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aux royalistes , que Tesprit , les passions , les intérêts révolutionnaires conservaient en France une très-grande puissance avec laquelle il fallait compter. Il mit tous ses soins à faire passer cette conviction dans Tesprit du duc de Wellington que les circonstances rendaient Tarbitre de la situation. Dans Taprès-midi du 5 juillet» il alla le trouver à Neuilly. M. de Talleyrand et les envoyés étrangers assistèreat à cet entretien. Wellington ayant demandé au duc d*Otrante s'il avait pris en considération . le mémorandum que lui avait porté Macirone, Fouché entra dans des explications très-étendues sur les difficul* tés de la situation. Suivant lui, la Révolution était encore forte et piissaute, le parti royaliste ctait faible, sans influence, antipathique h la masse du peuple et, depuis le SQ mars, pour soustraire ce parti aux effets de Tirritation provoquée par ses imprudentes forfanteries, il avait eu besoin de toute son expérience, de toute la confiance qu'il avait su inspirer aux différentes opinions ; la convention de Saint-Cloud, en livrant Paris aux alliés, ne l'avait pas donné au Roi, et le rétablissement de Louis XVIII ne serait possible qu'avec le concours d'hommes capables, par leur existence passée et leur haute position, d'offrir des garanties aux passions et aux intérêts nouveaux.
Il y avait sans doute un fond de vérité dans ce langage. La Restauration n'était possible ou du moins ne pouvait durer qu'à la condition de rassurer les idées et les intérêts nouveaux qui dominaient le pays. Ce qui n'était pas vrai, c'est que la France, dans son immense
majorité, fût alors disposée , comme Fouché le faisait entendre, à chercher, dans des hommes tels que lui, associés à tous les crimes, à toutes les trahisons révolutionnaires, les garants de ses droits, de ses libertés, de tout ce qui lui était cher. La France tenait aux résultats principaux de sa grande Révolution, mais dire qu*elle était révolutionnaire, c*était manquer à la vérité, c*était jouer sur les mots. Elle était libérale, elle redoutait le retour de Tancien régime, le triomphe des émigrés, mais les hommes de la République, de Tanarchie, de la terreur, lui étaient plus odieux encore, et elle ne s*était pas réconciliée avec eux en les voyant reparaître au 20 mars.
Malheureusement, cette distinction, qui échappait h un grand nombre de royalistes, pouvait bien moins encore être saisie par les étrangers et surtout par le duc de Wellington dont Tesprit était plus ferme et plus droit que fin et pénétrant. Avant même d*avoir vu Fouché, il exj)rimait déjà Topinion que Louis XVIII avait deux choses à faire pour s'ouvrir les portes de Paris : adopter les trois couleurs et prendre pour ministre le duc d*Otrante. Fouché eut donc peu de peine à le convaincre, et lorsqu'ils se séparèrent en convenant de se revoir le lendemain, Wellington était résolu à user de toute son influence pour décider Louis XVIII à accepter les services de l'ancien conventionnel. M. de Talleyrand était du même avis. Peutêtre, compromis comme il Tétait lui-même dans les événements de la Révolution, croyait-il de son intérêt qu'il y eût, dans le conseil du Roi, un homme dont le nom, par
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les souvenirs qu'il évoquerait, fît oublier en quelque sorte ceux qui s'attachaient au sien.
Fouché s'étî^t bien gardé de révéler ses projets à ses collègues de la commission executive et aux meneurs des Chambres. La veille encore, le général Solignac, M. Durbach et M. Dupont de l-Ëure étant allés lui demander, en termes peu ménagés, des éclaircissements sur certaine détails de sa conduite qui leur paraissaient suspects, il s'était borné, pour les rassurer, à leur rappeler tous les titres qu'il avait à la haine des* Bourbons. Pour mettre autant que possible sa responsabilité à couvert et empêcher que ses entrevues avec le duc de Wellington ne fournissent un nouvel aliment aux soupçons qui s'élevaient contre lui , il avait convoqué aux Tuileries un grand conseil composé de ses collègues, des plénipotentiaires revenus d'Haguenau, du maréchal Davoust, de quelques-uns des ministres, et leur avait annoncé qu'il se proposait de voir les généraux alliés pour s'entendre avec eux sur des questions qui n'avaient pu être réglées dans une convention purement militaire. Des propos assez vifs avaient suivi cette déclaration. M. de La Fayette, tout en reconnaissant que des concessions pouvaient être nécessaires, avait dit qu'elles devaient être arrêtées en commun, en vue de Tintérêt général, sur des bases d'une telle nature qu'on pût en rendre compte aux chambres et au public, et que toute transaction particulière serait une lâcheté et une infamie. Chacun en était tombé d'accord et Fouché s'était bien gardé d'y contredire.
