‹ Histoire de la restauration (volume 5)Chapitre 12 sur 23 · III · texte numérisé non relu

III

débats se prolongèrent pendant toute la nuit. Il fallait pourtant s'expliquer sur les questions posées par le gouternement. Les générant opposés au parti de la soumission s*étant retirés , les autres déclarèrent que les fortifications et l'armement de la rive droite étaient assez satisfaisants bien qu'incomplets, queeeux de la rive gauche pouvaient être considérés comme nuls, que l'armée pourrait défendre Paris, mais non pas indéfiniment, et ne deyait pas s'exposer à manquer de vivres et à perdre sa ligne de retraite , qu'elle pouvait difficilement être attaquée sur tous les points à la fois, mais que, si cela avait lieu, il y aurait peu d'espoir de résistance , qu'aucun général ne pouvait garantir les suites d'une bataille , qu'on avait des munitions en quantité suffisante pour plusieurs combats, enfin, quanta savoir si on pouvait répondre du sort de Paris et pour combien de temps, qu'il n'y avait à cet égard aucune certitude.

Le procès-verbal, daté du S juillet, à trois heures du matin, fut aussitôt envoyé au président de la commission executive* Fouché, en le présentant à ses collègues, le commenta dans le sens de la nécessité d'une soumission complète et absolue. On ne lui fit aucune objection, et Davoust reçut l'ordre d'entrer en négociations avec l'ennemi.

Déjà, deux jours auparavant, le maréchal, avec l'autorisation du gouvernement, avait fait une nouvelle tentative pour obtenir une suspension d'armes^ Dans la lettre qu'il avait écrite pour cela aux généraux alliés, il s'était

principalement appuyé sur le fait de l'abdication de Napoléon et sur celui de l'armistice conclu du côté de la Savoie. Wellington avait fait une réponse négative. Celle de Blûcher, semblable pour le fond, était beaucoup plus dure dans la forme. « Nous poursuivrons notfe victoire, » disait le vieux guerrier; Dieu nous en a donné la vo- » Ion té et les moyens. Prenez garde k ce que vous faites, » monsieur le maréchal , et ne plongez pas encore une » ville dans le malheur, car vous savez ce que le soldat » irrité se permettrait si votre capitale était prise d'as- » saut. Vonlez^vôus vous charger des malédictions de » Paris comme de celles de Hambourg? Nous voulons » entrer dans Paris pour protéger les honnêtes gens contre > le pillage dont ils sont menacés par la canaille. Un ar- » mistice satisfaisant ne peut être conclu 'que dans Paris... » ï^ai l'honneur d'être, dans les formes de politesse con- » venue, votre dévoué serviteur. »

Cette lettre insultante, qui contenait une allusion si injurieuse aux ressentiments provoqués en Allemagne par les mesures rigoureuses auxquelles les nécessités de la défense de Hambourg et les ordres de Napoléon avaient entraîné Davoust en 4813, .était d'un fâcheux augure pour la négociation dont la délibération du conseil de guerre lui imposait maintenant le pénible devoir. Cette fois, au lieu d'écrire à Blûcher, il chargea un officier général d'aller proposer au commandant de l'avant-garde ennemie un armistice de quelques heures pendant les^ quelles on pourrait traiter de la capitulation. Cet officier

fol reçu par le général Ziethen qui, après Faioir e&tenda, lui remit pour le maréchal DaToust une lettre daaslaqudle il disait qu'il n'était pas autorisé à accqiter un armistice, qu'il n'osait pas même en annoncer la demande au prince Blûdier, mais que, cependant, si le gouTemement français faisait annoncer Tintention de raidre la rille eC^ l'armée consentait égalemeui à se raidre, il accordoait une suspension d'armes.

De telles exigences n'aTaient rien de sérieux. L'armée française n'était pas dans une de ces situations extrêmes, désespérées, qui expliquent et justifiait à peine l'acceptation de conditions semblables. Fouché, sans se laisser décourager par les insolentes réponses des gfoéraux prussiens, fit parvenir aux commandants en cbrf des deux armées alliées une note pressante qui, pour le cas où l'on emploierait les moyens de persuasion au lieu de recourir à la force, contenait la promesse d'obtenir la retraite de Tarmée et le consentement des Chambres aux arrangements politiques que l'on désirait.

