sa défense personnelle dans un moment où de si grands intérêts étaient en jeu, où la France était sous le poids de deux guerres, l'une étrangère, l'autre intestine, la guerre des éIcctions.La cour royale, après une longue délibération, considérant que le prévenu, en composant l'écrit incriminé, paraissait avoir cédé à Vexaltation de son imagination qui travail égaré; qu'au surplus il désavouait formellement toute intention coupable comme se rattachant aur expressions inconvenantes et injurieuses par lui employées dans son écrite le déchargea des condamnations prononcées contre lui. C'était, en d'autres termes, l'absoudre dédaigneusement pour cause de folie.

Peu de jours après, la cour se montra moins indul-

gente pour la Gazette des Cultes dont le gérant, M. Brissaud, avait été condamné, en première instance, à sii mois de prison et 1,000 francs d'amende poar offense à la personne da Roi, outrage à la religion de l'État et i l'archevêque de Paris et excitation à la haine et an mépris des citoyens contre le clergé. Le défenseur, M. Mermilliod, essaya vainement de contester la réalité de ces griefs. Comme, parmi les articles incriminés, quelques-uns se rapportaient à la translation des restes de saint Yiocent de Paul, il prétendit que ces articles n'avaient rien d'oatrageant pour la religion ; qu'ils n'avaient trait qu'à la dévotion aux reliques, qualifiée d'idolâtrie par les pères de l'Église eux-mêmes ; il rappela que le parlement avait mis obstacle à l'enregistrement de la bulle de canonisation de ce personnage qui s'était montré le défenseur le plus hardi du jésuitisme et que les jansénistes n'avaient jamais appelé que if. Vincent. L'avocat général. M. Bérard Desglajeux, répondit qu'il n'aurait pas hésité à abandonner l'accusation si le rédacteur de la Gas^ des Cultes s'était renfermé dans les limites d'une discussion sérieuse, mais que la plupart des articles mis en cause étaient rédigés dans les termes les plus injurieux pour la religion et ses ministres. La condamnation fut confirmée.

La cour royale, on le voit, continuait à se montrer également préoccupée de la défense des libertés publiques et de celle du trône et de la religion.

Rarement les tribunaux s'étaient vus saisis d'un aussi

HISTOIRE DE LA RESTAU RATIO iN. 491

grand nombre de procès politiques que dans le cours de cette année. U'un bout à l'autre de la France, ils étaient appelés à juger des journaux accusés d'attaques contre la prérogative et la dignité royales, d'outrages aux ministres, aux magistrats, aux fonctionnaires publics, à la force armée, et ils portaient généralement dans la répression de ces délits autant de fenneté que de modération et d'impartialité.

LEcho du Nord, de Lille, V Annotateur boulonais furent encore condamnés pour avoir publié l'acte d'association pour le refus éventuel de l'impôt, mais, comme les autres journaux qui avaient déjà encouru une condamnation semblable, ils le furent avec des considérants qui en faisaient presque une victoire pour l'opposition constitutionnelle.

Les cours de Paris et de Rouen, tranchant une question fort controversée, décidèrent que les imprimeurs ne pouvaient être tenus de prêter leurs presses pour la publication de tout ouvrage qu'on viendrait leur présenter. Du côté de l'opposition, on soutenait quç l'imprimerie . ne constituant pas une profession libre et le gouvernement pouvant n'admettre à l'exercer que ceux qu'il choisirait, pouvant même dans certains cas leur retirer leurs brevets, il dépendrait de lui d'enlever à ses adversaires tout moyen de publier leurs opinions et leurs griefs.

On attendait impatiemment des nouvelles d'Afrique, moins encore peut-être pour l'intérêt très-réel qui s attachait à rexp«'»dition que parce qu'on pensait que la na-

»9-i HISTOIRE DE LA HESTAURATION.

lare de ces nouvelles pourrait influer sur le dénouement de la crise intérieure. Le 9 juillet, on apprit que tout était fini et qu'Alger avait capitulé.

Nous avons vu qu*après la victoire de Staoueli, le général en chef, au lieu de marcher immédiatement sur la capitale de la régence, avait jugé prudent d'attendre l'arrivée du matériel d'artillerie et de la cavalerie qui n avaient pu encore le joindre, et de compléter les retranchements de la presqu'île de Sidi Ferruch, dépôt central de l'armée. Du 20 au 24 juin, il n'y eut que des escarmouches sans importance. Dans la matinée du 2i, les Algériens, revenus de l'épouvante que leur avait inspirée leur défaite du 19, tenti'rent une attaque sérieuse sur les positions avancées du camp français devant lequel ils se présentèrent au nombre d environ 20,000 hommes, mais le général Berthezéne, à la tétc de sa division appuyée par une brigade de celle du général de Lioverdo et par une batterie d'artillerie de campagne, alla au-devant d'eux avec autant de rapidité que d'ordre et d'assurance. L'ennemi ne tint nulle part: il fut mené battant |>r('s de deux lieuis par les Français que précédait un tîscadron de chasseurs à cheval débarqué de la veille. Les Arabes, dans leur retraite, firent sauter un magasin A poudre qu'ils avaient établi sur la pente des hauteurs dont ils occupaient la crête. On leur prit plus de quatre cents bœufs qui assurèrent pour plusieurs joui-s les approvisionnements de l'armée. Le nombre des hommes mis horsdnrombat du nMédes vain(|ueurs fut peu con-

sidérable. c Un seul officier, t disait M. de Bounnont dans son bulletin, c a été blessé dangereusement; c*est

> le second des quatre fils qui m'ont suivi en Afrique. » J'ai Tespoir qu'il vivra pour continuer à servir avec

> dévouement le Roi et la patrie. • Cet espoir, exprimé avec une noble simplicité qui émut tous les cœurs, même les plus hostiles au général en chef, ne devait pas être réalisé: le jeune Bourmont mourut de sa blessure.

