‹ Histoire de la restauration (volume 5)Chapitre 2 sur 23 · III · texte numérisé non relu

III

82 HISTOIRE DE LÀ RESTAnRA;riO]!f.

partie du Poitou et de l*Angoumois, essayant d'intimider les populations par un grand appareil militaire et par de sévères proclamations. Bientôt après, le général Travot, qui connaissait parfaitement ces contrées où il avait combattu jadis la première Vendée et où il s'était honoré par sa modération et son humanité autant que par ses talents, entra dans le Bocage avec deux régiments d'infanterie et dissipa quelques attroupements, mais il ne put réussir à s'emparer des chefs qui, d*accord avec les royalistes du dehors, préparaient de tous leurs efforts un grand soulèvement.

En présence de pareilles manifestations, le gouvernement impérial crut devoir prendre des mesures de défense. Le ministre de la police présenta à TEmpereur un rapport conçu en termes trës-^mers envers la Restauration et le parti royaliste. Il y signalait les manœuvres de ce parti, les commencements d'émigration, les actes de rébellion déjà consommés, les cris séditieux, les correspondances établies à l'étranger. Rappelant la modération dont le pouvoir avait fait preuve jusqu'alors par respect pour la liberté, il déclarait qu'il était urgent de mettre enfin tin terme à cette tolérance excessive. L'ancien conventionnel osait évoquer à l'appui de cette opinion les souvenirs d'une époque à laquelle se liait si tristement sa renommée. « D'où sont nées, disait-il, ces lois terribles qui frajH

• pèrent les émigrés, les insurgés et leurs familles? N'est-ce

• pas de la nécessité où se trouvèrent nos Assemblés nat tionales de punir des attentats, d'anrèter des complots.

» de rompre des correspondances contre lesquels les

» lois ordinaires étaient insuffisantes? Si, lorsque de

» pareils symptômes se manifestèrent pour la première » fois...., on eût arrêté le mal dans son principe, si, au » lien de se borner à des menaces et de suivre les conseils » d'une indulgence temporisatrice , l'autorité eût développé » toute la puissance dont elle est investie, la patrie n'au- » rait pas été entraînée sur le bord de Tabtme, on n'aurait » pas à déplorer les mesures de violence auxquelles les » gouvernements d'alors furent contraints d'avoir re- » cours, et que la gravité des circonstances peut à peine » justifier. » Cette apologie indirecte de la Terreur servait de préambule à un projet de décret par lequel tous les Français, autres que les émigrés bannis, qui se trouvaient hors de France au service dé Louis XYIII et des princes de sa famille, étaient sommés de rentrer dans un mois, sous peine d'être poursuivis conformément à un décret de 1809; il était enjoint au ministère public de poursuivre les auteurs et complices de toute relation et correspondance qui aurait lieu avec le Roi, les princes et leurs agents, lorsqu'elle aurait pour objet des complots ou manœuvres contraires k la sûreté de l'État; le fait d'enlever le drapeau tricolore placé sur le clocher d'une église ou sur tout autre monument public, devait être puni d'un emprisonnement d'un mois à deux ans et d'une amende de 1 00 & 500 fr.; les communes qui ne s'y seraient pas opposées seraient elles-mêmes poursuivies conformément à unelm delafiépublique; enfin, toute personne con-

su HISTOIRE DE LA RESTAURATION.

vaincue d avoir porté un signe de ralliement autre que la cocarde nationale, était passible d*une année de prison , aux termes d*une autre loi républicaine, sans préjudice des peines portées par le Code pénal pour les cas de guerre civile, de dévastation, de massacre et de pillage. Ce projet reçut le 9 mai la signature de TEmpereur, et fut publié le lendemain. Une circulaire du ministre de la justice recommanda aux préfets la surveillance la plus rigoureuse.

Quelques officiers qui avaient abandonné les corps dont ils faisaient partie pour passer en Belgique, furent traduits devant des conseils de guerre qui les condamnèrent à mort par contumace et ordonnèrent, suivant la loi en vigueur, la confiscation de leurs biens.

En réponse à ces actes sévères, une ordbnnance de Louis XYIII menaça de la vengeance des lois quiconque, osant se rendre complice d'une autorité illégitime, prétendrait comprimer par la terreur le dévouement des sujets fidèles.

