‹ Histoire de la restauration (volume 5)Chapitre 20 sur 23 · III · texte numérisé non relu

III

licenciées en vertu des ordres généraux donnés après le retour du Roi, il n'avait plus sous ses ordres que cent canonniers, trente soldats d'infanterie et cinq gendarmes. Néanmoins, les Suisses ayant pénétré en France et commis des désordres dans quelques villages, il fit tirer sur Bâle. Les Suisses appelèrent les Autrichiens à leur secours. Une armée de vingt-cinq mille hommes, commandée par l'archiduc Jean; arriva bientôt. Elle investit la forteresse et, le 4 4 août, la tranchée fut ouverte. Le bombardement de cent trente pièces de canon, disposées en vingt-huit batteries, ne tarda pas à faire d'Huningue un amas de décombres. Une caserne blindée où étaient déposés les vieillards, les femmes et les enfants, recevait aussi les blessés. Les habitants valides travaillaient à étouiï'er les incendies allumés par le bombardement, à réparer autant que possible les fortifications endommagées; la garnison était nuit et jour sous les armes. Le 22, un dépôt de munitions ayant fait explosion dans une redoute, les trois canonniers qui la gardaient avec deux canons durent se replier sur le corps de la place. Un détachement autrichien essaja de s'y établir, mais il en fut expulsé. Le 23, le bombardement continua et une sommation de Tarchiduc fut repoussée. Le feu dura encore les deux jours suivants. Le 26, cependant, un armistice fut conclu. Barbanègre, qui avait perdu les deux tiers de ses compagnons d'armes tués ou blessés, consentit enfin à capituler. Il obtint les honneurs de la guerre et la permission d'aller rejoindre l'armée de la Loire. Le lendemain, l'armée autrichienne

et une immense multitude de Bâlois et de paysans des villages voisins étaient réunis sur les glacis pour assister au défilé des Français. On vit sortir d'Huningue deux tambours suivis d'un peloton d'infanterie; le général parut ensuite avec quelques officiers d'état-major ; puis venaient deux pelotons de canonniers et les cinq gendarmes; en tout^ une cinquantaine d'hommes. Les spectateurs crurent d'abord que te n'était qu'une avant-garde.-- Lorsqu'ils surent que c'était tout ce qui restait de la garnison et qu'une poignée de soldats avait, pendant quinze jours, tenu tête à toute une armée, des acclamations éclatèrent et l'archiduc, s'approchant de Barbanègre, l'embrassa en lui témoignant son estime. Quelque abattu, quelque comprimé que fût alors l'esprit public, la plupart des journaux, en rendant compte de cet héroïque fait d*armes, ne dissimulèrent pas l'admiration qu'il leur inspirait. Si jamais, en effet, le courage militaire a droit à la sympathie et aux hommages publics, c'est lorsque ses efforts, n'étant plus stimulés par la perspective des récompenses qui en sont le prix ordinaire, n'ont évidemment pour mobiles que le sentiment de l'honneur et celui du patriotisme. On ne pouvait, dans les circonstances où la France était alors, en supposer d'autres à ceux qui, sans être avoués par leur gouvernement, à peine assurés de ne pas lui déplaire et au risque de voir leur conduite mal interprétée par l'esprit de parti, persistaient à défendre contre l'étranger vainqueur quelques parcelles du territoire français.

Les déparlements du Midi échappaient encore à Tinvasion et à ses désastres, grâce à leur position topographique et aussi au zèle royaliste dont ils étaient animés et qui semblait rendre inutile l'intervention des étrangers pour y rétablir l'autorité des Bourbons, mais l'exagération même de ce zèle devait avoir pour effet de leur infliger des calamités plus cruelles encore que celles qui accablaient les départements du Nord.

