CHAPITRE LXI
Long^ues ci difficiles négociations entre M. de Richelieu et MM. de Villéle et Corbière qu'il veut faire entrer dans le cabinet. Ils y entrent enfin comme ministres sans portefeuille, aussi bien que M. LAÎné; M. Corbière est nommé, de plus, président du Conseil de rinstniction publique, et M. de Chateaubriand, miiîislre à Berlin. — OuTertnre de la session. — Formation d'une contre-opposition d'extréae droite dans la chambre des députés. — Extravagances du général Donnadieu. — Explosion d'un péiard dans llnlérieur dn cbiteaa des Tuileries. — On découvre que ce prétendu attentat da puni Jacobin n'est autre chose que le résultat d'une intrigue nltra-royalitte. — Violents débats de la chambre des députés. — La gauche, exallée par l'attente des nouvelles du Congrès et d'Italie» prend une altitude de plus en plus factieuse. ^ Énergique résistance qne lui oppose M. de Serre. — Les décisions du Congrès deviennent l'objet de discussions très-animées, tant dans la chambre des députés que dans le Parlement britannique. — Procès de la conspiration du 19 août. — La cour des pairs, contrairement aux conclusions du ministère public, met hors de cause tous les personnages considérables qu'il voulait impliquer dans l'accusation. — Autres procès politiques. — Plusieurs membres de la droite sont appelés à di s fonctions pubU(]ues. — Ordonnance qui réorganise l'instruction publique dans un sens monarchique et religieux. — Clôture da cours do M. Cousin. — Destitution do M. Tissoi. ^ Retour de M. Decazcs à Paris. • Inquiétude que sa présence inspire aux ultra-royalistes. — Déclin de sa faveur auprès du Roi.
Aussitôt après les élections, M. de Richelieu et M. de Serre, ceux des ministres qui désiraient le plus vivement
IIISTOinE DE LA RESTÂIÎUATÎON. t7I
ttablîr Qû complet accord enlre le gouvernemenl et la Irotte, avaicDt écrit à M. de Villcle pour le presser do T^nir à Paris, Il leur avait répondu parla promesse d*y arriver le 28 ou le 29 novembre.
Déjà, depuis longtemps, il y avait des pourparlers enlro M. de Fliclielieu et M. de Chateaubriand, Ce dernier, pressé par son ambition et par les besoins d'argent aux- (luels Texposait trop souvent le peu d'ordre qu'il portait d«ns la conduite de ses affaires personnelles, aspirait au n^oment où il pourrait accepter lui-même des fonctions Publiques sans être obligé de se séparer de ses amis, ce loi no pouvait avoir lieu que silsen acceptaient aussi. ïl avait fait à cette pensùe de rapprochement un dessa-
Eifices qui pouvaient coûter le plus à un es[irit tel que sien eo renonçant à publier une brochure qu'il avait cite contre ce qu'il appelait les inconsétjHences du mi- ^^ière^ Il conseilla à M. de Rlclielieu de donner un por- ^^Cûille i M. de Vitlèle, déclarant que, pour ledélermî-
Erà ne pas le reruscr et pour pri^clier d'exemple, il "epterait volontiers lui-même une grande ambassade, r exemi»le celle de Constantinople.
L'idée suggérée par M. de Chateaubriand plul à M. de . Hichetieu à qui elle s'6lait déjà présentée plusieurs fois,' il persistait à croire qu*il était possible d\>p6rer une con* ciliation sincère ^ntre le Cabinet et les ultra-royalistes, de les dé^buser de leurs erreurs, de les amener à une ftfiolilique de modération. 11 en parla au Roi qui, sans par* lager toute sa confiance, Tautorisa h examiner avec ses
collègues ce qu'il 6lait possible de faire. La quesUon fmx^ longuemcDt discutée en conseil, et la majorité*se pro^ nonça pour qu'on proposât à M. de Villële le porlefenLl.lc de la marine, que M. Portai, toujours disposé à se reliK^^r des aiTaires dès que sa présence n*y paraîtrait plus inA^ispensable, offrit spontanément de lui céder.
Cependant, M. de Richelieu, après de plus mftres sréflexions, ne crut pas devoir donner suite à ce praj ^t Outre qu'il lui en coûtait beaucoup de se séparer <3e M. Portai dont il appréciait grandement le bon sens» les lumières et le caractère parfaitement sûr^ il craigaaiiti non sans raison, que M. de Villèle ne voulût entrer dams le Cabinet qu'à la condition d'y faire entrer M. CorbîâM~e, qui n'inspirait pas autant de sympathie que lui au pr^^^^dent du Conseil et pour qui le Roi avait de l'aversion. Il fut donc décidé qu'aucune résolution ne serait pi^îse avant l'arrivée de M. de Villèle, et, en attendant, M • ^® Richelieu s'occupa de plusieurs combinaisons, d'i^'*® entre autres qui consistait à donnera M. Corbière, tM^^ pas un portefeuille, mais la présidence du conseil ^^ l'instruclion publique que M. Laine persistait à refii^^'''
M. de Villèle, fidèle à sa promesse, arriva le 29 novo^^' "bre. Il était fort disposé à accepter les offres du gouV^^" . nement, mais lorsqu'il se fut concerté avec ses amis, vM^^ grande hésitation s'empara de lui.
Avant les élections, le parti, à de rares exceptior^^ près, peu confiant dans sa force, ne s'était pas monlT'^ trës-exigeant envers le ministère, mais les choses avaieop
HISTOIRE DE LA RESTAURATION. t73
bieD changé. Exalté maintenaot par les nombreux triomphes qu'il venait d'obtenir dans les collèges électoraux et oubliant qu'il les devait surtout à l'appui du gouvernement, il annonçait hautement l'intention de relever le drapeau de 1815. A peine admettait-il la po^ibilité de rester en alliance avec les ministres dans le cas où ils adopteraient ouvertement les principes de la droite. Tous les royalistes ne ^e prêtaient même pas à une telle transaction. M. de Vitrolles, déplorant ce qu'il appelait la faiblesse d'un certain nombre d'entre eux, disait que ce qu'on avait à redouter, c'était que, dans la session qui allait s'ouvrir, on ne se bornât à harceler le ministère au lien de l'attaquer vigoureusement et qu'on ne lui donnât beauœup de œups d'épingle au lieu d'un bon coup de poignard. Le général Donnadieu, ivre de joie de son élection parce qu'il pensait qu'elle lui donnerait la possibilité de se venger, répétait partout, dans son brutal langage, qu'il aurait la peau deM.de Richelieu.
Depuis cinq ans, c'était chez M. Piet que les députés de la droite avaient coutume de se réunir pour concerter leurs résolutions. Un des nouveaux élus, M. de Vaublanc, imagina de former une autre réunion qui , sans être en état de rupture avec la première dont ses membres continuaient même à faire partie, devait servir de point de ralliement aux royalistes exclusifs, à ceux qui répugnaient à tout accommodement avec les opinions mitoyennes.
Gomme pour augmenter la confusion, M. de Talley rand IX. 18
s'était remis en campagne ainsi qa'il ne manquait pas de le faire dès que quelque j^uago se montrait à l'horizon. Peu soucieux des conditions auxquelles il reprendrait le pouvoir pourvu qu'il le reprit, et ne paraissant pas même soupçonner les difficultés et les nécessités de la situation, il offrait aux uns un ministère libéral où entreraient ses anciens collègues de 1814, le duc deDalberg, le baron Louis, M. de Jaucourt, aux autres un ministère royaliste où auraient figuré M. de Chateaubriand, M. de VitroUes, M. de Gastellane, M. de Bourrienne. C'étaient de pnres rêveries.
M. de Yillèle, placé sur un terrain moins fantastiqoe, n'en était pas moins dans ane position très-difficile. Dès sa première visite à la réunion de M. Piet, il apprit q«e les royalistes exaltés avaient déjà organisé tout un plan do campagne contre le ministère, et qu'en préparant ane liste de candidats pour la présidence de la Chambre, ils en avaient exclu MM. Ravez et Laine. Instruit par M. de Serre des projets qu'avait formés M. de Richelieu pour l'associer au gouvernement, il déclara positivement qu'il lui était impossible d'entrer dans le Cabinet sans M. Corbière.
Plusieurs jours s'écoulèrent. Le ministère, effrayé des exigences de la droite, ne savait à quel parti s'arrêter. Les deux réunions royalistes étaient en quelque sorte en permanence. Chez M. Piet, M. de Yillèle, secondé par MM. Pardessus, de La Bouillerie, Berlin de Vaux, parve* nait encore, non sans peine, à faire prévaloir une mode-
ration relative; mais, dans la réunion de M. de Vaublanc, composée seulement, il est vrai, de douze ou quinze députés, l'eiiagération était au comble. On ne parlait de rien moins que de commencer la session par le rejet des douzièmes provisoires, nécessaires cette année comme les précédentes à cause de la saison tardive où les Chambres se réunissaient.
M. Corbière était encore en Bretagne. Il n'arriva à Paris que le 12 décembre. Comme M. de Yillèle, il paraissait animé de dispositions très-conciliantes et d'un désir sincère d'appuyer M. de Richelieu, mais, comme loi aussi, il était bien résolu à ne rien faire sans l'assentiment de son parti. Ce qu'on pouvait appeler la portion aristocratique de ce parti, M. de Montmorency, M. de Polignac, à l'exemple de M. de Chateaubriand^ étaient d'avis de s'allier avec le Cabinet et y poussaient de toutes leurs forces.
La difficulté, c'était de se mettre d'accord sur les conditions de cette alliance. M. Corbière refusa absolument la présidence du conseil de l'instruction publique. Bien qu'il n'alléguât aucun motif de ce refus, il n'était pas malaisé de deviner qu'il voulait être ministre. Quant à M. de Yillèle, il affectait de se montrer très-conciliant. € Qu'on satisfasse Corbière, • disait-il à M. de Richelieu, € je ne demande rien, je vous suis acquis, mais sans lui 9 je ne puis rien. •
À l'instigation de M. de Chateaubriand, M. de Richelieu crut un moment que Ion pourrait tout arranger en
dédoublant les départements des finances et de l'inténear, c'est-à-dire en créant qb ministère dn Trésor et un ministère de l'instmction publique et des cultes que l'on aurait donnés à MM. de Yillèle et Ck)rbière. On pensa aussi à détacher radministi*ation de la guerre du département de la guerre proprement dit. Ces expédients auraient eu l'avantage, très-grand aux yeux de M. de Richelieu, de faire place aux chefs de la droite sans écarter M. Portai, mais ils ne furent agréés ni par les ministres dont ils réduisaient les attributions ni, ce qui est plus surprenant, par MM. de Yillèle et Corbière. Ces deux derniers disaient que des adhésions indiriduelles ne pouTiient leur suffire, et qu'ils n'accepteraient rien si les royalistes en masse ne prenaient pas l'engagement de les soutenir. Le 14 au matin, ils eurent une conférence arec MM. de Serre et Pasquier, dans laquelle divers projets forent examinés et débattus. On finit par leur offrir l'entrée au Conseil avec le titre de ministres, mais sans portefeuille. Ils promirent, sans prendre aucun engagement, de soumettre cette proposition à leurs amis, et, le soir même, ils en donnèrent connaissance à la réunion de M. Piet, convoquée tout exprès.
La séance fut très-oràgeuse. M. de Yaublanc, M. de La Bourdonnaye combattirent avec la dernière violence une idée qui leur paraissait l'œuvre de la trahison. Suivant M. de Yaublanc, le parti royaliste ne pouvait plus reconnaître pour ses chefs ceux qui ne l'avaient pas repoussée de prime abord. Cependant, la grande majorité.
satisfaite des explications que doDoërent MM. de Villële et Corbière, déclara, sans dissimuler sa répugnance pour la combinaison proposée, qu'elle s'en reposait sur eux. du soin d'apprécier les conditions d'une alliance avec le ministëre et les garanties qu'on devait exiger. Les plus exaltés firent entendre qu'ils ne seraient pas contents si deux royalistes de leur nuance n'étaient pas aussi admis dans le Conseil.
Lie résultat de cette séance n'était pas de nature à en« courager MM. de Villële et Corbière dans leurs intentions conciliantes. Le 15 et le 16, ils poursuivirent leurs négo« dations avec le Cabinet, mais on ne put s'entendre, et, le 17, ils portèrent à M. de Richelieu un refus formel des offres qu'on leur avait faites, en rendant d'ailleurs hommage à la loyauté et aux bonnes intentions du ministère et en lui promettant leur appui contre les exagérations de l'extrême droite.
Cette promesse ne pouvait rassurer beaucoup un Ca* binet qui, au moment où la session allait s'ouvrir, se trouvait en présence d'une gauche violemment hostile, formant encore le tiers de la Chambre, d'une droite plus nombreuse que la gauche, défiante, exigeante, toute prête, si on ne lui donnait pas les satisfactions qu'elle réclamait, à lui déclarer aussi la guerre, et qui ne pouvait compter, pour résister à ces hostilités certaines ou menaçantes, que sur une poignée d*amis timides et découragés. Dans la première réunion du centre droit qui se tint chez M. Maine de Biran en l'absence de M. de WendeU ami de
M. de Serre, dont le salon était habitaellemefit son Heo de rendez-vous, on ne compta que trent^six députés. Ils ne pnrent pas même s'accorder sur la marche qu'il con- Tenait de suivre, et ils se séparèrent assez mécontents les uns des autres.
C'est dans ces circonstances que la session des Chambres s'ouvrit le 19 décembre, c'est-i-dire, à une époque plus tardive qu'aucune des années précédentes. Une innovation importante eut lieu dans les détails de cette solennité. Jusqu'alors, c'était au palais Bourbon qu'elle s'était accomplie. Cette fois, ce fut dans une salle du Louvre, la salle des gardes de Henri IV, où le Roi, à qui ses infirmités croissantes rendaient le mouvement de plus en plus difficile, put se faire transporter par l'intérieur des appartements. Cette forme nouvelle, déterminée par la santé de Louis XYIII, devait être maintenue sous son successeur et jusqu'à la fin de la Restauration, parce qu'il était plus conforme au principe monarchique que le Roi appelât auprès de lui, dans son palais, les grands corps de l'État au lieu de se rendre, comme par le passé, dans l'enceinte de la chambre élective pour lui faire connaître ses intentions. .
Le Roi, dans son discours, commença par rappeler les douleurs que la famille royale avait éprouvées et les consolations que la Providence lui avait accordées dans le cours de cette année féconde en grands événements, c Le deuil, i dit-il, c était dans ma maison ; un fils a été accordé à mes » ardentes prières; la France, après avoir uMé ses
HÎSTÙtRE DE LA HESTAUBATION»
9 farmes aux miennes, a partagé ma joie et ma recon-
• naissance arec des transports que j'ai vivement ressen- » lis. Le TouUPuissant n'a pas borné là sa protection ; » notts lui devons la continnalion de la paix, celte source B de toutes les prospérités. Le temps D'à fait que res-
• Mrrer Talliaoce dont la France fait partie» Cette al* » Hance, en même lemps qu*elle écarte les causes de
• guerre, doit rassurer contre les dangers auxquels l*or- » dre social ou Téquilibre politique pourrait encore être » exposé* Ces dangers s'éloignent tous les jours de nous. i Toutefois, je ne tairai pas, dans cette communication » solennelle avec mon peuple, les faits graves qui, dans
• le cours de cette année, ont affligé mon cœur : heureux, » cependant, de pouvoir dire que si TÉtat et ma famille » uni t^té menacés par un complot trop voisin des désor-
• dres qui lavaient précédé, il a étô manifeste que la " • nation française, fidéteà son roi, slndignait âla seule
• pensée de se voir arracher h son sceptre paternel et de
• devenir le jouet d'un reste d'esprit perturbateur, », » Aussi, cet esprit n a-t-il point arrêté le mouvement qui è reporte la France aux jours de sa prospérité. • Le Roi parla ensuite des progrès toujours croissants de Tagricultnre, des arts et de Tindu^trie, de raœélîoration de«% revenus de l'État, des économies qu'il avait prescrites, de
J'aftermissement du crédit. 11 annonça la proposition d'une nouvelle réduction des impôts directs, combinée
[avec UU6 répartition plus égale des charges publiques, It dit qu6 le but de ses eiïorts étail de perfectionner le mou-
vement des grands corps politiques créés par la Charte^ de mettre les difTërentes parties de radmiDiâtration ea harmonie avec cette loi fondamentale^ d'inspirer une confiance générale dans la stabilité du trône et dans l'in— flexibilité des lois qui protégeaient les intérêts de tous, 64 que, pour atteindre ce but, deux conditions étaient nécessaires, le temps et le repos, c Nous ne devons pas, i ajouta-t-il c demander à des institutions naissantes ce » qu*on ne peut attendre que de leur entier développei ment et des mœurs qu'elles sont destinées à former, i Jusque-là, sachons reconnaître que, dans les affaires » publiques, la patience et la modération sont aus^ des 1 puissances... Ne perdons point de Tue qu'il serait imi possible au gouvernement de maintenir Tordre, cette i première garantie de la liberté, s'il n'était armé d'une i force proportionnée aux difficultés au milieu des- 1 quelles il se trouve placé. Tout annonce que les modi* i fications apportées à notre système électortl prodnif ront les avantages que je m'en étais promis... Cette i session achèvera^ je Tespére, l'ouvrage heureusement i commencé par la session dernière... >
Lorsqu'on s'était occupé de la rédaction de ce discours, M. de Serre avait été d'avis d'y indiquer la proposition d'une loi qui aurait rendu la Chambre septennale; mais la droite, qu'on avait consultée, s*êtant prononcée contre cette nouvelle modification du texte de la Charte, il avait fallu y renoncer.
