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CHAPITRE LXII

GiNifrèt de Ltybtch. -> Le roi de Naples y dësavone les enga^-

maots qu'il a pris à Naples. — La France consent éTentaelle-

ikient à rentrée des forces autrichiennes sur le territoire napoU-

tmin après qu'on aura épuisé les moyens de conciliation. — Le roi

<te Naples écrit à son fils le duc do Calabre pour engager la nation

^ se soumettre sans résistance. — Le duc de Calabre et le Parle-

imeDt refusent d'obéir à TinTitation du Roi et aux sommations du

OoDfrès. — Brarades des Napolitains. — Les Autrichiens marchent

s«r Naples. — Insurrection militaire en Piémont. ^ Abdication du

M%oi. — Adoption de la Constitution espagnole. — Consternation du

Congrès. — Terreur dans toute l'Allemagne. — Agitation en France.

— -* Mouyements de Grenoble, de Lyon. — Les royalistes croient un

VKioment que tout est perdu. — L'armée napolitaine se disperse

^feresque sans combattre d«*Tant l'armée autrichienne, qui prend pos-

^«srion de Naples. — L'armée piémontaise est battue à Norare, par

'^ftne antre armée autrichienne réunie aux troupes restées fidèles, et

*ï\irin fait sa soumission. — Triomphe complet de M. de Metternicli.

**—— Insurrection des principautés du Danube et de la Grèce contre la

X^Orte. ~ If. de Metternich persuade à lempereur de Russie que

^i«lte insurrection est, comme toutes les autres, l'œuTre du jacobi-

■^isme européen, et une circulaire des trois cours alliées la frappe

4*anathème. —Fin du Congrès. — Conyentions qui placent les

^^eux-Siciles et le Piémont sous l'occupation autrichienne. — Excès

4« la réaction absolutiste à Naples. — Répression sévère de la ré-

'^'olotioo piémontaise. — Procès politiques en Lombardie, à Mo-

^^fie. — Troubles dans les légations. — Excommunication des

40ft HISTOIRE DE LA RESTAURATION,

Carhonari, — Graves dt^sordrcs causes en Espagne par les noQTelles d'Italie. Violences des libéraux exaltés. Commencement d^insomction absolutiste. — En France, découragement, affaiblissement du parti-libéral. Joie, exaltation des ultra-royalistes, etc.

Je reprends le rëcil des délibôrations enropéennes snr la question do la rôvolulion de Naples, que j'ai dû interrompre pour exposer Tétat intérieur de la France au moment où s'ouvrit le congrès de Laybach et peudant la durée de ce Congrès.

Nous avons vu que les empereurs d'Autriche et de Russie, partis de Troppau à la fin du mois de décembre, ne s'étaient arrêtés que peu de jours à Vienne.X'cmpereur François arriva le 4 janvier à Laybach et l'empereur Alexandre le 7. Quant au roi de Prusse, j'ai dit qu'il était retourné dans ses États et j'en ai indiqué le motif. Gomme on aime toujours à supposer aux iociaenU les moins signiQcatifs de la conduite des princes des causes secrètes et profondes, bien des gens, surtout parmi les libéraux, prétendaient expliquer l'ab-senca du monarque prussien par des dissentiments survenus entre les Cabinets. La suite des événements devait prouver l'inanité de ces conjectures.

Les représentants des grandes puissances au Congrès furent les mêmes qu'à Troppau. Seulement, M. de Richelieu, qui avait eu un moment la pensée de se rendre à Laybach, n'ayant pu y donner suite, le cabinet des Tuilones crut devoir adjoindre à iMM. de Carainan et de La Ferronnays, dont les dissentiments pouvaient paralyser

HISTOIRE DE LA RESTAURAtlON. 407

l'aclionde la France, M. de Blacas qui, par l'importance de sa position personnelle, par la fermelt^ nn pea raide de son caractère, et aussi par la connaissance approfondie qu'il avait des aiïaires d'Italie paraissait en mesure d'excrcet* plus d'induonce. Les Étais italiens, invités à 8é faire aussi représenter aii Congrès, y envoyèrent des ministres. Celui du Sainl-l^ère fut le cardinal Spina, légal à Bologne. Le roi de Sardaigne fit choix du comte de Saint-Marsan, son ministre des aiïaires étrangères, et dti comte d'Agliô, son envoyé à Londres, le grand-duc de Toscane du prince Neri Côrsini et le duc de Modène du comte Molza, chefs de leurs cabinets. Le duc de Modënc, qui était, comme on sait, iin archiduc d'Autriche, non content de figurer au Congrès par son plénipotentiaire, Toulut y assister en personne. De tous les souverains alors régnants, aucun n'était plus complètement, plus aveuglément dévoué aux principes de l'absolutisme. € Si l'on donne une constitution à Naples, • di- Kaii-il f je n'ai plus qu'à mettre mes États à l'encan et à » quitter l'Italie, i Les autres princgs italiens, sans a'exprîmer d'une manière aussi tranchante, étaient du xnëme avis.

L'arrivée du roi de Naples était le préliminaire indispensable de toute action du Congrès. J'ai dit que ce moïiarque avait quitté ses États le 16 décembre, après 3iToir solennellement promis a ses sujets de défendre, dans l'assemblée des souverains, la constitution napolitaine. Le 19, il était arrivé à Livourne, et, à peine

débarqué, il s'élait écrié, en présence de l'envoyé d'Ànglelerre, qu'il venait d'échapper à ses assassins, qu'il allait se jeter dans les bras de ses alliés et mettre à leur disposition ses États et sa personne. Il avait aussitôt écrit aux souverains pour désavouer, comme Tœuvre de la contrainte, tout ce qu'il avait fait à Naples, pois il était parti pour Florence où il avait trouvé M. de Blacaa, que le gouvernement français avait chargé de raccompagner, et M. de Lebzeltern, que M. de Mettemich avait envoyé au-devant de lui. M. de Lebselternavait essayé de lui faire signer une protestation formelle dans le sens des lettres qu'il avait écrites de Livoume, mais M. de Blaca^ s'y était opposé^ en lui représentant que c« serait abdiquer d'avance la position de médiateur entre son peuple et l'Europe, la seule qui, au moins dans les premiers moments, fût convenable de sa part après ce qui s'était passé. La timidité naturelle du roi Ferdinand, bien plus, suivant toute apparence, qu'aucune autre considération, le décida à suivre le conseil de l'ambassadeur de France.

De Florence, il s'achemina lentement vers Laybach. Partout, sur son passage à travers des contrées soumises soit à l'autorité directe, soit à l'influence prépondérante de l'Autriche, on lui rendit de grands honneurs. Le duc de Gallo, ministre des affaires étrangères du gouvernement constitutionnel, venant de Naples par la voie de terre, l'avait rejoint à Florence. Sa présence était fort désagréable au vieux roi avec qui il lui fut impossible

d'avoir ancnn entretien. A Mantoue, on déclara au dnc de Gallo qu'il n'était pas possible de le laisser passer plus avant sans un ordre du cabinet de Vienne. Quelques jours après,' il put s'avancer jusqu'à Udine où il trouva une lettre du Roi qui lui prescrivait d'aller attendre à Goritz des directions ultérieures. Le motif qu'on lui alléguait pour ne pas le recevoir à Laybach, c'est que le Congrès ne pouvait traiter avec l'agent officiel d'un gouvernement qu'il ne reconnaissait pas.

Le roi de Naples, débarrassé de ce surveillant impuissant, mais incommode, avait continué son voyage. A Adeisberg, il rencontra un agent russe, M. d'Oubril, accrédité auprès de lui par l'empereur Alexandre et qui lui présenta ses lettres de créance. Enfin, il arriva à Laybach le 8 janvier. L'empereur d'Autriche, son gen- 'dre, était allé à sa rencontre à une assez grande distance de cette ville.

La joie qu'il ressentait de se sentir hors de l'atteinte des révolutionnaires, à l'abri des périls dont il s'était tant effrayé, se manifestait avec une singulière naïveté. Conrne on avait intérêt à le maintenir en bonne humeur et à lui faire prendre patience pour le rendre plus docile aux conseils qu'on se proposait de lui donner, on eut soin de lui ménager des amusements appropriés à ses goûts. On organisa de grandes parties de chasse dans lesquelles, k sa vive satisfaction, les chiens qu'il avait amenés de Naples se montrèrent très-supérieurs à ceux de l'empereur d'Autriche. L'empereur Alexandre, l'ayant

^entendu se plaindre de la rarelé et de la taille chétivc des ours des montagnes des Àbruzzes, fit venir du fond de h Russie un certain nombre de ces animaux propres à r^ônêrer une race appauvrie, et le Roi parut trës-reconoaissant de ce cadeau.

Le seul conseiller qu'il eût auprès de lui était le prince RufTo qui^ rappelé par le gouvernement conslitutioDûel du poste d'ambassadeur à Vienne, avait refusé d'obéir à ce rappel, s'était mis à la disposition du prince de Metternich et l'avait suivi à Laybach. Le Roi avait en lui une entière confiance. Inspiré par ses avis qui étaient d'ailleurs conformes à ses propres opinions, il exprima de prime abord, comme il Pavait déjà fait à Livourne, un vif ressentiment de tout ce qui s'était passé à Naples depuis le mois de juillet, le désir d'y voir rétablir toutes^ choses sur l'ancien pied, et aussi la conviction que, pour y parvenir, l'emploi de la force était indispensable. Ce langage du Roi et le langage absolument semblable que tenait le prince Ruiïo indignaient le comte Gapodistrias. Dans une cxplicition très-vive qu'il eut avec le prince RufTo, il s'emporta jusqu'à lui dire que son nom n'était jamais prononcé dans le Congrès que pour appeler la guerre, qu'il exerçait une influence fatale à sa patrie, et qu'il était plus Autrichien que Napolitain.

L'attitude du Roi dj Naples et de son ambassadeur donnait une grande force à M. de Metternich. Lesdi>positions des autres princ(^s italiens et de leurs ministres ne lui étaient pas moins favorables. Il s'attachait à les en-

HISTOtRK DR LA RESTAVRATIO?«. 411

Iretenir en lenr développant son système de solidarité entre les gouvernements contre les révolutions, système gui, disait-il, devait pour le moment, eiTacer toutes les autres questions et imposer silence à toutes les rivalités. L'ascendant qu'il exerçait sur l'empereur Alexandre faisait chaque jour des progrès. À Troppau même, ce prince avait déjà déclaré que, si la guerre devenait nécessaire, elle devrait être faite, non pas au seul nom de l'Âtttriche, mais au nom de Talliance, et que, quant I lui, il était prêt à envoyer, au besoin, cent mille hommes en Italie. Il avait été résolu entre les trois souverains aK liés, non*seulement qu'en aucune hypothèse on ne reconnattrait à Naples la Constitution actuelle, mais que, ^ns le cas où elle recevrait les modiGcations que les ministres avaient proposées au Parlement, et qui en auraient fait l'équivalent do la Charte française, on ne la recénnattrait pas davantage. M. de La Ferronnays commençait à comprendre l'impossibilité de combattre avec succès les nouvelles dispositions de l'empereur de Hussie. Un jour, comme il lui exprimait la crainte que sa juste indignation contre les révolutions d'Espagne et de Naples ne Teùt rendu contraire aux institutions constitutionnelles dont il avait longtemps été le zélé protecteur, c ce que j'ai été, » répondit Alexandre, c je le suis encore, je le serai toujours. J'aime les

> institutions constitutionnelles et je pense que tout » homme de cœur doit les aimer. Je les regarde comme

> la plus belle conception de l'esprit humain, mais pour-

» quoi Touloir les appliquer sans, distinction à tons les

» peuples? Ils ne sont pas tous également disposés à les

9 recevoir, et certes une liberté et des droits dont peut

• jouir une nation aussi éclairée que la vôtre ne sauraient

• convenir aux peuples arriérés et ignorants des deux

> péninsules. » L'Empereur témoigna ensuite le regret qu'il éprouvait de ce que la France, dominée, suivant lui, par rinflnence anglaise, n'adhérait pas aux principes des trois Cours alliées et ne prenait pas à l'égard deJ'Es* pagne le beau rôle que l'Autriche avait pris à Tégard de

• Naples.