Le duc de Wellington, moins confiant, moins passionné et plus politique que Blûcher, n'avait pas vu sans dé« plaisir l'accueil qu'il avait fait aux ouvertures de Davoust. Il lui avait écrit pour lui représenter qu'attaquer Paris avec les forces qu'ils avaient sous la main, ce serait beaucoup risquer, qu'alors même qu'on réussirait, il en coûterait des perles très-sérieuses , qu'on pouvait les éviter en attendant seulement l'arrivée du corps du prince de Wrède, formant Tavant-garde des grandes armées de

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rAotricbe et de la Russie, et avec lequel marchaient les souverains, qu'on verrait alors ce qu'il y aurait à faire, ou plutôt, si on le préférait, qu'on pouvait dès à présent tout arranger en acceptant un armistice aux conditions suivantes : les alliés resteraient dans leurs positions actuelles ; Tannée française -se retirerait au delà de la Loire; la garde de Paris serait remise à la garde nationale jusqu'à ce que Louis XYIII en eût ordonné autrement. € n est vrai, disait » le duc de Wellington, que nous n'aurons pas la vaine

> gloire d'entrer dans Paris à la tête de nos armées victo- » rieuses; mais... je doute que nous ayons actuellement » les moyens de réussir dans une attaque... Et s'il nous » faut attendre les troupes du prince de Wrëde pour opé- » rer cette attaque, je crois que nous trouverons les sou- » verains disposés... à épargner la capitale de leur allié, » à ne pas entrer du tout dans la ville, ou à n'y entrer » qu'en vertu d'un armistice semblable à celui que nous

> pouvons signer dès aujourd'hui. »

La grande préoccupation du duc de Wellington était d'en finir promptement par la conciliation. Sincèrement attaché à la cause des Bourbons, il craignait tout ce qui, en amenant des incidents nouveaux, pouvait susciter des obstacles à leur restauration. Il était loin de penser que les alliés y fussent décidément et unanimement résolus, et il soupçonnait surtout les Prussiens d'y être peu favorables. Il pressait Louis XVIII de se rapprocher du théâtre des événements pour faire obstacle, ne fût-ce ^ue par sa présence, aux projets de ses ennemis, et il s'efforçait

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de lui faire comprendre Tavantage de rallieri par dea con^ cessions opportunes, une portion au moins du parti na* tional. Déjà, sur sa demande, Louis XYIII avait quitté Cambrai, le 30 juin, pour se transporter à Roye où il avait reçu la lettre que Foucbé lui avait envoyée par son ami Gaillard, et où les maréchaux Macdonald et Gouviod Saint-Cyr étaient venus lui offrir leurs services, ainsi que beaucoup d'autres royalistes de toutes les nuances. Les plus ardents répétaient à Tenvi que le duc d'Otrante était le maitre de la position^ que sans lui rien n*élait possible, et qu'il fallait, à tout prix, obtenir son concours et accepter toutes ses conditionâ, d'autant plus que, selon euX| ses intentions étaient excellentes. Sur tous ces points, Louis XVni n'était pas encore convaincu, mais Monsieur partageait l'entraînement de ses amis et il s'efforgait de le faire partager à son frère. Bientôt après, sur un autre avis du duc de Wellington, le Roi vint s'établir au château d'Amouville, situé près de Gonesse où était alors le quartier général des Anglais.

Cependant Blûcher, cédant aux sages remontrances de son collègue, commençait à se montrer plus traitable. Il renonça à la prétention qui, probablement, n'avait jamais été de sa part bien sérieuse, d'obliger l'armée française à se rendre prisonnière , mais il insista pour qu'après la retraite de cette armée à une distance de quarante lieues au moins, les alliés pussent occuper Paris. On convint de nommer des commissaires pour traiter sur ces bases.