Le Roi avait été accueilli par les acclamations de la
droite. Cependant, le langage qu'il venait de tenir était trop vague, trop empreint encore de cet esprit de modération et de juste-milieu qui avait caractérisé pendant quelques années la politique du gouvernement, pour que les esprits ardents de cette partie de l'assemblée pussent en être vraiment satisfaits. Le mauvais succès des tentatives de rapprochement faites les jours précédents les mettait d'ailleurs en défiance, pour ne pas dire plus. Mais, en ce moment même, la négociation rompue l'avantr veille se renouait.
Bien des gens, dans la réunion de M. Piet et à la cour, regrettait la rupture qui avait eu lieu. M. de Chateaubriand, surtout, en était très-peiné. Quelques semaines auparavant, lorsque tout paraissait au moment de s'arranger, M. de Richelieu, pressé par les sollicitations de ses amis et particulièrement du vicomte de Montmorency, lai avait offert la légation de Berlin^ et il s'était empressé de TaccepteR II ne lui était pas possible de la garder si tout son parti restait à Técart. Aussi avait-il mis tout en œuvre pour décider MM. de Yillèle et Corbière à ne pas se refuser aux propositions du ministère. Il voulut tenter un dernier effort, et, le soir même de l'ouverture des ^ Chambres, il offrit à M. de Richelieu cte reprendre la négociation. M. de Richelieu s'y étant, comme on peut le croire, montré très-disposé, il lui fit savoir dès le lendemain que MM. de Villèle et Corbière consentaient à être ministres sans portefeuille, c'est-à-dire membres du Cabinet, à condition que M. Corbière aurait, en dehors de son
titre ministériel, et par conséquent comme sabordonné du ministre de Tintérienr, la présidence da conseil de rinstrnction publique. Cet arrangement fut enfin agréé. M. de Richelieu le compléta en faisant donner à M. Laine et en le déterminant, non sans peine, i accepter une position semblable à celle des deux chefs de la droite. A les invita à passer chez lui dans la soirée et, i onze heures, tout était définitivement réglé. M. de Yillèle déclara, de la manière la plus formelle, que, n'ayant pas de fonctions actives, il n'accepterait ni traitement ni hôtel. P^r ce refus très-habile et qui semblait attester une certaine élévation d'esprit ou de caractère, il inspira une grande estime au duc de Richelieu. Le 22 décembre, le Moniteur publiait deux ordonnances royales datées de la veille, dont l'une conférait à M. Corbière la prësidenoe du conseil de Finstruction publique et l'autre nommait MM. Laine, Corbière et de Yillèle ministres secrétaires d'État et membres du conseil des ministres. *
Lorsque^ la veille au soir, et après qu'elles avaient déjà reçu la signature du Roi, on en avait donné connaissance aux royalistes réunis chez M. Piet, elles y araient excité, chez ceux qui n'étaient pas dans le secret, une extrême surprise et quelque mécontentement, mais la majorité avait paru satisfaite. Le centre droit fit un grand accueil aux nouveaux ministres et le Roi les reçut avec beaucoup de bonne grâce.
En terminant le récit de cette crise ministérielle, je dois répéter ce que j'ai déjà dit dans des occasioos ana-
lognes, qne si je croîs être en mesura d'en garantir TéiaGtitude pour lout ce qui est essentiol, je no le suis pas ('gaiement d*en aiFirmer tous les détails, au moins quaot à Tordre chronologique dans lequel lis se sont produits, Les Tersious ou j*ai puisé mes informations ne s'accordent pas de lout point. Par exemple. M, de Chàleaubrîand prétend, dans ses Mémoires, avoir reçu de M, de Richelieu, par rintermèdiaire de la sœur de ce ministre, madame de Montcalm, les premières ouvertures de la combinaisoD qui Qnit par être adoptée. 11 dit aussi que, sétaut chargé de la faire accepter par MM. de Villèle et Carbière, il eut beaucoup de peine à les y amener, que M. de Villèle ne s'y rendit qu'après mille objections, et que M- Corbière, même eu s'y résignant, laissait entendre qu'à son avis, en attendant un peu, on aurait pn obtenir davantage. Les Mémoires de M. de Chateaubriand, écrits longtemps après révénement, révisés plus tard encore, lorsque les facultés de leur auteur étaient déjà fort afTaiblies, et inspirés trop souvent par des rancunes et des calculs d'amour-propre plus encore que par des passions etdes considération s de parti, méritent peu de confiance lorsqu'ils contrediseot d'autres témoignages de quelque gnfitâ. Évidemment, il exagère Timporlance du r6le qu'il a joué dans ces longs pourparlers. S'il faut l'en croire, il s'élait proposé d'obtenir aussi une grande pince pour son ami M. de Fontanes, Tancien grand -maître de rUniversitéf mais il n'avait pu y réussir. Quant à ce qui le concernait persontiellement, toujours inquiet et mé-
content, le poste diplomatique qu'il a?ait Tirmneni i Ini déplaisait déjà, parce qn'il l'éloignaitdn théâtre detai politique intérieure sur lequel il se croyait appelé i figurer au premier rang. U était, d'ailleurs, trèsblessé de ce que le gouTernement, en lui faisant espérer sa prochaine réintégration dans la dignité de ministre d'État, ne consentait pas à la lui rendre immédiatement, ce qui eût para un désaveu trop direct de la mesure qui la lui avait retirée en 1816. Avant de partir pour Berlin, il exigea la promesse qu'on lui accorderait un congé au bout de quelques mois, et, pendant toute la durée de sa mission, les yeux sans cesse tournés rers la France, il ne donna qu'une bien faible part de son attention aux devoirs diplomatiques dont il était chargé.
Le célë droit, le parti ultra-royaliste, avait définitirement pris pied dans l'administration, il siégeait au Conseil, et ce résulut était inévitable en présence d'une Chambre dans laquelle les dernières élections avaient tellement augmenté sa force; mais la manière dont il entrait dans le gouvernement n'était propre ni à le satisfaire, ni, par conséquent,à assurer son appui au ministère du duc de Richelieu. Dans la position que l'on faisait à MM. de Yillële et Corbière, appelés à la délibération, mais non pas à l'action^ ils devenaient platôt les surveillants que les collègues des autres ministres. Sans influence directe sur les afiTaires, ils restaient en quelque sorte étrangers à la responsabilité des chefs des départements ministériels, ou, du moins, la part qui leur en revenait était s>i légère, qu'il devait
leur être facile de s'en dégager lorsqu'elle leur paraîtrait importune. Ils continuaient, en réalité, à être les chefs d'un parti autre que celui du gouvernement, délégués en quelque sorte par ce parti pour contrôler les actes du Cabinet, une sorte d'intermédiaire entre l'un et l'autre, et leur attitude resta telle aussi longtemps que dura cette étrange combinaison. C'était, en effet, un expédient transitoire, nécessaire peut-être pour traverser un moment de crise, mais j'ai peine à croire que ceux qui l'avaient imaginé ou qui l'avaient accepté aient pu se tromper au point d'y voir la base d'un système durable et normal. M. de Villèle comprenait parfaitement qu'il n'y avait pas d'homogénéité ni même de fusion réelle entre les éléments si divers dont se composait le Cabinet. A ceux qui s'étonnaient de ce que la droite, après ses triomphes électoraux, eût obtenu si peu de chose, c il » est vrai, § répondait-il, c que, dans le Conseil, nous » sommes seulement deux contre huit, mais nous nous » appuyons sur une masse compacte de cent soixante t députés, tandis que mes collègues n'en ont pas plus i d'une centaine derrière eux. Avec un tel appui, nous i serions bien mal habiles si nous n'avions pas la préi pondërance. >
Cependant, la chambre des députés procédait à la vérification des pouvoirs de ses nouveaux membres. Elle donna lieu à de vifs débats. L'opposition affirma que, dans beaucoup de départements, tels que l'Oise, la Vienne et l'Isère, on avait retranché des listes un grand nombre d'électeurs
dont les droits étaient incontestables, tandis qa'on y arait inscrit d'antres personnes qni n'auraient pas dû y figurer. A cette occasion, M. de Girardin dénonça les vices d'un système qni abandonnait l'appréciation des droits les plos importants des citoyens aux conseils de préfecture, c'està-dire à des agents amovibles et dépourvus de tonte indépendance, ce qni équivalait à attribuer aux préfets la faculté de conférer ou d'enlever provisoirement à tout individu le droit électoral, sauf recours au Conseil d'État dont la décision était nécessairement trop tardive pour remédier efficacement à un tel abus. M. Benjamin Constant se plaignit d'une circulaire que le préfet de la Sarthe avait écrite aux fonctionnaires publics pour influer sur leurs votes. On signala aussi des irrégularités commues dans beaucoup d'autres départements, des bureaux composés d'une manière illégale, des électeurs obligés d'écrire leurs bulletins sous les yeux du président ou des scrutateurs, ce qui violait la prescription du secret du vote, des bulletins trouvés dans l'urne en nombre plus considérable que celui des votants. Malgré ces réclamations, toutes les élections furent validées à l'exception de deux. Celle de M. Bachellerie, nommé par l'opposition dans la Haute-Vienne, fut annulée pour des vices de forme dont la gauche eût voulu qu'on ne tint pas compte parce qu'ils étaient le fait du président du collège, concurrent du candidat élu. On annula aussi celle de M. de Saint- Cricq, directeur-général des douanes, qni, déjà député de Seine-et-Marne, mais prévoyant peut-être qu'aux pro*
chaines éleaioDs il n'y serait pas reDommé, avait sollicité et obtenu les suffrages du département des Basses-Pyrénées, son pays natal. Vainement ses défenseurs alléguèrent que ni la Charte, ni aucune loi n'interdisait au député d'un département de se présenter, avant l'expiration de son mandat, comme candidat dans un autre département. On répondit qu'il n'était pas possible d'être à la fois élu et éligible, et qu*un haut fonctionnaire, réunissant à cette qualité celle de député, aurait trop d'avantages sur ceux qui essaieraient de lutter contre lui. Une forte majorité, formée de la droite et de la gauche réunies, donna raison à cette opinion.
C'est dans la vérification des pouvoirs que l'esprit de parti peut surtout se donner carrière, parce que les questions qui s'y posent sont en général des questions d'ap» préciatioD, de bonne foi, sur lesquelles il est facile de se faire illusion, même avec des intentions loyales. En cette occasion, le côté droit, enivré du retour de fortune qui venait de lui rendre la majorité, ne tint pas, à beaucoup près, la balance égale entre ses amis et ses adversaires, et les orateurs de l'opposition purent se prévaloir, contre les décisions qui furent prises, des doctrines professées jadis par M. de Villèle et d'autres membres de la droite.
Dans les scrutins qui se succédèrent pour la formation du bureau, on put voir à quelles proportions était réduite cette opposition qui, pendant la session précédente, balançait ta majorité. Lsa droite et le centre droit réunis
désignèrent comme candidats à la présidence MM. Rarâ:^ et Bellart, M. Benott, M. de Donald et M. de Boarill^ Les deux premiers, appartenant au centre droit, eore^^:^^ 236 et 221 voix, les trois autres, représentant la droit..^^ en obtinrent 212 et 199. Comme on le savait d'aranc::;.^^ le Roi choisit M. Ravez. Les plus heureux des candid^^ «^ de l'opposition, MM. Camille Jordan, Royer-Collas*-^, Courvoisier, Dupont de TEure, réunirent 83, 80, IL et 64 suffrages, M. Laffitte, 47 seulement.
MM. de Bouville et Chifflet, M. Borel de Bretizel, M. Bonnet, les deux premiers de la droite, les autres do centre droit, furent nommés vice-présidents. Les saor^ taires furent aussi pris par moitié dans chacune de ocs deux sections de la Chambre; MM. de Castelbajac et, âe Kergorlay étaient du nombre.
Les pouvoirs d'un des questeurs expirant cette ano*^» la Chambre avait à présenter au Roi trois candidats. I^ côté droit mit en tête de la liste M. Paul de Châto^^' double, ancien sous-préfet destitué, en 1816, pour a^^^ agi, dans les élections, en faveur des ultra-royalistes €^^^ combattaient alors le ministère; mais le questeur sorta»^^ M. Fornier de Saint-Lary, qui était personnellem^^' agréable au Roi, ayant été aus§i porté sur la liste, c^^^ sur lui que s'arrêta le choix du gouvernement, bien q^ " eût eu moins de voix que son concurrent. La droite ^^ témoigna une irritation qui faisait pressentir quell^^ seraient bientôt ses exigences. On disait hautement daC^ les salons que ce choix était un témoignage de mépris
HISTOÏBE DE hX RESTAUn ATlON. 38»
pour le parli royalisl*^, une alTieuse irahisoQ, que les
ryalist€s étaient encore une fais pris pour dupes. Les membres de la commission cliargéc de rédiger l'adresse furent tons lires du côté droit, à rexceplion dé deux. A quelque point que ce côté se fût grossi, UQC telle proporlion dépassait sa force actuelle. Elle s*explique par celte circonstance^ que, dans les scrutins des bureaux, les députés de la gauche, n'ayant aucune chance de faire psmr leurs amis politiques et forcés d'opter, au second oar, entre les candidats de la droite et ceux du centre Iroit, préféraient les premiers en haine du ministère* ^ La commission ainsi composée adopta un projet l'adresse qui annonçait de grandes exigences dans le sens Se ce qu*on appelait la cause monarcliiqile et religieusa, Et dont le ton était fort aigre à l'égard du gouveraernent. Tétait rœuvre de M. de Vaublanc qui, en dehors de la ^mmlssion, Tavait concertée avec le général Donnadieu H M. Dudon. Le lendemain 30 décembre, au moment où a Chambre allait se réunir en comité secret pour en dô* ibèrer, MM, de Vil lé le et Corbière, craignant de se trouver placés dans une fausse position par les débats lusquels un tel projet ne pouvait manquer de donner ieu, demandèrent à être admis dans le sein de la comknisi^ion^ y parlèrent vivement des dangers auxquels on 'exposerait en provoquant une scission entre la droite et le parti ministériel^ et réussirent à faire substituer, au travail de M. de Vaublanc, un autre projet préparé par M, Uavei, Celui-ci, calqué en beaucoup de points sur le a. i9
ÎOO HISTOIBE DE LA RESTAURATION.
texte an discours royal, n'avait rien d'hostile ni de blessant pour les dépositaires du pouvoir, et s'il laissait entrevoir les vues du parti, c'était dans une forme qui ne provoquait pas une lutte immédiate, c Fortifier, > disait-il» c l'autorité de la religion sur l'esprit des peuples, épureir
> les mœurs par un système d'éducation chrétienne e^^ i monarchique, relever l'éclat et la dignité des corps d& — i positaires des lois, donner à la force publique cette sag<^^ t organisation qui assure la tranquillité au dedans el K.^ » paix au dehors, diviser l'action administrative sai:im.i t nuire à l'unité du pouvoir, perfectionner toutes 1 » institutions qui dérivent de la Charte et qui doive
• protéger nos libertés, telles sont les itilentionsde VoLi Majesté, tels sont aussi nos devoirs... Ces améliorati<^
• importantes, nous les poursuivrons avec la modératic^*::
> compagne de la force... t Il paraît que des paroles assez vives furent échangé^
dans la commission, entre M. de Villèle et M. de La Boi donnaye : c Sachez, monsieur, > dit M. de La Bourde naye au nouveau ministre, c sachez qu'il y a encore <
> royalistes au côté droit, t
Dans la discussion qui s'engagea en comité secret^ '^ gauche reproduisit les plaintes qu'elle avait déjà -0^^^^^ entendre au sujet des dernières élections. Le général t**^^^ présenta un contre projet d'adresse dans lequel on mwc^^^^ déploré les modifications apportées à un système électcp ^*"*^' en liarmonie avec la Charte et Vopinion publique,, etquï^^'* ques membres de l'extrême droite élevèrent, de l^^^^
ÎIISTOIHE DE LA R ESTÂ0B ATIOZ^, 2^1
côré, contre le miDÎstère des accusations d^noe loot antre
natore* Un amendement fut proposé pour ajouter au
paragraphe qui demandait un système d'éducation ehré-
Ia^^ine et tmmrchiqtte l'ôpithète de constHutiomielk, Il fut rejeté, ^t le projet de M Ravezvoté à une grande majorilé.
