‹ Histoire de la restauration (volume 5)Chapitre 5 sur 23 · CHAPITRE XY · texte numérisé non relu

CHAPITRE XY

Campagne de 1815. — Victoire de Ligny. — Désastre de Waterloo. — — Retour de Napoléon à l'aris, où la Chambre des représentants le forée à abdiquer. — Création d'une Commission executive. — Paciflcation de la Vendée.

Nrpoléon qui, comme je l'ai dit, avait quitté Paris le 19 juin, entre trois et quatre heures du matin, visita dans la journée les fortifications de Soissons et de Laon, et coucha dans cette dernière ville. Le 13, H arriva h Avesnes. Les troupes se concentraient en avant, entre Maubeuge et Philippeville. Dans la soirée, la garde et les autres corps achevèrent de prendre position le long de la frontière. Ces mouvements, masqués avec beaucoup d'art par la marche de divers détachements et de bataillons d'élite de la garde nationale qui allaient renforcer les garnisons, purent être dérobés aux alliés. Le 1 4 au matin la concentration était terminée, Vannée se trouvait établie dans les trois directions de PbilippeviUe, de Beaumont et de Maubeuge, à une demilieue de la firontière, dans des camps couverts par le bourg

de Monlreuil et par des bois qui les cachaient à rennemi. Le quartier général était au centre, à Beaumont.

Ce jour-là même, une proclamation de rEmpereur, mise à Tordre du jour, annonça Fouverture de la campagne. « Soldats, disait-«lle, c'est aujourd'hui ranniver- » saire de Marengo et de Friedland, de ce jour qui décida » deux fois des destinées de TEurope. Alors, comme après » Austerlitz, comme après Wagram, nous fûmes trop gé- » néreux l Nous crûmes aux protestations et aux serments » des princes que nous laissâmes sur le trône! Aujoar- » d'hui, cependant, coalisés entre eux, ils en veulent à » rindépendance et aux droits les plus sacrés de la France. y> Ils ont commencé la plus injuste des agressions. Mar- » chons donc à leur rencontre! Eux et nous, ne sommes- » nous pas les mêmes hommes ? Soldats, à léna, contre ces » mêmes Prussiens aujourd'hui si arrogants, vous étiez » un contre trois, à Montmirail un contre six. Que ceux » d'entre vous qui ont été prisonniers en Angleterre vous » fassent le récit de leurs pontons et des maux afEreux » qu'ils ont soufferts. Les Saxons, les Belges, les Hano- » vriens, les soldats de la Confédération du Rhin gé- » missent d'être obligés de prêter leurs bras à la cause des » princes ennemis des droits de tous les peuples ; ils sa- » vent que cette coalition est insatiable 1 Après avoir dé- » voré douze millions de Polonais, douze millions d'Ita- » liens, un million de Saxons, six millions de Belges, elle » devra dévorer les États de second ordre de l'Allemagne. » Les insensés! un moment de prospérité les aveugle.

» L^oppression et rhumiliation du peuple français sont » hors de leur pouvoir. SMls entrent en France, ils y trouve- » ront leur tombeau. Soldats, nous avons des marches » forcées à faire, des batailles à livrer, des périls à courir ; » mais avec de la constance,' la victoire sera à nous ; les » droits, Tbonneur et le bonheur de la patrie seront re- » conquis. Pour tout Français qui a du cœur, le moment » est arrivé de vaincre ou de périr. »

J'ai dit que Tarmée dont Napoléon s'efforçait ainsi d*exalter Fenthousiasme était forte d'environ cent vingtcinq mille hommes. J*ai nommé ses chefs. Nous avons vu que le maréchal Soulten était le major général, que le maréchal de Grouchy commandait la réserve de cavalerie, et que le maréchal Mortier était désigné pour commander la garde. Ce dernier, retenu à Lille par une violente sciatique, ne put rejoindre Tarmée, et son absence produisit un très-mauvais effet, parce qu'on se demandait, bien à tort, si elle n'était pas volontaire. L'Empereur, au moment de quitter Paris, s'était enftn décidé à faire appeler aussi un homme qu'on s'étonnait de voir laisser à l'écart dans un pareil moment : le maréchal Ney avait été invité à se rendre au quartier général. Il n'y était pas encore arrivé' au moment où parut la proclamation que je viens de rapporter, bien que, dans son empressement, il fût parti à l'instant même, sans aides de camp et sansavoûr pris le temps de se procurer des chevaux.

Napoléon, dans la position qu'il occupait, avait devant lai, à sa gauche l'armée anglaise, à sa droite l'armée

prassieQQe, chacune presque aussi forte que la sienne , obligées par leur nombre même d'occuper une ligne assez étendue, mais se tenant autant que possible en mesure de se secourir Tune Vautre, et ayant leur point de jonction k Charleroi qu'occupait un détachement prussien. Le projet auquel s'arrêta l'empereur des Français, ce fut d'emporter Charleroi, de séparer ainsi les deux armées ennemies, de surprendre et de détruire en détail celle de Blûcher, ayant que le duc de Wellington n'eût eu le temps d'accourir.

Tout était prêt pour que ce mouvement, auquel les Prussiens, immobiles dans leurs cantonnements, ne paraissaient nullement s'attendre, s'exécut&t le 15, à la pointe du jour. C'était le corps du général Gérard qui devait le commencer. M. de Bourmont commandait la division qui devait marcher la première, et qui se trouvait en ce moment à Florennes, à deux lieues de Philippeville. Ancien chef de chouans, puis officier au service du Por* tugal, M. de Bourmont, après une suite d'aventures singulières, s'était rallié au premier Empire dans le temps de ses plus grandes prospérités, et il était rapidement parvenu au grade d'oificier général. Distingué par une brillante bravoure et par une grande intelligence des choses militaires, il ne possédait malheureusement ni cette fermeté de caractère, ni cette droiture de principes, ni cette justesse de vues sans lesquelles un homme ambitieux échappe difficilement aux tentations dangereuses des crises révolutionnaires. Au mois de mars précédent,

lois du retour de Napoléon de Ftle d*Ëlbe, il était employé sons les ordres du maréchal Ney; il n'avait rien fait pour empêcher sa dëfeclion, mais il Tavait ensuite quitté pour aller à Paris offrir ses services à la royauté chancelante. Néanmoins, après le 20 mars, il avait demandé à rentrer dans Tarmée impériale. Malgré la répugnance de TEmpereur et du ministre de la guerre, à qui il inspirait peu de confiance, les pressante^ instances du général Gérard, son ancien chef, appuyées par MM. de Flahault, de Labédoyère et même, dit-on, par le maréchal Ney, avaient triomphé de cet obstacle et, comme je le disais tout à l'heure, au moment de l'ouverture de la campagne il commandait la division qui se trouvait, en quelque sorte, former l'avant-garde. Dans la soirée du 4 4, après avoir pris connaissance de l'ordre de mouvement, il avait reconnu le terrain, et tout disposé en apparence pour la marche. Mais déjà, depuis plusieurs jours, son esprit mobile projetait une autre défection. Le moment était décisif. Il fallait prendre un parti sur-le-champ. Le 45 au matin, à l'heure indiquée, les troupes prirent les armes. A cinq heures et demie, M. de Bourmont monta à cheval et, comme pour procéder à une dernière recon- Daissance, se poita en avant, accompagné de son chef d'état-msjor le colonel Clouet, de quatre autres officiers qu*il aVait décidés à le suivre, et de quaU*e cavaliers d'escorte. A une demi-lieue de là, il envoya deux d'entre eux porter un ordre à un de ses généraux de brigade, après quoi il enjoignit aux deux autres de retourner sur

leurs pas, leur remettant une lettre par laquelle il informait le général Gérard de la résolution qu*il venait de prendre, et, avec ses cinq complices, il alla, au galop, se rendre à Tennemi. On le conduisit au quartier général du maréchal Blûcher qui se trouvait à Namur, à quelques lieues en arrière. M. de Bourmont a été accusé d'avoir livré au général prussien le plan d'attaque de Napoléon . Ses apologistes le nient, et d'ailleurs, dans sa position subordonnée, il ne pouvait connaître ce plan que d'une manière très-incomplète, mais sa seule présence suffisait pour annoncer le mouvement qui s'opérait et, en éveillant l'attention des Prussiens, elle devait les prémunir contre la surprise dont ils étaient menacés.^

Du côté des Français, l'étonnement, l'incertitude que jeta dans les esprits un incident aussi imprévu, la crainte qu'il ne se rattachât à quelque grand complot, eurent naturellement pour effet de suspendre le monument commencé. L'Empereur crut devoir, pour plus de sûreté, apporter quelques changements aux dispositions précédemment arrêtées. Bientôt, pourtant, les troupes françaises s'élancèrent vers la Sambre que couvrait le front des Prussiens. Les ponts de Marchiennes, de Gharleroi et du Châtelet étaient gardés par le cx)rps du général Ziethen; ils furent emportés par une attaque impétueuse. Les Prussiens, à qui il arrivait à chaque instant des renforts, essayèrent vainement, à plusieurs reprises, de se rallier. Déjà, toute l'armée française avait passé la rivière et s'était mise à leur poursuite. À Gilly, où Ziethen avait réuni

dix mille hommes, il put arrêter un moment cette poursuite, et le général Letort, aide de camp de TEmpereur, ftit mortellement blessé en s*efforçant de rompre les carrés prussiens , mais bientôt ces carrés , brisés par une charge vigoureuse du général Excelmans, durent se retirer en désordre sur Fleurus. Cette première affaire avait coûté aux Prussiens deux mille hommes tués ou pris et quinze canons; sans la mort de Letort, la perte des Français aurait été insignifiante.

Le maréchal Ney avait enfin rejoint dans la matinée le quartier général. Napoléon, plaçant sous ses ordres les corps des généraux Reille et d'Ërion, avec la cavalerie des généraux Lefèvre-Desnouettes et Kellermann, ce qui formait, au nombre de plus de quarante mille hommes, l'aile gauche de Tarmée, le chargea de prendre position pour empêcher les Anglais de venir en aide aux Prussiens que TEmperenr se proposait de combattre lui-même avec l'aile droite et le centre forts de plus de soixante-dix mille hommes.

De grandes fautes avaient été commises de part et d'autre dans cette première journée. Les alliés, qui devaient s'attendre à une prochaine agression, s'étaient laissé surprendre. Les Français ne surent pas profiter de l'avantage qu'ils venaient de remporter. Napoléon, dont la santé était loin d'être bonne et qui souffrait beaucoup de la poitrine, avait évidemment perdu quelque chose de cette activité qui, dans d'autres temps, lui avait permis de tout voir, de tout diriger par lui-même, de veiller personnellement à

lit HI8TOIBB DB LA BBSTAOBAtlOll.

rexéeotiOB de ses ordres, de presser sans relftche Uti en* Demi vainca on tiMranlé» de iK)arToir» sans p^re nn moment, aux délerminâlions nouTelles qne pouvaient exiger des accidents imprévus. Le maréchal Soult, si supérieur à d'autres égards à Berthî^, ne portait pas, dans la transmission des ordres donnés par Ffimpereur, cette exactitude, cette précision, cette parfaite entente des détails qui faisaient du prince de Neuchâtel un chef d*état-major incomparable. La plupart des généraux n'avaient plus au même degré qu'autrefois Tardeur confiante que leur inspiraient la jeunesse et l'habitude de succès non interrompus ; le souvenir des résultats malheureux des dernières campagnes et le sentiment tou-* jours présent de la situatfon pénible, dangereuse peutêtre, où un nouveau revers placerait ceux qui s'étaient ralliés à Napoléon, jetaient en eux une secrète inquiétude, de sombres préoccupations. Les officiers inférieurs, par cela même qu'ils étaient plus jeunes, moins éclairés et aussi moins compromis, ne partageaient pas ces pressen-* timents fâcheux, ils étaient pleins d'élan et d'enthousiasme aussi bien que les soldats , mais la moitié de ces derniers n'avait Jamais vu le feu et ne possédait pas, par conséquent, cette solidité qui tient à l'expérience et dont la plus impétueuse vdeur ne peut complètement tenir lieu. Ils n'avaient pas d'ailleurs une pleine confiance dans leurs chefs; ils, soupçonnaient vaguement les généraux de ne pas être assez complètement dévoués à l'Empereur, et la désertion de M., de Bourmont les portait à voir un

symptôme de trahison dans tout mouvement dont ils ne sûsissaient pas du premier coup la pensée ou le but. Dans une armée ainsi disposée, la discipline esl bien mal assurée, et sans discipline, le courage le plus intrépide» guidé par les plus rares talents, ne garantit pas la Yictoire.

