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oistralif et judiciaire, tous les commandants (te la garde nationale qui étaient, au mois de mars précédent, en acti- Tité de senrice, reprendraient leurs fonctions, et que le général Dessoles, particulièrement, serait sur-le-champ réinstallé dans le commandement de la garde nationale parisienne. H. de TeJleyrand, escorté par un détachement de cavalerie étrangère dont la présence ne lui fut peutêtre pas inutile pojor sortir de la barrière» alla dans la soirée, à Saint Denis, soumettre au Roi les résolutions qui ▼enaient d*étre arrêtées et les convertir en ordonnances.
Le 8 juiUet, le Moniteur^ dans une note datée de la veille, annonçait en ces termes que la Restauration était an fait accompli : c La commission de gouvernement a » fait connaître au Roi, par Torgane de son président, » qu'elle venait de se dissoudre. Les pairs et les députés » imposés par le dernier gouvernement ont reçu à cet égard » une notification. Les Chambres sont dissoutes. Le Roi » entrera demain à Paris, à onze heures après-midi. S^ > Majesté descendra aux Tuileries. » Cette note était mensongère sur un point important : la commission executive, en se séparant, n*avait pas autorisé son président à en informer le Roi.
Le Moniteur publiait aussi les ordonnances qui rétablissaient dans leurs emplois les fonctionnaires destitués ou démis depuis le mois de mars. On y lisait encore un ordre du jour du général Dessoles par lequel, en reprenant son ' commandement, il félicitait les gardes nationaux du zèle dont ils faisaient preuve pour le maintien de Tordre, et
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une note annonçant qu*il venait de rétablir la libre circulation, de prescrire Touverture des barrières et de révoquer 4es ordres qui avaient jusqu*alors comprimé l'expression des sentiments publics pour le prince que tant de regrets maient accompagné^ que tant de vœux rap^ pelaient.
Pendant la nuit, le préfet de police avait fait fermer les portes du Palais-Bourbon où siégeait la Chambre des représentants et y avait placé un détachement de garde nationale, avec Tordre de n*y laisser pénétrer personne. Dès huit heures du matin, quelques-uns des députés les plus empressés se présentèrent pour reprendre la discussion interrompue la veille. Trouvant les portes closes, les uns s*éloignèrent en silence, les autres protestèrent à haute voix. M. de La Fayette et M. Dumolard essayèrent de parlementer à travers les grilles avec les gardes nationaux qui se promenaient dans le jardin. Après d*inutiles efforts pour les émouvoir, ils durent se retirer. Cinquante-trois des représentants ainsi repoussés allèrent signer chez le président Lanjuiniis une protestation courte et simple.
Telle fut la fin de cette assemblée qui, pendant quelques joars, avait paru tenir entre ses mains les destinées de la France, Également ennemie, dans son immense majorité, du régime impérial et de la royauté des Bourbons, elle crut pouvoir constituer la France en dehors de Tun et de Tautre; eo cela, elle méconnut la force des choses et Tétat du pays. Elle a été généralement jugée avec beaucoup de sévâitéf parce qu'elle s'était attiré tout à la fois le ressen-
liment des bonapartistes et des royalistes. Pour être juste, on doit reconnaître qu*elle avait à un très-haut degré Tamour, le sentiment d'une liberté raisonnable, Thorreur des excès révolutionnaires, et qu'au moment même de sa plus grande puissance elle ne se permit aucun acte arbitraire.