Les jours suivants furent moins heureux pour les troupes françaises. Elles s'étaient arrêtées, dans la soirée du 24 juin, à Sidi Khaich, dans la vallée de Bâché Déré, où elles prirent position et restèrent jusqu'au 29 en présence et sous le feu de Tennemi avantageusement posté sur les hauteurs qui dominaient la vallée. Aucun de leurs ix&ouvements ne lui échappait. Le feu continuel des deux batteries qu'il s'était empressé d'élever et celui de ses nombreux tirailleurs mirent hors de combat, en cinq jours, près de 900 hommes de la division du duc d'Escars C{iii venait de remplacer à l'avant-garde celle du général Berthezène, constamment engagée depuis le débarque- Uient. Déjà, pour réparer ces pertes, M. de Bourmont aTait fait parvenir au comte de Fezensac, commandant d*une division de réserve réunie à Toulon, l'ordre de lui envoyer une brigade de cette division. La marche rapide des événements prévint l'exécution de cette mesure.

Dans les journées du 27 et du 28, le vent du nord-est, qu'on attendait avec impatience, s'élant enfin levé, un der-

nier convoi, fort deSOO voiles et portant la grosse artille rie, les chevaux du train, les munitions, tout le matériel nécessaire pour entreprendre le siège d*Alger, entra dans la baie de Sidi Ferruch où le débarquement s'opéra aver une promptitude inaccoutumée. Rien, dés lors, ne pouvait plus arrêter la marche de Tarmée. Le général en chef résolut d'attaquer avant le jour, dans la matinée du 29, la position des Arabes, de les pousser vigoureusement vers Alger, de les jeter dans cette ville et d'en fain» sur-le-champ l'investissement.

Le jour paraissait à peine que déjà la gauche des Algériens était tournée par la division du duc d'Escars à l'appui de laquelle celle du général Berthezène eut ordre de se porter pour les chasser de la crête des collines qui s'élevaient entre la mer et le point d'attaque. Les Algériens, pris en flanc, attaqués de front et menacés sur leurs derrières, abandonnèrent bientôt leur position qui dominait tout le pays environnant, et It* général en chef, qui avait suivi lesdeuxdivisions avec son état-major, put occuper dès le matin le point culminant de Boujareah d'où il apercevait au-dessous de lui la ville d'Alger, le fort de lEmpereur, la Casaubah^ tous les forts, toutes les batteries de la côte, le cap Matifou et la grande plaine de la Metidjah. Cependant, la division du général de Loverdo, qui formait la droite de l'armée et devait marcher sur le fort de l'Empereur, avait de grands obstacles à vaincre à raison de la profondeur des ravins et de l'épaisseur des haies dont le sol était

HISTOIRE UE LA RESTAURATION. Wi

couvert, et aassi parce que les fuyards chassés des hauteumrs se ralliaient et lui disputaient tous les accidents du terrain. Ces difficultés compromirent un moment la position des deux autres divisions, mais le courage d^e s soldats les surmonta, et, vers le soir, le général de Lo^erdo put s'établir à quatre ou cinq cents mètres du château de l'Empereur, sur un des versants du plateau qmmi le commandait. Cette affaire, très-importante par ses r^s-ultats puisqu'elle portait la guerre sous les murs na.^mes d'Alger, n'avait coûté que peu de monde aux as^&aillants.

C3n avait reconnu l'impossibilité d'attaquer l'enceinte

d& la place sans s'être emparé auparavant du château de

'Elmpereur qui commandait du côté du sud la casaubah,

r^s^idence du Dey, la ville et tous les forts extérieurs, mais

V^ i était commandé lui-même par le plateau que les

f^^^ncais venaient d'occuper. Ce château, construit au

^^'i* siècle, après la malheureuse expédition de Char-

l^s-Quint dont son nom rappelait le souvenir, bien que

*I>aré et augmenté dans ces derniers temps, n'olTrait

^^*une enceinte irrégulière entourée de murailles sans

f^^^^sés, de quarante pieds de hauteur sur dix d'épais-

'^^r, flanquée de quelques tours carrées et ayant au centre

^^e tour ronde plus forte et très-élevée qui formait un

'^duit avec une enceinte de magasins casemates. Les

^^stions, les remparts et les casemates de la grande tour

*^ient armés de 120 canons de gros calibre et de mortiers

* bombes. Les plus habiles canonniers et 1,500 janis-

saires avaient été jetés dans cette forteresse tandis que le Dey, renfermé dans la casaubah avec la garde et l'élite de sa milice, contenait la population déjà livrée à l'agitation de la terreur. Les Turcs ayant été forcés, pendant la journée du 29, de rentrer dans Alger et les Arabes se trouvant refoulés sur la côte à Test de la ville, rien ne s'opposait plus à l'investissement du château de l'Empereur. L'ordre fut donné d'ouvrir la tranchée sur un développement de mille mètres, et l'opération dirigée par le général Valazé, commença à l'entrée de la nuit. Les bataillons de garde occupèrent et crénelèrent, sans rencontrer de résistance sérieuse, les maisons de campagne situées sur la ligne. Ce ne fut que le lendemain à la pointe du jour, lorsque les travailleurs commençaient à gagner le sommet de la colline, que la garnison du château, les apercevant à gauche de la tranchée, dirigea contré eux un feu très-vif de boulets et de mitraille qui blessa mortellement un chef de bataillon du génie, M. Chambaud, et força d'interrompre les travaux. L'ennemi, encouragé par cette inaction, hasarda une sortie, mais il fut repoussé avec vigueur et les travaux purent être continués. Du *" au 4 juillet, ils furent quelquefois ralentis par le feu des assiégés qui mettait chaque jour hors de combat une centaine d'hommes. Malgré le mauvais succès de leur première sortie, les Turcs en tentèrent plusieurs autres qui ne réussirent pas mieux, et ils ne parvinrent pas à empêcher que trois batteries de siège, composées de 20 pièces de gros calibre, fussent

construites et armées, sous la direction du général de La Hitte, dans la nuit du 2 au 3, de manière à ce qu^on pût ouvrir le feu, le 4, à la pointe du jour.