Sous l'influence de ces causes diverses, il y eut, dit-on, de la part des Français, dans les heures qui suivirent le combat de Fleurus, bien du temps perdu, bien des malentendus, bien des mouvements manques ou incomplètement exécutés. Napoléon, au lieu de poursuivre les Prussiens, passa la nuit àChacleroi, sur le théâtre même du combat. Ney, qui venait seulement d'arriver, qui n'avait pu, en quelques heures, ni s'initier suffisamment au plan de l'Empereur, ni étudier le terrain, ni se mettre en rap* port avec les troupes dont on lui confiait le commandement, a*eut pas le temps suivant les uns, suivant les autres ne se pressa pas assez d'aller occuper la position des Quatre-Bras, qui, si elle eût été au pouvoir des troupes françaises, eût intercepté toute communication directe entre les deux armées alliées. Un faible détachement bdge, formant l'avant-garde de l'armée du duc de Wellington, eut ainsi la possibilité de s'en emparer.

Les alliés, cependant, avaient mis à profit, avec une activité merveilleuse, les moments de répit qu'on leur avait laissés. Tandis que Blûcher, averti du danger que courait le corps deZiethen, assailli par toute l'armée française, accourait de Namur avec la totalité de ses forces, à

Texceplion dn corps de Balow dont les cutonnanaits élaûeot trop éloignés, et, marchant tonte la nnit, réunissait avant le jour près de qnatre-Tîngt-dix mille soldats prussiens sur un immense plateau qui s^élère non loin de Fleuras, derrière la petite rivière de Lîgny, le duc de Wellington, recevant à Bruxdles la nouvdle des mouvements de Napoléon, dirigeait en toute hâte des renforts sur les Quatre-Bras qu'il considérait comme la clef de la position, s*y portait lui-même à franc étrier et promettait à Blûcher de venir à son secours pendant la bataille qui se préparaît. On dit, pourtant, que son anxiété était grande : U craignait qu'une vigoureuse attaque ne fît tomber les Qoatre-Bras au pouvoir des Français avant qu'il n'eût eu le temps de les faire occuper par des forces suflBsantes qui ne pouvaient y arriver que dans la matinée du lendemain ; les deux armées alliées se seraient trouvées alors séparées et hors d'état de combiner leurs opérations, à moins de se reporter en arrière.

Le 46 an matin, Napoléon put reconnaître que, malgré son succès de la veille, le plan sur lequel il avait fondé de si grandes espérances avait échoué : à sa droite, l'armée prussienne se trouvant aux trois quarts réunie à Ligny, il ne lui était plus possible d'en battre et d'en détruire séparément les différents corps; sur sa gauche, Ney n'était pas encore maître des Qualre-Bras, les corps anglais et belges qui s'y trouvaient déjà en rendaient l'occupation difficile et elle pouvait devenir impossible lorsque

<3eax qui étaient en marche pour s*y rendre y seraient arrivés.

Surpris et mécontent d*un tel état de choses, Napoléon wno parut pas comprendre que le seul moyen d*y remédier, c'était d*agir avec la rapidité foudroyante à laquelle ml avait dû jadis ses principales victoires. Peut-être les

<Sléaients qu'il avait à sa disposition ne le lui permettaient-ils plus. Les premières heures du jour se passèrent encore en t&tonnements, en irrésolutions. Ce ne fut que vers deux heures que TEmpereur annonça enGn la résolution de livrer bataille aux Prussiens pour essayer de les reyeler sur la di*oite et les empêcher de se joindre aux Anglais. Ne prévoyant pas la force des obstacles contre lesquels le maréchal Ney allait avoir à lutter, il lui envoya Tordre de pousser vivement ce qu'il avait devant lui, et, après s*en être débarrassé, de se rabattre sur la droite des Prussiens pour les envelopper et Taider à achever leur défaite. C'étaient, en réalité, deux batailles qui allaient se livrer à trois lieues de distance.

A trois heures, les Français se mirent en mouvement pour attaquer le plateau qu'occupaient les Prussiens en nombre un peu supérieur. Le combat fut un des plus terribles, des plus acharnés qui aient signalé les guerres du commencement de ce siècle. De part et d'autre on se battit avec fureur, les positions furent plusieurs fois prises et reprises, le feu de l'artillerie française exerça de grands ravages dans les rangs ennemis. Vers sept heures, la garde qui était jusqu'alors restée en réserve, s'ébranla

1S2 HISTOIRE DE LA RESTAURATIOlf.

enfin aux cris de Vive l'Empereur! point de quartier \ et sa présence décida du sort de la journée. Malgré les efforts héroïques du vieux Blûcher qui» renversé, foulé aux pieds des chevaux, fut sur le point d'être fait prisonnier, les Prussiens, à neuf heures, durent se mettre en pleine retraite. Ils avaient eu dix-huit mille hommes tués ou blessés, on leur avait pris trente canons et quelques drapeaux , mais, à l'exception des blessés, ils ne laissèrent pas de prisonniers entre les mains des vainqueurs. La perte des Français s'éleva, dit-on, à onze mille hommes; un général d'une grande distinction, Girard, reçut une blessure mortelle. Les Prussiens, cependant, n'avaient pas été mis en déroute. A la vérité, dix ou douze mille d'entre eux se débandèrent pendant la nuit et s'enfuirent dans la direction de Liège où leur arrivée jeta la consternation et la terreur, mais le gros de l'armée s'arrêta, sans être poursuivi, à une lieue et demie du champ de bataille, couvert par le corps du général Bulow qui n'avait pu prendre part à l'action, mais qui débouchait en ce moment par la route de Liège. Ce n'était donc pas là pour Napoléon une de ces victoires éclatantes, décisives, auxquelles la fortune l'avait jadis habitué, telles qu'il lui en eût fallu en ce moment pour lui donner quelques chances de salut.

Le duc de Wellington, malgré sa promesse, n'avait pu venir au secours des Prussiens. Ce n'était pas sans peine qu'avec les forces qui lui arrivaient successivement, il se soutenait aux Quatre-Bras contre les attaques impétueuses du maréchal Ney. Là, aussi, la lutte fut héroïque,

opini&tre, sanglante. Le duc régnant de Brunswick, comiMiltant dans les rangs de la coalition, y trouva la moi^ <^mme son illustre père 1 ayait trouvée à léna. A la fin de la joumfe, les tentatives multipliées du général fran- ^is pour conti:aindre le duc de Wellington à abandonner «a position avaient complètement échoué. Sur vingt et un mille Français engagés, quatre mille avaient été mis liors de combat! Tarmée anglo-belge, forte de trente-sept mille hommes, en avait perdu près de cinq mille. Une cir« constance singulière explique Tinfériorité numérique des forces françaises et contribua sans doute à leur échec : un des corps placés sous la commandement du maréchal Ney était celui du général Drouet d'Ërlon ; lorsque le marfr^ chai voulut se servir de lui, il se trouva que le comte d'Ërlon, obéissant, suivant les uns, à un ordre de FËmpereur mal compris ou mal donné ou, suivant une autre version, attiré par le bruit du canon qui tonnait à Ligny, s*était porté de ce côté; plus tard, il est vrai, rappelé par une injonction impérative du maréchal, il revint sur ses pas, mais lorsqu*à neuf heures du soir il arriva de sa per-^ sonne devant les Quatre-*Bras , laissant en arrière ses troupes exténuées de fatigue par les marches en sens contraire qu'elles faisaient depuis le matin, le feu avait cessé, le combat était flni. Par un funeste malentendu, vingt mille soldats avaient ainsi perdu en mouvements stériles un temps qu'ils auraient pu employer à décider la victoire ou k la rendre plus complète sur le point oti ils auraient porté leur action. Leurs marches et

leurs contre-marches, auxquelles on ne comprenait rien, avaient même eu pour effet de jeter de l'incertitude dans les opérations des autres corps, de les retarder quelquefois, de fournir un aliment nouveau aux bruits de mauvais vouloir, de trahison, qui se répandaient de plus en plus parmi les troupes. Un incident survenu pendant la bataille était venu renouveler Tirritation et les défiances excitées la veille parla désertion de M. de Bourmont : un colonel Gordon, chef d'état-major d'une division française, avait passé à l'ennemi avec un autre ofiScier supérieur.

La matinée du lendemain, M juin, fut perdue par Napoléon en hésitations et en incertitudes. Il employa plusieurs heures à passer son armée en revue. Informé assez tardivement du peu de succès obtenu aux Quatre- Bras par le maréchal Ney, on prétend qu'il lui en témoigna son mécontentement avec une extrême vivacité. Ce dernier fait, cependant, n'est pas prouvé. L'Empereur, croyant avoir remporté sur les Prussiens, à défaut du triomphe éclatant et complet qu'il s'était promis , un avantage assez considérable pour les mettre, au moins pendant quelques jours, hors de combat, se décida à laisser au maréchal Grouchy le soin de les poursuivre et de les contenir et à se charger lui-même d'aller combattre les Anglais. Conformément à ce nouveau plan, l'armée française fut partagée en deux grandes divi* sions : un peu plus de trente-trois mille hommes, avec quatre-vingt-seize pièces de canon, furent mis à la dispo-

sition de Groucby ; TEmpereur se réserva, avec les corps dont Ney avait le commandement, la garde impériale et le corps du centre que conduisait le comte de Lobau, en tout environ soixante-dix mille hommes et deux cent quarante bouches à feu. Il se trouvait ainsi presque égal en forces à celles que le duc de Wellington pouvait lui opposer immédiatement, mais Tarmée du général Groucby ne s^élevait guère qu*au tiers de l'armée prussienne, affaiblie, il est vrai, et, à ce que Ton supposait, désorganisée, démoralisée par sa défaite de la veille. C'était, d'ailleurs, pour la première fois que Grouchy se trouvait appelé à diriger une opération de cette importance. Il ât, dit-on, tout ce qui était en son pouvoir pour décliner une tâche aussi pesante.