L'Empereur, cependant, par un reste d'attachement i ses anciennes idées, persistait à désirer que tout pût s'arranger pacifiquement et à l'espérer ; mais M. de Metter* nich, au contraire, considérait la guerre comme certaine, rappelait du fond de son cœur et la préparait dans tous les sens. C'était aussi, en réalité^ le vœu du Cabinet de Londres, et on assure que lord Castiereagh pressait le gouvernement autrichien de mettre sans retard ses troupes en mouvement, lui promettant, dans une certaine mesure, le concours de l'escadre anglaise. Le général Pozzo appelait aussi la guerre et le renversement de la constitution napolitaine, c On » ne peut, • disait-il, c traiter avec des rebelles. Le » Roi une fois ramené, l'ordre restauré, on verra ce i qu*il y aura à faire, mais, en tout cas, on ne doit t rien établir à Naples qui ne puisse être adopté à

> Milan, t

La FraDce se trouvait donc absolument isolée au Congrès, et les appuis sur lesquels elle avait complé pour faire prévaloir ses vues conciliantes lui manquaient complètement. L'arrivée de M. de Blacas sembla pourtant relever sa politique. La hauteur de langage, la fiëre conte Dance dont il s'était fait une habitude, la dignité de ses manières, dans laquelle se reflétait le sentiment élevé qa'il avait de la grandeur de la France, l'égalité de son humeur, la patience, la persévérance qu'il portait dans les négociations, l'influence qu'il s'était acquise en Italie, c*étaient là des avantages qui l'auraient mis à un rang très-élevé parmi les hommes d'État s'il y eût joint une plus grande étendue d'esprit. Entre ses mains, on pouvait être sûr que l'action de la France, dût-elle ne pas triompher, ne serait pas humiliée. Ce qu'on savait de ses opinions politiques devait, d'ailleurs, prévenir en sa faveur les ministres étrangers qu'effarouchaient les tendances libérales de M. de La Ferronnays. Aussi lui fit-on un grand accueil, et M. de Metternich, peut-être dans l'espérance de le capter en flattant son amour-propre, affecta-^il dédire: c Voilà » enfin la France qui arrive. »

Ses premières démarches obtinrent un résultat qui, sans avoir pour le fond une grande importance, n'était pas indifférent sous le rapport de la forme. Les ministres d'Autriche, de Russie et de Prusse s'étaient mis sur le pied d'avoir, avec le prince Ruffo, des réunions confidentielles dont l'objet était de préparer les résolutions à proposer à

411 HISTOIRE DE LA RESTAUaATIOX.

h conférenco générale. MM. de Gan^man et de La Ferronnays et lord Slewart avaient reproduit, à cette occasion, les réclamations qu'ils avaient élevées à Troppaa contre les conférences particulières des trois Cours, M. de Blacas déclara nettement à M. de Mellernich que, si une réunion semblable avait lien une fois encore, on apprendrait le lendemain matin qu'il avait quitté Lajbach. Déjà l'empereur Alexandre, à la prière de M. de La Ferronnays, avait fait dire à M. de Metternich qu'il convenait décéder sur ce point. M. de Metternich s'y résigna, non sans regret.

Cependant, le Cabinet devienne hâuit les préparatifs de l'expédition qu'il regardait comme certaine. Les troupes autrichiennes avaient reçu l'ordre de se tenir prêtes à entrer, le 27 janvier, dans les États de l'^lisa qu*il fallait traverser pour marcher sur Naples. M. de Blacas, voyant l'impossibilité d'arrêter leur marche, mit en avant une proposition qui tendait à donner à Tinter* vention armée un caractère moins alarmant pour le priih cipe de Tindépendance des États. Le roi de Naples, se présentant sur la frontière de son royaume avec un^ escorte nombreuse, aurait annoncé à ses sujets qu'il avait toujours eu l'intention d'apporter à la forme de son gouvernement les modifications nécessaires, qu'avant d*a voir eu le temps d'y pourvoir il avait été surpris par la révolution du 2 juillet, que maintenant il revenait au projet ajourné par suite de cette révolution, qu'il remettrait en vigueur les anciens statuts du royaume avec des cban-

HISTOIRE DE LA UESTAURATION. iiS

gements appropriés à l'ëlat présent du pays^ que, disposé il faire jouir son peuple d'une sage liberté, il lui en donnait Tassurance, prenant pour garants de sa promesse les ministres étrangers accrédités auprès de sa personne, et qu'il invitait ses sujets un moment égarés à se joindre à lui. Pour former Tcscorte du Roi, M. de Blacas demandait qu'on donnât la cocarde napolitaine à un corps de troupes autrichiennes dont la force fût ds.sez considérable pour garantir la sûreté du monarque, et pas assez pour qu'on pût le considérer comme une armée d'invasion.

Cette proposition parut d'abord rencontrer beaucoup de faveur. M. de Metternich en fit un grand éloge, tout en exprimant la crainte que les ministres russes ne voulussent pas raccepter, mais lorsqu'il vit qu'ils y adhéraient aussi, il trouva moyen de l'annuler par un expédient qui lui était familier, en n'en parlant plus et en écartant adroitement toutes les tentatives qui furent faites pour la remettre sur le tapis. Comme président du Congrès chargé de diriger les délibérations, il avait pour cela des facilités qui n'eussent pourtant pas été suffisantes si, fort de ses succès passés et de son influence sur l'empereur de Russie, il n'était parvenu à se Taire une position telle que les ministres étrangers n'osaient lui demander ^ricusement compte de ses procédés les plus étranges, Jes uns parce qu'il les avait depuis longtemps subjugués, les autres par timidité, les autres parce qu'ils reconnais- ^ient l'évidente impossibilité de lui tenir tête avec avantage.

Sar ces entrefaites, les plénipotentiaires français . rernrent de leur gouvernement de nourelles instructions. M. de Caraman et M. de La Ferronnays lai-même, préoccupés dos inconvénients de la position isolée où ils se trouvaient réduits par l'attitude expectanle et réservée qui leur avait été prescrite, avaient signalé, dans leur correspondance avec leur gouvernement, ce que cette position avait de pénible et l'impuissance absolue dont elle les frapperaiten se prolongeant. Leurs représentations avaient ébranlé M. de Richelieu. On leur écrivit, le 6 janvier, que la présence à Laybach des minbtres des princes italiens changeait la situation, que le Congrès devenait par là un congrès italien, qu'il importait que les plénipotentiaires de la France ne s'en laissassent pas séparer, mais y restassent pour soutenir et diriger les ministres italiens et ne pas les livrera l'Autriche, que, pour cela, ils devaient se pré.senter comme autorises à traiter toutes les questions et adhérer à toutes les mesures auxquelles il leur serait impossible de refuser leur assentiment sans se séparer de l'action commune, enfin, que si, tous les moyens de conciliation étant épuisés, l'opinion unanime des Cours italiennes se prononçait pour l'occupation militaire du royaume de Naples, un commissaire français pourrait être adjoint à ceux que nommeraient les autres puissances pour régulariser le mouvement de l'armée autrichienne et allégerautant que possible les maux de la guerre. Ouant aux principes posés dans le protocole préliminaire des trois Cours, le gouvernement français

persislait à y refaser sod adhésion. La dépêche qui con* tenait ces instnictionsdonnait à M. deBIacas la qualitéde principal plénipotentiaire et déclarait qu'en cas de dissentiment entre lui et ses deux collègues, il aurait voix prépondérante.

Dans les mesures que le Congrès se disposait à prendre contre la révolution napolitaine, il n'avait certes à craindre aucune résistance de la part du roi Ferdinand. La seule difficulté dont on eût à se préoccuper, c'était celle de sauver autant que possible sa dignité personnelle en ménageant une transition entre le langage qu'il avait tenu à Naples et le rôle qu'il allait jouer. Une véritable comédie Tut arrangée à cet eiïet. Le Roi fit prier la Conférence de lui donner communication, par Y intermédiaire du duc de Gallo^ des intentions des puissances à l'égard de son royaume. On lui répondit que les gouvernements alliés ne pouvaient avoir aucun rapport avec le ministre d'un gouvernement non reconnu par elles. Il proposa alors de lui substituer le prince Ruïïb, qui fut agréé et invité à se présenter à la prochaine réunion de la Conférence. Il s'y rendit en efTet, et, après avoir remercié au nom de son maître les gouvernements alliés'dejcur sollicitude pour le bonheur de ses peuples, il pria lesjplénipotentiaires des puissances de lui faire connaître toute leur pensée. Trois jours après, le 16 janvier, M. de Metternich lui notifia officiellement les motifs qui avaient déterminé ces puissances à ne pas reconnaître une révolution criminelle et à y mettre un terme, soit, s'il était ix. ' 27 •

418 HISTOIRE DE LA liESTAUBATIOr«.

possible, par la conciliation, soit par la force si cela devenait nécessaire. Le Roi était donc invité par les souverains alliés à s'associer à leurs dëlibérations. Le non* veau régime une fois supprimé et le pays rendu à la paix, les souverains n'auraient plus qu'un vœu à former, celui ff que le Roi. entouré des lumières et soutenu par le zèle » des hommes les plus sages et les plus probes parmi ses

> sujets, parvînt à effacer jusqu'au souvenir d'une époque » désastreuse en établissant, pour l'avenir, dans ses Etals, » un ordre de choses perlant en lui-même les garanties

> de la stabilité, conforme aux véritables intérêts de ses » peuples et propre à rassurer les États voisins sur • leur sécurité et leur tranquillité fulure. » Le 19 janvier, le prince Ruffo annonça à M. de Metternich qu'ayant rendu comple au Roi de cette communication, le Roi l'avait chargé de déclarer que, ne pouvant plus se faire illusion sur la situation pénible où il se trouvait placé par la résolution irrévocable des puissances qui rendait toute discussion inutile, il se soumettait à la nécessité, et que, voulant, s'il se pouvait, épargner à ses sujets le fléau de la guerre, il allait écrire au duc de Calabre, chargé en son absence du gouvernement du royaume, pour lui faire connaître l'état des choses.

Déjà on travaillait, non pas dans des conférences officielles, mais dans des réunions particulières, à la rédaction de la lettre que le Roi devait écrire à son fils. Plusieurs projets furent présentés. L'un d'eux, œuvre de M. de Bernstorff, était conçu en termes durs et mena-

IIISTOIRR DK LA RESTAURATION. 4W

Varié. Dans un autre, prOparé par M. de La Uoi, rappelant le serinent qu'il avait uion, disait qu'il avait voulu y confor- "*^ . mais que les puissances ne le lui per-

jijrce qu'elles "étaient décidées à ne pas iii:nnlien d'institutions que toutes les Cours déclarai'Mit incompalibles avec la tranquilliiô de . cninsule, il eng.igeail son peuple à y faire des changements qui pouvaient seuls, en assurant d'ailleurs au P^vg une sage liberté, détourner les malheurs de la K'ïorre. L'empereur \lexandre inclinait visiblement à ■ adoption de ce projet, il en avait même fait exprimer '® VûBu au minisire autrichien; muis M. de Metternich se Wla d'en préparer un troisième avec le prince UulTo, et il 'ôpondit à l'Empereur que le Roi se réservait de rédiger ''>î-même la lettre qui devait recevoir sa signature.