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La politique compliquée dans laquelle il s*élait engagé le portait, d'ailleurs, à tolérer et môme à encourager les manifestations anti-royalistes : c'était un moyen de faire croire aux Bourbons et à leurs amis qu'on ne pouvait se passer de ses services. Le Roi était depuis deux jours à Saint -Denis. On avait placé, aux barrières de Paris, des agents chargés d'entretenir l'irritation des fédérés et du bas peuple contre la capitulation, contre le Roi et les royalistes, et de signaler à leur colère ceux qui allaient présenter leurs hommages à Louis XVIIL On ne les empêchait pourtant pas de sortir de Paris, mais, à leur retour, ils étaient souvent insultés, maltraités, on leur arrachait la cocarde blanche qu'ils s'étaient empressés d'arborer; souvent même, on ne les laissait pas rentrer, et ils se voyaient obligés de regagner Saint-Denis où leurs récits, avidement recueillis par les courtisans, leur persuadaient que Paris était livré à une agitation dont il serait téméraire d'affronter les conséquences et qu'il fallait calmer à tout prix.
Les chefs de la garde nationale furent réunis pour délibérer sur la question du drapeau que le gouvernement royal devait laisser ou rendre à la France. Ils déclarèrent, dans une adresse à leur commandant en chef le maréchal Masséna, qu'ils tiendraient à honneur de conserver à jamais les couleurs nationales et qu'il y aurait du dan^ ger à les abandonner; ils affirmèrent que c'était là l'opinion de la très-grande majorité de leurs frères d'armes ; ils prièrent le maréchal de mettre cette déclaration sous
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les yeox des membres de la commission executive et de les iiiTiter à loi fûre donner la pins grande publicité afin de piérenir les désordres qoi poorraient résulter de toute inoertitode à cet égard. L'adresse, signée par tous les chefs et majors de légions et entre autres par le duc de Praslin, par MM. Benjamin et Gabriel Delessert, Richard Lenoir, Gilbert des Voisins, fut insérée au Moniteur, où ron inséra en même temps, à titre de renseignements, les proclamations de Louis AYlii.
Pendant ce temps, le duc de Wellington, assisté de M. de Talleyrand, était allé trouTer le Roi pour le déterminera faire entro-Fouché dans son conseil. I^uisXVin répugnait grandement à un pareil scandale, mais il n*était pas facile de résister à la volonté tenace du général anglais fondée sur une conviction profonde de la nécessité de ce sacrifice. Nous avons vu, d'ailleurs, que le duc d*Otrante s*était ménagé dans le parti royaliste et jusque dans la famille royale des partisans chaleureux qui, san^ pouvoir se dissimuler ses crimes passés, s'abusaient sur ses intentions actuelles, vantaient sa prodigieuse habileté et proclamaient bien haut que sans lui ifn'y avait de salut ni pour le Roi, ni pour la France, que seul il avait arraché à Napoléon son abdication, que seul il avait empêché une grande bataille, et que seul il pouvait maintenant, en calmant Tirritation du peuple, ouvrir au Roi sans crise, sans violence, les portes de Paris. Les terreurs de ceux qui se réfugiaient à Saint-Denis après avoir été maltraités et repoussés aux barrières et qui avaient hâte de
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rentrer dans leurs demeures, ne pouvaient que fortifier ce concert. Monsieur et ses amis n'étaient pas les moins ar*dents à plaider la cause du régicide. Comme Ta dit depuis M. de Chateaubriand dans un écrilcélèbre : «Tout s'en mêla, » la religion comme l'impiété, la vertu comme le vice, le » royaliste comme le révolutionnaire, l'étranger comme le » Français. » Bien des gens qu'on a vus, depuis, s'indigner d'un tel entraînement, s'y laissèrent alors emporter comme les autres.
