IX
Un Polonais, le général Zayonszeck, révolu da titre de lieutenant de l'Empereur et roi, avait été placé à la tête du gouvernement avec l'assistance d'un conseil d'État dont les ministres faisaient partie aussi bien que d'autres personnages considérables tels que le prince Czartoryski qui, malgré la faveur dont il jouissait auprès d'Alexandre et la part qu'il avait prise à l'arrangement des affaires de Pologne, n'avait pas voulu accepter de fonctions plus actives. Le général Zayonszeck, ayant passé la plus grande partie de sa vie hors du pays et dans les camps, entendait peu les matières de législation et d'administration civile. On peut croire cependant que, guidé par ses conseillers oDSciels et par les instructions générales de l'Empereur, il n'eût pas trop dévié de la ligne qu'elles lui traçaient. Malheureusement, Alexandre, par une de ces inconséquences qui ont trop souvent fait échouer ses meilleures résolutions, avait chargé de l'organisation de l'armée polonaise l'atné de ses frères, le grand-duc Constantin, connu pour la fougue et la violence brutale de son caractère et pour son humeur despotique, complètement incapable de s'associer aux vues généreuses de l'Empereur, mais que l'on voulait ménager, et qu'il était pécessaire d'occuper au loin, des raisons d'État ne permettant pas, dit-on, qu'il résidât à Saint-Pétersbourg. Bien que ses attributions fussent purement militaires et qu'aucune autorité ne lui eût été conférée sur le lieutenant de l'Empereur, sa présence à Varsovie plaçait le général Zayonszeck dans une position
HISTOIRE DE LA nESTAURATION. 195
assez fausse, et il Ini aurait fallu, pours en tirer sans trop dédommage^ autant de fermeté que de tact. Ces qualités lui manquaient complètement. L'idée de maintenir son indépendance en face d'un frère de l'Empereur, de résister à sa volonté, quelque contraire qu'elle pût être aux lois et à la Constitution, ne se présenta pas un moment à son esprit. Il disait en plein conseil d'Élat,il répétait en toute occurrence que cette volonté était la loi supérieure devant laquelle tout devait s'incliner. Il s'étonnait de ne pas toujours trouver la même docilité dans les membres du conseil, et bien qu'ils n'eussent que voix consultative, en sorte que leur avis ne le liait en aucune façon, la résistance qu'il rencontrait souvent parmi eux l'irritait; il y voyait l'œuvre de l'esprit de faction ; à la moindre objection, il s'écriait que la Constitution était un code d'anarchie et qu'il fallait la changer. En attendant qu'elle fût changée en effet, des infractions multipliées prouvaient journellement le peu de compte qu'on en tenait. Le grandduc, s'abandonnant à ses caprices sauvages, semblait se complaire à humilier, à exaspérer une nation fîëre, délicate et sensible à l'honneur. Un jour, par son ordre, un bourgeois, accusé d'avoir caché dans sa maison un homme qui avait volé un général, fut enlevé et conduit dans lepalais du prince, qui sans aucune forme de procès, lui fit donner cinq cents coups de bâton et lui fit raser la tète et les sourcils. Des punitions corporelles et flétrisrsantes furent arbitrairement infligées à des militaires habitués, sous le régime français, à de tout autres traite*
menls. L'espionnage, la délation, semblaient ^tre les seuls .^ ressorts par lesquels on voulût désormais agir sur Tarmée. ,« Plusieurs officiers se donnèrent la mort de désespoir, et «^ i quelques-uns, avant de mourir, écrivirent des lettres qui M Sx expliquaient les motifs de leur suicide. Ces suicides flrent ,M Ai quelque impression sur le grand-duc, mais elle s'effaça j^i^
bientôt et les choses recommencèrent comme auparavant m.
Le prince Czartoryski, témoin impuissant de cessatur -r-
nales du despotisme, les dénonçait à l'EmpereuravecquiiV^ il entretenait une correspondance confidentielle. Il lui si -Signalait la faiblesse du général Zayonszeck, sa servilitc>«9 .té envers le grand duc, sa complète inaptitude à devenir l'i-^ ^'inaugurateur d'un régime de liberté constitutionnelle; i M il lui faisait voir, dans le caractère du grand-duc lui-même ^^-^e, la cause de tout le mal, l'obstacle absolu à raccomplisse-^^-^ement des projets formés pour le bien de la Pologne ; Lff il demandait instamment que ce prince fût rappelé, donnanr fv^ ^^^ à entendre que sa vie n'était pas en sûreté dans un payt^^C ^ï^ qu'il traitait d'une manière si sauvage et pour lequel ii ^ ^' témoignait le plus profond mépris. Il montrait le décou*^ ^^' ragement gagnant peu à peu les ministres et les fonc-^^> ^^' tionnaires publics, l'effroi, la tristesse d'une populations ^^ ^^'^ qui voyait si cruellement tromper toutes se^ espérances^r-^^^' puis l'abattement des esprits, le désespoir morne qui ^^ ^^ s'emparait d'eux et les rendait insensibles à des amélîora^ — .^^tiens de détail, incontestables pourtant dans plusieurs^** ^^ branches du service public, mais tout à fait insuffisantes: ^^"^ pour remédier au mal de la situation. 11 suppliait l'Em-^-^*'
HISTOIRE DE tA RESTAURATION,
percur d envoyer des mstnictioDs assez claires^ assez péremptoires, pour prouirer que ses inletiUons n'ayaient pas changé, pour remetlre chacun à sa place et, en fixant lesatlribiilions respectives des diverses autorités, donner qaclque réalité au régime légal et constitulionncL Toul€^!^ CCS demandes restèrent sans réponse, soit {{ne rEmpcrcur n'osât pas prendre des mesures énergiques qui eussent été la condamnation de son frère, soit que, dis* trait par d*aulres soins, il n'eût plus le temps d'accorder aux affaires de Pologne rattentionqa'enesexîgeaient pour être conduites à bon terme. Ledéfautcapital d'Alexandre, celui qui, malgré son étonnante fortune et le haut degré de puissance où la Russie est parvenue sous son règne, ne permet pas à ses appréciateurs les plus bienveillants de le mettre au rang des grands hommes, c'est qu'autant la vivacité de son imagination le disposait à concevoirde vastes et généreux projets, autant, lorsque l'exécution en était à peine commencée, l'incroyable mobilité de son esprit et la faiblesse de son caractère le portaient à les abandonner dès qu'il y rencontrait des difficultés ou qu'il y apercevait des inconvénients qui n'avaient pas d'abord frappé sa vue. Les améliorations très-réelles qui s*étaient elTcctuées dans le royaume de Pologne depuis qu'il le gouvernait, les progrés de l'agriculture et de l'industrie, l'accroissèment de la population, k bonne et briHanto organisation de Tarmèe, le développement donné à l'instruction publique, lui persuadaient sans doute, d'ailleurs, qu'il avait assez fait déjà eu faveur de ce pays pour que ropi-
Dion dût lui en être reconnaissante en attendant le reste. Il oubliait qu'il n'est pas de prospérité matôriellequi puisse compenser, aux yeux d'un peuple on qui n'est pas complètement éteint tout sentiment national, le mépris de ses droits et de sa dignité.
Il régnait donc en Pologne un mécontentement dont les symptômes étaient trop évidents pour que le gouvernement pût les méconnaître. On s'attendait à de vifs débats dans la diète qui allait s'ouvrir, et la circulaire de convocation écrite par l'Empereur aux membres des doux Chambres, tout en louant la diète précédente qui s était élevée, disait-il, à la liauteur sublime de sa mission^ laissait entrevoir des inquiétudes pour l'avenir. Néanmoins, le jour où il fit son entrée à Varsovie, le 27 août, il y fut reçu avec des acclamations enthousiastes. Ses manières affables et l'affectation qu'il mit à assister en uniforme polonais aux parades de la garnison, parurent lui ramener tous les cœurs.
Ce fut le 13 septembre qu'il ouvrit, en personne, la session de la diète. Son discours était loin d'exprimer la même confiance que celui par lequel il avait ouvert la diète de 1818. Il y parla des bienfaits que la Pologne avait reçus de la Russie, de la nécessité de lunion des deux États, du danger des vaines abstractions et des théories. Il recommanda à l'assemblée de se garantir de l'esprit novateur qui planait sur l'Europe et annonça Tirrévocable résolution de no jamais transiger sur les principes qu'il s'était imposés.
HISTOinK lîE LA RESTAUBATION.
Par une disposiiion singulière d*unc consiitulion fort liliérale à d*3uLrcs ùganls, la durée des sessions de h UiètaéUlllioiilêi} à uo mois, et, dans cq court espace de PMIps, ell6 allait avoir à diâculari outre le budget, un projet de procédure crioiioellei un projet de procédure îivtic et d'autres matières encore. Ou savait que les bases toDnée^par le Conseil d'État au projet de procédure criiuilello rencontreraient uuo vive rtîsistance dans la chambre »â députes. Aussi, le gouvernement lui fit-il insinuer que, elle y trouvait des imperfections trop considérables, il pourrait consentir à rajourner, La prudence eût conseillé de suivre cette marche. Ou ne le Ot pas. La commnbsion proposa le rejet de la loi, et elle fut rejelôe à l^ananimilé moins trois voix, après un débat tumuU l4iGu^ dans lequel s*élevèrent des plaintes amères contre !}'alisencê de la bbertô de la presse et les atteintes portes à la liberté individuelle. Ou rejeta encore un projet le modification du statut organique du sénat, di'jà voté ^ar le situât lui-même^ mais que les députés jugèrent >otraire à la Constitution- En présence d'esprits ainsi »pOiés> le gouf ernement) pour ne pas s'exposer à un nouvel échec^ crut devoir ne pas insister sur le projet de procédure civile et se contenta à peu près du vote du badge t. Le 13 octobre, rEmpereur ferma la session par 10 discours dont le ton sévère et contenu n'avait pourtant ien de menaç^ant. c Vous ave2 reçu, i dit-il, ■ le bien > pour le mal, et la Pologne est remontée au rang àm * États^ Je persévérerai dans mes desseins ù son égard.
> quelle que soit ropinion qu'on puisse se former sur la
> manière dont vous venez d'exercer vos prérogatives. » Avant de se séparer, les Chambres durent, par ordre
de l'Empereur, nommer dans leur sein des commissions pour préparer, de concert avec le Conseil d'État, les codes de procédure civile et criminelle dont la discussion avait été renvoyée à la prochaine session. L'intention d'Alexandre était certainement alors de réunir la diète l'année suivante. Néanmoins, elle ne devait plus se rassembler jusqu'à la fin de son règne. Ce que j'aurai bientôt à dire du changement général de sa politique explique cette circonstance.
Les Polonais avaient fait preuve incontestablement de peu d'habileté et de prudence en froissant ainsi, sans une nécessité absolue, l'amour-propre d'un prince qui seul, alors, en Europe, était animé à leur égard d'une bienveillance efficace et réelle. Son goût pour le système constitutionnel, déjà refroidi, en reçut une sérieuse atteinte. Une nouvelle qu'il reçut de Saint-Pétersbourg pendant son séjour à Varsovie contribua plus encore à accélérer la réaction qui se faisait en lui. Un mouvement insurrectionnel avait éclaté, le 28 septembre, dans un des plus beaux régiments de la garde impériale. Cette insurrection, il est vrai, provoquée uniquement par la dureté impitoyable et capricieuse du colonel, avait été toute passive et s'était bornée à un refus d'obéissance. Aucune idée politique ne s'y était mêlée, aucun cri séditieux n'avait été proféré ; les soldats, sur l'ordre du gouver-
nîSTOrRE DE LA nESTAUHATION-
'de fa place, s'ûtaienL rendus sans armes à la forte- I, s'y étaient consliluôs prisonniers et s'étaient déclarès prêts à sobir toutes les punitions plutôt que de rentrer sous le commandement de leur impitoyable chef. Une telle insurrection* si ce monyement peut t^tre qualifié aitisi, n avait certes aucun rapport avec les rtévoltes mititaires qui, depuis quelques mois, bouleversaient le midi de TEurope, Néanmoins, elle pouvait faire naître l'idée que cette immense force armée^ dont Kempereur de Russie était si fier et qui, par T impression qu'elle faisait sur les esprits, lui donnait en Europe une sorte de dictature, n était pas entre ses mains un iosirament aussi sûr, aussi aveuglt'mentdocileetdévouéqu'on le supposait généralement* Il en fut profondùmont blessé.
Cest dans celte disposition d'esprit qu'il partit pour Troppau où il arriva le 20 octobre, le même jour que rempereur d*Aulriche< Le roi de Prusse, retenu à Berlin par une indisposition, avait envoyé à sa place le prince royal et ne devait arriver lui-même que le S novembre, longtemps après rouverture des conférences. Il ètnit peu pressé de se montrer dans la position secondaire et effacée où les troubles de T Allemagne Ta valent réduit, et, comme le cabinet de Vienne, celui de Berlin avait fait d'abord ce qui avait dépendu de lui pour empôpêcher la réunion du congres.
Les deux empereurs avaient amené avec eux les mêmes ministres qui les avaient accompagnés à Âix-la- Chapellei l'empereur François M* de Metternich, Fem-
«I HISTOUE DE LA RESTÂUBATION.
pereur Aleiaodre MM. de Nesselrode et Capodislrias^ , le premier ÎDclioaût Ters la poliUqae aalrkhienoe et aoti-iiUrraltr, 1 autre représeaUDt les teodances fraDça&.à^s et coDaitatioDoeiles qui araieot jusqu'alors dihgè la politique de soo maître. Quant à la Prusse, le roi F* rédéric-Guiliaume sétail fa t précéder au Congrès par deux bommes qui avaient également figuré à Aii. — l^* Chapelle, le chancelier prince de Hardenberg, alors t>îeQ f ieilli et hieo aOaibli, et le comte de Bemstorff, minàjâiv^ des aflaires étrangères. Ils avaient déciaré à M. de S^^^ temich qu'ils voulaient tout ce que voudrait rÀulric^b^* Cependant, ce n'était pas sans quelque impatience q^^ M. de Bemstorff subissait cet assujettissemeuL
De même qu'aux congrès précédents, les souversta^s de France et d'Angleterre ne devaient pas assister à c^^*^* de Troppau. Ils n'y envoyèrent pas non plus leurs mmi^ nistres des aflaires étrangères. L'Angleterre avait ul£^^^^ hésité quelque temps à s'y faire représenter. A Paris, qvm ^^ avait été assez inquiet. On pensait avec raison que r^^P|* nion publique trouverait mauvais qu'alors que le c-^*^*' net de Londres s'abstiendrait, la France, État const^i^^" tionnel comme l'Angleterre, prît part à des délibérai i ^^ où elle se trouverait seule en présence de puissances ^
solutistes. M. Pasquier avait donc chargé M. Dec^ d'insister pour que le gouvernement britannique n^ tint pas à l'écart. Par une sorte de transaction, ceg'-^^ vemement, tout en persistant à ne pas envoyer au (i^-^ grés un ministre spécial, autorisa son ambassadeur^
Yieone, lord Slewart, frère de lord Castlereagh, à se rendre à Troppau en même temps que le souverain auprès duquel il était accrédité. C'était un terme moyen qui n'engageait pas le cabinet de Londres. Lord Stewart, en effet, pouvait être considéré comme continuant simplement, auprès de l'empereur François en voyage, les fonctions qu'il remplissait habituellement à Vienne; rien ne prouvait encore qu'il dût participer aux conférences; il lui était formellement interdit de signer aucun protocole, et son langage était vague et évasif. J'ai déjà parlé de son caractère fantasque et bizarre et de la haine violente qu'il portait à la France. Son secrétaire d'ambassade, M. Robert Gordon, frère de lord Aberdeen, qui fut plus d'une fois appelé à le suppléer pendant la durée du congrès, était animé de sentiments analogues : le général Pozzo disait que, quand il parlait de la France, il semblait mâche?* du sang. L'empereur Alexandre fut peu satisfait de cet arrangement. Tenant beaucoup à tout ce qui pouvait relever l'importance et l'éclat du Congrès, il a;^ait fait exprimer le désir que, s'il était absolument impossible d'y envoyer lord Castlereagh., on envoyât à sa place le duc de Wellington ou un des principaux ministres. Le duc de Wellington désirait beaucoup être chargé de cette mission, mais lord Castlereagh ne voulut pas y consentir.