Le duc de Wellington, toujours prudent et inquiet de la position isolée où se trouvaient les Prussiens depuis qu'ils avaient passé la Seine, s'était décidé à se rapprocher d'eux en portant aussi sur la rive gauche une partie de ses forces. Le mouvement s'opéra par Argenteuil, dans la soirée du S juillet et dans la matinée du 3, et ce dernier jour ^ à midi, les Anglais occupaient Villiers-la-Garenne, Courbevoie et SuresneSi

£n attendant l'ouverture de la négociation^ les hostilités continuaient. Le 2, les Prussiens s'emparèrent de Sèvres, de Meudon et d'Issy, malgré la vigoureuse résistance du général Yandamme qui fit, le 3, une tentative infructueuse pour reprendre cette dernière position. Le gouvernement publiait des récits pompeux et exagérés du succès obtenu à Versailles par le général Ëxcelmans. Les Chambres votaient des remerciements aux troupes qui défendaient les approches de Paris, aux fédérés, aux gardes nationales des environs de Versailles, qu'on supposait assez gratuitement avoir contribué à la victoire d'Ëxcelmans; on en votait aussi à l'armée et aux gardes nationales de l'Ouest pour la répression de l'insurrection vendéenne.

Les officiers inférieurs et les soldats s'attendaient généralement à que bataille* A Paris même, on y croyait, au moins dans les classes populaires. Cette ville présentait un aspect étrange. Trente ou quarante mille paysans, réfugiés des campagnes voisines, erraient sur les boulevards et dans les quartiers adjacents ; leurs femmes, leurs enfants.

les vieillards n'ayaient d*autre asile que les charrettes dans lesquelles ils avaient apporté leurs meubles. Dans les quartiers du midi et de Touest, sur les terrains vagues, dans les jardins et sur les terrasses dominant le cours de la Seine et la plaine de Grenelle, sur les tours de Notre- Dame et de quelques autres églises, des groupes de curieux étaient réunis pour avoir le spectacle du grand combat annoncé depuis plusieurs jours. Des fédérés, des gardes nationaux couraient aux avant-postes pour y prendre part. Ëty-cependant, aucun sentiment de terreur ne se mêlait à cette agitation. Dans les classes supérieures et riches, on ne prenait pas beaucoup au sérieux ces démonstrations belliqueuses. Sans trop savoir comment les choses s'arrangeraient, on était convaincu que Thabileté de Fouché déjouerait les efforts des agitateurs et que tout finirait bien. Dans les promenades publiques, aux Tuileries surtout, Taffluence était la même qu'à l'ordinaire, les femmes aussi parées ; les hommes lisaient les gazettes et s'entretenaient des événements du jour. On spéculait à la Bourse. La clôture de quelques-uns des théâtres était le seul signe extérieur auquel on pût reconnattre qu'il se passait quelque chose d'extraordinaire.

Saint-Cloud avait été désigné comme le lieu où se tiendraient les conférences pour l'armistice. Les généraux ennemis ayant déclaré qu'ils n'avaient pas les pouvoirs nécessaires pour trancher les questions politiques et qu'ils ne pouvaient traiter qu'avec l'armée, ce fut au nom et avec les pouvoirs du maréchal Davoust que se présentèrent

les trois négociateurs choisis par le gouvernement français, le baron Bignon, ministre des affaires étrangères, le comte de Bondy, préfet de la Seine et le général Guilleminot, chef de l'état- major général. Le colonel Hervey et le général major baron Mûfiling étaient munis des pouvoirs du duc de Wellington et du prince Blûcher qui, d'ailleurs, assistèrent personnellement aux conférences. On se réunit le 3 juillet, à quatre heures de l'après-midi. Le projet dressé par M. Bignon n'indiquait pas le lieu où les troupes françaises devraient se retirer en quittant Paris. Les alliés exigèrent que ce fût au delà de la Loire. Un article de ce même projet portait que les autorités existantes seraient protégées par les forces alliées. Blûcher 8*écria qu'une telle clause ayant un caractère politique, on ne pouvait l'admettre. Wellington proposa de dire que les alliés protégeraient les autorités aussi longtemps qu* elles existeraient , et ce ridicule expédient fut accepté. Un autre article, qui exemptait, comme en 181 4, les habitants de Paris de la charge des logements mili^ . taires, fut encore combattu par Blucher sous prétexte qu'il touchait à la politique et de plus parce que le vieux maréchal trouvait indécent que les habitants de Paris réclamassent une telle exemption alors que les Français avaient été, pendant tant d'années, logés si commodément à Berlin. Il fallut y renoncer. L'article suivant slipulait le respect des propriétés publiques et spécialement des musées. Blûcher ayant déclaré qu'il reprendrait, dans ces derniers établissements , tous les objets d'art qui avaient