A neuf heures, le drapeau blanc remplaça sur les Tuileries le drapeau tricolore. Il en fut bientôt de même sur tous les édifices publics. Peu à peu les postes de gardes nationaux prirent aussi la cocarde royale. Cependant, comme ce changement ne s'opérait pas d'une manière simultanée, il en résultait une bigarrure, une confusion singulières. De même on voyait sur les murs affichées, les unes à côté des autres, les proclamations du Roi, les déclarations de la Chambre des représentants, les arrêtés de la commission executive, les ordres du jour du maréchal Masséna et ceux du général Dessoles. Une foule nombreuse, agitée, traversée à chaque instant, par des patrouilles de garde nationale, parcourait les principales rues et les boulevards. Dans les jardins publics, sur les places, sur le parvis Notre-Dame, bivouaquaient des soldats anglais et prussiens avec leurs fourgons et leurs caissons ; aux extrémités des ponts, on voyait leurs canons chargés; ils avaient des postes établis sur les points principaux de communication; partout on apercevait leurs sentinelles.
Vers trois heures et demie, le bruit du canon annonça l'arrivée du Roi. On avait voulu lui persuader d'éviter le quartier populeux du faubourg Saint-Denis et de faire
son entrée par la barrière de Clichy ou par les Champs- Elysées où Ton avait moins à redouter les manifestations révolutionnaires. Le Roi eut Theureuse inspiration de résister à ces conseils de prudence, et Tévénement lui donna raison. Il était en voiture fermée; le comte d'Artois, àxheval, se tenait à la portière droite, le duc de Berry à la portière gauche; puis venaient les officiers généraux dont le groupe, éclairci par les défections du 20 mars, était bien moins considérable qu'on ne l'avait vu l'année précédente en semblable occasion ; on y remarquait les maréchaux Macdonald, Victor, Oudinot, Marmont, Gouvion Saint-Cyr, le duc de Feltre, les généraux Maison et Dessoles. Les gardes du corps, les mousquetaires, les chevaulégers, les gendarmes de la maison du Roi, les grenadiers à cheval, les cent-suisses et quelques volontaires royaux composaient le cortège où, naturellement, ne figurait pas un seul corps de l'armée proprement dite. La garde nationale formait la haie jusqu'au delà du fau- ' bourg. Le Roi fut reçu à la barrière par le corps municipal et harangué par le comte de Chabrol, préfet de la Seine avant le 20 mars, qui avait déjà repris ses fonctions. Le discours de ce magistrat fut un appel à l'oubli du passé et à l'union de tous les Français sous un prince qui, pour premier gage de son retour, réconciliait la France avec VEurope et assurait le bonheur de ses peuples par de nouvelles garanties constitutionnelles. « Cent jours se sont écoulés, dit encore M. de Chabrol, » depuis le moment falal où Votre Majesté, forcée de s'ar^*
» racher aux affeclions les plus chères, quitta sa capitale » au milieu des larmes et de la consternaticm publique. » J*ai cru devoir citer cette phrase, parce que l'expression des Cent Jours, employée pour la première fois comme désignation de la crise qu'on venait de traverser, devait bienlôt devenir d*un usage universel. Le Roi, dont la physionomie avait l'expression triste et sévère qui pouvait seule convenir aux douloureuses circonstances où se trouvait le pays, répondit en peu de mots qu'il ne s'était éloigné de sa bonne ville de Paris qu'avec la douleur la plus vive, qu'il y revenait avec attendrissement, qu'il avait prévu les maux dont elle était menacée et qu'il désirait les prévenir et les réparer ; puis il se rejeta au fond de sa voiture. Dans le long trajet qu'il avait à parcourir pour arriver aux Tuileries, il fut salué par de nombreuses accla* mations auxquelles se mêlaient le chant de Vive Henri IV! et d'autres chants populaires. Le soir, Paris fut brillamment illuminé.