Dans ce dernier projet, auquel on s'arrêta définitive- ""^eul, le Roi ne parlait pas de son serment, t J'ai trouvé, » ^*s«|t-i|, c les souverains fortement prononcés contre un

* ordre de choses qu'ils croient ne pouvoir s'accorder

* ^vec la tranquillité de l'Italie; ils sont môme décidés ^ le détruire par les armes si la force de la persuasion t)'en amène la cessation immédiate. Si Ton y renonce VoIoDtairement, les arrangements à prendre seront ï^glcs par mon intervention ; mais, dans ce cas même, les Cours exigent des garanties nécessaires à la sûreté

* des États voisins. Les alliés m'ont fait connaître, sans ' toutefois gêner la liberté de mon action, le point de

> vue général sous lequel ils envisagent le syslëme qai » doit succéder à Tordre de choses aclael : ils désirent

• qu'entouré des hommes les plus probes et les plus

> sages de mon royaume, je concilie les intérêts perma- » nents de mon peuple avec le maintien de la sûreté gé-

• nérale. • Â cette lettre, que le 'duc de Galabre était autorisé à rendre publique, était jointe une antre lettre contidentielle par laquelle le Roi lui expliquait que ce qu'il fallait entendre par les garanties que demandaient les puissances, c'était la présence temporaire dans le royaume de Naples d'un corps de troupes autrichiennes qui serait, d'ailleurs, placé sous son commandement. Les plénipotentiaires français s'étaient vainement efforcés de faire rejeter l'idée de cette occupation. En réalité, elle élait inévitable dans le système qu'on avait adopté, et le Roi et son ministre, en proie à des frayeurs dont l'expression naïve faisait l'amusement du Congrès, en soutenaient la nécessité absolue, bien diacides, si elle n'avait pas lieu, à ne pas retourner à Naples.

Lorsque le projet de la lettre royale fut communiqué au Congrès dans la conférence du 24 janvier, les pléoi- . potentiaires des Cours alliées, rendant, dirent-ils, pleine justice à la franchise et à la }wbU confiance qu'elle respirait, promirent d'adresser aux représentants de leurs souverains auprès du cabinet de Naples des instructions conçues dans le môme sens.

Six conférences avaient été employées à régler les formes mensongères de cette procédure diplomatique. J'en

HISTOIRE DE LA RESTAURATION. 4îi

ai exposé les points essentiels. Il serait trop long d'en raconter tous les incidents; je crois pourtant devoir m^arréter à quelques détails caractéristiques. Les ministres russes, pour forcer les ministres britanniques à se retirer des conférences, auraient voulu les rendre aussi solenuelles que possible ; mais les plénipotentiaires français se joignirent à M. Gordon pour s'y opposer, et il fut décidé que le résultat des délibérations serait consigné dans de simples journaux ou protocoles sans signatures. Les ministres français ayant annoncé qu'ils avaient reçu des pouvoirs qui les autorisaient à prendre part à tous les travaux du Congrès, • pour moi, t dit M. Gordon, • je » ne viens que pour répondre à l'invitation que j'ai re-

• çue et m'assurer si Ton prend quelque résolution contre

• bquelle je doive protester. Je me retirerai du moment > qu'on paraîtra le désirer, t Personne ne releva cette di^racieuse notification.

Ce n'est pas sans de vifs débats qu'on s'était mis d'accord sur le mode des communications du Congrès avec le roi de Naples. L'empereur de Russie avait fait préparer un projet de lettres à échanger entre le prince RuOb et les représentanLs des Cours alliées, dans lesquelles auraient trouvé place ces déclarations solennelles de principes si chères à l'autocrate ; mais ce projet avait soulevé des objections de la part de toutes les puissances, et M. Gordon ayant menacé, s'il était adopté, de se retirer, on s'était arrêté à l'expédient que j'ai fait connaître el qui avait l'avantage de jeter un voile, bien transpa-

4tt III^^TOIhE Dr. LA ■ESTAriàTléSi.

rrot, il est rni, «or les contnliciioiia de h Biiinble politique du dji FcrdiDdnd.CêUieotlesplèmpoleitiaiRi fnoraisqai l'avaieDi sng^rè.

Od doit compreodre avec quelle rèpugaance ibaccep* trient un rôle dans celte comédie absolutiste, organiièe, dirigée par TAutriche et jouée à soo profit. Les amendements de délai! qu'ils [«arreDaient de timps en temps I y faire apporter ne ponraient élre ponr eni qii*une bien bible coDsolatioD. Ceit^; répugnance, ils la manifestaient en tonte occasion. Ainsi, lorsqu'il arait été question d'admettre le prince RulTo dans le Coffgr&s comme représentant du roi de Naples, ils avaient t- \prime lenr surprise de voir choisir, pour de telles fonctions, alors qn'on pp> lait encore de conciliation, un homme que ce prince avait eiclu de son service par un acte formel, un homme qui disait partout et à tout venant qu'aucnne conciliation n'était po^^iblc, et que Naples devait être occupé militairement pendant dix ans au moins. Ils avaient aussi signalé ce que la conduite du roi Ferdinand, démentant si précipitamment ses promesses les plus solennelles, devait jeter de déconsidération sur lui et sur la royantâ. Maié leurs représenlations n'ayant pas été écoutées, ils s'étaient trouvrs dans railernalive d'adhérer aux résolur lions des trois Cours absolutistes ou de s'abstenir. Us cédèrent à la crainte d'isoler la France, de lui aliéner rerai»en»ur Alexandre, cl aussi à l'espoir d'exer^ cer une action modératrice dans ce qui se préparait. Ils eurent soin, d'ailleurs, de déclarer, dans une note fer--»

HISTOIRE DE I.V HESTAURATÏON. «3

baltf, qu'en le faisant ils agissaient sans ordre de leur gouvernement et engageaient leur responsabililc personnelle. On jugea, à Paris, qu'ils avaient dépassé leurs instructions, les moyens de conciliation n'ayant pas été épuisés ni môme essayés, mais on ne crut pas devoir les désavouer. Quant aux plénipotentiaires anglais, ils réfutèrent leur adhésion, et lord Stewarl fit inst'Ter au protocole le Mémoire qu'il avait remis au Congrès de Troppau pour déclarer que sa Cour ne prendrait aucune part i une action quelconque a l'égard de Naples. Le langage qu'ils tenaient en dehors des conférences expliquait la perlée réelle de cette opposition.* Nous n'en reconnaissons » pas moins, > disait M. Gordon, « que la guerre est juste, 9 légitime, nécessaire, mais de la part de l'Autriche seu- » Icment. Qu'elle la fasse donc promploment et sans se • p;éterà des transactions impossibles dans une pareille » question. »

Jusqu'au 26 janvier, les ministres des Ktats italiens avaient été tenus à l'écart des délibérations, malgré les instances réitérées de la France. Ce jour-là, ils furent admis dans la Conférence, on leur donna lecture des m protocoles dont je viens do parler, et M. de Metternich les invita à déclarer si la marche adoptée par les grandes puissances leur paraissait répondre aux intérêts et à la sûreté de la Péninsule. Les ministres de Sardaigne, de Toscane et de Modène répondirent affirmativement et remercièrent au nom de leurs Cours le gouvernement autrichien de l'attitude militaire qu'il

avait prise. Le seul cardinal Spina fit entendre qu'il ne se croyait pas autorisé à y donner son adhésion, et que le Saint-Père, toujours disposé à s*assocter aux mesures de conciliation, devait se renfermer dans une stricte neutralité. Pressé par MM. de Mettemich et da BernstorfT, par MM, de Nesselrode et Gapodistrias, et, ce qui est plus étrange, par lord Stewart, d'adhérer par écrit à la politique du Congrès, il persista longtemps à s'y refuser, tout en laissant entrevoir que son opinion était favorable à cette politique. M. de Blacas, pour appuyer sa résistance, allégua les ménagements que la prudence imposait au Saint-Père, dont la résidence était si voisine des États napolitains. Le cardinal Spina consentit enfln à remettre à la conférence une opinion écrite dans laquelle il renouvelait la déclaration de la neutralité du Saint-Siège, en ajoutant seulement que le Pape était très-touchô de l'intérêt que les puissances alliées prenaient à la tranquillité de l'Italie.

Les plénipotentiaires d'Autriche, de Prusse et de Russie mirent, le 2 février, sous les. yeux de la Conférence un projet d'instructions communes destinées à leurs envoyés à Naples. On leur recommandait d'appuyer la démarche du Roi auprès de son flis et de faire savoir aux Napolitains que le désaveu et l'abandon de la constitution révolutionnaire pouvaient seuls prévenir la guerre. M. de Mettemich disait, de plus, dans une lettre confidentielle adressée au chargé d'aiïaires d'Autriche, que . les envoyés n'avaient pas une négociation à suivre, mais

bien une commission à exécoter, une commanicalion à faire. M. de Nesselrode ,. par ane dépêche supplémentaire, autorisa le comte de Stackelberg, ministre de Riueie, i déclarer qne, si cela devenait nécessaire, Tempereor Alexandre prendrait part à la guerre avec toutes aes forces. Une lettre que les plénipotentiaires de France éeriyirentà M. de Fontenay et dont ils donnèrent lecture à h Conférence, J'invitait à seconder une démarche à laquelle, disaient-ils, ils avaient cru devoir adhérer par esprit de conciliation, et à veiller à la sûreté de la famille royale. M. de Blacas ayant appelé sur ce dernier point l'attention du Congrès, on arrêta que les légations des peissances alliées à Naples se concerteraient, pour y pourvoir, avec les commandants des forces navales de France et d'Angleterre. Lord Stewart ayant fait l'observation qu'on semblait considérer les deux escadres comme placées dans une situation identique et que, cependant, d'après la position qu'avait prise la France, on devaitsupposer que la France participerait aux hostilités, M. de La Ferrainays repoussa vivement cette supposition, expliquant qae l'escadre française ne prêterait qu'un appui moral à riatervention. M. de Metternich qui, pour plus d'un motir, nedisirait pas voir le gouvernement français s'y engager bien avant, donna son approbation à ce que venait de dire M. de La Ferronnays, et M. de Blacas, déclarant positifementque, si la guerre éclatait, la France n'y prendrait aneooe part, fit insérer cette déclaration au protocole. Avant de lever la séance, M. de Metternich annonça que

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pariùqurmt'ril lt; [«aw. M Ji^ La Ft-rr.-D'â^ï e^-^ya vai-

DemeDt d obU-'nir que U* pr^^-ut.* ilu F:- fil d.J^ré ju^

qu'aa rflouriln courrier iju'oi: a.lail env^ôer à Njples;

il ûi remarquer que. >i les N qj^liuiLs se sjameluieQl

Tolofiiaireuifnt, lio.Ono huiniLes pûu:rairni saiBre à

rcccapiiiiori, re qui liiminucrait les L'tiar;:es accablantes

qvi aiiaii'iil |H'>er sur le ruvaume ; mais M. de McUernich

rep'^fjdil que i'intérèl de la .sùrelé de l'armée oc per-

meinit ]i''i.s d en restmnilre la furce à moiri& de

oiMNJU liomines.

Une ciinfi'rerice particulière avant êlr indiquée pour arrêter les me-^ures d'exécution, il ne fallut rien moins que les éner<^Mi|ues réclatnalions de M. de Biacaspoury faire adnn'tlre les plénipotentiaires français, et les Anglais n") furent pas appelés. On y prépara des résolutions qui fun'nt ensuite diMiulécs dans une conférence ollicielle. Les pir'iii|>ot«>[tliaires franeiis avaient souvent représenté qu'en en;^M<:*>aiit les N:i|)oliliiins à se soumettre sans combattre, on ne leur disait rien qui pût les y disposer, le n'sullal devant élre pour eux absolument le même après une Sduuiissiiin volniiiaire et après une défaite. Celle objection était si'rieuse. haïr y satisfaire. M. de Melternicb Yuuiut bien concéder que, s'il n y avait pas de résis*

HISTOIRR DE LA nESTAURATIOX* «7

tance, on n'imposerait au pays ni contribution, ni indemnité de guerre, tandis que, dans le cas contraire^ il aurait k payer une indemnité dont la somme serait réglée de eoDcert arec les alliés. Dans Tun comme dans l'autre cas, l'entretien et la solde de Tarmée depuis le passnge du PO devaient être à la charge du royaume de Naples. M. de La Ferronnays aurait voulu que la solde restât à la i^harge de l'Autriche, pour ne pas enlever au Roi les ressources absolument nécessaires à son gouvernement. L'Autriche n'eut garde d*y consentir; mais, pour tirer ce monarque des diOicultës pécuniaires auxquelles il allait être exposé, les deux empereurs oiTrirent de lui Taciliier, par leur garantie, la conclusion d'un emprunt de 90 miU lions si les autres puissances voulaient prendre part à cette garantie. La France et l'Angleterre s'y étant re^ fusées^ la proposition n'eut pas de suite*

Il avait été résolu qu'un nouveau congrès aurait lien dans le cours de l'année suivante pour juger de la néccs» site de maintenir ou de prolonger le terme fixé à rôccu-^ patioD, que l'armée autrichienne agirait au nom des puissances coalisées et prendrait le titre d'armée alliée^ que la portion de cette armée qui resterait à Naples serait placée sous les ordres du Roi, et que ce prince serait in-* vite à partir de Laybach dès que les forces autrichienne! seraient entrées sur le territoire napolitain, pour oiTrir à son peuple l'appui de sa protection. Le général Poezo et le baron de Vincent, envoyés de Russie et d'Autriche k Hm, et M. deOlacas furent désignés pour raccompagner

en qualité d'ambassadeurs des Cours de SainUPétersbourg, de Vienne et de Paris, et M. de Blacas leur fit adjoindre les ministres des princes italiens. Il insista aussi pour qu'ils fussent consultés sur les nouvelles institutions à donner au royaume de Naples. On décida que l'initiative en serait laissée au Roi, que les Cours d'Italie auraient voix consultative et les grandes Cours un simple droit de surveillance. Dans l'état des choses» c'était presque dire que l'Autriche serait la maîtresse absolue.