L'empereur Alexandre eût désiré aussi que le duc de Richelieu vint à Troppau; mais il avait été facile de lui faire compreqdre que l'état des affaires iptérieyros de te
HISTOIHE DE LA RESTAOR ATION-
France ne permelbît pas au présidmil du conseil de s'iMoîgner. K défaut de M. de Richelieu^ il avait indiqaê M, Laine. Il fallait connaître bien peu te caractère de cal homme d'État pour le croire propre à exercer une utile influence dans des négociations diplomatiques» Un clioix aussi éclatant, on pourrait dire aussi extraordinaire, eût d ailleurs appelé Tattention plus qu'il no convenait au gouvernement frani^ais qui, sans prendre exactement une attitude analogue à celle de l'Angleterre, ne voalait pas trop s'en éloigner- Il s'abstint donc aussi d^envojer au Congrès nn plénipoleotiaire spécial^ mais le marqais de Caraman, ambassadeur à Vienne, et le comte de Li Ferronnays, ministre à Sainl-Pétershourg, reçurent Tordre de suivre à Troppau les deux empereurs. Le caractère et Tesprit de ces deux personnages présentaient un contraste presque absolu. M- de Caraman appartenait i l'ancien régime par son âge et par ses babitudes. On trouvait en lui plusieurs des qualités et des défauts.qut distinguaient jadis la noblesse française. Longtemps après, on devait le voir, presque ociogénaire, s'associer en volontaire à la première expédîtiou de Constantine, et dans les terribles épreuves d*une retraite désastreuse, faire preuve tout à la foîs^ pour soutenir les courages dé* faillants, pour secourir les malades et les blessés, d'une rigueur physique, d'un calme et d'une intrépidité qui étonnaient les jeunes gens. Au point de vue des alTaires et de la politique, une certaine légèreté de caractère el d'esprit le montrait sous ua aspect moins favorable.
Exempt des préventions passionnées de l'opinion uUraroyaliste, mais aussi fort étranger aux idées nouvelles, plus qu'indifférent aux principes de liberté constitutionnelle et subissant, comme tous les diplomates accrédités à Vienne, l'ascendant de M. de Metternich, il n'était guëres permis d'espérer que, dans les conférences qui allaient s'ouvrir, il lutterait bien efficacement contre les projets de rAutriche. II en élait autrement de M. de La Ferronnays, beaucoup plus jeune que lui. Je ne reviendrai pas sur ce que j'ai déjà dit de son caractère chevaleresque, de son vif patriotisme, du libéralisme éclairé et sincère qui s'unissait en lui au royalisme le plus éprouvé, de l'estime qu'il avait inspirée à l'empereur Alexandre, de l'influence qu'il avait paru prendre sur lui et dont on espérait pouvoir tirer parti pour faire prévaloir auprès de ce prince les vues de la France sur celles de l'Autriche. Le contraste, je le répète, était complet entre les deux représentants de la France, et comme aucun d'eux ne pouvait imposer à l'autre sa manière de voir, comme, dans l'incertitude de la façon dont les questions allaient se poser, on n'avait pu leur donner que des instructions très-vagues, il y avait lieu de craindre que leurs dissentiments n'affaiblissent l'action de la France. Ils le craignaient eux-mêmes, et tous deux avaient supplié M. de Richelieu de venir exprimer et soutenir le véritable pensée du gouvernement du roi. J'ai nommé tous les membres du Congrès qui s'ouvrit formellement, le 23 octobre, sous la présidence de M. de
n HISTOinE DE LA RESTAURATION.
V.:::rr.k'li. M. de Genlz y tenait la plume en qualité de î*s\^':airi\ comme il l'avait fait à Vienne et à Aix-la-Chî^
-r;';;\ lbn> cette première séance, on régla la forme d«
: ;.Wralions. Lord Slcwart exprima le désir que lespr o
; voles ne fussent pas si<,Miés, et on y consentit poxjr
r.i* pa> 1^' mettre dans Tobligation d'avoir à donner ovx à
n^tujkT sa signature. Son attitude était et resta jusqu'à la
f\\\ du Congrès très-singulière. Tantôt il parlait de ce qui
^» jvissiiit comme un simple spectateur, tantôt coirktnc
lorgane d'une des parties engagées dans la négociation.
|\irfois, dans les moments où elle semblait le plust ^
rieusement engagée, on le voyait partir pour Viennr? <>"
il allait, disait-il, voir sa femme qu'il avait épousée ^out
nVemment, et les aiïaires restaient entre les maia^ ^^
M. (iordon. On se demandait si des procédés aussi étï*^^'
jos avaient leur explication dans le caractère bizarre "^
l'ambassadeur, ou s'ilîi se rattacbaient à ses instructio*^^'
ot cette incertitude môme servait à dissimuler les ^^"
Knrras de la politique du cabinet de Londres, part^^*'
iMïmme nous l'avons vu, entre la crainte de se comf*^^
mettre auprès du Parlement, celle d'entraver les dess^^ •■ "^
de TAutricbe, et aussi celle de se voir annulé dans^ ■*
délibérations européennes par l'accord de la Franc^^ ^
de la Russie.
La position de M. de Metternich n'était pas facile pouvait, il est vrai, compter sur le bon vouloir de V^ gletcrre et de la Prusse, mais la Prusse était impuiss» et l6 cabinet de Londres, forcé, par des considérations
HIStOIRE DE LA RESTAURATION. »t
politique intérieure, de dissimnler Tappni qu'il était disposé à donner à son allié de tous les temps^ demandait instamment qu'on ne le mit pas dans la nécessité de souscrire à des déclarations de principes inconciliables avec ceux delà constitution britannique. S'il ne s'était agi que de contenir la révolution de Naples, de l'obliger à rentrer dans les limites d'une réforme raisonnable, de remplacer l'anarchie du carbonarisme par un régime de liberté constitutionnelle, M. de Metternfch eût pu compter aussi sur le concours de la France, mais c'était là précisément ce qu'il craignait le plus : d'une part, tout ce qui tendait à relever la France de son abaissement, à lui rendre effectivement dans les conseils de TEurope la situation appartenant à sa grandeur réelle, tout ce qui tendait particulièrement à la faire intervenir dans les affaires d'Italie, lui répugnait grandement aussi bien qu'à l'Angleterre; de l'autre, ce que l'Autriche redoutait principalement dans les pays où pouvait s'étendre son action, c'était moins encore le triomphe éphémère des factions démocratiques, fait pour discréditer la liberté, que l'établissement de constitutions libres et monarchiques, dont la consolidation et les développements eussent été d'un dangereux exemple pour les États encore soumis au despotisme. Les sentiments de M. de Metternich répondaient parfaitement en cela à ceux de son maître. L'empereur François ne laissait pas échapper une occasion d'exprimer de la manière la plus franche sa profonde aversion pour les systèmes de liberté moderne. Il n'y avait pas
bien longtemps que, recevant une dépntation d'an comi — tat hongrois, il lui avait dit, dans un latin dont la fornx^^ naïve et presque burlesque faisait mieux ressortir rnrni na,
la^crudité de sa pensée : t Le monde entier extravague © ^ ,
> abandonnant ses anciennes lois, cherche des constit-m:^^. » tiens imaginaires; vous avez, vous, une rnnîitnfii ^i n » que vous avez reçue de vos ancôlres, qui n'a pas ^b- té » violée, et vous Taimez, et moi aussi, je Taime, et je
» la conserverai, eije la transmettrai à nos desc^^ v-
» dants, et je crois que ce sont aussi vos dispositions^ »
A peine arrivé à Troppau, il dit à M. de La Fi 1 1 ■ m nnays, dans la première audience qu'il lui accord .^aat : c L'invariabilité de mon système en fait toute la for^^czre. » J'y persisterai jusqu'à la mort. » Une telle politiczT "ne était la contradiction absolue de celle qu'avait jusqu'à! «zvrs professée l'empereur Alexandre, et, à cette époque ^^mcore, la monarchie légitme et constitutionnelle n'a'^'Siit pas cessé d'être le thème de tous ses conseils, le rem^^^J^ universel qu'il prêchait à toutes les nations. Il enLK*<ait par là dans les vues de la France, et il semblait dif&c^i'^ de rompre l'accord des deux cours. Ce qui pouvait m'^^i' menter le découragement de M. de Metternich, c^''^^^ qu'il n'était pas autorisé à compter sur la bienveill» T^^ personnelle de l'empereur de Russie. Avec une légè^"^^ et une imprudence dont il ne savait pas toujours se p^^*" server dans l'entraînement du succès, il s'était en qc^^" que sorte complu, au Congrès de Vienne, à br». "V^^ l'amour-propre et les susceptibilités du puissant eam^ %^^
renr da Nord, et ce dernier en gardait le souvenir. Son ministre de confiance, le comte Capodistrias, était aussi en assez mauvais termes avec le chef du cabinet autrichien, par antipathie de nature autant que par opposition de système.
Il est digne de remarque que M. de Metternich ne pouvait pas même compter d'une manière absolue, pour l'entreprise qu'il méditait, sur l'appui moral des souverains italiens. Quelque effroi qu'ils eussent pu concevoir de la révolution de Naples, quel que fût leur désir de s'en voir délivrés, ils ne redoutaient guère moins pour leur indépendance le secours que rAutriche leur offrait. Le roi de Sardaigne et le pape repoussèrent péremptoirement la proposition que leur fit le cabinet de Vienne, d'occuper Alexandrie, Ancône et Civila-Vecchia pour contenir l'agitation qui gagnait de proche en proche et pour donner une base plus solide à ses opérations contre Naples. M. de Metternich s'affligeait et s'inquiétait des défiances qu'il trouvait ainsi de tous côtés, même chez ceux qui semblaient devoir être ses alliés. Il se sentait isolé. A Vienne même, dans les salons de l'aristocratie, on se montrait alors peu favorable à son projet d'expédition en Italie. S'il puisait un sentiment de confiance dans le succès des mesures par lesquelles il avait réussi, l'année précédente, à réprimer les tentatives révolutionnaires en Allemagne, d'un autre côté, il craignait qu'un échec dans la nouvelle entreprise qu*il avait en vue ne compromit la grande position que ce succès lui avait IX. 14
«40 HISTOIRE DE LA RE5TAD1IATION.
créée. Il s'eiTor(}ait pourtant de faire bonne eentenanee. c Si tout le monde, > disait-il, < refuse de soutenir TAu- » triche, il faudra bien qu'elle se décide à agir sente et » 0bmme elle Tentendra. » Il disait encore que tes puissances n'avaient à délibérer que sur l'accord niorat q«î devait régner entre elles, et que, quant aux mojei» de force, étant entre les mains de l'Autriche, ils devaient d'autant moins devenir le sujet d'une délibératioD commune qu'il ne s'agissait pas d'une guerre à faire, aiais de la protection à accorder aux Napolitains restés fidèles à leur roi.
Dans la séance môme par laquelle s'ouvrit le Congrès, le ministre autrichien avait mis sous les yeux des pléni* potentiaires dont il se composait un Mémoire qui exposait les vues de sa cour. Il y posait en principe que tout gouvernement a le droit d'intervenir dans les changements politiques d'un État étranger lorsqu'ils sont de nature à le menacer dans ses justes intérêts et à compromettre les bases de son existence. Il faisait ressortir les dangers que la révolution de Naples entraînait pour l'Autriche et pour l'Italie tout entière. Il déclarait que KEmpereur avait réuni des forces dans une proportion calculée sur la nécessité d'une opération active contre Naples, et qu'il croyait pouvoir compter sur l'appui moral de ses alliés. Il disait enfin que si, après le rétablissement du pouvoir légitime, il était nécessaire de laisser une armée d'occupation dans les provinces napolitaines, l'Empereur était disposé à la fournir, et que le
MîSTOfnF nr ik hÈsTAirtiATtoK. sn
^oi rendu â la liberté ponrmt réorganiser son royaume
comme il le jugerait à propos, en se conformant toutefois
smi stipalalions secrètes dû traité condu» lo 12 juin
!815^ entre l*Autriclie et le rot Ferdinand, après le
rétablissement de ce prince sur le irftne dont Mural
veuail d'être renversé, A ce Mémoire était join Ile texte
de J •article en qoe^tion, qui imposait au roi des Deux*
Sîcïles t*oblîgbliûn de n'admellre dans le gouverne*
ment de son roj-aume aucun changement qui ne pût m
^^ncîlier, soit avec les anciennes institutions monar-
^hlfjnes, soil avec les principes adoptés par l*empereuF
^* Autriche pour le régime intérieur de ses province
îlaliennes.
Cet article était resté jusqu'alors inconnu de toutes les ïtttrts puissances, à l'exception peut-être de T Angleterre. Sa révélation surprit beaucoup les gouvernements alliés, •otiit mêmes qui pouvaient en approuver le but, c'est- Un rinlerdiction du système constitutionnel en Italie, ^^^prenaient qu*il porlail une grave atteinte à Tindé- 'Hilance du gouvenicraent qui avait subi cette inlerdic- *^n. Le cabinet des Tuileries, dès qu*il en eut con- ^^iîàsance, énonça l'opinion qu'une telle stipulation était *^He de droit. Dés le premier moment, M. de La Fer- ^^ nays s'était exprimé dans ce sens, ^- 1-6 Xlémoire autrichien^ dont la lecture avait rempli ^f^^^ X séances^ avait eu en général peu de succès parmi les ^^P^^Hibres du Congrès^ mais personne u^osa d'abord en i * 'fc* sa pensive, et, dans la conféreuco, il ne reçut que des
^fi2 HISTOIRE DE LA RESTAURATION.