Au moment où Louis XVIII rentrait aux Tuileries, Napoléon n'avait pas encore quitté la France. Nous avons vu que, parti de la Malmaison pour Rochefort le 29 juin, il avait passé la nuit à Rambouillet et que, le lendemain, il avait continué son voyage. Traversant presque sans s'arrêter Chartres, Châteaudun , Vendôme, Tours, Poitiers et Saint-Maixent, il était arrivé le <«'' juillet au soir à Niort où il s'était décidé à passer une journée. Il s'y était installé à la préfecture, avait reçu les autorités, les notables, les officiers de la garnison, et l'accueil enthou-
siaste de la population et des troupes avait pu lui faire l'illusion qu'il régnait encore. Les officiers, dit-on, s'étaient presque jetés à ses genoux, le suppliant de ne pas abandonner la France, de rallier derrière la Loire toutes les forces que le pays possédait encore et de tenter une résistance possible seulement avec lui. Il leur avait répondu qu'il n'était plus rien, qu'il ne pouvait plus rien, mais, cependant, il avait chargé le général Becker, qui continuait à l'accompagner, d'informer la commission executive de ces manifestations, comme aussi des obstacles que son embarquement semblait devoir rencontrer d'après les informations qui venaient de lui parvenir. Depuis la veille, en effet, les deux seules passes de la rade de Rochefort qui fussent accessibles aux bâtiments de guerre étaient observées de près par une croisière anglaise qui en rendait la sortie très-difficile, peut-être impossible. La lettre que le général Becker écrivit sous la dictée de Napoléon est un témoignage remarquable de la ténacité des illusions auxquelles il ^'attachait encore comme pour échapper au désespoir. On y lisait les passages suivants : « L'Empereur a dit h plusieurs reprises : le gouvernement » provisoire connaît mal l'esprit de la France ; il s'est trop » pressé de m'éloigner de Paris et, s'il avait accepté ma » dernière proposition, les affaires auraient changé de » face... Nous avons l'espoir que la capitale se défendra... » Si 1^ croisière anglaise empêche les frégates de sortir, » vous pouvez disposer de l'Empereur comme général » uniquement occupé du désir d*être utile à sa patrie, »
Le 3 juillet, Napoléon partit pour Rochefort où il descendit à Fhôtel de la préfecture maritime. Sa présence excita une vive émotion. Une foule immense, s'accumulant aux abords et jusque dans le jardin de la préfecture, témoigna le désir de le voir, et lorsqu'il parut sur le balcon accompagné du préfet, les cris de vive l' Empereur I éclatèrent avec véhémence.
Les deux frégates destinées à le transporter au delà des mers, la Saale et la Méduse, étaient mouillées dans la rade sous la protection des batteries de Tîle d'Aix. Les vents étaient contraires. Plusieurs réunions d'officiers généraux et supérieurs de la marine eurent lieu en présence de Napoléon pour examiner les chances d'une tentative de sortie en présence de la croisière ennemie. Tous s'accordaient à reconnaître que cette tentative était trèshasardeuse et qu'il fallait chercher d'autres moyens d'évasion. Les uns étaient d'avis de recourir à des navires de commerce étrangers et particulièrement à un brick danois mouiHé à l'île d'Aix, les autres proposaient de se servir de bâtiments très-légers pour franchir les passes non encore bloquées, d'autres encore appuyaient l'offre faite par de jeunes aspirants qui s'engageaient à emmener l'Empereur et à le transporter en lieu de sûreté au moyen de chaloupes pontées; le vieil amiral Martin conseilla à Napoléon de partir pour la rivière de Bordeaux où se trouvait le brick de guerre la Bayadère, commandé par le capitaine Baudin sur qui on pouvait compter. Napoléon écoutait tout, se mêlait quelquefois à la discussion
sans rien approuver ni rien rejeter positivement et ne prenait aucune résolution. On eût dit qu'il cherchait à gagner du temps. Il y avait à Rochefort un régiment d'artillerie de marine, un régiment de matelots à Tile d'Aix, mille cinq cents gardes nationaux mobilisés à la Rochelle, un corps de cavalerie à Niort, trois mille gendarmes aux environs et, non loin de là, à Bordeaux, plusieurs régiments d'infanterie réunis sous les ordres du général Clauzel. Ces divers corps faisaient , dit-on, parvenir à Napoléon des protestations de dévouement, l'expression des regrets que leur causait son abdication. Peut-être n'en fallait-il pas davantage pour ranimer en lui, par moments, des espérances qui augmentaient ses hésitations.