Tout étant ainsi réglé, le roi de Naples appela auprès de lui son ministre constitutionnel, le duc de Gallo qui^ depuis vingt jours, était retenu à Goritz.,Lfe duc arriva à Laybach le 30 janvier. Le Roi, qui n'était pas encore complètement rassuré, lui fit un trés-bon accueil et, affectant de maintenir son altitude de médiateur entre le Congrès et le peuple napolitain, lui dit qu'il n'avait pu, malgré tous ses efforts, obtenir des puissances qu'elles renonçassent à leur résolution de renverser l'œuvre de la Révolution, qu'il lui avait été égalen^ent impossible de le faire admettre à la Conférence^ mais qu'il avait obtenu qu'on l'y introduirait pour lui lire les instructions envoyées aux légations résidant à Naples et le convaincre de l'accord des puissances. En sortant de chez le Roi le duc de (lallo se rendit chez M. de Metternich qui lui apprit que la Conférence le recevrait ce jour-là môme.

Elle se réunit longtemps avant l'heure fixée pour son admission, afin de se concerter sur le langage qu'on lui tiendrait. La séance fut trës-agilée. Chacun craignait

HISTOIHE DE LA HtSTALliATiON. iîO

d'ôtre interpellé par Te ministre napolitain et forcé d'improviser nne réponse, et, en face da représentant d'un petit État, les ministres des plus grandes puissances de l'Europe se sentaient inquiets, parce qu'ils ne pouvaient 86 dissimuler que les^ principes sur lesquels reposait leur politique n'étaient rien moins qu'incontestables. Après deo\ heures passées dans cetle pénible anxieux, on donna l'ordre d'introduire le duc de (lallo, mais le prince RuITo s'ètiit d'abord retiré. S'il faut eii croire un bruit qui circula à cette époque, le minisire confidenliel du roi de Naples ne s'éloigna pourtant pas du salon où se tenait la Conférence, et, caché dans une chambre conliguë derrière la porte qui l'en séparait, évitant soigneusement de trahir sa présence par le moindre bruit, il prélait l'oreille avec inquiétude, presque avec effroi, aux explications qui allaient être échangées entre le Congrès et le minislrc constitutionnel de son souverain.

L'attitude du duc de Gallo eut bientôt rassuré ceux qui avaient craint, de sa part, quelque protestation énergique et embarrassante. Lorsqu'il eut pris place, M. de Metternich lui notifia, par un discours écrit, la délermination des puissances de détruire Tordre de choses établi i Naples et qu'elles jugaient incompatible avec le repos et l'existence des États voisins. Le secrétaire du Congrès, M. de Gentz, lui donna ensuite lecture des protocoles et des autres pièces émanées du Congrès. Puis, M. de Metternich, reprenant la parole, engagea le duc de (iallo à conseiller à ses compatriotes d'éviter la guerre, par une

prompte et complète soumissioD. Sa réponse dépassa tout ce qa'avaienl pu espérer les esprits les plus confiants: c J'ai écouté avec attention, > dit-il, c la lecture des

> pièces qu'on vient de me communiquer. Je comprends t les intentions des puissances, et je les remercie de leurs

> dispositions bienveillantes. J'écrirai dans le sens qu'on • peut désirer^ et j'espère réussir auprès des gens rait sonnables ; je crains seulement que mes conseils n'aient f qu'une faible influence sur une jeunesse lexaltée. > Ces paroles prononcées, il se retira, laissant les membres de la Conférence d'autant plus satisfaits qu'ils avaient été plus inquiets : i Vous voyez quel homme c*est, t s'écria M. de Metternich, c eh bien t voili comme ils sont tous? * Le duc de Gallo avait sans doute fait preuve de peu de présence d'esprit et de fermeté, mais il est juste de reconnaître qu'introduit seul, presque à l'improviste, sans connaissance préalable des incidents de la négociation^ au milieu d'un cercle d'hommes d'Etat représentant l'Europe et parmi lesquels il ne comptait pas un seul ami de son gouvernement, il lui aurait fallu, pour faire bonne contenance, non-seulement une rare énergie de caractère, mais une confiance dans les ressources et la force de son pays qu'il ne pouvait pas avoir, et, dans les principes de la Révolution, une foi qui, peut-être, lui faisait défaut.

Il passa la soirée avec les membres du Congrès chez le prince de Metternich. M. de Blacas y eut avec lui un entretien dans lequel il lui donna connaissance de ce que la 'France avait tenl»; dans un esprit de conciliation et lui

HISTOIRE DE LA RESTAURATION. Wl

parla de la nécessité d'ane soumission entière, i Je sais, » répondit-il, c qa*il existe une immense dilTérence entre * le langage de la France et celui des autres puissances, • puis il répéta ce qu'il avait dit dans la Conférence, de son espoir de faire entendre raison aux gens sensés et de sa crainte d'ôlre moins heureux auprès d'une jeunesse exaltée. Il exprimait pourtant à ceux qui le questionnaient l'opinion qu'il n'y aurait pas de résistance sérieuse, que l'armée se rangerait sous les ordres du Roi, que les provinces étaient indilTérentes a la Constitution et que tout au plus avait-on à redouter une émotion passagère dans la ville. Le comte Capodistrias, à qui il demandait ce qu'il pensait de la position du royaume de Naples, lut dit qu'elle pourrait encore devenir heureuse et que, si l'on prenait le parti de la soumission, on n'aurait ni le gouvernement actuel, ni celui qui l'avait précédé. Le duc de Gallo ne put obtenir la faveur de présenlerses hommages aux deux empereurs. Lorsqu'avant de quitter Laybach il prit congé du roi Ferdinand, ce prince, insistant sur la nécessité d'une prompte soumission, lui recommanda de faire tous ses eiïorlspour y amenerle Parlement, seul moyen d'éviter les calamités de la guerre.

Lord Stewart avait exigé qu'on communiquât au duc de Gallo le Mémoire du cabinet de Londres qui refusait toute participation à l'action du Congrus. Il avait fallu céder à cette exigence, mais les plénipotentiaires des trois Cours absolutistes en avaient été fort blessés, et le général Pozzo avait dit à lord Stewart : c Si l'on vous tolère au

432 ' HISTUIHE Db LA IIESTAIHATION. .

> Congrès, au moins n'abusez pas de cette condescen-

> dance pour mettre des entraves à tout ce que nous fii-

• sons. • Ce mécontentement s'accrut lorsque, quelques jours après, lord Slewart fit part aux représentante des puissances de la circulaire de lordCastlereagh qui protestait contre celle des trois Cours, et dont j'ai déjà parlé.

M. de Mellernich fit insérer dans Y Observateur autrh c/iien^ organe connu du cabinet de Vienne, une sorte de manifeste qui peignait des couleurs les plus défavorables les événements de la révolution napolitaine, exposait ce qui s'était passé à Troppau et à Laybach, et annonçait le départ de Tarmëe destinée à assurer l'accomplissemeot des résolutions du Congrès, comme aussi la résolution prise par l'empereur Alexandre de joindre ses forces i celles de l'Autriche dans le cas oâ, contre toute attente, la résistance d'une faction implacable viendrait à se prolonger. Dans cette pièce, habilement rédigée, on remarquait le passage suivant : c Si, à Troppau, des considén-

> tions particulières d'un grand poids ont engagé legon* » vernement britannique à ne pas partager les résolutions » prises par les autres Cours et le cabinet des Tuileries i » n'y accéder qu'avec des restrictions, l'Empereur a eu 9 la satisfaction de se trouver entièrement d'accord avec

# les souverains de Russie et de Prusse et de se convaincre

• en môme temps que les différences de politique et de » marche entre les puissances de l'Europe n'en araénc-

' • raient aucune dans les bases de leur alliance vi dan^

* I uniformité générale deleurs principesetde leurs vues.»

Ce manifeste parlait conveDablement du roi Ferdinand; il le montrait arrivant à Laybach sans parti pris contre les engagements que la violence lui avait arrachés, mais forcé bientôt de reconnaître qu'il serait illusoire de vouloir fonder des propositions quelconques sur des baies irrévocablement rejetëes par les souverains alliés.

Ce n'était pas seulement à l'Ilalie et à l'Europe que s'adressait cette déclaration destinée à justifier la politique du cabinet de Vienne. En Autriche même, M. de Metternich avait beaucoup à faire pour convaincre l'opinion de la bonté du système qu'il avait adopté. Dans la haute aristocratie de Vienne, l'opposition était presque générale contre la j2[uerre. Là, sans doute, l'idée exagérée qu'on se faisait de l'incertitude de ses chances avait plus de part à une telle opposition que la tendance aux idées de liberté constitutionnelle; mais, dans d'autres classes de la société, ces idées commençaient à pénétrer, et, au dire de M. de Metternich, les bureaux du ministère n'étaient pas à l'abri de cette contagion, elle s'étendait même, dans une proportion beaucoup plus forte, aux ofliciers de l'armée. Ces assertions n'étaient pas sans quelque fondement ; mais, pour les apprécier à leur juste valeur, il faut ne pas perdre de vue que M. de Metternich avait pris l'habitude de qualifier do révolutionnaire tout ce qui n'était pas à l'exacte mesure de son absolutisme, et qu'il entrait dans sa tactique d'exagérer le péril pour entraîner par la terreur les autres gouvernements, et surtout l'empereur Alexandre, dans la voie où il voulait le conduire. IX. '28

* En réalité, le mÎDÎstre antrichien désirait la gaerre, parce que tonte transaction, toat accommodement à l'amiable aarait contrarié ses projets, parce qu'elle deTait avoir pour effet de le dispenser de tout ménagement et qu'il ne pensait pas, d'ailleurs, qu'elle pût être longue ni difficile. Les nouvelles que Ton recevait du royaume de Naples étaient de nature à lui faire concevoir les plus flatteuses espérances. Le désordre y était extrême. La Sicile, à peine soumise, s'agitait de nouveau, et Ton pouvait y craindre un autre soulèvement. A Naples même, les rassemblements séditieux se multipliaient. L'assassinat d'un royaliste, arraché la nuit de sa maison et massacré presque sous les yeux de sa famille par des carboncari déguisés en agents de police, avait répandu Teffroi dans la population ; on parlait d'autres victimes désignées au poignard. Ceux qui se croyaient les plus menacés cherchaient un asile à bord de l'esctdre française ou fuyaient à l'étranger. Le mécontentement régnait dans Tannée ; une foule d'ofliciers donnaient leur démission que le prince régent refusait d'accepter. Le parti des constitutionnels modérés, tremblant devant les carbonari^ était disposé à se rapprocher du Roi, mais ils le connaissaient trop pour espérer beaucoup de son incurable faiblesse. Le Roi lui-même s'effrayait à l'idée de retourner dans ses Élats, dans des lieux qui, en lui rappelant les dangers qu'il croyait avoir courus, éveillaient en lui de nouvelles terreurs ; il pensait parfois à abdiquer pour passer en Autriche le reste de ses jours, mais M. de Metternich se

gardait bien d'encoarager ces velléités, parce qu'il ne croyait pas pouvoir compter sur les sentiments et la docilité du duc de Calabre.