Ces arrangements avaient consumé bien du temps. Les soldats s'étonnaient de l'inaction où on les laissait. Ce ne fut que longtemps après midi que le maréchal Grouchy put se mettre en mouvement pour suivre les Prussiens dont on avait déjà perdu la trace, et il n'alla pas au delà deGembloux où il passa la nuit à deux lieues du champ de bataille, en sorte que Blûcher eut toute liberté pour rétablir l'ordre dans ses troupes si cruellement maltraitées le jour précédent. Le duc de Wellington, de son côté, à qui, par suite de la retraite des Prussiens, la position des Quatre-Bras était devenue inutile, l'avait quittée au point du jour, avec la plus grande partie de ses forces pour aller préparer en avant de Bruxelles un nouveau champ de bataille, de nouveaux moyens de

résistance, laissant seulement derrière lui une arrièregarde de cavalerie légère qui devait se retirer aussi dès que les Français se montreraient dans un nombre un peu imposant.

Il était à peu près une heure de l'après-midi lorsque l'Empereur parut devant les Quatre-Bras qui furent aussitôt abandonnés. Il se mit à la poursuite des Anglais sans pouvoir les atteindre. Quelques coups de canon furent seulement échangés entre leur arrière-garde et Tavant-garde française. Le temps était affreux, il tombait des torrents de pluie. La terre en était tellement détrempée que rinfanterie, la cavalerie surtout avaient beaucoup de peine à avancer et que Tartillerie se trouvait parfois arrêtée. A six heures, on arriva à l'entrée de la forêt de Soignies. Les Anglais s'y étaient arrêtés en avant du village de Mont-Saint-Jean, dans une position que le duc de Wellington avait étudiée d'avance comme pouvant lui servir à couvrir les approches de Bruxelles et où des prépa^ ratifs avaient été faits dans cette pensée. Décidé à ne pas reculer davantage, c'était là qu'il voulait tenter contre son redoutable adversaire la fortune des armes. Napoléon, qui ne connaissait pas ses intentions, fit déployer sa cavalerie pour voir si cette démonstration le déciderait à continuer sa retraite. Wellington y répondit en démasquant cinquante ou soixante pièces de canon fortement appuyées. Ce n'était donc qu'au prix d'une nouvelle bataille que l'armée française pouvait passer outre. Livrée au moment même, avant que les Anglais n'eussent achevé de so^re-

trancher, lorsque les Prussiens, occupés à se réorganiser, n*étaient pas encore en mesure de venir à leur secours, elle aurait offert à Napoléon des chances plus favorables que celles qu'il devait rencontrer un jour plus tard, mais la nuit approchait. « Il aurait fallu, dit le bulletin impérial, pou- » voir disposer de trois heures de plus. » L'attaque fut donc remise au lendemain. Napoléon, d'ailleurs, croyait encore que les Anglais profiteraient de la nuit pour se retirer sur Bruxelles. L*armôe française s'établit près du village de Planchenois. Le quartier général était à la ferme du Gros-Caillou, celui du duc de Wellington dans le village de Waterloo.

Pendant la nuit des communications furent échangées entre les généraux alliés. Blûcher promit à son collègue de venir le lendemain à son secours aussi promptementet avec autant de forces qu'il serait possible. Le duc de Wellington, était plein* de confiance. Napoléon, de son côté, a prétendu depuis avoir fait parvenir avant le jour au maréchal Grouchy l'ordre de se rapprocher de lui; mais il paratt prouvé que cet ordre ne partitqu'à dix heures du matin. Le maréchal, nous l'avons vu, n'avait suivi que d'assez loin les Prussiens en retraite. Avec ses trentetrois mille hommes, il pouvait diilicilement serrer de bien près les quatre-vingt-dix mille soldats que Blûcher, malgré ses pertes, avait encore sous ses ordres. Il se persuada que le général prussien, non encore remis de sa défaite, se retirait dans la direction de Lrége et çfue toul au plus pourrait*il envoyer un faible détachement au secours des

Anglais, en même temps que, par un autre délacbement, il essayerait de couvrir Namur. C*est sur cette conjecture qu*il régla lui-même tous ses mouvements. Sa pensée était de s'interposer entre les Prussiens et les Anglais pour empêcher leur jonction, mais' on comprend que Terreur où il était tombé sur la direction prise par la- masse principale des forces prussiennes devait frapper d'impuissance tous les efforts qu'il ferait pour atteindre ce but pour lequel, au surplus, ses forces étaient probablement insuffisantes.

La pluie ne cessa de tomber pendant toute la nuit. Les Français la passèrent dans la boue. Les vivres ne leur furent distribués que très-tardivement. Cependant, le 18 au matin, lorsqu'un soleil éclatant eut dissipé les nuages, lorsqu'on aperçut l'armée anglaise déjà déployée pour recevoir la bataille, lorsque l'Empereur, convaincu enfin que l'ennemi ne se retirait pas, eut fait former ses troupes en colonnes d'attaque et parcourut les rangs, il fut salué, comme dans les temps les plus prospères, par des acclamations enthousiastes. Les soldats étaient pleins d*ardeur.

A dix heures et demie, l'armée française, forte de soixante-douze mille hommes, dont quinze mille de cavalerie, et de deux cent quarante canons, était déjà en position devant le Mont- Saint- Jean, sur des hauteurs parallèles à celles qu'occupait l'armée anglaise. Celle-ci, que des renforts arrivés pendant la nuit portaient à soixante-dix mille hommes, dont un peu plus de treize mille cavaliers,

et à cent cinquante-neuf canons, avec une batterie de iusées à la congrëve, était adossée à la forêt de Soignies. Son centre couvrait le vaste plateau du Mont-Saint-Jean. Des haies, des bouquets de bois, des exhaussements, des Tavins servaient tout à la fois à masquer et à défendre le terrain. Le duc de Wellington était au Mont-Saint-Jean, entouré des généraux Pozzo di Borgo, de Vincent, Mûffling et Âlava, qui semblaient représenter sur le champ de bataille les principales puissances du continent, la Russie, rAutriche, la Prusse et TËspagne.

Par une précaution peut-être excessive, le prince Frédéric, second fils du roi des Pays-Bas, avait été détaché avec un corps de dix-sept mille hommes sur la droite et en arrière de l'armée pour s'opposer aux Français dans

le cas où ils auraient eu la pensée de la tourner et de se porter sur Bruxelles. Ces dix-sept mille hommes, qui auraient donné aux Anglais la supériorité du nombre, se trouvèrent ainsi annulés.

Entre onze heures et midi l'action commença. Â la gauche des Frapçais, le corps du général Reille attaqua la ferme de Goumont, qu'il enleva eu partie après un combat long et acharné, mais ce n'était là qu'une diversion destinée à distraire, s'il se pouvait, l'attention et les forces de l'ennemi. Le plan de l'Empereur consistait à porter le principal effort sur la gauche des Anglais et principalement sur leur centre, sur la Haie-Sainte et «ur le Hont-Saint-Jean ; il voulait, en forçant de ce côté leurs positions et en les rejetant sur leur droite , rendre

impossible leur jonction avec les Prussiens, pour être en mesure de les accabler dans leur isolement C'était au maréchal Ney qu*il avait confié la direction de cette attaque décisive.

Vers une heure, lorsque le feu était déjà ouvert de toute part, au moment où Ney se préparait à donner Tassant au plateau du Mont-Saint-Jean, TEmpereur aperçut sur la droite, dans le lointain, une tête de colonne qu'il envoya reconnaître. Comme il s'était persuadé que les Prussiens vaincus Tavant-veille ne seraient pas de sitôt en état de reprendre l'offensive, il voulut croire d'abord à l'arrivée d'un renfort détaché de l'armée du maréchal Grouchy, mais cette illusion fut bientôt dissipée. Ce qui apparaissait ainsi à l'improviste, c'était l'avant-garde d'un corps prussien de près de trente mille horames, celui du général Bulow. Si on n'y mettait obstacle, ii allait, s'emparant du village de Planchenois, déJ}oucher derrière l'armée française et occuper la chaussée qui, en cas de revers, était pour elle la seule voie de retraite. Il fallait, à tout prix, prévenir ce danger. Le corps du comte de Lobau et d'autres forces qui devaient soutenir le maréchal Ney furent successivement dirigés de ce côté.

Ney, ainsi affaibli, n'en tenta pas moins d'accomplir la tâche dii&cile qui lui avait été confiée. Pendant toute la journée on le vit multiplier contre le gros de l'armée anglaise, qui couvrait le plateau du Mont-Saint-Jean, des attaques dont l'impétuosité téméraire avait le caractère du

désespoir. Après y avoir perdu ane grande partie de Tinfanterie trop peu nombreuse dont il pouvait disposer, deux fois il essaya d'emporter le plateau en s'y précipitant avec des masses de cavalerie. A plusieurs reprises il put croire qu'il touchait à la victoire. Les ennemis avaient soufTert des perles énormes. Le désordre gagnait peu à peu, sinon Tarmée britannique proprement dite, au moins ses auxiliaires belges et hanovriens. Déjà les bagages, les blessés fuyaient à travers la forêt de Soignies ; la route de Bruxelles était encombrée et Ton prévoyait que, si la retraite devenait nécessaire, les difficultés qu*elle éprouverait par suite de cet encombrement la rendraient désastreuse. A Bruxelles, même, les fuyards ne tardèrent pas h répandre la terreur dont ils étaient saisis ; on s'attendait à voir arriver les Français; les voyageurs anglais, dont cette ville était remplie, s'éloignaient en toute hâte ; les autorités faisaient leurs préparatifs d'évacuation ; on entraînait à Halines le vieux prince de Condé. A Gand, tout était déjà disposé pour le départ de Louis XVIII. Le duc de Berry et sa petite troupe, qui occupait Alost, se retiniient au delà de TEscaut.

Wellington, pourtant, ne désespérait pas. Il attendait les Prussiens, et bien qu'il s'étonnât de ne pas les voir encore entrer en ligne, il était résolu à ne pas quitter le cbamp de bataille tant qu'il lui resterait la moindre possibilité de s'y maintenir. Il parcourait les rangs pour raoimer les soldats. On vint lui dire qu'une de ses division» réduite k quelques centaines d'hommes, ne pouvait

tenir plus longtemps sur le point dont la garde lui élait confiée. « Il faut pourtant, répondil-il, qu'elle y reste » jusqu-au dernier homme ; il n'y a que la nuit ou Blûcher » qui puisse nous tirer d'ici. »

Rien n'élait encore décidé. Dans ces assauts sans cesse redoublés, les rangs de la cavalerie française s'étaient singulièrement éclaircis et ce qui en restait était tellement épuisé qu'on ne pouvait plus en attendre de grands efforts. Il était sept heures du soir, il fallait en finir. Sur la droite de l'armée française on était parvenu, non-seulement k arrêter le corps prussien de Bulow, mais à le faire reculer. Dégagé de ce côté. Napoléon, qui s'opiniâtrait à espérer, ou tout au moins à vouloir faire croire que le surplus des forces prussiennes serait contenu par le maréchal Grouchy et que ce dernier pourrait même arriver bientôt pour aider à la défaite des Anglais, se décida à faire un grand et dernier effort. Très-souffrant et ne pouvant qu'avec difficulté se tenir à cheval, il était jusqu'alors resté sur le point où il s'était établi le matin, un peu en arrière du champ de bataille. Quittant enfin cette position, il se porte de sa personne à la Haie-Sainte et y dispose tout pour un mouvement général d'offensive. Il conduit lui-même les bataillons de la garde jusqu'au pied des hauteurs qu'ils doivent assaillir, et les leur montrant du doigt, « c'est là, leur dit-il, la route de » Bruxelles.»

