‹ Histoire de la révolution d'Angleterre (volume 2)Chapitre 101 sur 109 · DOCUMENTS HISTORIQUES · texte numérisé non relu

DOCUMENTS HISTORIQUES

fflSTORIQUES

■^&Jh^'§^-o-

(Pagea 11 et 22.)

1<> if. de Bordtaux au cardinal Mazarin.

Londres, 15 teplembr* 1658.

Monseigneur^

Depuis ma lettre du 13^ dont le porteur a ëté arrêté à Douvres, Tordre y étant arrivé devant son passage de ne laisser sortir aucun vaisseau des ports , il m'a été témoigné de la part de M. le Protecteur qu'il souhaiterait que la cour de France prît le deuil de son père^ que ce serait une marque d'estime et un honneur dont il se ;sentlrait fort obligé au roi et à Votre Ëminence y étant très-nécessaire à Son Altesse qu'il paraisse que Sa Majesté le considère autant qu'elle a fait les. rois d'Angleterre et autres princes souverains amis et alliés de la France. I^a même personne qui m'a porté cette parok m'a aussi dit que Son Altesse espérait que j'assisterais à la cérémonie de l'onterremcnt^ et que, suivant l'usage^ Ton m'env43rrait le deuil. La dernière proposition a été plus importante; elle tend à ce que le roi assiste présentement le Protecteur de 50,000 livres sterling, très-nécessaires pour des dépenses pressantes; comme Tiutérôt du présent gouvei<-'

nement ne veut pas que le Parlement soit encore assemblé et que^ sans son consentement^ il ne se peut lever de l'argent^ le secours des amis est recherché : Fon promet de le rendre dans peu de temps, et même Ton se prêterait à donner quelque sûreté. J'ai, sur les deux premiers points, fait espérer une entière déférence au désir de Son Altesse, ne prévoyant pas que le roi fasse difficulté de prendre le deuil pour un prince qui était dans ses intérêts, ni aussi aucun inconvénient à suivre l'exemple de ce qui s'est passé aux funérailles du roi Jacques où les ambassadeurs de France se trouvèrent. Sur le dernier article, je n'ai pas parlé si positivement, et après avoir représenté notre grande nécessité, j'ai promis que le roi ferait son possible pour correspondre à la confiance que M. le Protecteur prend en son amitié. La somme est si modique, et il est si important que ce régime se maintienne, à quoi il y aurait quelque risque le Parlement ne s'assemblant et l'armée n'étant pas payée, qu'il sera sans doute trouvé à propos d'accorder ce prêt; j'ai fait espérer réponse précise dans peu de jours, et la diligence est essentieUe; aussi est-elle stipulée dans l'exécution; les ports étant fermés, il m'a été epvoyé des ordres pour le passage de ipon secrétaire qui rendra la présente à Votre Éminence. Ma lettre du 43 l'aura informée de la proclamation qui fut faite hier en la même forme que celle du défunt Protecteur et avec encore plus d'acclamations du peuple, et jamais la ville ne parut plus tranquille qu'elle ne l'a été dans ce changement ; au retour de la cérémonie, M. le Protecteur prêta le serment entre les mains du garde du sceau; après un petit discours, les ministres et ensuite le maire de Londres firent le serment de fidélité; maintenant l'on prépare les funérailles, et les ordres s'expédient pour faire dans les provinces la mêmç

proclamation.

Il n'y a rien du dehors qui soit considérable ; les ministres de Suède n'ont point encore nouvelle de la prise de Copenhague, mais bien espérance que leur maître en sera maître devant que les Hollandais y envoient du secours.

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Je n'ai plus qu'à fair^ ressouvenir \o{y^ Ë;u)iQeiicei dç la promesse qu'elle a faite au sieur Gédéon , dout loi offris méritent quelque reconnaissance ; il sera encore plus eu état de servir à l'avenir; et M. de Faulconbridge aura désormais plus de part aux affaires que ne lui en donnait le défunt Protecteur ; il professe de s'en prévaloir pour servir U France et Votre Ëminence quand les occasions s'en présenteront-

â* M. de Bordeaux au cardinal MaMorm.

Lopdrtt, 39 Hpta«brt I6SS.

Monseigneur j

La tranquillité qui a paru les premiers jours que H. le Protecteur a été proclamé dans Londres et dans les autres villes d'Angleterre continue toujours, et il paraît même une générale satisfaction de son gouvernement; les officiers de Tarmée professent aussi d'être fort résolus de le maintenir; et quoique l'on n'ait pas encore reçu nouvelle de Tarméed'Ir* lande^ il ne se doute point qu'elle ne soit de même sentiment. Quant à celle d'Ecosse, le général Monk ayant toujours été bien intentionné, et ayant dans ces derniers temps, donné des assurances de sa fidélité, elle n'est point révoquée en doute, et ainsi toutes choses demeureront au même état. Le Conseil s'assemble tous les jours pour régler les affaires ; et le pre- • mier acte qui a paru au commencement de cette semaine a été une déclaration qui confirme tous les officiers dans leurs charges; ils ne laissent pas d'être obligés de prendre nouvelles commissions. Avant-hier, le maître des cérémonies vint^dela part du Conseil, me donner avis de la mort du défunt Protecteur et de l'établissement du présent par la nomination légitime qui en avait été faite; il me fit ensuite entendre que l'on espérait des lettres de condoléance et de congratulation de Sa Majesté , comme aussi il était de Tusage que les ministres étrangers eussent de nouvelleslettres de créance; je lui témoignai qu'il en seraitusé aussi civilement que Son Altesse pouvait souhaiter. Je crois néanmoins qu'une seule lettre suffira, et

jusqu'à ce qu'elle soit aiTivée , je ne demanderai point audience; mais je n'ai pas laissé de témoigner au secrétaire d'État les sentiments que le roi et Votre Ëminence auraient du changement arrivé^ et d'assurer que Sa Majesté se porterait avec joie et chaleur à tout ce qui pourrait contribuer à la satisfaction de Son Altesse et du gouvernement. Ledit sieur secrétaire a professé que son maître aurait un ressentiment très-pai*ticulier de ces offres , qu'il ne serait pas moins zélé pour les intérêts de la France que son pcre^ et que la mort qui était amvée n'altérerait point l'amitié et liaison qui était entre les deux États ; il m'a même^ par Toffre de me venir poiier ces paroles^ engagé à prévenir sa visite pour lui confirmer encore plus particulièrement les dispositions de Sa Majesté en faveur du présent régime. M. Lockharta reçu ordre d'aller en diligence à la cour pour y faire savoir ce qui s'est passé ici, mais principalement pour y appuyer la proposition que je me suis donné l'honneur d'écrire à Votre Ëminence par ma précédente; il ne m'en a point été parlé depuis ; mais le sieur ambassadeur étant chargé d'en faire la poursuite, l'on témoigne assez que la chose est à cœur, et c'est avec beaucoup de liaison. C'est une opinion fort générale que le Parlement ne doit point être encore appelé, crainte qu'à l'ombre de ce corps il ne se forme des factions qui n'oseraient dans un autre temps éclater ; lorsque le gouvernement sera tout à fait établi et qu'il aura pris des mesures pour l'élection des députés, les délibéi-ations du Parlement ne pourront point être suspectes, et l'on pourrait, à toute extrémité, suivi-e sans péril l'exemple du défunt Protecteur; beaucoup croient que la nécessité d'argent sera capable de forcer celui-ci à prendre une autre résolution. Néanmoins ce besoin ne paraît pas si grand puisque, ces derniers jours, la solde a été augmentée, celle des cavaliers de ^4 sols, et celle de l'infanterie de î sols par jour, que depuis quelques années l'on leur avait retranchés : cette libéralité augmente la bonne disposition où ils étaient. Il se dit aussi que le général-major Lambert, dont les inclinations pouvaient êti-e

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suspectes, a donné des assurances de sa fidélité, el l'on ne peut voir qu'avec quelque étonnement une soumission si universelle après ce qui avait paru ces dernières années, prin- ' cipalement lorsque le deinier Parlement voulut mettre la couronne sur la tète du défunt Protecteur. Il ne se parle pas encore des affaires du dehors, et l'ambassadeur de Hollande ayant voulu en entretenir cejomd'hoi le secrétaire d'État, il Ta remis à un autre temps ; nous n'avons aucune nouvelle de Danemark, mais bien des bruits peu fondés que le roi de Suède a été fort maltraité en différentes attaques ; d'autres veulent que la ville de Copenhague soit prise; les ministres de ce prince ont arrêté plusieurs ofticiers de mai'ine, et entre autres un fort estimé, qui a servi sous le Parlement, pour commander la flotte dans la mer Baltique. • • .

(Pages 16 et 22.)

i<* ilf. de Bordeaux au cardinal Mazarin.

LoB(lr«t, 26 Mptembre 1658.

Monseigneur,

Je n'ai reçu que ccjourd'huy la letli-e dont Voire Éminencc m'a honoré^ en date du 16; elle me met en état de confirmer au secrétaire les paroles que je lui ai déjà portées de la bonne volonté du roi envers M. le Protecteur et dos sentiments de Votre Ëminence sur tout ce qui regarde l'intérêt du régime d'Angleterre ; je satisferai à cet ordre aussitôt que le sieur secrétaire sera en état d'être vu^ et ne manquerai pas de lui témoigner particulièrement l'estime que Votre Éminence en fait. 11 a tous ces jours gardé le lit; néanmoins sa maladie ne passe pas pour dangereuse. Je ferai aussi les amitiés qui me sont ordonnées pour le mylord Faulconbridge et le général

lui avait laissé. Je ne puis rien dire de certain des fonds qu'il a laissés; le bruit public veut que sa famille soit fort riche^ encore qu'il paraisse laisser bien des dettes, dont les créanciers sont autant de personnes attachées au gouvernement présent. Je ne me serais pas^ Monseigneur, tant étendu sur ce qui se dit présentement, sans Tordre que Votre Éminence me donne de rinformer exactement de toutes nouvelles, à quoi je ne manquerai pas tous les ordinaires s'il y a sujet d'écrire, et mon silence sera une marque qu'il ne sera rien venu à ma connaissance. Je n'apprends pas que, depuis ma dernière lettre, ni M. le Protecteur, ni le Conseil qui continue d'agir, aient rien fait de considérable; Son Altesse a reçu tous ces jours les civilités des particuliers et les compliments du maire de Londres. Il a aussi, suivant l'exemple du défunt, passé quelques jours dans la prière, et demain la ville doit être en jeûne sur le même sujet; toutes les relations qui s'écrivent de la campagne assurent que la proclamation s'y est faite avec encore plus de démonstrations de joie qu'à Londres; et l'estime de M. le Protecteur augmente tous les jours, étant vrai que ceux qui l'ont visité en sortent fort satisfaits. Il prpfesse de ne souhaiter que le bonheur de la nation et l'amitié de la noblesse. Après que j'aurai entretenu le secré> taire d'État, je pourrai parler plus précisément de ses dispositions à l'égard du dehors, d'où il est aiTÎvé depuis peu un courrier à l'ambassadeur de Hollande qui assure que Copenhague et Cronembourg peuvent attendre les secours de MM. les États généraux ; un envoyé du roi de Suède, arrivé aussi cette semaine, prétend que la dernière de ces deux places était à l'extrémité lors de son départ.

2o Jf . de Bordeaux au cardinal Mazarin,

Londrei, SO septembre 1658.

Monseigneur, L'indisposition du secrétaire d'État qui continue, et les occupations qu'ont eues les autres que la dernière lettre de

HISTORIQUES. Ul

Votre Éminence m'ordonne de voir de sa part^ ne m'ont pas encore permis de satisfaire à cet ordre ; inais j'espère que le prochain ordinaire en portera Texécution. Je n'ai pomrtant rien à ajouter à mes précédentes touchant l'état des affaires d'ici, si ce n'est que ces deiiiiers jours les ofiiciers de l'armée ont été donner à M. le Protecteur de nouvelles assurances de leur obéissance; ils l'ont aussi prié de vouloir suivre l'exemple de son père, et de remplir les places vacantes du Conseil et de l'armée de personnes dévouées. Le lieutenant général Pleetwood portait la parole ; ils reçurent une réponse en termes généraux qui les satisfit ; il est amvé en même temps nouvelle de la proclamation faite en Ecosse avec applaudissement de l'armée; celle d'Irlande n'a pas témoigné moins de joie; ainsi M. le Protecteur et son Conseil n'ont plus présentement d'affaires qui les pressent que de trouver de quoi acquittçr les arrérages dus aux troupes. 11 m'a élé confirmé que M. Lockhart devait aller à la cour pour faire la même proposition que j'ai déjà écrite; mais devant son arrivée j'aurai vu rintention de Sa Majesté; et si elle est telle que je la sou liai te^ Votre Éminence aura sans doute trouvé à propos de me charger de la réponse qui est attendue avec assez d'impatience ; le retardement a fait renouveler depuis peu Tordre audit sieur ambassadeur de partir.

Il se pai'le assez publiquement parmi les marchands de la paix avec TEspagne, et quelques-uns veulent que déjà l'ouverture en ait été faite au nom de don Alonzo de Cardeâas ; mais le temps n'est pas encore propre à traiter de cette matière.

J'apprends présentement qu'il est arrivé un courrier de la part du roi de Suède^ qui écrit à M. le Protecteur la prise de Cronembourg par capitulation; la même lettre fait attendre dans peu celle de Copenhague. Ce sont les seules nouvelles du dedans et du dehors d'Angleterre.

3« M. de Bordeaux au cardinal

IiODdm, 10 octobre ift&8.

Monseigneur^ Je ne puis encore écrire à Votfe Éminence l'exécution de ce qui m'a été ordonné, le manquement de lettres de créance m'empéchant de voir M. le Protecteur^ et Tindisposltion du secrétaire d'Etat le rendant inaccessible. Je n'aurais pas laissé de proposer^ par la voie de celui qui m'a fait savoir la nécessité d'argent d'ici, le moyen d'en recouvrer en France dont mon père m'a écrit de la part de Votre Éminence^ si je n'eusse été assuré que l'on n'y est pas en état de se prévaloir de cet avis^ et que quiconque aurait à Londres de bons effets ne manquerait pas d'argent et ne serait pas obligé d'en chercher ailleurs

11 se parle plus positivement que par le passé de la convocation d'un Parlement, soit que M. le Protecteur ait un véritable dessein et nécessité de l'appeler ou qu'il juge à propos de le faire espérer. Tout le monde néanmoins demeure d'accord qu'il n'est pas encore de son intérêt, bien que toutes les armées et les villes principales professent, par des déclarations qu'elles lui adressent tous les jours, de vouloir donner leurs vies et biens pour la conservation du gouvernement en la forme qu'il est établi; la milice de Londres lui en a depuis peu fait grande protestation aux mêmes termes qu'était la déclaration de l'armée, et il n'a jusqu'à présent rien paru pour détruire cette union que quelques prêcheurs qui ont déclamé contre M. le Protecteur avec assez de liberté; il ne témoigne pas s'en mettre en peine, et même, prenant une conduite différente de celle du défunt^ il a commencé de donner la liberté à beaucoup de prisonniers ^ entre autres, le duc de Buckingham l'a eue pour quelques jours, avec espérance de prorogation.

Il n'est point arrivé de nouvelles du Nord depuis celles que le roi de Suède a écrites après la prise de Cronembourg.

Ses ministres ont eu quelques conférences avec des commisssires du G)nseil^ et il se disait aujourd'hui que quatre vais* seaux d'Ëtat swtent des Dunes pour aller vers le'Sund; l'ambassadeur de Hollande demanda aussi^ après avoir fait ses compliments, des coittmissaires pour conférer sur des affaires très -pressantes; ils ne lui ont point encore été envoyés^ et Ton pourra bien différer jusqu à ce qu'il arrive des nouvelles du siège de Ck)penbague. Le bruit courait ici que le roi de Danemark en était sorti et avait battu la flotte des Suédois ; mais il ne se trouve point d'auteur certain de cet avis

(Pag«t 18 et 99.)

i<^ Jf. de Bardeaux au cardinal Maxarin.

Loii4rM,5Mtolitti6M.

Monseigneur^

La lettre qu'il a plu à Votre Éminence de m'écrire le S3 me fut rendue hier; j'avais le jour de devant assuré M« de Faulconbridge de la bonne volonté du roi envers H. le Protecteur et de l'honneur que Sa Majesté rendait à la mémoire du défunt en prenant le deuil et professant un regret trèsparticulier de sa mort Je témoignai aussi audit sieur Faulconbridge l'estime que Votre Ëminence en faisait et l'amitié dont elle l'honorait; il reçut ces civilités avec toutes les marques de reconnaissance qui s'en pouvaient attendre et me professa un véritable zèle pour son service et un attachement aux intérêts de la France. Je l'exhortai à persévérer dans ces bons sentiment^^ lui laissant entendre que ses services ne seraient pas rendus à une cour ingrate; si l'on désire s'en prévaloir^ il faut user de gratifications, les Anglais n'étant pas aisés à gagner par de simples promesses, et ledit sieur étant d'humeur à profiler de la conjoncture, de crainte que

Ué DOCUMENTS

le feni|it ne change. Si Votre f*mhmnre, juge à propos de Rattacher dans le serriee da roi et d'en fiûie la dkÉpense, je poomi faire une proposition phis précise^ et apparemment elle ne sera pas rejetée ni ansâ l'argent mal employé. La bonne dîspontion où ledit sieur mé parut me lui fit demander s'il s'était bit aucune ouferture de paix arec l'Espagne, comme l'on me TaTait rapporté, et si quelques bourgeois de Londres avaient été chargés de la fiûie espérer; il m'a désavoué le dernier, et est demeuré d'accord que don Alonio de Cardeilas a lait dire que, si ce régime était porté à l'accommodement, il recevrait du roi d*Espagne plus d'avantages que la guerre ne lui en peut produire ; que cette offie a été rapportée sans être mise en délibération, et que les affidres domestiques ne permettent pas de songer encore à d'autres. Il me fut aussi confirmé qu'il y avait grand manquement d'argent et que l'on chercherait toute antre voie que. celle du Parlement pour en avoir; il me demanda si je n'avais point eu de nouvelles sur la tentative qui m'avait été faite. Je témoignai que toutes les propositions de cette nature étaient d'ordinaire accompagnées de tant de difficultés que les résolutions étaient fort lentes, et qu'encore que la volonté fût bonne, faute de puissance l'effet n'y répondait pas toujours. M. Lockhart, qui doit être présentement à la cour, traitera de cette affaire. Le secrétaire d'État me fit hier savoir qu'il avait ordre de s'y rendre , et portait au roi des lettres de créance en la forme ordinaire que l'on a dans de semblables conjonctures ; il s'excusa aussi sur son indisposition de n'être pas venu me voir, me faisant espérer que dans peu de jours il serait en état de m'entretenir des affaires d'ici; Je témoignai à son commis grande impatience de lui communiquer ce qui m'avait été écrit de la cour sur ce même sujet, et lui fis promettre de m'entretenir quand sa santé le permettrait. Jusqu'à ce temps, je ne puis exécuter les ordres de Votre Éminence, ni faire autre diligence pour persuader les nécessités du roi, après ce que j'en ai dit à M. de Faulconbridge; et dès la première fois qu'il me fut parlé d'emprunt, je répondis

avec toute la rëserye nécessaire pour ne pas engager Sa Majesté à un secours impossible. Il ne me fallait pas consulter mon père pour reconnaître la difficulté qu*il y a de tirer de l'argent du roi ; je ne l'éprouve que trop moi-même^ et elle m'oblige encore à demander à Votre Éminence le paiement qu'elle me fait espérer depuis six mois et sans lequel mes lettres de change seront protestées ^ ne sachant autres fonds pour les acquitter ; si c'est son intention que je sois payé, comme j'ai sujet de l'attendre de sa justice et de sa bonté^ je la supplie que ce soit sans remise^ et aussi de me mettre à l'avenir en état de ne plus l'importuner^ ce que je fais avec autant de peine que Votre Éminence en peut avoir à donner l'ordre qui m'est nécessaire

2» M. de Bordeaux au cardinal Mazarin.

Londres, t4 oclobrt 1658.

Monseigneur, Je ne rendrai qu'après-demain la lettre du roi et celle de Votre Ëminence à M. le Protecteur; mais dès la semaine passée, je détruisis les impressions que ce retardement pouvait avoir causé, dans la visite que je rendis au secrétaire d'État, par les assurances qu'il reçut de la disposition de Sa Majesté et de Votre Ëminence envers le régime d'Angleterre. Je ne manquai pas aussi de lui faire offre de l'amitié de Votre Éminence et de témoigner l'estime particulière qu'elle en faisait ; il professa d'être, aussi bien que Son Altesse, fort persuadé qu'il était de leur intérêt d'entreteirir l'alliance que le défunt Protecteur avait faite avec la France, et aussi de se sentir fort honoré de l'estime de Votre Éminence, sans néanmoins se départir des expressions générales sur la demande que je lui fis de son amitié ; mais aussi n'oublia-t-il rien qui pût me persuader son zèle en tout ce qui regarderait l'intérêt public et celui de Votre Éminence

Quand au mylord Faulconbridge, je ne doute point que la dépense n'en soit bien employée^ et après avoir fait découvrir son sentiment^ j'en écrirai plus particulièrement.

... Je n'ai rien à écrire du présent que les assemblées de quelques officiers de l'armée^ dans lesquelles ils avaient résolu de demander à M. le Protecteur un général de leur corps, et qu'à l'avenir aucun officier ne fût cassé que par le Conseil de guerre ; les discours vigoureux que Son Altesse leur a tenus ont un peu dissipé cet orage, et les principaux d'entre eux ont désavoué d'avoir eu part à ce Conseil; c'est néanmoins l'opinion commune que le lieutenant général Fleetwood et le major général Desborough, le premier beau-frère et l'autre oncle, ont suscité les autres; et bien que l'on témoigne aujourd'hui mépriser cette faction anabaptiste et qu'il leur ait été défendu de s'assembler sur ce sujet, il leur sera néanmoins donné quelque satisfaction, et il se parle de leur accorder que ledit sieur Fleetwood, qu'ils veulent pour général, demeure commandant en chef des troupes d'Angleterre et d'Ecosse, avec un pouvoir plus grand qu'il n'a présentement, ûitte affaire semble avoir un peu éloigné la convocation du Parlement, y ayant danger de l'assembler devant que les esprits de l'armée soient réunis ; il passe néanmoins pour constant que l'on ne peut subvenir aux nécessités de l'État par aucune autre voie. Votre Éminence en aura sans doute entendu parler plus particulièrement à M. Lockhart. . .

HISTORIQUES. fa

(Page ^. — Pour les dépêches des 15 et 39 septembre, 8, 10 et

24 octobre, voir les n" I, II, III.)

M. de Bordeaux au cardinal Maxarin.

Londres, Si oetobrt 1658.

Monseigneur^

Devant que j'eusse reçu la lettre qu'il a plu à Votre Éminence de m'écrire le 26^ j'avais, sur la recherche que me fit hier l'un des ministres de Suède, offert de passer tous les offices possibles pour porter M. le Protecteur à secourir d'un nombre de vaisseaux le roi de Suède; mais ayant reconnu, dans la dernière visite que je rendis au secrétaire d'Ëtat, le peu de disposition que l'on a ici de contribuer à la perte du roi de Danemark , je ne me serais pas tant pressé de parler de cette assistance si Votre Éminence ne me l'ordonnait. Dès demain je demanderai conférence avec ledit secrétaire d'État et lui représenterai que, le roi de Suède étant à la veille d'être accablé par le grand nombre de ses ennemis, l'Angleterre recevrait plus de préjudice de sa ruine que de celle de son ennemie et n'oublierai aucune raison capable de persuader qu'il faut envoyer en diligence une escadre de vaisseaux que depuis quelques jours on a tenue prête aux Dunes, apparemment pour donner de la jalousie aux Hollandais; mais leur ambassadeur a pu facilement reconnaître que ni la conjoncture des affaires d'Angleterre, ni l'inclination des ministres ne permettaient pas que ce secours fût envoyé; et le ministre de Suède, qui me vint voir hier, m'avoua que, comme Anglais, il ne trouvait pas que M. le Protecteur dût se mêler de cette querelle. Dans mon audience de lundi dernier, il ne se passa rien d'extraordinaire; après avoir rendu la lettre du roi, je présentai celle de Votre Éminence et fis toutes les offres dont

elle m'avait chargé; M. le Protecteur s'étendit fort sur l'estime particulière que défunt son père avait de Votre Éminence et la confiance qu'il prenait en son amitié ; il protesta se sentir fort , obligé qu'elle lui continuât les mêmes sentiments^etme pria de l'en conjurer encore particulièrement et de l'assui^er de ses services en attendant que lui-même le fit, par la réponse qu'il prétend de rendre à la lettre de Votre Éminence. Les officiers de l'armée ne se départent point do leurs demandes^ et même il passe pour certain que M. le Protecteur ne leur a encore rien accordé; il doit leur déclarer que, le Parlement ayant établi le gouvernement^ le même corps doit consentir aux changements qu'ils prétendent y apporter. Celte décision donne grande espérance aux républicains^ et quelques-uns des principaux sont venus à Londres depuis peu; mais tout dépend de la disposition des troupes d'Ecosse^ et si elles se trouvent bien intentionnées, comme on le présuppose^ il ne sera pas difficile d'arrêter les menées de ces officiers. Maintenant le lieutenant général Fleetwood et le major général Desborough paraissent adhérer à leurs sentiments; c'est un effet de la jalousie qu'ils ont eue de ce que M. le Protecteur prenait plus de confiance à d'autres qu'à eux. Le mylord Faulconbridge est celui qui les a choqués davantage; il faut que dans peu l'affaire soit réglée, et l'assemblée de demain découvrira l'esprit des factieux; les apparences ni la raison ne veulent pas qu'ils se portent aux extrémités. J'ai fait pressentir ledit mylord Faulconbridge sur le présent que Votre Éminence a pensé de lui faire; il le recevra et s'engagera à servir. Quelques pierreries pour sa femme seraient plus propres que de l'argent; il s'était attendu à deux Barbes, la mortalité s'étant mise dans les écuries de M. le Protecteur. Ce présent serait bien venu

(Page 35. --Pour la dépêche du 31 octobre, voir le n« lY.)

i"" U. de Bordeaux au cardinal Mazarin.

LoadrM, li MTtmbrt 1658.

MoDseîgneur^ Depuis la dernière lettre que je me suis donné i*honneur d'écrire à Votre Éminence^ il ne m'a pas été possible d'entretenir le secrétaire d'État des affaires de Suède; mais, ayant eu prétexte de visiter les principaux ministres du Conseil, où maintenant toutes les résolutions se prennent, je me suis prévalu de l'occasion pour leur faire connaître qu'encore que l'Angleterre semble n'avoir pas d'intérêt à favoriser la réunion de la puissance du Nord sous un seul prince, M. le Protecteur devait employer ses forces navales à la conservation du roi de Suède qui se trouvait engagé dans une entreprise dont le mauvais succès ne pouvant qu'être suivi de sa ruine entière, ses ennemis se trouveraient en liberté d'assister les nôtres, et d'agir aussi bien contre TAngleterrc que contre la France. Cette considération et les autres raisons dont je me suis servi semblaient avoir porté le garde des sceaux, président du Conseil, et le général Montagne dans les sentiments qui s'en peuvent souhaiter ; et, peu de jours après, l'affaire ayant été prise en délibération, les autres ministres se trouvèrent si disposés à suivre leur avis qu'il fut envoyé des ordres à la flotte des Dunes de se tenir prête à faire le voyage du Sund. Néanmoins, depuis trois jours, toutes ces dispositions sont changées, et il me fut rapporté hier d'assez bonne part que Son Altesse ne se mêlerait de cette querelle, qu'elle attribue en partie à laversion qu'ont quelquesuns du Conseil contre tout ce qui est désiré par le lieutenantgénéral Fleetvrood, dont le frère agit ici pour le roi de Suède.

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Il y a aussi dans le Conseil quelques ministres fort zélés pour les intérêts de Hollande. Les uns et les antres trouvent, dans Vétat présent des affaires d'Angleterre, un assez beau prétexte pour empêcher que M. le Protecteur ne s'engage dans une nouvelle guerre. Encore qjue cette répugnance ne-soit pas facile à vaincre, je ne laisserai pas de continuer mes instances pour renvoi d'un secours de vaisseaux, et si lé secrétaire d'État se rend inaccessible, je demanderai audience afin de satisfaire les Suédois qui n'oublient pas présentement de rechercher mes offices, ni moi de les en assurer, et des derniers ordres que j'ai reçus de Votre Éminence.