Quelle que fût la confusion qui régnait à Naples, les ministres étrangers qui y résidaient croyaient généralementque les révolutionnaires, engagés comme ils Tétaient, opposeraient à l'armée d'invasion une résistance impuissante, sans doute, en résultat définitif, mais qui ne serait pas trop disproportionnée à Téncrgie de leurs protestations; le seul chargé d'affaires de France, M. de Fontenay, exprima constamment la conviction qu'au dernier moment tout s'affaisserait.

Les troupes autrichiennes passèrent le Pé le 5 février et entrèrent dans les États de l'Ëglise où leur bonne conduite et leur rigoureuse discipline eurent bientôt calmé la frayeur qui les avait devancées. L'assassinat de quelques soldats isolés et celui de quelques partisans de l'Autriche furent les seuls incidents qui marquèrent celte première phase de l'expédition.

En attendant la réponse des autorités napolitaines à la notification de la volonté des puissances et du roi Ferdinand, le Congrès s'occupait d une question bien grave, celle du régime qui devait remplacer à Naples le gouvernement révolutionnaire. Personne n'admettait, en effet, ou du moins n'osait dire qu'on pût revenir purement et simplement à rùtatde choses antérieur à la Kévolulion, mais on était loin de s'accorder sur ce qu'il convenait d'y substituer. A Troppau, les plénipotentiaires de France

et de Russie avaient d'abord, comme nous l'avons va, parle de liberté, d'institutions constitutionnelles. Depuis, M. de Metternich avait habilement amené, d'abord la Russie, puis la France, à faire disparaître de leur phraséologie ces expressions si mal sonnantes à ses oreilles. Cependant, en arrivant à Laybach, il avait lui-même mis en avant le projet de créer, à défaut d'une chambre élue, un grand conseil de soixante-dix membres, chargé de discuter les impôts, de fixer la liste civile, d'arrêter et de publier les comptes et les budgets. On avait pu bientôt remarquer qu'en revenant sur les détails de ce projet il n'y faisait plus entrer ce qui avait trait à la liste civile et à la publicité des comptes. Un tel plan était certes bien modeste, il ne contenait rien qui pût effaroucher les amis tant soit peu sensés de la monarchie; mais cette seule apparence de contrôle déplaisait au roi* Ferdinand , et M. de Metternich, voyant sa répugnance, avait invité le prince RufTo à prendre l'initiative de la nouvelle loi fondamentale. Celui-ci ayant présenté successivement plusieurs projets que les puissances écartèrent l'un après l'autre comme n'étant autre chose que la restauration de l'ancien absolutisme, il fallut que M. de Metternich mit la main à l'œuvre pour en préparer un qui répondit mieux aux vues des alliés.

La délibération s'engagea dans des conférences particulières entre les ministres d'Autriche, de Prusse et de Russie, le prince Ruffo et M. de Blacas, qui y fut admis; sur sa demande. Le projet de M. de Metternich, repoussé

p^r le prince RufTo au nom du Roi son maître, fut Mppayé par le ministre de Russie. M* de RIacas, voulant au moins sauver Tindépendance de la couronne napolitaine et la soustraire autant que possible à TinHuence absolue de FÀu triche^ oiïrit son appui au roi Ferdinand pour le cas où Pon voudrait contraindre sa volonli^. Il dît H-^û'on devait*lui laisser toute liberté de décision, et qu'il Br^kDvenait que ce prince ne prît pas sa détermination à Blaybdch, sur une terre étrangère, où il n'aurait d'antres conseillers que le prince RuITo, maïs à Napics, après sétre

IOEtourê des hommes les plus éclairés de son royaume- I Mais, > répondit M, de Melternich, t si, de retour à 1 Naples, le Roi adoptait votre charte ?» — *Dans ce cas, • répliqua M. de Blacas, c nous soutiendrions les Toloniés > de Sa Majesté Sicilienne. • M. deMetlernich, M. de Nesselrodeet le général Pozzo persistaient à vouloir qu'on liât le Roi avant son départ; mais, sur ce point, le comte Capodistnas ne partageait pas Taris des autres ministres russes. Il lui arriva de prononcer encore le mot de Constituiion. M. de Melternich s'èlant écrié que ce mot ne devait pas être prononcé dans le Congrès et que jamais TAu triche ne souttri- B rait qu'une constitution fût tHablie â Naples : f — Et si H i c'était le Roi qui la donnât? » demanda le minisire russe. Ht — Alors, I reprit M. de Melternich, t nous ferions la y V guerre au lioi pour la lui faire abandonner, parce i qu'elle aurait toujours pour nous les mêmes dangers^ e n*esl pas seulement la résolution de TAu triche.

> elle est commune à toas les princes d'Italie qui se croit raient également menacés. »

Cependant, le ministre autrichien, dans un entretien qu il eut avec M. de Blacas, se présenta à lui comme n'étant nullement Tennemi d'une sage liberté, comme comprenant la nécessité de sages réformes, et se plaignit de ne pouvoir Taire comprendre au prince RufTo Tayantage d'instituer à Naplesun corps consultatif sérieux, c S'il ne • veut pas entendre raison, • ajouta-t-il, i nous le ren-

> verrons à Vienne et nous agirons sans lui. >

On finit pourtant par se rapprocher. Le 14 février, le prince Ruffo et M. de Metternich mirent sous les yeux de la Conférence deux projets dont les bases étaient les mêmes : un grand conseil d'État était placé à la tête de toute radministrntion des DeuxSiciles; deux consultes. Tune pour la terre ferme, l'autre pour l'Ile de Sicile, siégeant à Naples et à Palerme et formées des plus riches propriétaires, au nombre de vingt pour la première, de douze pour la seconde, étaient appelées à donner leur avis sur les lois générales d'administration, sur tous les projets à soumettre au conseil d'État, et, plus spécialement, à examiner les budgets des deux parties de la monarchie, qui devaient ôlre distincts aussi bien que les administrations; chaque province devait avoir un conseil composé de membres choisis par le Roi parmi les propriétaires principaux, et à qui il appartiendrait de répartir les impôts et de régler les autres objets d'intérêt local ; on créait aussi des conseils municipaux dans toutes les communes.

HISTOIRE DE LA RESTAURATION. i39

chacune deTant avoir l'administra tien de ses biens. Aces bases communes aux deux projets, celui de M. de Meticrnich ajoutait quelques dispositions un peu plus libérales : il laissait à chaque consulte le choix de son président ; il faisait concourir les conseils provinciaux au choix des membres des consultes, qui devaient rester en fonciions pendant trois ans et ne pouvaient être réélus. La Conférence chargea le prince Rufîo de réunir en une seule rëdactioD ce qu'il y avait de commun dans les deux projets, en laissant au Roi le soin d'arrêter, lorsqu'il serait de retour dans ses États, les mesures purement réglementaires. Les plénipotentiaires français assistèrent silencieusement à cette délibération. Ils avaient déclaré qu'ils n'étaient pas autorisés à émettre d'opinion sur une question semblable.

Lorsque le prince RuITo eut achevé son travail, une conférence ' fut indiquée pour en donner connaissance aux ministres des cours d'Italie et pour savoir s'ils n'y trouveraient rien qui pût porter atteinte à la tranquillité mtérieure de leur pays. Elle eut lieu le 20 février, et le prince RufTo y lut son projet. Le lendemain, dans une autre conférence, les ministres italiens déclarèrent qu'à leur avis les bases proposéi's pour le gouvernement du royaume des Deux-Siciles ne pouvaient que contribuer à affermir la tranquillité de Tltalie, c pourvu, surtout, » dit M. de Saint-Marsan, c que le corps consultatif soit > organisé dans des formes monarchiques. • Le ministre de Modène insista sur la nécessité d'éviter toute apparence de

transaction avec la faction révolutionnaire. Les plénipotentiaires d'Aatriche, de Prusse et de Russie, prenant acte de ces adhésions, exprimèrent les vœux qu'ils formaient pour que le projet de loi fondamentale dont on venait de prendre connaissance exerçât une influence favorable au pays et reçût une heureuse et complète exécution. Les ministres français, tout en répétant qu'ils n'étaient pas autorisés à émettre d'opinion, donnèrent l'assurance que le roi de France apprendrait avec plaisir la résolution prise par Sa Majesté Sicilienne de s'entourer de ses sujets les plus fidèles pour régler les institutions qui devaient assurer le bonheur de ses peupleset la tranquillité de ritalie. Lord Stewart parla dans le même sens.

Un incident singulier termina cette séance. M. de La Ferronnays, s'adressant à M. de Mettemieh, lui demanda si le travail présenté par le prince RufTo devait être considéré seulement comme un projet que le roi de Naples voulait bien communiquer à ses alliés et qu*il pourrait ensuite changer à son gré, ou s'il constituait de sa part un engagement. Cette interpellation inattendue produisit une vive sensation. M. de Metlemich, pris au dépourvu, répondit, après quelques moments de réflexion, au milieu d'un profond silence, que c'était en effet un engagement. • C'est-à-dire, * reprit' M. de La Ferronnays, • que, si le Roi rentré dans ses États voulait faire » des changements à ce projet, il n'en serait pas le toaî- » tre? » — € Certainement, » répliqua M. deMelternich,

HISTOIRE DE LA RESTAURATION. 44i

€ les puissances italieiiDes ne peuvent le vouloir autre-

> ment... elles ne peuvent souiïrir rétablissement d*ins-

> titntions incompatibles avec leur tranquillité. — Je • vous remercie, prince, » dit alors le plénipotentiaire français, c c'est tout ce que je désirais pour mon inslruc- » tion et pour celle de mon gouvernement. •

M. de Metternich fut très-blessé de cette interpellation qui avait déchiré le voile derrière lequel se cachait sa tortueuse politique. En dehors de la Conférence, il se plaignit à M. de Blacas de ce que de semblables questions De lui eussent pas été faites en particulier. M. de Blacas, De se bornant pas à prendre la défense de son collègue, déclara en termes formels que si le roi de Naples, rétabli sur son trône, voulait adopter la charte française, la France le soutiendrait. M. de La Ferronnays disait, pour justifier ce qu*il pouvait y avoir d*un peu insolite dans son interpellation, que les procédés bien connus du minis^ Ire autrichien et le peu de compte qu'il tenait de ses explications confidentielles ne permettaient pas de s'en conteuter, et que, d'ailleurs, il était bon de ne pas laisser passer sans la signaler la doctrine qui attribuait à une puissance le droit d'imposer ses institutions à un autre pays. Cependant, ceux mêmes des membres du Congrès qui ne donnaient pas tort, pour le fond, à M de La Ferronnays, pensaient qu'il y avait, de sa part, quelque imprudence à provoquer, sans une nécessité absolue, entre l'Autriche et la France, une lutte diplomatique dans laquelle la France n'avait aucune chance de l'emporter.

