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CHAPITRE XIV

Fin du Congrès de Vienne. Signature de l'acte final et dernier manifeste contre Napoléon. — Intrigue de Fouché avec le cabinet autrichien découverte par TEmpereur. » Les bonapartistes désirent que Napoléon abdique en faveur de son fils. — Force des armées ennemies. ~~ Extrême disproportion de celles qu'on leur oppose. — Champ de Hai. — Ouverture des Chambres. Attitude hostile de celle des représentants. ~ Napoléon part pour Tarmée du Nord. * Défaite des Vendéens, mort de Louis de la Rochqaquelein.

On approchait du moment où devait se terminer la crise terrible qui tenait en suspens tous les esprits et tous les intérêts.

Le Congrès de Vienne touchait à son terme. Les puissances se hâtaient de résoudre les questions encore indécises pour être en mesure de consacrer toutes leurs forces et toutes leurs pensées & la destruction de Tennemi commun, et bien des difficultés qui, en temps ordinaire, eussent consumé des mois, des années, que peut-être même iln'eùtpas été possible de régler à l'amiable, s'aplanissaient en quelques jours par le sentiment du péril qu'eussent créé des dissentiments prolongés.

Murât, en se précipitant lui-même, avait tranché la question de Naples; et les Bourbons de Sicile étaient re-

n HISTOIRE DE LA RESTAURATION.

montés sur leurtrône où un traité d'alliance et d'occupation militaire les plaça sous le vasselage autrichien. Les Bourbons de Parme, s'ils ne furent pas rétablis aussi dans la possession immédiate de ce duché dont l'impératrice Marie-Louise conserva la jouissance viagère, se virent appelés à en hériter après elle et obtinrent en attendant, à titre de compensation, le duché de Lucques, destiné à revenir plus tard à la Toscane. Le fils de Napoléon et de Marie^Louise, privé ainsi du rang souverain que lui avait reconnu le traité de Fontainebleau, fut réduit, sous le titre de duc de Reichstadt, h une position intermédiaire dansTempire autrichien, et à de riches domaines. Le 20 mars, en dégageant les puissances des arrangements stipulés avec Napoléon, légitima en quelque sorte cette spoliation à laquelle la plupart des cabinets étalait déjà décidés avant cette époque.

Le Saint-Siège recouvra presque en entier la Romagne et les légations que le cabinet de Vienne aurait bien voulu garder, mais qu'il n'osa pas détenir contre le vœu de l'Europe entière. L'Autriche, cependant, en possession du territoire vénitien, delà Lombardie, des forteresses du Pé, oc^^upant militairement pour plusieurs années le royaume de Naples et régnant par deux de ses archiducsen Toscane et à Modène, resta, en Italie, la puissance prépondérante, au gi*and déplaisir de la Sardaigne, réduite, comme nous l'avons vu, d'une partie de la Savoie laissée à la France et aussi de quelques villages abandonnés à la Suisse, mais fortifiée par l'annexion de Gènes.

Le sort de la Pologne fut définitivement fixé par trois traités conclus, le 5 avril, entre rAutriche, la Russie et la Prusse et qu*on incorpora ensuite dans l'acte général du Congrès. En vertu de ces traités dont les bases avaient été, comme je Tai expliqué, arrêtées entre toutes les grandes cours, le duché de Varsovie resta à Tempereur de Russie, mais on en détacha en faveur de la Prusse ce qui a formé depuis le grand-duché de Posen et en faveur de TAutriche des districts qui devaient améliorer sa frontière du côté de la Galicie. L'empereur Alexandre restitua aussi à l'Autriche le district de Tarnopol qu'il lui avait enlevé en 1809. La ville et le territoire de Cracovie, autre démembrement du duché de Varsovie, furent érigés en État libre sous la protection des trois cours, combinaison bizarre qtfi, en rétablissant un état purement polonais dans des proportions dérisoirement exiguës, semblait avoir pour but d'exciter, par cette résurrection microscopique, les regrets de l'esprit national et de le provoquer à de téméraires tentatives. Pour concilier, d'ailleurs, le libéralisme de l'empereur Alexandre et le devoir qu'il s'était imposé de réaliser une sorte de restauration de la Pologne avec les susceptibilités de ses alliés, on déclara que le duché de Varsovie ainsi réduit était réuni à l'empire de Russie et y serait lié irrévocablement par sa constitution pour être possédé par TEmpereur, ses héritiers et successeurs, & perpétuité, que l'Empereur se réservait de donner & cet état, jouissant d'une administration indépendante, Y extension intérieure qu'il jugerait convenable, c'est-à-

dire, apparemment, d*y réunir un jour tout ou partie des provinces jadis polonaises de Tempire , et que les Polonais sujets respectifs de la Russie, de rÂutriche et de la Prusse obtiendraient une représentation et des institutions nationales réglées d'après le mode d'existence politique que les gouvernements auxquels ils appartenaient jugeraient convenable de leur donner. Peu de jours après, l'empereur Alexandre, écrivant au président du Sénat de Varsovie pour lui annoncer que le sort de sa patrie venait d'être fixé par l'accord de toutes les puissances » lui disait que le grand intérêt du repos général n'ayant pas permis de réunir tous les Polonais sous le même sceptre, il s'était efforcé du moins d'adoucir autant que possible les rigueurs de leur séparation et de leur obtenir partout la jouissance paisible de leur nationalité. Avant la fin de l'année, le duché de Varsovie, érigé en royaume de Pologne avec une administration et une armée séparées, reçut de l'Empereur une Constitution assez libérale, fondée sur les principes du système iieprésentatif, mais qui ne fut mise en vigueur que plusieurs années après.

C'est principalement sur le règlement de l'organisation intérieure de l'Allemagne que la catastrophe du 30 mars exerça une influence décisive. Il fallait, à tout prix, se ménager de nouveau contre Napoléon le concours national qui avait produit deux ans auparavant de si merveilleux effets, mais qui pouvait paraître moins assuré après les malentendus qui avaient éclaté au sein

du Congrès et les germes de mécontentement qu'ils avaient jetés dans les esprits. Les principaux souverains renonçant à leurs prétentions dictatoriales, prodigue^ rent aux petits princes que naguère ils voulaient réduire, ou peu s'en faut, à l'état de sujets, les avances, les

promesses, les protestations de respect pour leur indépendance et leurs droits légitimes, et les uns comme les autres comprirent qu'il ne fallait plus marchander aux peuples les espérances de concessions libérales. Une commission composée, cette fois, non plus des ministres des cinq cours les plus puissantes, mais des représentants de tous les États Germaniques, fut chargée de rédiger le pacte fédéral. Forcée de hâter son travail, de laisser dans une vague obscurité certaines questions sur lesquelles il ne fut pas possible de se mettre d'accord, elle rédigea, en onze séances, l'acte fédéral qui, un moment renversé en 1848, mais rétabli en 1850, est encore aujourd'hui la base du droit politique de l'Allemagne. Ce pacte établit entre tous les États allemands une confédération perpétuelle pour le maintien de la sûreté intérieure et extérieure du pays, de l'indépendance et de l'inviolabilité des États fédérés. Ils furent tous déclarés égaux en droits. La conduite des affaires de la Confédération fut remise à une Diète où les dix plus considérables durent avoir chacun un représentant et les vingt-huit autres sept voix collectives. Pour le cas où l'on aurait, soit à porter, soit à modifier des lois fondamentales, on fixa un mode de votation qui permît aux plus petits et aux plus

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