appartenu à la Prusse et aux proYinces dont elle avait récemment obtenu la cession, les commissaires français proposèrent de consentir à cette exception en maintenant le principe, mais le duc de Wellington répondit que si TAngleterre était, pour son compte, désintéressée dans la question, il en était autrement des Pays-Bas et de quelques États germaniques dont les contingents faisaient partie de son armée, que d'ailleurs les autres souyerains pouvaient avoir des répétitions analogues à exercer 0L qu'en leur absence on n'avait pas le droit de les engager^ ajoutant que d'ailleurs- on devait compter sur leur bien^veillance. Les musées furent donc retranchés du nombre des propriétés publiques que les vainqueurs promirent de respecter. Blûcher en fit encore retrancher les propriétés qui avaient rapport à la guerre. Sa pensée, qu'il était mal aisé de deviner, était de se réserver le droit de détruira les monuments élevés en mémoire des guerres passées.

Les autres articles du projet, qui ne donnèrent lieu à aucun débat, portaient qu'il y aurait suspension d'armes entre les armées anglaise et prussienne et Tarmée française» que cette dernière évacuerait Pari^ dans le terme de trois jours et aurait effectué sous huit jours son mouvement derrière la Loire, qu'elle emporterait tout son matériel, son artillerie de campagne, ses caisses militaires et les effets de régiment, que toutes les personnes attachées aux dépôts seraient emmenées, ainsi que les employés de l'administration de l'armée, que les malades et blessés seraient spécialement protégés et pourraient.

après leur gdérison, rejoindre leurs corps, que le service de la Tille -de Paris continuerait à être fait par la garde nationale et la gendarmerie municipale, que les personnes et les propriétés individuelles seraient respectées , que les habitants et en général tous les individus qui se trouvaient dans la ville jouiraient de leurs droits et libertés sans pouvoir être recherchés à raison des emplois qu'ils occupaient, de leur conduite ou de l^urs opinions poli> tiques, qu'en cas de rupture, cette convention devrait être dénoncée au moins dix jours d'avance et que, s'il survenait des dissentiments dans l'exécution, elle serait interprétée en faveur de l'armée française et de la ville de Paris. J'omets quelques articles d'une moindre importance.

Cet acte, ratiQé immédiatement par les deux généraux en chef ennemis et par le maréchal Davoust, fut le lendemain communiqué aux Chambres. Non-seulement il n'y* rencontra aucune opposition, mais la Chambre des représentants en parut très-satisfaite. Garât fit remarquer les soins extrêmes que le gouvernement avait apportés à conclure une capitulation honorable. Ce mot àe capitulation souleva de violents murmures. « La France ne capitule » pasi » s'écrièrent plusieurs députés d'un ton d'indignation. Quelqu'un dit que l'orateur s'était mépris sans doute, qu'il avait voulu dire une convention* Garât fit un signe d'assentiment, et les murmures cessèrent.

Sur la proposition du général Solignac, la Chambre vota encore des remerciements à Tarmée don^ V énergie^ la fidélité et la bonne discipline avaient exercé tme si heth

reuse influence sur les négociations, à !a garde nationale, aux fédérés, aux tirailleurs, aux élèves des écoles et des lycées qui avaient rivalisé de zèle ayec les troupes de ligne ; ^e chargea le gouvernement de liquider les pensions et de distribuer les secours dus aux militaires et aux citoyens blessés, aux veuves et aux enfants de ceux qui avaient péri en combattant pour la patrie; elle promit de continuer à s*occtlper avec sollicitude et affection des armées françaises, de leur situation et de leurs besoins; elle mit enfin la cocarde, le drapeau et le pavillon aux trois couleurs sous la sauvegarde spéciale des armées, des gardes nationales et de tous les citoyens. Ces résolutions furent prises à la majorité de quatre cent sept Yoix contre vingt et une. Une députation fut nommée pour les porter à Tarmée.