En tenant compte des idées et des habitudes du temps, on peut trouver qu'il n'y avait rien d'excessif dans les dispositions répressives prescrites par le gouvernement impérial. Il n'en est pas de même d'un arrêté du lieutenant général de police Moreau que le duc d'Otrante avait envoyé dans les départements de l'Ouest. Il imposait à tous les nobles l'obligation de se présedter devant les préfets et de transporter leur résidence dans le^ lieu qu'on jugerait à propos de leur désigner ; en cas de con-

travention, ils devaient encourir la confiscation de leurs biens et des freines plus graves encore. Cet arrêté, qui ressuscitait une classe abolie par les lois de TEmpire pour la frapper de proscription et qui rappelait jusqu'à un certain point Texécrable loi des otages, fut annulé par le gouvernement, mais il avait déjà excité dans les campagnes et parmi les hommes les moins disposés jusqu'alors à s'émouvoir une irritation qui ne fut sans doute pas sans influence sur les événements postérieurs.

Le 1 \ mai une entrevue avait eu lieu & la Chapelle- Basse-Mer entre trois hommes dont les noms étaient bien connus dans les fastes de la Vendée, MM. de Suzannet, d'Aatichamp et Auguste de la Rochejaquelein, le plus jeune des deux frères survivants du héros de la première insurrectiob. Ce dernier avait communiqué à MM. de Suzannet et d'Autichamp une lettre de son frère Louis, commandant des grenadiers à cheval de la- garde royale, qui, ayant suivi le Roi en Belgique, avait obtenu Tautorisationde passer dans la Vendée et s'était d'abord rendu à Londres où il s'occupait, avec le concours du gouvernementbritanniqueetl'appui de la duchesse d'Angouléme, à rassembler des armes et des munitions. La résolution fut prise entre les trois chefs d'opérer un soulèvement général au moyen du tocsin sonné dans toutes les communes le même jour et à la même heure. Ainsi que dans les précédentes guerres, le commandement se partageait, sur la rive gauche de la Loire, en quatre divisions ; on espérait que la basse Vendée ou Vendée maritime, sous les ordres de

M« de Suzannet, pourrait fournir de sept à huit mille hommes, la Vendée centrale, sous M. de Sapmaud, quatre mille, le haut Poitou, sous M. de la Rochejaquelein, à peu près autant, et le haut Anjou, sous M. d'Autichampi de huit à dix mille. Sur la rive droite où M. d^Andigné devait commander, dans la Bretagne, TAnjou, le Blésois, le Yendômois, on comptait trouver aussi de nombreux auxiliaires.

Le tocsin sonna en effet, pendant la nuit du 1 5 au 1 6 mai, dans toutes les campagnes; partout le drapeau blanc remplaça Tétendardaux trois couleurs et partout on afficha une proclamation datée de la Tour-Landry, lieu célèbre dans les précédentes luttes, qui rappelait aux Vendéens leurs anciens exploits, les invitait & se lever de nouveau pour la cause de Dieu et du Roi, protestait t^ontretoût esprit de vengeance, promettait le maintien de la plus sévère discipline et engageait les Français de tous les pays à venir aussi se ranger sous le drapeau de Thonneur, sous la bannière des lis.

Le 16, au lever du jour, les chefs de division avaient déjà réuni les hommes de leurs paroisses. On put, dèsx:e moment, reconnaître combien ce mouvement, imposé aux paysans par Tautorité des anciens chefs et des seigneurs» devait rester inférieur & Tëlan spontané qui, vingt-deux ans auparavant, sous Taiguillon des persécutions religieuses plus encore que des persécutions politiques, avait poussé à la révolte les populations entières des campagnes, dont les nobles avaient alors reçu Timpulsion bien