Pendant ces préparatifs, une division de la flotte sous les ordres du contre-amiral Rosamel faisait une attaque contre les batteries du port et des forts maritimes pour attirer du côté de la mer une partie des canonniers algériens. L*amiral Duperré lui-môme dirigea, le 3 juillet, une autre attaque à laquelle prirent part tous les bâtiments armés : ils défilèrent à demi-portée de canon sous le feu des batteries de la place composées d'environ 30O pièces d'artillerie, en ripostant par des bordées qui jetèrent l'épouvante dans la partie basse de la ville. Cette canonnade dura deux heures, sans causer de grands dommages d'un côté ni de l'autre. Cependant, sur le vaisseau amiral la Provence, un canon de 36, ayant crevé, tua une dizaine d'hommes et en blessa 14.

Les Français n'ayant jusqu'alors employé que quelques petites pièces pour arrêter les sorties de l'ennemi, la garnison du fort de l'Empereur croyait qu'ils n'avaient qnede rartillerie de campagne et semblait ne pas s'effrayer beaucoup de l'efl'et qu'elle pourrait produire contre des remparts garnis de 100 pièces du plus gros calibre. Elle fut bientôt détrompée. Le 4, à la petite pointe ûa jour, au signal d'une fusée volante, toutes les batteries françaises ouvrirent à la fois un feu terrible. Les Tares y répondirent pendant cinq heures avec le plus grand courage. Les boulets de 24 et de 16 foudroyaient

les remparts et les bastions du fort. On voyait à chaque instant des pans de murailles s'écrouler, des mcrlons di>;paraître, des pièces renversées, des canonniers turs à mesure qu'ils se succédaient derrière les embrasures en ruines, tandis que les obus et les boulets, tombant comme la grêle dans l'intérieur de la forteresse, portaient, par leur chute, leurs ricochets et leur explosion, la destruction au milieu des malheureux entassés dans cet étroit espace. Les assiégés continuaient pourtant à résister. Vers neuf heures seulement, leur feu s'éteignit. Tous leurs canons étaient renversés, leurs affûts brisés, les casemates enfoncées, les canonniers tués ou disperst»s ; des monceaux de cadavres couvraient les terre-pleins vi les fossés du réduit. Les faibles restes de la garnison s'étaient réfugiés dans la cour centrale, résolus, dit-on, à y mourir. Le Dey ordonna d'évacuer le fort et de le faire sauter, espérant apparemment écraser les assaillants sous ses débris.

Les Français continuaient à battre en brèche et se préparaient à l'assaut lorsqu'à la suite d'une détonation effroyable ils virent la grosse tour sauter en l'air. Une colonne de fumée épaisse et noire, qui s'élevait à plus de cinq cents pieds du sol, enveloppa bientôt tout l'horizon. Des pièces d'artillerie, des bombes, des boulets, des poutres, des pierres énormes et des cadavres couvrirent en un moment les environs du château. La partie supérieure de la tour avait disparu, les murailles des deu\ faces de l'enceinte étaient presque renversées, les autres entr'ou-

HISTOIRE DE LA RESTAURATION. 4t»9

vertes de toutes parts. Les soldats employés à la garde de la tranchée sous les ordres du général Harcl, se précipitant vers ces décombres, en prirent possession. Les Algériens les avaient abandonnés. Maîtres du fort, les Français se hâtèrent de s'y mettre en état de défense, de construire de nouveaux ouvrages et d'élever des batteries contre la ville et la casaubah.

Le Dey, qui s'était persuadé que le fort de l'Empereur arrêterait les assiégeants jusqu'à la saison des pluies qui rendrait leur position désastreuse, passa tout à coup d'une folle confiance à une profonde consternation. En présence des batteries françaises établies à deux cents toises de distance, Alger était livré à une inexprimable confusion; toute idée de résistance y était abandonnée et l'esprit de révolte commençait à se manifester. Le Dey fit demander au général en chef et à l'amiral la cessation des hostilités par terre et par mer. A deux heures de l'après-midi, son secrétaire intime, Sidi Mustapha, se présenta aux avantpostes. Reçu sur les ruines du château par M. de Bourmont entouré de son état-major, il proposa au nom de s^on maître d'abandonner toutes ses créances sur la France, de se soumettre à toutes les réparations exigées de lui avant la rupture, de rendre au commerce français tous ses privilèges, de les augmenter môme et de payer tous les frais de la guerre. Ces propositions furent rejetées : on exigeait que le Dey, les troupes et la ville se rendissent à discrétion. Le consul d'Angleterre offrit sa médiation ; M. de Bourmont la déclina en disant que c'était

une affaire qu'il voulait arranger lui-même avec le Dey.