Louis XVIII céda. Dans l'après-midi du 6, il autorisa le duc de Wellington et M. de Talleyrand à faire savoir à Fouché qu'il acceptait ses services et qu'il était prêt à le recevoir. Il ne fut pourtant pas possible de décider le Roi à abandonner la cocarde et le drapeau blancs pour les trois couleurs. En 1814, une saine politique eût conseillé cette concession ; après le 20 mars, lorsque les trois couleurs venaient d'être le signe de ralliement de la révolte contre la légitimité, il eût été difficile de les adopter sans abaisser la dignité royale. Il est à remarquer, cependant, que quelques royalistes, même des plus prononcés, M. Hyde de Neuville, par exemple, inclinaient à faire encore ce sacrifice.
Le duc de Wellington et M. de Talleyrand retournèrent à Neuilly où Fouché les attendait. Ils lui annoncèrent qu'il était ministre du Roi, et, après le dtner, ils le conduisirent à Saint-Danis. M. de Talleyrand l'introduisit dans le cabinet royal. L'entrevue fut courte, t Je connais, monsieur, » dit Louis XVin, les services que vous m'avez rendus
» le duc de Wellington ne me les a pas laissé ignorer. Je ]r vous ai désigné pour le ministère de là police; j'espère » que vous m'y rendrez de nouveaux services. » Le Roi demanda ensuite quelques renseignements sur la situation de Paris. Fouché les donna en peu de mots et promit pour le lendemain un mémoire détaillé. Malgré son audace accoutumée, il semblait ému et presque troublé en présence du frère de Louis XVL Le soir môme, il rentra à Paris, mais il n'eut garde de raconter à ses collègues ce qui s'était passé. On assure qu'à ceux qui l'interrogeaient sur le résultat de ses entretiens avec le duc de Wellington, il répondait en termes généraux qu'il avait obtenu toutes les garanties désirables, plus qu'il n'osait en espérer, et que le général anglais était un homme admirable.
On touchait au moment où devait finir cette comédie. Le lendemain, 7 juillet, était, comme je l'ai dit, le jour fixé pour l'entrée des forces alliées dans Paris. Dans la matinée, près de cinquante mille soldats prussiens se présentèrent aux barrières de Grenelle et de TÉcole-Militaire. Après avoir traversé le Champ de Mars, ils passèrent, par le pont d'iéna, sur la rive droite de la Seine, marchant en colonnes serrées, les clairons sonnant, les cavaliers tenant le sabre à la main, la mèche des canons allumée. Un ordre du jour publié ce jour-là même leur prescrivait de traiter les Français avec une gravité solennelle et imposante. Leur physionomie respirait, dit-on. les senti> ments dont ils étaient animés. Après avoir occupé les Tuileries, ils remontèrent les quais jusqu'à la place de
Qrève où une de leurs divisions prit possession de l'Hôtel de Ville et des quartiers voisins. Le reste continua sa promenade jusqu'au pont d'Austerlitz. Lh, une seconde division repassa sur la rive gauche pour occuper les faubourgs Saint-Victor, Saint-Marceau, Saint-Jacques et le faubourg Saint-Germain. Les autres divisions, tournant à gauche, longèrent le canal Saint-Martin, et, traversant la Bastille, descendirent le long des boulevards jusqu'aux Champs-Elysées où leur marche s'arrêta enfin à cinq heures du soir. Un détachement s'était saisi de la mairie du premier arrondissement.
Dans ce long parcours, les Prussiens avaient défilé au milieu d'une foule compacte dont les maiiifestations n'étaient pas, h beaucoup près, unanimes. En général, l'attitude du peuple était triste et sombre. On entendit môme quelques cris de: Vive l'Empereur! De loin en loin, cependant, on criait : Vive le Roi! vivent les alliés ! On raconte que quelques royalistes ayant voulu, comme l'année précédente, saluer de près les vainqueurs et leur serrer amicalements la main, furent repoussés avec rudesse.
Les Anglais, avec moins d'apparat, étaient aussi entrés dans Paris, et avaient pris position au Champ de Mars. Des canons étaient braqués sur tous les ponts.