J'étais en peine de savoir d'où procédait la froideur du secrétaire d'État ; mais hier le milord Faulconbridge m'en découvrit sans doute le sujet, m'avertissant que M. Lockhart a depuis peu écrit que Votre Éminence lui avait paru tout autre qu'elle n'était' durant la vie du défunt Protecteur ; que l'on était ici fort piqué du refus des cinquante mille livres sterling, cette somme n'étant pas si considérable qu'elle ne pût être trouvée si les dispositions du passé n'étaient pas changées; qu'au reste, M. le Protecteur se serait senti fort obligé de cette assistance, non pas tant pour l'avantage qu'elle lui aurait produit que parce que cela lui aurait été une marque certaine de l'amitié du roi ; et que quand les affaires ne lui auraient pas permis de l'acquitter si tôt, il n'aurait pas laissé d'être en état de rendre à la France des services assez importants pour dédommager Sa Majesté du retardement. Je témoignai au dit sieur Faulconbridge que l'on avait mal reconnu les sentiments de Votre Éminence, et que quiconque en jugerait par ses propres intérêts ou par ceux de la France ne pourrait pas douter qu'elle ne considérât autant l'amitié de M. le Protecteur d'aujourd'hui ; que, quant à l'emprunt, il fallait attribuer à la seule impuissance, et non pas au défaut de volonté, les difficultés qu'avait trouvées M. Lockhart ; et, après avoir employé toutes las raisons qui pouvaient persuader le dit sieur Faulconbridge de l'un et l'autre, je le priai d'en parler aux mêmes termes et

d'effisuser les impressions contraires qui avaient été données à Son Altesse (il me le promit)^ et de m^avertir exactement du succès. Pour Tencourager davantage^ je lui laissai entendre que Votre Éminence songeait à faire faire un présent à sa femme; ce sera une dépense assez utile; mais il ne me parait pas moins nécessaire de faire quelque effort^ dans la conjoncture présente, en faveur de M. le Protecteur; à moins qu'il ne vienne à succomber^ il n'y a rien à perdre^ et son naturel fort généreux donne sujet de croire qu'un bienfait ne peut être mieux placé.

Les dernières nouvelles que j'ai écrites d'ici auront peut-être fait appréhender quelque notable altération dans FËtat d'Angleterre^ et il est vrai que la chaleur avec laquelle quelques officiers de l'armée se portaient pour obtenir leurs demandes, et la ferme résolution de M. le Protecteur de ne rien accorder, faisaient faire à tout le monde de mauvais pronostics ; mais, depuis quelques jours, les officiers ont beaucoup changé de conduite, et, soit que les principaux aient été gagnés ou qu'ils jugent ne pouvoir venir à bout de leur dessein sans se porter aux extrémités, ils n*ont fait aucune instance, ni même remis la proposition sur le tapis dans leurs assemblées, qu'ils continuent tous les vendredis, sous prétexte de dévotion. La semaine .passée, le milord Faulconbridge, le général Montague et deux autres colonels avec des officiers subalternes de leurs amis, y assistaient sans que les autres s'en formalisassent ; et, apparemment, ils continueront de s'y trouver afin d'arrêter par leur présence les menées de quelques-uns plus factieux que les autres. Le sieur Kleetwood n'a point eu d'autre commission que celle de lieutenant général dont il n'est pas bien satisfait; Ton veut qu'ayant promis, au nom de M. le Protecteur, à tous les ofTicien, entière satisfaction sur leurs demandes, il ait été désavoué ; la disposition de son esprit ne fait rien appréhender de cette injure, et, suivant l'opinion la plus commune, M. le Protecteur n'aurait pas de peine à dissiper tous ces mécontentements s'il avait de l'argent pour payer les arrérages dos

à Tarmëe; mais.s^il est nécessite d'appeler un Parlement, Ton peut avec quelque raison appréhender que ce corps, se sentant appuyé d'une partie de l'armée, n'affaiblisse son autorité, encore que les Presbytériens et toute la noblesse lui soient entièrement favorables. C'est tout ce qui se peut écrire présentement des affaires du dedans d'Angleterre. . . .

2o 3f. de Bordeaux au cardinal 3Iazarin.

Londres, 18 noTembrt 1658.

Monseigneur, J'avais espéré de faire savoir à Votre Éminence, par l'ordinaire d'aujourd'hui, en quelle disposition le secrétaire d'Etat m'avait paru touchant les affaires de Suède; mais il a encore évité tous ces jours de me voir, sous prétexte de sa mauvaise santé et des affaires ; les ministres de Suède n'ont pas trouvé plus de facilité à l'aborder, et ses fuites semblent ne pouvoir procéder que d'une résolution déterminée de n'accorder aucun secours ; comme l'on attend tous les jours des nouvelles de ce qu'aura fait la flotte de Hollande , que d'ailleurs la saison d'envoyer des vaisseaux dans la mer Baltique se passe, ce régime peut avoir la pensée de gagner du temps, afin de se défendre avec plus de couleur de nos instances. Dans cette impossibilité de rien avancer par mes offices, je ne puis que faire connaître aux susdits ministres suédois mes diligences et ma bonne volonté; ils témoignent être persuadés de l'un et de l'autre; j'ai aussi quelque soupçon que le secrétaire d'État m'évite, prévoyant l'embarras où il se trouverait si je le mets sur la négociation du sieur Bodkii^s qui m'a rapporté que, depuis deux jours, ledit sieur secrétaire d'Etat lui parait incliner à l'accommodement avec l'Espagne, et lui a promis dans peu une réponse précise avec des dépêches pour Flan* dre; suivant son rapport, le sieur Downing aura ordre d'entrer en conférence avec don Estevan de GamaiTe, et M. le Protecteur se contentera d'abandonner les conquêtes de l'Amérique pour la liberté à quelques vaisseaux anglais d'y trafiquer.

Les bruiU publics sont assez conformes à cet avis} et le mylord Faulconbridge me représentant la plupart des minis^ très du G)n8eil assez enclins à raccommodement, il y aurait lieu de croire que cette disposition serait affectée afin d'échauffer la volonté du roi en faveur de ce gouvernement, s'il n'était certain que le parti anabaptiste de l'armée et les républicains souhaitent la paix, qu'aussi la nécessité de l'argent est telle que l'espérance d*en retirer de l'Espagne fera écouter à M. le Protecteur toutes ces propositions, et que tant lui que les autres veulent se rendre agréables au peuple. Ce n'est pas néanmoins une affiûre à être traitée présentement ni à être résolue si tôt ; je tâcherai de découvrir certainement ce qu'il en est, après avoir traversé cette résolution

Je ne laisse pas d'être persuadé de quelque altération dans les esprits d'ici à Tégai'd de la France; il n'y a pas moins de sujet de croire que M. le Protecteur pourrait bien souffrir grande diminution dans son pouvoir; les officiers de l'armée n'ont point tous ces jours renouvelé leurs prétentions et paraissent fort soumis; mais les principaux ne sont point encore satisfaits, et l'on les voit tous les jours en conférence avec les chefs du parti républicain ; il se remarque aussi que quelques-uns des ministres du Conseil, qui étaient fort zélés pour l'intérêt du Protecteur, s'en détachent, craignant de succomber avec lui; d'autres, plus fermes dans leurs prin* cipes, sont menacés d'être chassés avec quelques officiers de l'armée bien intentionnés, et il ne se prend aucune résolution pour dissiper cette faction, ce qui fait appréhender qu'enfin elle ne prévale, nonobstant la bonne volonté que les Presbytériens et la noblesse témoignent à M. le Protecteur. Il laisse présentement agir le Conseil avec entière liberté et autorité, et la plupart des résolutions se prennent suivant le désir des officiers de l'armée; on veut que leurs desseins éclateront après les funérailles qui se devaient faire demain; mais elles ont été remises, sans marquer un autre jour

t54 DOCUKENTS

3« Jf . de Bordeaux à M. de Brierme,

Monsieur, J*ai enfin entretenu le secrétaire d'État la semaine passée. Comme les intérêts de Suède étaient le principal motif qui me faisait souhaiter cette entrevue, ils ont aussi fait la principale partie de notre conversation. Je le priai de faire savoir à Son Altesse et au Conseil que le roi, voyant ce prince à la veille d'être accablé par le grand nombre de ses ennemis^ et TÂngleterre seule étant capable de le garantir d'un si grand danger par ses forces navales, il m'avait été ordonné d'inviter Son Altesse à lui donner toute l'assistance que l'état de ses affaires permettait, n'étant pas moins l'intérêt de l'Angleterre que de la France de conserver un prince dont la puissance divertit nos ennemis communs et les empêche de tourner contre nous leurs forces. Le dit sieur secrétaire me répondit qu'il était vrai que jusqu'à cette heure Son Altesse n'avait pas jugé à propos de prendre part en la querelle du roi de Suède, qu'elle était peu satisfaite de son entreprise et de la manière dont il en avait usé, rompant un traité si solennel , fait par l'entremise des ministres d'Angleterre, sans donner aucune participation du motif d*un si grand changement; qu'aussi ce n'était point Tintérêt d'ici de favoriser la réduction de tous les pays septentrionaux sous l'obéissance d'un même prince, et que Sa Majesté n'ayant point jusqu'à cette heure paru vouloir appuyer cette conquête, M. le Protecteur n'avait pas cru y devoir contribuer; mais que s'y voyant maintenant invité, il mettrait en délibération et déférerait sans doute aux considérations que j'avais touchées et au désir du roi. J'assurai que Sa Majesté prendrait en fort bonne part cette complaisance, bien que le fruit en dût rej£lillir principalement sur l'Angleterre. J'avouai aussi que d'abord le procédé du roi de Suède n'avait point été approuvé en France, mais que tous les ressentiments devaient céder à l'intérêt que nous avons tous de maintenir ce prince, et je priai le dit sieur secrétaire

de représenter à Son Altesse que désormais il ne se pouvait plus différer de prendre résolution sans s'exposer à de grands inconvénienls ; il en demeura d'accord et me promit une réponse précise le jour méme^ ou tout au plus tard le lende-< main. Il me demanda ensuite si nous ne faisions pas élat de continuer les assistances que Sa Majesté avait données au roi de Suède par le passé ; ce discours m'ayant fait juger qu'il pouvait avoir la pensée de demander cet argent pour le remboursement de la dépense que coûterait Tarmement navale je voulus lui éloigner cette espérance en lui témoignant que les efforts du passé pourraient bien avoir mis le roi hors d'état de rien faire présentement, et que notre nécessité était grande puisqu'elle n'avait pas permis d'accorder à Son Altesse l'emprunt qu'elle avait demandé, à quoi sans doute le roi se serait porté plus volontiers qu'à l'assistance du roi de Suède ) je trouvai que mon pressentiment n'était pas tout à fait mal fondé, et le dit sieur secrétaire me déclara asset ouvertement que c'était sa visée, m'exagérant la grande nécessité de son maître, et qu*il n'était pas juste de lui faire porter toute cette dépense; mais lui ayant fait considérer que jusqu'à présent l'Angleterre ne s'était mise en aucuns frais et que néanmoins elle avait tiré tout le fruit de la diversion que les Suédois avaient faite en Allemagne puisque, sans elloi Dunkerque n'eût pu être pris, que Sa Majesté avait déjà déboursé cette année jusqu'à 400,000 fr,, et qu'en invitant M. le Protecteur à secourir un ami commun, je ne prétendais pas lui demander assistance pour la France ; il n'insista pas davantage sur cette proposition et me laissa espérer que la résolution de M. le Protecteur serait conforme au désir de

Sa Majesté

Cette conférence arriva le 21 au soir ; le lendemain ledit sieur secrétaire, au lieu de m'envoyer réponse, me proposa une autre conférence pour le 23, me conviant, à cause de son indisposition, de me rendre chez lui; à quoi ayant satisfait, je le trouvai avec l'un des gardes des sceaux, et ils me déda-

rèrent que Son Altesse ayant été informée de ce que Sa Majesté m'avait ordonné de lui faire savoir^ elle les avait députés pour recevoir encore de moi plus particulièrement ses intentions; je leur fis les mêmes ouvertures^ et ils me tinrent aussi les mêmes discours que j'avais entendus dudit secrétaire^ se plaignant toujours du roi de Suède. J'entrai dans leurs pensées et professai que le roi n'avait pas plus de sujet de s'en louer^ mais que ce n'était pas le temps de témoigner notre ressentiment^ qu'il fallait plutôt songer à donner de l'occupation aux troupes d'Allemagne, à moins que nous ne voulussions exposer nos conquêtes de Flandre à un danger très-certain; enBn^ après beaucoup de raisonnements, lesdits commissaires me demandèrent encore si Sa Majesté ne continuerait pas d'assister le roi de SuèdC; et ce qu'elle ferait en cas que l'envoi d'une flotte attirât la guerre entre l'Angleterre et la Hollande^ comme il y avait assez d'apparence, remontrant qu'il ne serait pas juste que Son Altesse soutint seule cette guerre et fût abandonnée de la France; je leur parlai du premier point aux mêmes termes que j'avais déjà fait au sieur secrétaire d'État^ et leur ôtai l'espérance que nous voulussions acheter le secours d'Angleterre; mais sur les suites qu'il pourrait produire, je fis entendre que Sa Majesté s'intéresserail en tous les événements, après néanmoins avoir déclaré que je n'avais aucun ordre de rien avancer, n'ayant pas été prévu que Son Altesse dût appréhender la rupture avec les Provinces-Unies pour envoyer du secours à un prince de ses amis^ l'usage observé entre toutes les nations le permettant et les Hollandais même en donnant l'exemple. Lesdits sieurs commissaires me demandèrent par écrit cette assurance^ et m'en étant défendu sui* ce que mes ordres ne s'étendaient qu'à les inviter à secourir le roi de Suède pour leur propre intérêt, enfin nous demeurâmes d'accord que je leur donnerais seulement ma proposition pour servir de fondement à la délibération du Conseil^ qu'il me serait fait une réponse contenant le désir de Son Altesse, sur laquelle je déclarerais mon sentiment, et qu'aussitôt je dépêcherais encore pour sa*

voir plus particulièrement les intentions de Sa Majesté sur le traité de garantie que Son Altesse désire devant que de s'engager au secours du roi de Suède. Tous ces papici*s ont été envoyés de part et d'autre depuis hier au soir, et ledit secrétaire d'État m'a encore, en recevant les miens^ pressé de dépécher un exprès, crainte que le roi étant éloigné de Paris, les lettres ne demeurent en chemin trop longtemps et que cependant les afibires des Suédois ne dépérissent. C'est, Mon» sieur, ce que je n'ai pas refusé pour ne pas donner un titre au régime d'Angleterre de différer plus longtemps la résolu«tion dont je le presse. Comme les Hollandais sont entrés dans Copenhague et que de quelques jours ils ne seront pas en état d'y transporter un second secours, soit qu'ils le prennent de Tarmée de Brandebourg ou de leur propre pays, les Suédois étant encore maîtres de la mer Baltique, suivant les avis de leurs ministres d'ici, l'on aura le loisir de conclure le traité proposé dont j'aurais souhaité que lesdits sieurs commissaires m'eussent donné des articles pour les envoyer; mais ils ne veulent pas entrer plus avant devant que d'être assurés de la volonté du roi, et que j'aie un pouvoir. 11 n'y a pas aussi d'apparence que l'on s'expose ici à de nouvelles guerres devant que d'être assuré de la jonction de la France; et comme toutes les dépêches qui m'ont été écrites m'ordonnent de faire des instances en faveur du roi de Suède, et qu'il est aujourd'hui réduit à ne pouvoir pas souffrir l'effort de ses ennemis sans l'appui de ses amis, j'ai cru agir suivant les intentions de Sa Majesté en faisant espérer qu'elle se joindra avec l'Angleterre si son assistance lui attire une guerre. D'ailleurs nos intérêts sont aujourd'hui si unis que les uns ne peuvent être choqués sans que les autres s'en ressentent. Ces considérations feront sans doute approuver un traité de garantie; et en cas qu'il s'y remarquât des inconvénients que je ne prévois pas, il se pourra facilement éluder en y insérant des clauses dont l'effet donnerait tout loisir à ces deux rois de terminer leur querelle devant que la France et l'Angleterre s'en mêlent. Je ne fais point de doute que, si Sa Majesté

jugeait à propos de moyenner quelque accommodement entre iesdits rois de Suède et de Danemark^ M. le Protecteur ne préférât ce parti ^ ses ministres étant persuadés^ aussi bien que tout le reste de la nation^ que ce n'est pas leur avantage de favoriser la conquête des côtes de la mer Baltique; et cette maxime aurait assez de force sur les esprits pour arrêter le secours d^Angleterre si Sa Majesté ne le pressait, et s^il n'avait été représenté ici que la ruine du roi de Suède est encore plus à craindre que sa trop grande puissance ; il sera donc nécessaire, si les ouvertures qui m'ont été faites sont agréables^ de m'envoyer un pouvoir et de me faire savoir en même temps jusques où Sa Majesté veut s'étendre^ afin que Tattente de nouvelles instructions ne fasse pas perdre l'occasion du secours^ et que les ministres de ce Conseil, qui peuvent y être contraires, n'aient pas lieu de rendre là bonne volonté des autres infructueuse. J'ai même quelque soupçon que la proposition de ce traité ne procède de ce principe j mais quoi qu'il en soit, il n'est pas facile de porter ce régime à d'autres résolutions. La copie de l'écrit qui m'a été envoyé et de ma réponse fera voir l'état de cette négociation, et il ne me reste aucun éclaircissement à donner, si ce n'est que j'ai fort nettement fait entendre que le roi ne voulait pas s'obliger à aucun secours d'argent, qu'il en userait conmie par le passé si ses affaires domestiques le permettaient, et que ce n'était point son intention de payer la flotte d'Angleterre; qu'ainsi le traité ne peut regarder que la garantie et un engagement à entrer en guerre avec les Hollandais en cas qu'ils la fassent à l'Angleterre. Je n'ai aussi rien à dire sur les offices que M. le Protecteur désire être passés à La Haye, ne jugeant pas qu'ils reçoivent de la difficulté,* et il y aurait même sujet d'être surpris si la France et l'Angleterre, agissant de concert, les États Généraux osaient former des desseins qui les cho* quassent ouvertement, et ne s'appliquaient à la réconciliation des deux rois du Nord. 11 est vraisemblable que, sans l'assurance qu'a donnée leur ambassadeur en Angleterre que l'on ne se mêlerait point ici de la guerre de Suède, ils ne se fussent

pas engages si avant, leurs forces n'étant pas suffisantes pour prévaloir sur celles d'Angleterre et de Suède; c'est ce qui doit faire attendre grande facilité à les porter dans d'autres conseils. Je n'ai point encore communiqué aux ministres suédois résidant ici ce qui s'est passé entre les commissaires de Son Altesse et moi^ ayant été requis de ne leur eii point parler jusqu'à ce que nous fussions tout à fait, d'accord. Cet engagement au secret ne m* a pas néanmoins empêché de leur témoigner en général que les dispositions d'ici étaient fort bonnes et que dans peu ils en verraient les effets; ils ont aussi reçu du secrétaire d'État les mômes paroles^ et professent que le changement procède des offices de la France, la nécessité les rendant plus reconnaissants qu'ils ne le sont dans la

prospérité

... Je n'ajouterai aussi rien à mes précédentes touchant les affaires d'ici, n'y étant arrivé aucun changement; quel* ques-uns veulent toujours que M. le Protecteur viendra enfin è bout de la faction anabaptiste de l'armée^ et d'autres en jugent bien différemment; cependant toutes choses demeurent au môme état, et le Conseil^ dans lequel le parti de l'armée a grand pouvoir, continue d'agir à l'ordinaire ; il pense maintenant à la convocation du Parlement , le paiement des arrérages dus à l'armée ne se pouvant différer plus longtemps sans quelques inconvénients; l'on publie même qu'il a été appréhendé que les soldats n'arrêtassent le corps du défunt Protecteur pour sûreté de leur dette, et que ce soupçon est la seule cause qui l'ait fait enterrer la semaine passée à une heure après minuit; l'on ne laissa pas de laisser son effigie exposée au même lieu où elle était et de continuer les préparatifs pour la cérémonie des funérailles.

Ao M* de Bordeaux à M. de Brienne.

Londrei, 2 déeenbre 1658.

Monsieur, Les dispositions d'ici sur les guerres du Nord sont bien différentes de ce qui m'avait paru; ce changement doit être

attribué aux insUinces que j'ai faites de la part du roi, e^ sans doute M. le Protecteur et son Conseil ont dû être touchés des considérations qui leur ont été mises devant les yeux pour leur faire [M'endre plus de part aux intérêts du roi de Suède ; la nouvelle du conôbat de sa flotte avec celle des Hollandais^ étant arrivée au même moment, a pu avancer la résolution que je pressais^ et, la semaine passée, sur Tavis que les Hollandais devaient transporter en toute diligence dans la Zélande une partie de Tarmée de Brandebourg, les vingt-deux vaisseaux qui avaient été équipés furent conmiandés et sortirent des Dunes ; ils doivent être présentement à la hauteur de Yarmouth , et le vent leur est fort favorable pour le Sund ; leur ordre est de combattre les Hollandais en cas qu'ils portent du secours par voie d'hostilité. L'ambassadeur de Hollande en a eu communication, et le sieur Downing doit être chargé d'inviter MM. les États Généraux de ne se plus mêler de la guerre de ces deux rois. Ledit ambassadeur m'est venu voir et n'a pas manqué de me mettre sur ce sujet, ni moi de lui faire connaître que, si ses supérieurs avaient intérêt d'empêcher la ruine du roi de Danemaik, l'Angleterre ne devait pas moins appréhender celle des Suédois, il n'a pu contester cette vérité; mais il a fait son devoir pour me persuader que l'un et l'autre se pouvaient garantir par un accommodement dans lequel tous les amis trouveraient leur compte, qui détacherait l'électeur de Brandeboui*g du parti des Autrichiens et laisserait aux Suédois assez de puissance pour occuper celle des ennemis. J'ai professé que le roi contribuerait avec joie à une telle paix; il ne serait pas difficile de porter ce régime dans de semblables sentiments, encore qu'aujourd'hui il fasse paraître assez de chaleui- pour l'intérêt suédois. Si la saison continue aussi rude qu'elle est, cette bonne volonté sera inutile^ et la glace donnerait à l'électeur de Brandebourg le moyen d'exécuter son dessein. L'un des envoyés du roi de Suède est aussi parti avec environ trois cents matelots et quelques officiers de marine, dont le chevalier Ayscougli obt le principal et doit servir de vice-amiral dans la flotti^

âuédoîse ; sa réputation est fort grande^ et lorsqu'il prit congé de M. le Protecteur, il le régala d'une bague et lui recommanda l'honneur de sa nation. Les autres ministres de Suède restés ici m'ont fort remercié de mes offices; le roi de Suède reconnaîtra que l'entremise de Sa Majesté a entièrement déterminé ce régime à lui accorder ce secours; de' cette complaisance l'on peut juger que le refus de l'empriint de cinquante mille livres sterling n'a pas produit si grand ressentiment^ et qu'il sera en partie attribué à impuissance, encore que M. Lockhart^ arrivé à Londres, nous i*eprésente fort riches.

La cérémonie des funérailles du défunt Protecteur se fera demain ; Ton veut qu'aussitôt il se prendra des mesures pour arrêter les divisions de l'armée^ et M. le Protecteur commença dès vendredi dernier à parler aux ofBciersde l'armée avec vigueur^ les avertissant de ne pasabuser du titre de dévotion pour faire des assemblées séditieuses^ et de prendre garde que leur conduite ne fasse point deux armées pour ime. Ce discours les a un peu aigris ; néanmoins^ il reste toujours une grande espérance d'accommodement. L'assemblée du Parlement ne se peut éviter et donne plus d^alarmes; nous en devons aussi appréhender quelque altération de l'alliance étroite qui est entre la France et l'Angleterre^ étant vraisemblable que ce corps fera paix avec l'Espagne. Il s'en parle même déjà beaucoup, et je suis aveiii de bonne part que la proposition en a été faite, qu'elle n'est point rejetée, et que quelques-uns du Conseil y sont fort enclins. La mémoire du défunt Protecteur n*est pas seule capable de les en détourner, l'état présent des affaires d'Angleterre pouvant donner lieu de changer la conduite qu'il avait tenue de son vivant, outre que, dès lors^ la plupart des ministres y étaient contraires. Si l'Espagne est en pouvoir de donner de l'argent, la tentation sera encore plus grande; et pour combattre ces raisons^ il faudra appuyer les nôtres de quelques gratifications, les Anglais étant trop intéressés pour en devoir rien attendre s'ils ne sont bien payés; prenant ce

cbeminj mes oppositions seront plus efficaces. Je ne saurais même concevoir conmient il est attendu que j'aie des nou- Yeiles bien certaines des délibérations d'ici sans que le roi fasse fonds pour quelques pensionnaires. Lorsque le défunt Protecteur vivait^ comme il agbsait de son chef, cette dépense a été épargnée avec moins d'inconvénients ; maintenant que l'autorité est partagée et que le Conseil y a grande part, il est nécessaire d'en user autrement poiu* peu que cet Ëtat soit considéré.

5« M: de Bardeaux au cardinal

LM4ftf,S déeaabv«1658.

Le duplicata de ma lettre à M. le comte de Brieone fera savoir à Votre Ëminence l'exécution de ce que Sa Majesté désire de l'Angleterre pour la conservation du roi de Suède, et que le secours qui sortit des Dunes sur la fin de la semaine panée peut arriver au Supd devant que la flotte des Provinces-Unies ait transporté l'armée de l'électeur de Brandebourg; l'avis que l'on a reçu ici de ce dessein a fait avancer le départ de celle d'Angleterre, et déclarer à l'ambassadeur de Hollande que l'on ne pouvait abandonner l'intérêt de la Suède; il ne s^était pas attendu à cette résolution ; je l'en trouvai hier fort mortifié, et toutes ses réflexions tendent à me faire connaître qu'il est de l'intérêt de la France de s'entremettre d'un accommodement entre les rois de Suède et Danemark qui garantit l'un et l'autre d'une ruine entière; que l'état de leurs affaires donnerait le temps de faire cette négociation, et que l'électeur de Brandebourg se détacherait facilement de Tintérèt de l'Autriche, pourvu qu'il fût assuré de la garantie de la France et de l'Angleterre contre les entreprises des Suédois. Apparemment les États-Généraux contribueraient au succès d'un tel traité, la puissance d'Angleterre leur faisant perdre Tespérance de sauver le roi de Danemark. Je témoignai audit ambassadeur que le roi s'entremettrait aussi avec joie pour un accommodement si raisonnable; et si Sa Majesté le

jugeait utile au bien de ses affaires, il serait facile de faire entrer le régime d'Angleterre dans un semblable sentiment ; mais jusqu'à ce que ses intentions me soient connues, je m'abstiendrai d'en faire aucune ouverture. Les lettres dont Votre Éminence m'a honoré les 3 et 25 novembre me donnent lieu d'ajouter que M. Lockhart, qui me vint voir hier, ne m'a pas paru si satisfait qu'elle le croit des offres de ses pierre-ries, m'ayant dit sur ce sujet que la France ne manquait point d'argent quand elle voulait assister ses amis, sans laisser aller aucunes paroles qui témoignassent que M. le Protecteur dût se sentir obligé des avances de Votre Éminence. Je trouvai ledit sieur fort réservé sur toutes les autres affaires dont je lui parlai; il n'est pas à croire que ce soit un effet de quelque altération des esprits d'ici à l'égard de la France, bien que de différents endroits il me soit rapporté que l'on écoute les propositions d'accommodement avec l'Espagne. Je n'apprends pas néanmoins que la résolution soit prise d'entrer en traité, et le sieur Fleetwood, ministre de Suède, après m'avoir assuré que l'ambassadeur de Hollande avait aussi fait quelques ouvertures, me laissa entendre que son frère, qui a grand crédit, n'est pas pour la paix. Comme il se dit qu'après la cérémonie des funérailles , qui se feront demain, l'on doit ici entrer en délibération sur les affaires concernant l'établissement du régime d'Angleterre, et que le traité est une des principales, il se peut attendre bientôt éclaircissement des inclinations du Conseil, Suivant la voix publique^ il se prendra aussi des mesures pour réunir les officiers de l'armée qui ont continué de s'assembler tous les vendredis, mais sans renouveler leurs propositions; M. le Protecteur leur parla fort aigrement devant qu'ils s'assemblassent la semaine passée, et bien que son discours les ait mécontentés , il n'en paraissait encore aucun mauvais effet. Cependant les républicains sont pleins d'espérance, et lis ont depuis peu publié le formulaire d'un gouvernement à leur gré; si le parlement était convoqué devant cette maligne disposition, l'autorité présente serait exposée à quelque dan-

gcr; c'est ce qui en fait douter, encore que les ministres du Conseil le représentent pi*oche.

Je ferai espérer au mylord Faulconbridge la gratification que Votre Éminence trouve à pix)pos de faire à sa femme ; à moins que M. le Protecteur ne succombe, ce sera une dépense fort bien employée, et je croirais que le présent ne doit pas être au-dessous de mille pistoies

6« if. de Bordeaux à if. de Brienne.

LoDdrtf, 9 déeenbrt 1658.