Déjà, la chambre des pairs avait voté, presque sans lôlial, une adresse rédigée par M. de Fontanes, conçue à P^a près dans le môme esprit, mais plus mesurée et qui îecxkEmmâQdait la modération avec une insistanca signid" cativê, L^élection des secrétaires de celte Chambre avait *e mille prouver que là, aussi, la droite était maîtresse du lorrain, La composition de la pairie n'avait pourtaut éprouvé aucune modiflcatîon depuis là grande promotion '^*le par M» Decazes^ mais le mouvement des esprits dans le sens monarchique était, pour le moment, irré- ^fiisiible..
^r (nies Chambres étant ainsi constituées, te ministre des UDaoces présenta, le 2 janvier 1821, à la chambre des ^^ paies, un projet de loi qui, suivant Tusage, autorisait ^ gotiTernement à percevoir six douzièmes de TimpAt en ^'-Wndant le vote du btidgel, et, dans l'eiposé des motifs, ^ ïîe diBsimula pas qu'un système nouveau pourrait seul *^^Ur<5 fin à cette irrégularité constamment renouvelée ^^puis 1815. M. Barthe Labastide ayante dès le lende- ^^îîï, au nom d'une commission, proposé Tadoplion de projet^ la discussion s'ouvrit le jour suivant, et elle eut ^^ le début un caractère qui put faire présager quelle
f9% HISTOIRE DE LA RESTAURATION.
serait, dans la Douyelle Chambre, la violence des débats. Ce fut le général Donnadieu qui prit le premier la parole, t Une révolution étrange vient de s'opérer, » ditil ; c les hommes avec lesquels je me suis fait gloire de » partager jusqu'à ce jour principes, sentiments, opi-
> nions, les hommes que je respecte et que j'estime, » avec lesquels je croyais marcher ici dans le plus parfait » accord vers la prospérité de notre pays, viennent de
> prendre une voie tout à fait opposée à celle qu'ils avaient » eux-mêmes indiquée quatre années de suite comme la
> seule qui pût rassurer les esprits. Je l'avoue : peu ac- » coutume à ces transitions subites, à ces alliances im- » provisées, à ces fusions du bien dans le mal, toutes » mes idées se trouvent déconcertées par cette nouv^Ie
> union. Je regarde autour de moi, et je me demande
• quel est le phénomène qui a pu produire un change-
• ment aussi inespéré. De grands malheurs sont arrivés I au milieu de nous; un crime horrible nous a ravi un » prince sur lequel reposait l'avenir de la France ; des
> complots abominables, tendant à renverser la monar-
• chie et l'État, se sont manifestés, tant dans la capitale
> que dans les provinces ; des révolutions se sont opérées » sur plusieurs points de l'Europe : l'édifice social sem- » ble être sapé jusque dans ses fondements Jd'une extré- » mité du monde à l'autre. Au milieu de telles cataslro-
• phes, en proie aux plus vives alarmes, un cri général » s'élève de toute la France, et ce cri est un acte d'accu- » sation contre le ministère. Vous avez dit, vous avez
BlSTOlHE DE LA RESTAURATION* îB3*
* rt^pêlé que les hommes appelés aux hautes fonctions de » TEfat avaient méconnu, trahi tous les intérêts de ce i pays, tous les principes du juste et de l'honnête. Vos » discours ont retenti d*accusa tiens contre eux pour avoir
* voulu renverser ces éléments conservateurs, et lors*
* que les consé^iuences de cette conduite... ont frappé
* nos yeux par des catastrophes irréparables,-,, vous t venez tendre la maio, prêter appui, assistance à ces » mômes hommes pour leur livrer do nouveau les desti- > nées de notre infortunée patrie! José vous le deman- » der : quel est le ciment d*un tel lien ? Sous quelle foi, ■ sous quelles garanties passez-vous un tel contrat? i L'orateur, résumant ensuite à sa façon l'histoire de tous
, ks ministères qui s'étaient succédé depuis six ans et qu'il affectait de pincer sur la même ligne, de confondre en un seul, montra le gouvernement agissant sans plan, sans rëgle^ sans principes déterminés, le caprice et Tarbitraire mis partout à la place de la justice, d*un côte une monarchie constitutionnelle, de l'autre le despotisme et Tanarchie substitués aux libertés publiques, ici la ûdélitè demandée à la foi jurée, là le mépris, la persécution pour prix de cette fidélité^ toutes les notions du juste et de r injuste confondues, toutes les idées d*ordre, de raison renversées, la religion du Roi très-chrétien déclarée loi de rÉlat^ et la dérision appelée sur ses minislresi Tordre de Thérédité légitime dans la famille royale établi pour base fondamentale dans la Constitution, et les attentats les plus directs i cette légitimité dans les doctrines créées, soute-
nnes sous les auspices des ministres, la reconnaissance érigée en vice et l'ingratitade en verta. Selon le général Donnadiea, le cabinet actuel continuait à marcher dans ces funestes errements. La réorganisation do l'armée^ à laquelle on travaillait en ce moment, avait pour but, au dire des ministres, d'épurer le corps des ofiBciers dont les opinions politiques ne donnaient pas de garanties suffisantes à la monarchie. Quels reproches ces malheureux officiers n'avaient-ils pas le droit d'adresser à ceux qui, par leurs variations de systèmes et leurs doctrines corruptrices^ les avaient engagés dans cette fausse route 1 Les ministres avaient tout flétri, tout avili, tout corrompu, ils s'étaient corrompus eux-mêmes. Us avaient commis des crimes pour lesquels la prescription ne pouvait exister; on pouvait prouver que le sang français n'avait coulé à flots, sur tel ou tel point du royaume, que par le résultat de la plus infernale machination, organisée tout entière par les agents du ministère,- afin d'en faire retomber toute l'horreur sur les royalistes. Le garde des sceaux, le chef de la justice avait laissé ravaler en lui sa haute magistrature, et, du rôle d'accusateur, avait passé à celui d'accusé. Arrivant enfin à la question du projet de loi dont l'acceptation ou le rejet devait être un moyen de faire savoir au Roi si ses minisires avaient ou non justifié sa confiance, l'orateur invita la Chambre à remplir son devoir constitutionnel en refusant de remettre entre des mains indignes et incapables les trésors de l'État, c Si » jamais, i dit-il encore, c la légèreté et la médiocrité
ont été manifestes, celles des ministres doiyent étr^ bien démontrées. Vous ne pouvez ménager leur amourpropre qu'en accusant leurs intentions. Ils vous ont demandé des lois d* exception ; vous leur avez livré les libertés publiques. Qu*en ont-ils fait? Moyens inutiles entre les mains de la faiblesse et de l'incapacité, et dont les hommes forts n'ont pas besoin. Gela ne sup« plée ni au talent, ni au caractèr.e. Qu*on soit juste et ferme, qu'on sache récompenser et punir; avec ce levier politique, toutes les libertés peuvent fructifier dans notre pays. Se prévaudront-ils de la haute considération où ils ont placé la France près des puissances de l'Europe? Je n'aborderai pas celte question : le cœur de tous les Français y a répondu d'avance... Messieurs, puisque les ministres ont assez peu d'intelligence pour ne pas faire d'eux-mêmes la retraite que leur indiquent les plus graves considérations de salut, remplissez noblement^ courageusement votre mandat. Et s'il fallait passer des considérations générales aux considérations particulières, je vous dirais que vous pouvez sans danger modérer ce vif empressement à prodiguer l'argent aux ministres : ils n'en ont pas besoin, puisqu'ils sont à même d'offrir cent «aille francs à celui de vous qui serait disposé à trafiquer de son honneur, de son indépendance. »
A ces étranges paroles, des cris d'indignation éclatèrent sur les bancs du centre. Plusieurs voix demandèrent le rappel à l'ordre du général, mais le garde des sceaux s'y
opposa, sommant M. Donnadiea, alors qa'il Tenait de proférer contre les ministres une accusation qai appelait sur eux un châtiment légal, de s'expliquer plus clairement, de faire connaître le membre de la Chambre qu'ils avaient essayé de corrompre. Le général, tout en déclarant qu'il parlerait si la Chambre le lui ordonnait, s'abstint de faire une réponse formelle à cette interpellation, et se borna à maintenirson assertion en termes injurieux et violents. Je dirai plus tard sur quoi il la fondait.
Lorsque le tumulte fut un peu calmé, M. de Yillële monta à la tribune c pour essayer, • dit-il, • les accents > de la raison en opposition avec Tappel aux passions • que l'on venait d'entendre. » Il déplora des récriminations qui ne tendaient à rien moins qu'à jeter le pays dans une guerre éternelle, dont sa ruine serait l'inévitable résultat. Il expliqua comment l'opposition royaliste, qui ne faisait la guerre qu'aux choses, et non aux personnes, s'était réunie au gouvernement lorsqu'elle l'avait vu marcher dans la voie du salut public. Il dit qu'il ne répondrait pas à toutes les allégations du préopinant, mais il repoussa comme complètement erronés les motifs assignés par lui à la réorganisation de l'armée, dont Tattitudï et la conduite n'avaient cessé d'être satisfaisantes. Quant à la demande du renvoi des ministres, il fit remarquer que, môme en l'absence d'une loi de responsabilité, la Chambre, si elle le jugeait à propos* avait le droit de les mettre en accusation, t Accusez-les, » dit-il, c alors on viendra vous répondre, alors vous serez obligé
> de produire des preuves. Et ce serait sous nn tel pré- » texte que vous pourriez vous opposer à un vote indis- • pensable^ sans lequel la marche de l'administration » serait arrêtée ! >
Ce discours faible et vide révélait la fausse position de son auteur, membre tout à la fois d'un ministère auquel il ne voulait pas s'associer complètement et d'un parti avec lequel il ne voulait pas rompre^ alors même qu'il était obligé de combattre ses exagérations.
M. Benjamin Constant fit très-bien ressortir le vice de l'argnmentatioD de M. de Villèle, qui prétendait réduire les Chambres au droit d'accuser judiciairement les ministres en leur refusant celui de manifester leur improbation par le rejet d'un projet de loi. Il expliqua que la mise en accusation était un moyeu violent dont les amis do repos public et de la monarchie ne pouvaient vouloir user qu'à la dernière extrémité, qu'en l'absence d'une loi sur la responsabilité ministérielle, les articles de la Charte qui la constituaient étant susceptibles d'interprétations diverses, une accusation n'aurait probablement aucun résultat, que, d'ailleurs, les ministres pouvaient suivre un système dangereux sans se rendre pour cela coupables de délits formels, et qu'en pareil cas le moyen le plus doux, le plus constitutionnel et le moins périlleux tout à la fois de les arrêter, était d'avertir le chef de l'État de leur erreur en refusant ou au moins en réduisant l'impôt. Il reprocha au Cabinet d'envenimer les haines de parti, de dénoncer ses amis d'hier à ceux d'aujour-
ne HISTOIRE DE L^ RESTAURATIOIC
d'hni, et il conseilla à la Chambre de n'accorder que deni douzièmes, poar donner aux ministres le temps de s'amender, en lenr faisant comprendre que, tôt ou tard, il arrive un moment où les deux partis qu'on a joues se réunissent contre ceux qui ont employé à leur ^rd cette tactique peu loyale.
M. Etienne, qui prenait pour la première fois la parole, consentit à accorder trois douzièmes pour ue pas compromettre le service du trésor; mais, dans une dissertation ingénieuse, subtile et superficielle, comme ceHes dont il remplissait naguères la Minerve^ et mêlée dedécbh mations sur la gloire militaire de la France, il essaya de placer les ministres dans une situation embarrassante en signalant la variété de leurs antécédents, en rappelant qu'avant de s'unir dags un même cabinet ils s'étaient combattus pendant cinq années, et en demandant quels étaient ceux d*entre eux qui avaient abandonné leurs anciennes opinions dans cette transaction dont, de part et d'autre, l'amour du pouvoir semblait avoir fait tous les frais. Il dit que le ministère ainsi constitué ne présentait aucune garantie de durée, et qu'en lui accordant de confiance tous les douzièmes qu'il sollicitait, on devait être à peu près certain qu'on les votait en faveur d'une autre administration, en faveur d'un parti dont l'intention était de replacer la France sous la tutelle d'une orgueilleuse aristocratie.. Forcé de reconnaître la prospérité dont jouissait la France et les progrès de son crédit, il prétendit en trouver la cause dans le gouvernement re-
présentatif, dans le sentiment que le peuple français avait de sa force, et non pas dans les actes des ministres qui avaient tout fait pour tuer la confiance, sous qui, depuis six ans, il n'y avait rien eu de permanent que le provisoire, qui n'avaient cessé de changer de système pour ne pas changer de places, qofon avait vu détruire des lois à peine votées, qualifier aujourd'hui de séditieuses les doctrines qu'hier ils appelaient constitutionnelles, renvoyer un jour des milliers d'officiers des cadres de l'armée dans leurs foyers, les rappeler bientôt après dans les cadres, puis les congédier de nouveau, multiplier à l'infini les organisations, changer si fréquemment les fonctionnaires publics que lès citoyens avaient à peine le temps d'apprendre leurs noms, et transformer, à peu de chose près, les administrateurs en voyageurs du fisc et en commissaires aux élections, t Des intérêts toujours » menacés, des espérances toujours déçues, des pro- » messes toujours trahies , » s'écria , en finissant, M. Etienne,, c n'en est-ce pas mille fois trop pour faire » tomber tout crédit, pour ébranler toute confiance ? »
Une partie de la droite s'était, à plusieurs reprises, unie à la gauche pour accueillir par des marques d'approbation les antithèses épigramma tiques de M. Etienne. Ce fut le ministre des affaires étrangères qui lui répondit. Après avoir fait l'observation que, si l'on avait à regretter de se trouver encore dans le provisoire financier, on ne pouvait s'en prendre au gouvernement qui, deux ans auparavant, avait proposé sans succès une loi destiaée à
y mettre an terme, il repoussa les accnsations parfois contradictoires que le général Donnadien et M. Etienne avaient portées contre le Cabinet. Pour expliquer le peu d'homogénéité des éléments dont il se composait, c les
> événements, • dit-il, t ont marché, ils ont dû appren-
> dre aux fidèles sujets du Roi, aux sincères amis de la
> patrie, à tous ceux qui, animés des mêmes sentiments,
> n'étaient divisés que par des nuances d'opinions, que » le temps était venu de s'entendre sur le fond des choses. » Or, le fond des choses, c'est l'amour du Roi, la défense
> du gouvernement constitutionnel ; voilà sur quoi les
> membres des deux côtés de la Chambre de 1816 ont
> dû se réunir. L'expérience a appris à ces hommes, que « des chaleurs passagères avaient momentanément èloi-
> gnés les uns des autres, qu'ils s'étaient trompés des
> deux parts et qu'ils avaient mal jugé leurs intentions. » M. Pasquier termina ainsi son discours : < Le premier c orateur qui a parlé à cette tribune a dit aux ministres : » retirez-vous. Non, messieurs, les ministres du Roi ne
> se retireront pas. Ils ont le sentiment de leurs devoirs. » Ils ont juré au Roi de soutenir son autorité, de mainte-
• nir son gouvernement, de défendre les lois qu'il a » données. Tant que le Roi jugera leurs services bons et
> loyaux, tant qu'ils auront la conscience qu'ils peuvent
• le servir utilement, ils ne croiront pas devoir se retirer. 1 Ils n'ignorent pas qu'il est des circonstances où, d'eux
• mêmes, ils devraient demander la faveur de cette nou- » velle manière de servir leur prince... S'ils avaient
9 perda la majorité dans celte Chambre, s'ils pouyaieDt a croire Ta voir perduo dans la nation, s'ils se croyaient m un obstacle au bien de leur pays^ s'ils croyaient que Mm rautoritè royale pût péricliter entre leurs mains, ils Wm seraient les premiers à dire au Roi : regardez, sirc^ I -m s'il n'est pas des sujets, non plus Adèles que nous, mais K M plus habiles, plus éclairés et qui puissent réunir mieux M que noas.., les qualités qu'exige le gouvernement de
■ 9 vosélatâ... Alors, mais alors seulement, les ministres 3 du Roi pourraient songera se retirer ; mais, jusque-là,
I» -..ils resteront, fermes et dévoués, au poste dont la • confiance du souverain a daigné les honorer, » M. de Gorcelle combattit le projet de loi par de vulgaires déclamations contre la prétendue exagération des dépenses publiques comparées h celles du régime impérial, contre Torganisation de larméc, la solde exorbitante P des troupes suisses, l'emploi arbitraire et, suivani lui, illégal que l'on faisait du domaine extraordinaire, et les lois d'exception dont il demanda l'abrogation immédiate.
