III
de celte préoccupation, ils s'étaient empressés, avant de partir pour T Allemagne, d'écrire à la commission executive, en lui rendant compte de cet entretien, qu'ils espéraient voir prendre un cours heureux aux négociations, que le choix des commissaires chargés de traiter d'une suspension d'armes pourrait y influer, et qu'on ne saurait trop leur recommander de dire aux alliés que Napoléon n'avait pas en France un parti considérable; ils avaient ajouté que l'évasion de Napoléon avant l'issue des négociations serait regardée comme une preuve de mauvaise foi de la part de la France et, pourrait compromettre essentiellement ses intérêts.
Telle était la substance de la dépêche arrivée aux Tuileries, au moment où le grand conseil convoqué par le duc d'Otrante était sur le point de se séparer. Elle y produisit un assez grand effeL Les membres du conseil, que la nécessité seule pouvait, pour la plupart, ramener aux Bourbons, se dirent naturellement qu'il n'était plus si urgent d'aller au-devant de Louis XVIIL Fouché luimême, quelque contrariété qu'il en éprouvât, se crut obligé de reconnaître que les informations transmises par les plénipotentiaires changeaient la face des choses. Sur sa proposition, on décida que Napoléon serait placé sous une stricte surveillance, et que des commissaires seraient envoyés aux générçiux ennemis pour négocier Tarmistice. On convint, d'ailleurs, de ne rien communiquer au public, ni même aux Chambres, de ce qui s'était dit au commencement de la séance.
Fouché s'occupa aussitôt de la nomination des commissaires qui devaient se rendre au quartier général des Anglais et des Prussiens. Il désigna le général comte de Valence» M. Flaugergues, le général Andréossy et M. Boissy d'Anglas avec M. de Labesnardière, directeur du ministère des affaires étrangères sous M. de Talleyrand et créature de ce ministre qu'il avait accompagné au Congrès de Vienne. Ce dernier choix était singulier. Le duc de Vicence en fit la remarque, mais Fouché répondit qu'on avait besoin d'un homme instruit des formes diplomatiques. En général, on pouvait remarquer que ces commissaires appartenaient à une nuance d'opinion bien moins hostile à la légitimité que les plénipotentiaires envoyés aux souverains. Les instructions qu'on leur donna leur prescrivaient d'essayer de faire accepter la rivière de Somme comme ligne de démarcation entre l'armée française et les armées alliées pendant la durée de l'armistice; si cette ligne ne leur était pas accordée, ils devaient en proposer une autre entre la Somme et l'Oise, à vingt lieues de Paris au moins ; dans le cas où l'on exigerait la remise de places fortes, ils étaient autorisés à en offrir une seule, pourvu que l'armistice fût étendu indéfiniment jusqu'à la conclusion de la paix; enfin, il leur était enjoint de se borner à entendre les propositions ou les insinuations qui leur seraient faites sur le gouvernement futuj de la France et à en rendre compte.
Partis de Paris le 28 juin, ils s'attendaient à ne trouver les forces ennemies que du côté de Noyon. A peine avaient-