Les travaux du siège se poursuivaient avec activité lorsqu'à rrivèrent deux nouveaux négociateurs, un Tttrc et un Maure, qui, ayant habité Marseille, parlaient couramment la langue française. Celui-ci représenta à M. de Bourmont que ces mots, se rendre à discrétion, seraient mal compris par les Turc« ; qu'ils croiraient y voir le sacrifice de leurs personnes, de leurs familles et de leurs propriétés ; qu'ils aimeraient mieux périr les armes à la main et que la ruine d'Alger et des richesses qui s'y trouvaient en serait la conséquence inévitable. Le général en chef, comprenant la puissance de ces considérations, se borna à demander la remise d'Alger et de tous ses forts en s'engageant à laisser au Dey la vie, U liberté, la possession de tout ce qui lui appartenait personnellement, et en lui permettant de se retirer avec sa famille dans le lieu qu'il choisirait. La même assurance était donnée aux soldats de la milice turque. L'exercice de la religion mahométane devait rester libre pour les hibitants de toutes les classes dont les familles, les propriétés, le commerce, l'industrie seraient inviolablemenl respectés.

Ces conditions, acceptées par les négociateurs et port^'*es au Dey pour avoir sa ratification, furent soumises à la délibération du divan, représentant de cette milice souveraine sans laquelle le Dey ne pouvait rien décider. La discussion fut orageuse, mais, malgré la résistance et les emportements de quelques jeunes officiers, la ma-

jorité se résigna. L'échange des ratifications eut lieu dans la soirée, les hostilités cessèrent et, après de nouveaux pourparlers, il fut convenu que la remise de la ville et des forts aurait lieu le lendemain , 5 juillet, à dix heures du matin.

A rheure indiquée, les troupes qui devaient entrer à Alger descendirent des hauteurs, leur artillerie en tôte, et se rangèrent en bataille sous les murs de la ville et de la casaubah. Les portes de Bab-Azoun et de Bab-el-Oued leur furent remises à midi; elles y trouvèrent les naufragés des deux bricks échoués quelques semaines auparavant qui avaient échappé au massacre de leurs compagnons d'infortune, et d'autres esclaves chrétiens que le Dey venait de faire mettre en liberté. La remise de la casaubah éprouva des lenteurs. Le Dey venait d'en sortir avec sa famille, son trésor particulier et ce qu'il avait de plus précieux pour se retirer dans une maison qu'il avait jadis habitée dans la basse ville, mais ses effets n'en étaient pas encore enlevés lorsqu'un détachement français se présenta ; la fuite précipitée des gens du Dey donna lieu à quelque confusion dans laquelle disparurent des armes, des étoffes, des meubles curieux et plusieurs bijoux de valeur ramassés par des soldats et même par des officiers. Ce fut le seul désordre que l'on eut à regretter. Les maisons, les mosquées furent religieusement respectées; pas un seul individu ne fut insultl^

Le premier soin du générai en chef, en entrant à la casaubah, futde faire reconnaître l'existence du trésor al-

gérien contenu dans une suite de cinq ou six salles soigneusement fermées et voûtées où Tor et l'argent, entassés à la hauteur de plusieurs pieds, offraient des monnaies de tous les pays. Ce trésor, accumulé depuis trois siècles, était formé en grande partie de la portion réservée par l'État sur les bénéfices de la piraterie. Une commission composée de l'intendant en chef de l'armée, d'un officier général et du payeur général fut chargée d'en faire l'inventaire pour qu'il fût envoyé immédiatement en France. M. de Bourmont ne voulait pas qu'il en fût rien distrait. Il se contenta de distribuer les armes les plus riches aux officiers généraux et supérieurs de l'année et de réserver quelques bijoux et quelques meubles de prix pour les offrir à la famille royale. Des bruits contradictoires circulaient sur l'importance de ce trésor. Estimé par Ics-uns à plus de 200 millions en espèces métalliques et en pierres précieuses, d'autres le croyaient tout à fait insignifiant. En réalité, les Algériens euxmêmes, à ce qu'on assure, ne savaient trop à quoi s'en tenir. Ils se faisaient, dit-on, un scrupule religieux de constater par des recensements la population du pays et aussi la valeur précise du trésor public dans lequel ils versaient le produit des contributions avec celui de la piraterie et dont ils retiraient, au fur et à mesure, les sommes nécessaires aux dépenses courantes ou imprévues, sans jamais chercher à vérifier les résultats de la comptabilité. Les salles dans lesquelles ces richesses étaient déposées ayant été ouvertes par le ministre des

finances du Dey aux membres de la commission chargeas de faire l'inventaire, ils y trouvèrent, en espèces d'or, d'argent et en bijoux, une valeur de plus de 49 millions. En y ajoutant celle des laines et des denrées que renfermaient les magasins de la régence et de sept cents bouches à feu en bronze, on arrivait à la somme de plus de 56 millions, supérieure d'environ 7 millions aux frais de l'expédition, sans compter le prix estimatif de huit cents autres pièces de canon en fonte, d'une énorme quantité de projectiles, de poudre de guerre et de munitions et la valeur des propriétés publiques qui, dans la seule ville d'Alger, comprenaient la moitié des maisons estimées à plus de 50 millions. La plus grande partie du trésor inventorié fut aussitôt dirigée sur la France.

D'après les rapports officiels, les Français, depuis le jour du débarquement,avaienteu 2,300 hommes mis hors de combat, dont 400 tués; d'autres récits portaient ce dernier nombre à 600 et augmentaient beaucoup celui des blessés et des malades.

Alger conquis, la présence du Dey et de la milice turque des janissaires devenait embarrassante pour les vainqueurs. Husseyn-Pacha n'était pas en sûreté au milieu de ces janissaires qui lui reprochaient d'avoir causé leur malheur soit par son opiniâtre orgueil, soit par sa faiblesse, et on avait jugé nécessaire de lui donner pour garde une compagnie de grenadiers. On le pressait de ]Kntir en lui laissant le choix du lieu de sa retraite. Les Anglais lui

avaient suggéré, dit-on, l'idée de se retirer à Malte sous la protection de TAngleterre. On lui fit entendre que la France ne se chargerait pas de l'y transporter. Il proposa ensuite Livourne ; puis, changeant d'avis, il se décida pour Naples qu'il avait jadis visité. L'amiral Duperré mil une frégate à sa disposition, et il s'embarqua pour Naples avec son trésor particulier évalué à 3, 4, S et même 9 millions, avec ses femmes, son gendre, toute sa famille et une suite d'environ cent personnes des deux sexes.