■ M- Stanislas de Girardin, après s'être fait applaudir en I réclamant pour lui el ses amis le titre de rot^alisîe coasii-
tuiwmtel et en rappelant le rôle qu'il avait joué, comme ^ tel, à côté de M. de Vaublanc, dans TÂssemblée législalive, blâma sévèrement le système de bascule politique pratiqué par les ministres, leur reprocha d'avoir introduit le privilège dans les élections, d'avoir anéanti de fait l'article de la Charte qui consacrait règalité entre tous lescitoyenS) reproduit sous des formes nouvelles les
m HISTOIRE DE LA RESTAURATION.
lettres de cachet, remplacé la torture par le secret, transformé les jnrys en commissions dans lesquelles l'esprit de parlî remplaçait l'esprit de justice, employé la police i provoquer des désordres au lieu de les réprimer et la censure à diffamer les meilleurs citoyens, à outrager chaque jour les anciens et fidèles alliés de la France, Naples et V héroïque Espagne. — A ces mots, la droite fit entendre de violents murmures. On cria à l'orateur de se renfermer dans la question et de ne pas faire Tapologie de la révolte. Il déclara, en finissant, qu'il voterait trois douzièmes provisoires, mais qu'il voterait volontiers les six qu'on demandait s'il pouvait croire que le Roi userait de sa prérogative pour dissoudre le ministère actuel.
Deux membreade l'extrême droite, MM. de Vaublanc et Delalot, se prononcèrent pour le projet de loi, mais, tout en dirigeant de vives attaques contre le côté gauche qu'ils montrèrent en hostilité permanente contre le système monarchique, ils firent clairement entendre que le ministère ne leur paraissait pas avoir, dans sa marche, la fermeté, la décision nécessaires. Il était temps, direntils, de renoncer aux oscillations et d*avoir enfin des hommes pour les lois au lieu de faire des lois .pour les hommes. C'était un appel aux destitutions. Un autre député du même bord, M. Dudon, blâma ouvertement la composition du Cabinet comme contraire à ce principe d'unité qui est de l'essence du régime constitutionnel et que le Roi avait proclamé en 1815. Tout plein encore du
FesBentiment de la destitution qni Tavait frappé quatre ans auparavant dans Texercice de ses fonctions de liquidateur des créances étrangères, il ne put s'abstenir de faire allusion aux bruits calomnieux, suivant lui, qui le représentaient comme ayant acquis sa fortune par des moyens illicites. Il vanta la Chambre de 1815, et attaqua Tordon* nance du S septembre aussi bien que la politique dont elle avait été l'inauguration.
Plusieurs amendements qui tendaient à réduire le nombre des douzièmes k deux, à trois, à quatre, ou qui avaient pour objet des points de forme, des détails techniques^ ayant été successivement écartés, la loi fut votée, le 9 février, à la majorité de 268 voix contre 65. La chambre des pairs la vota, le 12, sur le rapport de M. Mollien, à Tunanimitë moins cinq voix.
Dans la discussion que je viens d'analyser, Textréme gauche avait montré plus de modération qu'on n'était en droit de l'espérer; un seul de ses membres, M. de Gorcelle, y était intervenu. Celte modération relative provenait de la crainte que la commission de la Cour des pairs, qui instruisait alors le procès do la conspiration du 19 août, ne fit des découvertes compromettantes pour plusieurs députés de cette portion de la Chambre et ne proposât leur mise en accusation.
Quelque considérable qu'eût été la majorité obtenue par le ministère, elle n'était pas dénaturée lui faire illusion sur la position fausse où il se trouvait. Il était évident qu'une fraction de la droite, ralliée autour de M. de
dO& HISTOIRE DE LA RESTAURATION.
La Bourdonnayeqai avait voté ouYertement pour l'amendement des qaatre douzièmes, désappronvait la politique de modëralion que le Cabinet essayait de faire prëraloir. Si le général Donnadieu et M, Dudon, emportés par des ressentiments personnels, avaient donné prématurément le signal de Tattaque, bien d'autres, au fond, pensaient comme eux, et MM. de Yillële et Corbière, en prêtant aux autres ministres un appui équivoque, étaient surtout préoccupés du soin de ne pas se brouiller avec le parti dont ils continuaient à être les chefs.
Le général Donnadieu, en parlant des tentatives laites par le ministère pour corrompre à prix d'argent des membres de la Chambre, avait fait allusion à des bruits répandus sur le compte de M. Paul de Châteaudouble, celui-là même que le gouvernement, au grand mécontentement des ultra-royalisles, n'avait pas nommé questeur, bien qu*il figurât le premier sur la liste des candidats. M. Paul de Châteaudouble fit insérer dans le Journal des Débats une lettre où il affirmait que jamais le ministère ne lui avait fait de propositions qui pussent autoriser l'accusation de chercher à capter les suffrages des députés par des moyens offensants pour l^ur délicatesse. Le général Donnadieu répondit, par la même voie, que le fait qu'il avait allégué était de toute vérité, que cent mille francs avaient été offerts à deux reprises à M. Paul de Châteaudouble en compensation de la questure, et que ce dernier l'avait raconté lui-même à des personnes dont la véracité ne pouvait être mise en doute. Le général ajou-
inSTOlRE DE LA HESTAU AATION. 30G
tait, il eslTrai, qu'il Délait (las do nombre de cean à qni ce rêcll a va il été fait,
La violeoce habiluelle do son caractère ne tarda pas à am(>ner de nouveaux scandales. Sur les instances des protecteurs qu'il comptait parmi les membres influents de la droite^ le miaisLère avait consenti a le replacer dans le cadre 'd'activité des ofTiciers-gènéraux dont on Tavait rayé deux ans auparavant. Non content de celle réintégration, il réclama l'arrière de sa solde pour le temps qu'avait duré cette radiation. Les règlements ne permettant pas d'acquiescer à celte prétention , on essaya asseî maladroitement de le satisfaire en lui oITrant, sur tes fonds de la liste civile, une somme équivalente à celle quHl réclamait; mais, prenant une alLitude de dignité offensée qui, de sa part, ùtail assez étrange, il repoussa cette otïre avec emportement^ et, rencontrant le duc de Richelieu dans la jardin des Tuileries^ il l'apostropha en termes ofîensants. Comme sa qualité de député ne per me liait plus, cette fois, de l'en vo ver à TAbbaye, on se borna à le retrancher de nouveau du cadre d'acti- Tité. Dans sa fureur, il alla trouver le ministre de la guerre et lui parla avec une telle insolence que M, do La Tour Maubourg le chassa de sa présence en le menaçant, s'il disait un mot de plus, de le traiter comme il le méritait. Ce qu'on aura peine à croire, cest qu'il se trouva alors, dans la société ultra-royaliste, bien des gens disposés, sinon à donner complètement raison à ce malheureux contre le noble duc de hichelieu, au
moios à hésiter entre eux, à trouver qae les torts étaient partagés. Il faut rendre cette justice a M. de Ghateto-* briand que, loin de s'associer à cette absurde iniquité, il écrivit, de Berlin, au ministre des affaires ëtrangèrai, une lettre remplie des témoignages de la plus vive indî* gnation contre le général Donnadieu.
Un incident étrange vint, sur ces entrefaites, fouf^ nir un nouvel aliment aux déclamations du parti qui, déjà rapproché du pouvoir, aspirait à s'en sabir tout i fait. Le 27 janvier, un peu avant cinq heures de l'aprto* midi, par conséquent à la chute du jour, on entendit une forte explosion dans l'intérieur du château des Tuileries. Elle provenait d'un baril, renfermant environ six livres de poudre, que Ton avait placé entre la muraille et un coffre à bois sur un palier de l'escalier dérobé réservé au service des appartements du Roi et de Madame. Plusieurs des portes et des fenêtres donnant sur Tescalier furent arrachées de leurs gonds, trois carreaux de vitres furent brisés, mais il n'y eut personne d'atteint. Quelques instants après, le préfet de police, le procureur-général et le premier avocat-général de la Cour royale, se transportèrent sur les lieux. On procéda aux recherches les plus minutieuses dans l'intérieur du palais, et on interrogea tous les employés de service, sans découvrir d'abord d'autres indices que les débris du baril restés sur la place.
Lorsque la nouvelle se fut répandue dans Paris, elle y jeta une extrême agitation. Les royalistes, voyant dans
IfISTDIflË DE LA RESTAURArTIOTN. 307
cet érénement un attentat contre la vie du Roi et des princes, un renouvellement plus hardi et, s'il est possible, plus criminel encore de celui qui avait 6té dirigé Tannée précédente contre là duchesse du Berry, se livrèrent à des transports de fureur. Leurs journaux n'hésitèrent pas à mettre le nouvel attentat sur le compte de la faction démagogique, encouragée par l'excessive indulgence du gouvememeat. Le Défenseur disait que ce n'était pas les agents subalternes qu'il fallait frapper, mais les chefs de cette faction, et que, lorsque le crime allait droit à la personne du Roi, '^on pouvait bien aller droit aux criminels, quels qu'iU fussent. Les libéraux, incertains, embarrassés, portés par instinct plus que par conviction à sotipçonner quelque artifice de leurs adversaires, ne savaient trop que dire, parce qu'ils pouvaient craindre que les résultats des recherches de la justice nevinssent bientôt prouver la vanité de leurs suppositions.
Le gouvernement, apprenant que les meneurs de la droite avaient Tintention de proposer à ta chambre des députés d'etprimer, dans une adresse au Roi, les sentiments qui animaient le parti, ce qui ne pouvait manquer d'être le signal d'une attaque contre le Cabinet, crut devoir prendre l'initiative des explications qu'il ne dépendait pas de lui d'éviter.
Le lendemain de l'événement, à l'ouverture de la séance dé la Chambre, elle reçut communication d un message royal apporté par le garde-des-sceaux. II commençait par raconter ce qui s'était passé la veille. Il fai-
aoe HISTOIRE DE LA RESTAURATION.
sait remarquer ensuite que Texplosion, dans la direclion qu'elle avait prise, n'avait pu atteindre ni la personne du Roi ni celle de Madame, c Toutefois, » ajoutait-il, c no 9 tel attentat, commis au milieu du palais de nos rois, 9 au milieu des fidèles serviteurs dont Sa Majesté et U 9 famille royale sont constamment entourés, signale un 9 excès de perversité et d'audace qui s'attaque à tout ce 1 que la France a de cher et de sacrée qui voudrait per- » pëtuer les inquiétudes et les alarmes trop justifiées par 9 l'eiïroyable catastrophe que l'intervalle d'une année I n'a pas encore séparée de nous. Le Roi, convaincu que 9 tout ce qui touche à la sûreté de sa personne et i celle » de sa famille ainsi qu'au respect qui doit protéger sa 9 demeure intéresse vivement la Chambre et la nation, 9 désirant calmer les craintes que cet événement a natu- 9 rellement excitées, nous a prescrit d'en mettre les cir- -9 constances sous vos yeux. Les auteurs de cet attentat 9 sont recherchés avec autant de soin que d^activité, et 9 quant à l'esprit perturbateur qui inspire de tels crimes, 9 il sera vaincu par la certitude que tous ses efforts échoue- 9 rout contre la fidélité de la nation et des Chambres, 9 contre l'union durable qui existe entre elles et le Roi. » Celte communication fut accueillie par les cris de Vive le Roi^ vivent les Bourbons I Des applaudissements partirent même des tribunes. Sur la proposition de M. de Castelbajac, la Chambre résolut, à l'unanimité, d'exprimer au Roi, par une adresse, sa douleur et son dévouement. Les bureaux se réunirent sur-le-champ pour
HISTOIRE DE LA HESTAUBATÎOÎt, TOI
nom mer la com mission qui devait la rédiger. Dans presque tous, les choiit tombèrent sur les ultra*roya listes les plus fongueux. Le centre droit n'eut que deux nominations^ ta gauche et le centre gauche pas une seule,
I^a même communication avait été faite simultanément à la chambre des pairs par le président du conseil, et comoie cette Chambre n'était pas disposée à en faire le prélexle d*une manifestation de parti, elle s'était bornée c h arger une grande dêpulation de porter au pied du trône Tex pression de ses sentiments. Mais les choses ne deva îent pas se passer aussi simplement au palais Boufbon.
L*o jour suivant, en attendant la présentation du projet
a atiï'esse, la chambre des députés délibérait sur des
Pétitions, Une de ces pétitions^ qui demandait pour le
^^'•^c: ^e Bordeaux une garde d*honneur formée par les
^^parTements» avait été pour M. de Marcellus le texte
^ ri € de ces homélies sentimentales et pieuses dans les-
^*^^llesil se complaisait. Après avoir épuisé toutes les
*^^*^iules de l'indignation contre les machinations in fer-
"^^l^fesde la faction révolutionnaire^ contre les blasphèmes
^***î tiques et religieux que Ton entendait chaque jour
Ps^or^rer, après avoir adjuré la Chambre de veiller sur le
^^**c^eau du duc de Bordeaux, d'unir ses efforts pour
^^H^erFeofant que Dieu avait donné par un miracle,
ï2| Tous^ » s'ètait-il écrié, f l'auguste objet de nos
** larmes et de notre dévouement sans bornes, Roi, père
^Q la France^ sauvez-vous, sauvez-nous t II est temps de
340 HISTOia^ DE LA RESTAURATION.
» voas armer de l*aatorité même du Dieu dont tous êtes » rimage pour repousser les doclrines et les ouvriers de » sédition, de mensonge el de crime. La France entière, » qui tremble pour son Roi, vous conjure, fils de saint » Louis, de déployer votre puissance pour foudroyer le » génie du mal. Assez longtemps il s'est prévalu, pour ]> entasser les forfaits et les crimes, de votre longanimité.
> Montrez-lui dans leur éclat la vérité et la ju$lice, et il A sera confondu. Fermez les bouches qui ne s'ouvrent » que pour blasphémer. Que des lois sages et fortes fas-
> sent observer les préceptes du Dieu vivant et honorer » ses autels. Que le nom de Dieu... soit replacé à la tétQ
I de nos lois. Que la justice et la fidélité soient enfin apn pelées à la défense du trône légitime... »
Cependant, le temps s'écoulait, et la commission de l'adresse ne présentait pas son projet, bien qu'on sût que^ depuis plusieurs heures, elle était en délibération. Gomme on en paraissait surpris, le président déclara qu'elle venait de lui faire dire que son travail n'était pas terminé. M. Casimir Perier, dans un langage très-convenable et même très-monarchique, manifesta son ëtonnement d'un si long retard que rien ne pouvait ei^pliquer.
II dit que le calme et la sagesse du message royal indiquaient à la commission la marche qu'elle avait à suivre^ qu'il n'était pas question d'une adresse politique, mais simplement d'une adresse d'hommages, qu'il était donc impossible de concevoir comment la commission avait, pu prei^re ^r elle d^e re^rder le^^pre^io^ des sentiments
de la Chambre, et, comme la France pouvait trouver étrange qu'on n'eût pas encore répondu à la communication du gouvernement, il proposa, en attendant la présentation du projet d'adresse, de nommer, à Texemple de la chambre des pairs, une grande députation qui porterait au Roi rhommage du respect et de la douleur de rassemblée. Cette proposition fut chaudement appuyée par le côté gauche, mais le président et M. Pardessus représentèrent qu'elle ne pouvait se concilier avec la résolution prise de répondre au message par une adresse. M. de La Bourdonnaye fit entendre que le retard dont on 86 plaignait résultait d'une conférence entre la commission et quelques-uns des ministres, que le projet d'adresse avait paru susceptible de quelques corrections, et que la commission avait été obligée de le retoucher, c Quant à » moi, > ajouta-tril, c je pense que> dans une circons- » tance aussi grave, il ne serait pas du tout inconvenant » qu'une adresse de la Chambre au Roi fût un peu hos- 1 tile contre le ministère, car on peut être fondé à croire » que c'est la faute de l'administration s'il se commet do
> nouveaux attentats contrôle Roi et contre la France. Je » trouve assez étrange qu'une adresse émanée delà Cham-
> bre ait été confiée aux ministres avant d'être soumise à
> vos délibérations. » Personne ne répondit à M. de La Bourdonnaye, et le président leva la séance.