Monsieur, J'appréhende que mon secrétaire, en passant à Paris, ne vous ait pas rendu ma dépêche, puisque vous n'en accusez pas la réception ; il doit avoir cru que vous fussiez à la cour où je Tavais chargé d'aller tout droit, la diligence m'ayant été recommandée ; s'il a fait cette faute , mes lettres de l'ordinaire précédent l'auront en quelque façon réparée en vous infoimant du sujet de son voyage -, elles auront fait savoir le départ de la flotte d'Angleterre dont il n'y a aucune nouvelle. Mais si les avis que l'ambassadeur de Hollande me vint communiquer avant-hier sont véritables, ce secours ne sera pas capable de rétablir les affaires du roi de Suède, ni d'empêcher les États Généraux d'envoyer d'autres troupes au roi de Danemark. I^a dépêche de M. le chevalier de Terlon donnera sans doute tout éclaircissement de l'état des affaires de ces quartiers; ce qu'il m^en a écrit m'a fait demander aujourd'hui une entrevue avec le secrétaire d'État pour aviser au moyen de réconcilier ces princes; et bien que, apparemment, aucune résolution déterminée ne doive être prise ici devant la réponse que j'attends, il ne laisse pas d'être à propos, tout i-etardement pouvant apporter quelque préjudice, de presser ce régime d'examiner la matière , afin qu'il prenne des mesures pour l'exécution de ce qui sera jugé capable d'établir la paix entre les princes du Nord, ou de garantir le roi de Suède de la perte dont il est menacé. Je vois dans les lettres de M. de Thou qu'il a déjà fait des diligences avec

M. Downing pour retarder Penvoi du second secours; mais les ProYÎnces-Unîes semblent être bien intéressées dans la conservation du roi de Danemark^ et ont déjà trop offensé son ennemi, ces derniers temps, par l'assistance envoyée à Dantzick et Copenhague^ pour ne pas continuer dans leur dessein y à moins que l'Angleterre ne leur fasse appréhender remploi de toutes ses forces navales en faveur des Suédois, ou qu'il n'y ait certitude à un acconunodement. L'on peut aussi attendre que M. le Protecteur, ayant si bien commencé, persévérera dans les mêmes sentiments que ses ministres m'ont témoignés, si Sa Majesté veut entrer dans un traité de garantie qui ne peut apporter aucun préjudice à la France et engagera d'autant plus l'Angleterre dans nos intérêts. Si les bruits publics étaient bien fondés, M. le Protecteur songerait présentement à s'en retirer et à s'accommoder avec l'Espagne; mais je n'apprends point que cette disposition soit si prochaine, et vraisemblablement, avant que d'entrer dans aucune négociation au dehors. Ton voudra mettre ordre aux affaires du dedans. Il ne parait pas que l'on y ait encore mis grand ordre, les ofGciers de l'armée continuant de témoigner du mécontentement et de s'assembler; d'où les républicains conçoivent de grandes espérances, si une fois le Parlement peut être convoqué. Il se dit toujours que ce sera dans fort peu de temps, et peut-être le fait-on espérer pour contenir la milice et les autres ci*éanciers de l'Etat. Le danger de cette assemblée est si certain, au jugement des plus clairvoyants, qu'à moins d*une extrême nécessité, ce corps ne doit point être appelé. Le Conseil d'État a d'ailleurs sujet de l'appréhender, et son autorité est aujourd'hui fort grande, jusqu'à pourvoir aux charges de judicature par forme de présentation approuvée, et à donner les ordres pour l'élargissement des moindres prisonniers d'État, dont quelques-uns s'élant pourvus pour leur liberté devant la justice ordinaire, le gouverneur de la Tour n'a pas osé les retenir. Toutes ces entreprises contre l'autorité du souverain procédant de la division des officiers de l'armée, elles n'auront pas de suites

aossiuyt qu'ils seroat réunis, et c'est pfésenteoient la principale afiûre d'ici. La cérémonie des funérailles fut Cute le 3* de ce mois; il ne s'y passa rien de considérable nidifièrent des actions de cette nature : sa magnificence consistait en la quantité du deuil qui marcha depuis Someiset jusqu'à Westminster entre deux rangs de mousquetaires^ et devant l'ef- 6gie du défunt Protecteur, revêtue d'un ipanif^g royal, ayant le sceptre en une main, le globe en l'autre, et la couronne en tète. Le général Fle^wood siÛTait le chariot, conmie représentant l'héritier, et avait à ses côtés le ncomte de Faulconbridge, gendre du défunt, et l'un des mini>tres conseillers d'État ; le troisième gendre menait en main un cheval, faisant la fonction de grand écuyer; les ambassadeurs eurent quelques questions avec les envoyés de Suède sur ce que ceux-ci prétendaient être au rang des autres, et non pas à celui des ministres subalternes, fondant leur prétention sur la place honorable que le roi leur maître donnait à l'enroyé d'Angleterre, et aussi sur ce qu'étant ablégats extraordinaires, ils devaient être autant considérés que Tambassadeur de Hollande. Les conmiissaires établis pour régler la cérémonie avaient déféré à leur désir en les plaçant immédiatement ajH-ès l'ambassadeur de Hollande et devant les gardes des sceaux d* Angleterre ; mais il me fallut suivre l'exemple de ce qui s'était passé à l'enterrement du roi Jacques, et contester cette égalité, les gardes des sceaux, de leur côté, ne voulant être précédés que par les ambassadeurs; enfin, après quelques allées et venues, ils s'en relâchèrent avec protestation pour l'avenir, et je fus prié de trouver bon que, pour mettre quelque différence entre lesdits ministres et les ambassadeurs , néanmoins sans leur faire antre injure que de les déplacer d'un rang qu'on leur avait accordé, le maître des cérémonies avec ses officiers se missent entre eux et nous : à quoi je consentis. Il y eut aussi quelques légères contestations entre les autres ambassadeurs et moi sur ce que je voulus marcher seul et non pas entre celui de Portugal et de Hollande, qui à la -fin s'accom-

modèrent à mon désir. La première question fut en partie cause que la cérémonie ne s'acheva que la nuit ; et ne Tayant pas prévu^ il ne se trouva pas une chandelle dans l'église de* Westminster pour éclairer la compagnie et conduire reffigie dans une manière de chapelle aidente qui avait été dressée j il n'y eut aussi ni prières^ ni sermon, ni oraison funèbi^e, et, après que les trompettes eurent sonné peu de temps, chacun se retira sans ordre. 11 fut jeté ce jour-là force imprimés, tant contre la vanité et la dépense de cette pompe funèbre que contre la validité de tous les actes passés en Angleterre depuis la dissolution du grand Parlement, et aujourd'hui tout le monde se donne grande liberté de dire ses sentiments.

70 Jf. de Bordeaux au cardinal Mazarin.

Londres, 0 déoembre 1058.

Monseigneur,

Il ne s'est rien passé ici qui me donne lieu d'ajouter au duplicata de ma lettre à M. le comte de Brienne touchant les affaires du Nord et du dehors d'Angleterre ; seulement ai-je appris que la flotte envoyée au secours du roi de Suède a été repoussée sur les côtes d'ici par le mauvais temps ; et il est appréhendé que la saison ne lui soit désormais fort contraire. Je remets aux dépêches que M. de Terlon m'a depuis peu adressées à informer Votre Éminence du véritable succès du combat dont Tambassadeur de Hollande m'est depuis peu venu faire une relation bien éloignée de celle que les minis* très 'de Suède avaient d'abord publiée. Si la défaite de leur flotte est si grande, M. le Protecteur sera plus obligé de faire effort pour secourir le vaincu; j'ai envoyé cejourd'hui demander conférence avec le secrétaire d'État, à dessein d'en faire prendre la résolution, en attendant la réponse à la dépèche que mon secrétaire doit avoir rendue.

Les divisions du dedans sont toujours au môme état, et tout le monde est en attente du Parlement, duquel il semble que le repos ou le désordre dépendent. Cependant le Conseil continue d'agir avec la même autorité. M. Lockhart m'est venu voir ce soir, et m'a chargé d'une lettre pour Votre

Éminence ; il m'a aussi témoigne du déplaisir de ne pou t oir rendre le service qu'elle a\'ait désiré de lui sur le sujet des vaisseaux anglais qui sont à Toulon ; la division entre les officiers sert de prétexte à ce refus, et Ton fait état de les rappeler touSy n'y ayant point d'autre moyen de rétablir entre eux l'ordre et l'obéissance.

J'ai parlé audit sieur ambassadeur de la nécessité qu'il y avaity si les ennemis^ pendant l'hiver^ faisaient quelque entreprise en Flandre, que la garnison de Dunkerque assistât nos troupes ; il m'a témoigné être Irès-disposé à le faire ; que néanmoins je devais en parler afin que l'ordre lui en fût donné : ce sera pouu la première fois que je verrai le secrétaire d'État. 1^ marquis de Carracena demande un passe-port à M. le Protecteur pour don Juan d'Autriche^ qu'il dit être rappelé par le roi d'Espagne pour commander l'armée opposée au Portugal ; cette civilité ne sera pas refusée.

8« M. de Bardeaux à M. de Brierme.

LondrM, 10 déeembrt 1658.

Monsieur, Les ' dernières lettres que j'avais reçues de M. de Terlon m'ayant fait connaître en termes fort exprès que ce serait rendre un grand office au roi de Suède de le sortir de la guerre du Danemark et lui procurer une bonne paix, je jugeai à propos de communiquer ce désir au secrétaire d'État, afin que M. le Protecteur prît des mesures promptes pour avancer la réconciliation de ces deux princes ou pour relever le parti suédois. Il ne me fut pas difficile de persuader l'un ou l'autre, et je trouvai encore plus d'inclination à procurer la paix; l'on est seulement en peine à quelles conditions elle se pourra faire, et s^il faudra appuyer sur l'exécution du traité de Roskield ou porter le roi de Suède à se départir de la plupart des avantages qu'il en a reçus, en cas que celui de Danemark ne puisse être induit à s'en contenter; ledit sieur secrétaire me demanda mon avis sur ce point ; je ne crus pas devoir rien décider avant que d'avoir reçu la réponse à mes précé-

dentés d<Spùclics; je lui proposai de faire pressentir^ par les ministres de France et d'Angleterre servant auprès du roi de Suède^ quelle peut être sa disposition^et savoir aussi p^éci)^ément sa présente condition devant que de déterminer les conditions) je jugeai aussi que cependant il fallait faire à Ia Haye tout devoir par M. de Thou et le sieur Downing pour arrêter le départ du second secours^ et persuader que le roi et M. le Protecteur veulent travailler sérieusement à la pacification de ces princes. Ces ouvertures étant approuvées, nous demeurâmes d'accord d'écrire en conformité à La Haje et en Danemark, et qu'il ne laisserait pas d'être passé outre, aussitôt que le pouvoir m'en serait envoyé, à un traité tendant à la conservation du roi de Suède , comme aussi que Son Altesse chercherait les moyens les plus prompts d'y parvenir en cas qu'une paix avantageuse à nos deux nations ne pût être établie en ces quartiers du Nord. Ce fut le résultat de la conversation que ledit sieur secrétaire d'iiltat et mo ; eûmes sur cette matière; je n*y puis rien ajouter, si ce n'est qu'il me parait fort enclin à l'accommodement et me dit plusieurs fois que c'était l'intérêt d'Angleterre. Il me confirma aussi ce que j'avais déjà appris d*ailleurs que la flotte d'ici avait été repoussée sur les côtes de Norfolk, et que difficilement elle pourrait en cette saison continuer son voyage. Je le priai de suite de faire donner ordre à M. Lockhart d'assister de sa garnison les troupes du roi qui sont restées en Flandre si les ennemis y faisaient quelques entreprises durant le quartier d'hiver, offrant à la pareille l'assistance de nos garnisons si les Anglais étaient attaqués ; il convint de ce mutuel secours • •

On est à la veille d'un Parlement qui doit avoir grande autorité et sera assez enclin à s'accommoder avec l'Espagne. La convocation en a été solennellement résolue dans le Conseil la semaine passée; et les ordres seront envoyés au premier jour, afin qu^il puisse être assemblé le 7 du mois de février. Le secrétaire d'État en fit la proposition, et raccompagna de

toutes les considérations qui obligent d'avoir recours à ce remède pour acquitter les dettes publiques et affermir le gouvernement. L'on ne laisse pas d'être étonné que cette résolution se prenne devant que les esprits de Farmée soient réunis ; et bien que ceux qui sont pour le Protecteur paraissent en plus grand nombre^ les autres seront en état de traverser son autorité si le Parlement est rempli de républicains. Ce danger étant certain, il y a lieu de croire^ et aussi estH^ l'opinion de quelques-uns^ que les officiers factieux seront réformés ou que l'on se tient assuré de faire choisir par les provinces des personnes bien intentionnées^ et il est vrai que la généralité du peuple, la noblesse et les ministres sont fort contraires à l'autorité que partie de celte milice veut s'attribuer. Il y eut encore la semaine passée grand bruit entre le général major Desborough, l'un des chefs, et le général Montague, le premier s'étant publiquement plaint que l'autre avait formé le dessein , avec le sieur Faiïlconbridge et quelques officiers, de l'enlever, et le lieutenant général Fleetwood, et de les mener au château de Windsor; cette accusation était ibndée sur une lettre d'avis qu'il disait avoir reçue; l'accusé désavoua le dessein et demanda que l'auteur de la lettre fût nommé, ce que ledit sieur Desborough reftisa, et néanmoins insista qu'il lui fût fait raison. M. le Protecteur prit la parole et le parti dudit sieur Montagne, et le Conseil se leva sans mettre l'afiaii-e en délibération. Cette aigreur n'est point encore apaisée, et ayant éclaté, il semble qu'elle doive avoir des suites, dont la plus apparente est la ruine dudit sieur Desborough, homme fort altier, qui doit sa fortune au défunt Protecteur, dont il avait épousé la sœur. • * •

9"" M. de Bordeaux au cardinal Mazarin.

Londres, 16 décembrt 1658 a

Monseigneur, 11 m'a paru dans la dernière lettre de M. de Terlon que le roi de Suède prendrait en si bonne part que la France et l'Angleterre le retirassent de la guerre où il était engagé^ que j'ai

cru deroir communiquer ce désir au secrétaire d'État, qui s'est trouvé fort disposé à suivre cette ouverture^ et est demeuré d'accord d'écrire aux ministres de M. le Protecteur résidant à La Haye et auprès du roi de Suède, de faire toute * diligence pour y disposer les esprits^ et reconnaître à quelles conditions ils pourront condescendre^ afin que sur ces informations l'on puisse prendre quelques mesures certaines pour l'avancement du traité^ et que ces princes puissent être conviés de s'accommoder s'ils ne veulent s'attirer l'inimitié de l'Angleterre. L'on est ici persuadé que le roi de Suède ne voudra pas dédire Sa Majesté et M. le Protecteur, et que celui de Danemark sera aussi contraint de se réduire à des termes raisonnables si les Hollandais peuvent être détournés de lui envoyer un second secours, soit par voies amiables, soit par force^ et il y a toute disposition ici à user de l'une et

de l'autre

La résolution a été enfin publiquement prise dans le Conseil de cotivoquer le parlement pour le 7® du mois de février ; ce n'est pas que les esprits de l'armée soient encore bien réunis, y ayant eu depuis peu grand bruit en présence de M. le Protecteur dans le Conseil entre le général-major Desborough et l'amiral Montague, sur ce que le premier disait que l'autre avait fait dessein avec le mylord Faulconbridge de l'enlever et le lieutenant général Flectwood; les deux accusés ont demandé que Ton leur produisit l'auteur de cet avis et qu'ils répondraient ; M. le Protecteur parut prendre leur parti, et ledit sieur Desborough s'emporta jusqu'à dire qu'il n'entrerait plus dans le Conseil si le mylord Faulconbridge, qui n'était pas présent, y était admis. La querelle ne fut point accommodée, et le Conseil se leva sans mettre l'affaire en délibération. 11 se dit que depuis l'armée a proposé à M. le Protecteur^ pour accommoder tous les différends^ qu'il ne pourrait changer les officiers de l'armée que de l'avis et consentement de quatre des principaux qu'elle nommerait, et que l'on est maintenant sur ces termes, et qu'étant nécessaire d'apaiser les aigreurs pour tirer quelque firuit du parle-

mcnt^ cet expédient sera suîvi^ ou M. h Protecteur sera obligé de faire un coup d'autorité.

iOo M. de Bordeaux à M. de Brienne.

Londre»,S5 décembre 1658.

Monsieur,

J*accu8aî par ma précédente la réception de la lettre qu'il TOUS a plu de m*écrire le 8; celle du ii m'a depuis été rendue avec le billot qui m'apprend l'arrivée de mon secrétaire à la cour; le contenu de l'une et de l'autre ne me donne pas lieu de rien ajouter a ce que j'ai déjà fait savoir des dispositions de ce régime touchant les Suédois ; l'on y parait toujours résolu de les assister^ et la semaine passée^ le vent ayant changé, la flotte d'ici s'est remise en mer. Les rois de Suède et de Danemark ne laisseront pas d'être conviés à la paix, et si le dernier se veut tenir au traité de Roskield^ son ennemi sera exhorté de l'exécuter, étant jugé de l'avantage d'Angleterre que le passage de la mer Baltique soit sous différentes puissances. Le sieur Downing doit avoir reçu depuis peu de nouveaux ordres de faire tous offices pour porter les États Généraux à entrer dans nos sentiments, et le premier mémoire qu'il a présenté à cette fin avait été concerté ici. Aus* sitôt que mon secrétaire sera de retour, il se pourra encore prendre des résolutions plus précises sur les afpiires de ces quartiers. Cependant la flotte d'Angleterre^ jointe à celle du roi de Suède, sera capable d'empêcher qu'il n'entre aucun nouveau secours dans l'île deZélande, si les quatre mille hommes qui devaient être en^barqués en Hollande n'ont gagné le devant, de quoi nous n'avons aucune nouvelle^ la poste de Flandre n'étant point arrivée la semaine passée. L'ambassadeur des Provinces-Unies, que j'ai vu ces derniers jours, ne manque pas de professer une grande inclination en ses supérieurs pour l'accommodement, et demeure même d'accord que l'Électeur de Brandebourg doit^ par le traité, se détacher du pai*ti de la maison d'Autriche; mais lorsque je lui ai témoigné que l'envoi d'un secours ne s'accordait pas à

cette disposition^ que, si elle était réelle, il fallait agir de concert aTCC nous pour l'avancement de la paix, et non pas travailler à la ruine entière de l'un de ces partis, leur ambassadeur est demeuré sans aucune répartie ; d'où il se peut inférer que la province de Hollande a grande confiance de rétablir le roi de Danemark au même état qu*ii était devant que d'entrer en guerre, et qu'elle ne changera pas de conduite si elle ne voit la France et l'Angleterre faire de grands efforts pour la conservation du roi de Suède ; le traité, pour lequel j'attends des ordres, peut leur faire appréhender que la résolution en aura été prise ; il servira aussi à engager ce régime dans la continuation de la guerre contre l'Espagne, le peuple d'Angleterre étant assez affectionné à la couronne de Suède pour approuver tout ce qui peut contribuer à sa conservation. Il ne se doit néanmoins parler avec certitude des inclinations du Parlement devant son assemblée; quelques mesures que M. le Protecteur prenne pour avoir des députés bien intentionnés, un corps composé de cinq cents personnes ne laissera pas d'être bien difficile à gouverner, et les républicains se promettent d'y avoir grande autorité; les ordres pour l'élection seront envoyés aujourd'hui par toutes les provinces. Il n'est pas vraisemblable que cependant l'on entre en négociation avec l'Espagne, et ce serait avec peu de succès si elle prétendait retirer Dunkerque; encore que M. le Protecteur et son Conseil fussent disposés à en tirer de l'argent, ils n'oseraient faire ce commerce, qui les exposerait à un très-grand reproche et donnerait trop d'avantage à leurs ennemis, assez enclins d'ailleurs à faire valoir tout ce qui serait capable de décrier la conduite du présent régime. Ils feront moins de scrupule d'abandonner la Jamaïque, y ayant assez d'autres pays à occuper dans l'Amérique à moins de frais. Si nous avons quelque soupçon que l'Angleterre ne s'accommode i^vec l'Espagne, elle n'en conçoit pas moins sur ce que les avis de France font faire à M. de Lionne à Madrid, et j'ai déji été questionné par différentes personnes sur le motif de cette élection; il ne m'est pas facile de les satisfaire, n'en sachant T. I. 48

374 })OCUMi:XTS

rien de positif et n'ayant pas môme reçu de lettres de la cour depuis qu'elle est à Lyon. M. Lockharl mème^ en me disant hier adieu, n'oublia pas de m'en toucher quelques mots; je me défis de lui en le mettant sur les bruits qui courent aussi que l'on se veut accommoder ici avec l'Espagne. . . . • • . • • Je ne manque pas^ dans toutes les occasions^ de représenter de quelle conséquence il est à l'Angleterre de bien traiter les catholiques^ et leur condition n'a point empire sous le Protecteur présent; la plupart des prêtres qui étaient prisonniers ont été relâchés^ et si le secrétaire d'Etat m'accorde la hberté de trois que je lui ai demandée, celui que la reine d'Angleterre a recommandé se trouvera élargi^ n'y en ayant point d'autre arrêté. Le mylord Henri en a aussi élargi quelques-uns en Irlande sur ma prière, et m'a fait espérer par sa lettre un traitement favorable pour les catholiques; et tant ceux d'Irlande que d'Angleterre doivent bien espérer des inclinations de M. le Protecteur qui suit, en fait de religion, l'exemple du défunt, ne se déclarant pour aucune, afin de les avoir toutes favorables.

llo J!f. de Bordeaux au cardinal Mazarin.

Londres, 25 décembrt 1658.

Monseigneur, Il ne s'est rien passé ici de considérable depuis ma précédente dépêche, que le départ de la flotte qui se remit en mer la semaine passée; elle a depuis eu le vent assez favorable pour être maintenant au Sund, d'où il n'est venu aucune nouvelle ces derniers jours. Les affaires du dedans d'Angleterre sont aussi dans le même état, la résolution d'assembler le parle* ment continuant de s'exécuter par l'envoi des ordres pour l'élection des députés; et il semble que le principal soin d'aujourd'hui soit de les avoir bien intentionnés; pour y réussir, la forme des élections a été changée, et au lieu que les comtés dans ces derniers temps s'assemblaient en un seul lieu et corps qui les nommait tous, chaque comté n'en élira que deux, et les villes et bourgs choisirent les autres ; l'espérance que l'on a de disposer plus facilement des petites communautés

que de tout un peupte assemblé a fait substituer cet ordre à celui qui s'était observé dans la convocation des derniers parlements, lies officiers de l'armée continuent de s'assembler^ mais sans presser leurs prétentions. *

M. Lockhart doit repasser demain à Dunkerque; il ne fait pas état d'aller à la cour devant le printemps; il a eu assez de peine à s'assurer des fonds pour l'entretien de sa garnison et le remboursement de ses avances.

U. de Bordeaux au cardinal Mazarin et au comU

de Brienne.

Londres, 11 MTMibrt 1658.

(Voir le n* V.)

M. de Bardeaux au cardinal Mazarin et au comte

de Brienne.

Londrta, 2 décembre 1658.

(Voir le n« V.)

M. de Bordeaux au cardinal Mazarin et au comte

de Brienne.

Londres, 18 noveabre 1658,

(Voir le n« V.)

M. de Bordeaux au cardinal Mazarin et au comte

de Brienne.

Londres, 27 novembre 1058.

(Voir le n<» V.)

M. de Bordeaux au cardincU Mazarin et au eanUe

de Brienne.

Londres, 23 décembre 1658.

(Voir le no y.)

(Page 38.)

i^^JI. de Bordeaux au cardinal Mazarin.

Londres, 16 janvier 1659.

Monseigneur, Après beaucoup de remises^ le secrétaire d'État et le garde des sceaux sont enfin venus chez moi cette après-dinée^ et le dernier portant la parole^ ils m'ont déclaré que M. le Protecteur avait reçu en bonne part^ et comme une marque de Teslime du roi et de Tamitié de Votre Ëminence^ la communication que je lui avais donnée des recherches d'Espagne et des dispositions de Sa Majesté touchant la paix^ dont ils ne voulaient pas aussi me désavouer que Son Altesse n'eût été recherchée par différentes voies ; qu'elle s'en était toujours éloignée pour ne se point détacher de la France; que maintenant^ puisque Sa Majesté jugeait qu'il était du bien de son État de s'accommoder à des condifions raisonnables, Son Altesse entrait dans les mêmes sentiments et était près de convenir d'un traité particulier, préliminaire du général; que cependant Son Altesse ayant remarqué qu'en pressant le retour de M. Lockhart^ j'avais parlé de la prochaine campagne et de rétablir le corps d'infanterie anglais ^ il les avait aussi chargés d'entrer en conférence sur le renouvellement du dernier traité^ étant nécessaire de prendre de bonne heure des mesures, et de convenir des desseins qu'exécuterait l'armée de Flandre. Cette dernière proposition^ en suite d'une réponse si générale au point principal de ma

dernière audience, m'ayant fait soupçonner que 11. le Protecteur et lesdits sieurs commissaires n'eussent pas bien interprété ce que je leur avais dit de la négociation du sieur Pimentel, ou que^ Fétat des affaires domestiques d'Angleterre ne leur permettant pas de prendre aucune résolution sur une matière de cette importance devant la séance du Parlement^ pour éluder Téclaircissement que Votre Éminence souhaitait d'avoir, ils ne me proposassent des conférences tant sur un traité préliminaire que de campagne ^ j'ai fait tout devoir pour leur persuader qu'elle ne désirait le retour de M. Loddiart, ou de tel autre qu'il plairait à M. le Protecteur d'envoyer en France, instruit de ses prétentions , qu'alin de les faire entendre audit sieur Pimentel, et que l'Espagne se disposât à y donner satisfaction, si elle voulait la paix avec la France, devant que l'on entrât dans une négociation publique. Je leur ai aussi renouvelé l'offre que j'avais faite à M. le Protecteur qu'en cas que ses a£bires l'obligeassent à s'accommoder promptement, Sa Majesté, pour avancer la paix, se départirait de ses propres avantages autant que la bienséance le permettrait ; et pour faire cesser tout prétexte d'amusement, j'ai assuré que non-seulement elle s'engagerait pai* un traité à ne s'accommoder que conjointement avec l'Angleterre et à la garantie mutuelle, mais que déjà Votre Ëminence avait fait perdre audit sieur Pimentel la pensée de nous détacher les uns des autres; qu'ainsi ne pouvant survenir aucune difficulté sur ce traité que lesditç commissaires appellent préliminaire, il ne devait point empêcher que présentement le régime d'Angleterre ne me flt savoir à peu près ses intentions, afin que Votre Éminence fût en état d'en parler précisément lorsque ledit sieur Pimentel repasserait en France. J'ai convié lesdits sieurs commissaires d'en user avec la même franchise et sincérité que M. le Protecteur avait pu remarquer dans le procédé du roi, et à se confier que Votre Éminence n'agissait qu'avec un esprit d'avancer le bien commun de la France et de l'Angleterre à qui la paix pouvait être également nécessaire. 11 fallait se prévaloir de la conjoncture et du mauvais état de