J'ai dit comment, à la nouvelle de la bataille de Waterloo, Marseille s'était levé pour secouer le joug du gouvernement impérial et par quels sanglants excès cette ville avait signalé son affranchissement. J'ai montré ce mouvement s'étendant avec rapidité dans la Provence et le Languedoc sous la direction de commissaires royaux envoyés d'Espagne par le duc d'Angoulôme. Ceux-ci, appelant aux armes les volontaires qui, trois mois auparavant, avaient combattu sous les ordres du prince, avaient pu réunir promptement des forces assez considérables. Le duc d'Angoulôme lui-même arriva bientôt de Madrid où il s'était retiré pendant les Cent Jours et organisa à Toulouse un gouvernement central des cinq divisions militaires du Midi dans lequel un royaliste exalté, le marquis de Villeneuve, revêtu du titre d'administrateur général, occupait la première place. Malheureusement, de grands désordres, des crimes odieux avaient déjà souillé le triomphe de la cause royale avant que le Prince n'eût eu le temps de passer les Pyrénées, et malgré ses sentiments généreux, mal secondés par les passions de son

entourage, sa présence ne suffit pas pour arrêter immédiatement le mal.

Môme dans ces contrées, la restauration du pouvoir royal ne s'opéra pas sans lutte et sans obstacle. Sur plusieurs points, les troupes et les fédérés tentèrent de s'y opposer et le sang coula. C'était plus qu'il n'en fallait pour pousser aux dernières violences des populations ardentes, fanatiques, et qui avaient à venger bien des injures anciennes ou récentes.

Partout où l'autorité royale était proclamée, les fédérés, les bonapartistes se voyaient livrés à une véritable proscription. Ceux qui ne se dérobaient pas par la fuite à la vengeance de leurs ennemis étaient emprisonnés par centaines, non pas en vertu de mandats judiciaires, mais par l'action populaire. Les violences ne s'arrêtaient pas là. L'assassinat, l'incendie se répandaient dans les campagnes.

Avignon et Carpentras avaient donné, après Marseille, le premier exemple de ces fureurs. Nîmes les suivit bientôt dans de plus grandes proportions. J'ai parlé des forces qu'y avait réunies le général Gilly, celui-là même qui, après le 20 mars, trahissant la cause royale, avait soulevé en faveur de Napoléon la garnison de cette ville. J'ai dit que M. de Bernis, commissaire du Roi, avait réuni à quatre lieues de là, à Beaucaire, une petite armée royale. Des négociations s'étaient engagées entre les deux partis dans les premiers jours de juillet et un armistice avait été conclu dès le 6, mais on n'avait pu s'entendre et les royalistes

n'avaicDl pas fiardé à dénoncer la reprise des hostilités. La nouvelle de rentrée du Roi à Paris étant arri\ée sur ces entrefaites, dans la nuit du U au 45, le général Gilly quitta Nîmes, après avoir ordonné aux Iroupes de prendre la cocarde blanche. Le préfet ayant tardé de quelques heures à faire arborer le drapeau royal sur Thôtel de la préfecture, cette hésitation donna lieu à des désordres:; deux ou trois hommes furent tués ou blessés de part et d*autre. Le 46, cependant, à la pointe du jour, le drapeau royal flottait sur tous les lieux publics et les autorités en cortège proclainaient solennellement Louis XYIIL Le soir il y eut une brillante illumination.

Dos le lendemain Ntmes fut inondé de bandes de volontaires royaux qui, s'unissant au bas peuple de la ville, demandaient le désarmement de la garde nationale accusée de bonapartisme, et qui y procédèrent eux-mêmes en pénétrant dans les maisons pour y enlever les armes et les uniformes, non sans maltraiter ceux qui ne. mettaient pas assez d'empressement à s'en^ dessaisir. S'enhardissant à mesure que leur nombre grossissait, ils exigèrent bientôt que la garnison, réduite en ce moment à deux cents hommes d'infanterie, leur remît Tartillerie qu'elle avait sous sa garde. L'officier général à qui le général Gilly avait laissé le commandement de cette petite troupe offrit vainement de remettre ses canons à des commissaires de la mairie. Investi dans la caserne où il s'était enfermé par plusieurs milliers de furieux, il tenta une faible résistance, mais au bruit du tocsin qui sonna pendant

toute la nuit, de nouvelles bandes de paysans accoururent de tous côtés. Il fallut céder. Aux termes d'une capitulation conclue avec un délégué des autorités de Beaucaire qu'on s'était empressé d'appeler, il fut convenu que la garnison mettrait bas les armes et se retirerait sur Uzès Les armes furent en effet déposées, mais les volontaires^ formés en haie sur le passage des soldats comme pour les voir défiler, firent îeu sur eux, se mirent à leur poursuite et les poussèrent sur la route dTzès où d'autres bandes les fusillèrent à bout portant. Un grand nombre de ces malheureux furent tués ou grièvement blessés. L'escorte de gendarmes qu'on leur avait donnée pour les protéger, et qui se trouva impuissante, fut elle-même maltraitée. La caserne de la gendarmerie fut livrée au pillage.