Il disait à quelques Français qui allèrent le voir avant son départ qu'il avait commis une grande faute en s'altirant la colère d'une puissance telle que la France, mais que, naturellement irascible et obstiné, il avait cru pouvoir s'abandonner sans crainte à ces passions dangereuses en voyant les basses intrigues, le ton servilement abject des agents consulaires européens, particulièrement du consul français Deval. • Je me reproche, » ajouta-t-il # de 9 ne lui avoir pas fait expier par le cordon sa fausseté. » sa lâcheté. et ses criminelles manœuvres qui ont causé » ma perte. Si je l'avais fait périr, je ne serais pas plus » mal puisque j'ai perdu le trône et que la vie m'im-

» porte peu, et j'aurais eu la satisfaction de m'tHrt» • vengé. »

C'était là le langage d'un barbare hors d'état de comprendre l'impression que de telles paroles devaient produire sur des hommes civilisés auxquels très-certainement il n'avait pas l'intention de se montrer sous un aspect défavorable. Dans deux entretiens qu'il eut avec

HISTOIRE DE LA RESTAURATION. im

M. de Bourmont à qui, dans son orgueil, il avait hHiU* à rendre la première visite, il témoigna une vive reconnaissance pour la générosité et les soins attentifs av<fr lesquels on le traitait et donna au général en chef d^'H renseignements et des conseiU sur les mesures que leK Français avaient à prendre pour achever et conipléti^r leur conquête, sur la conduite à tenir envers Ie> divers^'ji populations de la régence et sur le caractère de leurs chef» principaux. Les événements subséquents semblèrent prouver la justesse de ces informations.

Le départ du Dey fut suivi de celui d*nne grande partie des janissaires non mariés qui furent emt^rquè^ au nombre d'environ quinzif cents- On fit remettre â chacufi cinq piastre5d'E5pagn«=-.pîa.sde Tingt-<:in'j franc*. Iji luhu* faveur fut a«:cordér aa\ janif^if'^ nKr'v q-jl d^-m^indèrent à quitter le p^j-. airi.*! -jui ^i.a nn dr Iror». ^uUuU. et ils furent lou-. aux fni* i/t ia Vr^ujr. tnu^iorlr^ :^ Onriach, prés de SmyTîi>. L>* a'^:r>*- *î..*>» 4To;r ^v-. désarmés, furent auti>riv^ ï z^v-t ^.«•ti i *r Tj I:» ^fî«sent puvendr»? îrur* ZL-ri::-*^ 'C>-r* r-.-^r.» '\:A^.

Pour a«ur^r i^ sl*1-:;>?i > . ;rîîr>- r.r. r*-*:.. t i.vcommi'^siorâ d-* joaT>r:i**:n-i: •^.•v 'f 'lîi.rîJ -^^ F '^n-M* civils et milîulr-r* .^ :/i;* ..x*tn.*>*n ii.r ---r t v-î.-n.i t ration, et sa xo-^vi. 3ii.i!.r.:a. !r,m '*•.*■»- î.* Hi i^^-^ •■ V Juifs. -îoai 11 i. ••^:t..*ia t la Viain -î v ;:-nr-« t* ;*■>lice, M. d Aiii^t'iS!. p. ^u.z ^n ukHi» vm';^ HfH..**» du conseil il xniT^—iï-Tii'n: ii.t « î - i»'l»' ; i. »•• tarda pa* i *t"i.ir^- -^nî"* f. Mi*:i-»- •• .*■ #1 '• 'jAr^v' • ^

cette institution. La même rivalité de races rendit inefficaces les tentatives que Ton fit pour substituera la juridiction des cadis des tribunaux moins arbitraires etplas éclairés.

On s'était flatté de l'espérance que la prise d'Alger entraînerait la soumission des tribus arabes qui étaient retournées dans leurs montagnes, et surtout celle des chefs des trois provinces de la régence. Le bey de Tittery fut le premier à venir faire la sienne ; il jura solennellement devant le c^di turc obéissance et lidèlité à la France, et on le maintint dans son gouvernement, sans tenir compte des avertissements du Dey qui Tavait signalé à M. de Bourmont comme un fourbe et un traître, tel qu'il ne devait pas tarder à se montrer. Le général en chef envoya un de ses fils au bey d'Oran qui se soumit sans difficulté, tout en refusant, sous prétexte de son grand âge, mais en réalité parce qu'il détestait les cbrétiens, de conserver ses fonctions. Le bey dé Gonstantine, qu'il était moins aisé d'atteindre parce que cette ville est éloignée d'Alger et située dans l'intérieur des terres, était resté sous les armes et ne répondit pas aux lettres qui lui furent écrites pour l'engagera se soumettre aussi. Une division de la flotte commandée par l'amiral Rosamel porta dans | le port de Boue une brigade d'infanterie, une batterie de campagne et un détachement de sapeurs du génie sous les ordres du général de Damrémonl. Cettt* expédilion eut le plus complet succès. Elle avait été sollicitée par |ps habitants mêmes de Bone. souv;*nt victimes des

brigandages dos Kabyles qui habitaient les montagnes voisines. Ils reçurent les Français comme des libérateurs. Cependant, le général de Damrémont jugea prudent de faire réparer la citadelle et élever des retranchements armés de canons sur les |)oints les plus abordables de la ville, précautions qui ne furent pas inutiles, car il eut à soutenir plusieurs attaques de la part des Kabyles qu'on croyait excités par le bey de Constantine.