La conférence dont venait de parler le chef de l'extrême droite se termina par une transaction : MM. de Villèle et Corbière, obtinrent, non sans peine, que la
Commission retranchât da projet d'adresse une phrase tellement hostile à la police qu'elle aurait rendu nécessaire la retraite de M. Siméon et de M. Mounier; mais le projet, tel que M. de Béthisy le présenta le lendemain à l'approbation de la Chambre, n'en était pas moins un blâme jeté sur la politique du ministère, et, par les idées comme par le langage, il semblait reporter la France aux plus tristes jours de 1815. Rappelant l'assassinat du duc de Berry, la tentative dirigée contre sa veuve, les troubles du mois de juin, le complot militaire du mois d'août, et montrant dans tous ces faits autant d'éléments d'une conspiration permanente, il y rattachait ce qui venait de se passer encore aux Tuileries. Il disait ensuite : c Ces parricides attentats périodiquement re« > nouvelés et presque annoncés d'avance, était-il impos- » sible de les prévenir ? La source en restera-t-elle ton- » jours inconnue, et ne parviendrons-nous jamais à ap« » profondir des complots qui se jouent avec audace de » l'administration et semblent défier même la justice ? » Sire, la justice n'appartient pas aux rois, elle vient de » plus haut, et ils ne la rendent à leurs sujets que comme » un dépôt qui leur est confié. Votre vie est à vos pen- » pies, et Votre Majesté ne peut l'abandonnera la rage » des méchants. Ils ont bravé votre clémence ; qu'ils » tremblent désormais sous l'inflexible sévérité des lois. » Prévenez, Sire , les dangers dont ils oseraient me. 9 nacer votre personne sacrée... L'esprit de perturba* > tion sera abattu. Votre Majesté a daigné nous en faire
HtSTOIllE 01 LA RESTAURATION. 313
« donner Tassurancc par la bouche de ses mini^itres, et I nous, Sire,*., heu peux de conlribuerà une victoire qui > seule peul assurer le repos et le bonheur de la France, 1 nous venons protnellro à Votre Majesté d*élre infalii gables dans cette lutte dilférée trop longtemps, mais tqtiisera ladernière* i
Malgré les efforls de M, Manuel qui demandait que Tadiesse fût discutée en séance publique en alléguant que* s*il èttit possible que la responsabilité de Tattenlal rùt imputée aux opinions que lui et ses amis se faisaient une gloire de professer; il leur importail de pouvoir réfuter publiquement cette assertion téméraire^ la délibération eut lieu en comité secret^ selon l'usage établi pour les adresses* Le rapporteur, M. de Bélhîsy, tout en conlestiot Texactitude de ce qu'avait dit la veille M, de La Bourdonna ye, reconnut quuoe des phrases du projet ayaut éveillé rtDquiètude deâ minislrcs, la commisdon n'avait pu §o refuser à les entendre, et qu'elle en avait délibéré pour ne pas risquer de compromeltre Tuoion qui faisait la force des royalistes, et d alïliger le cœur du Roi à qui on voulait porter des consolations- t Nous avons penséj » dit-il, c qu'il devait y avoir unanimité dans cette Chambre I comme il y a unanimité d'indignation dans toute la * France. •
Le débat fut très-vif. On attaqua violemment ce qu'on appelait la politique faible et vacillante du ministère. Lr'extréme droite se plaignit de la modification par laqaelle on avait alTaibli la portée de l'adresse et rendu
moins claire l'idée qu'elle exprimait. If. de Gnrzij déclama contre l'ordonnance du 5 sepleoibrc et eontre les actes qui en avaient été la suite. Le général Donnadieu rejeta sur le ministère la responsabilité de tous les malheurs de la France, même du sang versé à Grenoble et i Lyon. M. de La Bourdonnaye demanda Tinsertion dans le projet d'une phrase qui suppliait le Roi de confier la police à des hommes dévoués. Le ministre des aCEiires étrangères prit la défense des fonctionnaires auxquels s'adressait cette injurieuse insinuation.
De l'autre c6té de la Chambre, le général Foy, M. de Ghauvelin, M. Benjamin Constant, M. de Lameth, le gé* néral Demarçay, M. Casimir Perier, reprochant à la com« mission de rendre le parti des idées nouvelles responsable de l'attentat, réclamèrent le retranchement de celles des expressions du projet qui étaient conçues dans ce sens. M. de Chauvelin repoussa même l'adresse tout entière, comme propre à jeter la division dans le pays et à déchafner les passions les plus violentes, comme reproduisant et rappelant le déplorable esprit des proclamations et des adresses de 18i5. Le garde-des-sceaux ayant provoqué le rappel à Tordre de M. de Girardin qui accusait le président de poser les questions d'une manière captieuse, le général Foy, opposant à M. de Serre les idées qu'il avait jadis professées, s'emporta jusqu'à dire que la sittiation de ce ministre était tellement descendue quelle ne compUùt plus devant aucune opinioii. Il fut lui-môme rappelé à l'ordre.
HlSTQinË DE LA filSTAUBATlON,
BLe
dû lous les discours pronancés par les ora leurs da
rop|)o$ilion, aucun De produisit plus d'eiïet que colui ds
M. damillti Jordao. Malgré l^élatde dôpériâïsemËnt où le
rûduisaitU maladie à laquelle il devait bientôt ^uccom-
t*^t*-p îlrelrûuva les forces nécessaires pour faire en lendre
i i^ Chambre d'utiles vôrilùs. Après avoir exprimé en
loronea toucliatHs &0Û dévouement à la famille des Buur-
Uc^cLs^ il fit ressortir tout ce qu'il y avait d'imprudence à
livrer à des apèculations précipitées et téméraires sur
gine de l'attentat dont on voulait indiquer les au-
^irs. 11 dit qu'il était bien peu palriolique de présenter
^•**^ s. cesse la France à l'Europe comme en étal de con^pi-
'"^^ion permanente, ■ Doutoï-vous, * ajouta-t-il, • qua
* <l^s conjectures tèmémires dans un sens provoquent
* ^eig conjectures également téméraires dans le sens op- S>«>$èf Doute^-vous qu'une partie de la population fasse
L% remarque si naturelle que, s*il est une faction capa-
4>1^ de tôfs attentats^ il se trouve aussi des intrigants,
^«as homm&s de parti très-capableaà leur tour de pro
'^'"oquer k ces alleuttls de les créer au besoin pour les
^^tribaer à des adversaires, pour exploiter les alarmes
^«i doivent eu naître, pour faire adopter sous leurs
^ Kispices de& idées anti-nationales que ropinion repous*
^«^xaiit dans des temps plus tranquilles? Combien de
^^^coaslances singulit^'res qui sembleraient indiquer la
**^jslérieuse indueucc de semblables directeui-s, le
^^'lioix du lieu, un intérieur de palais sévèrement gardé,
^ ^ii il devait éti*e si difflcifô à des révolu lionnaires de
316 HISTOIRE DE LA RESTAURATIOff.
» s'introduire tandis qae des intrigants d'an antre genre » pouvaient plus facilement s'y ménager l'accès, la nature » même de l'explosion qui, destinée à effrayer rîmagina- 9 tion plutôt qu'à menacer l'existence, ne devait pas > remplir les vues du génie révolutionnaire, mais pouvait » pleinement suffire à celles de l'esprit d'intrigoe, la » coïncidence, enfin, très-remarquable, d'un tel attentat » avec plusieurs événements politiques dont les hommes » de parti se montraient alors fort occupés ! » L'orateur, à cette occasion, parla de ce qui se passait en ce moment même à la Cour des pairs où, comme j'aurai bientôt i le raconter, le procès de la conspiration du 19 aoât ne marchait pas au gré des esprits passionnés et impatients qui avaient espéré découvrir et* atteindre des coupables d'un rang élevé; il vanta l'impartialité et la sagesse de la pairie; il fit remarquer que, dans de telles conjonctures, on pouvait supposer qu'il avait paru utile à des hommes dont cette modération contrariait les passions de troubler subitement les esprits par de nouvelles terreurs, quils avaient pu même s'abuser sur la criminalité de la tentative par la certitude qu'il n'en résulterait aucun danger réel. Puis, il dit : c Prenez garde^ messieurs, je suis loin » d'affirmer que de telles conjectures soient fondées, je » suis loin de croire qu'elles n'aient pas aussi de graves » inconvénients, qu'on ne puisse cruellement en abuser » pour chercher à compromettre dans l'opinion des ser- » viteurs fidèles, des hommes vénérables, placés par leur 1 rang et leur vertu au*dessusde tous les soupçons; mais
je dts que voas les provoquez par vos conjectares précipitées et téméraires dans un autre sens; je disque » 'v^^us leur donnez noe sorte d'autorisation^ et je vois là • «mu nouveau motir d'imiter la sage réserve du message » €i€ Sa Majesté, d'attendre en paix les résultats de l'ins^ » %MTiclion judiciaire* » Examinant ensuite le projet d'a- <ir*^»^se sous le rapport des insinuations qu'il contenait ^^OKiMtre le gouvernement, t n'avez-vous pas entendu, » s'ô^^ria M^ Camille Jordan, t un honorable député com-
* xaaencer à faire retentir cette tribune de ses plaintes ^ ^ mères contre les manquements du ministère? Ne ^ ^1 outez pas que d'autres accusations ne succèdent bien^ ^ 'S^ii la sienne..... Mais quelles accusations! Vous en ^ ^Remarquerez la tendance... Est-ce pour ses fautes vé- ^ «^îtables que le ministère est â la veille d'être ainsi
* X^<>tirsiiivi, pour s être placé dans la dépendance d'un ^ ^F^rti, pour avoir déployé le luxe de l'arbitraire?... ^ J^on, mais précisément pour n avoir pas assez prévari- ^ «Jué dans ce genre, pour ce qu'on appelle la farbiesse et ^ I3 mollesse de son administration. Oui^ on osera vous ^ ^lire qu'un tel gouvernement n'est pas suirisamment
* ^^rmé contre les factions, quand à ses pouvoirs ordi-
* flaires, déjà si étendus, il joint tant de pouvoirs extra-
* ^Drdiuaires et inconstitutionnels, quand nousavons laissé
^ <lèposer dans ses mains la liberté individuelle, la liberté
^ tie la presse, pres(|ue tous nos droits électoraux; quand
* il se voit entouré et secondé par une garde si nombreuse,
^ ^ne police si active, des fonctionnaires si dévoués ou
3i8 HtâîOtntS DE LA tilSSTÀOflXtt0)f.,
> plniAt si dépendants! On oséfa ajotiMr que, si Une
* grande autorité lui est confiée..., il ne 8>n est pas serri
> assez largement, assez énergiqnemenk.., lofsqa*!! t i fait de la censure Ttisage qtie vons savez, lorsqu'il t » employé la force militaire comme tous Tâves tu dios » les troubles de juin, lorsque lés inquisitions de sa police » s'étendent sur nos relations les plus intimes et les plin
* sacrées, lorsqu'il s'est assuré, par ses [menaces corrupt trices de destitution, la dépendance servile Aeê fono f tionnaires publics, soit dans leurs totes électoraux, aoit i dans leurs rotes législatifs, lorsque, surtout, dans Vestet- » cice de l'administration judiciaire, il nous inonde depuis » un an de procès politiques toujours dirigés daiM le » même sens, et néglige les poursuites les plus indispen- » sables dans un sens opposé, lorsque, dans la plupart
> de ces caudes, et les réquisitoires de ses aTOcats-^êné* » raux, et les résumés de ses présidents d'assises, et le
* choit arbitraire des jurés par les préfets, et Tadmis^n » inouïe d'agents provocateurs au nombre des témoins,
> ont semblé se réunir pour former contre les malbeu-
> reux accusés la conspiration la plus redoutable. ••; tout
> cela n'est pas encore assez; c'est de la mollesse admi-
> nistratire, de la négligence, presque de l'impunité
9 Bon Dieu i messieurs, que veulent-ils donc, ceux qu'un
> tel système de répression n'a pas encore satisfaits t.. .
> apparemment,... qu'on sacrifie les dernières formes de
> la justice, les derniers restes de nos libertés, qu'on » érige des tribunaux extraordinaires, ou plutôt, que.
» cessant même de juger, on recommence à proscrire, à » déporter... Vous avez beau frémir, vous avez beau » désavouer de telles conséquences, elles peurent n'être » pas dans tos opinions, c'est à de tels excès que condui- » sentw. TOS accusations sans fondement et sans mesure; » telle est l'infaillible portée de l'esprit de parti que .votre » adresse tend à exalter. »
Ce discours est le dernier qu'ait prononcé M. Camille Jordan. Jamais, dit-on, il n'avait parlé avec autant d'éloqaence. Ces avertissements d'un mourant produisirent une sensation profonde, mais ils n'arrêtèrent pas la Chambre dans la voie où elle se précipitait. M. Benoit, M. BertÎD de Vaux, le général d'Ambrugeac et d'autres orateurs de la droite alléguèrent, pour justifier la rédaction de l'adresse, la nécessité de signaler à la France et à l'Europe l'audace d'une faction qui poursuivait avec tant d'opiniâtreté le cours de ses attentats, et les divers paragraphes ayant été successivement votés, l'ensemble le fut à la majorité de 244 voix contre 22. La plus grande partie de l'opposition s'était abstenue. L'amendement de M. de La Bourdonnaye, tendant à prier le Roi de remettre la police entre les mains d'hommes dévoués, n'avait pas réuni plus de 7 ou 8 voix.
Le Roi reçut, le même jour, les députations des deux Chambres. A celle de la chambre des pairs qui, dans une courte allocution, se borna à lui présenter des protestations de fidélité, de dévouement et d'indignation contre les ténébreuses menées de cet esprit perturbateur qui
dSO HISTOIRE DE LA RESTAURATION.
cherchait à setner de nouvelles alarmes^ il répondit que Tattenlat qui venait d'être commis était moins dangereux qu insolent^ qu'il n'y avait rien à craindre et qu'il comptait sur le concours des Chambres pour seconder ses eiïorls et assurer la tranquillité publique. Sa réponse à l'adresse des députés fut plus développée. . Il leur parla de ce pernicieux esprit dont, heureusement, peu de cœurs étaient atteints, mais qui venait de se manifester encore par un attentat, à la vérité plus itisolent que danrgereux. c Mon devoir, » ajouta-t-il, c est de pénétrer au » fond de l'abîme; j'y pénétrerai, secondé par mes fidèles » minisires, par les magistrats qui, en mon nom, rendent 9 la justice à mes peuples; mais pour le fermer, cet » abîme, l'union la plus intime, la confiance la plus abso- » lue entre les deux Chambres et mon gouvernement est » indispensable. »
Ce langage si mesuré, cette assertion réitérée qu'il y avait, dans l'explosion des Tuileries, plus d'insolence que de dangei\ étaient une évidente réfutation des exagérations et des emportements de la chambre des députés. Cependant, les nombreuses députations qui se succédaient aux Tuileries pour porter au Roi les compliments de condoléance et les protestations de dévouement des tribunaux et des corporations, s'exprimaient, pour la plupart, dans un sens analogue à celui de l'adresse de la Chambre, c Les magistrats, » disait la Cour royale de Paris par l'organe de M. Séguier, c les magistrats... ont » reconnu que les coupables déjà frappés du glaive de la
HÎSTOÎEE DE LA RESTAURATION, 3îi
1 loi n'élaient que des agents siibalterBes. Ils croient • qa'îl exisle des chefs eoiietub de la légiUmUè... Le besoin d'un peuple lidcle exige uoe actiûo plus forte et i plus étenduedela police. * M. Roger, porlant la parole 9Q nom de rAcadémie française dont il était alors le di^ recleor, demandait si les auteurs de VaHeniai sacrïléqe Toulaient lasser enfin tine clémence vraiment céleste, d'ils prétendaient lutter contre la Providence qui défendait le Roi.
Louis XVII!, par une sorte de pressentiment, avait compris, dès le premier moment, que latlentat, quels qu'en fussent le^ auteurs, n'avait rien de bien sérieux. La duche^e de Berry lui ayant envoyé un de ses officiers comme pour s'assurer qull ne lui était rien arrivé de fâcheux ; « Dites à ma nièce, » avait-il répondu^ f que ce n'est pas mm qui ai mis le feu au » pélarf. I Malgré cette réponse, à laquelle Tévénemenl devait donner un caractère bien singulier, il était loin de prévoir ce que Tenquête allait bientôt révéler. Ce qull pensait alors, ce que les ministres peneaient avec lui, c'est que les conspirateurs, sans vouloir attenter à son existence personnelle, s'étaient proposé de rinsulter^ d'agiter les esprits, de déconsidérer le gou^ Temeinent.
Le 30 janvier, trois jours après Texplosion des Tuileries, une seconde explosion avait en lieu dans la rue Saint-Honoré, près du café de la Régence, et presque aussitôt après une autre beaucoup plus forte dans la rue tx, 21
m HISTOIRE DE LA RESTAURATION.
da Doyenné, près du Carrousel. Le lendemain, dans on corridor de l'hôtel du ministère des finances qui, à cette époque^ était assez éloigné des Tuileries, une botte de fer-blanc, contenant environ deux livres de poudre, avait éclaté en plein jour, à l'heure où les bureaux étaient le plus fréquentés. Plusieurs portes avaient été endommagées et des vitres de fenêtres brisées. Bien qu'il fAt difficile de voir, dans de tels faits, autre chose que des défis jetés à la surveillance de la police, c'en était assez pour entretenir la fermentation des esprits et pour exalter encore la fureur des ultra-royalistes, qui accusaient le ministère d'impuissance, d'incapacité ou de mauvais vouloir.