Cinq jours se passèrent ainsi. Le 8 juillet, le jour même où le Roi entrait à Paris, le général Becker reçut de la commission executive des dépêches en date du 4, qui rejetaient encore une fois les offres de service de Napoléon, lui reprochaient d'avoir créé lui-même, par ses temporisations, des obstacles à son départ, et enjoignaient de le faire embarquer sur-le-champ, de plus longs retards pouvant compromettre le succès des négociations ouvertes avec les alliés aussi bien que la sûreté et la tranquillité du pays. On autorisait même le général à employer la force. Il montra ses ordres à l'Empereur et le pressa de s'éloigner avant que le gouvernement royal qui allait être rétabli à Paris n'envoyât des agents qui,', peut-être, seraient chargés de s'assurer de sa personne. Napoléon parut comprendre la force de cette considération. Le soir
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même, il se fit transporter à bord d*une des frégates mises à sa disposition et qui étaient mouillées à Ftle d*Aix, dans la rade même. Le lendemain, il visita l'tle et ses établissements, passa en revue et fit manœuv^r le régiment de marine, parcourut les rangs, distribuant, comme au temps de sa puissance, les encouragements et les éloges, et recueillit encore une fois ces acclamations, ces témoignages d*enthousiasme qui étaient pour lui une consolation dernière, La population y prenait part comme les soldats.
De retour à bord de sa frégate, il y trouva le préfet maritime qui venait lui communiquer de nouvelles instructions delà cx)mmission executive datées du 6. Jusqu*alors elle s*était refusée, malgré le vœu exprimé par Napoléon lui-même, à autoriser aucune communication avec les forces anglaises. Maintenant, par un arrêté qui ordonnait de nouveau, dans les termes les plus formels, Tembar^ quement immédiat, et qui, si Tétat du vent ou la présence de Tennemi rendait impossible remploi des frégates, pei^ mettait de leur substituer un simple aviso, elle prévoyait le cas où Napoléon, répugnant à un tel mode de transport, préférerait être conduit soit à bord d'une frégate anglaise, soit en Angleterre même ; le préfet devait lui en donner les moyens sur sa demande écrite et mettre un parlementaire à sa disposition. Il était d'ailleurs interdit, sous peine de trabison, au commandant du bâtiment qui te recevrait à son bord, de le débarquer sur un point quelconque du territoire français, et le général Becker ne devait le quitter
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qu*en dehors de la rade ou après l'avoir remis à la croi** siéra anglaise, ou, s'il désirait être transporté en Angleterre, après l'y avoir conduit.
Il fallait enfin prendre un parti. Becker envoya reconnaître le nombre et la position des bâtiments anglais qui étaient devant les passes. La croisière ne se composait, en ce moment, que du Bellerophon et du Myrmidon. La nuit suivante, l'Empereur chargea le duc de Rovigo et un de ses chambellans, le comte de Las Cases, qui savait l'anglais, chose rare alors en France, de se rendre à bord dnr Rellerophon, auprès du commandant de cette croisière, le capitaine Mailland, et de s'informer si les passe^ ports demandés pour protéger le passage de Napoléon aux États-Unis lui étaient parvenus. Le capitaine ne savait pas même qu'ils eussent été demandés. Il répondit que tout ce qu'il pouvait faire, c'était de rendre compte à son chef, lamiral Hotham,.qui était à Quiberon avec le gros de l'escadre, de la question qu'on venait de lui poser. Les deux envoyés ayant dit que l'Empereur désirait partir surle-champ et ayant exprimé le désir desavoir ce que ferait le capitaine dans le cas où il sortirait de la rade, soit à bord d'une frégate française, soit sur un bâtiment de commerce français ou américain, il déclara sans hésiter qu'à bord d'un bâtimentfrançais il l'attaquerait et le ferait prisonnier s'il le pouvait, l'état de guerre existant entre les deux puissances, et que s'il le rencontrait sur un bâtiment neutre, il retiendrait ce bâtiment en attendant les ordres de l'amiral. Il ne dissimula pas sa conviction personnelle que le cabi'*