La nouvelle de la prise d'Alger combla de joie le ministère et le Roi lui-même, qui se persuadèrent qu'elle produirait dans la disposition des esprits une réaction favorable à ce qu'ils considéraient comme la cause de la monarchie. Lorsque le ministre de la marine alla à Saint- Cloud l'annoncer au Roi, ce prince lui tendit les bras, et comme le ministre s'inclinait pour lui baiser la main, • aujourd'hui, » lui dit-il, • on s'embrasse, > et il le pressa sur son cœur. A Paris, le bruit du canon des Invalides proclamant la victoire produisit quelque émotion, mais cette émotion ne fut que passagère, ou plutôt, elle se perdit dans les préoccupations bien autrement graves de la politique intérieure. Il était évident que la cour et les amis du ministère voyaient surtout dans la grande nouvelle arrivée d'Afrique une chance de succès pour leurs projets tandis que les libéraux, pour ce motif même, en éprouvaient un sentiment d'inquiétude et de dépit. La Bourse, ce thermomètre qui, alors beaucoup plus qu'aujourd'hui, marquait les oscillations de l'opinion, demeura à peu près immobile.

Deax jours après, le 14 juillet, un Te Deum fut chanté à Notre-Dame. Le Roi s y rendit avec sa famille. Déjà, TefTet de la conquête d'Alger était amorti. Tout était morne et silencieux autour du cortège. Quelques cris partis de groupes isolés et peut-être soldés par la police simulaient seuls la joie publique. Le silence du peuple dans de telles circonstances était significatif, et le Roi en fut très-affecté. L*archevéque, en le recevant à la porte de la cathédrale, prononça ces paroles qui devaient avoir un grand retentissement : c La main du Tout-Puis-

• sant est avec vous, Sire. Que votre grande âme s'affer-

• misse de plus en plus. Votre confiance dans le difin

• secours et la protection de Marie, mère de Diea, ne

• sera pas vaine. Puisse Votre Majesté en recevoir bientôt

• une autre récompense ! Puisse-t-elle bientôt venir re-

• mercier le Seigneur d'autres victoires non moins > douces et non moins éclatantes ! >

La menace était claire: ces victoires, c'était sur les libéraux qu'il s'agissait de les remporter. On essaya d'atténuer l'impression fâcheuse faite par cette allusion en substituant dans le Moniteur le mot de merveillesï relui de victoires. Malheureusement, dans un mandement que le même prélat avait publié la veille, on trouvait ces phrases plus significatives, plus menaçantes encore : « Trois semaines ont suffi pour humilier et réduire à la » faiblesse d'un enfant ce musulman naguère si su- » perbe. Ainsi seront traités partout et toujours les en- » nomis de notre seigneur et roi : ainsi seront ronfon-

• fondus tousceux qui oseraient se soulever contre lui. » Les libéraux s'emparèrent de ces imprudences de langage comme d'une révélation d'un projet de coup d'État, dont l'archevêque aurait eu connaissance. Le Roi n'y répondit, comme aux félicitations qui lui furent portées par des députations des premiers corps de l'État, qu'en exprimant la joie qu'il éprouvait du succès de ses armes et son intention de consacrer le reste de ses forces et de sa vie à assurer le bonheur de son peuple.

Des députations des dames et des forts de la halle, des charbonniers, des mariniers, allèrent aussi féliciter le Roi. L'orateur des charbonniers lui dit : < Charbon-

• nier est maître chez lui. Sire; soyez maître aussi dans

• votre royaume. » Les journaux de la droite eurent la maladresse de relever avec éloge, et comme l'expression do sentiment populaire, cette apostrophe que, du côté des libéraux, on supposa avoir été suggérée par les amis du château et du ministère, comme une indication de la ligne politique qui allait être suivie. Le National en prit occasion de diriger contre le gouvernement une accusation qui pourrait paraître extraordinaire de la part d'une feuille démocratique si Ton ne se rappelait qu'à cette époque ce qu'on appelait la démocratie était la domination des classes moyennes, c Quand on s'est mis, > dit-il, i en

• opposition avec l'esprit public dans un pays, quand on

• ne peut s'entendre ni avec les Chambres qui le repré- ■ sentent légalement, ni avec les organes tout aussi léf tpLUX de la presse, il faut bien trouver dans la nation

iU) HISTOIBC DE LA RESTAC BATI ON.

une aatn^ Dation «pie ctlle qui lit les joamaux, qui saDime aa\ débats de< Oumbres^ qui dispose des capitdoi, commandite l'indaslrie et possède le sol. Il faut df\<cendre d3nsce5O0ii<:he$infêriearesde la population où l'on ne rencontre plos d'opinion, où l'on trouve à peine qaei»pie discernement politique et où fourmillent par milliers des êtres lions, droits, simples, mais faciles à tromper et à exaspérer, qui vivent au jour le jour et, luttant à toutes les heures de leur vie contre le besoin, n'ont ni le temps, ni le repos d<^ corps et desprit nécessaire pour songer quelquefois à In manière dont se gouvernent les aiïaires 1^ pays. Voilà la nation dont il plairait à nos contren^volutionnaires d'acheter le concours. El en effet, c'e?sl dans les bras de la populace qu'il faut se jeter qnarm« on ne veut plus de l'avis du peuple. > A l'exemple de l'archevêque de Paris, plusieurs ffélats publièrent, pour célébrer la prise d'Alger, des maOdéments qui contenaient de regrettables allusions à IaiK>* litique intérieure. Celui delévéque de Nancy, écartant tous les voiles, appelait les vengeances du ciel, non pl^^ € aur les ennemis du dehors qui se courbaient, • disait-il-