Un moment, on crut être sur la trace des coupables. On avait appris, par des rapports de police, qu'un nommé Neveu, ancien négociant, puis courtier marron, en état de faillite, avait acheté, le jour de l'événement des Tuileries, chez plusieurs marchands et sous divers déguisements, douze livres de poudre à tirer. Arrêté dans la rue en vertu d'un mandai du juge d'instruction, il fut conduit à la préfecture de police. On le fouilla et on trouva sur lui, avec une assez forte somme en or dans une ceinture, plusieurs paquets d'une poudre blanchâtre que l'on prit pour du poison. Comme on le menait chez le juge d'instruction, il se coupa la gorge avec un rasoir qu'il avait su dérober aux recherches, et expira à l'instant. Ces circonstances, et le soin qu'il avait mis à cacher son domicile, étaient de nature à exciter contre lui de violents
soupçons, mais la saisie de ses papiers ne les confirma eD aucune façon : son suicide, aussi bien que les démarches équivoques qui l'avaient précédé, élail b conséquence du dérangemeni de ses affaires.
D*aiilreâ arrestations eurent lieu sans plus de résultais,
©u crut au^i voir Tindice d*un complot dans ce fait
qtie plusieurs agents de change aTaiunl reçu des lettres
anonymes qui les sommaient, en termes menaçants, de
rendre des rentes de manière à produire une baisse ayant
le 4*' février, et que de faux ordres, signés des noms de
'^«nqaiers importants, pour la vente immédiate de som-
^"ii^s de rente considérables, avaient été envoyés à quel-
qtm^s.unsdeces agente de change; mais il paraît que ces
^*^* viceovres se rapportaient à un but d'escroquerie,
l^ 5 février, M* Pasquier écrivait à M, Decazeâ *l**^, suivant toute apparence, il y avait dans celte affaire ** *^^ complication de plusieurs intrigues, une tentative ^f faire baisser les fonds et Tcspérance, conçue de *u sieurs cÔtës, de renverser lé ministère qui, au con- ^^^ire, s'en trouvait affermi. Louis XVIII, écrivait aussi ^on ancien favori : « Cette aventure est un IVotée; elle f^ rend ciiaque jour une nouvelle forme, et il pourrait ^ten se faire qu'au fond du sac il se trouvât une infâme intrigue au lieu d'une exécrable scélératesse^ » ^7oici Texpllcation de ces conjectures exprimées en '*"tiaes si mystérieux. On avait trouvé, sur la table de ^^l^tte de la duchesse de Berry, deux écrits contenant menaces atroces. Celte circonstance, qui paraissait
*- mm
dti HISTOIRE DE LA RESTAURATION.
prouver la persistance et Taudace de la faction révolutionnaire et qui eut d'abord pour eiïet de consterner les royalistes sincères et de pousser au dernier degré d'exaltation la fureur des ultra-royalistes en attestant de plus en plus l'impuissance de la police, devait conduire à un résultat bien imprévu. En examinant les écrits saisis chez la princesse, les magistrats crurent y reconnaître l'écriture d'une personne qui faisait partie de sa domesticité subalterne. Ils prirent aussitôt des mesures pour vérifier ce soupçon qui n'était que trop fondé. Cet attentat prétendu, qui remuait si violemment tontes les passions, était l'œuvre de quelques intrigants qui, se rappelant comment on était parvenu, un an auparavant, à renverser M. Decazes au moyen de l'émotion produite par l'assassinat du duc de Berry, avaient pensé que le meilleur moyen de renverser aussi ses successeurs, c'était de simuler un autre crime de la même nature. Les coupables, se voyant sur le point d'être découverts et ne sachant comment échapper à la conviction qui allait les atteindre, prirent le parti de tout révéler à Monsieur. Ce prince fit appeler le duc de Richelieu, lui avoua, non sans embarras, ce qu'il venait d'apprendre et lui demanda d'étouffer une procédure dont la continuation eût produit un scandale déplorable pour la royauté. Par suite de cette démarche, les magistrats furent invités à ne pas pousser plus loin leurs investigations. L'affaire en resta donc là. Des bruits qui approchaient de la vérité ne tardèrent pas à circuler, mais sans prendre jamais une entière cousis-
ÏSîîce. Ils doonèrent lieu à plusieurs inci^nU dans la chambro des dêpuiés. Un jour, le comte lluniberl de
■ Seâmaisons, apostropha Dt ceux qu'il appelait les rérn^ lutionnaires, les héritiers des régicides^ leur reprocba de n'avoir pas Tatrocô courage de leurs prédécesseurs,
Ide se cacher dans Tombre et» joignant la lurpiludo à riufamie, d'embraser le palais des rois pour jusUrier Jitrs doctrines. A cette attaque outrageante qui rèsiimait avec plus de violence tant d'autres déclamations analogues parties des banc5 de la droite, le gênèral Foy fit une réponse bien mordanle : < La I » police, * dit-il, < est à la recherche des auteurs de 1 ces attentats, et peut-être, en examinant avec soin
>» les chiffons de papier qui ont enveloppé la poudre » des pétiirds, on y trouverait quelques débris des » iwUê i$ecrèles. i Ces paroles produisirent une vive agi-
■ lotion, mais on n'y ri^pliquâ pas* Quelques jours après
ISrl. Benjamin Constant donna à cette insinuation la forme
<i'une assertion formelle. • Il est bien prouvé, » dit-il,
m que Tattenlal du 27 janvier,. ♦.qui nous a tous révolièSj
m 06 vient nullement du parti auquel on avait jugé con-
H » venable de l'attribuer. La justice est déjà sur les traces * de coupables d'une tout autre opinion, et il est prouvé » que, si l'on poursuit les inrormalions, on parviendra à ^ démontrer positivement ce qui déjà est démontré mo- » ratement, c'est-à-dire, que jamais cette explosion n'a pu m être attribuée au parti qui ne demande que Tordre et le i maintien de ce qui existe, et qu'elle doit, au contraire.
» être attribuée au parti qui demande le désordre et le t renversement des institutions constitutionnelles. » La droite murmura, mais elle ne releva pas l'espèce de défi qui lui était jeté. Un peu plus tard, au commencement du mois de mai, MM. de Chauvelin et Benjamin Constant donnèrent encore à entendre que les vrais coupables étaient connus et qu'on croyait devoir user d'indulgence envers eux. Le garde-des-sceaux leur opposa une dénégation violente et irritée, mais elle ne convainquit personne. Évidemment, de part et d'autre, sans connaître absolument les résultats de l'enquête, on faisait plus quo les soupçonner.
A l'occasion des affirmations que M. Benjamin Constant avait émises à la tribune, il fut cité comme témoiik pour s'expliquer devant le magistrat instructeur sur c^ qu'il disait savoir au sujet des auteurs de l'attentat. lE s'en plaignit, dans une lettre adressée au journal 1^ Courrier^ comme d'un procédé inconstitutionnel. Le procureur-général, dans une réponse un peu ironique, pré-tendit démontrer que la justice n'avait pu se dispenser d'agir ainsi.
Bien des causes se réunissaient pour donner aux débat» de la Chambre un caractère de violence et d'outrageantf9 personnalité qu'ils n'avaient pas eu jusqu'alors au mèma degré. La droite, enivrée de ses succès et impatiente de saisir pleinement le pouvoir, ne se croyait plus tenue à aucun ménagement, ne voyait que des révolutionnaires dans tous ceux qui lui faisaient obstacle et les traitait
HEË DE LA HESTAUHATION, ^ff
'comme tels. Les libéraux, sans œsse iDJurîés, menacés, d'autant plas irritt^s d'3Voir perdu I asceiidaut qu'ils arâîent eieï^é an momenl qae, &ânsdout6^ ils comprenaient la gravité des fautes par lesquelles ils Tavaient perdu, et craignant de Yoir détruire ou dénaturer avant peu les institutions qui leur fournissaient encore qucK qaes armes défensives, étaient réduits à una sorte de désespoir^ el tous les moyens leur semblaient bons pour sortir d'une telle situation, Jai déjà dit que les plus ardents n'aspiraient à rien moins qu'à une révolution militaire sembbbleà celles d'Espagne et de Naples. Les espérances malencontreuses qu'ils avaient pu concevoir de ▼mr Tarmée imiter c^ détestables exemples s'étaient évat]0Q!es« mais, tant qoe ces révolutions étaient debout, tk 9€ plaisaient k penser que leur influence, s'élendant de frins en plus an dehors, finirait par assurer, en France aème, le triomphe do la eause révolutionnaire. Aussi, les délibérations du congrès de Troppau et les nouvelles que l'on commençait à recevoir de celles du congrès de Layt»icb CKcitatent-elles au plus haut point leur indignation ^t leur colère. Ils les dénonçaient comme de vôritabled^ attentats contre la liberté, contre K indépendance at le» droits des nations, et la condnite du gouvernement fnn-
P^^h qui, au lieu do prendre directement la défense de la Tolution de Naplcs, essayait de s'interposer entre elle l'Europe, de mènaj^er une transaction, et, dans cette l^ensèe, évitait de rompre avec leCongrès, leur semblait une lâcheté, presque une trahison. Avec une sinfiulîére
3i8 HISTOIRE DE LA RESTAURATION.
mauvaise foi oa, si Tod yeat, par un étrange malentendu, ils lui reprochaient de ne pas s'unir à l'Angleterre pour protester contre le droit d'intervention que s'arrogaient les puissances absolutistes, et ils croyaient ou ils affectaient de croire que le Cabinet de Liondres, en refusant de s'associer, aux résolutions de Troppau, s'était constitué le champion de la cause libérale. Dans une circulaire que lord Casllereagh adressait en ce moment même aux envoyés britanniques auprès des diverses cours en réponse à la circulaire écrite de Troppau par les Cabinets de Vienne, de Saint-Pétersboui^ et de Berlin, il repoussait en effet les principes sur lesquels, on fondait ces résolutions comme inconciliables ave(v l'intérêt général, avec l'autorité réelle et la dignité dea^ souverains indépendants, comme attribuant aux trois^ souverains alliés une suprématie incompatible avec le^ droits des autres États, ou même, si ces États y don — naient leur adhésion, comme tendant à introduire en Eu — rope un système fédératif et oppresseur; il niait d'un^ manière absolue que ces principes fussent, comme on 1^ prétendait, la conséquence, Tâpplication des traités de 1815; mais cette même circulaire frappait d'une ré^ probation sévère les circonstances dans lesquelles s'était accomplie la révolution napolitaine et reconnaissait que si, de la part de l'ADgleterre, il n'y avait pas lieu à intervenir contre elle, d'autres États, et spécialement l'Autriche, pouvaient se croire dans une situation différente; elle établissait que tout gouvernement a le droit d'inter*
venir lorsque sa sûreté immédiate ou ses intérêts essen-^ tieissont sérieuseloient compromis par les actes intériears d'nn antre gouvernement, qu'il est seul juge de cette nécessité, et que Tunique chose que puissent, en pareil cas, exiger de lui les autres puissances, c'est l'assurance que ses vues ne sont ni dirigées vers un but d'agrandissemont, ni subversives du système territorial de l'Europe établi par les derniers traités. Une telle profession de foi n'avait certes rien qui pût contrarier M. de Metternich, et s'il n'eût pas eu à ménager l'empereur Alexandre, toujours préoccupé du besoin de rattacher sa politique à des théories générales, il eût probablement préféré la doctrine anglaise, qui aurait laissé au Cabinet de Vienne une action plus libre et ne l'aurait pas obligé à se concerter avec les autres Cours. Ce dont on aurait lieu de s'étonner si l'on ne savait jusqu'où peuvent aller les inconséquences de l'esprit humain, surtout lorsqu'elles se compliquent des excitations de l'esprit de parti, c'est que les libéraux français, se payant de quelques phrases sans portée mêlées avec art par le ministre anglais à l'abandon formel de la cause de la liberté napolitaine, préférassent cet abandon à l'appui faible et timide, il est vrai, mais sincère, que la France, entravée par tant d'obstacles, essayait de lui prêter. On comprend mieux le mécontentement qu'en ressentaient les ultra-royalistes, qui reprochaient au ministère de ne pas s'associer franchement et sans réserve à J'action des autres Cours continentales pour rétablir à Naples le pouvoir royal. Les journaux du parti ne
pouvaient, soas le régime de la censure, exprimer tout ce mécontentement, mais ils adjuraient, dans le langage le plus violent, les souverains d'achever leur ouvrage eo écrasant la révolution, plus funeste encore par ses doctrines que Napoléon ne l'avait été par son épée. Le Journal des Débats, plus modéré, essayait de démontrer que les résolutions du Congrès de Troppau, dirigées contre les révolutions, n'avaient rien qui pût alarmer les amis de la vraie liberté, et que c'était même un gage d'attachement à Tordre constitutionnel de la part des monarqies qui ne considéraient comme de véritables coDstitutioDS que celles qui étaient émanées de souverains en pleine liberté; il disait que l'Europe ne se laisserait ni subjuguer par des prétoriens révolutionnaires, ni entraîner à une réaction impossible et dangereuse contre les réformes qu'exigeait une civilisation devenue universelle et qui avait changé les rapports des diverses classes de la société, et qu'elle ne se précipiterait pas dans le despotisme pour se* sauver de l'anarchie; il exprimait l'espérance que, par suite de la sagesse des souverains, les habitants des Deux-Siciles seraient arrachés aux funestes conséquences des lois qu'ils avaient improvisées au milieu des passions et des armes, que la dignité royale serait sauvée, les libertés publiques affermies, la paix du monde conservée, et que la CJiarte royale de Naples serait une réponse de plus aux alarmes factieuses qu'on avait tant de fois tenté de faire naître sur le maintien de la Charte royale de France. Ces articles du Journal des Débats^ où se re-
produisaient les illusions optimistes dont le ministère s'était longtemps bercé et dont il n'était pas encore complètement désabusé, étaient cités avec éloge pai* \eMmi* leur.
Les journaux libéraux, censurés bien plus sévèrement encore que ceux de la droite, osaient à peine blâmer timidement les actes de Troppau et manifester des sympathies pour les révolutions du midi de l'Europe. Certaines brochures suppléaient à leur silence forcé, particulièrement celles que M. de Pradt et M. Bignon publiaient. Tune sous le titre de VEnropeet V Amérique depuis le Congrès d* Aix-la-^Ompelle^ l'autre sous celui du Congrès de Troppau. Le droit d'intervention y était attaqué avec beaucoup de force; on y disait que le gouvernement français serait le plus insensé et le plus coupable des gouvernements s*il donnait le moindre assentiment à l'expédition projetée contre Naples. Par une hypocrisie sentimentale qui était dans le goût du temps, M. Bignon aiïectait de présenter le roi de Naples comme un vénérable vieillard que l'inhumanité îles souverains contraignait à faire un voyage pénible dans une saisoti rigoureuse pour comparaître en personne devant leur tribunal, qui, en quittant son pays, avait demandé à Dieu la force de tenir ses serments^ et à qui cette force ne manquerait pas. Ce qui n'était pas moins étrange, c'est que M.de Pradt, en même temps qu'il applaudissait aux révolutions militaires, se disait royaliste et légitirmste.
Il pamt aussi alors un écrit de M. de Kératry, La
33t HISTOIRE DE LA RESTAURATION.
France telle qu'elle est^ qni était le rôsomè violent des griefs de l'opposition de gaache contre le Cabinet : il y dénonçait la violation de la Charte, le privilège triomphant, méditant la ruine du gouvernement représentatif par le gouvernement représentatif lui-même, celle de la justice par les formes judiciaires, celle de l'indépendance, nationale par les agents accrédités de la nation, celle de Is^^ religion par quelques-uns de ses ministres, toutes les loi^s. votées depuis un an, tous les actes ministériels tendan. '^^
à la contre-révolution, TÉglise devenue l'alliée du privk^
lége et de l'ignorance, les attaques réitérées contre Ir^g-^ acquéreurs de biens nationaux et les institutions civ ^k — les, et la résurrection des jésuites, sous le nom de Pèrm^^^ de la foi.
Une nouvelle brochure de M. Fiévée, Ce que tout monde pense et que personne ne dit^ produisit beaucoi plus d'effet, et elle était de nature à inquiéter davanta : le ministère. M. Fiévée, se sé[>arant de plus en plus ses anciens amis politiques, y blâmait l'alliance de droite avec M. de Richelieu comme achetée par des saci fices de principes et rejetait tout le tort de cette abdica tion sur M. de Villèle qui avait obtenu par là d'étra appelé, non pas dans le ministère, mais à la porte doJ ministère. Il s'étonnait de voir qu'un homme, également ^ ^^ dépourvu du talent d'orateur et de celui d'écrivain, eût ^ pu se croire le droit de disposer des doctrines du roya- — ^ lisme et d'immoler à de mesquines considérations la li- — ^' berté de la presse, la liberté individuelle, peut-être bien-
tôt la liberté de la tribune. Il Taisâil voir qa'à ce prix, on n'était pas même arrivé à cette union que Ton poursuivait, et que chaque parti continuait, comme par le passé, à se tenir enfermé dans son camp. II démontrait trèshabilement l'impossibilité de gouverner, sous un régime constitutionnel, sans un ministère étroitement uni à l'opinion dominante dans la Chambre et recevant d'elle un appui systématique. Il invitait enfin les royalistes à prendre pour leurs chefs ceux qui exprimaient le mieux leurs opinions à la tribune, et à secouer le joug que M. de.Yillèle leur imposait à l'aide de la réunion tenue chez M. Piet, dont il peignait d'une manière très-piquante les petites intrigues, les vues étroites et la conviction naïve que le seul, le grand moyen de salut, c'était de donner toutes les places aux hommes du parti.