éloges. Bien que, dans les conversations pariicalières, on en parlât plus librement, il y avait une hésitation évidente à se mettre en avant pour y faire des objections. Lord Stewart, M. de BernstoriT, M. de Nesselrode, H. de Garaman, quelles que fussent leurs idées personnelles, ne désiraient pas créer des obstacles à M. de Metternich. Le comte Capodistrias, que ce scrupule n'aurait pas arrêté, était retenu par la notoriété même ée son hostilité contre le ministre autrichien, qui lui faisait craindre qu'on ne vît,-dans une initiative précipitée de sa part, le résultat de la passion. M. de La Ferronnays, le plus jeune, le moins expérimenté de ces diplomates, et jusqu'alors presque inconnu dans les affaires, osa seul descendre dans la lice. Dans son généreux et patriotique empressement à combattre une politique qu'il trouvait contraire aux intérêts et à la grandeur de la France, et croyant pouvoir compter, pour soutenir la lutte, sur l'appui de la Russie, il ne craignit pas de dire franchement son avis sur les inconvénients des doctrines développées par le chef du cabinet de Vienne, non-seulemênt aux représentants de rXngleterre, de la Russie et de la Prusse, mais à M. de Lebzeltern, ministre d'Autriche à Saint- Pétersbourg, qui avait été appelé à Troppau, et à M. de Metternich lui-même. Il représenta que le Mémoire an* trichien rattachait faction de l'Autriche contre la révolution napolitaine à des principes dont la proclamaiion aurait tôt ou tard pouc résultat de rendre impossible le concours des gouvernements constitutionnels avec les
HISTOIRE DE LA RESTAURATION. ii3
autres goavernements alliés; il fit remarquer qu'à Naples, après le premier moment d'effervescence, un parti plas modéré était arrivé aa pouvoir, qu'il aspirait à secouer le joug des carbonari^ et, comme le ministre des affaires étrangères, le duc de Gampochiaro, avait exprimé au chargé d'affaires d'Autriche le désir que les puissances l'aidassent à contenir cette secte, il demanda pourquoi l'on n'accueillait pas cette prière, pourquoi on ne se joignait pas aux hommes qui, effrayés par le spec* tacle de la révolution, étaient disposés à renverser un code anarcbique en désavouant le principe de la révolte. Suivant M. de La Ferronnays, c'était par la force morale, non par la force des armes, qu'on pouvait combattre efficacement les idées. En recourant à une action militaire, on se pTacerait dans la fâcheuse nécessité d'exiger de grands sacrifices pécuniaires du pays dans lequel on interviendrait et d'y laisser une armée d'occupation. C'étaient là d'immenses inconvénients. Il y en avait peutôtre un plus grand encore dans l'invocation de cette stipulation secrète du traité de 1815, par laquelle l'Autriche s'attribuait un droit d'ingérence permanente dans l'administration intérieure du royaume de Naples et déclarait la volonté absolue de s'opposer, partout où cela dépendrait d'elle, à l'établissement d'institutions libres, ce qui était en quelque sorte pousser les peuples à l'insurrection en les réduisant au désespoir. M. de la Ferronnays ajoutait, ce qui était vrai, mais ce qui devait blesser vivement le cabinet de Vienne, que la haine des Italiens
iU HISTOIRE DE LA RESTAURATION.
contre l'Autriche était an des stimulants les pins actifs de l'écrit rëvolulionnaire, que la marche des troupes impériales vers Naples développerait cette haine et en précipiterait rçxplosion, qu'il pourrait arriver que le nord de la Péninsule s'insurgeât pendant. que les Autrichiens seraient engagés dans le midi, et, entraîné par sa vive imagination, il montrait les populations du reste de TEurope imitant l'exemple des Italiens et se joignant peutêtre à eux pour accabler l'Autriche.
M. de Mellernich répondait qu'il ne fallait pas prendre le vœu manifesté par quelques ambitieux pour l'expression de l'opinion des peuples et des besoins du temps, que si l'on avait Timprudence de faire des concessions aux révolutionnaires, ceux-ci ne les accepteraient et n'en feraient usage que pour renverser ceux qui les auraient faites, que la révolution n'était nulle part dans la volonté nationale, qu'elle avait pour unique base la domination d'une secte, d'un parti, d'une armée sur les masses populaires, qu'il fallait donc aller brisera Naples cette domination et délivrer la population qu'elle avait subjuguée par surprise^ population inerte et passive, trop amio du repos pour pouvoir se délivrer elle-même.
Entre ces deux systèmes, on put croire un moment que le Congrès hésitait. L'un et l'autre avaient des partisans. Une circonstance singulière, c'est qu'il n'y avait pas même accord entre les membres de chacune des légations : personna n'ignorait que M. de Caraman ne partageait pas les vuos de M* de La Ferronnays, M. de Mettcr-
FrsDCes, et, si le comte CapOLlislrias pensait coinrao
M. de La Ferronnays, les senlimcDts de M, de iNesselrode
m rapprocliaient Je ceux de M, de MeUernicIu Dans mi^
atcande eonfiT^ce, la Prusse âTaît adhéré mx conclu-
sloQS du Mfjmoiro autncliien, plutôt par nécessilé do
pmitionqcie par conviction. L'Ao^'Ieterre nés expliquait
pas. Cepeudant, au milieu de cesdiirergences, M. deMel-
tem ich, qui avait Parautagd de savoir neltemeot ce qu'il
î^ouliii, gagnait peu à peu du terrain.
Le cabinet des Tuileries n'avait pas encore fait connai- Ire .son opinion sur la proposition de rAutriche- En atteudâ n 1 que cette opiuioQ Tût connue, le dissentiment notoii^edea deui plénipotentiaires franais les annulait de ï^ît el Tenait en aide à >L de MetterniclK M. de La Ferrori nays, pour remédier autant que possible à cet inconé nient, crut pouvoir prendre sur lui de rédiger, en sou propre nnia, sous le titre û' observations prélminaires^ ^^ Mémoire confidentiel où il développait ses idées. Api^g l'avoir communiqué h M, de Caraman qui, sans • *ï>proiiver, reconnut qu'il n'était pas en dt^saccnrd avec ' esprit de leurs instructions communes , il le fit lire ^^ comlé Capodistrias et à Tempereur Alexandre. LTmï*^ï^ur l'engagea à en reraelire une copie à chacun des ^^^tnbres du Congrès. Il croyait devoir, y disait-il^ prô- 1er on exposé d^î principes dont l'observation était *^ l^osée au gouvernement du Roi par la force de sa silua- ^^ci, pour prévenir toute dèmarcbe qui, incompatible
SIto HISTOIRE DF LA H ESTACRATION.
arec cette situation, mettrait ce gonrernemeot dans la (R^nible nécessité de se séparer momentanément de ses alliés. Il repoussait l'idée d'une intenrention armée dans 1^ royaume de Naples ayant pour but d'y rétablir le pou- Toir absolu et démontrait l'impossibilité où serait la France d'y adhérer. La conclusion était que Louis XVIII, roi constitutionnel, ne pouvait avouer le principe proclamé par l'Autriche, et que, chef de la maison de Bourbon^ de terribles souvenirs ne lui permettaient pas de s'aveugler sur les dangers auxquels une guerre faite pour un tel motif pouvait exposer les jours du roi Ferdinand.
M. de Garaman, aussitôt après la communication de ce Mémoire^ s'empressa d'aller dire à lord Stewart que ce n'était pas l'expression de son opinion ni de celle du gouvernement français, mais seulement de celle de M. de La Fcrronnays. Il fit la même déclaration & M. doMetternich. Celui-ci n'en fut pas moins très-effrayé de la démarche hardie de M. de La Ferronnays. Après avoir vainement essayé d'engager M. de Nesselrode à tâcher de le ramener par la persuasion et de lai faire abandonner une politique qui tendait à frapper d'impuissance tous les projets du cabinet de Vienne, il s'attacha à le discréditer auprès du Congrès, de l'empereur de Russie et même du gouvernement français, en le leur présentant comme entraîné par des ressentiments personnels, séduit par de (latlouscs théories et courant après une popularité dont le désir le rendait, à son insu, l'instrument
da parti libéral. Ces iosiDuatioDs malveillaDtes dc parurent pas d'abord produire beaucoup d'effet. Lord Stewart Ini-méme, malgré la haine<qa'il portait à la France et sa prédilection pour l'Autriche, ne voulant pas approuver la doctrine de M. de La Ferronnays, n'osait pourtant pas la désavouer, et, dans son embarras, il affectait de n'attacher aucune importance à un travail dans lequel on ne pouvait voir que la pensée isolée d'un individu. Le comte Capodistrias approuvait hautement ce travail. M. de Bemstorff, moins explicite parce que la Prusse ne pouvait so^parer de l'Autriche, se contentait d'applaudir à la sollicitude qui avait porté le ministre français à chercher les moyens d'écarter de l'action du congrès tout ce qui aurait pu avoir à Paris un fâcheux contre-coup.
M. de Mettemich, craignant de plus en plus de voir l'opposition de la France appuyée par l'empereur de Russie dont la volonté, lorsqu'elle serait positivement connue, aurait une influence décisive, attendait avec anxiété le Mémoire que les plénipotentiaires russes préparaient pour répondre à celui qui avait fait connaître les vues de l'Autriche. Lorsqu'il fut prêt, le comte Capodistrias, avant de le soumettre à la Conférence, en donna confidentiellement connaissance au ministre autrichien. L'idée sur laquelle il était fondé, c'était qu'avant de recourir à la force il fallait inviter le gouvernement napolitain à désavouer le principe de la révolte, à se replacer sous l'obéissance du Roi, à supprimer les sectes révolutionnaires, à consentir à l'établissement d'un ordre de
%iS HISTOIRE D£ LÀ RESTAUBATION.
choses qui garantit la réalisation d'un vœu authentiqua ment national, légitimement exprimé et de nature à reo^svoir la sanction du pouvoir royal. En cas de refus, se^gK* lement, l'armée autrichienne, agissant comme arix^^^ européenne, devait se mettre en mouvement, ci 4e Roi. ^t la nation délivrés, auraient établi de concert des insti.^»ih tiens libres.
Ce système ne pouvait convenir à M. de Metternich ^ U s'efforça de persuader ù l'empereur Alexandre d'y ren^^Qcer. Il y eut entre les ministres des deux cours impérial les de vives discussions auxquelles les empereurs eux<?mfeiK3fô prirent une part personnelle. Le comte Capodistrias di^^^i* hautement que tous les malheurs do l'Europe, et parti ^^ûlièrement le fléau des insurrections militaires» étaien ^^ '® résultat de l'aveuglement des rois qui ne savaient pa^ ^ résigner à abandonner ce qu'ils ne pouvaient plus coo^^^'^ ver et qui se refusaient à reconnaître l'influence cx^"'^^'^ santé des classes moyennes. Malgré tous les efforts ^^ M. de Metternich, dont l'agitation et l'inquiétude se &-^^ hissaient par les continuelles contradictions de son 1-^^ gage et qui, quelquefois, menaçait d'agir seul si l'on °^ parvenait pas à se mettre d'accord, l'empereur Alexafi^^^ refusa de modifier le Mémoire qu'il avait fait rédiger *«» il fut convenu qu'il serait présenté à la Conférence oû^ ^ cabinet autrichien pourrait y répondre.
La Conférence se réunit, le 7 novembre, pour la ti*'^*' siëme fois. On y donna lecture du document russe. M. ^^ Metternich, comprenant la nécessité de faire une coac^^^
ItlSTDiaË Û£ LA RESTAUHÂTION
&ÎOD à l'empereur de Russie pour se ménager la poi^sibililù de lui en demauder d'autres et d'obtenir sur lui qiicU que influeoce^ conseoiit à reconnaître qu avant de recourta h force coDlre les ISapditams, iJ coû Tenait de tenter les moyens do persuasion, mais il mit di^^ortnab tons ses i^oîns h faire que cette concession apparente fût puremeot illusoire^ et surtout, requi iitait pour lui le poiot capital, â eHipôcher qu'elle n eût pour conséquence de procurer aux Étals napolitains un régime constitutionueL 11 consentit pourtant à ne pas se prévaloir» pour le leur refuser, de la stipulation secrète du traité de ISiri, <pe tous les autres cabinets ^'accordaient à considérer comme contraire au principe de T indépendance des gouvernera enls^ mais, dans ce dL^sistement môme^ il puisa un argument au moins spteieux pour établir qu'eu rendant u roi Ferdinand raxercice de son autorité, on n'avait jias le droit de lui imposer uue constitution"^ et qu il faudrait le laisser libre de faire à cet l'gard ce qu'il jugerait convenable- Il connaissait trop bien les seutimeuts du ^mx monarque pour concevoir à cet égard la moindre loquièlude.
Ce qui venait de^ se passer lui avait pronvô que son "^Wlable adversaire était le comte Capodislrias, et que, •^nm longtemps que ce ministre conserverait Tempire flu'il exerçait sur l'empereur Alexandre, rAutriche de- ^Taii «'attendre à être contrariée dan5 toutes ses entre- |»riR^s par le cabinet do Saint-Pétersbourg. Il serait dif- Gcile, eo etlet, d'imaginer un contracte plu^ complet
que celui qui existait entre ces deux hommes d*État dont la rivalité avait commencé à se manifester au Congrès d'Aix-la-Chapelle; l'un souple, adroit, ingénieux, mêlant les affaires aux plaisirs, condamné par sa position plus encore peut-être que par sa nature à défendre en tout lieu la cause du pouvoir absolu et des vieux abus, et trop souvent à la défendre par des moyens en rapport avec une telle cause ; l'autre généreux, libéral, de mœurs sévères, doué d'une âme élevée, passionnée et énergique, d'autant plus dévoué à la cause de la liberté que ce sentiment se liait en lui à une grande exaltation reli|j^se, d'un esprit fin, délié, subtil, fécond en expédients, d'une vive et brillante imagination qui lui donnait beaucoup d'action sur les autres, mais qui l'exposait à des entraînements dangereux, et portant dans ses opinions cette inflexibilité tranchante dont la pratique des affaires s'accommode rarement. Entre ces deux personnages, il n'était peut être pas malaisé de prévoir lequel devait finir par l'emporter dans une lutte engagée sur un semblable terrain.
Cependant, au moment de l'ouverture du Congrès, M. de Melternîch avait essayé de prévenir cette lutte. Il s'était montré gracieux et prévenant pour le comte Capodistrîas,mais le ministre russe avait répondu à ces avances sur un ton qui ne dissimulait en aucune façon sa profonde antipathie pour le chef du cabinet de Vienne. M. de Mettemich comprit qu'il n'avait plus d'autre ressource que de travailler à le ruiner peu à peu dans l'esprit de
"Perapereur Alexandre et d'agir direetameut sur ce prioce*
J "ai dil les obstacles de loule nature qu'il ayait 4 sur^
moi^ter pour aUeiDdre ua pareil buL II osa pourtant le
len t^er. Sous des prétextes habilement ménagùs^ il se mit
sur le pied de voir et d^eolretenir presque tous les jours
Feinpereur de Russie. La lâcbe qu'il se proposait était
cert€3s diiUciie. Il ne s'agissait pas seulemeol de faire
oubl ier à TEmpereurdes griefs personnels, il fallait chau-
e^r les convictions, déjà un peu atîaiblies, qui avaient
jusq ii!|lQrs dirigé sa conduite; il fallait lui en faciliter
l'^abandon en désintéressant son amour-propre, en lui
ïnê nageant la transition, eu lui faisant croire que, par des
*^oy cns nouveaux que rendaient nécessaires des circons-
'^ Il Ces nouvelles aussi, c'était toujours vers le même but
îti*U marchait. Il fallait encore l'éloigner de la Francet
Vers laquelle le reportaient sans cesse ses penchants et
^®® souvenirs, en la lui montrant toujours dominée ou
^^Hacée par l'esprit révolutionnaire et gouvernée par
**^^ hommes qui manquaient de la résolution ou, tout
** moins, de la force indispensable pour le combattre
'^t*chement. Il fallait, enfin, au moment où Alexandre
^^^H^nençait k se détacher du grand objet auquel
^vait jusqu'alors aspiré, celui de faire prévaloir
P^rtçjQt les principes et les institutions du libéralisa
^^ lui en présenter un autre non moins propre à
^^Uper et à remplir son imagination, à satisfaire à la
^^^ son orgueil et si conscience, la société européenne
222 HISTOIRE DE LA RESTAURATIOlf.
et chrétienne à saurcr des attaques dn jacobinisme par le sacrifice de tons les intérêts, de tontes les prëyentions, de tous les dissentiments. M. de Metternich fit preure, en cette conjoncture, d'une prodigieuse habileté. Ponr mieux réussir à changer les idées de l'Empereur, il feignit de renoncer aux siennes. Il affecta de reconnattre humblement qu'Alexandre seul avait bien compris la situation lorsqu'il avait proposé à ses alliés de se concerter sur les affaires d'Espagne, et que le cabiuet de Vienne, en s'y refusant, avait commis une grande erreur. Il insista fortement sur la nécessité de mainfiiir la Sainte Alliance, cette oravre de prédilection de l'Empereur, et d'en resserrer encore les liens. Il mit sous les yeux de son auguste interlocuteur une multitude de lettres et de rapports qui peignaient des plus sombres couleurs les progrès des sociétés secrètes réunissant dans des complots ténébreux tous les conspirateurs de l'Europe, et les criminelles affiliations des carbonctri s'engageant par serment i poignarder ceux qu'on indiquerait à leurs vengeances. Il exagéra, s*il est possible, le scandale et le danger des insurrections militaires. Enfin, il mit en contraste avec l'Autriche, vouée invariablement à la défense des idées d'ordre et de conservation, la France, foyer de ces idées nouvelles qui étaient la source de tous les désordres, aspirant, pour se relever de SOS revers, à jouer un rôle distinct, à se séparer de l'action commune, disposée à transiger avec la révolte et nourrissant àes vues ambitieuses par rapport à l'Italie.