MM. de Blaoas et de Garaman étaient de cet tns. Pendant cette phase des négociations, Tattitode des ministres des cours d'Italie avait été assez pénible. La France s'était attendae à troaver en eux, oa an moins dans celui de Sardaigne, des auxiliaires pour défendre contre M. de Metternich, non pas la cause du libéralisme, mais celle de l'indépendance de la Péninsule. Elle avait été déçue dans cette espérance. Non - seulement M. de Metternich était parvenu à les annuler, à les tenir en dehors de toute action réelle, mais, uniquement préoccupés do la terreur que les menaces du parti révolutionnaire inspiraient à leurs gouvernements, ils avaient donné à toutes les mesures proposées par rAutriche une adhésion empressée où perçait même quelquefois la crainte qu'elles ne fussent pas assez décidément hostiles à toute idée constitutionnelle. Cependant le ministre sarde, H. de Saint-Marsan, qui, sous Napoléon, avait occupé une position éuiinente dans la diplomatie française, s'était d'abord montré disposé à s'entendre avec les plénipotentiaires de France; il avait môme parlé avec un singulier abandon à M. de La Ferronnays, des v.ues secrètes du cabinet de Turin dirigées, alors comme à toutes les époques, vers l'acquisition de la Lombardie; mais reconnaissant ensuite que la France n'avait pas encore repris assez de force pour que de petits Étals pussent, sans danger, se pla* cer sous sa protection exclusive, il s'était tourné vers lai Russie, aussi bien que les autres envoyés italiens. Puis, M. de Metternich avait encore réussi à les faire entrer en

défiance du comte Gapodistrias qu'il leur dépeignait comme un carbonaro^ et à leur faire craindre de se compromettre par les rapports qu'ils auraient avec lui. . H. de Blacas leur ayant donné l'assurance qu*il n'était pas vrai^ comme le cabinet de Vienne le prétendait, que la pensée de la France fût d'importer ses institutions dans la Péninsule, ils étaient revenus aux plénipotentiaires français. Le seal cardinal Spina n'avait pas cessé un instant d'être en rapports intimes avec eux: ses instructions lui prescrivaient de suivre les directions de M. de Blacas qui, comme je l'ai dit, jouissait du plus grand crédit auprès des cours italiennes et surtout du Saint-Siège.

Le bruit s'était répandu que l'Autriche pensait à profiler des circonstances pour reprendre un projet qu'elle avait conçu, disait-on, à la fin des dernières guerres, celui de réunir les États d'Italie en une fédération dans laquelle elle aurait naturellement exercé une influence dictatoriale. Plusieurs indices donnaient lieu de croire, en effet, qu'elle y pensait sérieusement. Les ministres d'Italie, comprenant que, si ce projet venait à se réaliser, leurs souverains ne seraient plus que des vassaux de la cour de Vienne, n'étaient nullement disposés à s'y prêter. Le gouvernement français avait donné à ses plénipotentiaires l'ordre formel de s'y opposer, et comme ceux-ci se sentaient plus à l'aise sur ce terrain pour combattre l'ambition autrichienne, comme ils étaient à peu près sûrs de trouver des alliés parmi les minisires des autres grandes cours, ils ne craignirent pas de manifester hautement

U4 HISTOIBE DE LA RESTAURATIO!!.

jear opposition. Ce fut d'abord aux envoyés italiens qu'ils s'adressèrent. Le cardinal Spina et M. de Saint-Marsao lenr répondirent par l'assurance positive que jamais le Pape ni le roi de Sardaigne ne consentiraient à rien de tel. M. de La Ferronnays alla trouver ensuite l'empereur •Alexandre, lui représenta l'accroissement de puissance qui résulterait pour l'Autriche de l'accomplissement d'uu semblable projet, ce qu'il aurait d'alarmant pour l'Europe, l'irritation qu'il soulèverait en France et l'opposition que le gouvernement français serait obligé d'j faire. L'Empereur, tout en déclarant que, pour son compte, il ne verrait pas d'inconvénients à la formation d une confédération italienne, promit à M. de La Ferronnays de ne jamais y consentir sans l'aveu de la France et lui affirma qu'il n'en avait pas été question à Laybach. On n'a jamais su bien positivement s'il y avait quelque chose de fondé dans les craintes que le gouvernement de la Restauration a témoignées, à plusieurs reprises, de voir l'Autriche organiser à son profit cette confédération, si le cabinet de Vienne en a jamais eu l'idée bien arrêtée, ou si c'était seulement de sa part une de ces velléités destinées à prendre corps ou à s'évanouir suivant les circonstances.

A Naples on avait enfin reçu la nouvelle, attendue avec tant d'anxiété, des décisions du Congrès. Les premières, lettres du Roi à son fils parlaient seulement du bon accueik que lui avaient fait les deux empereurs et de l'admiratiorà qu'avaient excitée ses chiens de chasse; il n'y était pas

HISTOIRE DE LA HESTAUHATIOiN. 445

dit un mot de politiqae. Il avait fallu pourtant les communiquer au Parlement, auquel on n'aurait pu les soustraire sans donner lieu à de dangereux soupçons. Quant au duc de Gallo, tout ce qu-il avait pu écrire d'abord, c'était l'impossibilité où il s'était trouvé pendant vingt jours de dépasser Goritz. Cette circonstance et les mouvements des troupes autrichiennes sui&saient, d'ailleurs, pour révéler les intentions des puissances. Le 7 février arriva enfin le courrier porteur de la lettre par laquelle le Roi annonçait au duc de Galabre qu'il avait trouvé les souverains alliés absolument résolus à ne pas reconnaître l'état de choses créé à Naples par la Révolution et à le combattre au besoin par la force des armes, que, dans cette situation, une prompte soumission était le seul moyen de préserver le royaume du fléau de la guerre, que, si Ion prenait ce parti, les mesures qui en seraient la conséquence ne seraient arrêtées qu'avec son concours, mais que, dans ce cas même, les souverains exigeraient quelques garanties jugées momentanément nécessaires; que, quant au système à substituer à l'état actuel de choses, ces mêmes souverains lui avaient fait connaître le point de vue général sous lequel ils considéraient la question; que, sans vouloir restreindre sa liberté dans le choix de mesures qu'il adopterait pour donner à son gouvernement la stabilité dont il avait besoin, ils y voyaient un objet de la plus haute importance pour la sûreté des Etats voisins, par conséquent pour celle de l'Europe entière, et qu'ils désiraient sincèrement qu'entouré de ses

sujets les plus honnêtes et les pins sages il cdnsaltât les intérêts vrais et permanents de ses peuples^ sans perdre de vue ce qu'exigeait le maintien de la paix générale, oi sorte qu'il résultât de sa sollicitude et de ses efforts un système de gouvernement propre à garantir pour tonjours le repos et la prospérité de son royaume en même temps que la sécurité des autres États de Tltalie. Le Roi disait en finissant: c Mon désir, mon très-cher fils, est

> que vous donniez à la présente lettre toute la pablicilè t qu'elle doit avoir pour que personne ne puisse s'abuser

> sur la situation périlleuse dans laquelle nous nous » trouvons. Si cette lettre produit l'effet que me permet- » tent d'en espérer tant la conscience de mes intentions

> paternelles que ma confiance dans vos lumières et dans

> le bon jugement et la loyauté de mes peuples, il vous i appartiendra de maintenir l'ordre public jusqu'à ce

> que je puisse vous faire connaître d'une manière plus

> explicite ma volonté pour la réorganisation de Tadmi- » nistration. t

Les envoyés d'Autriche, de Prusse et de Russie avaient reçu de Laybach les instructions dont j'ai fait connaître la substance. Us demandèrent une audience au régent qui les recul, le 9, en présence du commandeur Pigna- Iclli , chargé par intérim du déparlement des affaires étrangères, et, après atoir mis sous ses yeux ces instructions, ils lui déclarèrent que l'armée autrichienne avait reçu l'ordre de se mettre en marche, qu'elle s'avançait pour occuper le royaume amicalement ou pour y pcné-

trerpar la force, qn'en cas de (guerre les Russes marcheraient derrière les Autrichiens si ceux-ci étaient repousses, qu'alors même que le Parlement voudrait consulter le vœu de la nation, cela n'arrêterait pas les troupes alliées, et que les puissances se confiaient à la prudence et aux talents du duc de Calabre pour la ramener à Tordre de choses désiré. Le prince répondit que, constamment fidèle aux serments qu*il avait prêtés et décidé i ne point se séparer de la nation, il lui ferait tout con- Datlre sans réserve afin qu'elle pût décider elle-même de ses intérêts, qu'il ne se dissimulait pas les graves conséquences qui pouvaient dériver de Tétat actuel des choses, mais qu il suivrait le sort de la nation; que comme fils, comme père et comme chef de l'État il avait trois devoirs à reipplir, mais que, s*il déviait de la ligne de conduite qu'il était déterminé à suivre, il perdrait, non-seulement tout droite l'estime de la nation, mais même à celle des puissances étrangères. Les trois envoyés lui ayant exprimé leur regret de voir que, dans de telles circonstances, le pouvoir exécutif se montrât passif et nVût pas la force nécessaire pour se mettre à leur niveau, il répliqua qu'alors même qu'il aurait toute la puissance qu'on supposait nécessaire , jamais il ne l'emploierait contre la nation, et qu'il se tiendrait toujours uni à elle, d'autant plus que, depuis sept mois que le changement politique avait eu lieu, les étrangers eux-mêmes ne pouvaient méconnaître qu'elle avait toujours agi avec la plus grande considération et le plus grand respect envers la famille royale.

Dans une autre audience accordée le même jour au chargé d'aiïaires de* France, celui-ci déclara yerbalement au duc de Calabre que les plénipotentiaires français i Laybach avaient adhéré aux instructions envoyées aux minisires des trois cours, dans l'espérance de pouvoir conjurer les périls qui menaçaient le peuple napolitaio, et il ajouta qu'il lui avait été prescrit d'unir ses démarches à celles de ces ministres toutes les fois qu'elles tendraient à aplanir les voies de conciliation et à épargoer au pays les maux qu'entraînerait inévitablement une résistance inutile.

A la suite de ces audiences, il fut décidé, en conseil des ministres, que le Parlement, dont la session avait été close quelques jours auparavant, serait immédiatement convoqué pour recevoir communication des décisions de^ puissances. Dès le 13, il put se réunir, et le régent en fit en personne Touverlure. Dans un langage embarrassé, qui se ressentait des difficultés de la situation, il protesta de son attachement aux principes constitutionnels et de sa détermination de rester uni à la nation ; il recommanda au Parlement l'honneur national, le respect pour le trône et l'ordre public, et l'invita à prendre des mesures sages et énergiques. Le [)résidcnt, dans sa réponse, retraça les causes de la révolution napolitaine, justifia la conduite du gouvernement et de l'assemblée à l'égard des Étals étrangers, et, tout en manifestant des sentiments pacifiques, annonça, au nom du Parlement, la volonté de prendre les résolutions les plus conformes à la dignité et à

rindëpendaDce de la nation, les fias propres à consolider l'édifice de la Gonstitation et la légitimité du trône. On donna ensuite lecture du rapport fait par le duc deGailo sur sa mission^ des dépèches remises au régent par les envoyés étrangers, et le duc de Gallo, qui venait d'arriver, réfuta les arguments exposés dans ces dépêches en termes qui s^accordaicnt peu avec son langage à Laybach ; puis, tous ces documents furent renvoyés à une commission chargée d'en faire le rapport.

Le 15, sur la proposition faite, au nom de cette* commission, par M. Poerio, on vota, séance tenante et sans discussion, deux déclarations qui, suivant le rapporteur, avaient pour but de repousser des prétentions également inconciliables^ avec la dignité^ lliomieur et Vindépendance de la nation napolitaine. La première portait que le Parlement n'avait pas le pouvoir d'adhérer aux propositions qui lui avaient été communiquées de la part des trois souverains^ propositions tendant à la destruction de la Constitution et à ^occupation militaire du royaume; qu'il regardait comme impossible d'attribuer à la libre volonté du Roi tout acte, passé ou futur, contraire à ses serments, quen conséquence il considérait Sa Majesté comme en état de contrainte, que, durant cet état de contrainte, le duc de Galabre gardait la régence et que, conformément à la Constitution, toutes les mesures seraient prises pour sauver l'État. La seconde déclaration, fondée sur la nécessité de rendre de plus en plus manifestes les principes de droit public qui régissaient la na- IX 29

lion napolitaine, disait qu'elle était Talliée naturelle de tontes les nations jouissant du système constitutionnel, qu'elle ne s'immisçait pas dans le gouvernement des autres peuples, qu'elle ne tolérerait jamais qu'on s'immisçât dans le sien, qu'elle était di^)03ée à employer tous les moyens pour faire qu'aucune nation ne s'écartât de ces principes, qu'elle offrait un asile aux étrangers bannis de leur patrie pour cause d'opinions libérales et qu'elle ne ferait jamais la paix avec un ennemi tant qu'il occuperait son territoire.