PEspagne pour la faire avec plus d'honneur et de profit. Ce discours leur ayant donné lieu de s'ouTrir un peu plus qu'ils n'avaient fait, après avoir conféré ensemble, ils m'ont formé qfuelques scrupules ; et entre autres, ils ont trouvé que la bienséance ne voulait pas que TAngleterre fît ses demandes devant que TEspagne eût donné les siennes; que ce n'était point aussi Tusage qu'un État traitât par la voie d'un autre, quoique son allié; qu'au reste, il serait assez temps d'envoyer un ambassadeur pour la paix quand Ton serait convenu de s'assembler; qu'alors M. le Protecteur expliquerait ses prétentions; et ils m'ont encore preçsé de me déclarer sur le traité de campagne dont je n'avais point parlé. Je les ai satisfaits sur tous ces points par l'exemple de ce qui s'était passé entre la France et les autres États alliés dans la plupart des anciens traités de paix^ et leur faisant connaître qu'il y avait plutôt de la gloire que du déshonneur à proposer le premier les conditions qu'à les recevoir, outre qu'il était assez notoire que, quand même nous rechercherions l'Espagne, ce ne serait pas par la crainte de sa puissance; qu'au reste il était aussi fort ordinaire de se servir des amis pour faire entendre ses prétentions, et même de convenir ensemble de celles sur lesquelles l'on doit insister, principalement lorsque l'un et l'autre Ëlat demeurent d'accord de la garantie du traité qui doit intervenir ; que le roi ne ferait pas difficulté, en pareille rencontre, de la découvrir à M. le Protecteur; que, si néanmoins il ne voulait pas en user avec la même confiance, il pouvait ordonner audit sieur Lockhart d'en user avec telle réserve que bon lui semblerait; et quant à l'assemblée publique des ministres de toutes les nations intéressées pour traiter la paix, j'ai ôté l'espérance qu'elle se pût faire devant que les difficultés principales eussent été r^Iées, crainte de tomber dans les mêmes inconvénients qui s'étaient remarqués en celle de Munsler, où l'Espagne ne songea qu'à détacher les alliés de la France; qu'au reste je n'avais pas demandé un ambassadeur pour traiter delà paix ouvertement, mais quelqu'un qui fût assez informé des inten-

lIlSTORIQUËS. 379

tioDS de Son Altesse pour, dans l'occasion^ les faire savoir; et j'ai encore pressé lesdits sieurs commissaires de porter M. le Protecteur à passer par-dessus tous ces scrupules et à vouloir de bonne foi me déclarer présentement s'il veut s'aocommoder^ et en ce cas de faire déclarer quel est son intérêt, n'étant pas possible que le roi s'empêche de donner quelque résolution précise audit sieur Pimentel y s'il repasse par la France^ à moins de s'exposer au reproche d'avoir rejeté la paix^ ce qui tournerait au grand préjudice de la France et à l'avantage de l'Espagne. Lesdits sieurs se sont encore retirés, et^ devant que de me répondre, m*ont demandé si nous passerions outre à l'accommodement, encore que l'Espagne ne satisfît pas l'Angleterre. Je leur ai témoigné que, comme le roi ne voulait point traiter sans l'Angleterre, aussi espéi*ait-il que M. le Protecteur réduirait ses prétentions à des termes raisonnables; que ce serait nous engager dans une guerre perpétuelle que la France aurait peine à soutenir. Ils m'ont dit en termes fort précis que présentement ils ne pouvaient me donner tout l'éclaircissement que Votre Éminence souhaitait, mais que, dans peu de jours, je le recevrais ; que M. Lockhart aurait aussi ordre de passer en France, et que je pouvais être assuré que M. le Protecteur était disposé à la paix. J'ai reçu cette réponse en recommandant la diligence et représentant la nécessité qu*il y avait de se déterminer promptement. Lesdits sieurs commissaires m'ont aussitôt remis sur le traité de campagne et demandé si je n'avais pas d'instruction particulière. Je leur ai témoigné que Votre Éminence s'étant attendue d'en conférer avec M. Lockhart, elle ne m'en avait écrit qu'en termes généraux, et que je savais seulement qu'elle souhaitait de rendre le corps anglais complet; que, s'ils avaient quelque visée, en me la faisant savoir, j'en informerais Sa Majesté. Lesdits sieurs commissaires ont accepté cette ouverture et m'ont convié aussi de presser qu'il me fût envoyé des instructions ; qu'en attendant ils ne laisseraient pas de faire quelque projet et de me le commu " niquer. Je ne puis juger tant de tous leurs discours sur le

traité de paix que de leur. empressement pour renouveler celui de campagne, si ce n'est qu'encore que M. le Protecteur ne puisse éviter de s'accommoder avec TEspagne^ à moins que ses affaires ne changent de face, il ne saurait néanmoins se déterminer à aucun parti devant le Parlement, et que^ n'étant pas le maître du Conseil; sans la participation et avis duquel peu d'affaires se décident, il n'a pas voulu lui donner connaissance de celle-ci, crainte qu'étant mise en délibération, la résolution ne fût contraire à ses desseins particuliers. Il se peut aussi faire que, la guerre avec l'Espagne pouvant servir de prétexte pour tirer de l'argent du ])euple d'Angleterre, l'on ne veuille pas entrer si tôt en négociation; ou bien M. le Protecteur appelant le Parlement pour s'en prévaloir contre une partie de l'armée qui oppose ouvertement son autorité, il croit se rendre plus agréable à ce corps en lui remettant la décision de la paix ou de la guerre. Mais, quel que puisse être son motif, il est très-vraisemblable que ses commissaires n'étaient venus qu'avec un esprit d'amusement; et quelque soin que j'aie pris de leur faire connaître qu'il fallait ou renvoyer M. Lockhart, ou, par quelque autre voie, faire savoir les prétentions de M. le Protecteur, il différera l'un et l'autre jusqu'à la séance du Parlement. Je suis confirmé dans cette opinion par l'assurance que me donnèrent lesdits sieurs commissaires qu'ils n'avaient communiqué à qui que ce soit l'arrivée du sieur Pimente], étant certain qu'encore que M. le Protecteur ait grande confiance en ses deux ministres, ils n'oseraient tous trois avoir pris une résolution sur une affaire de cette conséquence. Ainsi la proposition qu'ils font d'un traité préliminaire, devant que de s'expliquer sur celui de paix, ne doit être considérée que conune une ouverture faite à dessein de gagner temps ; et quanta celui de campagne pour lequel ils ont tant de chaleur, je crois que leur fin est de s'en servir pour faire voir au Parlement que M. le Protecteur est encore engagé à de grandes dépenses, et faire espérer des conquêtes dans la Flandre par la continuation de la guerre avec l'Espagne^ ce qui sera

capable de donner ^ans la vue de quelques députés de ce corps et de les porter à ouvrir la bourse plus libéralement. Que si Votre ÉmineDce juge à propos de se prévaloir de ces dispositions pour tirer des troupes d'Angleterre, et aus» pour rengager à ne s'accommoder avec l'Espagne que conjointement avec la France, et à la garantie de la paix, il sera nécessaire d'user de diligence, crainte que le Parlement, qui considérera moins l'intérêt de M. le Protecteur que le repos de la nation, ne trouve plus avantageux de traiter sûrement que de rester toujours engagé avec la France. Je prévois que, par le traité de campagne, l'on stipulera quelque autre jjace, soit pour la réputation, soit afin de retirer du pays de quoi entretenir la garnison, dont la dépense est beaucoup à charge. Je pourrais aussi avec autant de certitude avancer que l'Angleterre se contentera, dans un traité général, de conserver les conquêtes qu'elle possédera en Flandre ; défunt M. le Protecteur flattait les marchands de l'espérance du commerce dans len Indes pour la restitution de la Jamaïque ; mais le présent régime n'a pas les pensées si élevées, ni la puissance assez atfermie pour appuyer de telles prétentions. Tous les avis qui m*ont été donnés, depuis la division des officiers de l'armée, conviennent qu'ils ne sauraient s'empêcher de complaire au peuple, fort enclin à la paix. Cette nécessité laisse croire que l'intérêt d'Angleterre ne peut pas arrêter longtemps l'accommodement général, et qu'il se peut toujours prendre quelque mesure en attendant que M. le Protecteur s'explique davantage. Je rapporterais exactement ce qui se passa dans Taudience qu'il me donna, s'il s'en pouvait tirer quelque lumière ; mais ce ne fut de ma part qu'une relation exacte des propositions du sieur Pimentel, du jugement que Votre Éminence en avait fait, et de tout le contenu de sa lettre du 17" du passé] à quoi M. le Protecteur me répondit en des termes généraux pleins de reconnaissance, tant envers le roi que Votre Éminence, et d'assurances qu'il tâcherait de correspondre à un procédé si obligeant, sans néanmoins entrer dans le particulier des affaires quç je lui avais commu-^

nîquées; il remit à s'expliquer après qu'il en aurait communiqué à son Conseil* Je ne m'attendais pas à davantage^ et même je me serais contenté d'en entretenir le garde des sceaux et le secrétaire d'État, s'il ne m'eût paru que M. le Protecteur l'aurait pu prendre en mauvaise part. Le premier de ces ministres fut son interprète, et Tautre servit à amuser deux du Conseil dont il ne s'était pu défaire. Quand j'entrai à l'audience, bien que je les eusse avertis de s'y trouver seuls, et qu'ils me l'eussent fait attendre, l'embarras fut tel que le garde des sceaux m'avertit déparier de quelque affaire indifférente en cas qu'ils n'eussent pas la discrétion de se retirer. Je ne fus pas en cette peine : lesdits sieurs commissaires, devant que de se retirer, m'ont rendu le traité de garantie sur le secours de Suède, avec peu de changements aux. articles que je leur avais donnés ; ils en ont seulement ajouté un par lequel l'Angleterre se réserve la liberté de traiter avec le roi de Suède, qui est sujet à quelque explication, n*é(ant pas raisonnable que, si elle prend quelque engagement particulier avec ce prince dont elle retire de Tavantage, le roi soit garant des suites et événements, sous prétexte que le secours en aura été la cause originaire. Je ne fais point de doute que, dans la première conférence, nous ne convenions qu'au moins, s'il se fait quelque traité, ce soit avec la participation de Sa Majesté, et qu'ainsi cette affaire ne soit bientôt réglée. Mais, quoi que nous arrêtions pour garantir le roi de Suède du danger où il est, l'Angleterre ne pourra envoyer aucune assistance qu'au mois de mars ; et, sans les glaces, sa flotte aurait été entièrement ruinée devant l'arrivée de celle d'Angleterre, qui a empêché, à ce que prétendent lesdits sieurs commissaires, le départ du secours des Hollandais; d'où l'on peut juger que les États Généraux prendront tout de bon le parti de persuader la paixy à moins de quelque changement. Ici la voix publique veut que le Parlement pourrait en produire d'assez considérables, et il se voit, par les élections déjà faites, que les plus factieux du Long-Parlement et quelques officiers de l'armée réformée sont députés. Le générai Fairfax est même du

HISTORIQUi* s. 383

nombre. Quelques-uns s'imaginent aussi que les Presbytériens ont fait toute diligence pour se faire nommer, à dessein, s'ils ne se trouvent pas assez puissants d'eux-mêmes pour former un gouvernement à leur gré, de se joindre avec M. le Protecteur contre l'armée. Bien que ces diversités ne soient pas si dangereuses, le présent régime ne laissera pas d'avoir assez de peine, surtout à conserver la chambre des nouveaux seigneurs que le défunt Protecteur a créés. Ce sera la première pierre de scandale. Les députés d'Irlande et d'Ecosse courront aussi risque d'être chassés, étant contre l'usage qu'ils soient admis dans le Parlement d'Angleterre. Ces retranchements afiaibliront beaucoup le nombre des amis du gouvernement, qui sera vraisemblablement appuyé par tous les esprits pacifiques. Il a depuis peu été envoyé trois cents hommes de recrues à Dunkerque ; l'embarquement s'en fit aussitôt qu'ils eurent été tii*és des vieux régiments, crainte de quelque mutinerie, ce service n'étant pas aussi agréable que celui d'Angleterre.

Votre Éminence aura sans doute reçu les mêmes avis qui sont ici de l'arrivée de la flotte des Indes aux Canaries ; s'ils sont bien fondés, jamais elle ne fut si riche ; l'on parle de quarante-cinq millions de piastres, dont n*y ayant eu que huit d^enregistrés, les officiers ont visité les vaisseaux si exactement qu'ils en ont trouvé jusqu'à quarante ; ce sont les nouvelles de la Bourse de Londres, auxquelles je n'ai rien à ajouter, si ce n*est que je suis avec respect. . . • . .

La présente lettre n'ayant pu èire envoyée par l'ordinaire précédent, j'y ajouterai que, depuis l'avoir écrite, le secrétaire d'État est demeuré d'accord de retrancher du traité de garantie l'article qu'il y avait*ajouté, mais qu'il ne me parle point d'y apporter l'éclaircissement que sa dernière visite me faisait attendre. Les mêmes bruits que j'ai déjà fait savoir de l'arrivée de la flotte des Indes continuent, et pour ce qui est du dedans d'Angleterre, toutes choses y sont au même état.

2o jf . de Bordeaux au cardinal Mazarin.

Londres, SO janvier 1659.

MonseigneuFi

J'accuserai seulement la réception de la lettre dont Votre 'Éminence m'a honoré^ en date du 14, m'ayant été rendue cejourd'hui si tard qu'elle n'a pas pu être déchiffrée; je ne ferai point aussi savoir aujourd'hui les sentiments de M. le Protecteur sur les affiiires dont j'ai entretenu ces jours passés le secrétwre d'État^ encore qu'il me soit venu voir ce soir avec le garde des sceaux; ils ont remis jusqu'à samedi à me donner l'éclaircissement que la conjoncture des affaires leur permet de me faire savoir, et aussi la signature du traité de garantie; je les ai priés, suivant ce que M. le comte de Brienne m'en avait écrit, qu'il fût envoyé ordre au sieur Downing de représenter à MM. les États-Généraux que l'Angleterre considérant le duc de Neubourg^ ce serait choquer Son Altesse aussi bien que Sa Majesté s'ils entraient en guerre avec lui, à moins d'en avoir sujet, ce que sans doute ce prince évitera de donner; cet of&ce a été promis, et s'il est nécessaire, je presserai que l'on agisse avec chaleur en sa faveur. Lesdits sieurs commissaires m'ont dit qu'ils n'avaient autre nouvelle du Nord si ce n'est que le roi de Suède était allé à Frédériskborg, et m'ont encore afiSrmé que l'Électeur de Brandebourg professait de ne vouloir point s'accommoder sans l'Empereur; le roi de Danemark entrant, comme il y a lieu de le croire, dans de semblables sentiments, il n'y aura autre ressource que d'envoyer le secours naval aussitôt que la mer sera libre, M. le Protecteur professe d'y être résolu. Il y avait un chevalier anglais, estimé bon homme de mer, qui était engagé dans le service de Suède, et était allé avec la flotte d'Angleterre ; le mauvais temps l'ayant obligé de relâcher, il refuse inaintenant, et tous les officiers qui le suivaient, de continuer dans son dessein, d'où Ton peut juger que les affaires de ce prince ne sont pas en bon état.

Il n'y a rien présentement à écrire d'ici, si ce n'est qu'il paraît beaucoup de députés enclins à la paix et que le parti

des Tnécootents do gouTernement pouira bien être le plus faible en nombre.

M. de Bardeaux au eardmal Maxairm.

LoadfM, S ti 6 ftnkr 1659.

Monseignear,

Ma précédente lettre aura fait savoir à Votre Êminence que les commissaires de Son Altesse me devaient venir trouver avant-hier; cette entrevue a été remise jusqu'à ce soir qu'ils m'ont apporté le traité de garantie que nous avons signé, et en exécution duquel nous devons écrire^ par un vaisseau qui part demain^ à M. le chevalier de Terlon et au résident d'Angleterre^ pour les faire agir tant auprès du roi de Suède que du roi de Danemark î mais afin de donner plus de force à leurs offices, il est jugé à propos de leur envoyer des lettres de créance pour le deinier de ces princes ; nous n'avons pas cru pouvoir prendre aucune mesure certaine sur les conditions particulières de cet a(5commodement avant d'être informés de l'état des affaires du Nord ; ce sera cependant aux ministres de France et d'AngleteiTc d'en user suivant la disposition où ils se trouveront présentement. J'en écrirai en ce sens à M. le chevalier de Terlon^ qui pourra faire appréhender au roi de Suède l'abandonnement de la France comme à celui de Danemark sa puissance, s'il ne croyait pas porter l'Un et l'autre à la paix. Le résident d'Angleterre parlera aux mêmes termes, et ils seront aussi tous deux avertis qu'en cas que le roi de Pologne et l'Électeur de Brandebourg refusent de s'accommoder sans l'Empereur, ils s'appliquent principalement à celui de Danemark comme le plus pressé^ et que si leurs soins ont quelque succès, ils fassent rejeter ou au moins si bien expliquer l'article dudit traité de Roskield, où il est parlé du passage par le Sund des vaisseaux des autres nations, que le commerce de France et

d'Angleterre n'en reçoive point de préjudice. Nous sommes aussi convenus en même temps de faire savoir à MM. les États-Généraux la résolution du roi et de M. le Protecteur. L'on s'en est même déjà expliqué au sieur de Nieuport^ leur ambassadeur^ qui ^ sur l'avis sans doute du traité, m'est venu assurer depuis deux jours qu'il était autorisé^ pour obliger ses supérieurs, à se joindre avec nous contre celui desdits princes qui refuserait la paix à des conditions équitables. Je lui témoignai que Sa Majesté aurait très-agréable qu'ils prissent ce parti, et le renvoyai au secrétaire d'État afin que^ Son Altesse en étant informée, elle nommât des commissaires et que nous entrassions sans perte de temps en matière ; mais il s'est trouvé n'avoir ni pouvoir ni instructions précises, et que MM. les États -Généraux prétendaient régler lesdits princes suivant le traité de Brunnsberg de l'année 1645, sans avoir égard à celui de Roskield; ce qui a fait juger ici que les avances faites par ledit sieur ambassadeur n'étaient pas à considérer, et qu'il fallait, avant que de venir avec lui à aucune particularité, que ses supérieurs fussent dans d'autres sentiments. Le traité d'aujourd'hui pourra produire ce changement. Je ne manquerai pas, le prochain ordinaire, d'en faire part à M. de Thou. Je me suis aussi chargé de faire savoir au roi de Pologne et à l'Électeur de Brandebourg , par les ministres de France, n'y en ayant point d'Angleterre auprès d'eux, les soins et les diligences que nous voulons apporter pour les réconcilier avec la Suède; et ledit sieur secrétaire doit, par la même dépêche qu'il écrira au sieur Downing en conformité, lui ordonner des offices pour empêcher que les Provinces-Unies ne s'engagent contre le duc de Neubourg. Après que toutes ces informations auront été envoyées, jusqu'à ce qu'il arrive des nouvelles de Zélande, il n'y aura plus rien à faire ici sur ce sujet, ensuite duquel le garde des sceaux m'a dit que Son Altesse lui avait commandé de me confirmer encore qu'elle se sentait fort obligée de la communication que je lui avais donnée tant des ouvertures faites par le sieur Pimentel que des instances de l'Électeur de Mayence; mais

qu'il fallait, devant que de prendre ici aucune rësolution sur renvoi d'un ambassadeur à Augsbourg et que de coipinuniquer les prétentions d'Angleterre, aviser aux moyens de résister aux grands préparatifs que l'Espagne faisait en Flandre, qui semblaient menacer Dunkerque du siège, devant que nos armées fussent an campagne. Ce discours, semblable à celui que j'avais déjà entendu, m'ayant confirmé dans la pensée où j'étais que M. le Protecteur ne pouvait se déterminer qu'après les premières séances du Parlement, j'ai cru me devoir plaindre auxdits sieurs commissaires de ce qu'ils me parlaient avec si peu de franchise, de ne me déclarer pas que Son Altesse ne pouvait présentement songer à la paix, afin que le roi s'accommodât à la nécessité de ses affaires, au lieu qu'en usant avec tant de réserve, c'était nous laisser la défiance que toutes ces remises étaient afiSectées pour cependant pressentir si l'Espagne n'accordera pas à TAngleterre quelques conditions plus avantageuses, en s'accommodant sans la France; qu'au reste le traité de campagne ne devait point empêcher que l'on ne s'expliquât sur la paix, non plus que l'assemblée d'Augsbourg n'empêchait la jonction de nos troupes, seules capables de tirer des ennemis des conditions avantageuses et d'arrêter leurs desseins en Flandre, qui ne devaient pas donner jalousie pour Dunkerque, le siège n'en pouvant être fait sans une armée nouvelle plus puissante que celle d'Angleterre; que j*avais déjà informé Votre Éminence du désir de Son Altesse à cet égard, et qu'apparemment dans peu de jours je recevrais des ordres pour en conférer et convenir de ce qui serait possible et raisonnable; que cependant ils ne devaient pas faire scrupule de me dire si Son Altesse ne pouvait s'expliquer sur la paix générale devant la séance du Parlement, afin que j'écrivisse quelque chose de certain, et que Sa Majesté, qui avait répondu de l'Angleterre, pût à l'avenir parler plus assurément de ses dispositions, leur faisant aussi connaître que si elle différait longtemps à se déclarer, nos ennemis communs en tireraient de grands avantages et ne nunqucraient pas d'insinuer à tous les princes

d'Allemagne que^ sou^ le nom de nos alliés^ nous formions de nouveaux obstacles à la paix. Lesdits sieurs commissaires^ après s'être entretenus ensemble^ m'ont d'abord fait de grandes protestations qu'ils n'aVaient point la pensée d'entrer ni publiquement ni secrètement, sans notre participation^ en traité avec l'Espagne, que Son Âllesse était trop reconnaissante du procédé de Sa Majesté pour en mal user, et qu'elle n'écouterait ni ne recevrait aucune proposition dont nous ne fussions avertis 3 qu'ils m'avouaient néanmoins, sans m'en pouvoir dire les motifs^ qu'elle n'était point aujourd'hui en état de prendre aucune résolution, mais qu'apparemment elle le serait dans peu de temps. J'ai reçu cette confession plus ingénue que les autres discours précédents, avec assurance que le roi tâcherait de sa part de tenir tout en suspens pendant quelques jours, et nous nous sommes fait force protestations de demeurer aussi unis dans le traité de paix que nous l'avions été dans la guerre; encore qu'au mois de mars l'une et l'autre nation doivent être en liberté de pourvoir séparément à ses affaires et de chercher ses avantages. C'est tout ce que j'ai pu retirer desdits commissaires, et il n'y a pas sujet d'être surpris que M. le Protecteur diffère à se déterminer jusqu'à ce qu'il sache quelle doit être à l'avenir sa condition. J'avais fait le même jugement dès la première r^nse qui me fut rendue, et depuis deux jours j'ai été averti qu'il ne fallait rien attendre qu'après les premières séances du Parlement. L'avis que M. de Turenne m'avait donné qu'il était nécessaire que M. Lockhart nous assistât de cinq ou six cents hommes de sa garnison, si Oudenarde était assiégé, m'a donné lieu de prier le secrétaire d'Etat que l'ordre en fût envoyé à Dunkerque; il me l'a fait espérer, et que généralement nous pourrions disposer de tout ce qui serait en la puissance de Son Altesse. Mais il appréhende que cette garnison ne soit bien faible, à cause que l'on n'a point de nouvelles de cinq compagnies qui devaient passer de France à Dunkerque, quoiqu'elles aient été embarquées il y a quelque temps. Il m'a aussi dit que le commandant des Anglais, qui sont en

quartiers d'hiver dans l'une de ces deux villes^ se plaint fort du mauvais traitement que les habitants leur font, et j'assurai qu'il sentit envoyé ordre d'en user mieux à l'avenir. L'avis des projets du duc d'York et l'instance que je fis pour le renvoi de M. Lockhart à la cour mirent fin à notre conférence; le secret me fut promis sur le premier point; et sur l'autre que, dans peu de jours^ l'on pourrait envoyer ordre audit sieur ambassadeur de faire un tour à Paris^ sans néanmoins se désister de la prière qui m'avait été faite d'écrire à Votre Éminence touchant le traité de campagne, afin que l'on pût de bonne heure prendre ici des mesures pour l'exécution de ce qui sera i-ésolu; nous avons même parlé des recrues du corps anglais, et lesdits sieurs commissaires n'ont pas témoigné que Son Altesse dût faire difficulté de les accorder. Il faut aussi s'attendre qu'elle prétendra étendre ses conquêtes dans le pays, et en tirer des contributions capables.de maintenir en partie la garnison de Duilkerque. Si les intentions de Sa Majesté me sont envoyées, la communication que j'en donnerai avancera les résolutions d'ici> et M. le Protecteur ne faisant rien de son chef, son ambassadeur ne pourra rien déterminer si promptement^ ni répondre de son maître présent avec tant de certitude qu'il faisait du défunt; le Conseil même remet depuis quelque temps toutes les affaires importantes jusqu'à la séance du Parlement, dont la conduite est si appréhendée qu*il se parle déjà de le rompre, à moins qu'il ne se soumette entièrement au gouvernement du présent régime; de quoi l'on peut douter, vu les inclinations des principaux députés. Ils professent tant d'aigreur contre la milice et tant de passion pour l'établissement de la république que partie de Tarmée, détachée des intérêts de M. le Protecteur, pourra être forcée de se réunir par la crainte que, en appuyant ses ennemis, elle n'en soit à la fin détruite. Si les autres bruits qui courent des sentiments de cette assemblée sont véritables^ ils écouteront favorablement l'instance que les principaux marchands d'Angleterre doivent faire pour la paix avec l'Espagne. Hais devant que d'en venir là, il faudra régler

d^autres affcûres domestiques dont la décision détruira ou affermira la puissance de M. le Protecteur. Le compte que je rends de ce qui s'est dit et passé aujourd'hui entre les commissaires de Son Altesse et moi ne me laisse rien à répondre au contenu de la lettre de Votre Éminence du 44 janvier^ si ce n'est que ses précédentes ont dissipé entièrement les jalousies causées par le passage du sieur Pimentel et le prétendu voyage de M. de Lionne qui avaient^ avec quelque fondementy donné de l'ombrage, jusqu'à la communication que Son Altesse a eue des ouvertures faites par l'Espagne ; elle paraît bien persuadée de notre sincérité.

Je crois aussi devoir ajouter que^ quelque démonstration que fassent les États-Généraux, par leur ambassadeur^ de vouloir détacher l'électeur de Brandebourg de la maison d'Autriche, s'ils s'emploient pour y parvenir, ce ne sera qu'à toute extrémité ; et lorsque dans la dernière visite que me rendit ledit sieur ambassadeur, je'lui témoignai, parlant sur ce sujet, que ses supérieurs avaient tout crédit auprès de ce prince^ il s'en défendit fort, et n'oublia rien pour me persuader que maintenant il déférait fort peu à leurs conseils. Pour ce qui est de l'intention de la province de Hollande sur l'accommodement du roi de Danemark^ encore qu'elle ne paraisse pas changée dans le discours que ledit sieur ambassadeur a tenu au secrétaire d'État, il y a sujet à croire que l'engagement dans lequel la France et l'Angleterre viennent d'entrer fera perdre la pensée de dépouiller le roi de Suède de tous les avantages que lui a donnés le traité de Roskield, s'il se peut encore maintenir quelque temps^ et s'il n'arrive rien en Angleterre qui empêche de lui renvoyer la flotte.

6 féTrier.

La présente lettre n'ayant pu être envoyée par l'ordinaire précédent, j'y ajouterai ce qui s'est passé aujourd'hui à l'ouverture du Parlement. Les députés se sont rendus dans la chapelle de Westminster, oii M. le Protecteur est aussi venu par eau, accompagné de son Conseil, de sa famille et de quel-

ques officiers de Tannée; après avoir entendu le prêche^ il s'est retiré dans une chambre où^ les nouveaux seigneurs et les députés des Communes Tétant venus trouver^ il leur a parlé debout et découvert, après néanmoins- s'être assis et couvert un moment. Le commencement de son discours a été une exagération des soins que le défunt Protecteur avait pris pour établir la paix en Angleterre et de Tétat où il Tavait laissée au moment de sa mort; il est ensuite passé aux motifs qui Tavaient obligé d'assembler ce corps, professant qu'encore que Dieu l'eût appelé au gouvernement^ il ne voulait point se conduire par ses seules lumières, mais par l'avis du Conseil de la nation, et descendant dans le particulier, il a représenté la grande nécessité qu'il y avait de satisfaire l'armée, à laquelle il était dû beaucoup d'arrérages, et a pris occasion de louer sa grande retenue et la patience avec laquelle elle supportait le retardement de sa paye. Il a ensuite proposé trois points sur lesquels on avait principalement à délibérer : Tun est la religion protestante et les moyens de pourvoir aux désordres dentelle est atOigée; l'autre est l'intérêt du roi de Suède, dont il a représenté la ruine préjudiciable et honteuse à TAngleterre, sa ruine ne pouvant que donner le moyen à ses ennemis d'y former des entreprises. Le dernier point a été la puissance de la maison d'Autriche, qui se rendait foi^ midable, par la réunion apparente de la brancGie d'Allemagne avec celle d'Espagne, à toute la chrétienté et principalement aux protestants. La fin de ce discours a été une exhortation à l'union, sans laquelle il ne pouvait attendre aucun fruit de l'assemblée ; le premier des gardes des sceaux a pris la parole après M. le Protecteur, et ne s'est guère étendu que sur cette même union; cet acte achevé, il s'est retiré de la même manière qu'il était venu, et le Parlement est allé choisir son orateur, qui est un avocat des plus estimés de la nation, sans qu'il ait paru aucune diversité de sentiments sur cette élection.

M. de Bardeaux au cardinal Mazarin.

Londres, 20 février 1659.