HfisToinf: DE r.A nESTAunAiroN. M
L^cmperenr Aloianelro se Kiissâit gagner peu à pea. Comme pour faire assaut de courtoisie arec le miDi^çtre autrichien^ H avouait qu'il s*étail trompé dans le principe mt les vues des libéraux, que 1 Autriche seule avait wn j uste^ et il m metuît^ avec plus ou moins de siueéritéi à la disposition de Teoipereur François pour Faicler de tout son pcitiToir. M. de Motternîch, cependant, s'attachait à cachei* son Jeu et à endormir k France. ILdeCaraman ayant «xpHm6 devant lui l'idée que, paîsqu'on était d'accord pou r tenter les moyens de conciliatton, otr pourrait demander au roî de France de se charger du rôle de médiateur entre le CongrÊs et le gouvernement napolitain, il feigoit de trouver cette idée admirable et de vouloir en prendre Tmitiative dans fa Conférence, L'empereur de Russie promit de Tappuyer si elle ôtait en effet proposée p»r ï. deMetternîch. Le gouvernement français, à qm M, de Caraman s'était empre^é d'en faire part» bien qii*uo peu surpris et en défiance de la sincérité des aèiiit>nstratîons du ministre autrichien, autorisa ses plènt* poientjaires à donner suite à un projet qui entnit dans ^ politique^ mais loi-sque cette autorisation arriva à Tropp^u^ il n'y était déjà plus question de ce qui en fai- ••** i objet. M* de Meltt^rnicbqui, depuis quelque temps, *^^il de rencontrer M. deCararaan, sembla ne plus se ^uretîir de ce qui s'était passé entre eux et nia en pleine ^'^férL^nce qu'il eût jamais donné son approbation h une ""^ «lii'il jugeait inutile et dangereuse. L'intervention *^*^>»inelle offerte par le roi de France n'en fut pas
fSÀ HISTOIRE DE LÀ RESTAURATION.
moins consignée au protocole comme un expédient auquel on pourrait revenir si les autres moyens échouaient. La conduite tenue en cette circonstance parM. de Metternich est un curieux exemple de ce qu'il se se permettait lorsque la fortune semblait lui sourire. Elle eut pour résultat de rapprocher momentanément M. de Garaman, justement offensé, des opinions de M. de La Ferronnays ; mais M. de Metternich sut tirer parti de cet incident, pour exciter, dans l'esprit de l'empereur de Russie/un sentiment de défiance et de mécontentement contre la France, sans cesse accusée par les ag^ts autrichiens d'intriguer et de se mettre en avant afin d'exe^ cer une action isolée.
M. de Metternich proposa alors d'inviter le roi de Naples à venir se joindre aux souverains réunis en Congrès pour délibérer avec eux sur la situation. C'est, dit^on, le roi Ferdinand qui, tout entier au désir de se tirer des mains des révolutionnaires, avait chargé secrètement le prince Ruffo de suggérer cette proposition au cabinet de Vienne, c Si le Roi vient, i disait M. de Metternich, c nous lui ferons jouer un rôle plein de noblesse et de i convenance, nous le rendrons médiateur entre le Con- 1 grès et son peuple. Si on Tempéche de venir, nous • aurons constaté son état de captivité, et il ne nous res- 1 tera autre chose à faire que d'aller le délivrer, i Le ministre autrichien indiqua Laybach, en Styrie, comme le lieu où le Congrès pourrait se transporter pour y recevoir le vieux roi. Cette ville étant voisine de l'Italie, il
n'aurait pas, pour s'y rendre, à faire un long voyage dans un climat rigoureux.
La proposition^ présentée d'abord à la Russie et à la Prusse qui l'accueillirent avec empressement, fut ensuite communiquée aux plénipotentiaires de France et d'Angleterre. Déjà, M. de Metternich avait réussi à établir, entre les trois cabinets absolutisies, les seuls qui fussent représentés à Troppau par leurs souverains et leurs ministres des ailaires étrangères, des conférences particulières qui constituaient en quelque sorte un Congrès dans le Congrès. Ces trois cabinets pouvaient y prendre immédiatement leurs déterminations, tandis que les plénipotentiaires des deux États constitutionnels, obligés d'en référer à leurs cours qui, elles-mêmes, devaient tenir compte de l'opinion publique et de celle de leurs Chambres, n'avaient pas à beaucoup près la môme liberté d'action et se trouvaient à chaque instant arrêtés dans leur marche. Il en résultait pour eux une infériorité de position qui secondait merveilleusement les projets de M. de Metternich. Aussi disait-il que la France et l'Angleterre faisaient à peine partie du Congrès, et l'empereur Alexandre lui-môme, contrarié par les lenteurs et les hésitations qui venaient de ce côté, se livrait de plus en plus, sans bien s'en rendre compte encore, à l'influence autrichienne.
M. de La Ferronnays, en approuvant la proposition d'appeler le roi de Naples à Laybach, demanda qu'il fût bien entendu que les empêchements qui pourraient être IX. Ib
ÎÎ6 HISTOIRE DE LA BESTAURATÎON.
mis à son voyage ne suiïiraient pas pour auloriser un recours aux armes. Le comte Capodistrias se proDOBça fortement dans le même sens, c Je me ferais plutôt coui per la main, i disait-il, c que de souscrire à une guerre > aussi injuste que celle que l'on pourrait faire avanl » d'avoir épuisé tous les moyens d'accommodement. »
La légation britannique prit une tout autre attitude. M. Gordon, blâmant ouvertement la combinaison proposée par M. de Metternich et qui, suivant lui, devait aboutir à faire égorger le roi de Naples, déclara que l'Angleterre ne pouvait approuver ni la marche adoptée par le Congrès, ni les principes insoutenables posés dans les Mémoires qui lui avaient été soumis. A quoi bon, disait-il, un Congrès pour une question qui ne regardait que l'Autriche? Il ne s'agissait pas, dans cette affaire, de principes, mais d'un fait. La cour de \ienne avait qd traité avec Naples; ce traité avait été violé; un orage se formait contre elle en Italie. Il ne lui restait qu'à marcher sur Naples. Quel besoin avait l'Europe d'y intervenir? M. Gordon était donc d'avis que l'Autriche ne pouvait trop se hâter de réunir ses forces pour en finir, et il en pressait vivement M. de Metternich. 11 disait aussi : f Nous ne pouvons souiTrir que la France joue » un rôle et reprenne de Tinlluence. »
Il est bien entendu que ces propos, ces appréciations s'échangeaient, non pas en Conférence, mais dans des conversations particulières. M. de Metternich prenait plus de confiance. Il déclarait hautement que la question
HISTOIRE DE LÀ RESTAURATION. tTl
était purement autrichienne. Un de ses confidents intimes^ M. de Lebzeltern, faisait reniarquer que l'Àutriohe unie à la Prusse pouvait disposer de six cent mille hommes, que c'était plus qu'il n'en fallait pour surmonter toutes les résistances, et il affirmait que, pour peu qu'on essayât d'entraver les négociations, le cabinet de Vienne en finirait en donnant à son armée l'ordre de marcher sur Naples. Déjà, M. de Metternich avait envoyé secrètement un courrier à Vienne au prince Ruiïo pour l'engager à avertir son maître de tenir un langage ferme et même menaçant. Ce n'était pas chose facile que d'inspirer au roi Ferdinand le degré de résolution nécessaire pour cela, aussi longtemps qu'il serait entre les mains des révolutionnaires. Ce prince n'avait, d'ailleurs, confiance que dans les conseils et l'appui de l'Autriche, parce qu'il savait qu'elle ne lui demanderait pas de faire de concessions aux libéraux. La France et môme la Russie ne lui inspiraient qu'aversion et défiance.
Les propos hautains des ministres anglais poussant l'Autriche à une guerre immédiate, accusant l'ambition de la Russie, lui reprochant de vouloir se mêler de tout et manifestant contre la France une si profonde haine, blessaient vivement l'empereur Alexandre. Ils auraient pu compromettre le succès des habiles efforts faits auprès de lui par M. de Metternich, mais Alexandre était plus que jamais dominé par une pensée devant laquelle toutes les autres s'effaçaient, celle d'une grande alliance européenne traitant ses affaires en
mun, et cette préoccupation, qui semblait de nature à contrarier les projets du ministre autrichien, devint au contraire pour lui un puissant moyen de mener l'Empereur là où il voulait le conduire.
Alexandre avait fait dresser un projet de déclaration qui établissait un système général de droit politique destiné à servir de base à la discussion de questions semblables à celle qui occupait le Congrès. Gomme il était évident qu'un gouvernement constitutionnel ne pouvait s'associer à une telle déclaration, comme, par conséquent, la France devait forcément y rester étrangère, M. de Metternich, lorsque TEmpereur lui en parla, accueillit avec empressement une ouverture qui tendait à élever un obstacle entre le cabinet de Saint-Pétersbourg et celui de Paris, et à rapprocher, à lier ensemble les trois cours absolutistes. Ces trois cours étant déjà convenues entre elles de préparer ensemble l'action du Congrès et de ne rien faire que de concert, Alexandre se crut obligé de cacher son projet aux plénipotentiaires français jusqu'au moment où l'accord fût complètement établi, sur ce point, entre les cabinets de Saint-Pétersbourg, de Vienne et de Berlin. Cet accord fut constaté par un protocole préliminaire que signèrent pour l'Autriche M. de Metternich, pour la Prusse MM. de Hardenberg ettie Bernslorff, pour la Russie MM. de Nesseirode et Capodistrias, et qui posait les principes suivants :
c Les Étals faisant partie de Talliance européenne qui i auront subi, dans la forme de leur régime intérieur.
HÎRTOrntv HE LA HESTAïîHATlON.
> nne alttTalion opc^rêti par la révolte et dont les suites » &oi**nt menaçantes pour d'autres ÉtatStCeî^se^onl par là f même de faire parUede celle alliance et en resleronL i eiiclus jusqu'à ce que leur situation présente des ga-
> nnim d'ordre et de stabilîtô.
» Les puissances alliées ne se bornerout pas à dé- 1 ciarer cette exclusion, maiiî, fidèles aux principi^
• qu^elles ont proclamés et au respect dû à rautoritè de i tout gourernement légitime ainsi qu'à tout acte qui
• émane de sa libre volonté, elles s'engagent à refuser 1 leur reconnais*;ance aux changements consoojmès par » des voies illégales.
t Lorsque des Etats ou de pareils changements se se^ » ronl ainsi eiïectués feront craindre à d^autres pays un I danger imminent par leur proximité, et lorsque les
• puissances pourront exercer à leur égard une action i efficace et bienfaisante, elles emploieront pour les ra- » mener au sein de Talliance, premièrement des démar-
• elles amicales, en second lieu une force coércilive, si
• remploi de cette force devenait indispensable. » Après avoir posé ces principes^ le protocole en faisait
1 application à la question de Naples* Les trois cabinets convenaient d'employer leur intervention à rendre la liberté au Roi et à son peuple, de laisser dans le pays une armée d'occupation, d'y former, sous la présidence de l'\ûtiiche, une conférence destinée à suivre l'exécution de ces dispositions^ et, comme moyen immédiat, d'inviter Sa Majesté Sicilienne i\ se rendre auprès de# souverains
t^ HISTOIRE DE LA RESTAURATION. *
alliés. Les cours de Paris et de Londres devaient être invitées à faire connaîlre leurs déterminations sur le contenu de ce protocole et à joindre leurs démarches à celles (Jue l'on allait faire auprès du roi de Naples. Enfin, les cours de Rome, de Turin et de Florence, plus particulièrement intéressées dans la question, devaient être informées de l'invitation faite au roi de Naples.
Comme je l'ai déjà dit, l'existence du projet de cette déclaration ne fut révélée aux plénipotentiaires français qu'après la signature du protocole dont on donna lecture^ le 19 novembre, dans une quatrième réunion de la Conférence générale. Les ministres de France et d'Angleterre s'abstinrent, pour le moment, d'exprimer une opinion sur un document qui ne leur avait été communiqué que pour qu'ils le transmissent à leurs cours, mais ils se plaignirent de la manière dont on avait pris la résolution qu'on leur signifiait. Lord Stewart et M. de La Ferroanays, d'accord cette fois, s'élevèrent contre le système des conférences particulières entre les trois cabinets. € Qui nous répond, » s'écria lord Stewart, « que vous • ne vous y occuperez pas de questions et de pays entiè-
> rement étrangers à l'objet pour lequel nous sommes 1 assemblés? i — « Remarquez, > dit M. de La Ferronnays, t les inconvénients de la situation où vous
> placez mon gouvernement réduit à accepter ou i i rejeter un travail de cette importance sans que nous » ayons pu lui Indiquer les motifs qui vous ont insi pires dans sa préparation, et à voir, pendant qu1I
HISTOIRE DE LA RESTAURATION. 23f
» l'examÎDera, mettre à exécution les dispositions qu'il » contient. » M. de Metternich allégua, pour toute réponse, la nécessité où l'on s'était Irouré de hâter la négociation. M. de La Ferronnays ayant prié le ministre autrichien de s'expliquer sur ce que Ton comptait faire dans le cas où le roi de Naples ne pourrait se rendre à l'invitation des sourerains, M. de Metternich répondit que, si les Napolitains empêchaient le départ du Roi, il ne resterait plus d'autre ressource que de recourir aux grands moyens, mais que, si le refus venait de lui, on chercherait, dans les raisons qu'il en donnerait, Un motif pour poursuivre les négociations ou pour en entamer de nouvelles, c Sans doute, » ajouta le comte Capodistrias qui, dans la voie nouvelle où son maître l'obligeait à marcher, essayait encore de conserver à la politique de la Russie une conséquence au moins apparente, t sans t doute, il n'est personne parmi nous qui puisse penser » à employer les moyens d'exécution militaire tant qu'il 9 restera quel(}ue espoir de réussir par la négociation. > Il fut décidé que les conférences seraient suspendues jusqu'à ce qu'on eût reçu la réponse du roi de Naples aux lettres d'invitation que les trois souverains absolus allaient lui écrire et qu'ils lui écrivirent en effet le lendemain, 20 novembre. Le roi de Prusse retourna dans ses États^ lord Stewart repartit pour Vienne, et déjà on annonçait le départ prochain des deux empereurs, soit pour Vienne, soit pour Laybach où devait se continuer le Congrès. L'empereur François aurait désiré décider l'empereur de
BISTOIBE DE LA RCSTACBATIO^f.