« devant nos drajjeaiLr^ mais au sein même d£ la patrit^ » sur tous les cœurs égares ou coupables qui ne pouvaient » demeurer ennemis du Roi sans être aussi les ennemis it » Dieu, de la gloire et de la grandeur de la France. »

Un magistrat d'un rang élevé écrivait au garde des sceaux : « Le Roi est vainqueur d'Alger. Dans ce repaire

HISTOIRE DE LA RESTAURATION. oll

» de pirates n'étaient pas ses plus implacables enne- » mis; les élections les ont mis à découvert. Si ces > hommes de trahison sont ménagés, c'en est fait de la • lé{;itimité et de la monarchie. Les moments sont chers, » il faut que le gouvernement se décide. »

M. de Bourmont fut élevé à la dignité de maréchal et l'amiral Duperré à celle de pair de France. Dans les rangs de l'opposition, on se montra blessé de l'inégalité de ces récompenses, l'amiral jouissant d'une popularité que rehaussait encore l'impopularité du général en chef et loccasion paraissant favorable pour conférer à la marine, dans la personne du plus illustre de ses chefs, une distinction qu'aucun n'avait obtenue depuis l'ancien régime. C'était l'opinion d'un des ministres, M. de Guernon-Ranville. Quelques jours plus tard |)arut une ordonnance qui portait qu'une colonne rostrale sarmonlée d'un phare serait érigée dans la rade de Toulon et que les noms et les numéros des bâtiments et des corps cojiposant les deux armées, avec ceux des ofliciers généraux et supérieurs qui les commandaient, seraient inscrits sur le socle de la colonne dont les ornements seraient exécutifs en bronze provenant des canons pris à Alger. Le gouvernement royal, emporté par le cours rapide des événements, ne devait pas avoir le temps de donner suite à cette mesure non plus qu'aux nombreuses demandes de promotions, de décorations et de gratilications que M. de Bourmont avait envoyées en faveur de ses compagnons d'armes et qu'à Paris on avait jugées trop excessives

pour ne pas l'inviter à les réduire. Des souscriptions ouvertes pour venir au secours des veuves et des orphelins des vainqueurs d'Alger n'eurent pas plus de résultats: on était à la veille d'événements qui devaient, pour un temps, faire oublier tout ce qui n'y avait pas un rapport immédiat.

Le contre-amiral Rosamel eut Tordre de se présenter amicalement devant Tunis, dont le bey était bien disposé, et dans une attitude plus menaçante devant Tripoli, dont le dey, depuis trois ans, avait rompu toutes relations avec la France, afin d'exiger de ces deux chefs la signature de traités par lesquels ils s'engageraient à supprimer la piraterie, à abolir l'esclavage des chrétiens, à rendre les esclaves qu'ils avaient^ eu leur puissance et à n'augmenter ni les fortifications de leurs places, ni le nombre et la force de leurs bâtiments de guerre. Sons r impression de la terreur produite par la chute d'Alger, ces traités furent signés. Un tel résultat, qui mettait fin à un état de choses dont on a peine à comprendre qoe l'Europeaitsi longtemps supporté rhumilialion, suflirail à lui seul pour assurer à la guerre d'Alger une place parmi les grands événements de l'histoire.

Le moment était venu de décider ce qu'on ferait du territoire que l'on venait do conquérir. Dés le 29 mai, M. de Polignac avait lu au conseil un long mémoire dans lequel il exposait à ce sujet cinq systèmes différents, mais le Roi ayant fait l'observation qu'il serait temps de les discuter lorsque le but de l'expédition aurait ètè

HISTOIRE nE LA KfiSTAURATION. jI3

itteiut, les choses en étaient restées là. Le 23 juin, après iju^on eut appris les premiers succès de l'armée, M. de Polignac revintà la charge. Il développa lessystèmesqu'il ivait indiqués un mois auparavant et dont voici la sub- (lance. On pourrait, suivant lui,garder Alger et la régence tout entière en lui appliquant un vaste système de colonilOtion : on pourrait proposer aux autres puissances de la partager avec la France en 1 indemnisant pour leur quote part des frais de la conquête ; on pourrait maintenir dans le pays le régime existant, avec un bey placé sous la protectîon de la Franco, laquelle entretiendrait sur plusieurs points de la côte et à Alger même de fortes garnisons pouiy remplacer les troupes turques immédiatement congédiées; on pourrait conserver ce régime dans son état actuel sous la suzeraineté de la Porte, mais en prenant des mesures pour assurer la destruction da Tesclavage et de la piraterie ; on pourrait, enlin, traiter avec la Porte pour lui rendre la régence sur laquelle elle ne possédait, en réalité, qu'un droit de suzeraineté mal reconnu, et obtenir d'elle la cession d'un vaste territoire du côté de Bone. Dans cette dernière hypothèse, le dey aurait été nommé par la Porte sur la proposition de la France ou par la France sur la proposition de la Porte, et la piraterie aurait été abolie sans retard.