La commission executive était en séance; Fouché l'entretenait à sa manière de ses conférences avec les généraux et les ministres alliés, lorsqu'un officier prussien, entrant dans la salle, annonça qu'il avait ordre de faire
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éracaer les appartements des Tuileries et déposa sur Je bureau une note signée de Blûcher, par laquelle il demandait une contribution de guerre de cent millions. Les membres de la commission se récrièrent, alléguant la capitulation qui garantissait les propriétés publiques, les palais par conséquent, et confiait à la garde nationale le service intérieur de Paris. L'oflScier répondit que cela ne le regardait pas et qn*il ferait exécuter ses ordres. € Alors, s*écria Fouché, nous nous retirerons, mais après » avoir constaté, dans un message aux Chambres, la vie- » lence qu*on bous fait. » Il écrivit aussitôt la lettre suivante aux présidents des deux assemblées : < Monsieur » le président, jusqu'ici nous avons dû croire que les son- » verains alliés n'étaient pas unanimes sur le choix du » prince qui doit régner en France. Nos plénipotentiaires » nous ont donné les mêmes assurances à leur retour. » Cependant les ministres et les généraux des puissances » alliées ont déclaré hier, dans la conférence qu'ils ont » eue avec le président de la commission , que tous les » souverains s'étaient engagés à replacer Louis XVill sur » le trône et qu'il doit faire ce soir ou demain son entrée » dans la capitale. Les troupes étrangères viennent d'oc- » cuper les Tuileries où siège le gouvernement. Dans cet » état de choses, nous ne pouvons plus que faire des vœux » pour la patrie, et nos délibérations n'étant plus libres, » nous croyons devoir nous séparer. »
Les membres de la commission s'étant levés ensuite pour se retirer, l'oflBcier prussien leur présenta de nou-
veau la note relative à la contribution de cent millions , mais Fouché la posa sur la table du conseil en disant, à ce qu'on assure, d'un ton de raillerie : « Cette demande » est un legs que nous laissons au bon roi Louis XVIII. »
Les deux Chambres étaient encore assemblées. Les pairs, comme à l'ordinaire, étaient en petit nombre. Rendus par les circonstances à une sorte d'indépendance qui n'était pas précisément de la fermeté, ils venaient de faire, pour la première fois, acte de dissentiment envers la Chambre des représentants. Elle leur avait envoyé sa déclaration de droits et sa protestation contre tout gouvernement qui ne procéderait pas de la volonté nationale librement exprimée. Sur le rapport de Boissy d'Anglas, ils avaient refusé d'adhérer à cette protestation sous prétexte que, par sa forme même, elle constituait un acte particulier à l'assemblée élective, et, quant à la déclaration, ils avaient prononcé un ajournement. Le maréchal Lefèvre, entrant précipitamment, s'écria qu'il se passait quelque chose d'extraordinaire, que des soldats prussiens avaient pénétré dans le jardin du palais. Un autre pair ajouta qu'il y en avait même dans la cour. Un troisième demanda naïvement pourquoi on n'avait pas fermé les grilles; un quatrième proposa de fermer au moins les portes intérieures. Au milieu de cette agitation, arriva le message de la commission. L'archichancelier en donna lecture, et les pairs se retirèrent en silence pour ne plus se réunir.