Tandis que, par son ordre, le général Reille qui, depuis le matin, soutenait à Goumont des combats sanglants,

mais sans résultat, se jette sur la droite des Anglais, le maréchal Ney, à la tête de trois mille hommes de la garde moyenne, s*élance sur le contre-fort du Mont-Saint-Jean. les tambours battent la charge sur toute la ligne ; de Goumont à la Haie-Sainte le canon et la mousqueterie se font entendre avec un redoublement de vivacité. Tout il coup une vive fusillade éclate à Textréme droite de l'armée française. Le bruit se répand que Grouchy est arrivé, qu'il attaque la gauche de l'ennemi. M. de Labédoy ère porte de rang en rang l'heureuse nouvelle dans laquelle on croit Toir le gage assuré du triomphe. Tout se ranime. Les corps déjà entraînés dans un mouvement rétrograde font "volt^-face. Les blessés qui peuvent encore se soutenir, les hommes que l'excès de la fatigue a fait sortir des Tangs retrouvent des forces pour courir au combat. A Tas- ])ect de la garde que ses bonnets à poil font reconnaître <le loin, les Anglais comprennent que le moment décisif «st arrivé. Ils se préparent à recevoir le choc. Un des X^rincipaux chefs de l'armé anglaise, lord Hill, prévoyant le cas où le duc de Wellington viendrait à être tué, lui demande quels sont ses projets, ce qu'il y aurait à faire.* < Tenir jusqu'au dernier homme ! t> répond l'intrépide guerrier.

Ney, cependant, avec ses trois mille grenadiers, gravit

«ncore une fois le plateau. Les batteries qui le défendent

sont enlevées, les contingents de Brunswick et de Nassau

sont dispersés, le prince d'Orange grièvement blessé. On

crie victoire. La garde continue à avancer sous le feu de

in HtStOlRB DK LA RESTAURAttÔN.

la rnitmille, eilé renverse encore quelques bataillon» hollandais qui tentent de l'arrêter > mais tine effroyable décharge de la garde anglaise jette quelque étonnemeni dans i*héro!que phalange; un de ses chefs, le général Michel, est tué, d'autres blessés; le maréchal Ney tombe avec son cheval, le quatrième qui ait été tué soui^ lui depuis quel*" ques heures. Il se relève, raffermit lé courage êbmnlé de ses soldats et fait déployer en bataillons les Colonnes d*altaqtte. Par l'effet de ce déploiement, l'artillerie française qui protégeait leurs flancs se trouve masquée et ré-* dulte au silence. Wellington en profite pour les faire charger de tous les côtés. Ecrasés par la mitraille et par la fusillade, pris Bn flanc par la cavalerie, et déjà réduits b quinze ou seize cents hommes* les âdldats de Ney reculent, d'abord lentement^ eu combattant^ puis avec quelque désordre. Napoléon se résout alors à engager ses dertiières réserves : il ordonne à quatre batatlloiis de layieille garde de se porter en avant, mais pendant qu'ils se disposent Si marcher, un événement qu'on aurait dû prévoir vient changer la situation.

Ce n'est pas le maréchal Grouchy qui, un moment auparavant, est arrivé sur la gauche dés Anglais. Le canon qu'il entendait depuis le matin, à quelques lietiés de distancé, lui indiquait sans douté asseé le bei^oin (}U'on pouvait avoir de son secours devant le Mont-Saint- Jean. Aussi, plusieurs des généraux placés sottS ses Ordres l'ont supplié d'y marcher sans retard, sans hésitation, comme Desaix à Marengo ; mais n'ayant pas, à ce qu'il

HI8T0IRB DB LA RESTAURATIOlf. 109

pci.mr«tt, reçu les ordres de r Empereur, se rappelant qu'il ^> X>4)Qr instruction d'occuper, de pousser Tarmée prus- ^'^:ftane, et craignant de rien hasarder en présence de cette

si supérieure en nombre à la sienne et dont il «re les mouvements et les projets, il s*est refusé aux «sautes instances de ses lieutenants. En arrivant à Wa- ^ il & trouvé cette petite ville occupée par un corps XMmi et Ta attaquée très-vigoureusement, mais sans ucoup de succès. Il ne savait pas que Blûcher, laissant tement dans cette position le corps de Thielmann, ^ ^l4dt porté en toute hâte, avec le reste de ses forces,* au ^^^^^urs des Anglais, là où se décidait le sort de l'Europe. ^* fe«t Blûcher qui, au moment où le maréchal Ney exé- ^^tait sa dernière attaque a débouché sur le champ de ^^laille, h l'extrême gauche des Anglais. Par une méprise ^tlrange, prenant la division du duc de Saxe-Weimar pour tin corps de troupes françaises, parce qu'elle portait à peu près le même uniforme, il est tombé brusquement sur cette malheureuse division et l'a taillée en pièces. De là est venue sans doute l'illusion qui a fait répandre le bruit de l'arrivée de Grouchy», mais cette illusion ne devait pas durer longtemps. Bientôt Textréme droite de l'anuée française est assaillie avec fureur par ceux en qui elle a cru voir d'abord des auxiliaires. Plus l'espé^ rauce a été grande un moment, plus cette attaque inattendue jette dans les troupes ainsi surprises de confusion et de désespoir. Les soldats se croient trahis, ils B'enfUient en désordre. Leurs files rompues tombent

sur la vieille garde qui, jusqu'alors tenue en rései^ve, forme ses huit bataillons en carré pour arrêter, s'il se peut, le nouvel ennemi qui se présente. La cavalerie de Blûcher, secondée par une division de cavaferie anglaise, inonde la plaine, se précipite sur les régiments que l'infanterie prussienne a déjà rompus et achève de les disperser. Les restes de la cavalerie française étant engagés sur le plateau avec le maréchal Ney, Napoléon, qui n'a plus sous sa main que les quatre escadrons de service auprès de sa personne, les lance contre les brigades ennemies dont l'immense supériorité a bientôt refoulé ces malheureux escadrons sur les corps qu'ils voulaient protéger. Le désordre augmente. Au Mont-Saint- Jean, à Goumont même, les soldats de Ney et ceux de Reille commencent à s'apercevoir qu'il se passe à leur droite et derrière eux quelque chose d'extraordinaire. Ils hésitent, ils faiblissent. Wellington reconnaît que le moment est venu de se porter en avant. Bulow, de son côté, ayant reçu des renforts, est rentré en ligne. Il attaque de nouveau Planchenois où le comte de Lobau, malgré son énergie, ne se maintient plus qu'avec peine ; encore un effort, et Bulow sera maître de la chaus^ qui est la seule retraite ouverte à l'armée de Napoléon ; son canon, qui retentit derrière les lignes françaises comme pour les avertir du danger, achève d'y porter l'épouvante. Il est plus de neuf heures. Les armées de Wellington, de Blûcher, de Bulow, désormais réunies, poussent devant elles les cinquante ou soixante mille soldats qui restent

^NTspoléon. Ceux-ci, épuisés de fatigue, livrés à une inex-

prîxxable confusion^ se débandent. Malgré les adjura-

Kox:iJS de l'Empereur et de ses aides de camp, de ses

^flS.C5iers d'ordonnance dont la voix se perd dans le tu-

ûi^txlte, tout fuit, tout se [précipite vers la chaussée qui

*^ ^ïTible la seule voie de salut el qui est bientôt encombrée.

*-^^ artilleurs détèlent et abandonnent leurs pièces pour

^ ^Ci happer plus facilement. Les armes se mêlent; la plu-

des corps, complètement désorganisés, ne présentent

qu'une masse confuse.

ey s'est vainement efforcé d'arrêter le torrent. Couvert ^sang et de boue, la tête nue, un tronçon d'épée à la in, deux fois il rallie quelques débris et les ramène au ^ Son inti'épidité naturelle s'est accrue, s'il est possible, le gentiment de la situation désespérée où le jette pernellement la victoire des alliés ; se tournant vers les ^^^^ats : € Venez, mes amis, leur dit-il, je veux vous mon- "^i^r comment meurt un maréchal de France.» Son at- ^Xte est trompée, ceux qui le suivent sont presque tous , son cheval est encore tué, mais lui-même n'est pas ^^\jeint. Exténué,, brisé de contusions, il est emporté dans ^^ déroute, pouvant à peine marcher, mais soutenu par ^n souS'Officier, jusqu'au moment oti il est possible de lui procurer une autre monture.

Les carrés de la vieille garde tiennent encore, mais , des masses d'infanterie, de cavalerie el d'artillerie anglaises et hollandaises arrivent sur ces espèces de tours vivantes, les couvrent de feu, les brisent l'un après l'autre et en dis-

persent les débris. Napoléon s'est retiré avec son étatmajor vers celui des carrés qui a pour cbef le général Cambronne» un de ses compagnons de Tile d'Elbe. Il en prend le commandement, doi)ne lui««m6me les ordres et, par une décharge d*artillerie, arrête Fennemi pendant quelques minutes. C'est sur ce moment que la légende a accumulé les circonstances dramatiques qui devaient graver si vivement dans la mémoire des peuples le souvenir de cette terrible journée. L*£mpereur,dit-on,nepouvantse résoudre à quitter son dernier champ de bataille, fit ouvrir le carré, pour s*y enfermer et y mourir, mais un grenadier lui cria ; « Retirez-vous ; ne voyez*vous pas que la mort ne veut pas de vous? » On ajoute que le maréchal Soult, saisissant la bride de son cheval, Tentraina, à travers champs, vers Genappe. On raconte aussi qu'après que l'Empereur se fut éloigné, Cambronne, continuant à combattre, entouré de toulepart et sommé de se rendre, répondit : « La » garde meurt, elle ne se rend pas 1 » L*authenticité de ce mot si populaire est grandement contestée. Comme toutes les légendes fameuses, celle-ci n'est probablement que l'expression concise d'un noble sentiment, le résumé pittoresque, énergique d'un grande action. Ce qui estce^ tain, c'est que, le lendemain, Cambronne fut trouvé sur le terrain de la lutte, au milieu des morts et des mourants, sans connaissance, mais respirant encore. Il avait reçu une balle dans le front.

Toute résistance avait cessé. A neuf heures et demie, les deux vainqueurs, Wellington et Blûcher, s'étaient ren-

HISTOIRE DB LA RESTAURATION. 19tt

covBtrâsàla ferme de la Belle- Alliance, non loin du mon-

tic3; «jle qui, pendant loute la journée, avait servi d'obser-

vst, t.oire à Napoléon. Ils s'étaient jetés dans les bras Tun de

l*a.m:Btre. La bataille était finie. 11 ne restait plus, pour en

«eUlir les fruits, qu'à poursuivre -lu foule des fuyards,

d^ulant vers Geqappe, Marchieunes et Cbarlçroy. A

mi delà cavalerie anglaise, épuisée et à moitié détruite

les combats du matin, la cavalerie prussienne, encore

»sque intacte, se chargea de ce soin. Elle n'avait devant

qu'un troupeau d'bommes éperdus qui ne conservaient

1^1 ^^4 la moindre apparence d'organisation, pour qui il

^*^:aiisUiit plus ai direction, ni commandement, et dont un

Src^iQcl nombre jetaient leurs armes. A peine quelques

^•"^^"lapes d'officiers, mêlés d'un petit nombre de soldats,

pu rcnt-ila sauver les drapeaux. Les ennemis , dont un

*^®^* clair do lune favorisait la poursuite, n'avaient qu'à

*''*I>pen Neuf fois les Françaisessayèrent de prendre quel-

^^ «^ « instants de repos, neuf fois l'arrivée des Prussiens

^ força d'abandonner leurs bivouacs. Vers minuit le flot

"^^ fugitifs était arrivé à Genappe. Napoléon essaya de

'^^'^^iiir parmi eux un peu d'ordre. Le comte de Lobau

^i^^^sit à rassembler trois cents hommes, mais il futpres-

9u^ aussitôt fait prisonnier. Des blessés furent égoigés

P***" Jei Yainqueurs, entre autres un général de la garde,

^^ ^"^esme, qui pourtant s'était rendu. La foule, passant

9^ ^^^ipitamment la Dyle à travers les chariots et les cais-

ftOf^^ ran versés qui encombraient le pont, continua sa

CQ^^ Yse jusqu'à la Sambre qu'elle traversa à la pointe du

3t0 HISTOIRE DE LA RESTAURATION.

jour, partie à Chaiieroi, partie à Marchimnes. Ce fC^ seulement à l'abri de cette rivière, sur le terriloire frai^ çais, qu'elle s'arrêta oifin.