Monseigneur^ I^s derniei*8 ordinaires ne m'ayant apporté aucune lettre de Votre Ëminence^ et ne s'étant rien passé ici touchant les affaires du dehors d'Angleterre^ j'ai seulement à informer de celles du dedans, qui se réduisent aux délibérations du Parlement. Il employa les deux derniers jours de la semaine précédente en prières et à nommer des commissaires pour l'examen de plusieurs matières. Il y eut aussi un assez grand débat sur ce que deux députés^ dont l'un est le colonel Cook^ entrèrent dans l'assemblée sans avoir prêté le serment que les autres ont prêté; ils s'en excusèrent sous prétexte que ce serait blesser leur conscience de les assujettir à aucun engagement. Cette raison ne fut pas bien reçue de tout le corps; quelques-uns voulaient qu'ils subissent la loi générale, mais d'autres ayant déclaré que c^était seulement une cérémonie peu nécessaire et que, si les députés étaient assez scrupuleux pour ne pouvoir pas donner au serment une interprétation favorable, ils n'y devaient pas être forcés : plutôt que d^entrer plus avant en cette question, l'on les souffrit prendre place^ ce qui a servi depuis d'exemple, entre autres au chevalier Vane, l'un des plus signalés républicains de toute la nation, qui entra le premier de la semaine. Ce même jour, l'acte de reconnaissance fut relu^ et il ne s'est parlé depuis d'aucune autre affaire^ sans que néanmoins l'on soit encore venu au particulier de la question. Toutes les séances se sont passées en harangues fort libres de la part des républicains^ et réponses que les affectionnés au gouvernement y ont faites; les plus modérés des premiers prétendent que ce sera bien l'avis d'accorder à M. le Protecteur les mêmes prérogatives et conditions que le roi défunt accepta quand le Long Parlement traita avec lui dans l'ile de Wight ; cette proposition étant

assez plausible et conforme aux inclinations de la milice, en ce qu'elle détache le commandement de Tarmëe du chef magistrat, il semble qu'elle doive être enfin suivie, encore que présentement le plus grand nombre des députés soient aveuglement portés à maintenir l'autorité de H. le Protecteur, qui recevrait une grande atteinte par cette séparation, pour laquelle appuyer il parut hier à la porte du Parlement quel* que» bourgeois qui demandaient à présenter une requête, tant en leurs noms que de beaucoup de gens de bien. L'on leur manda que présentement le corps ne pouvait écouter aucune autre affaire, mais qu'après la conclusion de la délibération qui était sur le tapis, ils pourraient être entendus; il était néanmoins tout public que cette requête avait été signée par quinze ou vingt mille personnes, et tendait à la diminution du pouvoir de M. le Protecteur; d'où l'on peut juger que ses amis prévalent; et il se pourrait dire que de leur fermeté sa grandeur dépendrait, s'il est vrai, comme le général major Lambert l'a avancé, que l'autre Chambre, composée des principaux officiers de l'armée, se soumettra sans peine aux résolutions de celle des Communes. Ce serait faire une relation ennuyeuse que de rapporter tous les autres discours libres qui se tiennent; il suffira, pour faire connaître l'esprit de quelques républicains, de toucher quelques pas« sages de la longue harangue du chevalier Yane. Après une exacte déduction de ce qui s'était passé dans les derniers mouvements auxquels il avait eu grande part, il demeura d'accord que M. le Protecteur défunt avait pu mériter, en travaillant, comme il l'avait fait, à la ruine de la monarchie, l'autorité que le dernier Parlement lui avait confiée ; mais venant au fils, il ne trouva en lui aucun titre ])our y succéder; et examinant toutes les voies légitimes qui peuvent porter les hommes légitimement à l'autorité souveraine, tâcha de per* suader que M. le Protecteur ne pouvait appuyer la sienne d'aucune raison bien solide. Ce discours n'a pas manqué de répartie, y ayant^ parmi ses amis, des avocats fort illustres, et ce n'est pas la croyance que les républicains aient la pensée

de le détroiie, les trois quarts du corps étant iaTonhles à sa cooservation; seulement pvétendent-ils de borner son pouvoir et détacher la milice. Cette délibération dorera encore qo^ qoes jours, quelque diligence que l'on y a|^rte pour y mettre ûa, crainteque les ennemis dn Parlement ne gagnent^ avec le temps^ d'antres députés moins fermes dans leurs sentiments. Le bruit avait couru ces derniers jours que Tarmée d'Ecosse voulait faire une déclaration de soumission an Parlement; mais jusqu'à cette heures elle n'a point paru, et c'est encore la créance commune que tout se passera, soit dans les troupes, soit dans le Parlement, suivant le désir de M. le Prolecteur, que j'apprends avoir donné des ordres très-précis pour mettre vingt-huit vaisseaux en état de faire voile vers le Sond aussitôt que la saison le permettra. Il m'est aussi assuré que M. Lockhart pourra partir dans la fin de ce mois^ et son secrétaire est venu poursuivre ici des ordres; j'attends avec impatience ceux de Votre Éminence sur mon paiement, et qu'elle me continue rhonneiir de sa bienveillance^ me faisant la justice de croire que je suis, etc.

if. de Bardeaux au cardinal Mazarin.

Loii4nHi0févri«rlS59.

La lettre que Votre Eminence m'a fait l'honneur de m'écrire le 30 janvier ne venant que de m'être rendue, j'en accuserai seulement la réception aujourd'hui, et le prochain ordinaire en portera la réponse; je n'ajouterai rien aussi à mes précédentes touchant les affaires dont elles ont rendu compte. Le parlement occupe trop le régime d'Angleterre pour permettre présentement aux ministres du Conseil de s'appliquer au dehors ; ce n'est pas néanmoins que, depuis l'ouverture de cette assemblée, dont j'ai informé Votre Éminence, il s'y soit pris aucune résolution considérable. La première a été que

Teodredi prochain serait un jour de jeûne et d'humiliation pour le corps; il fut ensuite établi un comité pour examiner les élections contestées, et ce matin la liste des députés a été lue, ce qui a donné lieu à une question assez importante^ savoir si les trente nommés pour TÉcossCy en pareil nombre pour rirlandci doivent être admis; ceux qui veulent leur exclusion prétendent qu'ils ne sont point appelés par aucun acte des parlements précédents^ ni même par Tusage^ mais qu'ils n'ont pour titre qu'une ordonnance du conseil d'État^ dont le pouvoir ne s'étend pas jusqu'à régler les parlements; quc^ d'ailleurs, l'union de ces deux nations à l'Angleterre n'a point été faite^ et qu'elles se doivent plutôt considérer comme provinces conquises^ et que, s'il était en la puissance du souverain d'ajouter un si grand nombre de députés^ il serait le maître absolu des parlements, puisque, par la même ordonnance, soixante députés sont réputés représenter tout le corps, et qu'il éloignerait les autres, suivant l'exemple pratiqué si souvent par le défunt Protecteur. L'on avait toujours prévu que ce serait une difficulté très-grande, et elle a été formée cejourd'hui ; demain elle s'agitera et donnera lieu de reconnaître les bien intentionnés au gouvernement, encore que quelques-uns d'entre eux soient contraires à cette nouveauté. L'établissement de la Chambre créée par le précédent parlement sera ensuite examiné et ne trouvera guère moins d'opposition; aussi se peut-il dire que^ si M. le Protecteur fait décider ces deux points suivant son désir, tout le reste lui sera fort facile

M. de Bordeaux au cardinal Mazarin.

Londre*, 20 rétrier 1S59.

(Voir le n» XIII.)

XYI

(Pages 72. 79 et 90.)

1« M. de Bardeaux au cardinal Maxarin.

LMins, • mut 1S59.

(Il rend compte de la coofërence qn^il a eue iTec le secrétaire d'État.)

Je donnai aussi avis du dessein qu'araient les

ministres d'Espagne de faire passer en Flandre de Tinfiinterie^ et de se servir du duc d'York pour exciter en Angleterre quelques divisions durant la séance du Parlement. Il me dit que M. le Protecteur serait toujours prêt de favoriser les recrues^ quand Sa Majesté serait entièrement déterminée de les faire , et qu'il renverrait dans peu M. Lockhart à Paris pour recevoir ses commandements; qu'encore qu'il fût peu vraisemblable que les Espagnols Youlussent Hasarder un corps d'infanterie considérable dans la Manche , il ne laisse-> rdit pas d'être ordonné à tous les vaisseaux anglais de faire garde bien exacte; et que, pour les desseins du duc d'York^ quoique quelques députés du Parlement (désignant les républicains) les appuyassent^ Son Altesse n'avait pas sujet de les appréhender. Notre conversation finit de ma part après avoir fait savoir les ordres envoyés à Amiens en faveur des régiments anglais, et par des instances réitérées que M. le Protecteur eût à renvoyer au plus tôt M. Lockhart instruit de ses sentiments, ou à me les déclarer. Ledit sieur secrétaire me confirma que j'aurais aujourd'hui de ses nouvelles, et me fit force protestations que Son Altesse n'aurait point de réserve pour Votre Éminence et ne prendrait aucune résolution pour la paix que de concert avec la France. — Cette même déclaration m'a été si souvent et si solennellement faite ces derniers temps que je n'ai pas eu lieu de me plaindre ni de stipuler pour l'avenir une autre correspondance, et je demeure persuadé que l'incertitude de la condition de M. le Protecteur est

seule cause de ce qu'il ne s'explique pas plus ouyertement. C'est à quoi il faut attribuer que M. Lockhart ait différé son voyage^ et c'aurait été une conduite hasardeuse de quitter Dunkerque dans le moment que toute l'armée se voulait déclarer contre le gouvernement , la garnison de cette place étant composée d'officiers aussi assurés à M. Fleetwood qu'à H. le Protecteur. Je n'ai rien à ajouter à mes précédentes touchant les procédés dudit sieur Lockhart^ si contraires à ses protestations^ si ce n'est que l'avis qui m'a été donné s'est trouvé fort conforme aux discours que lui-même m'a tenus. Je ne puis aussi rien dire encore sur la pensée qu'a Votre Éminence de traiter de Dunkerque. 11 est bien certain que M. le Protecteur ne considère pas tant cette conquête que faisait le défunt Protecteur, n'ayant pas des desseins si rele* vés. Le Parlement même la regarde comme un sujet de dépense et de querelle^ et depuis deux jours, un des députés, assez accrédité de soi-même, m'a dit que c'était l'intérêt de la nation de vendre cette place à la France ou à l'Espagne. Néanmoins le conseil d'État aura peine de prendre la résolution s'il n'est pressé par une grande nécessité, crainte de donner prise sur sa conduite. Je ne laisserai pas de tenter, par quelque voie particulière, cet accommodement aussitôt qu'on verra plus clair dans l'établissement du régime; et les Anglais sont assez mercenaires pour ne pas négliger une occasion de profit, pour peu de couleur qui se puisse donner à cette proposition. Le traité de paix en fournira. 11 y aurait encore plus de facilité de réussir dans ce dessein si l'on fait entendre que l'Espagne insiste sur la restitution, et s'en départirait plutôt en faveur de la France, à cause de l'intérêt de la religion. Si le Parlement venait à se brouiller avec M. le Protecteur, devant que de lui accorder de Tai^gent, il y aurait encore plus de facilité de réussir dans ce dessein, h l'avancement duquel je m'appliquerai avec toute diligence. Je n'ai pas cru devoir approfondir de nouveau la pensée qu'ont eue les commissaires de Son Altesse, en me proposant un traité préliminaire. Outre que cette ouverture me parut être

faite seulement pour amuser^ je déclarai dès lors qu'il n'y avait autre précaution ni engagement à prendre ensemble qu'à nous obliger de ne point traiter séparément^ et de- de* meurer réciproquement garants du traité de paii. Les deux commissaires tombèrent dans mon sentiment^ et depuis il ne s'en est plus parlé. Si la même proposition se remet sur le tapis^ j'en userai suivant les ordres de Votre Émiivence. . •

11 ne me reste, pour satisfaire entièrement au contenu des deux lettres de Votre Éminence, qu'à lui dire que M. Faulconbridge ne sera pas difficile à contenter sur la figure du diamant ^ pourvu qu'il soit de mille pistoles. Le sieur Gé« déon n'est pas plus délicat; et encore que l'autorité de M. le Protecteur puisse être affaiblie^ la dépense en sera très-utile^ et le présent mieux venu dans la conjoncture présente qu'après l'affermissement du régime. — Je dois aussi promettre à Votre Éminence les avis qui me seront donnés tant des dispositions de l'armée que du Parlement. Pour mes jugements sur la conduite de l'un et de l'autre y j'en ferais grand scrupule, à moins d'un accommodement exprès ^ reconnaissant que les événements y peuvent être contraires, n'étant pas toujours informé par ceux qui conduisent les afifoires^ et euxmêmes cbangeant de conduite fort souvent. Il s'est pu remarquer de mes lettres que^ devant la séance du Parlement, M. le Protecteur était menacé d'une liaison entre les officiers de l'armée mécontents et les députés républicains^ et que ces deux partis joints ensemble seraient capables d'altérer le gouvernement. Tout le monde, même les plus éclairés ministres de l'État, avait lors cette appréhension; et, dans les pre^ mières séances, on a vu qu'elle était bien fondée, grand nombre de députés s'étant ouvertement déclarés pour la république, les sectaires ayant présenté une requête tendant à ce même dessein, et l'armée en ayant aussi, dans ce même temps, projeté une semblable. Pour dissiper tous ces orages, il n'a point été trouvé d'autre voie que celle de réunir les principaux officiers qui fomentaient le soulèvement des au-

très; et aussitôt que la réconciliation a été faite, les affaires ont changé de face^ le parti de M. le Protecteur s'est fortifié dans le Parlement^ ses ennemis ont perdu cœur, voyant leur nombre le plus faible et Tarmée réunie, et l'acte de reconnaissance ne trouva plus tant d'obstacles. 11 se peut même dire que le Parlement, jusques avant-hier, paraissait disposé à lui accorder plus qu'il ne désirait, le rétablissement de la mai* son des seigneurs ayant été résolu sans que les républicains se missent en devoirdcrempècher,et la communicationdudessein de la flotte ayant été reçue en si bonne part que, le premier jour de cette semaine, il ne se faisait pas de difficulté qu'il fût remis à M. le Prolecteur et à son Conseil de conduire cette affaire comme ils trouveraient à propos, ce qui donna lieu à un des députés de me mander que le renvoi lui en avait été fait. Néanmoins, depuis deux jours, leurs esprits ont paru un peu altérés (j'entends parler de ceux qui avaient été attachés aux intérêts du gouvernement). Leur mécontentement procède de ce qu'ils s'étaient imaginé qu'en rétablissant la Chambre haute, elle serait composée des vieux seigneurs et sur l'ancien pied. Mais ils ont trouvé que M. le Protecteur voulait maintenir celle que le défunt a faite, ce qui non-seulement excluerait l'ancienne noblesse, mais aussi détruirait l'autorité du Parlement, en ce que cette Chambre aurait la voix négative sur les Communes, et serait remplie de personnes choisjjss par le souverain, au lieu que les anciens seigneurs y venaient de leur propre droit. Ce dessein ayant paru avanthier, lorsqu'il fut question de régler le pouvoir de cette Chambre, il y eut des menaces et reproches entre le parti modéré et les courtisans, sans que les républicains se mêlassent de la querelle ni que la question fût décidée. Elle se doit encore traiter demain. Cependant il fut résolu que la flotte s'équiperait pour être employée suivant ce qui serait jugé à propos. C'est maintenant la question qui est sur le tapis. Le ministre de Danemark a fait, de son côté, courir quelque écrit pour garantir son maître de cet orage; et les Suédois n'oublient pas non plus de faire entendre leurs rai-

goD8 ; mais ils les accompagnent d'une ostentation de leur puissance plus propre à aliéner qu'à concilier les inclina^ lions. Pour moi, j*ai témoigné à quelques-uns qui m'ont vu que le désir de la France était de concourir avec l'Angleterre à la réconciliation des États du Nord, et que pour y parvenir il fallait envoyer a^ec la flotte des commissaires pour les y convier. Ce parti pouvait bien être pris, mais les républicains ne peuvent consentir qu'elle aille au nom de M. le Prolecteur, prévoyant que ce serait lui donner le commandement des forces. C'est ce qui fait grande la difflculté, comme aussi l'espérance d'emporter ce préjugé a pu porler les ministres du Conseil à faire cette tentative. Du succès, il se pourra juger si le parti de M. le Protecteur est affaibli. Les républicains n'ont d'autre ressource que de le diviser, et difficilement se peut-il connaître s^ils y ont réussi; mais généralement l'on peut dire que la confusion règne encore dans ce corps composé de courtisans, républicains et modérés, qui veulent un gouvernement dont le pouvoir soit borné et n'appréhendent pas moins de tomber sous la milice que sous les républicains. Cette crainte et la croyance publiquement établie que M. le Protecteur n'a pu regagner les chefs de l'armée sans se remettre entièrement entre leurs mains, sont encore capables d'aliéner les inclinations de beaucoup, et il n'est pas facile de former un jugement certain sur des dispositions si confuses. Je dirai néanmoins qu'il me parait que l'armée convient avec M. le Protecteur sur quelques points du gouvernement, et consentira à la dissolution du Parlement s'il ne s'y peut pas conformer; que la Chambre nouvelle fait parti, et que les principaux officiers la composant, ils prétendent la maintenir et par là s'attirer toute l'autorité ; que déjà, dans les affaires du dedans, les sieurs Fleetwood et Desborough s'en attribuent beaucoup, et que M. le Protecteur ne peut éviter la subjeclion du Parlement sans tomber sous celle de l'armée qui est d'ailleurs toujours divisée , les subalternes étant enclins à un pouvoir plus républicain que les chefs ne souhaitent pas. Il faut espérer que l'ordre s'engendrera de

ces cldsordres^ et qu'enfin tous conviendront à former un gouvernement sous lequel chaque parti trouve son compte.

2o if. de Bordeaux au cardituU Mazarin.

Lon^M, iS m»n ift59.

Monseigneur^ Ma lettre de l'ordinaire précédent aura informé Votre Éminence de ce que le secrétaire d'État m'avait le même jour mandé et qu'il devait encore me venir voir hier; son indisposition l'en ayant empêché^ je Tallai trouver et me plaignis à lui de ce qu'après m'avoir fait écrire que M. le Protecteur me déclarerait ses intentions sur la paix ^ il ne m'était donné qu'une réponse encore plus générale que les précédentes^ et de laquelle il ne se pouvait pas même juger si Son Altesse était en résolution de traiter^ au lieu que j'avais attendu qu'elle me communiquerait ses prétentions, ou qu'au moins elle ne ferait pas scrupule de découvrir confidemment quel est son présent intérêt ou désir^ afin que Sa Majesté en étant avertie pût prendre une conduite qui ne leur fût pas préjudiciable, et aussi se garantir du reproche qu'elle ne saurait éviter en différant de répondre aux empressements que l'Espagne témoigne avoir pour la paix; je conviai donc ledit secrétaire, par toutes les considérations qui pouvaient le persuader, à me mettre en état de sortir Votre Éminence de la peine où elle me témoignait être par toutes ses dépêches. 11 ne me fut pas néanmoins possible d'en retirer qu'une réponse semblable à celle que son commis m'avait apportée; il m'avoua bien de m'en avoir fait espérer une plus précise et particulière, mais que c'était sur la créance que les affaires du dedans de l'Angleterre mettraient M. le Protecteur en état de se résoudre; qu'aujourd'hui, comme je le pouvais savoir, sa condition n'était pas plus certaine, qu'il dépendait des délibérations du Parlement, qu'il y avait lieu d'espérer que dans peu de temps tout s'accommoderait et qu'alors je serais averti des intentions de Son Altesse; que

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cependant je pouvais assurer qu'elle se sentait obligée de la manière dont nous en usions ^ et ne se séparerait point des intérêts ni de l'amitié de la France; et il se tint toujours dans ces protestations générales y sans que je le pusse faire descendre dans aucun particulier éclaircissement^bien que je le pressasse de me dire s'il était désiré ici que le roi tînt le traité en suspens pour quelque temps^ témoignant que Votre Ëminence tâcherait de le ménager; sur quoi ledit sieur secrétaire me laissa seulement aller que^ puisque M. le Protecteur ne voulait point traiter sans la France , il était à croire que i)ous en userions aussi amiablement, et persista de se défendre contre tout ce que je lui pus alléguer pour lui faire connaître que Votre Ëminence ne pouvait pas s'empêcher de rendre quelque réponse certaine au sieur Pimentel, par cette mên^e déclaration que les affaires du dedans ne permettaient pas de songer à celles du dehors, et qu'aussitôt qu'il se pomv rait M. le Protecteur s'expliquerait par moi ou par M. Lockhart. N'en pouvant tirer autre satisfaction y je lui parlai des recrues pour le corps anglais^ le priant de m'avertir ingénu* ment si ledit sieur ambassadeur devait bientôt repasser en France^ afin que Votre Ëminence qui l'attendait pût prendre des mesures certaines pour la campagne prochaine; il me dit qu'encore que ce fût le dessein de M. le Protecteur de le renvoyer, son retour pouvait être différé, et qu'il était à propos que je fusse informé du nombre de soldats que nous désirions et des intentions particulières de Sa Majesté sur le traité de campagne, afin que M. le Protecteur, ayant digéré la matière^ pût l'arrêter ici^ ou renvoyer ledit sieur Lockhart tout instruit pour en convenir avec Votre Ëminence. Je me chargeai d'écrire cette proposition et passai ensuite aux affaires du Nord , en faisant savoir audit sieur secrétaire que la ratification du traité de garantie m'avait été envoyée, accompagnée d'ordres très -exprès de représenter à Son Altesse de quelle importance il était pour l'intérêt commun de s'appliquer sans remise à la réconciliation des rois de Suède et de Danemark, afin que le premier fût en état d'em-

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pécher le secours que l'empereur projetait de jeter en Flandre; qu'à cet effet il devait être détourné de s'attacher davantage à la conquête du Danemark^ crainte cependant que la maison d'Autriche, se prévalant de la conjoncture, n'attirât beaucoup d'autres États et princes dans son parti, et n'exécu* tftt son dessein, au hasard même du Danemark dont la conservation ne lui était pas tant à cœur que celle de la Flandre. Je touchai aussi quelque chose des jalousies que les États Généraux avaient d'un traité secret entre M. le Protecteur et le roi de Suède, par lequel quelque place du Sund ou de l'Elbe devait être remise entre les mains des Anglais pour les engager à favoriser la conquête de Copenhagen, et fis remarquer qu'entre autres inconvénients de cette liaison, elle était bien éloignée de la fin que nous nous étions proposée par le traité de garantie, et que pour faire cesser ces défiances auxquelles les discours mêmes des ministres suédois, résidents à Londres, donnent lieu, et qui étaient capables d'aliéner les États Généraux et les portera quelque extrémité, il était nécessaire de déclarer, tant ici qu'à La Haye et au roi de Suède, que la France et l'Angleterre ne prétendent se mêler des guerres du Nord que pour y mettre fin, que M. le Protecteur ne songe point à s'établir dans ces quartiers, et que le secours naval que l'on prépare en Angleterre doit être employé contre celui des deux rois qui refusera de s'accommoder à des conditions raisonnables. J'assurai que les ministres de France avaient ordre de parler en ces termes, et insistai que semblables instructions fussent envoyées à ceux d'Angleterre. Je laissai aussi entendre, pour découvrir quel en pouvait être le fondement, Tavis que l'un des envoyés de Suède a donné à son maître, que la France était cause qu'il n'eût pas été ici pris plus tôt une résolution de l'assister. Ledit sieur secrétaire me dit, sur le sujet du traité de garantie, que la ratification de M. le Protecteur serait prête dans deux jours, que c'était sa résolution de l'exécuter ponctuellement, et de suivre en cela les mouvements de la France, comme elle avait fait dès le commencement, étant très-constant que sans

Pimîtatioii de la France il ne se fût point mêlé de cette querelle^ que les ministres d'Angleterre avaient ordre de parler en cette conformité, et que, quelque bruit qui courût, aucune place n'était offerte à M. le Protecteur, et que ce ne serait pas même de son intérêt d'en accepter, mais que c'était aux Hollandais que l'on proposait de donner les châteaux de Gronemboui^ et Glûckstadt pour les assurer du remboursement des grandes déftenses qu'ils faisaient j qu'au reste il paraissait de grandes difBcullés dans l'accommodement des rois de Suède et de Danemark, l'exécution du traité de Roskield n'étant agréable ni à l'un ni à l'autre, le premier de ces princes prétendant être en état de conserver Gronembourg, et l'autre de recouvrer, avec l'assistance tant desdits Hollandais que de ses autres alliés, les pays qu'il a perdus par ledit traité de Roskield. 11 me communiqua aussi les avis qu'il avait eus de Zélande, par lesquels il paraissait que le roi de Suède devait donner un assaut général à Copenbagen 'avec grande espérance de succès. J'assurai que le roi apprendrait avec beaucoup de joie la disposition où ^tait Son Allesse de rejeter toutes les offres qui lui pourraient être faites et de ne songer qu'à la réconciliation desdits princes; et prévoyant que cette prétendue offre des Hollandais pouvait être un prétexte recherché, je lis connaître qu'il y avait peu d'apparence que le roi de Danemark se voulût dépouiller des deux principales places quit lui resteraient quand il serait délivré de son ennemi, et persistai à ce que Ton pressât l'un et l'autre de ces princes de déférer à leurs amis^ que si la flotte d'Angleterre se met en mer, elle soit chargée, devant que d'agir, de proposer l'accommodement, que MM. les États Généraux soient conviés d'agir de même, et d'envoyer ordre à leur ambassadeur résident à Londres d'y convenir des conditions auxquelles chacun doit porter son' allié. Ledit sieur secrétaire demeura d'accord de tenir cette conduite , et me dit que la flotte d'Angleterre ne se mettrait pas en mer de quelques jours, bien que son rendez-vous soit au 20 de ce mois, et que l'amiral Montagne doive partir demain. G'est à

peu près le résultat de l'entretien que j'eus avec lui sur cette matière. Il s'en peut inférer que l'on ne songe point ici à l'acquisition d'aucune place dans le Nord, encore qu'il me soit rapporté de bonne part que l'offre en a été faite ^ et d'abord accueillie avec assez de chaleur^ mais que depuis quelques jours les commissaires de Son Altesse avaient répondu^ sur l'instance qui leur était faite de conclure^ que M. te Protecteur en enverrait l'ordre à son ministre résident auprès du roi de Suède. II parait aussi de ces discours que l'on souhaite ici l'accommodement, qu'il ne s'omettra rien pour y porter lesdits princes , et qu'il n'a été donné aucun sujet d'écrire des offices de France en des termes dont la fausseté se découvre dans le traité de garantie. Je n'ai pas laissé de désirer que dans l'occasion ledit sieur secrétaire d'Ëtat effaçât les impressions que l'un des ministres suédois , qui entretient la correspondance avec le sieur Courtin^ que j'apprends être aussi peu équitable juge des actions de la cour de France^ peut avoir données, datis la pensée de s'attribuer tout le mérite des résolutions d'ici, où je ne vois pas qu'il y ait maintenant rien à faire touchant la paix du Nord jusqu'à ce que l'on en reçoive des nouvelles. Si M. de Terlon est retourné en Zélande^ il y aura trouvé mes lettres^ et même aura pu commencer l'exécution du traité de garantie devant l'assaut qui se devait donner à Copenhagcn. Le mauvais succès de cette entreprise peut rendre le roi de Suède plus traitabte. Mais s'il vient à bout de ses desseins. Ton ne doit plus s'a^ttendre à raccommodement^ au moins c'est l'opinion du secrétaire d'État qui me professa encore, en nous, séparant, que Son Altesse, soit dans le traité de. paix avec l'Espagne, soit dans l'intérêt du septentrion , déférerait aux désirs de Sa Majesté. Il me témoigna ayssi espérer une heureuse fin des délibérations du Parlement, que toute la semaine a été occupée sur la Chambre des seigneurs sans avoir beaucoup avancé ; seulement a-t-il réduit le débat à cette question , savoir si la maison traitera avec les personnes qui composent présentement l'autre Chambre comme avec l'une des Chambres du T. I 20

Parlement. Il est bien certain que Tinclination générale de tonte rassemblée en est bien éloignée. Néanmoins la soumission areugle de quelques députés et la crainte que les autres ont de Parmée est capable de les faire TOter contre leurs propres sentiments pour détruire les anciens seigneurs qui ont un grand crédit dans l'élection du présent Parlement^ et s'en sont préTalus pour nommer les députés contraires au gouvernement républicaia, sans considérer que celui qu'on veut établir ruine entièrement leurs prérogatives; ils s'en aperçoivent maintenant^ mais bien tard, et le mieux qui leur puisse arriver sera que quelques-uns d'entre eux soient mêlés avec les nouveaux seigneurs. Le Parlement continuera d'agiter demain cette affaire, et tout le monde demeure d*accord que, si elle est décidée suivant l'intention de la cour, rien ne lui peut être après difficile; je suis aussi persuadé que M. le Protecteur pourra peu après découvrir ses pensées sur la paix. L'armée demeure cependant dans le silence; il s'en attendait une déclaration qui flt voir au public qu'elle était résolue de maintenir le gouvernement comme il est établi; mais les principaux officiers n'ont pas voulu faire cette démarche, bien qu'en effet ils conviennent en ce point avec M. le Protecteur. J'ai déjà écrit que le gouverneur de la Tour de Londres avait été abandonné à la justice ordinaire pour avoir retenu des prisonniers sur les ordres du défunt Protecteur qu'il produisit au Parlement. Ce renvoi met tous ceux qui ont de son temps été emprisonnés en liberté d'en demander la réparation, et H semble que Fou ait voulu immoler à la fureur du peuple ce gouverneur, originairement orfèvre, depuis colonel, maintenant Tun des nouveaux seigneurs, pour laisser quelque ombre de liberté. Il se dit aussi que le secrétaire d'État pourrait être attaqué comme ministre des violences qui ont été exercées en ces derniers temps; il est très-bien avec son maître, et le Parlement se trouve trop soumis pour s'en prendre à son principal officier, à moins que l'armée ne Tentreprlt. Dans cette longue séance qui dura jusques à minuit, il y a huit jours, dont j'ai déjà écrit Tar»

HISTORIQUES. BffJ

rètë; Tun des principaux républicains parla contre la France lui attribuant le dessein que M. le Protecteur avait de secourir le roi de Suède^ et condamnant cette grande liaison que TAngleterre avait avec nous; il se mit même en devoir de persuader que notre amitië était peu constante, que notre traité avec TEspagne était signé et que l'acquisition de I)unkerque était désavantageuse à TAngleterre. Ce discours ne fut appuyé d'aucun autre^ et le secrétaire d'État me témoigna hier qu'il n'avait fait aucune impression. Aussi ne doit-il être considéré que comme fait à dessein seulement de condamner la conduite du gouvernement , le même qui en est l'auteur s'étant déclaré^ lorsque j'arrivai en Angleterre^ le plus porté à l'accommodement de la France^ et ayant empêché que le Parlement n'envoyât un secours à Bordeaux^ à quoi le conseil d'État était lors fort enclin.

«(Pages 74, 79, 89.)

i" M. de Bardeaua; au cardinal Mazarin.

tondrei, 14 février 4659.

