‹ Histoire de la restaurationChapitre 5 sur 14 · CHAPITRE LU · texte numérisé non relu

CHAPITRE LU

Réaction monarchique produite par les élections. L'idée de changer la loi électorale fait des progrés. — Dissolution de la Sonété des Amis de la liberté de la presse. — Désordres à Brest à l'occasion d'une mission. Mesures énergiques prises à ce sujet par le gouvernement. — Projet d'une grande loi sur la législature, préparée par MM. de Serre et de Broglie à l'effet de soustraire les élections à l'action des démagogues, tout en donnant au gouvernement parlementaire des bases plus larges et plus libérales. — Tentative faite par MM. Decaies et de Serre pour former, sous la présidence du duc de Richelieu, un grand ministère où entreraient plusieurs doctrinaires et libéraux. Refus du duc de Richelieu. — Démission du général Dessoles, du maréchal Gouvion Saint-Gyr et du baron Louis, qui ne veulent pas consentir à modifier la loi des élections. Ils sont remplacés par MM. Pasquier, de La Tour-Maubourg et Roy, et M. Decazes devient président du conseil. Mesures prises pour rétablir la marine.

La joie que les élections avaient causée an parti ultra* 1 ibéral ne fut pas de longue durée. Il ne tarda pas à s'apercevoir qu'un orage se formait contre lu's et que la lutte qu'il avait si imprudemment provoquée allait s^engagersansqu'il fût encore en mesure de la soutenir avec avantage. La publication des résolutions préparées à Garlsbad et volées par la Diète de Francfort, survenant sur ces entrefaites, jeta dans ses rangs une grande irritation, mais aussi beaucoup

i28 HISTOIRE DE LA RESTAURATION.

de trouble et d'inquiétude. Il devenait évident que l'appui moral des grandes puissances, ou du moins de plusieurs d'entre elles, était désormais acquis à ses adversaires, et cela seul avait une grande importance. Mais les bruits

publics ne s'arrêtaient pas là : on disait que les souverains

réunis à Garlsbad exigeaient de là France un changement absolu de politique et la modification de la loi des élections, que les envoyés d'Autriche et de Prusse avaient remis au général Dessoles des dépêches très-explicites conçues dans ce sens, et les dénégations des journaux du ministère, celles même de quelques feuilles étrangères i qui l'on reconnaissait un caractère semi-officiel, ne trouvaient qu'assez peu de créance. Autant ces bruits inquiétaient et exaspéraient les libéraux dont les journaux s'épuisaient en invectives contre ce qu'Us appelaient le congrès de Garlsbad, autant ils inspiraient de satisfaction et de confiance aux ultra-royalistes qui en désiraient trop la réalisation pour ne pas y croire plus ou moins, et qui, en tout cas, jugeaient utile, dans l'intérêt de leur cause, de les accréditer. M. d'Herbouvilie, qui ne pardonnait pas à M. Decazes de lui avoir fait retirer, en 1816, la direction générale des postes, s'efforçait, dans le Conservateur^ de prouver que les principes proclamès^à Garlsbad devaient, quoi qu'en pussent dire les organes du ministère, influer sur les destinées de la France; il disait qu'une solidarité morale existe entre les rois, que les puissances, travaillant à détruire chez elles les semences menaçantes de la Révolution, ne pouvaient permettre au gouverne-

ment français de les entretenir chez lui pour que, de là, elles se répandissent sur l'Europe entière, que sa persistance à les favoriser le condamnait infailliblement à l'isolement et à la guerre, et que des hommes inhabiles ou pervers pouvaient être mis au ban des nations sans qu'il en résultât aucun ébranlement pour l'État qu'ils avaient failli perdre. M. de Bonald soutenait, dans la même feuille, que le gouvernement français pouvait être justement accusé d'avoir réchauffé dans son sein les germes de la contagion qui menaçait l'univers, qu'une nation n'a pas le droit de mettre les autres en périls et il exprimait le vœu que les chefs de la chrétienté comprissent enfin la nécessité absolue de réunir leurs efforts pour rejeter une horde perverse en dehors du monde civilisé. M. de Chateaubriand montrait, dans tous les désordres qui éclataient en Europe, le résultat du système suivi par le ministère français. Sur tous ces points, la Quotidienne i^diVlait à peu près comme le Conservateur.

Les écrivains qui tenaient ce langage repoussaient, avec une véritable fureur, le reproche que leur faisaient leurs adversaires d'en appeler à l'étranger !

Il y avait une grande exagération dans les espérances comme dans les craintes excitées par les délibérations qui venaient d'avoir lieu en Allemagne. Les puissances qui, à cette époque, n'eussent certainement pas souffert le renversement du trône des Bourbons ni la restauration de l'Empire Ou de la République, n'étaient pourtant pas disposées à intervenir directement dans les querelles in-

Page 1