plus qu'ils ne la lui avaient donnée. Cette fois, le nombre des insurgés fSt loin d^atteindre ce qu'on avait attendu. La majeure partie était armée de fusils de différents calibres, les autres de faux ou de baïonnettes attachées au bout d*un b&ton, mais ou comptait sur les armes et les munitions annoncées par Louis de la Rochejaquelein. Les Angevins du Marais , chargés d'en favoriser le débarquement, se portèrent vers la côte et chassèrent de Sainte- Croix-sur-Vie deux cents douaniers qu'on y avait réunis pour empêcher toute communication avec la mer. Pendant ce temps, M. deSapinaud se dirigeait, avec trois ou quatre mille^ommes, vers Bourbon-Vendée dont il espérait tenir en échec la faible garnison jusqu'à ce qu'il eût pu opérer s^onction avec M. de Suzannet qui s'avançait à la tête de deux mille paysans des environs de Nantes ; H. Auguste de la Rochejaquelein entrait à Bressuire avec une force à peu près égale rassemblée aux Aubiers, et dans laquelle l'ancien général républicain Canuel servait comme volontaire; H. d'Autichamp réunissait à Jallais quatre ou cinq mille Angevins, en laissait la plus grande partie en observation devant Chollet et Chemillé et conduisait le reste vers la mer dans l'espoir de rencontrer les troià autres chefs; mais n'ayant pu obtenir de renseignements positifs sur la direction qu'ils avaient prise, il revint sur ses pas, après avoir rétabli momentanément l'autorité royale à Beaupréau, à Clissoh et sur quelques autres points. Dans cette marche, sa troupe avait recueilli d'assez nombreuses recrues. Trouvant, à son retour, la ville de Chollet

évacuée par les forces impériales qui s'étaient repliées sur Angers, il y entra le 23 mai, sans avoir eu à tirer un seul coup de fusil.

MM. de Sapinaud et de Suzannet avaient opéré leur jonction h Palluau et cherchaient à se réunir k Auguste de la Rochejaquelein qui, déjà, avait eu à combattre un régiment de ligne. Cependant, Louis de la Rochejaquelein, arrivé sur la côte à bord de l'escadre anglaise de Tamiral Hotham, avait débarqué à Sain te-Croix-sur- Vie avec deux mille fusils et deux cent mille cartouches. Suivant quelques versions, il avait pris, en touchant le rivage^ le titre de général en chef qu'il croyait, peut-être par suite d'un malentendu, lui avoir été conféré par le Roi. Au dire de ses partisans, ce seraient les autres chefs qui, le voyant muni de pouvoirs émanant de la royauté, auraient cru devoir lui donner ce titre. Ce qui ne parait pas douteux, c'est qu'ils éprouvèrent une secrète jalousie et un mécontentement très-vif de se trouver sous les ordres d'un officier dont l'âge et les services n'avaient rien qui relevât au-dessus d'eux. Cette suprématie et ce titre étaient peu compatibles, d'ailleurs, avec les coutumes et l'esprit indépendant des Vendéens et avec la nature même d'une telle guerre.

L'annonce de l'insurrection arriva à Paris dans la nuit du 1 7 au 1 8* mai. A la veille de l'ouverture de la lutte contre l'Europe, Napoléon se vit donc obligé de distraire une partie des forces qu'il comptait y employer pour se défendre contre un ennemi intérieur. Le général Bcayer

partit en poste pour Angers avec deux régiments de la jeune garde. Des régiments de ligne et une nombreuse gendarmerie furent aussi envoyés sur le théâtre de l'insurrection et le général Lamarque reçut le commandement en chef de toutes ces troupes. L'Empereur avait d'abord voulu en charger, soit le duc de Rovigo, soit un de ses aides de camp, le général Corbineau, à qui il accordait une grande confiance, mais il pensa ensuite qu'il y aurait de l'inconvénient pour lui à ce que des hommes qui lui tenaient d'aussi près fussent exposés à prendre des mesures de rigueur.

Le général Travot, devenu l'un des lieutenants du général Lamarque, avait déjà, à la tête d'un faible détachement, atteint à Saint-Gilles le convoi d'armes et de munitions apporté par l'amiral Hotham et l'avait enlevé presque en entier après en avoir dispersé l'escorte, non sans lui faire éprouver une peçte sensible. Par des marches rapides, par des attaques imprévues, il réussit k fatiguer, & déconcerter les insurgés en qui tout annonçait l'absence de plan arrêté et de direction. Louis de la Rochejaquelein, comptant sur un second convoi qui devait arriver d'Angleterre, désirait se maintenir en possession de la côte; il essaya d'engager les autres chefs à attaquer les Sables; il ne put les y décider, et, sur la proposition de M. de Suzannet, on résolut d'attaquer Noirmoutiers ; mais ce second projet resta aussi sans exécution et on s'arrêta enfin à celui d'une tentative contre Bourbon-Vendée. Les trois corps réunis marchèrent donc sur cette place, mais