Les choses se passèrent moins simplement & la Chambre
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des représentants. Ce jour-là, on avait pris des mesures pour en exclure les journalistes, sans doute parce que la plupart des journaux étaient hostiles à rassemblée. Leur place habituelle était occupée par des gardes nationaux et des fédérés. Beaucoup de députés étaient absents. Au commencement de la séance, M. Laffitte, au nom de la députation qu*on avait désignée pour porter aux souverains alliés la protestation contre tout gouvernement non accepté par le peuple, vint déclarer qu*à la demande du duc d*Otrante elle avait dû différer son départ jusqu'à l'arrivée d'un ^message que la Chambre recevrait bientôt du gouvernement. On reprit ensuite la discussion du projet de constitution , et un long débat s'engagea sur la question de l'hérédité de la pairie. L'hérédité, combattue par d'anciens conventionnels, par Poullain-Grandpré, par Cambon, par Barëre qui s'en déclara pourtant partisan en théorie, bien qu'il la jugeât impossible dans l'état actuel de la France, et aussi par MM. Bérenger (de la Drôme), Duchesne et Penières, fut vivement défendue par M. Tripier, par le comte Regnaud de Saint-Jean d'Angély, par M. Roy et surtout par le rapporteur Manuel. Ce dernier supplia la Chambre de ne pas imiter l'exemple de nos premières assemblées qui, en se laissant entraîner aux égarements de l'opinion publique, avaient appelé tant de maux sur le pays, et de consulter plutôt les sentiments de la partie éclairée de la nation ; il s'efforça de faire comprendre que le privilège de la pairie, dont s'effrayaient à tort les amis de la démocratie, serait précisé-
ment rexlinction de tous les autres privilèges, Tanéanlissement de cette noblesse arrogante qu'on craignait tant de voir revivre. Il parlait encore lorsqu'arriva enfin le message du gouvernement. Un secrétaire en ayant donné lecture, M. Bory de Saint-Vincent demanda qu'avant de s'en occuper on terminât la discussion commencée. Manuel fut du même avis : « Ce qui arrive, dit-il, vous » l'avez prévu; votre conduite est toute tracée; ces événe-. » ments ne changeront pas votre détermination. Quand » une détermination est fondée sur le sentiment profond » du devoir et de la dignité, rien ne peut l'altérer... Tant » qu'il nous restera un instant de liberté, nous l'em- » ploierons à tout ce qui peut intéresser la patrie. L'in- » stant viendra peut-être où vos vœux, votre mandat,... » tout sera paralysé. Eh bien! cet instant, nous l'atten- » dronsavec calme. Point d'acclamations, point de cris » tumultueux; c'est une volonté forte qui nous tient ici, » il faut qu'elle s'exprime. . . Il arrivera de deux choses » l'une : ou les puissances respecteront votre indépen- » dance, et si les paroles des rois ne sont pas vaines, tout » espoir ne serait pas interdit; ou elles oublieront ce qu'elles » ont promis, elles voudront faire disparaître de cette » enceinte la représentation nationale. Qu'il nous soit donc » permis de répéter ce mot qui retentit autrefois dans p toute l'Europe : nous avons été envoyés par la volonté » de nos commettants,, nous ne sortirons que par la force » des baïonnettes. » Â c^s mots des applaudissements éclatèrent dans la salle et dans les tribunes. Le général
Sébastiani, en qualité de membre de Fambassade qui avait traité à Hagaenau avec les délégués des cabinets alliés, crut pourtant devoir faire remarquer que la commisdon executive s*était méprise sur le sens du rapport fait par cette ambassade, que les souverains avaient promis de ne pas s'immiscer dans la forme du gouvernement français, mais qu*il n'avait pas été question du choix du prince. Garât voulut donner suite à cette observation, mais il fut interrompu par des murmures et la Chambre passa à Tordre du jour sur le message. Elle décida ensuile, sur la proposition de Regnaud de Saint-Jean d'Angély, que la garde placée aux portes de son palais et qui se composait de vétérans, n'étant qu'une garde d'honneur, ne devrait opposer aucune résistance dans le cas où une force armée entreprendrait de la forcer. H. Durbach demanda qu'à la place de la commission executive qui venait de se dissoudre, on constitu&t le ministère en conseil de gouvernement. Ce vœu ne fut pas appuyé. La Chambre, enfin, revenant au projet de constitution, alla aux voix sur l'hérédité de la pairie : MM. de La Fayette, d'Argenson et leurs amis votèrent contre l'hérédité. L'épreuve parut douteuse, et la soirée étant déjà avancée, malgré l'impatience de quelques membres qui ne voulaient pas qu'on se séparât avant d'avoir achevé l'œuvre de la constitution, on convint de remettre le scrutin par appel nominal à la séance du lendemain qui s'ouvrirait à dix heures du matin. Ce lendemain ne devait pas exister pour la Chambre des représentants.
Foucbé, après avoir dissous la commlssioa de gouvernement, était allé chez M. de Talleyrand, qui venait d^ar-* river à Paris, se concerter avec lui sur les arrangements nécessaires pour rentrée du Roi.