net de Londres ne permettrait pas à Napoléon de passer en Amérique. La conversation se prolongea. Suivant la version donnée par les amis de TEmpereur, le capitaine demanda au duc de Rt)vigo et à M. de Las Cases pourquoi Napoléon répugnerait à résider en An gleterre, et en réponse à leurs objections fondées sur le mal que le climat pourrait faire à sa santé, sur la crainte qu*il devait éprouver de se trouver soumis à une surveillance ombrageuse et tracassière, il leur dit que le climat de certaines parties de la Grande-Bretagne, du comté de Kent, par exemple, était aussi doux que celui de la France, que la présence de Napoléon éteindrait tous les ressentiments, que la nation ne laisserait pas violer les lois contre lui et que d'ailleurs le gouvernement anglais n'était pas arbitraire. M. de Las Cases avait témoigné le désir de savoir si le Bellerophon pourrait transporter l'Empereur et ses compagnons d'exil sur le sol britannique; le capitaine promit d'en écrire à son amiral, consentant pourtant à recevoir dès à présent à son bord l'illustre fugitif, s'il voulait s'y retirer immédiatement.
Napoléon, informé des détails de cet entretien, en parut peu satisfait. Ses irrésolutions recommencèrent. On reprit tous les projets des jours précédents. La pensée d'une évasion sur un bâtiment léger par une des passes non gardées fut remise en avant, mais ce qui, la veille, eût été peut-être praticable encore, avait cessé de l'être : les bâtiments ennemis; se rapprochant, fermaient toutes les issues. Cependant les vents, jusqu'alors contraires, étaient
devenus moins défavorables. Le capitaine d'une des deux frégates françaises, la Méduse y offrit de se jeter, à la faveur d*qne brise qui s'élevait tous les soirs, sur le Bellerophon, de le surprendre à l'ancre et de le combattre à outrance, pendant que la Saale, sur laquelle serait l'Empereur, gagnerait la haute mer; mais un autre oflBcier, qui commandait en chef les deux frégates, refusa d'y consentir, et Napoléon lui-même écarta cette proposition audacieuse. Le il, revenant à l'avis de l'amiral Martin, il envoya dans la rivière de Bordeaux le général Lallemand avec la commission d'examiner s'il était réellement possible de parvenir jusqu'au brick la Bay adiré et de s'échapper sur ce brick. En attendant son retour, on entama, à tout hasard, des négociations avec les commandants de quelques navires de commerce. L'Empereur, de plus en plus incertain, souffrant, réduit à une sorte d'apathie morale et physique, semblait n'avoir plus de volonté. Jamais l'affaiblissement de ses facultés n'avait été plus évident. A Fontainebleau, à l'Elysée, à la Malmaison, on pouvait encore comprendre ses hésitations, de grandes alternatives étaient posées devant lui ; à Rochefort, la seule chance qui lui restât, c'était de sauver sa liberté personnelle, et chaque instant de retard avait évidemment pour résultat d'amoindrir cette chance. Il le comprenait sans doute, mais un insurmontable abattement paralysait cette âme naguère si énergique.
Le général Becker insistait pour une détermination immédiate. On savait que les alliés, que Louis XYIII
lui-même étaient & Paris. Le 42, Napoiéoo, vivement pressé, annonça lUnlention d*aller se rendre à la croisière anglaise ; il ordonna même *des préparatifs dans le sens de cette résolution, mais il n'y persévéra pas longtemps. Bientôt, craignant que le gouvernement royal n'envoy&t aux commandants des frégates des ordres qui les obligeraient à le livrer ou à se compromettre, il se fit débarquer dans rile d'Àix où il croyait être plus en sûreté, se rappelant Tenthousiasme avec lequel il avait été accueilli peu de jours auparavant, il y fut reçu comme la première fois.