^ à MfT attendre à Vienne la 5oite des éTënements; .Vlexandre^ toujours poarsniTi par le sooTenir des «Kf^ws de société qui araient j>té qielqne discrédit sor le Congrès de Vienne et ronbnt en ériter jusqu'à l'appannice, s> rerasa absolument. On resta donc proTisoiivinent à Troppaa, malgré le peu d'agrément et de ressources que présentait cette petite rille, surfont dans une saison aussi arancée.
M. de Mettemich, en reine de succès, arait pensé i profiter de l'occasion ponr faire adopter, par les cours alliées, une série de principes qui ne tendaient à rien moins qu'à ériger le pouToir absolu en loi européenne. Ils auraient établi une garantie réciproque entre toutes les dynasties légitimes et étendu le droit d'interrention jusqu'aux changements opérés dans un pays par le commun accord du souTerain et du peuple. On supposait que le but de cette dernière proposition était de détruire les constitutions récemment promulguées en Bariëre, en Wurtemberg et dans d'autres contrées de T Allemagne, et qui étaient conçues dans un esprit de libéralisme. Heureusement, Fempereur Alexandre, lorsque ce projet lui fut exposé, déclara que le protocole préliminaire lui paraissait suflSsant, et M. de Melternicb n'insista pas.
Les trois cabinets absolus avaient résolu d'informer, par une circulaire commune, tous les gouvernements européens des résolutions qu'ils venaient de prendre. Deux projeta a>aient été dressés^ Tun par le comte de
Bernslorrû rautrc por lecomle Caporlistrias, Co fui ce dernier que 1 on pn'*féra et qiii reçut, ie 30 novembre, la si^nainre des trois.raîîiistres des alïaires tUrangères. Il I j 4^ tait dit que les ùv'éncments d* Espagne, de Portugal et Bde Naples n'avaient pu manquer d Inquiéter les puis- ~ sauces qui avaient combattu la Révolution, qu'elles* avaient dû sentir le besoin d*arr<^ter lesnouveani ma!- Iietirs dont TEurope était menacée, et que tout faisait es- P*^rt*r que ralliance, qni avait fondé et affermi la paix généra le et délivré le monde de la tyrannie militaire du repré^coiant de la Rrv^olution, serait aussi capable de mettre ^^ frein à une domination nouvelle non moins tyranni- V^^^ non moins affreuse, celle de la révolte et du crime; T'îB les monarques réunis dans cette pensée i Troppau avaient la confiance d'y réussir en maintenant invaria- Wettieot les traités qui avaient rendu la paix à l'Europe ; île les puissances ont incontestablement le droit de ^^'^ndre, en commun^ des mesures de sûreté contre les *^^ts dans lesquels le renversement du jîouverneraent^ **pérè par la révolte,* a pour conséqnence nécessaire .'^na attitude boslile contre toutes les constitutions et les *^*iveniements légitimes; que Texereice de ce droit ^*^^îeDt d'une nécessité plus urgente encore lorsque *^^Hx qui m sont mis dans rette situation cherchent k !, *^ndre sur leurs voisins le malheur qu'ils se sont attiré WÈ^ eax-mêmeset à propager autour d'eux la révolte et ^^ Confusion , et violent ainsi le pacte qui garantit à ^^*^« les gouvernemeuL^ européens, outre T inviolabilité
t34 HISTOIRE DE LA RESTAURATION*
de leur territoire, la jouissance de rap[:tottg paisibles excluant tout empiétement réciproque sur leurs droits; que les ministres qui pouvaient éUre murdsy ft Troppai même, d'instructions positives de leurs souverains, s'étaient donc concertés sur les règles de conduite à suivra par rapport aux États dont le gouvernement avait été renversé par la violence et sur les mesures pacifiques ou coërcitives qui pouvaient ramener ces États dans le sein deTalliance européenne, et qu'ils avaient communique les résultats de leurs délibérations aux cours de Paris et de Londres; que la Révolution de Naples s'enracinant de plus en plus et aucune ne pouvant menacer d*nn maniée plus imminente la tranquillité des pays voisins, les monarques réunis à Troppau avaient résolu d'inviter le roi des Deux-Siciles à se réunir à eux à Laybach, démarche dont le but était de le délivrer de toute contrainte extérieure et de le constituer médiateur entre ses peuples égarés et les États dont ils menaçaient la tranquillité; qu'ayant pris la détermination de ne point reconnaître les gouvernements formés par une révolte ouverte, ils ne pouvaient négocier qu'avec le Roi en personne; que la France et l'Angleterre avaientétéinvitéesàprendrepartàcette démarche et que Ton devait espérer qu'elles ne s'y refuseraient pas, le principe sur lequel se fondaitcette invitation étant en parfaite harmonie avec les traités existants, et offrant en outre une garantie des intentions les plus équitablesetles plus pacifiques; que le système suivi de concert par la Russie, l'Autriche et la Prusse n'avait rien de noo-
HÏSTÔfftfe bt LA hÈstAtrwATIOM* M
fCiti, qiïll était fondé snr les maximes mêmes qui araieiit $€Ti\ de ba^ tut convefiticms par lesquelles avait élH CN fûentèc l'alliance des États européens; que l'union intimé eiilre \m conrâ qui se trouvaient au centre de cette conft^dt'^ration s^affermi rail par les mêmes voies qn'avaierU suivie poïir U Tortner les pul^ances auxquelles elle devait son origmeetquî l'avaient fait adopter pea à peu parkmteA te& attires: qTi'auciine Idée de conqtUHe ni aucune prèten* iicm déporter atteinte à rindépendance des autres gouveniemenls dan* leur admiriislration întéHeure, aucun projet d'empêcher des améliorations sages, faites libremf*til et compatililes avec le véritable intérêt des peupli*s, n'avaient eu part à la résolution dei puissinces ; Kptue leur seul désir était de conserver et de maintenir là ^ki^^ de délivrer l'Europe du {llôau des révolutions, de ^Hêloiirner^ d'abréger les maux qui naissent de la vîola- Bllon de tous les principes de Tordre et de la morale, et 11*& de telles conditions elles croyaient pouvoir compter ^v lessaffr.'iges unanimes du monde.
Celle circulaire, par la manière dont elle commentait ^&protocole préliminaire, enaugmentaît encore la gravité, Elle fondaU, au sein môme de l'alliance des cinq grandes P'^'^nce-S^nnc alliance plus restreinte, composée des trois puissances absolutistes, qui. en nïppelantqii elles avaient mmé Je noyau de la grande coalition contre Napoléon, ^ Présentaient comme appelées à donner le mouve- Wrol jji 1^ politique de TEuropret faisaient clairement en- *^dre qti'au besoin elles agiraient seules, avec la i^ii-
fiance d'entraîner encore une fois à leur suite les autres gouvernements. Cette alliance, tout en n'agissant encore que contre Naples, posait des principes qui menaçaient directement tous les États où des changements politiques s'étaient accomplis ou s'accompliraient par tout autre moyen qu'une action absolument libre du sourerain. De telles manifestations plaçaient dans une position trèsfausse et très-pénible les deux grands Étals constitutionnels.
Bien que M. de Metternich eût fait dire à lord Castlereagh qu'on n'avait pas eu l'intention de se séparerde l'Angleterre ni de lui manquer d'égards et qu'on ne voulait ri^D changer aux traités ni aux rapports d'alliance Je ministre anglais exprima une extrême irritation c N'est- » il pas inoui, » dit-il à M. Decazes, c que trois cours, » sans communication^ sans concert préalable avec deux . » autres gouvernements dont elles ont sollicité le cou- » cours, se permettent de discuter et d'arrêter déGnitive- » ment un code de police internationale, s'établissent » ainsi les régulateurs de tous les intérêts et déclarent » une guerre éventuelle en subordonnant cette guerre à » des circonstances dont elles se réservent d'être les
• juges souverains? C'est la monarchie universelle pro-
• clamée et mise à exécution par trois puissances, par » celles-là même qui se sont déjà entendues pour asser- » vir et partager la Pologne. Si le roi d'Angleterre si- » gnait le protocole on question, je ne doute pas que c^ t ne fût l'acte de son abdication. > Lord Qastlereagh
HISTOIRE HE LA RESTAURATION. f37
ctnait de ces coDsid/Talions qu'en présence des cours ^*feolulUtes, il fallait que les gouvernemenls coiislilalianneb se concertassent aussi. M. Deazes^ allacliant à des propûs inspirés par un mouremeut de colère et de dépit une portée qu'ils n'avaient pas dans la pensée de leur auteur, se persuada qtt*une alliance entre la France el l'Angleterre olait possible et désirable. Plein de cette convictioo, il s'efforça delà faire partager à son gouver* nemeot, et comme les mouvements qu'il se donna dans ce sens avec sa vivacité habiluelle ne pouvaient guère rester cachés, ils fourni reot à M. de Melteruich un nouveau I moyen d^exciter, dans Tesprît de Temperour Alexandre, d«s préventions défiantes contre le ministère français, qu'il I accusait de vouloir se séparer de Tailiance continentale» ' Il s* en fallait de beaucoap, pourtant, que >L de Hichelîêu et M. Pasquier, mieux informés que M. Decazes de 1 étal général de TEurope et des dispositions des divers cabinets, eussent Tintention d'entrer dans la voie qu'il leur indiquait* La situation de ia France était bien embarras- ^ûle. Encore incomplètement remise de ses désastres, ^î^tit i peine un commencement d'armée» en butte, de la l^^t de TAutriche, de la Prusse et de l'Angleterre ello- ^^mc, à une malveillance bien peu déguisée et ne se sou- **ûaût que par 1 appui de la Uussie, elle risquait, en se %Vânt trop absolument du concert des .autres cours ^^Unentales, de se voir exclue du grand conseil euro- ^^ uù elle avait eu, deux ans auparavant, tant de f^^^ù à se faire admettre sur un pied d'é^jalitè; en bles-
tSé HISTOIRE DE LA RESTAURATION.
sanl rempereur Alexandre, dont ee concert était pltt& que jamais Tidée favorile, elle coarait le danger de perdra sou appui el de se trouver réduite à an isolement qui eu. ^ été pour elle réquivalent de la nullité et de rimpoissane^ Entre ces périls et celui de i)lesser en France le senti ment national, de se créer des difficultés parlementai] en ne protestant pas contre les doctrines du protocole d Troppau, on conçoit que le ministère françab ait hésil Malheureusement, il ne lui était pas possible de les év iter tous à la fois, et la voie moyenne où il essaya de it placer devait nécessairement Texposer, de tous les cûté^^ à bien des reproches.
Le 3 (^cembre, Louis XYIII écrivit au roi de Napl^^ une lettre dans laquelle il lui disait qu'informé par s^st alliés réunis à Troppau de l'inTitation qu'ils lui ayaierm ^ fait parvenir, il croyait devoir se joindre à eux, et commit ^ membre d'une alliance dont le seul but était d'assarer hs^ tranquillité et l'indépendance de tous les États, etcomm^ souverain d'un peuple ami de celui que gouvernait &^ Majesté Sicilienne, et encore comme parent sincëremaa ^ affectionné, pour le presser de prendre part, en personne^ à la nouvelle réunion qui allait se former. Il ajoutait qui^ l'intention des alliés, dans cette réunion, était de con^ cilier le bien-être dont la sollicitude paternelle da roi des Deux-Siciles désirait faire jouir ses peuples ajec^ les devoirs qu'eux-mêmes avaient à remplir envers 1^ monde^ que la gloire la plus pure attendait le roi Feidinand, qu'il concourrai! à raffermir en Europe \û3
IIÏSTÛÎBE OE lA RESTàlîllATION.
\ de [ordre social^ qu*il préservera il ses fieiiplBS de&
m'ilboursijiii les [naQai}ai6nt, clqu il ûssuierail, jinr Vao-
eard mi néeemwe du pouvoir avec la féerk^ leur bonheur
clfeur prespérilê puur uue longue suite de générations.
m Si mes tnfirmitc's reussent permis, » disait encore
HLciubXVlIU * j'aurais ronlu accompagner Votre Majesl/*
» à cette auguste réunion; mais lorsqu'elle verra que,
^f pour lui écrire dans une pareille occasioni je suisforc^^
^^ de me servir d'une main étrangère, elle jugera facile^
\ mmi de l'impossibilité où je me trouve de suivre, à cet
* Ègîfd, l'impulsion de mon cœur, £ile pept toutefois
» compter que ceux de mes ministres qui y a-sisterouL
» an mon nom ue négligerout rien pour suppléer à tout
■» ce qu'elle aurait pu attendre de mot-méme. > Le Roi,
Hen Buiss^inl, disait qu'il avait ta conviction intime que la
HprêïkeDce du roi de Naples au milieu des souverains alliés
"serait pour lui le moyen le plus assuré de garantir les
^^i6alaits diî la paix et d'une sage liberté.
La gouvernement français se flattait de respéraucûf ^ilheureosament bien mal fondée, que l'arrivée du roi ^^ Napleâ à Laybach amènerait nue négocia tiou véritable, 9^'oïi se ferait des conce^ssiona réciproques, que peut-otro '^^Ble, malgré M. deMetierpich, ou arriverait à l'adontion ■P*^ ne constitution et quil u'y aurait plus lieu de recon- ^^ à la force.
b^es instructions conçues dans le sens de cotte lelire •^«icnt été envoyées à MM. de Caramâu et de La Ferron^ **^y». Ils demandèrent la réunion d'une conférence gêné*
raie pour faire part aux ministres alliés des intentions da gouvernement français. La Conférence se rassembla le 7 décembre. Dans le Mémoire dont on lui donna lecture, le cabinet des Tuileries ne parlaitqu'en termes généraux des principes adoptés par les trois cours, mais il annonçait la volonté de se joindre à une action qui était destinée à assurer la paix de l'Europe. Il déclarait que, dans le cas où, la guerre venant à éclater, l'Angleterre croirait devoir cesser de prendre part aux délibérations des puissances alliées, la France n*en continuerait pas moins d'y* participer pour essayer de tempérer les maux de la guerre. 11 se prévalait de cette adhésion même pour insister sur la nécessité d'épuiser tous les moyens de coociliation avant de recourir à la force, et il proposait, pour assurer le maintien de l'ordre public à Naples, d'y substituer au moyen onéreux, teiHporaire et insuffisant d'une armée d'occupation, l'établissement d'une forme de gouvernement capable de se soutenir par elle-même et appuyée sur le concours de tous les intérêts, en un mot d'un gouvernement libre.
M. de Metternich, après avoir exprimé, au nom des trois cours, la satisfaction qu'elles éprouvaient de voir la France s*unir si franchement à elles, combattit Tidée d'établir à Naples un gouvernement libre en alléguant qu'il n'y aurait pas de convenance à prescrire au Roi le mode de gouvernement qu'il devrait préférer. Dans l'état et la disposition du Congrès, cet argument était sans réplique. Aussi, M. de La Ferronuays s'empressa-t-il
lUSTOlRE DE LA HESTAIÎRATION, Si!
â'e\pliqiier que la France n'avait mis celte idée en avant que poaf le cas où le roi de Naples Jemanderait les con- 'leils de ses alliés. Le comte Capodistrias appuya celle ixplic^linn eu termes bienveillants pour la France. 11. Gordon ii*eDtendil qu'avec ud déplaisir peu dissimulé I communication Trançaise, EiTrayé de T isolement ou nie allait placer TAngleterre, il avait vainement essayé J'engage r M, de Caraman h ne pas donoer suite, en ce point» aux instructions de son gouvernement.