Ces déclarations votées, le Parlement prit des mesures de police et de guerre. 11 déclara ennemis de la patrie ceux qui chercheraient à diviser lopinion, ceux qui porteraient atteinte au respect dû à l'autorité royale et l^islative, qui mettraient obstacle à l'exécution des lois, à la discipline de l'armée, à l'ordre public; il décréta que les& étrangers seraient admis, en cas de guerre, à servir sou^ lés drapeaux napolitains, et que 43 bataillons de gard^ nationale seraient mis, sous le nom de légionnaires^ à 1^ disposition du gouvernement pour qu'il les employât, aix besoin, contre l'ennemi. Un député proposa de suspendre la Constitution et de remettre au régent une sorte de dictature, mais cette proposition fut écartée.

Déjà, le duc de Calabre avait fait à son père une réponse dans laquelle il disait que la lettre du Roi ne pouvait être émanée de sa libre volonté et que, quant à loi, il était décidé à partager les dangers et la destinée de la nation, à exposer sa propre vie et celle mémo de ss

famille pour défendre les droits, rindëpendance et ThoDoeor du pays.

Il y avait déjà quelqne temps qne le duc de Galabre avait écrit à Louis XVIII pour soUiciler sa médiatjon. Le gouvernement du Roi avait envoyé sa lettre aux plénipotentiaires français à Laybach, en les chargeant de la communiquer à l'empereur Alexandre et de lui faire savoir que le Roi, dans son désir d'éviter une conflagration générale, était disposé- à accepter cette offre ; mais, au point où en étaient les choses, une telle démarche ne pouvait avoir de suite.

Les envoyés d'Autriche, de Prusse et de Russie avaient quitté Naples. Les chargés d'affaires de France et d'An^ glelerre y étaient restés, mais les carbonari les voyaient avec défiance, et la présence des forces navales des deux États dans la baie excitait de telles inquiétudes que le ministre des affaires étrangères crut devoir demander par écrit aux deux agents diplomatiques des explications positives à cet égard. Us répondirent que les escadres, destinées à garantir la sûreté des sujets français et britanniques, se bçrneraient à remplir les devoirs pacifiques qui leur étaient prescrits, t autant, toutefois, > ajouta M. de Fontenay, c que la sécurité et la dignité de la f famille royale ne se trouveraient pas compromises, t

De tous côtés, marchaient vers la frontière les forces destinées à repousser l'invasion. La nécessité de laisser en Sicile une forte garnison réduisant à environ 30,000 hommes le nombre des vieux soldats dont ou

iSi HISTOIRE DE LA HESTAURATION.

ponvait disposer snr le continent, on décida qu'ils seraient X réunis snr la frontière avec 40,000 hommes de noofelle leYée pendant que les autres milices s'organiseraient en réserve. On forma deux armées : l'une, commandée par le général Garascosa, qui avait sons ses ordres les officiers généraux les plas expérimentés, 18,000 hommes de vieilles troupes, y compris la garde royale, et 22,000 nouveaux soldats, fut chargée de défendre la ligne du Garigliano et du Vulturne; le généjral Guillaume Pepe, le seul des généraux qui appartint au parti des carbanaru devait, avec la seconde armée, composée seulement de 10,000 vieux soldats et de 20,000 conscrits, couvrir l'entrée des Abruzzes, que l'on supposait devoir étra les premières envahies par l'ennemi. Carascosa et ses lieutenants, militaires expérimentés, peu disposés à croire à l'efficacité des moyens révolutionnaires et subissant à regret l'ascendant du carbonarisme^ n'étaient pas, à beaucoup près, animés de cette ardeur confiante qui aide à la victoire. Pepe, an contraire, comptant outre mesure sur l'enthousiasme populaire et croyant voir déjà les populations des Abruzzes se lever en masse pour écraser les Autrichiens, ne semblait pas douter du succès. C'étaient là des dispositions presque également dangereuses dans la situation où Ton se trouvait. Cependant, l'armée autrichienne, qui comptait environ 50,000 soldats, continuait à s'avancer lentement à travers l'Italie centrale, dans une direction qui ne permettait pas encore de discerner si ce serait à l'entrée des Abruzzes on

sur le Garigliano qu'elle porterait ses premiers coaps. En attendant le dénouement de cette crise, le congrès de Laybacb continuait ses délibérations. Le comte Gapodistrias avait proposé que ses membres accompagnassent le roi de Naples à Florence où il allait se rendre pour se rapprocher du théâtre des événements, mais M. de Metternicb s'y opposa et cette idée n'eut pas de saite.

L'empereur Alexandre avait plusieurs fois exprimé l'opinion que la France agirait sagement en suivant à l'égard de l'Espagne une politique semblable à celle que l'Autriche suivait à l'égard de Naples, mais le gouvernement français, quelque désir qu'il eût de complaire au monarque russe, était bien résolu à ne pas écouler de tels conseils. Loin d'être reconnaissant de cette modération fMi même d'y ajouter foi, le cabinet de Madrid, en qui l'analogie de sa situation avrc celle du gouvernement napolitain éveillait des inquiétudes bien naturelles^ cédant d'ailleurs à l'impulsion du parti révolutionnaire, se montrait à l'égard de la France soupçonneux, hautain, exigeant, croyait voir, dans les incidents les plus insignifiants, l'indice de quelque projet d'agression, et demandait coup sur coup, tant au cahinet des Tuileries qu'aux autres grandes puissances, des explications qu'il ne trouvait jamais satisfaisantes.

Pendant que les agents officiels de Ferdinand VII essayaient ainsi d'obtenir des garanties contre une intervention hostile, ce prince chargeait secrètement un

étranger, M. Saldanha, envoyé comme ministre de Po^ tugal auprès de l'empereur Alexandre après avoir résidé quelque temps à Madrid, et à qui il avait remis des lettres pour les souverains réunis à Laybach, de réclamer en sa faveur Tappui que l'on accordait au roi de Naples. La France se refusant à devenir Tinstrument d^une telle politique, elle était évidemment impraticable. M. de Hetternich en profita pour discréditer le cabinet français dans l'opinion de l'eitfpereur Alexandre. Il affectait de plaindre la faiblesse du gouvernement du Roi, qui ne lui permettait pas de prendre à son compte une entreprise aussi nécessaire au repos de l'Europe, de le présenter comme n'ayant aucune garantie de stabilité, comme ne pouvant compter sur son armée et comme faisant obstacle, par sa fausse position, à la marche générale de la politique européenne. De pareils discours n'étaient pas sans influence sur l'empereur de Russie. Rien que, plusieurs fois, M. de La Ferronnays l'eût amené à reconnaître la gravité des motifs qui empêchaient le gouvernement de Louis XVIII de faire la guerre à l'Espagne, le Congrès étant sur le point de se séparer, TEmpereur fit présentera la Conférence un projet de protocole destiné à régler le système de conduite à tenir envers TE^pagne et môme envers le Portugal. M. de Blacas déclara que, si Ton prenait une telle résolution, la France y resterait étrangère, et M. de Melternich s'empressa de constater que ce refus ne laissait malheureusement pas la possibilité de donner suite à une proposition si éminemment

salotaire. Dans nn long entretien que M. de La Ferronnays eut ensuite avec l'Empereur, il lui représenta que le seul fait de Texpédition dirigée contre Naples,par Tirritation qu'il causait en Espagne, exposait le trône de Ferdinand YII à de nouvelles insultes, que la moindre apparence d'une intervention étrangère lui créerait des dangers incalculables, que la seule voie de salut ouverte i ce prince, c'était de se résigner pour le moment, de s'en remettre au bénéfice du temps, que la constitution des Gortës avait trop peu de racines dans le pays pour pouvoir se soutenir longtemps, que la nation reviendrait d'elle-même à un régime plus raisonnable, qu'on pourrait alors seconder cc^ mouvement, mais qu'il fallait bien se garder de le prévenir, de le contrarier par une guerre que les révolutionnaires appelaient de tous leurs vœux, de l'un et de fautre côté des Pyrénées, comme un moyen de bouleverser les deux royaumes, t Soit, » répondit l'Empereur; t je crois que Dieu seul peut sauver le » trône d'Espagne. Nous ne ferons rien pour provoquer I les Espagnols, nous vous laissons libres de juger cette

> question et de la résoudre. Si, pourtant ils vous atta- • quent, nous forons ce que vous nous demanderez. Si

> le Roi veut mes armées, elles sont à ses ordres. Après

> avoir ^té condamné à faire la guerre à la France, je V serais heureux d'avoir à combattre avec elle et pour

> elle. >

L'idée d'une intervention dans les affaires intérieures da Portugal, sollicitée par la cour de Rio-Janeiro avant

qu'elle se fût décidée à accepter les comèqneiices de h révolution, ne pouvait manquer d'être écartée tuasi. L'éloignement , la situation particulière du Portugal à l'égard de TÀngleterre, rendaient évidemment impossible une telle intervention, et l'empereur de Russie lui-même le comprit.

La clôture des conférences eut lieu officiellement le 26 février, et on arrêta, dans la dernière, que le nouveau congrès destiné à constater les résultats des mesures décrétées à Tfoppau et à Laybach, s'ouvrirait à Florence, au mois de septembre de l'année suivante.

Dans la soirée du même jour, les plénipotentiaires français reçurent de leur gouvernement une note verbale qu'ils étaient chargés de présenter en conférence ou de lire séparément aux ministres d'Autriche, de la Grande- Bretagne, de Prusse et de Russie si le Congrès était déjà fermé. Elle avait pour but de constater officiellement quelle avait été l'action de la France dans cette assemblée et les principes qu'elle y avait soutenus, et de réfuter ainsi les assertions du manifeste publié par le journal officiel du gouvernement autrichien, qui, comme nous l'avons vu, prétendait que la France avait adhéré, bien qu'avec des restrictions , aux résolutions de Troppan. c Les délibérations de Troppau, > y était-il dit, c ont > eu deux objets: i'* d'établir un système de principes

• généraux pour fixer le droit d'intervention réciproque » dans les affaires intérieures des États ; 2"" de faire l'ap-

• plication de ces principes au royaume de Naples. La

> FraDce^de même que T Angleterre, est restée étran-

> gère aux discussions qui ont eu lieu sur le premier » point, elle n'a directement ni indirectement adhéré » aux systèmes proposés et déclare, en tant que besoin » est, qu'elle ne prévoit aucune hypothèse où il lui fût » possible d'admettre le système en question comme

> base de sa conduite. Quant au deuxième point, le gou- » vemement français n'a pu faire dériver sa conduite

> d'un principe qu'il n'admettait pas, mais, pénétré des » avantages qu'offre l'emploi des mesures pacifiques et

> amicales, il se fait un devoir de coopérera toutes celles

> qui ont ce caractère ; si le fléau des hostilités venait à

> afQiger les Deux-Siciles, il chercherait dans la neutra-

> lité, que ses principes lui feraient un devoir d'observer, » les moyens d'en adoucir les rigueurs et d'en abréger

> la durée. »

En recevant cette espèce de protestation , M. de Hettemich^ fidèle aux habitudes de son double jeu, affecta de reconnaître, avec les plénipotentiaires du gouvernement français, qu'elle lui était impérieusement commandée par sa situatioa et par la nature de ses institutions, mais il se plaignit amèrement à l'empereur Alexandre de l'opposition que la France ne cessait de faire à la marche du Congrès. On assure qu'il lui proposa de conclure, avec la Prusse, une triple alliance contre le système des fiOnstitutions. Enhardi, dit-on, par les succès de son artificieuse politique, il commençait à laisser entendre qu'il serait désirable et même possible de modi-

fier les institutions doDoëes par Louis XVIII à son peuple. M. de La Fcrronnays combattit auprès de l'empereur Alexandre les impressions que le ministre autrichien s'efforçait de lui faire partager. L'Empereur répondit à M. de La Ferronnays que l'Angleterre, on se séparant du Congrès, avait fait à Talliance tout le mal qu'on pouvait lui faire, et que, s'il s'affligeait de la déclaration du gouvernement français, c'était uniquement parce qu'il y voyait une concession faite à l'ennemi. Il se plaignit du caractère contradictoire des communications du cabinet des Tuileries qui, alternativement énergiques et faibles, s'annulaient les unes les autres. Puis il expliqua à l'envoyé français qu'au fond du cœur il n'était pas moins peiné que lui de ce que la question napolitaine n'avait pu se résoudre par les moyens de conciliation qui, il en convint, n'a — vaient pas même été essayés sérieusement, mais que, pour que cela fût possible, il aurait fallu que la décision suprême appartint à la France et à la Russie; que l'Autriche et la Prusseavaienttoujours voulu laguerre, que les Autrichiens étant naturellement appelés dans cette affaire au rôle principal, il n'aurait pu se séparer d'eux qu'en brisant la grande alliance, ce qui eût amené le bouleversement de rilalie, peut-être de TAllemagne, et que, plutôt que de courir de telles chances, il avait cru devoir sacrifier son opinion personnelle. C'était d'ailleurs, ajouta-t-il, un moyen sur, au moins pour quelque temps, d-'en imposer aux factieux et de déjouer les efforts de l'esprit d'anarchie et d'impiété représenté par ces sectes mystérieuses

qui attaquaient les bases de l'ordre social. Peut-être pourrait-on, en profitant de ce moment de répit, faire, dans l'inlérèt bien entendu des peuples et des trônes, quelque capitulation avec l'esprit du siècle.