Bien que Tordonnance qui devait constituer le nouveau cabinet ne fût pas encore signée, tous les choix étaient arrêtés. M. de Talleyrand conservait le département des affaires étrangères et était appelé h la présidence du conseil, dignité nouvelle qui avait pour objet de donner au ministère Tunité et la solidarité si unanimement réclamées alors par Fopinion. Le baron Louis était maintenu aux finances; le baron Pasquier était chargé du portefeuille de la justice, le maréchal Gouvion Saint-Cyr de celui de la guerre, M. de Jaucourt de celui de la marine ; on rétablissait pour le duc d'Otrante le département de la police générale ; le duc deUichelieu, absent en ce moment, devait remplacer M, de Blacas comme ministre de la maison du Roi. Ce dernier choix avait été inspiré parle désir de faire quelque chose d*agréable à Tempereur de Russie; M. de Richelieu étant alors au service de ce prince, qui avait pour lui beaucoup d^estime et d^affeclion. Dans la même pensée, on laissait vacant le ministère deTintérieur pour le donner au général Pozzo si TEmpereur, dont il était renvoyé auprès de Louis XYLII, Tautorisait à l'accepter, et le garde des sceaux, M. Pasquier, était chargé provisoirement de diriger ce ministère avec celui de la justice. Le comte Beugnot, ministre de la marine avant le 20 mars, obtenait en dédommagement la direction gêné-
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raie des postes. Cétaitpoar la seconde fois qo*il descendait d*an ministère à an emploi secondaire, et, suivant tonte apparence, en lui infligeant cette espèce de disgrâce qa*il ne subit qu'avec une extrême répugnance et sur les instances du Roi, M. de Tallejrand voulait le punir de s*être montré disposé à se séparer de lui au moment de la crise de Mons. Le comte Mole garda la direction générale des ponts et chaussées que' Napoléon lui avait donnée après le 20 mars. Ce n'était pas sans quelque peine qu'on avait décidé le Roi à ce demierarrangement en lui représentant que M. Mole n'avait accepté qu'à contre-cœur la nomination impériale, qu'appelé ensuite à la pairie, il s'était abstenu de siéger, que, dans les jours qui suivirent la bataille de Waterloo, il avait été en communications très-actives avec le parti des royalistes constitutionnels, et que, de concert avec M. de Vitrolles, il s'était efforcé, sans succès, il est vrai, d'amener le conseil municipal à faire une adresse aux Chambres en faveur des Bourbons. Le maréchal Macdonald, dont la conduite dans ces der^ niers temps avait été si ferme et si noble, obtint, en récompense, la grande chancellerie de la Légion d'honneur.
Il restait à pourvoir à la préfecture de police, poste très-important dans les circonstances où l'on se trouvait, puisque le nouveau préfet aurait immédiatement à s'occuper des moyens d'empêcher que l'entrée du Roi dans sa capitale ne fût troublée par des manifestations hostiles et que la Chambre des représentants ne continuât à siéger,
comme elle en annonçait Tintention. II importait d'obtenir ces deux résultats sans scandale, sans violence, et, s'il se pouvait, sans Tappui des forces étrangères, alors qu'on n'avait sous la main d'autre force que la .garde nationale. Une telle tâche ne paraissait pas aisée. La préfecture fut offerte à M. Angles, qui, effrayé peut-être d'une telle responsabilité et répugnant d'ailleurs à servir sous le duc d'Otrante, la refusa sous prétexte que la dignité de ministre d'JÉtat dont il était revêtu n'était pas compatible avec ce poste secondaire. M. Meunier la refusa également. Dans l'embarras où Ton se trouvait, le baron Louis proposa à M. de Talleyrand d'appeler à cet emploi diflBcile un homme encore peu connu, que M. de Talleyrand n'avait jamais vu, mais dont il lui vanta la résolution et l'intelligence. -C'était M. Decazes, jeune conseiller à la Cour royale de Paris, que nous avons vu, à l'époque du 20 mars, encourir l'exil pour s'être refusé hautement à yoter une adresse à l'Empereur. Il commandait une compagnie d'élite de la garde nationale qui, au moment du débarquement de Napoléon, s'était offerte à marcher tout entière pour le repousser. Il se déclarait prêt, avec cette seule compagnie, à prendre possession du Palais-Bourbon et à fermer ses portes aux représentants. Son langage, son attitude respiraient la confiance et la faisaient naître. M. de Talleyrand accepta ses services et se chargea de les faire accepter par le Roi.
On décida aussi, dans l'espèce de conseil tenu par M. de Talleyrand, que tous les fonctionnaires de l'ordre admi-