Une proclamation de la commission executive expliqua aux Français les motifs qui avaient rendu un arrangement nécessaire pour garantir la capitale des horreurs d*un siège ou des chances d*un combat ; elle exprima, en se fondant sur les déclarations des souverains, Tespérance que les libertés et les plus chers intérêts du pays ne seraient pas sacrifiés et que la France recevrait les garanties propres à prévenir le triomphe alternatif et passager des factions, à terminer la Révolution et à confondre dans une protection commune les partis qu'elle avait fait naître avec ceux qui l'avaient combattue* Un passage de cette proclamation disait que le gouvernement avait dû défendre les intérêts du peuple et

de rarmée également compromis dans la cause dCvm, homme abandonné par la fortune, la justice et la volonté nationale. Cette insulte gratuite jetée à TEmpereur déchu excita à la Chambre haute un mouvement de surprise et de mécontentement. Thibaudeau y vit une injure pour la nation ; il proposa de demander des explications, tant sur cetle phrase que sur la nature des garanties promises à la France. Sa proposition fut écartée à la majorité d'une seule Yoix, mais la phrase qui avait excité son indignation fut adoucie dans la version officielle.

La satisfaction que la Chambre des représentants avait témoignée de la convention militaire du 3 juillet fut partagée par les hautes classes et par la bourgeoisie de Paris, non pas seulement par ceux qui désiraient le retour des Bourbons, mais même par un grand nombre de personnes attachées à la cause qui venait de succomber. Tel était rabattement des esprits, qu'on s'étonnait d'avoir pu obtenir des conditions aussi satisfaisantes, aussi honorables. Tous les journaux en parlaient dans ce sens. Comme on ignorait les détails de la négociation qui avait précédé cette convention, on n'en remarquait pas les lacunes, on ne voyait pas qu'à très-peu de chose près elle livrait Paris à la discrétion des étrangers vainqueurs. Le souvenir de l'occupation de l'année précédente rassurait d*ailleurs les esprits contre la crainte d'un traitement rigoureux. Les royalistes ne voyaient, dans la soumission aux alliés, qu'un acheminement vers le résultat qu'ils appelaient de tous leurs vœux; les classes moyennes, les banquiers, les mar-

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chands s'applaudissaient de voir finir une crise qui suspendait les affaires et interrompait toute espèce de commerce. Le cours de la rente, qui était la veille de 65 francs, s*éleva à 68. On peut se rappeler qu'il ne dépassait pas 53 francs la veille du Jour où Ton reçut la nouvelle de Waterloo.

La sécurité presque joyeuse à laquelle on s'abandonnait ainsi fut bientôt troublée par des incidents qu'il eût été facile de prévoir.

L'armée et le peuple des faubourgs étaient loin de participer aux sentiments de celles des classes de la société que leurs opinions ou leurs intérêts disposaient à voir avec plaisir la reddition de Paris. Peu capables d'ailleurs de comprendre les difiScultés et les dangers d'une plus longue résistance, la convention de Saint-Cloud les surprit comme un événement complètement imprévu et qui ne pouvait s'expliquer que par une lâche trahison. Aux termes de cette convention, Saint-Denis, Saint-Ouen, Clichy, Neuilly avaient été livrés aux alliés dans la mar tinée du 4, avant la communication faite aux Chambres, avant qu'aucun journal n'eût informé le public des arrangements qui venaient d*ôtre pris. Ce fut par le retour des gardes nationaux et des fédérés qui gardaient ces positions que le peuple apprit qu'on avait capitulé. Une vive agitation se manifesta dans les quartiers du nord et de l'est. Des coups de fusil, des cris : Aux armes I retentirent sur les boulevards et aux environs. Des groupes d'ouvriers et de soldats se formèrent de tous côtés. On