Plus de trente mille Français, suivant les calcnls les (dus vraisemblables, près de vingt-quatre mille, an dire de Napoléon, étaient restés sur le champ de bataille ou sur la route, morts, blessés ou prisonniers. Quatre généraux avaient été tués, dix-sept blessés. Deux cents pièces de canons, Féquipage de pont, les bagages, la voiture même de r£mpereur étaient tombés entre les mains de Teniiemi. La perte des Anglais, des Hanovriens, deBfunswickois, des Nassauviens, des Hollando-Belges, s'élevait, en morts et en blessés, à quinze mille hommes, dont douze généraux; celle des Prussiens à sept mille, non compris, de part ni d'autre, ceux qui succombèrent à Wavre, dans le combat livré entre le maréchal Grouchy et le général Thielmann.

Telle fut cette grande journée que les Français appelèrent d*abord la bataille du Mont-Saint-Jean, à laquelle les Prussiens donnèrent le nom de la Belle-Alliance et les Anglais celui de Walerloo, qui a prévalu. L'histoire en offre peu d'aussi décisives, aucune peut-être dont le souvenir soit resté aussi profondément gravé dans l'esprit des peuples, dont les incidents aient été plus souvent, plus longuement racontés et soient devenus Tobjet de commentaires plus divers, plus passionnés. Le caractère dominant de cette bataille, c'est que ce fut une lutte corps à corps, où la force physique et la valeur personnelle se trouvèrent seules aux prises, comme dans les temps primitifs, et où

la tactique n'eut pas Toccasion d'appliquer ses savantes ressources. Il n'y eut pour ainsi dire pas de manœuvres ; ni le terrain, ni les circonstances n'y prêtaient. Du côté des Français, la question était d'emporter les positions des Anglais avant que les Prussiens n'eussent eu le temps de se rallier et de venir à leur secours, et le succès d'une brusque et soudaine attaque pouvait seul conduire à ce résultat. Quant aux Anglais, tout consistait à tenir aussi longtemps que possible, à quelque prix que ce fût, pour donner à Blûcher le temps d'arriver.

Napoléon, avant de quitter Genappe, avait, au milieu de la nuit, envoyé plusieurs officiers au maréchal Grouchy pour lui enjoindre de se replier sur la Sambre et de se porter par Namur et Charlemont sur Laon où l'on chercherait à rallier les débris de l'armée. On n'osait pas espérer alors que ce maréchal pût réussir à se frayer un passage à travers les armées alliées qui, pour le moment, n'avaient plus que lui à combattre. Arrivé à Gharleroi entre quatre et cinq heures du matin, Napoléon prit des mesures pour que les équipages de pont et les magasins de vivres qui s'y trouvaient fussent dirigés sur Laon. A dix heures, il entra à Philippeville d'où il expédia à Grouchy de nouveaux courriers, envoya aux commandants des places de la Meuse l'ordre de se défendre à outrance et aux généraux Rapp, Lecourbe et Lamarque, celui de se rendre devant Paris à marches forcées avec leé troupes qu'ils commandaient en Alsace, en Franche-Comté et dans les départements de l'Ouest. Il écrivit en même

m HISTOiaE DR LA RESTAORATION.

temps au prinoe Joseph, président du Conseil de gouver» nement, pour lui annoncer sa défaite, ^joutant que tout n'était pas perdu, qu'il lui restait encore cent cinquante mille hommes de troupes régulières, que les fédérés et les gardes nationaux lui en fourniraient cent mille, (es ha^ taillons de dépôt cinquante mille, qu'on pourrait atteler ayec des chevaux de luxe la nombreuse artillerie encore existante dans les magasins, lever trois cent mille conscrits et les 4rmer avec les fusils des royalistes et des mauvais gardes nationaux» faire insurger en maas^ l^ Dauphiné, le Lyonnais, la Bourgogne, la Champagne, la Lorraine, qu'en un mot il y avait encore de grande re^ sources, pourvu qu'on ne se laissât pas étourdir» qu'il allait, de sa personne, se porter à Laon, qu'avant trois jours il s'y trouverait à la tête de cinquante mille hommes» pourvu que Grouchy et son corps n'eussent pas été pris% qu'il occuperait l'ennemi et laisserait à Paris, k la France, le temps de se préparer à faire leur devoir. Dans cette lettre-, où i'énumération même des ressource^ révélait la détresse à laquelle on était réduit, l'Empereur affec*tait d'ailleurs de placer , dans le zèle et le dévouen^ent de la Chambre des représenti^nts, une confiwœ qu'il n'éprouvait certainement pas.

Le même jour, 49 juin, à deux heures de raprë§-midi, laissant au maréchal SouU le soin de rallier ce qui restait de l'armée, il se dirigea sur Rocroi avec ses aides d^ camp et le duc de Bassano, escorté par trois ou quatre cents hommes de divers régiments qu'on avs^it pu rassem-

HISTOiaiË Dfi LA RESTAURATION. 203

hier. A Rocroi, où il ne 8*arréta que peu d'instants, h Laon où il séjourna ensuite pendant quelques heures, des délibérations s'établirent entre ceux qui aocompa* gnaiènt Napoléon et en sa présence, sur le parti qu'il y anit h prendre. M. de Labédoyëre était d'avis que TËaipereur se rendit sans retard à Paris pour réunir les Chambres, leur demander des secours, encourager les •patriotes par sa présence et intimider les partis hostiles. Uii autre aide de camp de l'Empereur, M. de Flahault, exprima au contraire Topinion que s'il entrait à Paris dan» un pareil moment il était perdu et que les Chambres, ne le voyant plus à la tête de l'armée, croiraient se sauver en le sacrifiant. Napoléon, un peu ranimé par l'accueil enthousiaste que lui avait fait la garde nationale de Laon et par ses promesses de dévouement, s'arrêta un moment h la pensée de rester dans cette place pour y réorganiser les .quelques milliers de soldats que l'on commençait h rallier et les réunir, s'il était possible, aux troupes de Grouchy ; mais cédant ensuite aux conseils presque unanimes de son entourage empressé de retourner à Paris, il se laissa entraîner, comme cela lui arrivait trop souvent depuis quelque temps, h, une résolution que sa raison n'approuvait pas. « Je suis persuadé, dit^il en » montant en voiture, que l'on me fait faire une sottise, » ma vraie place était ici. » Évidemment, la mauvaise fortune avait triomphé de cette volonté si forte que rien n'ébranlait dans des temps plus heureux. Peut-être aussi cédait-il avec d'autant plus de facilité aux conseils qu'on

lui donnait que, malgré les illusions qu*il essayait d'inspirer aux autres, sa profonde sagacité lui révélait que tout était fini pour lui, à quelque détermination qu'il s'arrêtât. Il ne voulait d'ailleurs, disait-il, passer à Paris que quarante-huit heures, le temps indispensable pour obtenir le concours des Chambres et imprimer une nouvelle énergie à l'action du pouvoir; il reviendrait ensuite se mettre à la tète de l'armée, et, en attendant, il donna les ordres nécessaires pour la défense des frontières.

Paris, cependant, était depuis quelques jours livré à toute l'anxiété qui résulte de l'attente prochaine d'événements décisifs. Dès le H , on y avait appris le commencement des hostilités, le brillant combat de Fleurus et aussi un succès obtenu le même jour sur la frontière de Savoie par le maréchal Suchet, qui avait tué ou pris un millier d'Autrichiens près de Montmélian. Le lendemain 18, au moment même où Napoléon prenait les dernières dispositions pour la bataille de Waterloo , le canon des Invalides annonçait triomphalement aux Parisiens la bataille de Ligny, présentée comme une victoire complète remportée sur les Anglais et les Prussiens réunis. Le 19, les journaux publièrent des rapports sommaires , mais remplis d'exagérations, sur les résultats de cette bataille. Le 20, à défaut d'informations ultérieures, on y lut une lettre d'un oflScier d'état-major où les mêmes faits étaient racontés avec de nouveaux détails. En réalité , on se botnait, depuis quarante-huit heures, à reproduire sous di-

verses formes des nouvelles déjà connues, et comme il était difficile de supposer que la lutte engagée avec une telle vivacité se fût tout à coup arrêtée , cette circonstance seule eût suffi pour inquiéter les amis du gouvernement» pour éveiller les espérances de ses adversaires.

Tout à coup, dans Taprès-midi, de sinistres rumeurs commencèrent à se répandre. On parlait d'un a£freux désastre que Farmée avait éprouvé en avant de Bruxelles. Sur les boulevards , où les spéculateurs se réunissaient après la bourse, dans les promenades publiques, à la Chambre même des représentants, réunie en ce moment en comité secret pour discuter sa comptabilité intérieure, ces rumeurs répandaient une extrême agitation. Cependant le gros du public les ignorait encore.

A onze heures du^oir, Napoléon, épuisé par une longue insomnie et par les soucis dévorants qui le poursuivaient depuis Waterloo , descendit au palais de TÉlysée. Il y fut reçu par le duc de Vicence qu'il avait fait avertir de s'y trouver. En apercevant ce serviteur fidèle, dont la physionomie était empreinte d'une profonde tristesse, la première pensée de Napoléon fut d'écarter de lui-même la responsabilité des malheurs sous lesquels il succombait encore une fois. « L'armée, lui dit-il, avait fait des pro- » digesy une terreur panique l'a saisie ; tout est perdu ; » Ney s'est conduit comme un insensé, il m'a fait massa- » crer ma cavalerie... Je n'en puis plus; il me faut deux » heures de repos pour être à mes affaires. J'étouffe là ; » et il montrait son cœur.