Nîmes était dans la terreur. Pendant trois jours des troupes d'assassins parcoururent les rues, pénétrant dans les maisons des bonapartistes ou de ceux qu'on leur signalait comme tels et s'y livrant à des actes de meurtre et de pillage. Le& haines politiques avaient, dans cette malheureuse cité, un caractère plus violent, plus intense encore que dans le reste du Midi, parce qu'elles s'y compliquaient de dissidences religieuses, parce que, depuis 4789, les protestants, qui y formaient plus du tiers et la portion la plus riche de la population, s'y étaient montrés habituellement favorables aux gouvernements sortis de la Révolution, tandis que la population catholique, composée en majeure partie de prolétaires ^et s'appuyant sur l'aristocratie nobiliaire de la province, avait

fait preuve â*un ardent royalisme. Les communes rurales, les habitations isolées des environs partagèrent les malheurs de la ville : des villages furent pillés ou rançonnés, des maisons de campagne brûlées, les oliviers et les vignes coupés par le pied. Les proscrits étaient pourchassés comme des bétes fauves ; parfois, dit-on, ils par-^ venaient à sauver leur vie en gagnant à prix d'argent la protection des chefs des bandits, dont quelques-uns eurent bientôt acquis une affreuse célébrité. Le plus fameux, celui dont le nom eut dans la suite le plus de retentissement, élait un cultivateur appelé Jacques Dupont et vulgairement désigné par le sobriquet de Jre^^aiZ/on^.Servan et le boucher Truphémy se montraient ses dignes émules. Une autre ville du département du Gard, Uzès, devint bientôt le théâtre d'attentats non moins horribles. En apprenant les assassinats de Nîmes, un nommé Graffan, à la tête d'une bande, alla piller les maisons des protestants les plus riches et massacra même quelques-uns d'entre eux. Il se rendit ensuite à la prison, força le geôlier à lui remettre six autres individus, la plupart protestants, arrêtés comme bonapartistes, et les fit fusiller sous les fenêtres du sous-préfet ; un de ces malheureux était maire d'une commune rurale; un autre, reconnu complètement innocent, n'était plus détenu que dans l'intérêt de sa sûreté. En apprenant ces égorgements et ces dévastations, le village voisin de Saint-Maurice s'était armé pour se mettre à l'abri des agressions des malfaiteurs. Bien qu'il eût arboré le drapeau blanc, Graffan s'y

porta avec une trentaine des siens, comme s'il eût été question de réprimer une révolte, surprit ce village pendant la nuit et en ramena six prisonniers qui furent encore fusillés à Uzès. 11 paraît que le sous-préfet, qui pourtant s'était rallié à TËmpire pendant les Cent Jours, et aussi le commandant militaire, paralysés sans doute par la peur, autorisaient les forfaits de ce scélérat, à qui on donna le surnom de Quatretaillons.

Les autorités royalistes du département, M. de Bernis, commissaire du Roi, le préfet provisoire, M. de Calviéres, voyaient certainement avec douleur d'aussi affreux excès , mais hors d'état de dominer le mouvement qu'ils avaient déchaîné et cédant à cet entraînement qui pousse les hommes de parti à chercher des excuses ou des atténuations pour les forfaits les plus exécrables lorsqu'ils ont été commis par leurs adhérents, ils ne prenaient pour les arrêter que des mesures impuissantes ; ils s'efforçaient dans leurs proclamations, dans leurs rapports au gouvernement, de présenter les assassinats qui se commettaient journellement comme des malheurs accidentels provoqués par les fautes ou les imprudences des victimes, de transformer des meurtres accomplis de sang-froid sur des malheureux sans défense en rixes, en combats dont les royalistes et les catholiques, provoqués par les bonapartistes et les protestants, seraient sortis vainqueurs.