Le lendemain 43, le général Lalleniand revint annoncer que la Bayadère, parfaitement armée, équipée et appro* visionnée, était toujoui^ prête à recevoir TEmpereur, que la capitaine Baudin s'engageait à le conduire, s'il le fallait, jusqu'au bout du monde, et il indiqua en grand détail les mesures que l'on pourrait prendre pour déjouer la surveillance, d'ailleurs peu rigoureuse, qu'exerçaient de ce côté les forces anglaises. Il est vrai que, pour y arri* ver, il fallait traverser par terre un espace de vingt lieues où flottait déjà le drapeau blanc. L'Empereur connaissait peu Lallemand , on lui avait inspiré sur son compte quelques défiances ; il repoussa encore cette chance de salut.
Déjà on lui avait suggéré un autre plan. De jeunes officiers Je marine proposaient d'équiper deux chasse-marées, d'y recevoir l'Empereur et sa suite, de sortir de la rade pendant la nuit de manière à n'être pas vus par la croi-
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siëre, de longer ensuite la côte jusqu*à la Rochelle et, de là, de gagner la pleine mer. On ne pouvait sans doute penser à traverser TOcéan avec de telles embarcations, mais on aurait arrêté le premier navire de commerce qui se serait rencontré, et, dé gré ou de force, on Taurait nolisé pour rAmérique^ Un brick de commerce danois, avec lequel on négociait depuis quelques jours, eût concouru à Tentreprise» Ce plan, plus hardi qu*aucun des précédents, obtint Tapprobation de Napoléon. Les chassemarées furent achetés et tous les préparatifs promptement terminés, les capitaines des deux frégates s*étant empressés de fournir les objets de gréement. L'équipage, composé d'officiers et de sous-officiers, était prêt. A onze heures du soir, on vint annoncer à TËmpereur que les bâtiments étaient sous voiles, mais il ne pouvait emmener avec lui» sur Tembarcation où il allait prendre passage, que quelques-unes des personnes qui s'étaient attachées à son sort; celles qui devaient être réparties sur les deux autres, les femmes surtout, qui allaient, au milieu de tant de hasards, se trouver momentanément séparées de leurs maris, éclatèrent alors en plaintes, en larmes» en gémissements. On demandait pourquoi ne pas aller en Angleterre au lieu de braver de si grands périls. Le duc de Rovigo lui-même appuyait ces représentations. Si Napoléon avait eu encore son ancienne énergie, si sa détermination eût été bien arrêtée, il eût tenu peu de compte de ces terreurs, de ces adjurations; mais, suivant toute apparence, il partageait au fond du coBur les répugnances de son entourage, t Eh
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» bîeo ! dit-il, nous irons en Angleterre! » Et il fit remercier les marins qui, en se dévouant pour le saayer. Tenaient de compromettre leor avenir.
Quelques heures après, le 4 4, à la pointe du jour, M. de Las Cases, accompagné cette fois du général Lallemand, retourna à bord du Belleropkan pour savoir si les instructions demandées à l'amiral Hotham étaient arrirées an capitaine Maitland. Le capitaine venait de recevoir de Londres l'autorisation de prendre à son 1)ord Napoléon et sa suite s'il en faisait la demande, mais il n'était pas en mesure de promettre que les passe-ports sollicités pour les États-Unis seraient accordés.