Si r Angleterre était mécontente, la Russie était satislite^ etc^ètâii là le but que s'était proposé le cabinet des toileries. L'empereur Alexandre félicita M- de La Ferfonnays de la ri solution par laquelle le gouvernement lu roi venait de s'allrancliir de IVspèce de dépendance où 1 avait d^atjord semblé vouloir se mettre envers un gou- Krernemeut qui nlndiquait ni sa marche ni ses intentions, loua le Mémoire présenté au nom de h France comme uoissânt la bonoe foi et la justice à Ténargie qu'exi* îent les circonstances, et comme conciliant, avec la tion et la dignité du gouvernement du roi, les égards |u'il devait à ses alliés. < C'est tout ce que je désirais, t ijûuta-t'iU ■ et plus que je n aurais osé espérer. * Ces iernières paroles élaient bien certainement le retlet des lèfiances et des soupçons dont M. de Metteruicli était déjà ^nrenu à remplir Tespr il de rEinpereur. Alexandre parla lus&i de la commuuaulé de vues et de sentiments qui exist entre le Hoi et lui, et il dit qu'avec Taide de la France IX. IG
il conservait encore Tespoir d'ëriter la guerre tout en détraisant la révolution.
L'arrivée du général Pozzo^ qu'il avait appelé de Paris, le confirma dans ces dispositions. Le général lui lit un magnifique éloge des progrès qui s'accomplissaient en France dans tous les sens, tant au point de vue de la richesse et de la prospérité publiques qu'à celui du rétablissement de l'ordre et des principes monarchiques. Vainement M. de Metternich, qui craignait l'influence de cet homme d'État sur son maître, s'cfTorça de le capter, de le convaincre de l'impossibilité de se fier à la France tant qu'elle ne serait pas gouvernée par un ministère plus monarchique, de lui faire partager ses préventions contre le comte Capodistrias. Le général Pozzo ne répondit rien à ces insinuations dont le seul effet fut de le mettre en défiance et en garde contre la politique autrichienne. Sous un autre rapport, cependant, et pour le moment c'était le plus important, il vint en aide à cette politique. On l'entendit, non sans surprise, parler de la révolution de Naples, des Napolitains et des Italiens en généiral, de leur état social et des défauts qui, suivant lui, les rendaient complètement impropres «\ un régime de liberté, avec une sévérité, une violence même qui dépassaient tout ce qui avait été dit jusqu'alors à Troppau. Il fallait, disait-il, donner au monde un exemple éclatant et écraser se<^ ennemis pendant qu'on les tenait sous ses pieds. M. de Richelieu et M. Pasquier, qui l'avaient constamment trouvé d'accord avec leur politique de modération et
UISTOIEB DE LA RESTAOHATfÔN. m
Iquu pn le voyanl partir pour le Congrès^ s'étaient flalto d»* Tespèrance qu'elle allait y compter un nouvel organe, furent singulicremf^nt Ctonfiôs lorsqu'ils apprirent ratli» tude qall y avait prise. Très-Yraîsemblablement, enarri- Tant à Troppan, il avait reconnu qu'il s était opéré, daot les sentiments de l'empereur Alifxandre, un cliangement plus considérable que ne le soupçonnaient lespiiHàpoten^ aires frangaÎB^ et il n'avait pâs voulu risquer son crédit lyânt de lutter contre ce changement* Il disait^ eu effet, qu'il avait trouvé TEmpereur, son maître, plus animé contra I&à Napolitains que ne pouvait Tétre lemjiereur Franrois lui-même.
■ Il j avait déjà plus de quinze jours que M* de Motter- ^pMl écrivant au cardinal Coosalvi, pour 1 inrormer de ce Iqut&e passait au Congrès et pour insinuer auSainl-Siége
1« peUîM^e de prendre des mesures contre les varhonaru s*lliîl eiprimé en termes analogues sur les modiGcations c}u*avaient éprouvées les opinions du puissant souverainduNord. t L'empereur de llussie, » avait-il dit, t esl i COQ vaincu aujourdliui de T influence dangereuse des so^ > ciél^gecrètes. Son imagination ardente lut fait passer fai cilement les bornes d'un calcul sévère* Aussi, met<il sur leur compte tout ce qui leur appartient et beaucoup d^^ ijeqiii ne leur appartient pas.,. L'empereur Aleiandre plui pvm aujourd'liui de passer les bornes de l'utile i qu9 de se maintenir en deçà du nécessaire. M n'en es^i
■ > pa» tûui à fait de mt^me encore de tous ses conseillers, t mais les conseillers, en Russie, sout peu de cbobo. L'auto*
iU HISTOIRE DE LA RESTAURATION.
» cratie n*est nulle part plus en évidence que dans ce ca- » binet. >
Il est curieux de voir comnieot M. de Mettemich jageait cette exaltation qu'il mettait tous ses soins à entretenir dans Tesprit de l'empereur Alexandre.
Dans une réunion de la Conférence qui eut lieu le il décembre, les ministres russes proposèrent, de la part.^^ de l'Empereur, de déférer au Pape la médiation dans Ioj-^'tk cas où le roi de Naples ne viendrait pas à Laybach. < Si ^ *\
» le Roi, » dirent-ils, t est empêché de se rendre à l'invi i-
» tation des puissances, la justice exige encore qu'avant^V ^t
> d'employer les voies coërcitives on éclaire les Napoli ^-i-
» tains sur leur véritable situation. On ne Toit qa*une^^ '^ 9 autorité qui puisse le faire, c'est celle du Saint-Père.— ^* » Dépositaire du pouvoir spirituel, pontife et souverain^* ^^^ • Pie VII parlera à la conscience et à la raison des Napo—^^^*^ » litains; l'autorité spirituelle du chef de l'Église con — j^' » damnera des serments imposés et profanés par le crime^^-^ » et par les associations subversives que TÉglise frappet^^^ » de ses anathèmes. La religion agit encore puissamment^ ^^ » sur les esprits... On pourra alors établir sur les lieux^^^
1 une négociation de paix, dont le but sera la restaura^
I tion du pouvoir légitime et rétablissement de garantie^^^ » qui assurent à Naples le bienfait d'un ordre de choses-» f favorable au rcposde la Péninsule et du continent eunK» 1 péen. Un préviendrait ainsi les désastres d'uneguerre. »
La proposition russe ayant été acceptée d'avance par toutes le^ puissances, le comte Gapodistrias donna lecture
HÎSTDItlK 0K LA IIESTAURATÏON,
d*iiii projet de note collective à adresser au Pape pour lut oiïrir la médiation. Il fut également approuvé. M. de Metternich^ qui croyait au refus de la cour de Rome, ne sa contenta pasd'adliêrer, comme les autres plénipotentiaires, à la combinaison imnginée par l'erapcrepr Alexandre: il en parla, dans la Conférence, en termes d'admiration qui faisaient un singulier conlrasle avec ce qu'il en disait dans les conversations particulières. On a soupçonné qu'il était déjà secrètement informé du consentement du roi de Naples h rinvUation qui lui avait ùlé transmise.
Lorsque cette invitation était arrivée à Naples, elle avait trouvé le pays dans un grand état de fermentation, Le Parlement^ dominé et terrifié par le mrbonammej retentissait de déclamations contre l'étranger et d'excitations â courir aux armes pour repousser une agression dont rimminence ne pouvait plus échapper aux esprits les moins clairvoyants* On organisait, on mobilisait les gardes nationales; on dirigeait sur les frontières des corps d*irmée ou ces gardes nationales étaient mêlées aux troupes de ligne; on fortifiait les places et les défilés des montagnes. Des volonlijires venaient s inscrire, demandant à mourir les premiers pour la défense de la patrie et de la Constitution; des députations des provinces offraient au Parlement Tappui des populations et te conjuraient de se refusera toute concession.
Cependant, les ministres, qui appartenaient au parti libéral modéré, crurent pouvoir profiler des difiicultés mêmes de la situation pour essayer de substituer, à Tin*
t45 HISTOIRE DE LA RESTAURÀTIOIi.
forme constitution empruntée à l'Espagne, «ne charte analogue aux institutions de la France et de i^Anglelenre. Il parait certain que l'idée leur en avait été so^érëe, non pas par le gouvernement français, comme on le crut d'abord en Angleterre où les esprits en conçurent quelque ombrage, mais par leur agent non reconnu à Paris, ie prince Cariati, d'après les conseils de quelques personnages considérables de l'opposition avec qui il était en relations, tels que le maréchal Suchel, le général Belliard et le comte de Mosbourg. Ces deux derniers avaient été am service du roi Murât. Quoi qu'il en soit, le roi Ferdinand, dont l'esprit était continuellement obsédé par la crainte des poignards des carbonari^ feignit d'entrer dans ce projet. L'excès des terreurs qu'il éprouvait le réduisait, non pas seulement à dissimuler ses sentiments et se»s vorax réets, mais à exprimer avec exagération des idées tout à fait contraires. Dans ses entretiens en apparence les plus intimes, il engageait ceux de ses fidèles serviteurs qui menaient lui demander des ordres, des directions, h se rattacher au nouveau régime. Il disait aux ministres étrangers, et particulièrement au chargé d'affaires de France, M. de Fontenay, qu'une constitution était absoiument nécessaire. Le duc de Galabre tenait le même langage avec plus de sincérité. Dans la nuit du 30 novembre au 1" décembre, le Roi, se conformant à l'avis de son fils et de ses ministres, appela auprès de lui ies représentants des grandes cours, et, seul avec eux, ienr déclara q«e son intention était d'établir dans les
lilSTOlIlE DE LA IlESTAlîn ATION.
Deiim-Siciles une formelle gouvernement qui garantît le - vote de Timpôi par deux chambres, la responsabilité des I ministres et U liliertè de la presse. I Le leodemain, le duc de Caropochiaro, ministre des ^^Kres «Hran^êres, présenli au Parlement, en comité ^^Kfet, on meîssage roy:it porlarilque^ dans les circon^^
iinœs critiqués où Ton se trouvait par rap(mrt aux
Ipuissatices étrangères^ le Roi âvail conçu l'espérance do pnivenir tes calimilêâ de la guerre en ofclenant la ■édittion de la France» et qu*il iHail îî^suré de robtenit flloy«iifiant certaines modifications à apportera la Constituttou. Lfes plus considétables consistaient dans TéUblisflttent d'une chambre des pairs et la concessioti à Tauiôritê royale de Tiniliative U^gtslalive, du i*^/fl absolu et dn droit de dissoudre la chambre élective. I*ans la disriïçsi*m qui f^'engagea mir cette proposition, la plupart ivihs ft^poussèrent a^ec violence la pensée de cbangèr les hases empruittèes h h constitution espagnole* Un décret fut rendu, q^i portait que les u*>gociatïons BTêc les puissances élrungères élant dans les attributions du monarque, le Parlement n'avait pas à s'y inoimiscer, et 011 vota ensuite mm adresse au lloi, d'ans laquelle la Chambre, rappelant les serments priâtes â la Conslitution, lui exprimait la résolution de braver tous les périls pour la conserver intacte, sans dissimuler les conséquences possibles d'une telle résolution » et en les peignant même d<*ft plus sombres couleurs.
Lm choa^s en étaient la lorsqu'arrivcrent à Naples les
lettres écrites par les trois souveraÎDs réunis à Troppaa. Le 5 décembre, le duc de Galabre, après s'être concerté avec son père et les feprésentants de ces trois souverains, en donna cooQmanication au conseil des ministres. Il fat décidé que le Roi se rendrait à Tinvitation qui lui était faite, et, le surlendemain, les ministres portèrent au Parlement un nouveau message par lequel le vieux monarque^ en lui annonçant cette détermination, déclarait qu'il se proposait de faire tout ce qui dépendrait de lui pour assurer à ses peuples les bienfaits d'une constitution sage et libérale et témoignait le désir qu'en son absence et ju^u'à l'issue des négociations le Parlement ne proposât aucune innovation et bornât ses travaux à l'organisation de l'armée, le duc de Calabre restant investi des pouvoirs qui lui avaient été conférés antérieurement. Après la lecture de ce message, le ministre des afTairesélrangères demanda, au nom du Roi, une prompte réponse, et, pour justifier cette insistance, il expliqua que les souverainsne devair'nt rester que peu de temps à Laybach. Bien que la Chambre fût préparée à cette communication et que les ministres, par les pourparlers qu'ils avaient eus avec quelques-uns de ses principaux membres, eussent cru s'y assurer l'appui d'un nombre imposant de suffrages, une vive émotion se manifesta. Le président déclara que le Parlement prendrait en considération singulière le message royal et y ferait, dans le plus bref délai possible, une réponse digne de In nation et analogue à la circonstance. Les ministres s'étant retirés, on décida, à la suite d'un
mSTOlBR PE LA RESTAIIRATIOÏÇ.
2ia
d*^t>3l tumiillueuic et aux cris di^ux fois répétés par les Iribu fies. In Constitution d'Esjmfjne ou la mort^ qu'nne co oûmission spéciale présen lirait, le jour suivant, un rapport sur le message .
k t^m tm-bffnari étaient livrés k une grande agitation, Cr^ôîgnant tout ce qui pouvait aboutir a une transaction et i^edontant également le retour du despotisme et VH^blissseEuent d'une liberté régulière qui les eût réduits à la ntil liié, ils avaient appelé à eux tous leurs affiliés. Des éTx% i ssâtres étaient allés semer Talarme dans? les provinces, lueurs rrMto ou assemblées particulières étaient réunies, l'assemblée générale sïlait déclarée en permanence jusqu'à la fin de la crise et avait fait sommer les députés ^« tuâintenir intacte la Constitution. Des bandas armées parcouraient la ville en criant la ComtHuîion d'Espagne **•« ic mort et en arrachant des murailles le message royal *ÎU *on y avait placardé. Au palais, ta terreur était grande. *^ i^arde y avait été doublée, tous les postes renlbrcés, I ^^ l 'aspect des canons braqués contre le peuple augnien- ^11 eacore rémotion*
Tel était TelTroi général que, le 8 au matin, avant de
^ Rendre au parlement, bon nombre de députés crurent
<l^^oir, les uns faire leur testament, les autres se préparer
P*r des actes religieux à la murl dont ils se croyaient
•ï^^uncés. Pour pénétrer dans la salle des séances, ils
^^renl à traverser la foule des carbman qui en encom-
l*ï^îiil les avenues et le vestibuL\ et qui leur renouvela la
^mnialton de défendre contre toute atteinte Ka^uvre des
Certes espagnoles, leur montrant les poignards dâstioâs, disait-on, à frapper les traîtres.
Le débat qui s'engagea fut très-animé. Les miiHfiire« y furent rudement traités, surtout à l'occasion du message antérieur par lequel ils avaient proposé de modiCer la Constitution. Les opposants s'étonnaient de voir annoncer le départ du Roi comme nne chose dijà résolue, alors que la loi fondamentale ne lui permettait pas de sortir du royaume sans le conseatement du Parlement. Cependant l'assemblée, unanime par terrear plus qae par conviction contre l'idée de modifier la Conslitution, ne se montra pas contraire à celle du départ du Roi prar Laybach. Un député révolutionnaire affecta même d'ayoir la ferme confiance qu'un roi aussi religieux , pelii-fUs par le sang comme par ses vertus de Henri IV et de saint Louis, défendrait dans le Congrès des instiiotioiis auxquelles il avait prêté serment, et qu'il ne serait pas assez malheureux pour se parjurer et pour fouler aux pieds la dignité de la Couronne, assez dénaturé pour aban* donner sa famille aux périls de la guerre et de la haÎBe publique. La résolution à laquelle on s'arrôta, ce fut d'envoyer au Roi une déclaration en forme de décret, portant que le Parlement n'avait pas la faculté d'adhérer à ce que le message contenait de contraire aux serments mutuellement prêtés et au pacte social établi par Ja Constitution ni de consentir au départ du Roi, à moins que le but de son voyage ne fût de soutenir cette coustitution.