Aucun projet de loi de quelque importance n'étant encore en discussion, c'était à l'occasion des pétitions dont la Chambre était saisie que les partis, en proie à une fiévreuse anxiété, trouvaient moyen de se livrer les rudes combats qui recommençaient presque chaque jour.
Dans la séance du 2 février, on discutait une pétition qui demandait qu'on ne laissât plus à l'arbitraire des préfets la formation des listes de jurés. Le garde-des-sceanx, réfutant un orateur qui avait prétendu que l'Assemblée constituante avait fondé cette institution sur les véritables principes, dit qu'en cette matière, comme en beaucoup d'autres, elle avait dédaigné les leçons de l'expérience et
s'était jetée dans des théories vanitenses et inapplicables. M. de Lameth en prit occasion de faire l'éloge do cette assemblée dont il avait été un des membres les plus influents, et il ajouta qu'il n'était pas étonné de la voir frappée de réprobation par le ministre qui avait dit que la majorité de la Convention était saine. Cette épigramme fut accueillie par des applaudissements et des murmures, c Je ne crois pas, t s'écria M. Pardessus, c qu'on puisse faire ici, de l'Assemblée constituante, t un éloge que personne ne saurait approuver, ni au » dedans, ni au dehors de cette enceinte. Pouvons- » nous donc oublier que cette assemblée a fait son roi » prisonnier et qu'elle a proclamé le dogme absurde et » antisocial de la souveraineté du peuple, deux grands
> crimes politiques par lesquels seuls elle est jugée? t Des clameurs irritées, de vives interpellations interrompirent M. Pardessus, c Je ne défendrai pas l'Assemblée
> constituante, » répondit M. Manuel, « car elle se dé^
> fend par ses actes. La postérité a commencé pour elle, i et si l'on veut lui dénier ici le tribut de reconnaissance » et d'admiration que méritent ses vertus ainsi que ses
* immenses services, la France le lui accorde, et l'Eu-
> rope, je dirai plus, le monde, ont confirmé cet hom-
* mage. Je sais que le moment est venu où tous les
> eiïorts des amis de la liberté pour sa défense doivent
* être calomniés et présentés comme des crimes,... » mais... un jour viendra où la France, à l'exemple de » ce que nous voyons en Angleterre, ne parlera pas, du
• haut de cette trîbuDe, de la Révolution sans l'appeler » une Iwureuse et ijlonease révolutiotL » La droite, à son tour, fil etîtendre de bruyantes réclamations. -— t Oui, » me55ieurs, » reprit M. Manuel, € une heureuse révolu^ I frrrt, et vos murmures ne nous era pocheront pas de téi nioigner notre reconnaissance à ceux qui, les premiers, I ont immolé.., > — A ces mots, tout le côté droit se
kten en tumulte en criant: » leur roi, leur roiï c*est * inloléfable! c'est odieux! à Tordre t à Tordre! » — Lorsque les aYertisseraents sévères du président eurent reubli un peu de silence, M. Manuel acheva en ces termes la phrase interrompue avec un si aveugle emporte* ment: t Rien, je le rèpèle, ne nous empêchera de donner ^k^ publiquement notre tribut de reconnaissance à ceux » qai^ les premiers en France, ont immolé leur fortune • m\ eiposé leur vie pour arracher le pays au pouvoir absolu et le donner à la liberté. * La gauche applaudit vivement celte profession de foi.
Trois jours après^ le 5 février, on eut n s'occuper d'une Pétition qui est restée célèbre, |>arce qu'elle avait Irait à ^ïi point important de la législation militaire. M* Sfmon '-■^riére, chef de bataillon en demi*solde, avait été mis à ^ réforme sans traitement. Le motif de cet acte de ri- S^eur^ c'est qu*on le considérait comme impliqué dnns ^^% complots de l'anoée précédente où il s'était, dil-on, ^Torcé d'entraîner d'autres officiers. Il demandait à être '**tabli sur les contrôles de Tarmëe et à recouvrer son ^*^ilement de uon-activilô ou à être mis en jugement.
prétendant qu'une condamnation pouvait seule justifier la perte de son état. Le rapport de cette pétition fut lisût par M. de Forbin des Issarts. Il commença par remarquer qu'elle intéressait grandement, non-seulement la discipline de l'armée, mais l'ordre social tout entier, et qu'il s'agissait de tout autre chose que d'une destitution et de ses causes plus ou moins graves puisque le pétitionnaire^ ne se bornant pas à attaquer la mesure qui l'avdit frappé au point de vue de la justice, contestait au gouvernement le droit qu'il avait eu de la prendre et entrait en lutte contre la prérogative du Roi. Il s'attacha à établir que la lettre et l'esprit de la Charte et l'application constante qui en avait été faite ne laissaient aucun doute sur l'existence du droit attribué au Roi de nommer et de destituer les of&ciers de l'armée, que tous les gouvernements successifs depuis la Révolution, même les plus républicains, avaient destitué administrativement et arbitrairement les militaires des plus hauts grades, que vainement on voudrait invoquer, comme restreignant à cet égard la disposition de l'article 14 de la Charte, l'article 69, portant que les militaires alors en activité de service conserveraient leurs grades, et que cet article, dont l'objet évident était de reconnaître ces grades, ne pouvait avoir pour effet de leur attribuer par privilège un caractère d'inamovibilité étranger, avant comme depuis cette époque, à l'ensemble de l'armée. Quanta la demande formée par le pétitionnaire d'être mis en jugement, le rapporteur, résumant les lois, les décrets et les
^Êf^ mSTOlRE DE LA HESTAtm ATION,
rordoûTiances qui constituaient le code militaire, en lira la conclusion qu'un jugement n'était pas nécessaire pour h légalité de la destitution d'un oflicier, et, laissante la Chambre le soin de peser les considérations d'ordre public qui se liaient à la question, il déclara que la commissiou, ne l'appréciant qu'au point de vue de& lois cxis-
I tantes, était d avis de passer à l'ordre du jour. Le général Donnadieuqui, quelques jours auparavant. Tenait d'être placé dans une situation analogue à celle du colonel Simon Lorière» bien que pour des motifs Irèsdillêrents, crut devoir prendre sa déTcTise. < Les lois, » dit-il, * s^mt établies pour garantira chacun la fortune
Il qa'il â légitimement acquise. Or, est-il une fortune, > une propriété plus légitime que celle d'un militaire * qui, par vingt ans, trente ans de services rendus ou » pays, a obtenu un grade que la loi lui a dévolu pour
■ » prix de sa jeunesse tout entière, d'une longue servim » iode et du sang qu'il a versé t*-*.. Comment pour riez-
■ » vous admettre qu'on pût perdre ce grade, qu'il piU
■ » être enlevé sans raison, sans motifs, par un simple ca- » price du ministre ? L'état de l'officier français com-
i> prend deux choses, le grade et remploi^ un traitement » différent est attaché à chacune de ces positions. Le * grade ne peut se perdre que par un jugement ; Tem- » ploi est, au contraire, à l'entière disposition du Roi.>. ; } le prince peut le donner et le retirer selon son plaisir, I mais le grade acquis, consacré par un brevet, est une véritable propriété^.*, aussi inviolable que le patrimoine IX* 22
> le mieux reconnu. Quoi I vous contraignez ao citoyen
> à devenir soldat, vous l'arracliez i la profession qu'il I aura choisie, et lorsque, dans )» carrière oA tous le
> forcez d'entrer, sa conduite et ses senrioes lai anr^t—
> donné i^ne position qui assure à peine son existence, ÎB.
• suffira d'une fantaisie ie ministre oa de commis peuEj^ la lui enlever, pour le mettre, i un âge avancé, sai»
> asile et sans pain, pour le réduire h l'état d'un men- » diant obligé de tendre la nuin avec un front couvert
> de cicatrices et le signe de l'honneur sur la poitrine I » Le général Donnadieu. amené cette fois par l'impulsion de l'intérêt personnel dans la voie de la vérité et de la justice, avait bien posé la question. M. Etienne reproduisit,sur un ton de déclamation sentimentale, les BTga^ ments qu'il venait de développer, c Songez, > dit-il, c que l'officier que vous réduisez au dénuement avait
> commencé ses études pour une autre carrière,... qu'il
• serait peutrétre aujourd'hui l'ornement du barreau, f qu'il se serait fait un nom illustre dans les sciences oa
• les arts... Vous l'avez appelé sous les drapeaux, il a
• tout immolé à la loi, à Thonneur, il vous a donoë sou
> sang, et vous lui refusez du pain !... Il a renoncé aux
> plus tendres affections, aux liens mêmes de la famille ;
> une compagne pouvait associer sa fortune à la sienne...
> Durant vingt ans, il s'est exposé tous les jours à mon«
• rir pour son pays, et son pays aurait le droit de le faire M mourir de misère! Seul, sans solde, sans appui, que » deviendra donc ce malheureux officier ?Ira-t-il, appuyé
HISTDinE DE LA RESTAURATION. 330
isorsa vieille mère, implorer h cljarîl^i des passants, i Bl, QOQveîm Béltsaire> le verra-l-on mendier au pied I delaColûDDe? St, encore, il restait paisible dans son I infortune l Mais non i il est paurre, on le suppose i môconlent; on en a fait un malheureux, il faut en faire > un coupable, et les agenlsp^ovocateursTailendent.,. >
P I46 général Foy, M. de Chauvelin, M. Benjamin Constant et d'autres membres de la gauche parlèrent aussi en faveur du pétitionnaire et desmililairei^ exposés à perdre, comme lui, pour le seul fait de professer des opinions
P d^gréables au pouvoir, des droits acquis par leurs services et garantis par les lois. Du côté de la droite, on répondit en alléguant les nécessités de la discipline et la prérogative royale. Le ministre des affaires étrangères, après avoir reconnu que le grade, fruit dos travaux et du
■ dévouement d'un militaire > était la propriété de rbon> neur, qu'il ne pouvait se perdre que par un jugement et que roQicier mis à la réforme en vertu d'une simple décision administrative le conservait par conséquent, annula en quelque sorte cette concession en ajoutant que
I le traitement était inséparable de i emploi dont personne ne contestait au Roi la libre disposition, vX qu'il cessait avec lui. il conclut donc à Tordre du jour, qui fut en elTot volé.
■ Peu de jours après, le général Donnadiea, ainsi qu'il Tavait annoncé dans le cours de ce débats développa une proposition qui avait pour objet de supplier le lioide Um présenter un projet de loi conçu de manière à protë-
gor les droits des officiers. La Chambre refusa de la prendre en'considération; mais la question devait se reproduire bien souvent pendant les sessions suivantes, et l'on sait qu'après 1830 elle a été résolue dans le sens indiqué par l'opposition.
Dans la séance même où l'on vota l'ordre du jour sur la pétition de M. Simon Lorière, M. Benjamin Constant appela l'atlention de la Chambre sur un discours qu'un membre de la droite, M. Ribard, n'ayant pu le prononcer à la tribune, avait fait imprimer et distribuer à ses collègues à l'occasion de l'explosion des Tuileries. Plusieurs députés désignés par de très-claires allusions, tels que MM. de Corcelle, de Girardin et le général Foy, y étaient accusés, non pas d'élre complices de cet attentat, mais de faire entendre chaque jour. des provocations i la révolte qui portaient en elles le germe de tous les attentats possibles, de pousser le peuple à l'anarchie, non pas en vue de l'anarchie elle-même qui ne pouvait leur convenir, mais comme à un moyen d'arriver au despotisme qui rendrait à l'un sa menaçante épée avec quelque majorât en terre étrangère, à l'autre sa place de conseiller d'État, à l'autre son activité dans la police. La lecture de ce pamphlet fut le signal d'un long et violent débat, et, sur la proposition de M. Dudon, M. Benjamin Constant fut rappelé à l'ordre à une forte majorité pour, avoir, dans les termes les plus injurieux, qualiGé de libelle la publication de M. Ribard.
Le surlendemain, on fit le rapport d'une pétition d'un
IfISTÛlHE DE LA HESTAOB ATION.
sîeur ChrêUen qui récbmail, tant en sou nom qu au nom d'autres militaires ayant servi en Espagne dans la garde du roi Joseph avec rautorisaûoD et même par ordre de rempereur Napoléon, l'arriéré de lenr solde. Le goubYernement espagnol, à qui ils Tavaient d'abord demandé, leur avait répondu que TEspagne n*ayanl jamais recoaou la souveraineté du frère de Napoléon, elle ne jKiuvaii reconnaître la validité de leur créance. Ils s'éitent alors adressé au gouvernement français quiayait ilement rcru&é de faire droit à leur requête, en alléun t que la France ne pouvait être tenue de satisfaire inx obligations du gouvernement de Joseph qui était un gouvernement indépendant. La commission^ déterminée par ce motif, concluait à Tordre du jour. On fit remarquer, de plus, que ces créances, eurent-elles été primitivement valables, seraient, en tout cas, tombées dans l 'arriéré, et Tordre du jour fut volé après un débat fort ^Dimé, dont Tintèrét se rattacha k un incideot tout à fait i&lranger au fond de la question. Le général Foy, qui . f irît vivement en main la cause des ptailionnaires, dit qu'il |R\igissait de la solde gngnèe par eux sur le champ de l bataille où ils s'étaient rendus par ordre du gouverneneot français, qu'ils avaient combattu pour nous, à celé ^c nous, et que les Anglais, quand ils tiraient sur eux, ne regardaient pas s'ils avaient la cocarde rouge ou la ylom wieuse cocarde trîcoiare. De violents murmures, des cris «le rappel a Tordre éclatèrent à ces mots sur les bancs de la droite* * Direz-vous, ■ s'écria un membre de ce
3tt HISTOIRE DE LA RESTAURATION.