Napoléon, après le retour de ses deux envoyés, tint un dernier conseil avec ses serviteurs. Il leur fit remarquer que le langage du capitaine ne donnait aucune garantie; il rappela que le capitaine du brick de commerce danois, qui offrait toujours de le transporter en Amérique, répondait de sa Sûreté pourvu qu'il ne prît avec lui qu'une seule personne; mais il ajouta qu'il lui répugnait de se cacher et de fuir, et il demanda que chacun dît son avis. A rexceplion de Lallemand, tous, dit-on, conseillèrent la retraite en Angleterre. L'Empereur n'hésita plus. Il annonça que, le lendemain matin, il se ferait transporter avec toute sa suite à bord de la croisière anglaise, et que le général Grourgaud partirait immédiatement pour l'Angleterre avec la commission de remettre au prince -régent une lettre par laquelle l'Empereur demandait un asile sur le sol britannique. Cette lettre, qu'il écrivit à l'instant
même, était ainsi conçue : « Altesse Royale, en butte aux » factions qui divisent mon pays et à Tinimitié des » grandes puissances de TEurope, j'ai terminé ma carrière » politique et je viens, comme Thémistocle, m*asseoir au » foyer du peuple britannique. Je me mets sous la pro- » tection de ses lois que je réclame de Votre Altesse Royale » comme le plus puissant, le plus constant et le plus géi> néreux de mes ennemis, -s^
Des instructions remises au général Gourgaud en même temps que cette lettre lui recommandaient de tâcher d'obtenir une audience du prince régent. Il devait dire que le désir de l'Empereur était d'aller aux États-Unis si Ton n'y voyait pas d'inconvénients, mais non pas dans aucune colonie, qu'il préférait le séjour de l'Angleterre à celui de tout autre pays que les États-Unis, qu'il prendrait le nom duT colonel M uiron ou de Duroc, deux des hommes qu'il avait le plus aimés, que s'il était admis à demeurer en Angleterre, il voudrait habiter une maison de campagne à dix ou douze lieues de Londres, dans le plus strict incognito. Dans le cas où on jugerait nécessaire de placer un .commissaire auprès de lui, Gourgaud devait veiller à ce que rien, dans cette mesure, ne donnât à la position de l'Empereur l'apparence de la captivité et que le rang comme le caractère du commissaire écartât toute fâcheuse interprétation.
Une lettre du général Bertrand au capitaine Maitland lui annonça la prochaine arrivée de l'Empereur. « Si » l'amiral, disait-elle, en conséquence de la demande que
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» VOUS lui ave2 adressée, tous envoie des sauf-conduits » pour les États-Unis, Sa Majesté s'y rendra avec plaisir, » mais à défaut de ces sauf-conduits, elle se rendra vo- » iontiers en Angleterre comme un simple particulier pour » y jouir de la protection des lois de votre pays. Sa Ma- » jesté expédie M. le maréchal dé camp baron Gourgaud » auprès du prince régent, avec une lettre dont je vous » envoie copie, vous priant de la faire passer au ministre » auquel vous croirez nécessaire d'envoyer cet oflScier » général. » Le capitaine'Maitland mit sur-le-champ une corvette à la disposition du général Gourgaud qui partit le soir même pourTAngleterre.
Le 45 juillet enûn, de très- bonne heure, Napoléoû s'embarqua sur le brick YÉpetmer pour aller joindre le ' Belleropkon. Le général Becker se disposait à l'y accompagner, mais il l'en empêcha, ne voulant pas, lui dit-il, qu'on pût croire qu'il l'avait livré aux Anglais et que le soupçon d'une, telle injure pesât sur la France. Becker était vivement ému et pleurait. Napoléon l'embrassa, le remercia de ses bons procédés, et le brick s'éloignant du rivage de l'îte d'Aix eut bientôt atteint le Bellerophon, L'Empereur y fut reçu par le capitaine et son état-toajor avec de grandes démonstrations de respect. L'équipage anglais gardait un profond silence. Celui de VÉpervier fit retentir une dernière fois le cri de vive l' Empereur IVre^que au môme moment, on vit les deux frégates françaises, la Saale et la Méduse, qui avaient gardé jusqu'alors les trois couleurs, arborer le pavillon blanc.