Ainsi commençait ce qu'on a appelé la terreur blanche du Midi, dont les accès, parfois interrompus, devaient se prolonger durant plusieurs mois.

Dans les départements de l'Ouest, tbéâtre naguère de rinsurrection royaliste, le sang ne coula pas, mais, pendant un mois entier, des bandes d'hommes armés parcoururent le pays, opérant des arrestations arbitraires, percevant des contributions, vidant les caisses publiques, rançonnant les acquéreurs de biens nationaux, désarmant et maltraitant les douaniers et ne leur permettant pas, non plus qu*aux gendarmes et aux agents forestiers, de faire leur service.

Dans le nord, dans l'est de la France, la présence des armées étrangères eût mis un obstacle absolu à de telles violences, alors même que le caractère et les sentiments des populations ne les auraient pas rendues impossibles. Nous avons vu qu'à Paris il n'avait pas fallu beaucoup de temps pour réprimer des désordres comparativement bien légers et qui n'avaient guère pour auteurs que de jeunes officiers de la maison du Roi. Les classes populaires n'y étaient pas seulement restées étrangères, elles s'en étaient montrées fort irritées. C'était dans les salons de Taristocratie que la réaction se manifestait avec violence. Elle réclamait des destitutions, des châtiments, et une partie de la bourgeoisie s'associa, dans le premier moment, à ces exigences. Dans le sein même de la garde nationale, cette l'éaction tendait à introduire des habitudes d'insubordination et d'indiscipline qui en eussent fait un instrument dangereux si le général Dessoles ne se fût hâté d'y mettre ordre : on vit des détachements de cette milice, de service aux Tuileries, présenter à Monsieur et au Roi lui-même

des adresses par lesquelles ils dénonçaient quelques-uns de leurs chefs comme ennemis de la royauté et provoquaient leur remplacement; les auteurs de ces adresses furent traduits au conseil de discipline comme prévenus d'avoir violé la loi qui interdit toute délibération aux corps armés.

Cet esprit de délation infestait aussi les provinces : en Alsace, il fut poussé si loin, que le préfet de Strasbourg, M. Bouthillier, royaliste non équivoque et môme assez ardent, crut devoir le flétrir publiquement par une circulaire comme un legs funeste de la Révolution.

Peut-être le gouvernement aurait^il pu triompher des excitations dangei*euses qui le poussaient ainsi dans les voies de la rigueur si les puissances alliées eussent encouragé et soutenu sa résistance ; mais il se produisit alors un phénomène dont Thistoire n'offre peut-être pas un autre exemple. D'ordinaire, lorsqu'un gouvernement reo^^ versé par une révolution est rétabli par des auxiliaires étrangers, on le voit ardent à se venger et à punir ses ennemis, tandis que ses alliés, moins passionnés, appréciant avec plus de sang-froid les convenances, les nécessités de la situation et ne voulant pas d'ailleurs assun^er la responsabilité morale des actes de sévérité qui s'aceompUraienl à l'ombre de leur drapeau, l'invitent ekquelquefois le contraignent à la modération, à la clémence. Il en fut cette fois tout autrement. Louis XVIIi et ses ministres voulaient être indulgents ; ce furent les étrangers qui 1^ iavitèrent à mettre des bornes à leur indulgence. 11 y

avait, dans les conseils qu'ils donnaient à la Restauration, un mélange singulier d'erreurs et de vérités qu'il est nécessaire d'indiquer pour expliquer la politique de cette époque. Ils pensaient avec toute raison qu'on avait préparé la catastrophe du 20 mars en ne ménageant pas assez les intérêts moraux et matériels sortis de la Révolution et en ne restant pas suffisamment fidèle à l'esprit de la Charte, ils insistaient donc fortement pour qu'à l'avenir elle fût religieusement observée et le pouvoir confié à des hommes bien décidés à marcher dans les voies constitutionnelles ; mais ils croyaient aussi que la révolution du 20 mars, facilitée par les fautes du gouvernement, était le résultat immédiat d'un vaste complot formé de longue main par la faction révolutionnaire et la faction militaire. Cette opinion était erronée. Napoléon n'avait eu pour ainsi dire d'autres complices que le prestige de son nom aidé par le mécontentement de l'armée et d'une partie du peuple. L'erreur des cabinets étrangers était d'ailleurs d'autant plus excusable que presque tout le monde alors la partageait, et l'on comprend qu'admettant en fait l'existence de cette redoutable conspiration, craignant pour TEurope de nouveaux déchirements et pour les trônes la contagion de la révolte militaire, ils aient cru devoir, pour détourner ces périls, demander le châtiment exemplaire des coupables. Ils ne comprirent pas, malheureusement, que pousser la royauté sur cette pente, c'était la livrer au parti de l'ancien régime dont on favorisait ainsi les passions vindicatives et auquel on semblait donner raison ;