266 HlStOîHfi DE LÀ RESTAUftATlON.

Pendant qu'on lui préparait un bain par lequel il espérait calmer ses nerfs et réparer ses forces épuisées» il déclara au duc de Yiceuce que son projet était de réunir les deux Chambres en séance impériale podr leur demander des moyens de salut. Le duc ne lui dissimula pas te peu de fond quMl y avait à faire sur leur appui et la fermentation terrible que la défaite de Tarmée avait déjà jetée dans les esprits. « Votre Majesté» ajouta-t-il, ne pouvait pins ^ mal à propos se séparer de son armée « » *r « Je ii*ai » plus d'armée» xTépoudit Napoléon» je n*ai plus que des 1» fuyards et pas un fusil. Cependant, avec de Tuniou» » tout peut se réparer encore. J'espère que les représen- » tants me seconderont» qu'ils réfléchiront & la responsa- » bilité qui va peser sur leur téte^ J'ai contre moi» Je te » sais, La Fayette» Lanjuinais, Flaugefgues et quelques % autres, mais ils ne font pas la majorité. Je les gène > sans doute, ils voudraient travailler pour ettU» mais Je » ne suis pas disposé à les laisser faire et je suis aecouru » précisément pour les contenir. »

Sur ces entrefaites, les princes Joseph et Luôteu étuient arrivés aussi bien que les ministres et la plupart des hauts dignitaires. Une foule de généraux remplissaient les salons de rÉlysèe et recueillaient avidement, de la bouche des alde^ de camp de l'Fimpereur» les détails de la bataille. Ces récits, dictés par une émotion qui exagérait enoore le mal déjà si grand, et bientôt répandus au dehors du palais, allaient encore accroître l'émotion publique.

Napoléon, avant de se retirer pour prendre quelques

Ht^tOIRB Dfi LÀ RESTAURATION. 107

lieureé d'un repos dont il avait absolument besoin, avait Convoqué ùd conseil pour le lendemain matin, âr Les priDcea y assistèrent avec les ministres h portefeuille et les ministres d'Étati La séance s'ouvrit par la lecture que donna le duc de fiassano du bulletin que TËmpereur arait rédigé lùl-môme pour annoncer sa défaite. Ce bulletin faisait connaître toute la vérité sur l'étendue du désastre. Napoléon prit ensuite la parole. « Nos malheurs sont grands> » dll-ll, je suis venu pour les réparer, pour imprimer à la » nation, à l'armée, un grand et noble mouvement. Si la » nation se lève, l'ennemi sera écrasé ; si, au lieu de le- » vées, de mesures extraordinaires, on dispute, on chi- » catie, tout est perdu. L'ennemi va entrer en France; » j'ai besoin, pour sauver la patrie^ d'être revêtu d'un » grand pouvoir, d'une dictature temporaire. Dans l'inté- » rét de la patrie, je pourrais me saisir de ce pouvoir^ » mais il serait plus utile et plus national qu'il me fût » donné par les Chambres. » Les ministres se taisaient, t Parlez franchement, reprit Napoléon. Quelles seraient » donc, à votre avis, les mesures de salut public appli- » cables aux circonstances ? » Carnot, rompant le premier le silence, abonda dans le sens des idées que venait d'etprimer l'Empereur: il fallait, suivant lui, déclarer la patrie en danger, appeler aux armes tous les fédérés, tons les gardes nationaux, mettre Paris en état de siège , M retirer, au besoin, derrière la Loire» y appeler l'armée de la Vendée, les corps d'observation du Midi, et tenir ainsi l'ennemi en arrêt jusqu'à ce qu'on eût rassemblé et

organisé des forces suffisantes pour reprendre l'offensive. Le duc de Vicence, tout en parlant en termes généraux de la nécessité d'un grand effort, s'attacha à prouver que l'union des Chambres avec l'Empereur était la première condition de succès et rappela qu'en 4 84 4, faute de cette union, l'occupation de la capitale par l'ennemi avait tout décidé. Cet avis, que le duc de Vicence donnait avec une parfaite loyauté, fut chaudement appuyé par le duc d'Otrante dans des intentions bien différentes ; il insista pour que FEmpereur se présentât aux Chambres avec confiance, il affecta de ne pas douter qu'en faisant un appel à leur patriotisme et en leur donnnant des gages de sincérité, on n'obtint leur concours pour sauver l'honneur et l'indépendance de la nation. Le duc Decrës tlé- Clara, au contraire, qu'on aurait tort de compter sur leur appui et que les représentants paraissaient disposés aux dernières extrémités. Le comte Regnaud de Saint-Jeand'Angély alla plus loin encore que le^duc Decrès : il exprima la crainte que, dans l'état d&s esprits, un- grand sacrifice ne fût une seconde fois nécessaire. — « Parlez » nettement, s'écria Napoléon : c'est mon abdication qu'ils » veulent, n'est-ce pas? » — « Je le crains, sire, reprit » le comte Regnaud, et il serait possible que si Votre Ma- » jesté ne l'offrait pas de son propre mouvement , la » Chambre osât la lui demander. » Le prince Lucien combattit cette prévision. « Je me suis trouvé, dit-il, dans » des circonstances difficiles et j'ai toujours vu qu'on ne » les surmonte qu'à force d'énergie. Si la Chambre ne

» veut pas seconder TEmpereur, il se passera de son assis- » tance. Le salut 4^ la patrie doit être aujourd'hui la » première loi. L'Empereur est en état de la sauver seul; » il faut qu'il s'empare de la dictature et qu'il appelle » tous les vrais patriotes, tout ce qui a du cœur, à la dé- » fense du pays. » Carnot adhéra vivement aux idées exprimées par Lucien. Le ministre de la guerre, le maréchal Davoust , conseilla , comme il l'avait déjii fait dans un entretien particulier avec l'Empereur, non pas de casser la Chambre des représentants, mais de suspendre la session. Napoléon, à qui de telles mesures semblaient sans doute peu praticables, feignit de croire que l'approche de l'ennemi rendrait aux représentants le sentiment de leurs devoirs. « La nation, dit-il, ne les a » pas envoyés pour me renverser, mais pour me soutenir. » Je ne les crains point. Quoi qu'ils fassent, je serai » toujours l'idole du peuple et de l'armée. Je n'aurais » qu'un mot à dire, ils seraient assommés. Mais, en ne » craignant rien pour moi, je crains tout pour la France. » Si nous nous querellons au lieu de nous entendre, je le » répète, tout est perdu , tandis qu'avec le patriotisme de » la nation, la haine des Bourbons et de l'étranger, notre » cause est loin d'être désespérée. » Énumérant ensuite les ressources qui restaient encore, l'Empereur s'efforça de prouver qu'avant dix jours on pourrait avoir réuni en avant de Paris cent trente mille hommes et deux cents bouches à feu, forces supéiûeures à celles que Wellington et Blûcher pourraient y amener dans le même temps, que

tu. 14

les Autrichiens et les Russes, n^étant pas eucore sur le Rhin, D*arriveraieot pas sur la Marne avant le 45 ou le 20 juillet, qu'avant cette époque, il était facilede faire arriver trente mille soldats de marine et soixante mille gardes nationaux de Bretagne et de Normandie, que Favantage d'une position centrale appuyée sur la capitale compenserait Tinégalité du nombre, que le maréchal Suchet se repliant sur Lyon et ralliant à lui les gardes nationales de ce pays avec celles de la Bourgogne et du Dauphiné, serait aussi en mesure de contenir de ce côté l'invasion. Ces calculs un peu fantastiques, énoncés d'union d'assurance, parurent ranimer les courages. Déjà , dit-on, le conseil s'était arrêté à l'idée de mettre Paris en état de siège, d'en donner le commandement au maréchal Da* voust, de doubler le nombre des tirailleurs de la garde nationale tirés du corps des fédérés, de les armer sans retard et de transférer à Tours, en cas de besoin, les Chambres et le gouvernement; on discutait la question de savoir s'il était à propos que l'Empereur, en ^abit de voyage et sans apparat, allât communiquer aux Chambres ces résolutions, lorsque la nouvelle de ce qui se passait en ce moment même à la Chambre des représentants vint interrompre la délibération.

Depuis la veille, tous les partis étaient en proie à une extrême agitation. Une pensée qui les ralliait tous, c*é* tait celle que Napoléon vaincu devait disparaître encore une fois du monde politique et que son abdication était le préliminaire indispensable de tout arrange-

^naent. Les royalistes y voyaient un premier pas vers ^ft^ rétablissement des Bourbons; les républicains, les démocrates, les constitutionnels de diverses nuances se :flattaient de Tillusion qu'une fois débarrassés du despote, 9es étrangers, fidèles à leurs déclarations si souvent ré- ])étées, laisseraient la France libre de se donner le gouvernement et les institutions qui lui conviendraient, et chacun de ces partis s'abandonnait à l'espoir de faire prévaloir ses utopies ; les bonapartistes eux-mêmes croyaient niaisement que les alliés, après avoir renversé Napoléon, consentiraient à laisser régner son fils si la nation en témoignait le désir; plusieurs d'entre eux se complaisaient dans les chances qu'une régence ouvrirait à leur ambition.

Comme c'était au moyen de la Chambre des représentants qu'on se proposait d'atteindre ces résultats, la crainte de la voir dissoudre par un décret impérial préoccupait toutes les imaginations. Cette assemblée eut alors un instant de popularité qui rappelait presque celle des États généraux avant le 1 4 juillet» On eût dit que le salut de la France était attaché à son existence et que le devoir de tout bon Français était de la couvrir de son corps contre les attentats d'un despotisme aux abois. Les royalistes n'étaient pas les moins empressés à lui susciter des défenseurs en répandant le bruit qu'elle était sérieusement menacée ; c'était le moyen le plus assuré d'irriter l'opinion contre l'Empereur.

Le duc d'Otrante agissait dans le même sens. On pré-

tend qu*au moment même où il apprit la bataille de Waterioo, il s'occupa des moyens d'entrer en communication avec le duc de Wellington. La défaite de Napoléon, plus prompte, plus décisive qu'il ne s'y était attendu, le prenait un peu au dépourvu et l'obligeait à précipiter la marche de ses ténébreuses intrigues. Il n'avait pas encore de projets complètement arrêtés, parce que son seul principe était de ne jamais se compromettre d'une manière absolue en faveur d'une cause dont le succès n'était pas tout à fgiit assuré. On peut croire, pourtant, que sa perspicacité lui faisant reconnaître que la cause des Bourbons était dès lors celle dont le triomphe était le plus probable, il inclinait de ce^côté, mais il n'avait garde de le témoigner ouvertement. Il donnait à tous des espérances. Il ne se déclarait pas même l'ennemi de Napoléon, bien qu'il parlât hautement de l'impossibilité de rien faire sans les Chambres et que, par ses afiSdës, il engageât les représentants à se tenir sur leurs gardes, & se mettre en mesure de repousser les attaques du pouvoir.

Le ministère de la police était en quelque sorte le lieu de rendez-vous des partis. Là, dans la soirée du 20 et dans la matinée du 21 , aiQuaient, pour recueillir des nouvelles, pour se concerter sur ce que les circonstances rendaient possible ou nécessaire, les députés du parti constitutionnel dont la pensée plus ou moins arrêtée était dès lors d'exiger Tabdication de Napoléon, et ils s'y rencontraient, ils y liaient conversation avec les bonapartistes modérés qui commençaient à croire qu'on ne pouvait

sauver l'Empire qu'en sacrifiant TEmpereur, avec certains

révolutionnaires mômes. Personne, parmi eux, ne savait

Précisément ce que voulait le duc d'Otrante, mais on voyait

"^^-distinctement qu'il n'était pas favorable aux projets de

^^tature encore rêvés par Napoléon, et il n'en fallait pas

^^Vantage pour rallier autour de lui une immense majo-

^**6 formée des éléments les plus hétérogènes, aspirant

^^X buts les plus divers, mais unie momentanément

I^^r une communauté de défiance à l'égard de l'Empe-

ï^eur.