surpris pendant la nuit par le général Travot, ils furent mis en complète déroute avant d'avoir pu se former et se reconnaître. Tous les efforts de leurs chefs pour les rai* lier furent impuissants. Louis de la Rochej aquelein eut un cheval tué sous lui et vit tomber son beau-frère; un neveu de Charette resta également sur le champ de ba« taille. Le désastre fut complet. Les paysans se débandèrent et retournèrent pour la plupart dans leurs villages. Pendant quelques jours, MM. de Sapinaud et de Suzannet errèrent à peu près seuls. M. d'Autichamp, qui avait aussi subi un échec du côté de Segré , en Anjou , se vit luimême abandonné de presque tout son monde. Il fallut s'occuper de nouvelles levées. Louis de la Rochejaquelein se rendit k ChoUet pour se concerter avec M. d'Autichamp, mais il ne tarda pas à éprouver de nouveaux mé« comptes. Plus la fortune se déclarait contre les Vendéens, moins ils semblaient disposés à se soumettre au général en chef qu'on leur avait donné. De prompts et éclatants succès eussent pu seuls affermir son autorité. Mal«> heureux , il ne trouvait qu^ des censeurs parmi ceux qui devaient être ses subordonnés. Comme il arrive toujours dans les revers, on s'en imputait mutuellement la responsabilité, les uns accusant l'orgueilleuse inexpérience du jeune général en chef, et celui-ci l'indiscipline et la vanité de ses rivaux qui voulaient agir chacun d'après ses propres idées.

Cet état de choses ménageait des chamces de succès à un essai de pacification que fit alors le gouvernement im«

HISTOIRE DE LA RESTAURATION. Oi

périal. Travot, tout en poursuivant avec vigueur les insurgés, avait vivement insisté dans su correspondance avec le gouvernement sur la convenance de recourir à des moyens de conciliation qui, combinés avec remploi de la force, lui paraissaient devoir mettre bientôt un & la ré-' volte. La pari qu*il avait eue, dans d'autres temps, après une lutte bien autrement grave, à un résultat semblable, donnait beaucoup de poids à sa parole. On se détermina à entrer dans la voie qu'il indiquait. Fouché, avec rautorisation de TEmpereur , ût appeler d'anciens chefs vendéens qui n'avaient pas pris part à la nouvelle levée de boucliers, MM. de Malartic et de la Béraudière. Affectant, dit-on, des dispositions personnellement favorables à la cause royale, il leur représenta que l'insurrection, h quelque point de vue qu'on la considérât, était intempestive et prématurée; que les destinées de la royauté ne dépendaient pas de ce qui se passerait dans la Vendée, mais bien de l'issue du conflit où Napoléon allait se trouver engagé contre l'Europe, qu'il fallait donc attendre et ne pas verser sans utilité un sang précieux, ne pas exposer les malheureux habitants de l'Ouest aux conséquences d'une lutte dans laquelle ils seraient vraisemblablement écrasés. MM. de Malartic et de la Béraudière se laissèrent persuader. S'adjoignant un autre royaliste, M. de Flavigny, dont ils pensèrent que le concours donnerait plus d'efficacité à leur mission, ils consentirent à porter à leurs anciens compagnons d'armes les propositons du duc.d'Otrante. Lorsqu'ils arrivèrent dans les départements de l'Ouest, il

trouY^ieDt plusieurs des cheCs de rinsarrection découragés par les échecs qu^ils Tenaient d^éprouver et disposés à se prêter au système de temporisation qu'on leur offrait. M. d'Andigné, qui commandait sur la rive droite de la Loire, entra sans difficulté dans leurs vues. H. de la Rochejaquddn, au contraire, repoussa toute idée d'atermoiement comme une inspiration de trahison , mais il lui de- Tcnait de plus en plus difficile de se faire obéir, et ces pourparlers avaient produit l'effet ordinaire de toute négodation entamée au milieu d'une lutte, ils avaient jeté dans le parti déjà yaincu des g^mes d'affaiblissement moral et de dissolution.

Page 1