Monseigneur^ Les questions qui étaient agitées la semaine passée dans le Parlement pouvant donner quelque curiosité à Votre Éminence de savoir quelle en a été la résolution, je ne laisserai point passer cet ordinaire, quoique je n'aie point reçu de ses lettres^ sans l'informer de ce qui en est venu à ma connaissance. Le 21 de ce mois, l'on continua de débattre si le Protecteur serait reconnu ou non. Les républicains ayant, à leur ordinaire, consommé toute la séance en de longues harangues^ la délibération fut remise au 22, sans encore que ce jour elle pût être achevée,' et le temps fut perdu en débats sur l'exclusion de deut députés, qui furent chassés pour avoir été autrefois du parti du roi. La matière a donc été remise aujourd'hui sur le tapis, et il s'est encore formé un nouvel

inààtai sur les tenues amquels la qneslion devait être eaaçue, Mab afirès beaocoap de conlesUlioDs, le coqis étant demeuré asfemUé jusque à ce soir« les bîen afiectionnés à M. le Pnitecieor ont préTaln de trente Toix, dont il se préjuge que la question sera décidée à leur désir, c'est-4-dire qu'il passera à recoonaitre M. le Protecteur. Mais la grande dîffîcntlé sera sur son antorité, et à obtenir la voix n^^Te sur le Parlement et le gouvernement de la milice, qui sont deux points fort essentiels.

J'apprends de bonne part que les républicains ont gagné temps tous ces jours , dans Fespérance qu'une partie de Tannée, ménagée par le major général Lambert, ferait une adresse au Parlement, et elle s'est même publiée depuis peu; mais M. le Protecteur étant averti que la plupart des officiers qui l'ont résolue étaient cbez le lieutenant général Fleetwood, il les y alla trouver et leur fit entendre qu'il se porterait à toutes extrémités plutôt que de souffnr que leur requête fût présentée; cette espèce de menace ne les a pas tout à fait rebutés et l'on attend 'à tout moment qu'ils se présentent au Parlement. M. le Protecteur semble de^on côté être résolu en ce cas d'y aller avec tous ses amis pour les chasser, et quelques-uns croient que la crainte de cette rencontre a fait reculer ledit général Fleelwood et le major général Desborough, chefs des officiers. Ces différentes dispositions ne laissent pas de causer ici quelques alarmes et de faire appréhender du désordre, les troupes étant assez partagées dans leurs sentiments, et M. le Protecteur n'ayant pu s'empêcher de souffrir h l^ondres dans cette conjoncture les régiments dudit sieur Fleet^ood, bien que, suivant la règle de leur service, ils fussent en tour d'être à k campagne; il faut que dans peu tous ces nuages se dissipent et que l'un ou l'autre parti prévale entièrement; si' c'est celui des républicains, M. le Protecteur n'aura pas plus d'autorité que le duc de Venise, et c'est à quoi tend la requête dés officiers. Les ministres du Conseil n'ont pas laissé, durant tout cet embarras, d'écouter les propositions des ministres de Suède, et l'on ^^

rapporte qae, pour engager M*, le Protecteui* à l'assister de toute sa flotte à la conquête de Copenhagen^ ils lui offrent la forteresse de Gluckstadt^ se faisant fort de Ja prendre dans peu dg temps avec les vaisseaux anglais. Gomme cette proposition est splendide et peut faire concevoir au peuple d'Angleterre de grands avantages pour le commerce d'Allemagne^ je vois assez d'inclination^ si les affaires du dedans le permettent^ à quelque traité sur ce fondement avec les Suédois, et l'on fait beaucoup de diligence pour mettre la flotte en état de sortir dans trois semaines. Je n'ai pas Néanmoins communication de tous ces desseins ni par les ministres de Suède ni par le secrétaire d'Etat^ ce dernier n'ayant point envoyé au sieur Downing aucun ordre pour parler à MM. les États-Généraux sur le dernier traité de garantie^ quoique nous en fussions demeurés d'accord. J'en conçois quelque soupçon que le gou* vemement d'Angleterre ne diffère à passer des offices de pacification jusqu'à ce qu'il ait vu quelles mesures se peuvent prendre avec le roi de Suède. La ratification dudit traité me donnera lieu de découvrir ce qui se projette, et si Votre Éminence me fait savoir les intentions du roi, j'agirai en confor-* mité, soit pour l'avancer ou pour l'arrêter, ou pour faire connaître que Sa Majesté ne se tiendra pas obligée d'en garantir les événements. J'avais écrit que M. Lockhart passerait bientôt à la cour, mais M. de Faulconbridge me dit avanthier que son départ était diffcré pour quelques jours, et d'ailleurs la conjoncture semble ne lui pas permettre de quitter sa place; nous n'Avons rien du dehors d'Angleterre.

2o Jf. de Bordeaux au cardinal Mazarin,

Londres, 27 février 1659.

Monseigneur, Les dispositions d'ici sont aujourd'hui bien différentes de ce. qu'elles paraissaient sur la fin de la semaine passée; une partie de l'armée était alors résolue de présenter au Parlement une requête tendant à la diminution du pouvoir de M. le Protecteur; mais aujourd'hui les sieurs Fleetwood et

SIO DOCUMENTS

Pesborough les ayant désavoués publiquement, et même •'étant réunis à Son Altesse , les républicains, dont Tespérance était en partie fondée sur le mécontentement de la milice^ se trouvent bien éloignés de leurs desseins, et le parti, de la cour a toute liberté d'agir. Je fis savoir^ par ma précédente^ Tune des résolutions qui fut prise lundi dernier dans le Parlement, dont la séance ayant ce même jour continué jusqu'à dix heures du soir^ il fit un autre arrêté assez considér£d)le; les termes du premier sont que ce soit une partie de l'acte de reconnaissance de reconnaître et déclarer Son Altesse Richard ^ seigneur Protecteur delà république d'Angleterre, Ecosse et Irlande, pays et terres qui en dépendent; le second porte que, devant de commettre <;et acte de reconnaissance, la maison déclare que les clauses qui pbuiw ront borner la puissance du chef magistrat et pleinement assurer les droits et privilèges du Parlement et les droits et libertés du peuple^ feront partie dudit acte, et que le présent^ ni aucun autre préliminaire qui est ou sera fait sur le sujet dudit acte, ne sera d'aucune force ni obligation pour le peuple jusques à ce que ledit acte entier soit passé ; d'où il semble que la condition de M. le Protecteur ne soit pas encore bien établie. Aussi a-ce été l'intention d'empêcher qu'il ne se prévalût du premier résultat devant que sa puissance fût réglée; mais comme ses amis ont déjà prévalu dans ces délibérations sur les républicains qui ne voulaient point passer aucun résultat qui préjugeât la question et donnât un titre à M. le Protecteur, il est à présumer que, les mêmes demeurant fermes dans leurs sentiments , la puissance du gouvernement n'aura point d'autres limitations que celles dont M. le Protecteur sera satisfait^ nonobstant la requête de ces sectaires qui s'étaient, dès la semaine passée^ présentés au Parlement. Ils y retournèrent avant-hier, et étant admis dans l'assemblée, l'un d'eux délivra la requête sur laquelle il y eut quelques débats, les républicains voulant que, suivant l'usage observé dans le temps du Long Parlement, les péti-* tionnaires fussent remerciés de leur adresse et. soumission;

les cQttrtisans s'y opposant, il fut arrêté que l'orateur leur déclarei^ait que partie des demandes contenues en la requête avait déjà été prise en considération, que les autres y seraient prises en leur temps^ et que la maison attendait d'eux Tacquiescement conforme à leurs expressions. L'adresse de c^te requête était au Parlement de la république d'Angle- ^ kerre^ sans faire mention ni dans le titre ni dans le contenu de M. le Protecteurj et conçue aux mêmes termes qu'était celle qui obligea le défunt de rompre le précédent Parlement| tendant à ce qu'il soit établi en Angleterre un gouvernement tel que le peuple puisse jouir de ses libertés ; que les consciences tendres ne soient point forcées; que l'on ne puisse plus retomber dans les inconvénients qui ont causé les dernières guerres; que s'il est nécessaire d'entretenir une armée pour la sûreté de la nation, le commandement en soit donné à telle personne qui ne s'en puisse pas servir pour opprimer la liberté du peuple; qu'aucune levée ne soit faite sans le consentement des Parlements, sur lesquels il ne soit aussi exercé à l'avenir aucune violence, ni contre les particuliers qui s'y adressent, et que même réparation soit faite de celles que quelques pétitionnaires souffrirent du dernier Protecteur. En conndération d'une semblable requête, celle des ofBciers de l'armée avait à peu près les mêmes fins et aurait été de plus grand poids di M. Je Protecteur n'en eût empêché la présentation par l'accommodement avec les cbefs^ dont l'on publie que l'un doive être général et l'autre lieutenant-général de l'armée. Cette réunion semble faire cesser tout le danger où M* le Protecteur était ces derniers jours, et fait perdre cœur aux républicains, dont la seule ressource est de traverser l'établissement d'une trop grande puissance. La séance d'hier fut consommée par une accusation faite contre un grand républicain ; l'on lui reprochait^ et il y avait des témoins tout prêts de déposer^ qu'ils lui avaient entendu dire que la lecture de Cïcéron le touchait plus que celle de la Bible; cette dénonciation attira des menaces d'autres dénonciations contre les courtisans , et même M. le secrétaire d'État fut nommé par

l'un des républicains qui lui imputa à crime Tentreprise de la Jamaïque; il fut enfin juge à propos de ne pas entrer dans ces débats^ y ayant d'ailleurs assez d'aigreur contre les dépu* tes qui se pai*tagent sur les moindres propositions. Ce matin il a été résolu d'examiner demain Tacte de reconnaissance; et sur la lettre écrite par M. le Protecteur qui invitait le Parlement à pourvoir promptement aux fonds nécessaires pour Tentretien de la flotte qu'il faut mettre en mer pour assister le roi de Suède nonobstant l'opposition des républicains ^ il a été établi un comité pour voir les comptes des trésoriers. Le même député qui fut hier accusé a pris cette occasion pour parler de la paix avec TEspagoe et après avoir exagéré les préjudices de la guerre, il a. assuré que l'Espagne ne manquerait pas d'envoyer des propositions d'accommodé ment aussitôt qu'elle saurait les dispositions d'Ângleteri*e. Le secrétaire d'État a pris la parole et représenté la différence de la condition où cette nation se trouvait aujourd'hui de celle pli elle était quand le défunt Protecteur vint au gouvernement; auquel temps il y avait guerre avec toutes les autres nations et paix avec l'Espagne seule^ au lieu que maintenant il y a paix avec toutes^ hormis avec l'Espagne, dont la guerre avait été si avantageuse à la religion et si glorieuse à l'Angleterre que le Parlement ne se porterait pas si facilement à la paix après y avoir fait une sérieuse réflexion ; que néanmoins dans son temps il s'en pourrait parler et que M. le Protecteur soumettrait cette affaire au Parlement. De ce discours. Votre Éminence pouira juger que les réponses qui m'ont été ci-devant faites, sur les ouvertures de paix que j*ai communiquées, ont eu leurs motifs, et que l'on n'est pas encore pressé ici de voir la conclusion de ce qui peut êti^e désiré par la France; mais comme peu de temps doit mettre M. le Protecteur en plus grande liberté^ l'on sera bientôt assuré de ses prétentions. Cette longue relation de ce qui s'est passé ici depuis trois jours ne me laisse rien à ajouter pour faire connaître quelle est la présente condition du régime d'Angleterre. Les apparences sont tout à fait favorables, et à

HISTORIQUES. ai3

moins de quelque nouTeau mouvement de Tannée^ il n'y a rien à craindre; ce n'est pas que son autorité ne puisse être bornée; mais celle des rois Tétait aussi ; et pourvu que la milice lui demeure^ il sera plus absolu qu'ils n'ont été^ quand même la Toix négative sur les Parlements lui serait ôtée et que son Conseil serait établi par ce corps. Ce sont les trois points qui se traiteront désormais sans intermission. Je n'ai pas, devant toutes ces occupations domestiques^ jugé à propos de presser une conférence avec le secrétaire d'État, quoiqu'elle m^eût paru assez à propos pour apprendre l'état de la négociation des ministres de Suède, que l'on me confirme avoir fait les offres que Votre Éroincnce aura vues dans ma précédente lettre; la diligence qu'il apporte pour lever des matelots confirme aussi quelque dessein, encore qu'elle puisse être affectée pour avancer les délibérations et le secours du Parle* ment. J'ai aussi vu cejourd'hui l'ambassadeur de Hollande qui se défie de quelque traité secret, sans néanmoins qu'il ait pu découvrir rien de particulier, et Tappréhension que le roi de Suède ne remette aux Anglais quelque place du Sund lui fait parler avec grande clialeur d*une ligue défensive avec la France et l'Angleterre; il exagère aussi fort le grand préjudice que nous pourrions recevoir un jour de cette grande liaison entre la Suède et l'Angleterre; néanmoins ses supérieurs ne lui ont point envoyé le pouvoir qu'il attendait pour convenir avec nous des moyens d'avancer la paix des princes du Nord; il dit que ses supérieurs appréhendent que quelques provinces affectionnées au marquis de Brandebourg, à cause de la maison d'Orange , ne fassent difficulté de le presser à aucun accommodement sans la maison d'Autriche, et aussi de solliciter le roi de Danemark d'aucun traité sans ledit Électeur; mais il croit que si nous faisions entendre aux États Généraux que nous' avons trouvé à propos de presser lesdits princes de s'accommoder, même suivant le traité dernier de Roskield, ils prendraient cette occasion pour inviter les provinces à concourir avec nous pour l'avancement de cette paix; et enfin du discours dudit ambassadeur, il me parait

que lui ou sev supérieurs ont grande alarme. Je Tai assuré que le prétendu traité de Suède ne m'était point connu , que Sa Majesté n'était point dans le sentiment^ en assistant le roi de Suède^ de rien faire dont ses autres alliés pussent recevoir du préjudice, mais que toute sa fin était de réconcilier les États du Nord; que quant à la ligue défensive^ sans doute M. Bore]> qui avait eu ordre de la proposer, trouverait toutes dispositions favorables^ et que pour moi il m'était ordonné d'employer tout le crédit du roi auprès de Son Altesse pour maintenir l'intelligence entre l'Angleterre et les Provinces- Unies; que si M. le Protecteur voulait convenir de presser l'exécution du traité de Roskield , j'en demeurais aussi d'ac-cord^ et que M. de Thou recevrait ordre d'agir à La Haye en conformité des résolutions prises ici. Aussitôt que la ratifica* tion du traité de garantie m'aura été envoyée, je me prévaudrai de l'occasion pour parler avec le secrétaire d'État de toutes ces affaires, et presser l'envoi des ordres dont nous étions convenus avec le sieur Downing, s'ils ne sont déjà partis, de quoi il y a sujet de douter, vu les propositions des ministres de Suède et l'armement qui se fait. ....

s mari 1659.

La présente lettre n'étant point partie pai* le précédent ordinaire, je dois y ajouter que le secrétaire d'État m'a fait attendre tout aujourd'hui de ses nouvelles sur Taudience ou conférence que je lui ai demandée pour satisfaire au contenu des deux lettres de Votre Éminence, sans m'en avoir donné; et que je suis, par cette remise, obligé de différer jusqu'au prochain ordinaire l'éclaircissement qu^elle attend ; j'ajouterai aussi que, sur la fin de la semaine passée, le Parlement résolut qu'il serait à l'avenir composé de deux chambres, et remit à demain de régler le pouvoir de la nouvelle, sans que les républicains s'opposassent à cette résolution , voyant leur parti de beaucoup plus faible que celui des courtisans. Il y aura néanmoins quelques questions sur la composition de

cette chambre nouvelle, M. le Protecteur voulant maintenir celle que le dëfunt a composée et la plus grande partie du Parlement étant portée à rétablir les anciens seigneurs , k rexccption de ceux qui ont été en armes pour le roi. Son Altesse semble moins désapprouver la proposition qui se fait de joindre les uns avec les autres , crainte que ceux-ci , étant en plus grand nombre, ne favorisent un jour le retour du roi. Ce matin M. de Buckingham a obtenu sa liberté du Parlement^ et le secours pour le roi de Suède ayant été mis en délibération, il a été trouvé à propos de remettre cette affaira au Protecteur et à son Conseil.

l"" M. de Bordeaux au cardinal Mazarin.

, Londrea, S JAnviar 1659.

J'ai depuis peu reçu les dépêches dont mon secrétaire a été chargé, celle qui regarde principalement le traité de garantie, qui ne me donne pas lieu de rien ajouter à ce que mes pré« cédentes lettres ont déjà fait savoir des dispositions d'ici sur cette affaire. Votre Ëminence y aura vu Texécution de ce qu'elle juge à propos d'être fait pour porter les rois du Nord -à la paix et détourner l'assistance des Hollandais, et qu'elle approuve les réponses que j*ai faites aux demandes des commissaires de M. le Protecteur. Le mauvais état où il a cru les Suédois a fait avancer le départ de la flotte, sur la confiance que Sa Majesté ne me désavouerait pas, et ses ministres rési« dents à La Haye et auprès du roi de Suède ont en même temps reçu des ordres très-exprès de presser l'accommodement. Il a même été déclaré par un écrit à l'ambassadeur de Hollande que l'on ne pouvait abandonner un allié si considérable, et que ses supérieurs devaient joindre leurs ofQces aux nôtres pour faire cesser une guerre dont les suites ne pouvaient qu'être préjudiciables aux uns et aux autres. La personne de

Pëlecteur de Brandebourg n'a pas été oubliée^ et lorsque les commissaires de Son Altesse et moi avons parlé des moyens de mettre le roi de Suède en état d'occuper toutes les troupes de Tempereur en Allemagne, il ne nous en a point paru de plus solide que de détacher de ses intérêts ledit électeur. A quoi il semble nécessaire que les États généraux concourent. Je n'ai pas aussi manqué de professer que Sa Majesté souhaitait avec autant de chaleur l'accommodement de la Pologne^ et sans doute M. le Protecteur ne refusera pas de seconder ce désir, fondé sur des considérations qui doivent toucher le régime d'Angleterre. Ce n'est pas que jusque à cette heure les affaires d'Allemagne aient causé une grande inquiétude^ et le défunt Protecteur^ auquel j'ai souvent voulu donner jalousie de la puissance de Tempereur pour l'engager à secourir les Suédois , ne m'a paru en aucune manière s'en mettre en peine; en effets il ne considérait que les États maritimes^ sachant bien que les autres n'étaient pas capables de traverser son établissement. Depuis la prise de Dunkerque Ton est un peu plus intéressé aux guerres de ces quartiers; néanmoins^ la conservation de celte place n'est pas tellement à cœur qu'elle eût seule produit la résolution de secours qui a été prise , sans les instances de la France et les reproches auxquels le conseil d'État se voyait exposé^ s'il abandonnait un prince qui a toujours été Uni à l'Angleterre ; ce motif étant encore plus puissant à la veille du parlement et' devant servir de titre aux demandes d'argent qui lui seront faites^ l'on peut attendre que les commissaires de Son Altesse entrent dans tous les expédients capables de garantir les Suédois d'une ruine entière, et qu'à moins de quelque occupation bien pressante, le traité qui m'a été proposé sera bientôt conclu, n'y paraissant aucune difficulté, et n'étant resté, dans ma dernière entrevue avec le secrétaire d'État, qu'à résoudre à quelles conditions l'on obligerait le roi de Suède à s'accommoder, je crois qu'avec justice l'on peut désirer qu'il se tienne au traité de Roskield, et si l'espérance d'être assisté de ses amis lui donne de plus grandes prétentions, la menace

de Fabandonner le réduira à des termes raisonnables; ses ministres sont si hauts dans la moindre prospérité que Ton pourrait bien être contraint de venir à cette extrémité. Quant au roi de Danemark, il aura peine à se défendre de la loi qui lui sera donnée, voyant la France et l'Angleterre conspirer sa ruine; en cas de refus, et aussitôt que le traité de garantie sera signé, je ne manquerai pas d'en informer M. de Thou et le chevalier de Terlon, afin qu'ils agissent suivant les résolutions prises ici. Le dernier aura déjà su en général les diligences que je faisais et leur effet, lui ayant écrit par l'envoyé qui s'en retourna auprès du roi de Suède avec la flotte jd' Angleterre. 11 ne me reste, Monseigneur, pour répondre entièrement à ce que Votre Éminence m'a écrit sur ce traité, qu'à l'assurer que j'ai déjà dans mes premières conférences fait entendre aux commissaires que la garantie ne pouvait avoir lieu qu'en cas que l'envoi du secours produisit la rupture entre l'Angleterre et les Ëtats généraux, et qu'il était assez ordinaire que les princes et États assistassent leurs amis sans entrer en guerre ; ils sont demeurés d'accord de cette maxime; mais la crainte que, dans la suite, l'aigreur s'augmentant, la . guerre ne se déclarât ouvertement, leur a fait désirer la précaution dont il s'agit aujourd'hui; j'espère que, devant la clôture de la présente, le secrétaire d'État me fera savoir de ses nouvelles sur la conférence que je lui ai pi*oposée, et l'audience que j'ai en même temps demandée pour satisfaire.au surplus du contenu des lettres de Votre Éminence ; et vraisemblablement j'aurai dans peu occasion d'informer Son Altesse des desseins du duc d'York, de l'envoi d'infanterie qui se projette en Espagne, et des ouvertures faites par M» Pimentel. Sur le premier avis, il se peut dire que ce ne serait pas une mauvaise fortune pour M. le Protecteur si la famille royale formait quelque entreprise dans la conjoncture présente, le défunt Protecteur n'ayant point eu de plus prompts ni assurés moyens de réunir son armée que de lui faire appiéhender semblables desseins; et il est de ma connaissance que dans les premiers mois de son établissement, sans ua

soulèvemetit de quelques royalistes, il courait grand risque d'être entièrement ruinée la plus grande partie des officiers qui étaient contraires à sa puissance et à la veille de se déclarer en ayant été retenus par la crainte du retour du roi; |e ne doute pas néanmoins que M. le Protecteur ne se sente obligé de l'avis^ ni qu'il manque de donner ordre à ses Taisseaux d'observer exactement tout ce qui se passera par la Manche. Quant aux dispositions à la paix avec TEspagne qui ont paru ici^ et aux défiances que l'on y a conçues du séjour du sieur Pimentel à Lyon^ je remets de rendre compte à Votre Éminence de ce qui sera venu à ma connaissance jusqu'au prochain ordinaire ; cependant M. le Protecteur me donnera lieu de l'entretenir; je ferai en sorte que ce soit seulement en présence du garde des sceaux et du secrétaire d'Etat par les mains desquels toutes les affaires passent ; mais, le Conseil gouvernant, ils auront peine à n'en pas faire part à d'autres ministres : M. Lockhart s'en étant retourné il y a huit jours à Dunkerque, je ne puis m'adresser à lui; ce serait d'ailleurs choquer le secrétaire d'État, son seul protecteur^ que de prendre d'autre voie que la sienne, et quelque confiance que Voire Éminence ait audit sieur ambassadeur, il est certain que ses relations ont excité ici beaucoup de froideur, et même des plaintes contre Votre Éminence^ tant par ses lettres que pendant son séjour^ l'avis m'en ayant ctc donné par le milord Faulconbridge qui est de ses amis. Je tâchai de le découvrir moi-même lorsqu'il fat arrivé à Londres, et l'ayant mis à dessein sur les offres de pierreries que Votre Éminence lui avait faites, il me répondit que la France ne manquait jamais d'argent quand elle voulait en trouver, sans lâcher une parole qui témoignât que celte offre eût été prise en bonne part.

..... Il faut voir la séance du Parlement devant que de décider qui aura plus de crédit en Angleterre; quoique certainement la plupart de la noblesse soit bien intentionnée pour M. le Protecteur, si les provinces choisissent pour leurs députés des républicains, son autorité sera un peu exposée ;

comme ton bien et son mal dépendent de cette élection^ il se fait de grandes diligences pour remplir ce corps de gens bien afiectionnés, et les seigneurs de paroisses sont fort recherchés. Ceux qui avaient la principale autorité dans le Long Parlement espèrent aussi être députés, et les officiers de l'armée briguent de leur côté ; Ton croit que la ville de Londres embrassera les intérêts de M. le Protecteur, ce qui lui serait très*avantageux pour s'en concilier l'affection : il a depuis peu^ au préjudice des prérogatives de la milice^ renvoyé au jugement du peuple un cavalier qui en faisant sa garde a tué un bourgeois de la ville, après en avoir reçu des coups de bâton ; et dans toutes les rencontres l'on tâche de satisfaire les bourgeois. C'est à quoi il faut en partie attribuer ces menaces de lettres de représailles, et le procédé si fier du Conseil contre les Hollandais sur la restitution de trois vaisseaux pris à

Bantam.

11 est arrivé nouvelle que la flotte d'Angleterre était le 20« du passé à la hauteur de Schagen, qui est la pointe du Jutland, et qu'elle était résolue de se retourner en Angleterre à cause des glaces et de la rigueur de la saison; mais le temps s'étant un peu adouci, l'on ne sait si elle n'aura point continué son voyage.

2o Jlf . de Bordeaux au cardinal Mazarin et au comte

de Brienne.

Londrai, S février 1659.

(Voir le n» XII.)

3<» M. de Bordeaux au cardinal Mazarin.

Londrefi6S9.— 15 février.

J'espère que mes dépèches des 16, 27 janvier et 6 de ce

mois feront cesser la surprise où Vôtre Éminence me parait

être par sa lettre du 30 du passé, et qu'elle reconnaîtra que

j'ai accusé la réception de ses précédentes, satisfait au con«

8S0 DOCUMEN^rS

tenU; et rendu compte exact des réponses que les ministres de. M* le Protecteur m'oqt données. Gomme il ne m'est rien échappé de ce qui s'est passé dans nos conférences^ ayant même touché les considérations qui m'ont servi à presser ici une prompte résolution sur les ouvertures du sieur Pimentel et les poursuites de l'électeur de Mayence^ je ne crois pas xnieux satisfaire à l'attente de Votre Éminence qu'en lui envoyant le duplicata de mes précédentes lettres^ si la première des siennes- n'en accuse point la réception. Elle y trouvera aussi mes sentiments sur les différentes propositions des commissaires de Son Altesse conformes à ce qu'eux-mêmes m'ont enfin déclaré assez ouvertement. Mais ma pensée n'a pas été que^ pour remettre jusqu'à la séance du Parlement h se déterminer^ M. le Protecteur voulût faire part à tout ce corps d'une négociation qui doit être secrète. Il était plutôt à présumer que Tincertitude de sa condition et la confiance de tirer avantage de la continuation apparente de la gueiTC pour rétablissement du dedans d'Angleterre^ faisaient sus^ pendre l'éclaircissement désiré. Le discours de M. le Protecteur au Parlement ne peut que confirmer le jugement que j*avais fait^ et se remarquant que la puissance de la maison d'Autriche et le commerce de la mer Baltique ont servi de prétexte à la convocation de l'assemblée et à la demande d'une assistance d'argent^ il n'y a pas de quoi s'étonner que Ton ne se soit pas expliqué qu'en des termes fort généraux, ni que le voyage de M. Lockhart se soit aussi différé jusqu'à ce que Ton lui pût donner des instructions précises ; la disposition que M. le Protecteur professe cependant d'avoir et les prétentions à la paix qu'il me semble devoir appuyer^ peuvent faire prendre des mesures assez certaines en attendant que sa conduite lui permette de parler ouvertement, ce qu'il y a lieu d'attendre dans peu de jours. Quant à ce qui regarde l'intérêt des rois du Nord, le traité, que Votre Éminence aura présentement, justifie que j'ai exécuté les derniers ordres qui m'ont été envoyés. Il se prépare maintenant un nombre de vaisseaux assez considérable pour l'opposer aux

Hollandais s'ils prenaient le parti d'assister le roi de Dane* mark. Leur ambassadeur professe qu'ils ne songent qu'à la réconciliation, et hier il me vint assurer d'avoir écrit la déclaration que je lui ai faite^ après en êti*e convenu avec le secrétaire d'État, que, quand il aurait pouvoir de convenir avec les députés de Son Altesse et moi des moyens d'avancer cet accommodement, nous serions prêts d'entrer en conférence, et même de résoudre à peu près les conditions auxquelles chacun de nous tâcherait de porter nos alliés. Il croit que cette ouverture sera embrassée par ses supérieurs, mais qu'ils ne peuvent pas envoyer un ambassadeur devant que d'être informés des présentes dispositions du roi de Suède après ce qui s'est passé de part et d'autre, y ayant grand sujet de douter que la médiation soit agréable. Ledit sieur ambassadeur m'a ensuite dit avoir ordre de témoigner ici, comme le sieur Borel le devait faire en France, que les Provinces-Unies entreraient volontiers dans une ligue défensive avec la France et l'Angleterre, et sur ce que je lui ai demandé quelle en pouvait être la fin, il ne m'en a proposé aucune autre que la cessation de beaucoup de jalousies que nous avions les uns des autres. Je n'ai pas laissé de lui faire espérer que Sa Majesté écouterait avec joie cette proposition, et de lui confirmer que ses ordres m'obligeaient d'employer tout son crédit pour prévenir les sujets de mésintelligence entre eux et l'Angleterre. J*avais en effet, dans mes précédentes conférences, convlt les commissaires de Son Altesse d'accommoder le différend qui regarde la prise de trois vaisseaux anglais devant Bantam, et aussi, sur le désir dudit ambassadeur, représenté les mauvaises suites qui pourraient arriver si M. le Protecteur permettait à ses sujets d'armer sous les commissions du roi de Suède. Le secrétaire d'État me promit que le sieur Downing aurait des ordres de terminer le premier point^ que pour l'armement, il ne savait pas qu'aucun Anglais en eût pris la liberté, et nous demeurâmes d'accord d'en user avec les États généraux de telle façon qu'ils n'eussent pas prétexte de prendre aucune liaison avec l'Espagne.