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Une heure après, Tamiral Hotham arriva de Quiberon, monté sur le vaisseau le Superbe. Il fit demander à Napoléon de le recevoir. L'entrevue fut courte. L'amiral invita TEmperear à venir le lendemain voir son bâtiment. Il Ty reçut avec de grands honneurs et lui présenta tous tes officiers. L'Empereur visita les batteries et s'assit à la * table de l'amiral qui lui proposa de rester sur le Superbe^ beaucoup plus spacieux que le Bellerophon et où il serait plus commodément installé, mais Napoléon refusa, craignant, dit-il, de mortifier le capitaine Maitland dont il n'avait qu'à se louer . Il retourna donc à bord du Bellerophon, et^ le 17, ce vaisseau, suivi du Myrmidon, fit voile pour la côte d'Angleterre. La traversée devait durer sept jours.
J*ai raconté longuement ces détails, moins encore parce qu'un grand intérêt s'attache aux faits qui terminèrent la carrière politique de l'homme le plus extraordinaire des temps modernes, que parce qu'ils tranchent une question bien souvent agitée par l'esprit de parti. Il en résulte que Napoléon, en se rendant aux Anglais, apl^s avoir laissé échapper toutes les chances favorables d'évasion» n'avait obtenu aucune garantie pour la conservation de sa liberté. Il faisait, dans sa lettre au prince régent, un appel à leur générosité, il affectait d'y compter, mais un tel langage n'exprimait pas sa pensée ; il connaissait trop bien le caractère britannique pour s'attendre h un traitement bienveillant. La nation anglaise est sans doute généreusB dans le sens que les anciens attachaient
à ce mot, celui qui* indique le courage, Findomptable persévérance, le dévouement religieux à la patrie, la disposition constante à tout lui sacrifier, mais le grand et noble sentiment qui empêche d'abuser de la force et de la victoire, qui fait qu'on cesse de haïr un ennemi vaincu, qu'on ne l'accable pas dans son malheur, qu'on se plaît même à adoucir ses souffrances, ce sentiment que les modernes honorent sous le nom de générosité et que l'antiquité a si rarement connu, les Anglais le connaissent moins encore, au moins dans leurs rapports avec l'étranger. Peut«étre n'est-il pas conciliable avec ce patriotisme âpre et violent qui donne tant de* force à un peuple, qui lui inspire de si grandes choses, mais qui, à certains égards, endurcit le cœur et fausse le jugement de ceux qui en sont animés, parce qu'il les porte à considérer comme le plus impardonnable des crimes tout acte, toute combinaison nuisible à leur pays, à voir le plus grand des coupables dans l'homme qui fait obstacle à sa prospérité ou à sa grandeur, à justifier, à sanctifier presque tous les moyens nécessaires pour se débarrasser de cet obstacle. Aux yeux des Anglais, le grand crime de Napoléon, c'était d'avoir mis l'Angleterre en danger, et ce crime devait être expié. Le langage que tenaient alors sur l'Empereur déchu les hommes d'État du cabinet de Londres est d'une férocité qui ne peut s'expliquer que par cette aberration du patriotisme : plusieurs jours avant que Napoléon ne se rendît à bord du Bellerophon^ le chef du ministère anglais, lord Liverpool, prévoyant qu'il fini-
rait par tomber au pouvoir des forces navales qui bloquaient les côtes de France, écrivait à lord Castlereagh que ce qu'il y aurait de mieux à faire , ce serait de le livrer au roi de France qui certainement en ferait bonne justicei
Nous dirons bientôt quel fut le sort définitif de Napoléon. Quelques jours après son départ pour l'Angleterre, son frère Joseph s'embarqua dans la rivière de Bordeaux sur un navire américain et se rendit aux États-Unis où les ressources qu'il s'étaient ménagées au temps de sa prospérité lui permirent de vivre dans une grande aisance. Les autres membres de la famille impériale restèrent en Europe, dans les résidences diverses que les puissances leur assignèrent d'un commun -accord, placés sous une surveillance qui, pendant les premières années, devait être l'équivalent d'une sorte de captivité.