M. de La Fayette se mit à la tête de cette coalition, ^omme tant d'autres, il était accouru chez le duc d'O- ^^Jante pour s'assurer du degré d'importance qu'il fallait ^tacher aux bruits répandus sur un projet de dissoudre îa Chambre. Regnaud de Saint-Jean-d'Angély lui ayant laissé entendre qu'ils n'étaient pas dépourvus de tout fondement, il prit aussitôt son parti. Sans se concerter avec personne, il se rendit sur-le-champ au palais Bourbon et pressa le président Lanjuinais d'ouvrir immédiatement la séance de la Chambre des représentants.

Il était midi. Les tribunes publiques étaient remplies d'une foule pressée, la Chambre plus nombreuse qu'à aucune des séances précédentes. Son aspect était sombre : ceux de ses membres qui ne semblaient pas livrés à une violente irritation étaient mornes et abattus. H. de La Fayette monta à la tribune au milieu d'un frémissement universel ; « Messieurs, dit-il, .lorsque, » pour la première fois depuis vingt-cinq ans, j'élève

» une voix que reconnaîtront encore les vieux amis de » la liberté, je me sens appelé à vous parler des dangers » de la patrie que vous seuls, à présent, avez le pou- » voir de sauver. Des bruits sinistres s'étaient répan- » dus, ils sont malheureusement confirmés. Voici Tin- » stant de nous rallier autour du vieux étendard trico- » lore, celui de 89, celui de la liberté, de Fégalité et de » Tordre public ; c'est celui-là seul que nous avons à » défendre contre les prétentions étrangères et c^ontre les » tentatives intérieures. Permettez à un vétéran de cette » cause sacrée, qui fut toujours étrangère Tespritde » faction, de vous soumettre quelques résolutions préa- » labiés dont vous apprécierez, j'espère, la nécessité.» M. de La Fayette donna ensuite lecture d'une proposition rédigée en cinq articles dont voici le texte : « La Chambre » des représentants déclare que l'indépendance de la na- » tion est menacée. -^ La Chambre se déclare en permin » nence. Toute tentative pour la dissoudre est un crime » de haute trahison ; quiconque se rendrait coupable de » cette tentative sera déclaré trattre à la patrie et sur-le- » champ jugé comme tel. — L'armée de ligne et les gardes » nationales qui ont combattu et combattent encore pour » défendre la liberté, l'indépendance et le territoire de la » France ont bien mérité de la patrie. — Le ministre de » l'intérieur est invité h réunir à TÉtat-major général les » commandants et majors des légions de la garde natio- » nale parisienne, afin d'aviser aux moyens de leur donn^ » des armes et de porter au plus grand complet cette

sarde citoyenne dont le patriotisme et le zèle éprouvé

c3epais vingt-six ans offrent une sûre garantie à la li-

iDerté, aux propriétés, à la tranquillité de la capitale et à

Vinviolarbilité des représentants de la nation.— Les mi-

ïîistres de la guerre, des relations extérieures, de la police

et de l'intérieur sont invités à se rendre sur-le-champ * dans le sein de rassemblée.»

Une semblable proposition, par le fond comme par la tOTme, était au plus haut degré révolutionnaire et incons^titQtionnelle. Elle ne tendait à rien moins qu'à transporter dans la Chambre le gouyernement tout entier, elle frappait à mort le pouvoir exécutif en le dépouillant du droit de dissolution et en appelant sur lui, s'il voulait en oser, la peine des traîtres. Telle était, cependant, la disposition des esprits, qu'elle fut accueillie par les plus vifs applaudissements et votée sans que personne entreprît de la combattre, à la seule exception de l'article relatif à l'armement de la garde nationale parisienne que Merlin de Douai fit ajourner en attendant l'arrivée du ministre de l'intérieur. L'ancien préfet de police, Dubois, vivement appuyé par M. Dupin, fit décider ensuite que la résolution qui venait d'être prise serait notifiée à la Chambre des pairs et h l'Empereur, qu'elle serait imprimée, affichée et qu'on l'enverrait aux départements.

Il est facile de comprendre l'émotion que produisit la nouvelle d'un pareil vote, tombant au milieu du conseil qui se tenait à l'Elysée. L'Empereur s'écria d'abord : < J'aurais dû ajourner celte Chambre avant mon

» départ, elle Ta perdre la France. » Puis, se levant : « Re- > gnand ne m*aTait pas trompé, dit-il. J'abdiquerai s'il le » faut... Avant de prendre un parti, il faut pourtant sa- » voir ce que tout cela deviendra. » Ce peu de paroles, qui révélaient les hésitations d'un esprit jadis si ferme, eussent suffi pour décourager des hommes plus confiants, plus résolus que ceux dont se composait le conseil. Elles donnèrent à Fouché la mesure de ce qu^il pouvait oser. Pour gagner du temps, l'Empereur se décida à envoyer Regnaud de Saint-Jean-d'Ângély à la Chambre des représentants et Carnot à la Chambre des pairs. Ils avaient ordre d'y annoncer sommairement le résultat de la bataille du 1 8 et l'arrivée de l'Empereur qui était accouru, devaient-ils dire, pour se concerter avec les Chambres sur les mesures de salut exigées par les circonstances. Le but de leur mission était, en réalité, de sonder le terrain. Lorsqu'ils eurent quitté FÉlysée, Fouché fit l'observation que la présence du comte Regnaud ne satisferait pas la Chambre des représentants qui avait appelé les ministres à portefeuille. « Elle n'en a pas le droit , dit brusque- » ment Napoléon ; je vous défends de bouger. » Fouché ne répliqua pas , mais il informa par un billet le député Jay, un de ses confidents , de ce qui venait de se passer.

Regnaud de Saint-Jean-d'Angély trouva la Chambre dans la plus extrême agitation. Il lui donna des nouvelles de l'armée, dit qu'une partie s'était déjà ralliée sous les murs d'Avesnes , de Philippeville et de Laon ; que

npereur était venu pour conférer avec les ministres les moyens de rétablir le matériel, que son intention t aussi de se concerter avec les Chambres sur les mees législatives que les conjonctures réclamaient et qu*il ^ ^^ccupait en ce moment même de propositions à leur ^^Ximettre. Cet exposé fut écouté dans un silence glacial. ^-^ ministre d'État s'étant retiré, M. Félix Desportes pro- X^osa d'instituer une commission administrative de cinq 'Membres chargée de pourvoir, aux moyens de protéger la ttffetë de rassemblée en établissant auprès d'elle un détachement de la garde nationale. Elle fut nommée sur-lediamp. Un débat s'engagea ensuite sur la nature et la forme des interpellations à adresser aux ministres que Ton venait de mander. M. Jay, qui avait reçu le billet de Fouché, se plaignit de ce que les ministres ne paraissaient pas, malgré Tappel qui leur avait été fait; il dit que la Chambre avait le droit de connaître la cause de ce retard et demanda que, par un second message, on mît sous leur responsabilité l'exécution de l'ordre de l'assemblée. Un autre confident de Fouché, Manuel, proposa, en langage déclamatoire, de pourvoir à la sûreté de l'assemblée et h l'efficacité de ses délibérations en convoquant les chefs de la garde nationale et en lui donnant des armes. M. Penières, qui faisait partie do la commission créée un moment auparavant, annonça qu'elle venait de requérir pour la défense de la Chambre quelques bataillons de la garde nationale parisienne ; rappelant que l'Empereur s'était réservé le commandement en chef de cette

garde dont il avait donné le commandement en second un de ses aides de camp, le général Durosnel, il invita 1 Chambre à nommer elle-même un nouveau chef de garde civique qui pouvait seule garantir la liberté de discussions. Cette idée, qu*on crut avoir été suggérée pa M. de La Fayette, ne fut pas ac^meillie, non plus que 1 vœu exprimé par un autre représentant pour que les che des légions fussent appelés à la barre. On se borna à en voycr aux ministres une seconde sommation de se rendre^*»® dans le sein de l'assemblée. En attendant leur réponse,^ toute délibération fut ajournée. Les députés, réunis groupes, s'animaient, s'excitaient les uns les autres^ Dans un de ces groupes, M. Dupont de TEure exprh — mant la crainte qu'on ne fût pas assez fort pour com^^ primer tout à la fois la contre-révolution et arrêter l'en— ^ nemi, et que la chute de Napoléon n'ouvrît la voie an étrangers et aux Bourbons, M. de La Fayette lui répondit : :^ « Soyez tranquille; quand nous serons débarrassés de » lui, tout s'arrangera. »

Le temps s'écoulait. Le général Sébastiani, que des mécontentements personnels avaient jeté dans les rangs de l'opposition , renouvela la proposition d'appeler les chefs de la garde nationale pour leur ordonner de mettre sous les armes un bataillon par légion afin de protéger la sûreté de la Chambre ; il donna à entendre que cette sûreté était menacée, mais le président afSrma que rien n'indiquait le moindre mouvement, un des membres de la commission administrative annonça

die s'élait déjà mise en rapport avec le général Duros- -* , et la Chambre passa à Tordre du jour.

Cbambre des pairs était aussi rassemblée, mais sence des généraux qui se trouvaient alors à l'armée ^ ^rendait bien peu nombreuse. L'aspect qu'elle présentait **5iit celui de Taccablement. Carnot, venant y faire les ^^ômes communications que le comte Regnaud avait portées à l'autre Chambre, y fut écouté silencieusement. bientôt après, un messager d'État remit au président la déclaration votée par les représentants sur la proposition de M. de La Fayette. L'impression qu'elle produisit sur les esprits fut celle d'un élonnement qui allait jusqu'à la stupeur. Chacun se taisait. Thibaudeau, rompant enfin ce morne silence, invita l'assemblée à imiter sans retard le bel exemple que les représentants venaient de lui donner. MM. de Pontécoulant, de Valence et de Montesquieu combattirent l'article de la déclaration qui appelait les ministres et qui était en contradiction formelle avec une des dispositions de l'acte additionnel ; ils demandèrent le renvoi à une commission; mai^ Boissy d*Anglas et Quinette appuyèrent l'avis de Thibaudeau. « Le moment est venu pourra Chambre, dit » Boissy d'Anglas , de déployer un grand caractère et » de montrer toute son énergie. » Quinette ajouta qu'il fallait éviter des lenteurs dont l'effet serait de diviser la représentation nationale. La majorité repoussa le renvoi à une commission, et, après un débat assez animé, la Chambre s'appropria, par un vote formel, la résolution

qu'avaient prise les représentants, sauf pourtant Farticl relatif à rappel des ministres. Par un bizarre scrupule,^ elle s'arrêtait devant la clause constitutionnelle qu'ont venait de lui alléguer, au moment même où elle ne^ craignait pas de fouler aux pieds une autre disposi — tion bien autrement essentielle de Tacte additionnel, celles qui attribuait à l'Empereur le droit de renvoyer le&s Chambres.