3» IKX:UM£NTS

Je coDtiiiiierai d'agir sur le même principe, et s'ils enTttent ici ordre de traiter sur les affiûres du Nord, je ne doute point que nous ne convenions des moyens de rétaUir la paix, crainte de s'engager contre un État puissant sur mer, outre que l'on ne croit pas ici l'avantage de là nation de ruiner entièrement le nn de Danemark. Je juge aussi, des discours dudit ambassadeur et de ses fréquentes râites depuis la résolution du traité de garantie, que ses supérieurs yeulent éTÎter les occasions de rompre arec la France et FAngletene. Ces belles iqipan>nces ne retarderont pas les préparatifs d'id, et les apparences Tculent que M. le Protecteur aura le pouToir d'exécuter ce qu'il projette. Le Parlement est mieux disposé en sa faveur que l'on ne s'était imaginé; au lieu d'agiter avant-hier Texclusion des membres d'Ecosse et d'Irlande^ comme il était attendu, le secrétaire d'État pn^iosa un acte de reconnaissance de M. le Protecteur, prenant pour prétexte que les princes étrangers ne sauraient que juger du gourer* nement d'Angleterre jusqu'à ce qu'il parût avoir été reconnu par l'assemblée, et que ce pourrait être un préjudice trèsconsidérable à la nation si dans la présente conjoncture ib refusaient de traiter avec Son iUtesse. Cette proposition fut d'abord éloignée par quelques républicains; mais leur nombre se trouva si peu considérd)le quand l'acte fut lu pour la première fois, et renvoyé à lundi prochain pour être relu, étant de l'usage, devant que de venir aux suffrages, de les relire trois fois, n a depuis été aussi proposé que les États voisins de rAngleterre étant en guenne, et donnant, par leurs grands préparatifs, occasion d'appréhender quelque entreprise, il fallait pourvoir au plus tôt à ce qu'il y eût un fonds capable d'équiper une flotte considérable, sur quoi la résolution a été que de lundi en huit jours les trésoriers apporteraient leurs comptes, afin que le Parlement, étant informé des deniers levés, pût mieux reconnaître la nécessité présente. Ce sont les principales aflEûres qui ont été tous ces derniers jours sur le tapis; le reste du temps a été employé à examiner la plainte d'un des membres du corps contre un major de Tarmée qui

HISTORiqtJSS. d93

a été envoyé à la Tour de Londres, et la requête du major général Orerton^ prisonnier d'État depuis quelques années dans le château de Jersey^ dont il a été ordonné au gouverneur de représenter au Parlement le prisonnier. 11 fbt Aussi fait hier une harangue par Tun des plus illustres républicilins de TÂssemblée, tendant à séparer le commandement de la milice du gouvernement politique^ mais sans être suivi, d'où il se reconnaît que le parti de M. le Protecteur est le plus fort^ et qu'il pourra faire prendre des résolutions faTOl'ables à ses desseins; encore que l'on croie qu'il se projette une requête au nom de beaucoup de peuple, tant de Londres que de la campagne, tendant à la diminution de son autorité. Cet acte de reconnaissance fera éolater dans peu tous les fflécon<* tentements» Cependant la Chambre des seigneurs n'a aucune correspondance avec celle des Communes, et Ton évite d'entrer dans cette question^ qui pourrait aliéner beaucoup de personnes bien intentionnées au gouvernement et contraires au nouveau établissement. .•.•*..••..

4» U. de BoritauôR au tardinal Maurin èi au comté

de Brténfkê.

UndfMi ê mm lettf.

(Voit le H» XVI.)

5« M. de Bordeaux au cardinal Jfdxann*

Monseigneur^ J'ai reçu la lettre que Votre Éminence m'a fait l'honneur de m'écrire le 39* du passé, dont le contenu ne me donne rien à ajouter à ce que ma précédente lui a déjà fait savoii' de la négociation du colonel Walter^ n'en étant rien venu à ma connaissance depuis qui puisse détruire les avis que Votre Éminence a reçus, ni aussi convaincre le secrétaire d'État d'une fausse franchise dans la protestation qu'il m'a faite qUe ledit colonel n*a eu aucune commission de M. le Protecteur.

Je dois seulement confirmer qu'il ne me paraît point que le père Talbot, jésuite^ ait été en Angleterre^ ni par quds motifs le régime d'Angleterre iroudrait traiter séparément avec l'Espagne^ maintenant qu'il reconnaît que le roi désire la paix, que sa condition n'en sera pas meilleure, et qu'il est certain qu'il est de son intérêt particulier de consenrer Tamitié de la France, bien loin de lui donner sujet de plainte, et un titre de favoriser un jour le roi d'Ecosse dont le retour sera plus facile lorsque les deux grandes couronnes seront d'accord. C'est la seule ressource des royalistes, et soit qu'elle soit bien fondée ou qu'ils se flattent d'une vaine espérance, le parti de M. le Protecteur semble appréhender encore plus de traverses dans son établissement lorsque les États du dehors seront sans occupation, parce qu'ils pourront assister plus facilement sous main son ennemi, et les mécontents du gouvernement d'Angleterre seront plus hardis à former des entreprises s'ils le croient abandonné de la France que quand elle sera dans ses intérêts. Je suis demeuré quasi persuadé par ces considérations, et par les discours qui ont été tenus dans le Parlement, que M. le Protecteur ne se détacherait point de la France, que son empressement pour la paix n'était pas si grand; que les réponses vagues du secrétaire d'État ne pi*océdaient pas moins de sa froideur que de l'incertitude des affaires du dedans, et qu'il ne prendrait point ici aucune résolution précise jusqu'à ce que sa puissance fût un peu plus affermie. 11 est vrai que, pour correspondre à la confiance et sincérité dont Votre Éminence a use depuis que le sieur Pimentel est arrivé à Lyon, M. le Protecteur devait parler plus ouvertement que ses ministres n'ont fait, et ne pas professer une si grande disposition à la paix» si elle était si préjudiciable à ses desseins que le secrétaire d'État m'a laissé entendre dans notre dernière entrevue , depuis laquelle je n'ai pas reçu de ses nouvelles, encore qu'en nous séparant il se fût engagé de m'en donner, et que le dernier jour de la semaine passée, ayant reçu la lettre de Votre Éminence, je lui aie mandé l'impatience où elle était d'être certaine des

intentions de Son Altesse; il remit à cette après-dinée de mê rendre rëp<)nse ; mais je douté que le Parlement se lève assez tôt pour lui donner le temps de satisfaire aujourd'hui à sa promesse, ni ne puis rien assurer si ce n'est que je conti* nuerai de faire conndtre qu'il ne se peut plus différer de rendre réponse au sieur Pimentel. Les avis qui s'écriyent du dehors de raccommodement d'entre la France et l'Espagne, et le succès de la délibération présente du Parlement, pourront porter M. le Protecteur à se déclarer. Quelques marchands de Londres lui ont aussi depuis peu présenté on écrit contenant l'avantage et le préjudice que l'Angleterre reçoit de la guerre avec l'Espagne, et cette remontrance peut être suscitée pour tirer quelque mérite de la résolution qui ne se peut éviter; il s'est même publié que le sieur Whitelocke, ci-devant ambassadeur en Suède et garde des sceaux d'Angleterre, était destiné pour traiter de la paix; mais si l'on en était venu si avant, M. Lockhart en aurait déjà porté la nouvelle, et son retardement doit être en partie attribué à l'irrésolution des ministres d'ici, n'étant pas en effet de bonne grâce de le renvoyer dans la présente conjoncture sans des instructions touchant la paix; 11 ne s'est rien passé tous ces jours, touchant celle des princes du Nord, qui soit venu à ma connaissance, et j'attends toujours ledit sieur secrétaire pour presser le départ de la flotte et lever les scrupules qui le pourraient retarder ; si ce que s'en publie est vrai, le vent seul l'empêche présentement de se mettre en mer. Il n'est pas néanmoins à présumer que ce soit devant l'échange des ratifications de notre traité de garantie, et que nous soyons demeurés d'accord des instructions qui doivent être envoyées aux ministres de France et d'Angleterre résidant auprès du roi de Suède. L'ambassadeur de Hollande m'a dit depuis deux jours qu'il avait entretenu le secrétaire d'État sur les ouvertures faites à La Haye par le pensionnaire de Hollande sans en retirer rien de positif, ce qui fait juger que l'on n'est pas encore bien déterminé si le roi de Suède sera pressé de se relftcher d'une partie des avantages du traité de Roskield.*

dK DOCUMENTS

U sembk wm, par la dboours dudit unbaasadeur, qiie ses supérieurs ne veulmt retenir leur secours qu'à cette condi-* tion, et il parle de cette affaire a?ec tant d'emportement que je ne Tai point trouvé capable de goûter les raisons qui nous devaient empêcher de forcer oe prinoe à un traité si désa«vantageUK^ si nous ne Ty pouvions volontairement porter; c'est une des principales difficultés que le secrétaire d'État m'a formée, et qui est à résoudre. H n'y a rien de plus consi-* dérable à écrire d'ici que la résolution qui fut prise la semaine passée de laisser la séance aux députés d'Irlande aussi bien qu'à ceux d'Ecosse, sans entrer dans la question s'ils étaient bien ou mal appelés, ni les priver du suffrage dans leur propre cause, Les autres séances de la semaine furent employées par quelques affiiires parliculières, et plaintes d'un colonel de l'armée contre un secrétaire du mylord Henry, qu'il accuse de concussion et malversation. U a été ordonné que ledit secrétaire se présenterait au Parlement. Un gentil* bomme, autrefois major dans les troupes du roi, s'est aussi plaint de ce que sans condamnation ni jugement il a été relégué en Tile de Barbade, et là vendu en plein marché comme un esclave; ce traitement a excité quelque bruit, même contre le secrétaire d'État, sans que néanmoins l'on soit venu à aucune résolution* Quelques marchands ont aussi présenté requête au comité du commerce que le Parlement a établi, tendant à ce que, durant la guerre avec FEspagne, le transport des marchandises qui en proviennent, comme le vin et les fruits, soit défendu; en même temps d'autres ont demandé à H. le Protecteur la paix avec l'Espagne. Présentement la question de la Chambre nouvelle est en débat, et l'opinion générale veut qu'elle sera maintenue. Les presby» térient demeurent fermes dans les intérêts de M. le Protec*^ teur; Cou veut que les principaux aient été gagnés par des promesses de leur donner iiart au gouvernement, appelant les uns au Conseil et les autres dans l'armée, que les anabaptistes et autres sectaires soient aussi retenus par l'espéranoe d'entrer en autorité si la Chambre des seigneurs, composée

de leurs chefs, est conserrée. Ces deux partis étant d'accord^ M. le Protecteur ne peut présentement trouver aucune difficulté à ses desseins. Il ne laisse pas de caresser les soldats, et ce matin il s'est trouvé au lieu où la montre leur a été payées il Ta accompagnée de paroles de confiance et d'amitié. • •

Je n'ai point ouï parler du secrétaire d'État^ mais j'apprends qu'il a enfin passée de 174 à 130^ que les nouveaux seigneurs seront reconnus; beaucoup d'autres députés se sont absentés pour ne vouloir approuver cet établissement^ et n'oser aussi s'y opposer.

6« M. de Bordeaux au cardinal MasMrin.

Loadni I6&9.— 10 nftri.

J'ai attendu jusques à dix heures du soir le secrétaire d'État; au lieu de m'apporter, comme il me l'avait mandé ce matin, la réponse que j'attendais, son premier commis m^est venu dire de sa part que Son Altesse était si fort embarrassée des affaires domestiques qu'elle ne pouvait prendre encore aucune résolution sur celle que je lui avais communiquée, et que même l'importance dont elle était ne lui permettait pas de la déterminer sans le conseil de son Parlement; que néanmoins M. Lockhart allait recevoir ordre de passera la cour, et qu'il serait pleinement instruit des intentions de Son Altesse, tant sur cette a&iûre que sur les recrues dont j'avais parlé audit sieur secrétaire dans notre dernière entrevue ; j'ai témoigné audit commis que j'avais fait espérer, suivant la promesse qui m'en avait été faite, quelque chose de plus positif; que Voire Éminence ne pourrait recevoir cette réponse que comme un amusement; que même j'y trouverais de la contrariété en ce que M. le Protecteur déclarait ne pouvoir rien résoudre sans l'avis de son Parlement, et néanmoins promettait d'envoyer présentement M, Lockhart avec pleines instructions; que je priais ledit sieur secrétaire de me donner quelque chose de plus positif à écrire; ledit commis, après

avoir lu un papier contenant son instruction, m'a dit que c'était tout réclaircissement qu'il me pouvait donner, et qu'à la vérité, il avait, comme moi, trouvé de la contrariété dans le discours de son maître. Pour en être éclairci, je l'ai chargé de l'aller trouver et de lui faire savoir la peine où il me mettait ; qu'il était à propos que je le visse tant sur cette affairo que pour l'échange de la ratification du traité de garantie, et qu'il me fit savoir si je n'avais point d'autre éclaircissement à promettre à Votre Éminence, qui l'attendait avec grande impatience. Ledit commis vient présentement de me rapporter que son maître ne manquerait pas de me voir aprèsdemain ; que cependant je vous pouvais transipettre la réponse qu'il m'avait déjà envoyée, ajoutant qu'à la vérité M. Lockhart n'avait pas encore reçu ordre de partir et que même son voyage pouvait être différé quelques jours, avant lesquels il espérait, avec Tassistance du ciel, que M. le Protecteur serait en état de prendre sa résolution et de m'en informer aussi hien que ledit sieur Lockhart. Ce sont les termes de l'un et l'autre message, dont sans doute Votre Ëminence ne restera guère plus satisfaite qu'elle ne l'a été des précédentes réponses. 11 n'y a pas néanmoins sujet de s'étonner de ces remises, vu Tétat des affaires du dedans, qui sont toujours assez incertaines; ce n'est pas que jeudi dernier le Parlement ne résolût, à minuit, après beaucoup de contestations, que M. le Protecteur exécuterait la résolution prise par la maison de mettre en mer une flotte considérable pour la défense de la république et conservation du commerce, sans préjudice de l'intérêt du Parlement dans la milice et du droit de faire la paix et la guerre. Cet arrêté passe pour trèsavantageux à Son Altesse en ce qu'il le maintient dans la possession des forces; et quoique la dernière partie semble, par la réserve, établir aussi le droit du Parlement, cette clause est seulement considérée comme un adoucissement pour faire passer le renvoi à M. le Protecteur, et par là non-seulement le reconnaître, mais aussi lui donner la disposition des plus importantes forces de la nation. Les républicains n'étaient

pas de ce sentiment; d'autres voulaient que Ton laissât les princes du Nord vider leur querelle, et que, si la flotte était envoyée, ce fût au nom du Parlement^ et pour offiîr des conditions d'accommodement devant que d'appuyer aucun intérêt. Tous ces avis différents ont été appuyés par beaucoup de débats^ mais le nombre des courtisans a prévalu; il est encore à remarquer que le Parlement a voulu faire le renvoi à M. le Protecteur seul, sans faire mention du Conseil, pour ne pas autoriser le gouvernement en la forme qu'il est établi, et a seulement parlé de l'exécution de la résolution qui avait été prise la veille d'équiper une flotte. L'on n'a pas d'ailleurs voulu parler de l'assistance d'aucun des princes du Nord pour ne rien préjuger, mais seulement de l'avantage du commerce ; ce sont les réflexions sur cet acte duquel chaque parti prétend tirer de l'avantage. Le reste de la semaine, il ne s'est rien passé de considérable, et aujoui*d'hui l'on a recommencé à parler de la Chambre des Seigneurs. La voix publique est contre l'établissement nouveau, et il se dit que M. le Protecteur le veut maintenir, ce qui pourrait causer quelque division entre lui et le Parlement, qui a aussi ce matin entendu le gouverneur de la Tour de Londres, sur la plainte faite contre lui par un gentilhomme prisonnier qu'il n'avait pas remis à la justice ordinaire suivant l'ordre qu'il en avait reçu; sa défense a été une lettre du défunt Protecteur portant qu'il eût à le remettre entre les mains d'un officier pour le transporter en quelque île. Le Parlement n'a pas trouvé cette excuse valable, et a permis au prisonnier de poursuivre les dommages et intérêts contre ledit gouverneur. Il se dit que maintenant larmée est en meillem*e disposition et que les officiers devaient aujourd'hui signer une déclaration pour dissiper les impressions que le public a conçues de leur division.

1^ ilf . de Bordeaux au cardinal Mazarin.

Londres 1S59.— 17 miri.

Monseigneur, Les deux dernières lettres des 8 et 12 de ce mois que

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d'en user autrement, à moins que le roi ne refusât de traiter, étant bien plus avantageux pour l'établissement de M. le PrO" tectcur d'engager Sa Majesté à la garantie delà paix que de se reposer sur la bonne foi de l'Espagne, sans retirer aujour* d'hui plus de profit d'un traité séparé qu'il ne s'en pouna ménager demeurant uni avec la France. Je ne m'appuyerai pas néanmoins si fort sur ces considérations, ni sur lesa^is qui me sont donnés que dans la première occasion je ne tàcbe de découvrir du secrétaire d'État s'il agit avec la bonne foi qu'il professe. Les offres d'un secours d'hommes que Votre Éminence m'ordonne de faire , et dont j'avais déjà fait avance lorsque les ofQciers de l'armée commencèrent à se diviser, me mettront en état de traiter cette matière. 11 s'en peut parler sans scrupule, étant certain que le voyage du colonel Walter a été fort public; et comme on me rapporte qu'il n'avait ni ordre ni commission, je n'y ferai pas beaucoup de réflexion. Pour ce qui est des affaires du Danemark, ma précédente aura fait savoir que j'en ai parlé au secrétaire d'État suivant les intentions de Sa Majesté, et qu'il m'a désavoué le traité secret dont néanmoins j'avais été averti de fort bonne part. En délivrant la ratification, il y a lieu d'insinuer encore que ce n'est pas l'intention de la France de dépouiller le roi de Danemark , ni de favoriser aucune entreprise capable d'ap-» porter de nouveaux obstacles h la paix du Nord, que T Angleterre a encore plus d'intérôt de souhaiter que la France, Depuis quelques jours , le bruit s'est répandu que Copenbagen avait été forcé, et cette nouvelle s'attribue à uu envoyé de Pologne arrivé depuis peu. Cependant la flotte de-^ meure en même état, et le général Montagne est encore à Londres; l'on veut que ce soit faute d'argent qu'il ne soit pas parti dès la semaine passée; mais M. le Protecteur pourrait bien attendre ce que feront les États généraux et si les ordres qu'a eu le sieur Downing de les convier de concourir avec nous à la réconciliatiou ne produiront pas quelque effet , devant que de s'exposer à une guerre qu'il a intérêt d'éviterj quand son paturel ne serait pas fort pacifique, son établis^

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UISTOftlQUES. 338

haîte. Ledit sieur secrétaire ne m'a néanmoins rendu d'abord qu'une réponse semblable aux précédentes^ et a continué d'attribuer aux embarras domestiques l'irrésolution de son maître, non que le temps de songer aux autres affaires lui manquât, mais pour ne pouvoir prendre aucun parti devant que le Parlement ait achevé les délibérations qui sont sur le tapis. Il s'est aussi étendu sur les différentes dispositions de cette assemblée à l'égard de la paix , représentant les républicains fort portés à la conclure , même quelques-uns à rompre avec la France, et les autres députés soumis entièrement à la volonté de M. le Protecteur. Ce discours m'ayant donné lieu de demander quelle elle était, ledit sieur secrétaire, après s'être un peu défendu, se voyant pressé, m'a déclaré fort nettement que la nécessité le pouvait forcer à la paix, mais que ce serait contre son inclination, ce qui m'a un peu surpris après des sentiments si contraires qu'il avait professés dans nos autres conférences, et j'ai cru lui devoir dire que, bien que Sa Majesté désirât conserver l'étroite union qui était entre la France et l'Angleterre^ et s'accommoder aux affaires de M. le Protecteur, néanmoins la constitution de celles de France ne lui permettant pas de faire une guerre perpétuelle, il était à souhaiter que M. le Protecteur entrât dans cette considération et se disposât de son côté à la paix J*ai aussi pris cette occasion de parler du voyage qu'a fait le colonel Walter en Flandre , témoignant que, si ce que l'on m'en avait rapporté était vrai, il n'y avait pas ici tant de répugnance à traiter que ledit sieur secrétaire professait. Il m'a fait mille protestations, me priant d'y prendre confiance , que jamais ledit colonel n'avait eu commission de faire aucune ouverture, que l'on lui avait à la vérité donné permission d'aller poursuivre le paiement d'une somme considérable qui lui est due par l'Espagne pour le transport de quelques Irlandais , mais que, bien loin de s'en être servi, l'on lui avait refusé la liberté d'entrer en Flandre; qu'au reste c'était un homme trop imbécile pour être chargé ne commission de cette importance, qu'il y avait bien

d'autre personnes en Angleterre propres à être employées ayec moins de bruit| et que je pouvais promettre sans crainte d'être exposé à aucun reproche^ ni désavoué de deçà^ que H« le Protecteur ne recevra ni n'écoutera aucune proposition sans en faire part au roi. Ces assurances m'ont été données en des termes si positifs que je n'ai pu m'empècher de les recevoir conmie très-sincères> et suis retombé sûr les instances qui avaient été faites par le sieur Pimentel et les parales que Votre Éminence lui avait données en suite de celles que j'ai reçues ici que M. le Protecteur n'était pas moins porté à la paix que Sa Majesté « Ledil sieur secrétaire^ adoucissant la déclaration qu'il venait de faîre^ m'a témoigné que Son Altesse tiendrait la même conduite que la France } que dans pou de temps elle pourrait être en état de s'en expliquer davantage , que présentement il ne fallait pas attendre plus d'éclaircissement^ et m'a néanmoins demandé si nous conserverions toutes les conquêtes de Flandre ^ alléguant pour prétexte de sa curiosité que ^ si l'on était ici informé des conditions auxquelles la France voulait traiter^ il se prendrait des mesures plus certaines pour l'accommo* dément d'Angleterre. Je me suis déclaré peu instruit de ce particulier^ faisant espérer que Votre Éminence n'en refuserait point la communication au ministre de M. le Protecteur, et n'ai pas laissé de dire que^ suivant mon sentiment; la plupart des places que le roi avait conquises étant de l'ancien domaine de France^ elles ne pouvaient être avec justice redemandées; que, pour les autres , elles se pourraient échanger avec celles que nous avons perdues , et qu'apparemment ce point ne recevrait pas beaucoup de difficulté. Ledit sieur secrétaire n'a point approfondi davantage cette question^ et ne voyant pas jour de retirer de lui plus de satisfaction sur le traité de paix, je suis passé aux offres que Votre Éminence m'avait chargé de faire en cas que M. le Protecteur eût besoin d'un secours de France; elles ont été reçues avec grande démonstration de r'^connaissance, et promesse d'en informer Son Altesse* J'ai ensuite voulu parler des affaires du

HISTOBIQUBS. 885

Nord^ et ledit sieur secrétaire a d'abord pris la parole pour me faire part des ayis qu'il reçut hier du sieur Downing par un exprès) comme ce n'est que le résultat d'une conférence que ce ministre a eue à La Haye arec le pensionnaire de Hollande dont M. de Thou doit avoir rendu compte, je m'en remets 2i ce qu'il en aura écrit. Il serait aussi superflu de rapporter à Votre Éminence la longue conversation que nous avons eue sur ce sujet -, seulement dirai-je que ledit sieur secrétaire d'État m'a encore solennellement déclaré que M. le Protecteur n'avait aucune pensée de faire des conquêtes en Allemagne ni sur les bords de la mer Baltique , et qu'il n'avait armé qu'à l'instigation de la France pour garantir le roi de Suède contre ses ennemis^ que les propositions faites par ledit pensionnaire de Hollande lui paraissaient captieuses f et faites à dessein de gagner temps pendant lequel les Provinces-Unies achèveront de mettre leur flotte en état d'assister puissamment le roi de Danemark; que l'on caressait fort à I^ Haye M. de Thou pour le faire tomber dans le piège; qu'à la vérité le traité de Roskield devait servir de fondement à celui que nous voulions faire entre ces princes^ mais qu'il- était à craindre que ni l'un ni l'autre ne l'acceptât; que nous devions résoudre si en ce cas nous appuierions la conquête de Copenhagen quand même ce serait le fait du roi de Suède ; que nos ofGces communs ne produiraient point la réconciliation y si l'on l'abandonnait en laissant aux Hollandais la liberté de porter leur secours au roi de Danemark, sur l'assurance qu ils donnaient de n'avoir auti*e prétention que de rétablir lesdits princes au même état qu'ils étaient devant cette dernière guerre. 11 m'a encore proposé, pour un troisième partie de convenir avec les États généraux que ni la France, ni l'Angleterre^ ni les Provinces-Unies n'assisteraient leurs alliés d'une année pendant laquelle ii démêleront seuls leur querelle ou s'accommoderont ; il a désiré mon avis afin que M, de Thou et le sieur Downing parlassent en conformité et que les instructions leur en fussent envoyées dès ce soir* Toutes ces ouvertures ont été en des termes qui font paraître que l'in-

cUnation d'ici est de favoriser les desseins du roi de Suède, queb qu'ils puissent être, et bien que ledit sieur secrétaire m'ait souvent déclaré que notre seule considération fjoâsait agir l'Angleterre^ qu'elle ne devait pas supporter seule la dépense de trois cent mille livres sterling^ à quoi se monte l'armement de la flotte ^ et que si nous ne souhaitions que d'exécuter le traité de Roskield], il ne fallait point semettre en si grands frais, il m'a semblé que , pour suivre les intentions de Sa Majesté, je ne pouvais donner les mains aux deux dernières propositions, ni aussi demeurer d'accord que le roi de Suède fût laissé en liberté de préférer la conquête du Danemark aux autres entreprises plus avantageuses à la cause commune qu'il pourrait former. Et après avoir fait connaître que M. le Protecteur serait encore plus exposé que nous si les Suédois ne donnaient des affaires à l'empereur, j'ai dit que Sa Majesté de son côté faisait des dépenses plus grandes que l'Angleterre pour les mettre en cet état, et qu'au reste la continuation de la guerre de Danemark était contraire à la lin que nous nous étions proposée par le traité de garantie en ce qu'elle aliénerait toute l'Allemagne, et qu'au lieu de produire une diversion qui empêchât Tempereur' d'envoyer des troupes en Flandre, elle le mettrait en état d'exécuter le dessein qu'il en avait fait à la sollicitation de l'Espagne moins intéressée au salut du roi de Danemark qu'à la perte des Pays-Bas; que cette même guerre engageait la France entièrement et les Provinces-Unies, quelques assurances que nous puissions leur offrir de les maintenir dans le commerce de la mer Baltique, avec autant de franchise qu'ils en ont eu par le passé, si le Sund tombait en la puissance du roi de Suède , ce que ledit sieur secrétaire d'État m'avait proposé comme un moyen de leur faire poser les armes. J'ai été d'avis qu'il faut absolument porter le roi de Suède à l'accommodement; pour y parvenir et éviter le piège que. les Hollandais pouvaient tendre, la flotte d'Angleterre se devait mettre en mer au plus tôt pour passer le Sund et empêcher le secours des Hollandais; qu'en même temps les ministres de France

et d'Angleterre aient ordre de convier les rois de Suède et de Danemark à rexécution dutrailé de Roskield^et fassent perdre au premier de ces princes toute pensée que nous Youlions favoriser la conquête de Copenhagen, ni ses autres desseins sur le Danemark, s'il rejette le conseil de ses amis ; qu'ils fassent aussi savoir à son ennemi que ladite flotte n'entreprendra rien à son désavantage s'il ne rejette point cet accommodement, et en effet qu'elle n'agisse pas jusqu'à ce que Tun et l'autre ait fait sa déclaration ; que cependant les États- Généraux seront avertis de cette résolution^. et conviés de ne point envoyer leur flotte afin d'éviter toutes les occasions dMiostilité^ mais plutôt fassent passer des offices auprès du roi de Danemark pour le bien disposer. Ledit sieur secrétaire n'est point tombé dans mon sentiment; il veut que^ si la flotte se met une fois en mer^ elle appuie les desseins du roi de Suède encore même qu'il refuse la paix et persiste à la conquête de la Zélande, vu que l'Angleterre ne se mêle point de la querelle^ et sur ce fondement il n'approuve pas que l'on convienne ici des modifications que les Hollandais veulent apporter au traité de Roskield

Je ne puis dire si la flotte partira^ ledit sieur secrétaire ne m'ayant pas répondu catégoriquement sur la demande que je lui en ai faite. Notre différend ou les affaires domestiques pourront bien l'arrêter quelques jours, et Votre Éminenee aura, si je ne me trompe, le temps de résoudre mon scrupule causé principalement par ce qu'elle m'a fait l'honneur de m'écrire de la guerre du Danemark. Je pressai ensuite le renvoi de M. Lockhart, témoignant que l'espérance de son prompt retour l'avait empêché de m'envoyer instructions sur le renouvellement du traité de campagne. Ledit sieur secrétaire d'État m'assura que dans peu de jours il partirait, me laissant néanmoins aller que les affaires d'ici le retenaient.