c'était, par conséqjient, mettre en danger ces institutions constitutionnelles que l*on considérait à juste titre comme la condition nécessaire de raffermissement du trône, et préparer pour la monarchie de nouvelles causes d'impopularité.

Il y avait à cet égard unanimité parmi les étrangers. Alexandre lui-même, malgré sa générosité naturelle, se prononçait contre Tindulgence : chef d'une nation essentiellement militaire, il devait voir avec une indignation mêlée d'effroi l'exemple d'une armée renversant son gouvernement. L'Angleterre, qui n'avait pas les mêmes motifs d'inquiétude, se montrait pourtant plus impitoyable encore. Les ministres anglais, à la nouvelle de la capitulation de Paris, avaient craint que la clause qui mettait les

habitants et tous ceux qui se trouvaient alors dans cette ville à l'abri de toute recherche pour leur conduite et leurs opinions politiques ne pût être entendue comme lesprotégéant contre l'action de la justice française. Le duc de JVellington s'était empressé de les rassurer en leur expliquant que la convention engageait seulement les pouvoirs qui y étaient intervenus, c'est-à-dire l'armée française d'une part, et, de l'autre, les généraux alliés. Quelques jours après, lord Liverpool écrivait à lord Castlereagh que c'était seulement en faisant une sévère justice des complices de Napoléon qu'on pouvait donner à la royauté quelques chances de durée. Dans une autre lettre un peu postérieure, il lui parlait dli mécontentement qu'excitait à Londres l'impunité dont jouissaient encore les hommes

qui RTRient déserté le drmpean do roi de France pour se rallier à rusorpatenr; il disait que si, dans les premiers jours qui afaiail saîTi le retour de Louis XVIII, ud conseil de guerre eût frappé six ou sept des principaux coupables, l'opinion, très-hoslile en Angleterre à la cause de la France, trës*portée à exiger qu'on lui fit de dures conditions, lui serait doTenue moins défaTorable.

Les principaux journaux anglais, le Times^ le Morning^Posit le Courrier qui était alors Torgane du ministère, demandaient en efiTet des condamnations, des supplices; le Tïmes désignait même ceux qu'il fallait, selon lui, pendre en place de Grève et parmi lesquels il nommait Benjamin Constant. Il n'y avait guère que le Moming-Chromele^ interprète de l'opposition des whigs, qui osât réclamer contre ces provocations sanguinaires auxquelles s'associaient la presse allemande et la presse belge.

Il devenait d'autant plus difficile de résister à ces excitations que les imprudences du parti vaincu fournissaient des prétextes aux partisans de la rigueur. Les rues et les places reten lissaient de cris séditieux. Certaines feuilles abusaient de la liberté qu'on leur laissait encore pour se livrer à de téméraires divagations, à des agressions fort peu déguisées contre le principe même de la royauté légitime Le Nain jaune, non content d'attaquer le nouveau système électoral qui, à son gré, ne faisait pas découler assez directement les élections du peuple, déclara audacieusement qu'au peuple seul appartenait le droit de se don-

ner une constitution, qu'une Charte octroyée était insuf-* fisante, qu*un contrat était nécessaire entre la nation et le monarque et qu'il y aurait danger pour le trône à méconnaître plus longtemps cette vérité. Il fallut supprimer cette feuille qui, après avoir jadis affecté pour la Charte une adoration hypocrite, en proclamait maintenant la nullité. Elle tenta d'éluder cette suppression en se déguisant sous le nom de Journal des Arts : cette transformation, qui ne changeait rien à son esprit, ne la mit pas à Tabri d'une suppression nouvelle. Le Censeur^ qui prenait ouvertement la défense de la Chambre des représentants, fut saisi et cessa aussi de paraître.