Ces propositions donnèrent lieu à une discussion prolongée. On se demanda, d'abord, si, par les communicalions faitesjusqu'alors aux puissances étrangères, le Roi n'avait pas contracté l'engagement de ne prendre aucune

dùtermination sans leur consentement. On reconnut à l'unanimité qu*aucun engagement de cette nature n'existait et qu'une des dépêches de M. de Polignac en excluait même l'idée. Quant aux propositions mêmes, elles soulevèrent de nombreuses objections. M. de Guernon- Ranville insista fortement sur les difficultés d'une occupation et d'une colonisation en présence d'une population barbare qui, réfugiée dans ses montagnes, serait difficilement accessible aux efforts que l'on ferait pour là civiliser. Une semblable entreprise, pour avoir quelques chances de succès, exigerait, dans les idées et dans les actes, une suite dont le caractère français était peu capable et d'énormes dépenses que les Chambres sanctionneraient difficilement. Le parti le plus simple et le plus utile serait donc de faire sauter les fortifications d'Alger, de détruire son port qui ne valait rien pour le commerce et de reprendre l'ancien établissement français de la Galle en y joignant, à titre d'indemnité, la ville de Bone qui avait, disait-on, un bon port et un vaste territoire propre à devenir le théâtre d'un essai de colonisation sur une échelle raisonnable. Le reste du pays serait laissé au Dey sous la protection de la France. Cette fois encore, le conseil se sépara sans avoir rien résolu; mais lorsqu'on eut reçu la nouvelle de la prise d'Alger, avec des circonstances qui ne faisaient pas prévoir les difficultés immenses qui devaient retarder pendant vingt ans la soumission entière de la régence, il fallut enfin prendre une détermination. Après quelques jours

rhésilalion,on décida, vers le 20 juillet, que la France garderait sa conqucHe. Comme premier acte de souverailelé, on fit annoncer aux gouvernements étrangers que tf. deBourmont avait rétabli les consuls des puissances lans leurs attributions et rouvert les relations commerciales interrompues depuis plusieurs années par le blocus i'Alger.

Le cabinet de Londres qui, jusqu'au dernier moment, n'avait c^ssé d'insister pour obtenir des promesses et des garanties contre ce résultat en conçut une irritation d'autant plus grande que, dans cette question, il se sentait isolé en face de la France et tout à fait impuissant à lui faire sentir les effets de son mécontentement. L'idée de maintenir le statu qno dans la Méditerranée, c'est-à-dire un état de cboses qui y laissât l'Angleterre absolument maîtresse, se présentait aux ministres anglais comme un de ces principes auxquels il n'est pas permis de déroger, parce qu'ils se lient aux intérêts britanniques. L'affranchissement de la Grèce leur avait déjà paru y porter atteinte, et c'est pour cela qu'ils l'avaient vu avec peu de faveur. L'établissement de la domination française à Alger était fait pour leur inspirer de bien autres inquiétudes. Les dispositions si favorables dont le duc de Wellington avait été longtemps animé à l'égard de M. de Polignac en avaient reçu une profonde altération. Complètement revenu de l'étrange engouement que le ministre français lui avait naguère inspiré, mais ne l'appivciant pas avec plus de justesse, « on le regarde, •

Il* dlSTOlRE DE LA RESTAURATION.

ti.>ju-ii, c comme un homme borné et loyal, et moi, je i^ ^^Qsidère comme un des hommes les plus habiles - i.'t tes plus faux qut' je connaisse. ■ Lord Aberdeen •^ui. plus tard, devait être partisan d'une alliance entre les deux Ktats partageait alors Texaspùratioa da chef du cabinet. Le du: de Laval, qui venait dobtenir l'autorisation d'aller passer quelque temps en France. étant allé prendre cong:'* de lui. il ne lui dissimula paï^ l'amertume de ses ressentiments. ■ Jamais, » lui dit-ii avec une incroyable exag.Tation, c la France, sous la République ni sous 1 Empire, u'a donné à TAnglelerre des sujets de plainte aussi graves que ceux que nous avons reçus d elle depuis une. année. Je me sépare de vous, mon cher duc. avec plus de peine que de coatume, car peul-étre ne sommes-nous plus destinés à nous revoir. » — c Milord, » répondit le duc deLavaK je ne saurais prévoir ce que vous pouvez espérer de la génémsité de la France, mais ce que je sais, c*est qn^ vous n>n obtiendrez jamais rien par la menace. > C'était le ïo juillet que cet entretien avait lieu.

La France, si piodigieusement affaiblie dans ses rai»ports extérieurs par les revers qui avaient amené la chute de l'empire, déjà relevée, bien que dune manièn' incom[»léte, par le succès de la guerre d'Espagne et bien plus encore par son attitude diplomatique pendant la guerre d'Orient, venait, en menant si promptemenlà bonne fin une entreprise aussi diflicile que rexpcdilion d'Alger, de se replacer nu rang qui lui appartenait. Hou-

HISTOIRE DE LA RESTA URATIOiN. Ml

reusement pour l'Europe et pour elle-même, elle n'avait sans doute pas recouvré cette supériorité absolue qui coûte si cher à ceux qiii la subissent, et qui, en entraînant presque nécessairement ceux qui l'exercent à de regrettables excès, en les rendant l'objet de la haine universelle, les condamnent, un peu plus tôt ou un peu plus tard, à de terribles expiations. Sans doute, le gouvernement, eût-il voulu imiter les violences et les iniquités de Louis XIV et de Napoléon, n'en aurait pas eu les moyens. Mais il occupait incontestablement dans les conseils de l'Europe unedes premières places, peut-être la première. Assurée de l'amitié de la Russie qui, elle-même, était étroitement liée avec la Prusse, la France n'avait rien a craindre de ses ennemis ou, si Ton veut, de ses rivales naturelles, l'Angleterre et l'Autriche, qui, par leur faute et aussi par le hasard des circonstances, avaient beaucoup perdu de leur influence et de leur considération. Sa situation extérieure était donc aussi satisfaisante qu'on pouvait le désirer; son commerce, sa richesse, ses ressources de tout genre s'accroissaient rapidement, mais alors comme dans tant d'autres occasions le génie des révolutions s'apprêtait à troubler le coui*s de ces prospérités.

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