n'y parlait dé rien moins que de se porter sur les hauteurs de Montmartre et de Chaumont, sur Belleville et Romainville, qui ne devaient être remis que le lendemain aux Prussiens, et d'y résister à outrance. Les troupes qui occupaient les hauteurs, entendant de loin la fusillade, y répondirent par des décharges de mousqueterie qui augmentèrent la fermentation. Des rassemblements partis des faubourgs se dirigèrent vers le Palais-Royal et les Tuileries en criant : Aux armes! vive V Empereur, à bas les traîtres ! Les boutiques se fermaient à leur approche. Le gouvernement fit convoquer la garde nationale. Un ordre du jour du maréchal Masséna rappela à cette milice que son devoir était de garantir de toute atteinte les personnes et les propriétés, d'empêcher tout rassemblement tumultueux, toute espèce de cris propres à exciter des dissensions, de ne laisser arborer en aucun lieu, par qui que ce fût, d'autres couleurs que les couleurs nationales. Déjà quinze ou vingt mille gardes nationaux, stimulés moins encore par ces exhortations que par la crainte du pillage, s'étaient empressés d'accourir. Marchant avec résolution vers les rassemblements, ils les dissipèrent sans beaucoup de peine, prirent possession des boulevards et des faubourgs, occupèrent par masses les points de communication, et le mouvement se trouva ainsi arrêté.

Dans l'armée, l'émotion, l'irritation n'étaient pas moins vives que dans le peuple, et il pouvait en résulter de plus graves conséquences. Les corps qui, dans la nuit du 4 au 5, devaient évacuer les positions situées entre Glichy et

la chaussée de Vinceones, refusèrent d*obéir, criant à la trahison. Plusieurs généraux se réunirent, dit on, pour ai^iser aux moyens d*empêcher Texécution de la convention de Saint-Cloud et proposèrent à Vandamme de prendre le commandement en chef, mais il refusa, et d'autres à qui on s'adressa ensuite refusèrent également.

Pour donner un nouvel aliment à la résistance des troupes, les agitateurs leur persuadèrent de réclamer leur solde arriérée et de déclarer qu'elles ne s'éloigneraient pas, tant qu'on n'aurait pas satisfait à cette réclamation. Le trésor était vide, le gouvernement sans crédit. L'embarras fut grand aux Tuileries. La commission executive demanda aux principales maisons de banque de venir à son aide pour sauver Paris des périls qui le menaçaient. M. LafiQtte consentit à prêter deux millions en acceptant pour gage un dépôt de deux cent mille francs de rente. Dans l'état des choses, ce prêt fut considéré comme un acte de dévouement patriotique.

Le général Drouot, qui commandait la garde et dont chacun estimait le caractère, ayant décidé c« corps d'élite à quitter ses positions pour se retirer vers la Loire, les autres corps suivirent ce mouvement, non sans faire entendre de violents murmures. Beaucoup de soldats, en traversant les faubourgs de Paris, criaient : Vive VEmpereuri à bas les traîtres! On prétend même qu'ils couvraient d'imprécations le nom du maréchal Davoust, et que quelques-uns brisaient leurs armes et déchiraient leurs uniformes. Dans la nuit du 5 au 6, ils étaient tous

sur la route d*Orléans. Les commissaires chargés par la Chambre des représentants de porter à Tarmée la dernière adresse de remerciements la rencontrèrent à Étampes et envirentdéfiler devant eux la plus grande partie. Suivant le rapport qu'ils en firent à rassemblée, elle était pleine d'ardeur et de résolution.

Le 6 juillet, les alliés prirent possession des barrières de Paris sans les dépasser. C'était seulement le 7 qu'ils comptaient y faire leur entrée. Blûcher avait voulu se donner le temps de rallier quelques milliers d'hommes restés en arrière et occupés à dévaster les campagnes, pour se présenter avec une force plus imposante.

Les Chambres, cependant, continuaient à siéger. Celle des représentants retentissait encore parfois de déclamations passionnées contre la légitimité et les Bourbons. MM. Durbach, Dumolard, Félix Lepeletier, Bory de Saint- Vincent étaient au nombre des plus animés. On dénonçait les complots du parti royaliste, l'audace des journaux de ce parti, qui, ne déguisant plus leurs projets et leurs espérances; traitaient de factieux lés représentants patriotes et accusaient l'assemblée d*usurpation ; on signalait comme un scandale la présence d'un garde du corps qui avait été vu se promenant en uniforme dans les rues de Paris; on demandait que le gouvernement prit des mesures de répression. Les organes du pouvoir répondaient qu'il était sur ses gardes, qu'il connaissait les complots, que le maréchal Massëna avait réuni les chefs de la garde nationale pour se concerter avec eux et qu'on n'avait rien à craindre.

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