A*^i^, c que tous ne provoquez pas à I^instarrection ? > Le fénéral Foy ayant répété avec pins de force l'expres- <îon qui proToquail tant de colère, les clameurs recommencèrent, et M. Dudon demanda à motirer le rappel i l'ordre, c La qnalité de député^ • dit-il, c ne suppose pas
> toujours la connaissance des lois ; vous Tenez d'en Toir i la preuve. Le préopinant n'a-t-il pas qualifie de glorieux i un signe que la loi défend d'arborer et qui n'est plus
> aujourd'hui qu'un signe de rébellion ? Il a oublié
> toutes les convenances, et, prononcé ailleurs, ce mot » pourrait provoquer l'animadversion des lois. » — Ouï, s'écria M. de Marcellus, c nous ne connaissons que le » drapeau blanc. Vive le drapeau blanc! » — Le général Tarayre demanda ensuite le rappel à l'ordre de M. Dudon pour avoir parlé de la cocarde tricolore avec une irrévérence insultante pour ceux qui l'avaient jportée, et, dans un langage provoquant, il rappela tous les souvenirsqui en faisaient un monument de gloire et de liberté, qui, snivant lui, la rendaient chère i la France. Le général Foy, reprenant la parole, excita alternativement les plus vifs murmures de la part de la droite et les acclamations enthousiastes du côté gauche en disant qu'i la vérité la cocarde blanche était maintenant la cocarde ^ du devoir, mais que s'il arrivait que des considérations de ^ sagesse, de haute politique décidassent un jour l'auguste ^ auteur de la Charte à revenir aux couleurs du temps national, ce ne seraient pas assurément les ombres de Philippe-Atigusie] et de Henri IV qui slndigocraient de
UISTOIHE DE LA RESTAUH ATIO^f*
foîr les fleurs-de-lis de BouTitieâ et dJirry sur les drapeaux d'Aus^lerlitîî. M* de Gnstclbajac ayant demandé si l'on oubliait queceu?^ qui a?aient conduit Louis XVI à Téchafaud portaient la cocarde que Ton célébrait chaleureuse- Dttent, M, Manuel répondît qm c'était sous la cocarde blanche qu Valent eu lieu la Sa ht- Barthélémy, lesdra* goonade&et, plas récemment, les massacres du midi, et qu*on défait comprendre combien il était dangereux des- «lyerde flétrir les monuments de la gloire d'un peuple eti éToqaant le souvenir des excès commis à Tépoque où ils existaient. Le garde-des-sceaux reconnut qu'on avait fait sous les trois couleurs une immen^^e moisson de gloire, t mais, i ajouta-tL * vous dites que cescouletirs sont les I couleurs de la liberté; mensonge! messieurs. Depuis
* qu'elles on tété arborées, depuis que, sous leur influence, 1 le trône légilime eut i^lé renversé et ses débris couverts » du sang du monarque, des tyrannies plus insupportables i les unes que les autres ont tour â tour dôsotè la I France. C est à dater de la Heslau ration^ c'est avee
• te dm peau blanc de nos anciens rois que la liberté a I reparu en France, et ce sera, je Tcspère, celle chbm- I bre loyale, cette chambre dévouée aux Bourbons qui, I eu mettant le trône hors de toute crainte, en lui ren- I daut toute sa force et toute sa sécurité, nous garantira ■ la paisible jouissance des libertés publiques, mais de ces I libertés amies et reconnaissantes envers le trône lôgti timedontelles sont descendues, et non point atitrchii ques et menaçantes, telles que la racliou nous les vou-
> drail donner, c Ces paroles déclamatoires furent reçues par la majorité avec des acclamations et des applaudissements tellement bruyants que le président dut intenrenir pour rétablir le silence. La discussion se termina par un discours de M. Benjamin Constant qui, tout en admettant que ceux qui arboreraient un autre signe de ralliement que le signe actuel seraient coupables, protesta que lui et ses amis ne laisseraient jamais, sans faire entendre des réclamations, déshonorer la Révolution dans l'enceinte législative, ni flétrir une des plus glorieuses, des plus mémorables quoique des plus malheureuses époques qu*eût traversées le pays. Ni le général Foy, ni, comme on le pense bien, M. Dudon, ne furent rappelés à Tordre. Le 10 février, M. Bertin de Vaux, faisant le rapport d'une pétition d'un colonel Atix qui invitait la Chambre à respecter la Charte et à rapporter les lois d'exception aussi bien que la dernière loi électorale, proposa de passer purement et simplement à Tordre du jour. Un député de la gauche, M. Robin Scévole, demanda le dépôt au bureau des renseignements, et M. de Chauvelin le renvoi au président du conseil. M. de Chauvelin se plaignit de ce qu'après avoir enchaîné la liberté de la presse on voulait encore étouffer la liberté de la tribune. Il rappela le tumulte par lequel on avait essayé d'étouffer la voix de l'orateur qui avait qualifié dhôroîque la nation espagnole, c Quand on parle, » dit-il, f des efforts hé- 9 roïques de la nation espagnole et de ceux que la na- I tion napoliuine peut être, d'un moment à l'autre,
HISTOIRE DK LA RESTAtJRATiO?*. 345
obligée de développer, il est impossible de ne pas saflliger en voyant k gouvememeot fraûçais concourir ^sux mesure:^ prises par les gouvernements absolus ^■nandanLà la barrp tin monarque qui a eu la générosité ^e s'associer à sa nation pour lui assurer les bienfaits «1 un régime conslitutionnel... Une telle conduite peut ^3 mener les cousequences les plus graves, les plus dou* E juteuses pnur la nation française;.,, elle peut teruir K a gloire de sou nom, compromettre ses aiïaires et leur Suaire prendre un cours tout à fait opposé aux principes ^ar lesquels est fondée notre constitution. Le bruit se ^répand que le gouvernement français a signé l'acte ^'occupation de Naples et qu'il va concourir aux mesures prises par les gouvernements absolus, mesures ^^nxquelles le gouvernement britannique n'a pas voulu sonscrire; et nous, qui avons une constitution en vertu ^e laquelle nous sommes aussi libres que les ÀQglais, «éron&'nous réduits à une comparaison aussi humiliante en face de ministres qui tendent à dégrader l'espèce bumaino au nom de TEurope? Pourrons-nous les voir en notre présence sans qu'aucun de nous ^tèfo la voix pour leur demander un compte à ce
le ministre dc.s affaires étrangères, ainsi interpellé, S=K)ndit que, d'après la Charte, au Roi seul apparteuait ^roit de faire les traités, qu*en vertu de ce droit toutes I ife^ négociations, toutes les stipulations avec les puissances ^^^*angères étaient faites et suivies au nom et par la vo-
M HISTOIRE DE LA REStAURATIOlt;
loDté seule du Boi, qtte c'était par une fausse assimilation aux formes du gotirernement d'un antre payé que le prëoplnant avait cnl pouvoir faire au gouvernement du Roi tine sorte d'interpellation sur sa conduite dans des circonstances très-graves, très-importantes, qtte le gouveimement français n'était pas celui de l'Angleterre, que cette dissimilitûdè était le produit de la nature des choses et de la raison la plus haute et la plus éclairée, 6t ique le rôi de France représentant seul au dehors la France tout entière en vertu de son droit incontestable^ il m pouvait y avoir lieu constitutionnellement i donner à la Chambre connaissance des transactions politiques qu'autant qu'elles ûécessitaietit des votes d'impôts, c Tout ce qu'il m'est per^^ ^ mis de dire, k ajouta-t-il, > c'est que le roi dis France, ^ placé dans h situation qui lui appartient, huAor6
> comme il doit l'être, mettant dans la balance des tran-
> sactioDs politiques le poids de sa couronne, exerce ses
> droits avec toute Tindépendance, toute la dignité qui i lui conviehnent... L'Europe entière honore et respecta » lé roi de France. La sincérité de ses sentiments est » connue ; son ardent désir de maintenir la tranquillité
> de l'Europe et d'assurer à son peuple tous les bienftits
> de la paix ne saurait être mis en doute. Le gouveme-
> ment n'a aucune demande à vous présenter qui puisse
> faire supposer queVe but ne sera pas accompli. Telle
> est la seule réponse qu'il me soit permis de faire. » Quelques années après, la Chambre ne se serait pis
contentée de telles explications dans des conjonclures
ïttStbiRI: DE LA HESTAUtlAtlON. Ml
[siissi graves, mais M* Pasquior avait parlé dans le sens [de rimmense majorité. Malgré les efforts de la g^^uche et («urlont du généra! Sébastian i et de M» Casimir Perler |tit voulaient conlesler la doclrine établie par lé mtoisre sor I^ droits de la Chambre en matière diplomali- 'que, malgré rinsistance da général Donnadieu qui voulait se jostiBer des diffamations répandues contre lui^ disaitil, dans les journaux étrangers, et qui. interrompu par îs clameurs de ses amis de la droite, leur demanda, d'un m de matamore, s'ils lui imposaient ainsi silence alors lu'il tes défendait Tépée à la main, la discussion fut ferlée. Je n'ai pas bcsoiii de dire que Tordre du jour fit istice de la pétition du colonel Alix.
Deui jours après, M. de La Fayette demanda la recifîeation du procès- verbal de la précédente séance qui i^e lai paraissait pas exprimer suffisamment les efforts iitspar ropposition pour repousser les doctrines anti- ^ntitutionnelies et antiparlementaires des ministres. L'Assemblée constiluante, » dit-il» < avait consacré le principe que la nation française n'emploierait jamais sa force contre la liberté d'aucun peuple... Ce sentiment est inhérent à la nature expansive du patriotisme français... Les derniers événements de Naptes et do Portugal ont rempli tous les coeurs de ce vif intérêt qu! formera de plus en plus un lien sympathique entre toutes les nations dignes de la liberté... Il faut donc que le procès-verbal constate nos protestations et nos efforts au moment où Thonneur et la moralité de
I la Dation semblent être compromis. Il faut saroir à
> quel poiDt les mïDistres du Roi sftDt complices dans les 9 roesnres prises pour maiDteoir ce qu'on appelle l'ordre
> social en Europe. Cet ordre social coDsiste i mécoD-
> Dattre le droit qu'ont les sociétés de modiOer leurs » iustitutioDs^ i s'immiscer dans les institutions des au-
> très peuples... C'est celui du partage de la Pologne..., » des conventions de Pilnitz..., du manifeste de Go- » blentz. > — A cette attaque dirigée contre les émigrés et contre les princes eux-mêmes, les murmures qui avaient déjà, à plusieurs reprises, couvert la voix de M. de La Fayette éclatèrent violemment, c Oui, mes-
> sieurs, > reprit-il avec plus de force, t des manifestes de 9 Coblentz. Ce que nous avons dit pendant ringt-cinq 9 ans, pourquoi ne le répéterions-nous pas aujourd'hui? 9 Le pouvoir est moins imposant que le malheur. Mon 9 objet est, je crois, suffisamment rempli. Je quitte la 9 tribune en invitant mes honorables amis à n'y jamais 9 monter sans renouveler i MM. les ministres la ques- 9 tion que je pose ici formellement, i n'en jamais des- 9 cendre sans avoir dit : ne détruisons pas l'indëpen- 9 dance napolitaine. »
La gauche fît entendre des cris unanimes d'adhésion à cette interpellation que le président avait vainement essayé d'interrompre. Le garde-des-sceaux monta à la tribune. Il répondit que si la Chambre désirait obtenir de la Couronne des communications sur les négociations diplomatiques, elle n'avait d'autres moyens constitution-
atteindre ce but que le vote d'une adresse* Quant i U demande de rcclificatioo du procès- verbal, il dit que ces sortes de demaudes n'étaient que des expédients pour introduire des motions d'ordre interdites par la Charte, pour contester les droits de la Couronne, pour jeter le désordre et 1g trouble dans les délibérations de la Chambré el foukr aux pieds h Charte et leâ lois. La droite ipptaudit vivement à cet énergique langage, mais Benjamin Constant, rcprocliant au ministre d'avoir pris depuis quelque temps Thabitude d'inculper les inentions de ses adversaires, demanda qu'il fût rappelé à fordre pour avoir accusé les membres de Topposilion de 'vouloir exciter les divisions el le désordre. On se récria I droite et au centre. M. de Serre, établissant une distinction un peu subtile entre les personnes el les actes, prétendit que, jalou% de maintenir la dignité et la li- Usrl^de la tribune, il avait toujours mis le plus grand HtiiD à s'abstenir de toute personnalité, qu'il n*âvait jamais ^cherché les intentions, mais que, quant aux actes, aux asserlioris, aux propositions, il avait usé, en les appréciant et en les caractérisant, du droit appartenant à tous les membres de la Chambre, qu'il n'avait enlendu attaquer que des maximes, une tendance, une conduite dangereuses et inconstitutionnelles, que telles étaient à ses jeux celles de Popposition, el qu ayant cette conviction it ne cesserait pas de les combattre. La majorité donna à M- de Serre de vifs témoignages d'adhèsîon.
On demandait la clôture, mais M. de Castelbajac s'y
350 HISTOIBE p^ ]LA RESJApRATIQti.
opposa en disant qu'il ne convenait pas ai|x {royalistes d'étouffer la voix de leurs adversaires, de paral^'e reculer devant la réfu^tiop des principe^ 4apgerenx que l'on venait de proclapier. Ces consi4ér9tioQs, successivement applaudies par la drpite et psir la gauche, ayant dëtt^ miné la continuation du débats quelques voix rédamèrent le comité secret, mais cet incidept n'eut pas de suite. Après un discours de M. Manuel qui] maintint avec fermeté, mais sans violence et sans insister pour le r<ippel à Tordrp, les imputations dirigées par M. Benjan^iu Constant contre le garde-d6s-sceaux« tf • de Kergorlay suscita un nouvel orage en accusant les dépptés de la gauche d'exciter à la révolte en évitant de cou^pronipttr^ leur sûreté personnelle, de conspirer h la tribune poutre tous les trônes, d'inviter à la rébellion armée eu Tautant comme l'emblème de la liberté et de la gloire la cocarde qui avait été, à son origine, le 3igne de cette rë))el)ipi). L'oppositiop se leva en massp ep demandant le rappel k l'ordre. Le général Sébastiani appuya cette demande dans l'intérêt de la liberté des discussions, dans l'intëirOt dn gouvernement et de la dignité de la Chambre, c Com-
> ment, t dit-il, c un orateur pourra accuser nue partie » de cette Chambre de se constituer en rébellion i cette
> tribune, de provoquer la révolte, et nous ne coudam-
> nerions pas cet orateur à être rappelé à l'of^ro? Vqbs » pouvez faire un nouvel abus de votre pombre, mais » cet abus sera jugé par la France et par l'^rope. » Quelle liberté nous restera-t-il si nos opipiops sont
to
HISTOIRE DE LA RESTAURATION. m
» traQ&rorméea en réroUes, si noufï sommes accusés de > conspiration?**. Qu'on apporte ici de^ prauves*.. Ne i le voye2-¥ous pa&î Cette Chambre ne deTienl-elle pas » depuis quelque temps une arèoe scandaleuse de proYO- ■ atîons réciproques? Ces personnalités partent le plus f souvent du côté qui semble s'être arrogé le droit d'être I ti défenseur exclusif de Tordre et de h tranquillité... I Nous n'avons jamais ?iolé les convenances parlemen- I tairas... >
Mp Delà lot déclara qua^ quel que fût son respect pour la liberté constitutionnelle des opinions, il sentait qu'il était temps de mettre un terme à cette insultante obstination qui condamnait la Chambre au supplice d'entendre Ions les jours et sous toutes les formes le panégyrique d'une révolution souillée de tous les crimes et fumante encore do sang de nos rois, que c'en était trop de voir klater à la fois, au dehors do cette Chambre des attentats dignes de la révolution^ et au dedans la scandaleuse apologie de ses principes, qu'il n'existait pas de plus pernicieux ennemis des libertés publiques que les orateurs mal avisés qui alTectaient de confondre ia cause de ces libertés avec celle d'une révolution si justement abborrée, et que c'était aux royalistes h prendre en main leur défense alors qu'elles étaient trahies par leurs prétendus champions, t Nous le feroDS victorieusement, > ajouta* Ml, ■ en refoulant la révolution dans ses abîmes. Ses j abîmes! ils devraient être fermés depuis longtemps, et pourqooi donc sont-ils ouverts au milieu de nous?
» Puisque la France m'envoie ici pour dire la vérité, je
> la dirai sans fard comme sans crainte : c'est qa*on ne
> ferme pas... l'abîme des révélations avec des mains » révolutionnaires... Est-ce un exemple à proposerait » peuple, est-ce un moyen de lui faire honorer et chérir
> son roi que de préconiser, que de glorifier à cette tri-
> bnne, tantôt les étendards et les couleurs de la révolte, » tantôt la gloire sanglante de l'usurpation militaire, et M toujours les principes d'une révolution qui a égorgé le » frère même de votre roi?... Où en sommes-nous? Dans
> quel effroyable chaos nous a-t-on précipités, paisqu'a*
> près tant d'années de restauration nous voilà réduits i
> disputer encore à la révolution les premiers éléments
> de l'ordre social i Que ce mal est profond I Qu'il accuse » hautement l'étrange perversité de ce système qui, de- 1 puis cinq ans, confond tous les principes, obscurcit » toutes les doctrines, fait chanceler toutes les vérités, » comble enfin la mesure du scandale en joignant à tous » les autres celui de punir la fidélité et de récompenser » la trahison ! > L'orateur, on le voit, ne s'était pas borné à attaquer la gauche, il avait attaqué la politique du ministère. Il déclara pourtant, avant de quitter la tribune, qu'il croirait manquer à la justice s'il ne s'empressait de payer au garde-des-sceaux le tribut d'estime et de reconnaissance qui lui était dû pour avoir fait entendre le premier et le plus éloquent appel à la loyauté courageuse du côté royaliste de la Chambre.
M. Manuel, reprenant la parole, essaya de prouver que
IIISTOIHE DK LA liESTAUnAThON. -tô^
les etnporlemenls, les cxagéralions de langage reprochés
aa côlé gauche n'étaient que la conséquence des provo-
actions du parti de la contre-révolution. «Quand a éclaté, •
dit-iU « cet appel aux passions? Est-ce en 181 7, eu
» 1818, en ISlî)? Avez-vous entendu alors faire sans
» nécessité l'éloge do la cocarde tricolore? Avez-vous
» entendu vanter les avantages de la Révolution? On n'en
• parlait pas, parce que ni les lihcrtés piiJ)liques, ni les » intérêts de la Révolution n'étaient attaijués par la niajo-
• rilô de la Chambre, parce que le gouvernement semblait
» marcher dans les intérêts de la consLilution de 18ii;
» il ne s'agissait que de hâter sa marche. Mais lorsque,
» plus lard, on a pu croire qu'une majorité, d'accord
» avec le pouvoir, voulait porter sur cette constitution
» même une main sacrilège, que, sous prétexte de crain-
» tes vagues élaborées dans un congrès étranger, on
» voulait priver la France de ses libertés les plus pré-
» cieuses.... gêner la liberté de la [tresse, faire dispa-
» raitre la liberté individuelle et nous enlever... une
» loi d'élection qui, certes, ne devait pas paraître trop
» démocratique puisque, sur une population de trente
» millions d'hommes, elle n'accordait qu'à quatre-vingt
» mille Français les droits électoraux..., alors on a parlé
» de la Révolution, non pas qu'on en voulût, mais pour
» éviter qu'une politique imprudente ne nous ramenât
» au milieu de révolutions nouvelles.... De chaque côte
» un se renvoie des reprorhes de même nature, on s'ac-
• cuse tour à tour de chercher à troubler l'ordre, à alar-