La presse royaliste, dans d'innombrables brochures, réclamait chaque jour, non-seulement le châtiment des coupables du 20 mars, mais la confiscation de leurs biens à titre d'indemnité pour l'État et la restitution des biens des émigrés ; elle demandait qu'en dépit des absurdes promesses de la Charte et de la proclamation de Cambrai, la Révolution fût écrasée. Telle était la véhémence de la polémique du temps que, dans une de ces brochures, qui fut saisie, mais contre laquelle il n'intervint aucune condamnation, Louis XVIfl était accusé d'avoir fait preuve d'un grand mépris pour son peuple en appelant

dans «on conseil Fouché^ ce monstre souillé de tou^ Us crimes f et M. de Talleyrand^ cet apostat étranger à toute religion^ à toute morale, à toute pudeur.

Les journaux ne pouvaient avoir une allure aussi hardie. Cependant la Quotidiewne^ le Journal général.

la Gazette de France appuyaient vivement Tidée de s*emparer des biens des bonapartistes pour indemniser le pays des maux qu*ils lai avaient causés, pour couvrir les frais de la guerre; la Gazette de France voulait même étendre cette mesure à tous ceux qui avaient signé l'acte additionnel, c'est-à-dire à plus d*un million de personnes. Il eût fallu une bien grande énergie an gouvernement du Roi pour ne pas se laisser entraîner jusqu'à un certain point à une impulsion qui venait de tant de côtés à la fois. Il résistait pourtant, mais peu à peu sa résistance faiblissait. Une ordonnance du 24 juillet inaugura en quelque sorte le système de rigueur dans lequel on allait entrer. Elle fut la conséquence de la conduite tenue dans les départements du Midi par quelques généraux, qui avaient tenté, à Taide des forces dont ils avaient le commandement, de retarder le rétablissement de Tautorité royale après la rentrée du Roi à Paris. Comme on ne savait pas encore qu'ils avaient fait leur soumission dès qu'ils avaient connu celle de l'armée de la Loire et que partout le drapeau blanc était déjà arboré, on donna Tordre d'arrêter et de traduire devant les conseils de guerre les officiers généraux et autres commandants militaires des départements et villes du royaume qui avaient comprimé ou qui comprimeraient par la violence et la force des armes l'élan et l'expression de la fidélité des sujets du Roi. Dans la pensée des auteurs de cette ordonnance, elle était sans doute comminatoire et s'appliquait surtout à l'avenir ; malheureusement, les expressions en

étaient telles que leur sens naturel comprenait tous les actes de guerre civile commis pendant les Cent Jours.

Elle devait fournir bientôt de redoutables armes aux passions déchatnées.

Une impunité absolue étant reconnue impossible, le ministère, qui avait eu d'abord Tintention d'attendre la réunion des Chambres pour leur laisser le soin de désigner, conformément à la proclamation de Cambrai, les individus à exclure de Famnistie, crut qu'il fallait se hâter de faire la part de la sévérité et qu'en tardant davantage on risquerait d'être entraîné bien loin. Le ministre de la police fut donc chargé par le conseil de présenter la liste de ceux qu'il convenait de livrer à la vindicte publique.

Fouché avait jusqu'alors été très-contraire à toute proscription. Il eût voulu qu'on se bornât à .éloigner quelques hommes dont la présence irritait les esprits: il avait fait remettre des passe-ports à plusieurs [d'entre eux en fournissant même à ceux qui étaient.sans fortune des moyens d'existence provisoires ; mais ces mesures ayant été jugées insuffisantes, soit que sa nature révolutionnaire se fût réveillée, soit qu'en outrant la rigueur il espérât la rendre illusoire, soit enfin par l'effet de sa légèreté, de son indifférence au bien et au mal, il entra avec exagération dans la voie nouvelle qu'on lui ouvrait. La liste qu*ii présenta à l'approbation diu conseil comprenait plus de cent personnes, destinées soit à être livrées aux tribunaux, soit à être exilées arbitrairement. On y trouvait,

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