{fl^tOIRE DE LA UESTAUWATIOW, «
A cette déclaration, le Roi répondit par un rescril qai^ poar faire Cfsser toute txjoivoque, aflirmail qull li'avait iamais eu la pem^e de violer la ConHituiion, raai^; que, comme en l'adoptant au moh de jtiillet préad^^^nt îl avait réserrô à la repré§enlalion ualionaie le droit d*y faire 1^ changements nécessaires, il croyait que mn intervention à Laybach pourrait être utile atîx intérêts du pays on laisâot agréer par les puissances des projets île modiliea lions taileît(|ue, sans porter aucune atteinte auicdroitâ de la nation^ elle.^ lisent disparaître totit prétexte de guerre. Le rççcrit ajoutait qne le Koi, en s* adressant au Parlement, atail entendu se conformer à larUcle do la Constilulion qui hii inlenlisaUde sortir du pays sans le consentement de la Chambre, Le Pariement, non satisfait encore de ces explieations, y (it, le 9 décembre, une réponse empreinte d'un sentiment de déBance bien prononcée. Il y disait que la Constitution d'Espagne n'èUiit désormais susscep*tibte d'aucune autre réforme que de celles que la représentation nationale jugerait convenable de proposer^ et il ^fdait le silence sur le consentemenià donner an départ du Bui.
L'opintâireté du Parlement l'emporta enfin. Le roi Ferdinand, épouvanté par lei^ mouvements {K>pu la ires, croyant sa vie en péril et n'étant plus préocenpè que de b pensée de fuir personnellement ce péril sans s'tnquioter beavooap du sort de am% qu'il y laisserait eKpos4'^s, consentit à tout ce qu'on désirait. Par un nouveau re?>crit en d^ta du UK il pr^>te^ta que son inle^TerLiton à Luybacli
n'aurait d'aatre objet qne de maiDlenir la Gonstitation et d'empêcher la guerre ; il demanda au Parlement de déclarer, en termes positifs, s'il consentait à celle intervention et, s'il y consentait, de désigner quatre de ses membres pour l'accompagner. Le Roi accepta, en même temps, la démission des ministres dont il désavouait ainsi la polilique, et leur donna pour successeurs des hommes dont les opinions passaient pour être plus conformes à celles du parti dominant. Le doc de Gallo eut le département des affaires étrangères.
Celle fois, le Parlement parut satisfait. Par un décret du 12, il accorda au Roi la faculté de sortir du royaume et, conformément à sa demande, déféra, en son absence, l'autorité royale au duc de Calabre avec le titre de régent. Il ne s'expliqua pas sur la désignation des quatre dépulés dont le Roi avait exprimé le vœu d'être accooi* pagné.
Le lendemain, une députalion de vingt-cinq membres alla porter au Roi celle réponse, et, dans le discours que lui adressa le président, il insista fortement sur l'espérance que les désirs de la nation ne seraient pas trompés. La réponse du Roi fat assez vague. Le lendemain matin, pour évilcr la fatigue d'un long voyage par terre, il s'embarqua pour Livourne, avec la duchesse de Floridia qu'il avait épousée depuis la mort de la reine, et accompagné d'une suite peu nombreuse, à bord jiu vaisseau anglais le Vengeur, commandé par le capitaine Maitland, celui-là même qui, en 1815, devant Rochefort, avait
HISTOIRE DE LÀ BESTAUflATÏON, Ï33
i son bord Napoléon fugitif après la k Là il le de lU'rloa^ Ce bâtiment mit aussitôt à la voile, mais le temps et un accklenl de mer Je forcèrent à relâcher à Balaoù il dut séjourner pendant deux jours. La famille royale et desdépulationsdu Parlement, de la muûicipalité et de Tarmée, vinrent y présenter leurs hommages au Roi et prendre de nouveau congé de IuL Bien qu'à bord d'un vaisseau anglais il n eût plus à subir aucune pression^ le langage qu'il leur tint fut semblable à celui qu il avait tenu avant de s'embarquer. On remarqua même qu'il ivait encore sur ses vêlements les couleurs du carbonarisme qui, adaptiîes dans les premiers moments de la révolution par tous ceur qui s'y étaient ralliés de force ou de gré, mais tombées depuis en désuétude, n'étaient plus portées que par les plus ardents sectaires. Le iti dùctiubre, le vent étâDl devenu plus favorable, le Kcfm/nir put se diriger vers les c<ites de la Toscane.
Les révolutionnaires, en réduisant le Roi à cette huraîliatioOt en lui imposant une tâche impossible, crurent avoir remporté une grande victoire. Ils venaient de porter un coup funeste à la liberté. Sans doute, au point ou M. de Metlernich avait déjà amené les choses^ il serait diflicile d'aflirmer que le Parlement napolitain, en acceptant la médiation de la France et en uiodiliant la Constitution, aurait réussi a prévenir Tinvasion étrangère, mais il est au moins certain qu1l eût créé de grands obstacles à Taction du cabinet de Vienne, que l'empereur de Hussie aurait hé^^ité a se pronoooer contre un gou-
»i HISTOIRE DE LA RBSTÂUBATIOII*
Ternement rallie à ces principes de manarMe i^ time et comtitutionnelle dont il avait lui-mAme 616 longtemps le plus zélé propagateur, et quen toat casTopinion des hommes modérés et sensés aurait flétri «ne intenrention hostile, s exerçant dans de teiles conditions.
La folle conduite du Parlement et les démonstrations révolutionnaires qui en avaient été raccompagneiDAnf, fournissaient, au contraire, des arguments puissants i M. deMetternich.
Avant môme que la nouvelle des événements de Na-
pies ne fût arrivée à Troppau, ce minbtre ne cessaiti^^t de dire que TAutriche ne donnerait jamais son assenti — .^r ment aux promesses que le Roi avait pu se laisser arra — .-^bl* cher. LfO général Pozzo, s'exprimant dans le même sens^^^^ disait aux plénipotentiaires français qu'on ne pouvair^WU songer encore à établir des constitutions en Italie, qumMc^àt c'était la pensée personnelle et bien arrêtée de l'empe^^^^^ reur Alexandre et qu'il importait que le cabinet des Tav m^Miileries ne se fit aucune illusion à cet égard. M. de La Fer * ronnâys se montrait d'autant plus surprit de affirmations que, comme il le faisait remarquer augéné^ ^^^ rai Pozzo, les discours que lui avait tenus jusqu'alorK '^^iv l'Empereur lui-même et les déclarations verbales e^ ^^ écrites de ses ministres, l'avaient autorisé i se formef^a^/* une tout autre opinion des intentions de ce monarque. ^BS/ ajoutait que s'il était question d'empêcher le roi de Na^v* pies de donner une Constitution à son peuple, on n^^
HÎSTOini: DE LA HESTAtînATTON,
I croifiiit saiîs doute pas devoir rtKîlamer pour un tel pro- I jet le coiïcoîifs dn ta France,
■ La position des deox grands gouvernemeDts constilutioiineh devenait de plus en plus hume et diflicilcdatis le Gongrôs. Dé^ifant conserver l'union apparente des cinq puis^ancess ils avaient jusqu'alors évité de se pro-
■ noneer sur les principes et demandé aux trois Coqfs ^hmluthieB de leoren épargner la nécessité, en s'abâtenant de rien publier f]UÎ blessât trop fortement leurs doclrine^. Mais ces ménagements convenaient peu à T Au triche qui wfmhii séparer la France de la Russie, et ils ne conve^ naient pas davantage à Tempereur Alexandre, tant p^rce quil désirait, en écartant TAngleterre, s*assarer ia do-
Imination du continent que parce qu'il était dans sa nalEre et dans ses habitudes de proct»der par déclarations el par professions de foi. Le protocole préliminaire et la ctreu faire du 3 décembre avaient, comme nous l'avons
■ vu, porté â la connaissance du monde, non-seulement les rrsolutions des trois Cours, mais les maximes sur le^ quelles elles étaient fondées. D&slors^ les deux gouvernements oonstitntionnela $B trouvaient dans Timpossibi* bîlilé de garder un silence qui les aurait compromis, parce qu'on l'aurait considéré comme un acquiescement à ces mtitiines.
H Le prolocole préliminaire avait excité à Londres une profonde indignation. Lord Liverpool et lord Casllereigh durent démentir dans le Parlement un passage de la circulaire des trois Cours qui supposait que les principes
professés par elles avaient Tapprobation da cabinet de Londres. Ils déclarèrent qu'ils considéraient cooime ég'^lement contraires à l'indépendance des nations et à Vesp ^'^ de la constitution britannique, les doctrines qui tendais '^^ à appuyer indistinctement toutes les révolutions ou à ^ ^ condamner toutes. Lord Stewart reçut l'ordre de dema ^^' der une réunion de la Conférence, et, dans cette vkmC^^ qui eut lieu le 17 décembre, il donna communicatic^^^ d'un Mémoire que lord Castlereagh lui avait envoyé poc^^^ bien établir la position de l'Angleterre. Il y disait que I Majesté Britannique reconnaissait la nature pernicieas des changements qui s'étaient opérés à Naples, mai'^ que, n'y voyant pas pour l'Angleterre un danger asse^- ' imminent pour qu'elle dût se rendre partie dans uc système d'intervention coërcitive, Elle avait donnéà soi^^^ ministre à Naples l'ordre de déclarer sa neutralité,... .^i^^ qu'Elle ne prétendait pas juger la conduite des autres^^ puissances, que plusieurs d'entre elles, et notammenU l'Autriche, étaient dans une position différente de celle de l'Angleterre, que, quant aux questions d'Espagne et de Portugal^ Elle pensait que la situation de ces royaumes ne saurait justifier en ce moment une intervention quelconque dans leurs aflaires intérieures, qu'Elle regardait comme impraticable et dangereuse l'idée développée dans le Mémoire du gouvernement russe d'établir un système général d'intervention; qu'à son avis -chaque puissance avait, dans le cas d'une nécessité réelle, pratique, évidente, le droit d'exercer une telle intervention
îlfAlJRATTOW*
pour h défense de ses propres inlérèts, mais qae ce cas ne pouvait dcv^mir, à prhrK Tobjct d'une alliance entre lesgntndêii imissances de rEyrr»pe, que si des stipulalions de celle cspÊceavarenlôltJ canclaes en 1815 contre la F m née, olles Maipîit fondées sur le caractère d'oppre^^sion et de conquête qu*avait pris \i\ révolution Trani^nisc, et que cet exotDple ne pouvait 'être universellement appliqué à toutes les rt^volu lions .
Il parait que lord Stewart^ en même temps qu'il pré-
seolâit celte not£ à la conTèrence, remit au prince de
Melternicli^ dans le pins grand secret, une autre note
qu'il le pria de détruire immèdiatemcut, et dans laquelle
le cabinet de Londres ôlablbsait riadèpendance absolue
de chaque État et son droit d'effectuer à Tin teneur tous
les changements qu*il jugeait conveniibles- Cette pièce,
dont ou a peine à comprendre le but, devait rester et
Visla ignorée de Tempercdr Alexandre.
Ce prince, bien qu'informé à l'avance de la substance de la DOle que lord Slewart était chargé de présenter à b conférence, en fut tré^-blessé, parce quMI ne pouvait méconuatlre qu'elle était exclusivement dirigée contre la pûlittiiae développée dans le Mémoire du cabinet de Saint-Pélersbonrg- Les mînistreîi rnsses relevèrent la centradiction choquante qui eiistait entre 1 action patente^ oQicielle^ du gouvernement britannique, combattiDt en principe le droit dlntervention, et les encouragements qu'il donnait à Hntervention autricinenne dans le royaume de Naples. M. de Melternich, au contraire, IX. 17
était, au fond, très-satisfait de Tattitude prise par le cabinet de Londres. Si, dans la conférence^ il croyait devoir la blâmer par ménagement pour l'empereur Alexandre, il disait, en causant avec M. Gordon, que celte attitude était en quelque sorte forcée par la situation intérieure de l'Angleterre, et il exprimail la ferme confiance que les cabinets de Londres et de Vienne, un moment divisés en apparence, se retrouveraient plus tard réunis. En réalité, la position que prenait l'Angleterre avait été prévue par les trois puissances absolutistes. Leurs plaintes ne portaient que sur les expressions dont elle se servait pour la définir. Ce qui les préoccupait, ce qui était pour elles un objet d'incertitude et d'anxiété, c'était de savoir à quelle détermination s'arrêterait le cabinet des Tuileries.
Les trois cours paraissaient également travaillera l'attirer à leur politique, et l'empereur de Russie avait le plus vif désir d'y réussir, mais M. de Metlernich était moins sincère dans les vœux qu'il manifestait publiquement à ce sujet. Dans sa constante aspiration à séparer la France de la Russie, il eût vu avec plaisir le gouvernement de Louis XVIII se placer sur la même ligne que le ministère anglais. 11 disait artificieuscmcnt à M. de Caraman : t Ce qu'il y a de plus fâcheux dans la conduite de » r Angleterre, c'est qu'elle vous oblige à agir comme
elle. » Lord Stewart s'efforçait naturellement d'entraîner les plénipotentiaires français sur le terrain où il se trouvait placé. L'empereur Alexandre exprimait, au
niSTOtAE DE LA BFSTAUn ATION,
OOBlraire, à M. de Câraman, Tospoir qu'en ccllo occasion
la France n'irailcrait pas rAnglelerre, et le général
ïoiEO loi disait ; * Si ?oqs n^adlièrez pas au protocole,
» voQs TOUS mettez bors de l/alliance cl vons nous forcez
m à poursuiFre sans tous. » Depuis la présentation de ce
f^ro toc-oie, T harmonie si complète qui avait existé jus-
«go^alors entre M* de La l'erronnays et le comte Capodis-
%rias avait fait place a de vives discassians* Le but de
M 'Autriche était plus qu'à motliô atteint.
I^es nainîstres français, M, de Richelieu surtout, qui attachaient avec raison nn grand prî\ aux bons rapports ^3e la France avec la Russie, mais qui ne pouvaient «Z3ublier les convenances et les obligations que leur impoit la qualité de ministres d'au État constitutionnel, laienl dnns le plus grand cmbnrras, Avant de s'expliquer IQciellement sur le protocole prt'liminaire, le cabinet ies Tuileries crut devoir faire connaître confidenticlleent a ses représentants au Congrès ses objections contre Oe protocole. 11 leur fil remarquer quil tendait à transformer raltianee européenne, qui jusqu'alors n'avait été qu'une expression générale désignant Taccord des puissances, en une alliance réelle et formelle imposant des devoirs positifs qu'on serait tenu d'accepter sans que la nature et la portée en eussent été dérinis. Quant au principe d1n ter ven lion, il demanda qui serait juge des cas dans lesquels il devrait être appliqué et des limites dans lesquelles il s'exercerait. Il signala la contradiction flagrante de ta politique suivie à l'égard de l'Es-
pagDe et de celle qu'oD voulait suivre à Tëgard de Naples. 11 fit voir qu'on semblait ériger Toccupation militaire des pays en révolution en un principe nouveau destiné à prendre place parmi les règles du droit des gens. Après d'autres critiques de détail, le ministère français déclarait que le Roi, fidèlement attaché à l'alliance telle qu'elle avait été comprise jusqu'à ce jour, adhérait à l'action conciliante de ses alliés, qu'il se joignait à eux pour inviter le Roi de Naples à se rendre à Laybach, mais qu'il lui était impossible de sanctionner les principes posés dans le protocole.