On Yoit qu'à ce moment la lutte engagée dans l'âme de l'Empereur entre ses anciens sentiments libéraux «t l'esprit de conservalion absolutiste n'était pas encore terminée, qu'il essayait encore de les concilier, mais celte lutte touchait à son terme.

Le cabinet de Berlin jugeait plus sévèrement encore que c^lui de Vienne la note verbale de la France. Une dépêche de ce cabinet la qualifiait une mauvaise copie d'un mauvais original^ c'est-à-dire de la circulaire de lord Gasllereagh, un acte de pusillanimilè que n'exigeait pas, comme en Angleterre, l'altitude des Chambres. Il est à remarquer que cette déclaration, par laquelle le gouvernement français venait de protester, en quelque façon, contre la politique du Congrès, ne fut pas rendue publique, en sorte qu'elle indisposa contre lui les trois puissances absolutistes sans qu'il en recueillît le bénéfice auprès de l'opinion libérale.

Le roi de Naples allait partir pour Florence où il devait attendre les événements. On arrêta, dans une conférence particulière, les instructions des agents diplomatiques chargés de l'accompagner. Celles du ministre autrichien lui prescrivaient de considérer le projet d'une loi fondamentale établissant un régime consultatif comme un engagement contracté avec les puissances et de veiller à ce

qu'on ne s'en écartât pas, ce qui voulait dire« dans h pensée de M. de Metternich, à ce qu'on ne sabstitnât pas à ce régime un gouvernement constitutionnel. Quant i l'ambassadeur de Russie, le général Pozzo, ses instructions ne lui attribuaient qu'un droit de conseil, et elles lui recommandaient de consulter, pour fixer ses opinions, celles du Roi et de la nation. M. de Mettemich essaya sans succès de faire retrancher ce dernier mot. M. de Bernstoriï fit une observation significative : c Nous ariens

> pensé, > dit-il, • que l'Empereur engagerait le Roi i » quelques exemples de sévérité. » — t C'était mal juger » ses intentions, > répondit le comte Capodistrias; < si

> Sa Majesté a un conseil à donner au Roi, c'est d'user » de la plus grande modération. >

Il restait à régler le mode des délibérations qui auraient lieu entre les représentants des grandes cours pendant la durée de leur mission. M. de Blacas expliqua que, si les conférences devaient être considérées comme des conséquences de la guerre, il devrait s'abstenir d'y assister. Le général Pozzo, dont le langage, depuis son arrivée an Congrès, continuait à être empreint d'une exagération fort étrangère à sa politique habituelle, dit qu'à son avis il était inutile que ceux des ministres des cours étrangères qui ne participaient aijx délibérations des représentants des trois puissances intervenantes que pour en entraver la marche y prissent part plus longtemps. M. de Metternich, plus mesuré, prétendit que, dans cette a^ faire, il n'était pas question d'une guerre proprement

HISTOIRE DE LA RESTAURATION. i6i

dite, mais de l'appui à prêter aux sujets du roi de Naples restés fidèles. En définitive, on décida que les envoyés de France et d'Angleterre, sans faire précisément partie de la Conférence, seraient invités à l'aider de leurs conseils, et que leurs noms ne seraient portés au protocole que lorsqu'ils le demanderaient.

Ce ne fut pas sans peine qu'on détermina le roi Ferdinand à partir pour Florence. Il était retenu à Laybach par la terreur qu'il éprouvait à la seule pensée de se rapprocher du théâtre de la Révolution. M. de Metternich et le prince Ruffo, pour vaincre ses hésitations, imaginèrent de faire partir en avant sa femme, la duchesse de Floridia, dout la société était devenue pour lui, par la force de l'habitude, un besoin absolu. Cet expédient réussit. Le 5 mars, le Roi quitta Laybach, accompagné de M. de Blacas, du baron de Vincent et du général Pozzo. Avant son départ, il avait publié une proclamation dans laquelle il protestait contre l'imputation calomnieuse des sectaires qui le présentaient comme captif des souverains alliés; il disait que l'expérience de soixante ans de règne lui ayant appris à connaître l'esprit et les besoins de ses peuples, il espérait, avec l'aide de Dicu^ satisfaire à ces besoins par un acte juste et durable; il déclarait ensuite que l'armée autrichienne devait être considérée par ses fidèles sujets, non comme ennemie, mais comme protectrice de l'ordre et de la paix, et ordonnait à ses troupes de terre et de mer de la recevoir comme telle.

Malgré la clôture officielle du Congrès, les deux Empe-

reurs et les ministres des difTérentes cours restèrent i Laybach, attendant, sans beaucoup d'inquiétude, les résultats de l'expédition du général Frimont. Une nouvelle fort inattendue vint tout à coup les tirer de cette sécurité et jeter l'Europe dans une crise riolente. Le Piémont était Qn insurrection.

La chute de l'empire de Napoléon avait ramené le Piémont, avec tout le reste de l'Italie, à l'ancien régime aboli par la Révolution, mais la domination française avait, là comme ailleurs, laissé des traces profondes. Dans les classes moyennes^ le rétablissement des privilèges faisait vivement regretter l'égalité dont on avait joui pendant quinze ans. Les avocats, les négociants, les gens de lettres, les étudiants appelaient de tous leurs voeux un gouvernement constitutionnel, et le carbonarisme même comptait parmi eux des adeptes. Les idées nouvelles avaient fait aussi de nombreux prosélytes dans la jeune noblesse et dans l'armée où elles 8*appuyaient sur l'esprit de guerre et de conquête entretenu par les souve* nirs si récents encore du gouvernement impérial, sur la haine séculaire des Piëmontais contre rAutriche, enfin, sur les traditions qui, depuis si longtemps, faisaient de la conquête du Milanais le but principal et permanent de Tambition piémontaisc. On peut même dire que sous ce dernier point de vue, mais sous ce point de vue seulement, il existait entre les partisans des innovations et les amis du gouvernement une sympathie secrète dont ceux qui l'éprouvaient ne se rendaient pas un compte

HISTOIRi: DE LA RESTAURATION. 463

bien net, mais qui, à un moment donné, pourait n'èire pas sans influence sur la marche des événements. Le Roi lui-même, fidèle à l'esprit de sa maison, caressait jusqu'à un certain point chez ses sujets la haine de TAutriche, dont la prépondérance lui paraissait menacer l'indépendance de tous les États italiens.

Les agitations politiques de la France et les révolutions d'Espagne et de Naples avaient naturellement donné un élan plus vif à ces dispositions. L'attitude de certains ministres étrangers accrédités auprès du Roi de Sardaigne ne contribua pas peu à les encourager. Le duc de Dalberg, récemment rappelé par le gouvernement français, avait, pendant plusieurs années, exercé à Turin les fonctions d'ambassadeur de France. D'un caractère chagrin, inquiet, agité, mécontent d'une position peu proportionnée aux espérances qu'il avait pu concevoir après la restauration du trône des Bourbons à laquelle il avait contribué, le dépit qu'il en éprouvait l'avait jeté dans les rangs de l'opposition libérale. Son salon était devenu, à Turin, le rendez-vous des mécontents et, sans qu'il en eût probablement l'intention bien arrêtée, le langage qu'il n'avait cessé de leur tenir avait pu leur faire croire que, le cas échéant, l'appui de la France ne leur ferait pas défaut. L'envoyé d'Espagne, M. Bardaxi, qui venait de passer à la légation de Paris, avait agi plus fortement encore dans le môme sens; l'opinion publique l'accusait même de ne pas être resté étranger aux intrigues qui, dans les derniers temps de son séjour, préparaient

déjà un mouyemeDt. Le ministre de Bariëre, M. d'Azetin, sans encoarir des imputations aussi grares, était également accusé d'accueillir avec trop d'empressement et de faveur des hommes suspects au gouvernement sarde.

Le cabinet des Tuileries, informé de cet état de choses, avait, dès l'époque du congrès de Troppau, essayé d'appeler l'attention des puissances sur les périls qui menaçaient le Piémont et qui, à son avis, étaient un motif puissant de ne toucher qu'avec beaucoup de circonspection aux affaires d'Italie ; mais le ministre des affaires étrangères du roi Victor-Emmanuel témoignait la plus entière sécurité.

Cependant, le 11 janvier, quelques jeunes genss'étaient montrés, dans un des théâtres de Turin avec des casquettes et des bonnets rouges, et y avaient causé tant de tumulte, soit par des allusions politiques, soit par la bruyante expression de leur désapprobation, que la police avait cru nécessaire d'arrêter deux d'entre eux. Le lendemain^ comme on les conduisait en prison, les étudiants se soulevèrent sous prétexte que leurs privilèges étaient violés et réclamèrent la mise en liberté des déténus ; ils accueillirent par des huées les carabiniers qui voulaient les disperser, se réfugièrent dans le palais de l'Université, en dépavèrent la cour et s'y retranchèrent en déclarant qu'ils ne se sépareraient qu'après avoir obtenu ce qu'ils demandaient. Après de vains efforts pour leur persuader de se retirer, il fallut recourir à la force : les soldats, assaillis par une grêle de

pierres, tombèrent sur eux à coups de baïonnettes, en blessèrent plusieurs, en arrùlèrenl un plus grand nombre, et le reste prit la fuite. Les classes de l'Université furent fermées pendant quinze jours.

Ce n'était là qu'une émeute d'éludiants, à laquelle le peuple n'avait pris aucune part, mais elle laissa dans les esprits une fermentation qui trouva bientôt un nouvel aliment dans la présence du comtb Bubna, général aulrichieo, charge, disait-on, par son gouvernement dedemander au roi de Sardaignc l'occupation de quelques forteresses et d'autres garanties de la tranquillité du Piémont au moment où l'armée impériale allait se porter sur Naples.

Une conspiration se tramait, dont le but était de donner au pays un gouvernement constitutionnel et de déclarer la guerre à l'Autriche. Les premiers organisateurs de cette conspiration, qui appartenaient à l'aristocratie, auraient voulu que l'on prit la charte française pour point de ralliement, mais ils furent emportés par le mouvement révolutionnaire qui, comme à Naples, préféra la constitution espagnole. Le jeune prince de Garignan^ chef de la branche cadette de la maison royale et le plus proche héritier de la couronne après le duc de Genevois, frère du Roi, qui non plus que le Koi, n'avait pas de fils, était plus ou moins initié aux projets des conspirateurs. Plusieurs des conjurés faisaient partie de sa maison ou de son intimité, entre autres le colonel de Saint-Marsan, son aide do camp, fils du ministre des affaires étrangères.

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