Regnaud et Camot, de retour à TÉlysée, avaient rendu compte à TEmpereur de la mission qu'ils ye* naient d'accomplir auprès des deux assemblées. Us ne lui avaient pas dissimulé la froideur avec laquelle ils avaient été reçus. Bientôt arriva le second message des représentants qui appelait les ministres, et on apprit aussi les motions faites par plusieurs membres de la Chambre. Napoléon était souffrant, fatigué. Il hésitait. Quittant un moment la salle du conseil pour se promener dans le jardin, il entendit les cris d'une foule d'hommes du peuple qui, réunis aux Champs-Elysées, demandaient des armes . pour repousser l'ennemi. Lucien, qui conservait toute sa fermeté, voulut en profiter pour relever le courage ébranlé de son frère. « Eh bien, lui dit-il, vous Ten- » tendez, on vous demande des armes, on veiit que vous » dirigiez toutes les forc.es nationales. Âbandonnerez- > vous la France aux factions? » Napoléon avait trop de sagacité pour se faire illusion sur la faiblesse de l'appui qu'on lui montrait ainsi. « Suis-je plus qu'un homme, » répondit-il à Lucien, pour ramener à l'union cinq cents

léputés égarés? Suis-je un misérable chef de parti pour Jlumer inutilement la guerre civile?... Que Ton essaie le ramener la Chambre, je ne demande pas mieux. Je mis tout avec elle, sans elle je ne saurais sauver la pa- ^ "trie. Allez la trouver, j'y consens, mais ne haranguez ^ X^^ le peuple... » Rentrant ensuite dans la salle du ^^^^Kîseil, il déclara que le parti auquel il s'était arrêté, ^* était d'inviter par un message l'assemblée à s'unir au E^nvernement et à se concerter avec lui sur les mesures ^^traordinaires qui pouvaient seules sauver le pays ; les ministres seraient porteurs de ce message avec le prince lacien, nommé à cet effet commissaire extraordinaire de TEmpereur ; ce serait seulement à leur retour et en apprenant l'accueil qui leur aurait été fait qu'il prendrait une résolution définitive. Napoléon, on le voit, consentait enfin à ce que ses ministres répondissent à l'appel de la Chambre; seulement, pour sauver les apparences, il vou- ' lait qu'ils s'y présentassent comme envoyés par lui.

La Chambre était toujours en séance, mais sans délibérer. Les esprits s'échauffaient, on s'irritait de ne rien voir venir de l'Elysée. Les plus fougueux parlaient déjà de voter la déchéance de l'Empereur, de le faire arrêter. MM. de La Fayette, Manuel, Roy, Dupin, d'autres encore, se montraient disposés à porter à la tribune des propositions violentes. A cinq heures et demie, on annonça enfin que les ministres allaient arriver. A six heures, ils entrèrent dans la salle, accompagnant le prince Lucien dont la présence, qui rappelait le

qu'avaient prise les représentants, sauf pourtant Tarticle relatif à Tàppel des ministres. Par un bizarre scrupule, elle s'arrêtait devant la clause constitutionnelle qu'on venait de lui alléguer, au moment même où elle ne craignait pas de fouler aux pieds une autre disposition bien autrement essentielle de l'acte additionnel, celle qui attribuait à l'Empereur le droit de renvoyer les Chambres.

Regnaud et Camot , de retour à TÉlysée , avaient rendu compte à l'Empereur de la mission qu'ils venaient d'accomplir auprès des deux assemblées. Ils ne lui avaient pas dissimulé la froideur avec laquelle ils avaient été reçus. Bientôt arriva le second message des représentants qui appelait les ministres, et on apprit aussi les motions faites par plusieurs membres de la Chambre. Napoléon était souffrant, fatigué. Il hésitait. Quittant un moment la salle du conseil pour se promener dans le jardin, il entendit les cris d'une foule d'hommes du peuple qui, réunis aux Champs-Elysées, demandaient des armes pour repousser l'ennemi. Lucien, qui conservait toute sa fermeté, voulut en profiter pour relever le courage ébranlé de son frère. « Eh bien, lui dit-il, vous Ten- » tendez, on vous demande des armes, on veiit que vous

> dirigiez toutes les forces nationales. Abandonnerez-

> vous la France aux factions? » Napoléon avait trop de sagacité pour se faire illusion sur la faiblesse de l'appui qu'on lui montrait ainsi. « Suis-je plus qu'un homme, » répondit-il à Lucien, pour ramener à l'union cinq cents

» députés égarés? Suis-je un misérable chef de parti pour 3» allumer inutilement la guerre civile?... Que Ton essaie » de ramener la Chambre, je ne demande pas mieux. Je » puis tout avec elle, sans elle je ne saurais sauver la pa- > trie. Allez la trouver, j*y consens, mais ne haranguez » pas le peuple... » Rentrant ensuite dans la salle du conseil, il déclara que le parti auquel il s'était arrêté, c'était d'inviter par un message l'assemblée à s'unir au gouvernement et à se concerter avec lui sur les mesures extraordinaires qui pouvaient seules sauver le pays ; les ministres seraient porteurs de ce message avec le prince Lucien, nommé à cet effet commissaire extraordinaire de l'Empereur ; ce serait seulement à leur retour et en apprenant l'accueil qui leur aurait été fait qu'il prendrait une résolution définitive. Napoléon, on le voit, consentait enfin à ce que ses ministres répondissent à l'appel de la Chambre; seuïement, pour sauver les apparences, il voulait qu'ils s'y présentassent comme envoyés par lui.

La Chambre était toujours en séance, mais sans délibérer. Les esprits s'échauffaient, on s'irritait de ne rien voir venir de l'Elysée. Les plus fougueux parlaient déjà de voter la déchéance de l'Empereur, de le faire arrêter. MM. de La Fayette, Manuel, Roy, Dupin, d'autres encore, se montraient disposés à porter à la tribune des propositions violentes. A cinq heures et demie, on annonça enfin que les ministres allaient arriver. Â six heures, ils entrèrent dans la salle, accompagnant le prince Lucien dont la présence, qui rappelait le

coup d*État du 18 brumaire, n'était pas faite pour calmer les esprits. Il demanda à la Chambre de se former en comité secret pour recevoir les communications qu'il avait à lui faire de la part de l'Empereur. Les tribunes ayant été évacuées, il lut, au milieu d'un profond silence, un message par lequel Napoléon disait qu'après avoir pourvu au ralliement de l'armée et à la sûreté des frontières, il était venu concerter avec ses ministres les mesures de défense nationale et s'entendre avec les Chambres sur tout ce qu'exigeait le salut de la patrie, qu'il avait formé un comité composé du duc de Vicence, de Carnot et de Fouché pour renouveler et suivre les négociations avec les puissances étrangères, afin de connaître leurs intentions et de mettre un terme à la guerrOi si cela était compatible avec l'indépendance et l'honneur de la nation, et,qu'il chargeait le prince Lucien, avec les ministres des affaires étrangères, de la guerre, de l'intérieur et de la police, de porter à la Chambre le présent message et de lui donner les communications et les renseignements qu'elle pourrait désirer. « La plus grande union est né- » cessaire, disait encore l'Empereur, et je compte sur la » coopération elle patriotisme des Chambres et sur leur » attachement à ma personnne. » Lucien et les ministres, à l'exception de Fouché, entrèrent ensuite dans des explications assez vagues qui avaient pour but de donner à penser que la situation n'était pas désespérée.

Si Tapparition de Lucien avait pu faire craindre à l'assemblée quelque résolution énergique de la part de

rEmpereur^ le message dont il était porteur dut la rassurer. Des interpellations véhémentes éclatèrent de tous côtés. Le président eut beaucoup de peine à rétablir assez de calme pour que la discussion pût s^ouvrir. 'M. Jacy parvint enQn à se faire entendre. Député de Bor* deaux, il protesta que, dût-il éprouver le sort des girondins, il ne reculerait pas devant ce qu'il regardait comme son devoir. Avant d'aller plus loin, il pria le président d'interroger les ministres sur la situation intérieure et extérieure du pays, de leur demander si Ton avait les moyens de résister aux armées de l'Europe, si la présence de Napoléon n'était pas un obstacle aux négociations et à la paix. Un moment de silence suivit cette apos- Irophe significative. Le duc d'Otrante, avec qui M. Jay s'était sans doute entendu, répondit que les ministres n'avaient rien à ajouter aux rapports qu'ils avaient mis sous les yeux de la Chambre. M. Jay reprenant la parole dit que, puisqu'il en était ainsi, il ferait de ces rapports la base de son argumentation. Il montra l'action du gouvernement affaiblie, paralysée par les divisions et le mécontentement du pays, dont on devait chercher la cause première dans la désaffection qu'avait fait naître le despotisme impérial ; il reconnut pourtant qu'au 20 mars une partie de la nation avait accueilli Napoléon avec enthousiasme, croyant que le malheur et l'expérience l'avaient éclairé sur ce qui convenait à la dignité de la nation, mais il se hâta d'ajouter que l'acte additionnel avait fait évanouir cette illusion et qu'il était désormais

démontré pour tout le monde que la liberté publique ne pouvait s*établir en France sous un chef militaire ; il rappela que les puissances coalisées avaient déclaré n*étre en guerre que contre Napoléon ; il exprima l'opinion que l'armée vaincue n'était pas en mesure d'opposer aux alliés une résistance e£Scace, que si la lutte se prolongeait, elle succomberait avec gloire, mais elle succomberait certaine — ^ ^ ment, et que la France, épuisée par de si longues guerres, « ^ déchirée par les factions, deviendrait la proie de l'étranger. * Jusqu'à ce moment, l'orateur avait été écouté dans un profond silence. L'assemblée commença alors à donner des marques visibles d'émotion. M. Jay, se tournant vers le prince Lucien : « Et vous, lui dit-il, qui avez montré un » noble caractère dans Tune et l'autre fortune, retournez » vers votre frère et dites-lui que l'assemblée des repré- » sentants du peuple attend de lui une résolution qui lui » fera plus d'honneur que toutes ses victoires, qu'en ab- » diquant le pouvoir il peut sauver la France, que sa des- » tinée le presse, que dans un jour, une heure peut-être, » il ne sera plus temps. Je demande la nomination d'une » commission chargée d'aller inviter Napoléon à abdiquer » et lui annoncer qu'en cas de l'efus l'assemblée prononce- » rait sa déchéance. »

Des applaudissements vifs et redoublés accueillirent cette proposition. Déjà plusieurs députés se levaient pour l'appuyer, mais Lucien s'était élancé à la tribune. Il commença par écarter, comme empreintes d'exagération, les informations que contenait le rapport du ministre de la

police sur les divisions intérieures de la France et dont M. Jay s'était prévalu; il prétendit qu'en dépit d'une minorité factieuse, la grande majorité de la nation était unie à l'Empereur de cœur et de volonté, que les troubles de la Vendée touchaient à leur terme, que Tarmée n'était pas découragée, qu'on avait exagéré ses pertes, que déjà elle se ralliait, que la marche de l'ennemi ne pouvait être aussi rapide qu'on le supposait, qu'il restait encore d'immenses ressources, que la garde nationale mobilisée, ens'unissant à l'armée, assurerait la défaite de l'étranger; il s'étonna de voir qu'on eût la faiblesse d'ajouter foi aux promesses des coalisés après l'expérience de l'année précédente, lorsqu'il était évident qu'en promettant, comme alors, de respecter notre indépendance, ils ne cherchaient qu'à nous désunir pour nous vaincre plus facilement et nous réduire à l'esclavage ; il conjura, au nom de la patrie, tous les citoyens de se rallier au chef que la nîition venait de replacer si solennellement à sa tête. « Songez, dit-il en finissant, que » notre salut dépend de notre union et que vous ne pou- » vez vous séparer de l'Empereur et l'abandonner à ses » ennemis sans perdre l'État, sans manquera vos serments » et sans flétrir l'honneur national... »

Lucien avait parlé avec talent et quelques-unes des raisons qu'il avait développées étaient de nature à faire impression sur une partie de l'assemblée. M. de La Fayette s'empressa de lui répondre : « Vous nous accusez, » lui dit-il, de manquer à nos devoirs envers l'honneur, » envers Napoléon. A vez-vous oublié que les ossements

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