Ce n'étaient là, dans la pensée du gouvernement français, que des observations confidentielles destinées, en attendant des instructions plus formelles, à indiquer à ses plénipotentiaires l'attitude qu'ils devaient prendre. Malheureusement, M. de Garaman crut pouvoir en faire part à M. de Metlernich en qui il continuait à placer une confiance bien mal justiiice, et M. de Metteroich l'engagea malicieusement à confier au comte Capodistrias le texte môme de la dépêche qu'il venait de recevoir. Cette dépêche, écrite avec une liberté d'expression que comportait la nature d'un document destiné à ne pas ôtre communiqué à des étrangers, ne pouvait manquer de blesser, pour le fond comme pour la forme, l'empereur Alexandre et ses ministres. L'Empereur y fit répondre aussitôt par un Mémoire explicatif qui fut lu en conférence* Â partir de ce moment, son langage prit, à l'égard de la France, une teinte d'amertume et d'irritation qu'il
lIlSTOmE DE LA nESTAUnATlÛîi.
2ftl
n'ivâît pas eo jusqu'alors. M, de MeLlemich lui disait qu'il était imfiosîsibte de suivre une action quelconque avec «ne pnissîmce qui ne partageait pas les principes sur lesquels celle action était Tondèc. Ces insinuations qui, peu de temps auparavant, euf^enl encore trouvé FEmpercur déliant et en garde contre les artinees de TAiitriehe, étaient maintenant bien accueillies par lut. ■ Le ■ poiivernement français, i s'écriail-it dans son dépit, * se » refuse h partager la responsabilité de la j^uerre, et moi, i je déclare vouloir la partager sans réserve. S'il faut • deux cent roilie f{us.^es en Italie, je les y enverrai, et 1 j> resterai moi-mérae un an, si cela est nécessaire. ■ Lorsqu'on connut à Paris T imprudente démarche de M. de Caraman et lefâcheuit eiïet qu'elle avait produit, on loi en témoigna un trés-vif mécontentement. Je ne veux certes pas l'excuser, mais je suis enclin à penser qu'on $*est exagéré TinOuence qu'elle a exercée sur la marche des aiïaires. Dans la voie nouvelle où s* engageait de plus en plus r empereur Alexandre et où le gouvernement français ne pouvait le suivre que de loin, l'altération des bons rapports qui unissaient les deux cabinets était inévitable. Lors même que U* de Caraman nVât pas cucnmuniquè au comte Capodistrias le Mémoire confidenlioldu cabinet des Tuileries, la dépêche ofTiciellc de M* Pisquier en réponse au protocole préliminaire, qui arriva jteu de jours après, bien que conçue en termes plus ménagés, aurait suifi pour exaspérer un (grince d'sposé, par sa nature et par Tenivrement du pouvoir absolu, à
S6i HISTOIRE DE LA RESTAUBATION.
voir un acte hostile dans la moindre résistance à ses volontés si mobiles, un prince trop porté d'ailleurs^ par le souvenir des services qu'il avait rendus à la France, à considérer comme un acte, d'ingratitude tout obstacle qu'elle apportait aux caprices de sa politique.
Cette dépêche, qui fut communiquée au Congrès le 24 décembre, dans sa huitième conférence, disait que le Roi avait distingué, dans le protocole préliminaire, la discussion des principes généraux de l'invitation adressée au roi de Naples, qu'il ne se jugeait pas encore assez éclairé pour se prononcer sur des principes à la discussion desquels ses ministres n'avaient pas été admis et qui, d'ailleurs, n'avaient pas encore reçu leur entier développement, mais qu'il s'associait à la démarche proposée auprès de Sa Majesté Sicilienne avec d'autant plus d'empressement qu'il regardait les moyens amiables comme pouvant seuls assurer à l'Europe une nouvelle garantie de paix et de tranquillité, c Sa Majesté, t disait encore M. Pasquier, c a pris pour règle invariable de sa
• conduite les engagements contractés à Aix-la-Chapelle. » Elle reconnaît que si ces engagements, tels qu'ils ont » été interprétés jusqu'à ce jour, ne lui imposent pas
• des devoirs positifs, ils lui imposent l'obligation de » concourir à raffermissement de l'ordre établi en En-
• rope par les traités, et elle est toujours disposée à faire, t dans l'intérêt de ses alliés, tout ce qui ne lui sera pas » expressément interdit par sa situation personnelle. >
Avec cette dépêche^ les plénipotentiaires français mi-
HISTOiRE DE LA RESTAtJnATIOy. fm
Teiit mm les yeux du Congrès le lette de la lettre que Louis XVIK avait écrite au roi de Naples pour le presser de se rendre à Laybaclj* Le conseil qu'elle lui donnait, de fonder le bonheur des pcoptea sur Vneemyl du pouvoir €ide la liberie, était peu en harmonie avec les dispositions qui comniençîti^nt h prévaloir dans le Congrès : ausïi y fut-il accueilli avec peu de faveur. M. dû Metternîch donna ensuite lecture de la réponse du roi de Naples, à rinvitalion des deux empereurs et du roi de Prusse, et proposa, confarménient à une indication déjà faite par les ministres russes, dlnvîter également les cours d'Italie à prendre part au Congrès. Celte proposition fut adoptée. Dans la circulaire que M. de Melterlîich écrivit aux envoyés autrichiens auprès de ces cours pour li^ur transmettre cette proposition, on remarqua qu"il restreignait autant que possible le rôle réservé aui représentants des souverains de la Péninsule, tandis que Is circulaire russe disait formellement qu'ils seraient admise prendre part aux délibérations.
Les ministres anglais n'assistaient pas h h conrérence dont je viens de parler* Le comte Capodistrias en prit 0cle. • L'Empereur, • dit-il, t pense que Tabsence des » ministres anglais, tant des conférences de Troppau que 1 de celles qui vont s*ouvrir à Laybach, doit être une 1 conséquence du système de neutralité que leur gouver- « nement a adopté. Sa Majesté a même peine à s'expli- I qucr comment sir William A'Court a pris part, à Na- 9 ptes, aux réunions des légations alliées- Quant aux
• ministres français, bien qu'ils n'aient pas adhéré aux
• principes posés par les alliés. Sa Majesté très-chré- » tienne ayant écrit à Sa Majesté Sicilienne et se joignant » ainsi à l'action commune, l'Empereur pense que leur
• admission aux conférences peut continuer sans difïi-
• culte. » Cette déclaration ne donna lieu à aucune observation, et la Conférence, avant de se séparer, décida qu'on se rendrait sans retard à Laybach au devant du roi de Naples. Le mois de décembre n'était pas encore terminé que déjà les plénipotentiaires de France, d'Autriche, do Prusse et de Russie avaient quitté Troppau. L'empereur François partit le 26 et Tempcreur Alexandre le 29 pour Vienne, où ils s'arrêtèrent quelques jours. Dès le 21, le roi de Prusse était retourné dans ses États. La nullités du rôle joué par la Prusse lui rendait peu agréable son assistance au Congrès.
Le premier acte du drame préparé par M. de Metternich était terminé. La direction que les alTaires y avaient prise avait singulièrement déçu les espérances du gouvernement français. Comme il arrive presque infailliblement lorsqu'une politique échoue, la mésintelligence s'était mise entre les vaincus. Nous avons vu les dissentiments de M. de Caraman et de M. de La Ferronnays. Il ne régnait pas plus d'accord entre M. Pasquier el l'ambassadeur de France à Londres, M. Decazes, J'en ai déjà indiqué les causes, mais je dois y revenir avec plus de détails. Le minibtère français aurait voulu que le cabinet de Londres^ au lieu de se retirer du Congrès, y restât avec
la France pour essayer de contenir, de modérer l'action des puissances absolutistes, do soustraire autant que possible l'empereur Alexandre à Tiniluence de M. de Metlernich, et de le ramener à la conviction qu'il avait d'abord exprimée sur la nécessité de donner des institutions libérales au royaume de Naples. C'est dans ce sens que M. Pasqnier avait chargé M. Decazes de parler à lord Castlereagh; mais les vues secrètes du gou-* vernement britannique le disposaient peu à écouter de tels conseils. Aussi, lord Castlereagh se plaçait-il sur un tout autre terrain. Dans ses conversations avec M. Decazes, il affectait de croire que c'était l'empereur de Russie qui avait entraîné M. de Metternich beaucoup plus loin que l'Autriche n'aurait voulu aller. Les procédés des trois cours n'étant rien moins, disait-il, qu'une flagrante violation du droit des gens, l'Angleterre ne pouvait y intervenir, et il appartenait aux deux grands États constitutionnels de s'entendre pour repousser des prétentions qu'ils ne pouvaient laisser passer sans se placer dans la position la plus fausse à l'égard de leurs Parlements. C'est ainsi que s'exprimait lord Castlereagh. En réalité, tout cet étalage d'indignation aboutissait à laisser faire l'Autriche, moyennant quelques protestations conçues en termes assez vifs pour donner le change à l'opinion libérale. Le gouvernement français, éclairé un peu trop tard par l'attitude que les plénipotentiaires anglais avaient prise à Troppau, et sachant fort bien que^ pour l'Angleterre comme pour l'Autriche, la grande
qnestion était de brouiller la France avec la Russie, n'avait garde de répondre à Tappel de lord Gastlereagh, el M. Pasquier écrivit à M. Decazes pour lui recommander de se tenir dans une grande réserve, d'éviter les pièges dans lesquels on voulait l'attirer, et de ne pas perdre de vue que, malgré toutes les apparences contraires, l'union de rÀutriche et de TÀngleterre était indissoluble ; mais M. Decazes se persuadait qu'en s'unissant aux protestalions de TÀngleterre on aurait pu arrêter les effets de la politique antilibérale du Congrès. Le dissentiment entre le ministre des affaires étrangères et l'ambassadeur prit peu à peu un caractère de vivacité extrême. M. Decazes, naguères chef du gouvernement, avait peine à s'habituer à la position subordonnée dans laquelle il se trourait placé, et n'acceptait pas docilement des directions contraires à son opinion personnelle. Il se plaignait de n'être pas suffisamment informé des incidents du Congrès et des intentions du gouvernement français; il disait que la situation qu'on lui faisait ne pouvait se prolonger. D'autres griefs aigrissaient son mécontentement. Ainsi, il aurait voulu qu'on le laissât mattre de composer à son gré le personnel de son ambassade, et il se refusait à comprendre que cette prétention ne pouvait se concilier avec les règles et l'organisation de la carrière diplomatique. 11 n'était, d'ailleurs, que médiocrement satisfait de la marche que suivaient en France les alTaires intérieures; et le peu d'égard que le ministère avait pour ses conseils, peut-être un peu trop prodigués, la disgrâce
OÙ élaieot tombés la plupart de ses amis, le bles^^icnt profondément. M. Pasqaier, de son côté, s'irrilait de ces plaintes continuelles et de ce qu'il considérait comme une sorte de révolte contre son autorité. Leur correspondance devint telle que le Roi et M. de Richelieu durent s'interposer pour prévenir un éclat et calmer M. Dccazes. L; lettre que Louis XVIII lui écrivit à ce sujet, tout en donnant tort dans la forme à M. Pasquier et en ménageant, avec beaucoup d'art, Tamour-propre de l'ancien président du conseil, lui expliquait très-nettement que, comme ambassadeur, il ne devait pas oublier qu'il était le subordonné du ministre des affaires étrangères. Quant à la lettre de M. de Richelieu, dans laquelle il faisait un appel affectueux à la raison de M. Dccazes et à son dévouement à la chose publique, elle avait un tel caractère de générosité et d'élévation qu'il est difficile de la lire sans se sentir ému.
Une question, en apparence bien étrangère à celles qui alors agitaient l'Europe, avait pourtant fixé un moment l'attention des souverains réunis à Troppau. Napoléon, dans sa prison lointaine, n'avait pas cessé d'être pour ses vainqueurs un objet de préoccupation. Au milieu des révolutions militaires qui bouleversaient le midi de l'Europe, la pensée du danger que pourrait susciter son évasion s'était offerte à certaines imaginations. DansuAe lettre écrite, le ^0 avril 1820, au gouverneur de Sainte-Hélène, par celui des ministres anglais qui avait le département des colonies, lord Balhurst, on lit ce passage singulier :
c La révolution qui vient d'éclater en Espagne et qx^ \
• paraît être principalement l'œuvre derarmée, a nain —
• Tellement excité en France une grande fermentatioc^ ^
• surtout parmi les restes de l'armée de la Loire. Da^r^s
• de telles circonstances, la général Bonaparte apparai.^^— » sant sur le territoire français serait certainement très-bi^wi
• accueilli, non-seulement par tous ceux qui loi sc^^^t
• sincèrement attachés, mais aussi par tous ceux q^^tcac
• leur esprit révolutionnaire porte à désirer un chans'^^ > ment quelconque... On ne peut donc douter qu'il wmî
• soit fortement invité à s'échapper, et peut-être qaelcj mse
• entreprise est-elle déjà combinée à cet effet. • LT'De autre lettre de lord Bathurst écrite quelques mois apr*^^^ le 30 septembre, lorsque les révolutions de Naples et ^e Portugal avaient déjà suivi celle d'Espagne, et pca ^^ temps après qu'on eut découvert à Paris la conspirat-i ^^o militaire du 19 août, exprime les mômes inquiétudes. E>^Sjà cependant Napoléon, affaibli par une maladie dont orm ^^ connaissait pas encore la véritable nature, n'était plus ^o état de former les projets dont on s'effrayait à Londc"^^*^ mais le ministère anglais se refusait à croire à la ré2»l "^ ou du moins à la gravité de cette maladie. Aussi lor^ftemps qu'un cabinet animé de dispositions semblal>'^ continuait à diriger les affaires, les puissances pouvaî^*^ se reposer sur lui du soin de mettre la tranquillité ^° monde à l'abri des tentatives possibles de l'illttS^''^ captif. Mais lorsque la crise produite par le procès ^^ la Reine parut mettre en doute le maintien de l'a^"
ïlfSTOIilE DE LA RESTAURATION*- 189
oiinistralton présidée par lord Uferpool, lori^qu'on put croire à l^avénement iVnn nouveau caliinet pria daos ce parti Wiiig donl It^s membres les plus marqua (ils ne cessa ientf depuis cinq ans, de protester contre les Lraitoïaenis faits à Napoléon, les puissances continentales s'inqtiîi'ièrenl des conséquences que ce cliangement pourrait ^entraîner. C'était le moment où se réunissait le Congrès. ^Les plènipulentiaires de Russie, d'Autriche et de Prusse %oèrenti le 30 octobre, un protocole secret par lequel les trois Cours, prèyoyant le cas où le ralnislèra actuel serait remplacé par des hommes professant d'au-
Étres principes de gouvernement» s engageaient^ si cela ^Tîvait, à protester contre tout changement dans la situa ^on de Napoléon, eo déclarant quelles le considéraient «^omme leur prisonnier aus^si liien que comme celui de I Angleterre. On sut bientôt que le^ alarmes qu^on avait ^iiçues n'étaient pas fondées et que ni lord Liverpool, '*' Ses collègues ne sortiraient du cabinet. K^ Avant de raconter ce qui se [lassa à Laybach où le ^^ung[-(<.s avait été transféré, je dois faire corin^tïire les ^P^C^iGcations que venait de subir le ministère français ^P^ lo« premières manifestations de la chambre des députés ^^ï^i les élections dernières avaient si cousidérablemeut /^'^aff^è resprit*