J'ajouterai à cette relation, qui fait voir les dispositions d'ici touchant la paix avec l'Espagne et celle du Nord, que, m'é- T. I. 22

tant ces jours passés ^exactement informé de la négociation du père Talboty jésuite. J'avais trouvé qu'il n'est point en Angleterre et n'y a été depuis longtemps, que c'est son frère le cordeKer qui a fait quelques propositions, entre autres celle du mariage du duc d'York avec la sœur du Protecteur, que Ton a traitée ici de ridicule, et que ne pouvant trouver aucune créance, il a repassé en France avec cet archevêque d'Irlande que Votre Ëminence m'avait recommandés pour cherchèi: meilleure fortune. Ces mêmes avis m'avais été donnés par Bodkins, et ils me sont confirmés de si bonne part qu'ils doivent passer pour véritables. Je crois d'ailleurs que, si ce régime voulait traiter avec TEspagne, il ne prendrait pas la voie des prêtres, en ayant beaucoup d'autres. L'ambassadeur de Hollande même a autrefois fait entendre que ses supérieurs n'auraient pas désagréable de rendre un si bon service. Pour ce qui est des inclinations de Son Altesse, elles sont à la paix; mais comme elle se laisse conduiie, ses sentiments ne sont pas à considérer, et ses ministres, dont le secrétaire d'État est le principal^ jugeant à propos de continuer la guerre, l'accommodement de la France ou le Parlement sont seuls capables de produire d'autres résolutions, et Ton peut prendre des mesures certaines sur les protestations qui m'ont encore été cejourd'hui renouvelées que l'Angleterre ne se détachera point de la France, s'il n'arrive quelque changement dans le gouvernement. Il me paraît aussi , à l'égard des guerres du Nord, que l'on se défie fort de la conduite des Hollandais, et qu'il se professe de ne vouloir point rompre avec eux^ néanmoins, l'on ne laissera point d'envoyer la flotte dans le Sund. Mais je ne puis m'empècher d'avoir toujours ombrage de ce dessein d'appuyer la conquête du Danemark si le roi de Suède ne se peut porter à la paix; j'attends avec quelque impatience la conférence dont le secrétaire est demeuré d'accord pour en être plus éclairé; et après avoir solennellement déclaré que, si l'Angleterre s'engageait en quelque nouvelle guerre par un trailé qui lui donnât des places sur les côtes de la mer Baltique, la France ne se croirait pas obligée de

UlSTORIQtJEà. • 339

suivre la même fortune^ il y aura moins d^înconvénients de laisser agir la flotte d^ Angleterre en toute liberté que de refroidir cette ardeur qui parait et donner un titre d'abandonner à la bonne foi des États- Généraux les affaires du Nord. Gomme les ministres de Suède ne m'ont point vu depuis les funérailles de M. le Protecteur, toutes ces négociations se sont passées sans leur participation, et je n'espère pas que leur conduite soit plus louable que celle du sieur Gourtin, puisque Fun d'eux témoigne dans ses lettres tant de mauvaise foi. Lé traité de garantie effacera l'impression qu'elles ont causée, encore que les ministres de cet État ne publient pas comme il faut que la France a fait prendre la résolution d'envoyer une flotte dans la mer Baltique, ce qui a donné lieu à quelques-uns du Parlement de parler contre notre étroite liaison, et de dire que, quand l'Angleterre se serait engagée, nous l'abandonnerions. L'ambassadeur de Hollande n'a pas de sa part manqué de nous attribuer l'envoi de ce secours, et le roi de Suède serait le seul qui n'en serait pas persuadé. J'ai assez informé M. le chevalier de Terlon pour le mettre en état de faire connaître la vérité. Il me reste. Monseigneur, à parler des affaires d'Angleterre ; elles sont encore au même état que mes précédentes lettres ont fait savoir, le Parlement n'ayant rien résolu tous ces derniers jours de fort considérable à cause de la maladie et mort du dernier Prolocuteur. Un troisième fut hier élu et l'on traita de la liberté du général major Overton qui fut sur l'heure trouvée juste , quoique le secré*taire d'État demandât que l'affaire se remît pour quelques jours. Il fut ensuite ordonné que tous les autres prisonniers d'État détenus dans les îles et châteaux éloignés seraient présentés au Parlement et qu'il serait fait un acte pour empêcher à l'avenir semblables emprisonnements comme contraires aux libertés du peuple. Gejourd'hui l'on a remis sur le tapis la question touchant les membres d'Ecosse et d'Irlande ; il s'agit de régler s'ils auront voix délibérative dans leur propre cause, et apparemment Ton aura peine à les en exclure. Il s'est proposé dans la chambre nouvelle un acte qui supprime

le titre de seigneur tant aux nouveaux qu'aux anciens^ laissant cette prérogative au seul Protecteur et aux grands officiers. Mais Touverture n'a pas été suivie , bien qu'elle soit faite par le major général Desborough. La même chambre a passé un acte conforme à celui de la maison des Communes touchant la disposition de la flotte^ la renvoyant à M. le Protecteur; et au lieu que ci-devant la chambre des seigneurs servait d'exemple à celle du peuple y aujourd'hui les nouveaux seigneurs s'y conforment fort régulièrement^ passant les actes que les Communes ont arrêtés, et dans les mêmes termes. Quant à l'armée^ elle est toujours au même état, el quelquesuns s'imaginent que les mécontentements éclateront lorsqu'il se parlera de milice^ et de la voix négative; il est en effet trèscertain que la faction opposée à M. le Protecteur subsiste toujours et que l'accommodement des chefs n'est pas aussi solide qu'il serait à souhaiter; la flotte n'est pas encore toute à son rendez-vous, quoique le sieur Montagne y soit arrivé.

Le dernier mari 1659.

La longueur de la présente lettre ayant empêché qu'elle n^ait été envoyée assez à temps à la poste de la semaine passée^ ce retardement me donne lieu d'ajouter que le Parlement a décidé que les députés écossais demeureraient , eux donnant leurs suffi*ages dans leur cause. Il se doit demain parler des Irlandais apparemment avec même succès; la chambre des seigneurs a aussi de son côté rejeté l'acte qui exterminait les seigneurs tant nouveaux que modernes, pour se rendre plus agréable à celle des Communes. Je n'ai point eu de nouvelles du secrétaire d'État, quoiqu'il dût me venir voir la semaine passée , et ayant ce soir envoyé chez lui, il s'est excusé sur les grandes affaires qui l'avaient occupé tous ces jours; il m'a aussi mandé que toutes ses lettres de Flandre assuraient la conclusion de notre paix avec l'Espagne, demandant à mon secrétaire si j'en avais l'avis. Je lur ferai savoir ce que les lettres de France m*en disent bien contraire aux bruits qui courent en Flandre, il n'y a rien de nouveau des

affaires du Nord, si ce n^est que Tambassadeur de Hollande m'est venu communiquer ce que j'avais déjà su du secrétaire d'État^ et me prier de vouloir contribuer au dessein de ses supérieurs. Je le lui ai fait espérer, lui témoignant que le vrai moyen d'attirer la France et TAngleterre était de faire cesser les sujets de défiance que l'on avait de leurs préparatifs^ et de n'envoyer aucun secours en Zélande jusqu'à ce que l'on soit informé de l'intention des rois de Suède et de Danemark; il ne m'a pas répondu précisément^ et aussi la flotte d'Angleterre s'assemble vers Yarmouth, et Ton fait état qu'elle sera dans peu de jours à son rendez-vous. Le mylord Faulconbridge, qui m'est venu voir ce soir, m'a fort parlé de chevaux que Votre Éminence lui avait promis, me laissant entendre que M. le Protecteur, qui les devait voir, l'avait fort raillé cejourd'hui de ce qu'il s'était fait fort de ce présent.

90 Jf . de Bordeaux au cardinal Sfazarin.

Londrei 1659. — 10 ami.

Monseigneur , J'ai tous ces jours attendu le secrétaire d'État, et il devait venir ce soir avec le garde des sceaux, mais celui-ci est venu tout seul et a excusé ledit sieur secrétaire sur les grandes affaires qui l'ont occupé dans ce temps, et a remis à lui l'éclaircissement que j'attendais, me disant seulement que M. Lockhart est parti pour la cour avec quelques instructions, mais non pas telles qu'elles se pourront donner dans peu, n*ayant pas encore été possible de prendre une dernière résolution à cause des affaires du Parlement. Je lui ai fait connaître de quel préjudice pouvait être ce retardement, et l'ai convié de le représenter à M. le Protecteur afin qu'il tire Votre Éminence de l'incertitude où elle se trouve. Ledit sieur garde des sceaux s'est chargé de faire ce rapport et m'a fort assuré que dans peu nous aurions tout éclaircissement. Il m'a ensuite communiqué le départ de la flotte avec des instructions à l'amiral et au ministre d'Angleterre résidant auprès du roi de Suède, conformes à ce que nous avons résolu en

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à M. le cardinal. Le père Pierre Talbot, jésuite^ mon frèie, est allé la semaine passée à Londr«s^ employé par le marquis de Garacena et don Alonzo de Caideûas^ vers le Protncteur. Le secrétaire d'État Thurloe lui a envoyé un passe-port. Je suis la seuJe personne qui le sache^ outre ceux que j'ai nommés, car ledit père Talbot me dit à son partement qu'il faut que j^obéisse aux ordres du marquis de Caracena» Ainsi ledit marquis et don Âlonzo de Cardefias me parlèrent hier en particulier, et me dirent qu'il me faudra aller bientôt à Londres après mondit frère le père Pierre Talbot. Je vous dirai qu'il est chargé de faire de grandes offres au Protecteur de la part dudit marquis de Caracena, et que Newport ou Ostende lui seront donnés en otage s'ils se peuvent accorder. Je suis résolu Àe me venger de ceux qui m'ont perdu ici. Je vous prie donc de faire savoir ceci à M. le cardinal et de Tassurer de ma part que, lorsque je découvrirai davantage de cette affaire^ je lui en donnerai avis. J'espérerai que par votre moyen il m'en reconnaîtra quelque jour, car il me doit une récompense de mes souffrances. J'ai été réformé deux fois. J'ai perdu mille iiommes que j'avais amenés d'Irlande, j'ai été arrêté et tous mes officiers. Je demande qu'il plaise à Son Éminence écrire à M. de Bordeaux en ma faveur, et à M. le Protecteur, comme Son Éminence a confiance en moi. Je m'assure que vous répondrez bien de moi à Son Éminence; je vous prie de m'envoyer lesdites deux lettres^ Je me tiens assuré de l'ami que j'ai en Angleterre de mener l'affaire à bout. Et si par malheur je manque à faire cette levée, je me rendrai auprès de vous avec ma commission de colonel réformé, et y vivrai comme je pourrai 3 faites pour moi telle capitulation qu'il vous plaira; je la tiendrai et donnerai aussi bonne caution qu'il y ait en Angleterre. Tenez ceci fort secret; n'en dites rien à M. Talbot, le prêtre: il n'est pas secret. M. le duc d'York n'a pas biâmé ma résolution que je lui ai dite de vous aller trouver.

344 DOCU11R.VTS

îî^ Jf. ie BoriêÊMX mm cardimal Maxarin.

,11 KfiâttSt.

Monaeîgiieiir, Ayant fut savoir au secrétaire d'État que je souhaitais de ^entretenir, il me vint voir av^ant-liier; je lai pariai de la paix oonfonnéroent aux deux lettres de Votre Éminence des n^ et xj*, exagérant le préjudice qœ Tirrésolotion de M. le Prolecteur produisait, et la nécessité où le roi se trouTait d'accepter des conditions raisonnables, si elles loi étaient offertes. Je me plaignis aussi de ce que, nonobstant tontes les assurances qui m'a% aient été données de renvoyer M. Lockliart avec des instructions, il avait para tout nouveau dans cette affaire, et témoignai qu'elle était si fort à coeur au roi qu'encore que ledit sieur ambassadeur eût sans doute rendu compte de la conférence qu'il avait eue avec Votre Ëminence^ il m'avait néanmoins été ordonné de presser Son Altesse de prendre sa résc^lution , crainte que Sa Majesté ne fût forcée, contre son inclination, de traiter séparément , à quoi elle ne se porterait qu*à toute extrémité et en prenant toutes les précautions pour priKurer aussi à l'Angleterre la paix , lorsque le gouvernomont jugerait à propos de ht faire. Ledit sieur secrôlaire d^État commença sa réponse par des plaintes de la défiance que Votre Éminence avait tànoignée, audit sieur Lockhart, d'une né^rociation secrète, et me réitéra les mêmes protestations qu'il m'avait déjà faites que jamais Walter ni autre n'avait eu commission, et que les avis contraires qui avaient été donnés devaient venir de personnes qui voulaient exciter de la jalousie entre la France et l'Angleterre, étant certain que l'Espagne ne savait pas plus les intentions de Son Altesse que le Turc, et qu'il m'avait toujours été parlé avec très-grande sincérité; que je ferais plaisir à M. le Protecteur d'en renouveler lesassurances, et qu'il ne se recevrait ici aucune proposition de paix sans la communiquer à la France ; qu'au reste les grandes instances que j'avais faites ayant obligé M. le Protecteur de considérer quels avantages nous en pouvions rece-

voir présentement, il avait [)aru que jamais accommodement ne fut plus à contre temps^ puisqu'il donnerait à l'Espagne le moyen de rétablir sa grande puissance et de parvenir à la monarchie universelle qu'elle s'est proposée } que la conquête du Portugal ne lui pourrait pas manquer ; qu'en Allemagne l'Empereur et ceux de son parti n'auraient pas moins de facilité d'accabler le roi de Suède ; que les Provinces- Unies ne seraient pas exemptes de danger^ et que la France aussi bien que l'Angleterre auraient peine, durant une paix^ à se garantir des divisions domestiques ; que M. le Protecteur ayant mis toutes ces considérations devant ses yeux^ il ne savait à quoi attribuer notre grand empressement au moment que l'Espagne était dans sa décadence^ et que, avec la continuation d'une guerre de quelques années, elle serait réduite à un tel état que ses voisins n'auraient plus sujet de prendre jalousie de sa grandeur. Que Son Altesse néanmoins ne laisserait pas de se conformer aux désirs du roi^ et qu'à cet effet^ il serait envoyé pouvoir à M. Lockhart de traiter avec le ministre d'Espagne , qui était en France^ s'il se trouvait muni d'un pareil pouvoir de son maître, comme il l'avait fait entendre. Je jugeai à propos de repartir audit sieur secrétaire d'État qu'il était vrai que de différenfts endroits il s'était écrit que l'Angleterre traitait secrètement avec l'Espagne, que je lui en avais même fait des reproches, et que si Votre Éminence en avait encore parlé à M. Lockhai't, c'était un effet de la franchise dont elle con* tinuait d'user en déclarant tout ce qu'elle avait sur le cœur ; qu^au reste ce soupçon avait été aussi en partie formé par les réponses si indifférentes qui m'avaient été données depuis quatre mois et le peu de confiance que le Protecteur prenait en la France, ne découvrant point ses véritables sentiments; mais que sans doute les protestations qui m'étaient réitérées, dont je me chargeais de rendre compte, dissiperaient entièrement les impressions que nous pouvions avoir. Et quant aux motifs qui portaient le roi à souhaiter la paix, je lui dis qu'il ne serait pas difficile de les pénétrer à ceux qui savaient en quel état la France se trouvait réduite par une guerre de tant

d'années qui Tavait épuisée d'hommes et d'argent^ et qui aliénait tellement Tesprit du peuple que la continuation serait capable d'exciter des soulèvements et de donner le moyen à nos ennemis de réparer leurs pertes; que d'ailleurs toute la chrétienté en recevrait tant de préjudice qu'il serait impossible d'éviter que la plupart des Ëtats ne se joignissent contré les auteurs de leurs maux et que, sans les grandes avances qui furent faites à Francrort pai* les ambassadeurs du roi^ du consentement de M. le Protecteur défunt^ pour effacer l'impression qu'avait conçue toute l'Allemagne de notre r^ugnanceà . la paix^ elle aurait pris des mesures contre nous avec la maison d'Autriche; que le même inconvénient serait encore aujourd'hui à craindre en rejetant un traité honorable dans lequel il se pourra prendre toute sorte d'assurance pour le roi de Suède, les États généraux et nos autres alliés ; que si, au préjudice de ces précautions, la maison d'Autriche faisait quelques entreprises contre eux, la France et l'Angleterre auraient un juste sujet de recommencer la guerre avec l'approbation des autres nations et de leurs propres sujets, qu'elle se pourrait même faire plus avantageusement après quelques années de repos. Qu'à la vérité le roi de Portugal se trouverait en quelque danger, mais qu'outre qu'il ne serait pas raisonnable d'exposer les autres nations à tant de maux pour le conserver^ il se pourrait réserver quelque liberté de lui envoyer des troupes auxiliaires et d'en user de la même façon que nous avons autrefois fait en faveur des Provinces-Unies , que pour ce qu'il était des guerres domestiques, elles nous paraissaient présentement plus à craindre en France que durant la paix^ et que si l'Angleterre en était affligée, nous serions aussi plus en état d'assister le présent gouvernement contre ses ennemis. Qu'enfin, nous ne pouvions souhaiter une plus favorable conjoncture pour traiter avantageusement et qu'il ne paraissait aucune raison qui dût empêcher M. le Protecteur d'envoyer au plus tôt des instructions à son ambassadeur .et de réduire ses prétentions à des termes raisonnables, insinuant toujours que nous ne pouvions pas différer davantage d'écouter le sieur

Pimentel que j'avais déjà fait revenir de la frontière de Flandre, sur des nouveaux ordres de sacour^ pourm'appuyer de ce que j'avais dit dé son départ. Ledit sieur secrétaire d'État reçut tous mes discours avec parole précise qu'il en serait usé suivant le désir du roi, sans entrer dans le particulier des conditions de notre accommodement que Votre Éminence pourra juger n'être guère agréable ici, et je ne sais si ledit sieur ambassadeur n'avait ordre de traîner la fin en longueur autant qu'il pourra. Ses instructions auraient même pu être encore différées sans la crainte que nous ne traitassions séparément^ comme il fut publié.

le passai ensuite aux affaires du Nord et témoignai audit sieur secrétaire qu'ayant fait savoir les sentiments où je l'avais laissé dans notre dernière entrevue, il m'était ordonné de confirmera Son Altesse que nous jugions l'accommodement du Danemark absolument nécessaire à la cause commune^ et que pour y parvenir il fallait ôter au roi de Suède toute espérance de secours, s'il ne se réduisait pas à l'exécution du traité de Roskield; que je savais néanmoins qu'il s'attendait d'être appuyé par l'Angleterre dans la conquête du Danemark; cpie ses ministres d'ici n'en faisaient pas mystère; que celui de France, qui est auprès de lui, me l'avait écrit, et que je ne pouvais pas dissimuler qu'il ne me parût très-véritable, vu la conduite que Ton avait tenue ici en envoyant cette flotte sans me communiquer les instructions données à Tamiral, quoique nous fussions demeurés d'accord de ne rien faire que de concert; que si Son Altesse était encore aujourd'hui dans cette disposition, il fallait parler franchement^ et lever par là les justes soupçons que nous devions avoir de ses sentiments afin que, s'ils ne s'accordaient pas à nos principes, le roi pût prendre de bonne heure ses mesures et ne se laissât plus amuser davantage par toutes les paroles qui m'ont été données, ni par le traité de garantie qui semblait n'avoir été désiré ici qu'afm de mieux couvrir les desseins particuliers de M. le Protecteur. Je m'étendis aussi fort sur les préjudices que la guerre du Nord nous a apportés, tes

grandes dépenses que la France avait faites pour maintenir le roi de Suède^ sans en avoir reçu aucun fruit et sans espérance d'en tirer d'autres que la diversion des forces de TEmpereur^ dont la descente en Flandre n'est guère moins à redouter par l'Angleterre que par la France^ encore que nous soyons les premiers exposés. Ledit sieur secrétaire d'État^ après m'a voir écouté patiemment^ me dit qu'il était aussi venu me voir pour me parler sur ce sujet et me faire des plaintes de ce que Votre Ëminence a dit au sieur Borel qu'il y avait de quoi s'étonner de ce que ses supérieurs ne faisaient pas plus de diligence pour envoyer leur secours au roi de Danemark et le garantir d'une ruine entière qui rejaillirait sur leurs sujets; que si les États généraux n'avaient point oublié leurs intérêts, ils feraient un dernier effort pour chasser le roi de Suède de ses dernières conquêtes; que la France n'approuvait pas sa conduite, et qu'il fallait aussi prendre garde à celle d'Angleterre, y ayant un traité secret entre M. le Protecteur et ce prince, et que c'était contre l'avis de la France qu'elle envoyait d'ici une si grande flotte dans la mer Baltique. Ledit sieur secrétaire d'État ajouta que M. de Thou en avait parlé en des termes fort semblables à La Haye, de quoi Son Altesse était fort surprise; qu'elle ne s'était engagée dans cette affaire qu'à la suscitation de la France ; que j'en pouvais rendre le témoignage puisque c'était moi qui avais fait des instances trèspressantes pour faire armer une flotte sur la fin de l'automne, et pris Dieu à témoin qu'il ne s'était pas fait depuis aucun traité avec la Suède; qu'il n'était aussi arrivé aucun changement dans les desseins du régime d'Angleterre, et qu'il n'avait encore présentement autre but que l'exécution du dernier traité de garantie ; qu'à la vérité, dans notre dernière conférence, il ne s'était pas tout à fait trouvé dans mes sentiments, mais que les ordres du général Montagne ne laissaient pas d'être tels que je les avais désirés, et que s'ils ne m'avaient été particulièrement communiqués, c'était sa faute; qu'ainsi notre défiance était sans fondement et qu'il y avait plus de suj^t de nous soupçonner de changement, ce qui mettait M. le

Protecteur en peinet Je désavouai audit sieur secrétaire que Votre Éminence eût tenu tels discours au sieur Borel^ mais non pas qu'elle n'eût pu concevoir quelque défiance d'un dessein particulier de l'Angleterre différent de la fin que nous nous étions proposée, après ce qui s'était écrit de Suède et d^ici^ que néanmoins cette jalousie n'aurait pas été capable de faire parler Votre Éminence si positivement^ ni de lui faire exhorter les États généraux à prendre des conseils contre Tintérêt de la France qui ne veut pas la ruine du roi de Suède ; qu'il n'était pas à présumer que nous eussions fait autant de dé[)enses et pris tant de soins pour après contribuer à la ruine de ce prince; que ces avis donnés par le sieur Borel étaient sans fondement et à dessein d'exciter de la jalousie entre la France et l'Angleterre, et que M. le Protecteur était trop avisé pour ne pas découvrir l'artifice, que je le désabuserais facilement s'il se voulait donner la patience de lire tout ce que Votre Éminence m'avait écrit sur ce sujet, offrant audit secrétaire de lui communiquer ses lettres, et enfin je lui témoignai que bomme de tous côtés nous avions des défiances, il était nécessaire, pour les dissiper, de parler nettement. Que de ma part je me trouvais assez instruit des intentions du roi pour lui confirmer qu'il était toujours dans le sentiment d'appuyer les intérêts du roi de Suède s'il voulait s'accommoder au traité de Roskield sans aucune modification, mais aussi de lui ôter Tespérance de secours s'il rejette cette proposition ; qu'au cas qu'il l'accepte et que son ennemi la rejette, la flotte d'Angleterre agira ouvertement en sa faveur. J*ai aussi fait connaître que nous trouvions l'accommodement de Pologne et de Brandebourg absolument nécessaire, et désirions qu'il fût mandé à l'amiral Montagne d'agir sur ces fondements. Ledit sieur secrétaire d'État me protesta qu'il en avait déjà eu l'ordre en partant , que l'on le réitérerait cejourd'hui par un vaisseau qui devait partir pour le Sund, que l'exécution s'en ferait de bonne foi^ et que j'en pourrais par cette commodité informer le ministre de France. Il me convia aussi d'en avertir M. de Thou afin qu'il déclare que le roi et M. le Protecteur

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sont portés d'un même esprit^ et que les États généraux concourent de leur part à la réconciliation et ne se flattent pas que la France approuvât qu'ils tinssent une autre conduite; je lui fis encore répéter^ crainte d'équivoque, en quels termes il écrirait audit amiral^ à qui toute la négociation est remise, et les ayant trouvés fort précis et tels que je les venais de proposer, je me chargeai d'en faire parler de même à La Haye et en Suède. Nous convînmes aussi qu'il fallait prendre garde que le roi de Suède n'amusât l'amiral d'AngleteiTe sous différents prétextes^ dans la pensée que sa présence arrêtant le secours des Hollandais^ Gopcnhagcn serait réduit par la famine et la peste, que l'on dit y être très grande, à se

soumettre au vainqueur Je ne vois pas qu'il se puisse

désirer davantage de M. le Protecteur que l'exécution de toutes ces promesses; elle ne se fera sans un peu de violence , la paix lui paraissant très-désavantageuse dans la conjoncture présente. Il s'est déjà remarqué que les avis, arrivés ici de différents endroits qu'elle était conclue, ont relevé le cœur aux républicains ; ils se persuadent que le présent régime d'Angleterre ayant plus à craindre du dedans, ne s'attribuera pas tant de puissance. Cette considération peut avoir causé tant de remise et doit faire perdre la croyance qu'il se soit traité secrètement avec l'Espagne. U m'a aussi semblé que toutes les paroles que m'a données le secrétaire d'État, touchant les affaires du Nord, ne partaient pas d'une volonté bien libre, et je n'ai pas manque, écrivant aujourd'hui au secrétaire de M. de Terlon, de l'avertir qu'il observât les ministres d'Angleterre , n'étant vraisemblable que le roi de Suède en ait attendu la flotte avec tant d'impatience sans avoir cru qu'elle seconderait ses desseins entièrement éloignés de la paix

... H arriva hier à Londres un envoyé de Danemark auquel on fera entendre les résolutions prises en faveur de son maître et j'ai déjà fait savoir à celui de Pologne la disposition où était M. le Protecteur de s'employer avec la France pour

raccommodement du traité de ses supérieurs. Les apparences de notre paix avec TEspagne pourront faire prendre ici ce parti et perdre la pensée d'aucun établissement en a's quartiers, Tacquisition et la conservation n'en pouvant qu'être très-difficiles si le roi de Suède seul s'en mêlait. Un officier français^ parti d'Elscneur sur le commencement de ce mois^ rapporte que son infanterie est trop affaiblie pour entreprendre une seconde attaque sur Copenhagen, mais que si la flotte d'Angleterre empêche qu'il n'y entre des vivres, elle ne pourra \ms se maintenir longtemps^ ce qui en fait parler ici comme d'une conquête certaine. Le Parlement n'a rien résolu de fort important tous ces derniers jours ; ses principales délibéralion& ont encore été sur la manière de traiter avec la chambre nouvelle, et il arrêta la semaine passée de n'en point recevoir de parole si elle n'était portée par les membres qui la composent, encore que la chambre des seigneurs eût accoutumé d'envoyer ses messages par des officiers de la justice. M. le Prolecteur écrivit aussi vendredi dernier à l'orateur du Parlement en lui adressant la requête de l'armée; l'un et l'autre fut mal reçu, et il fut fort trouvé à redire à la suscription delà lettre en ce qu'elle qualifiait le Parlement de Chambre des Communes. Ces petits chagrins semblent ne pas produire grande altération dans le gouvernement pourvu que l'armée ne soit point contraire, l/on avait cru tous ces jours que les officiers inférieurs publieraient quelque acte à son désavantage, mais il ne paraît point encore, et ceux de la cour sont assez remplis d'espérance d'un bon succès dans tous leurs desseins. 11 n'y a aucune nouvelle certaine de la flotte; l'on ne laisse pas de la croire présentement arrivée au Sund, le vent ayant changé ces derniers jours, et quelques passagers rapportant qu'elle était à la hauteur de Scagey au commencement de la semaine passée.

J'ai fait savoir à M. de Faulcbnbridge la bonne volonté de Votre Éminence, dont il m'a prié de lui rendre très-humbles grâces en attendant qu'il s'acquitte de ce devoir.

1^ M. de Bordeaux au cardinal Mazarin.

Londrei, 24 «Yril 1659.

Monseigneur^ J'ai reçu les deux lettres que Votre Éminence m'a fait l'honneur de m'écrire les 16 et 19 de ce mois; mes précédentes ayant assez amplement fait savoir les dispositions qui m'ont paru ici sur la paix d'Espagne et raccommodement des rois du Nord, je n'ai rien à écrire de l'un et de l'autre, ne s'étant rien passé, si ce n'est qu'hier le garde des sceaux et le secrétaire d'État me confirmèrent qu'il avait été envoyé pouvoir à M. Lockhart et ordre à l'amiral Montagne pour agir suivant les résolutions déjà prises^ et que nous demeurâmes'd'accord de faire demain l'échange de la ratification du traité de garantie ; ils me parlèrent aussi des bruits qui courent que la paix a été conclue à Paris, et je les assurai que tout était en son entier, le roi ayant voulu entendre des nouvelles de Son Altesse devant que se déterminer absolument, comme l'on a envoyé de Flandre même des articles assez vraisemblables, il n'est pas facile de désabuser le peuple de l'opinion qu'il a conçue d'un accommodement fort désiré, si ce n'est par les principaux du gouvernement. Votre Éminence ayant M. Lockhart sur les lieux pourra reconnaître par sa conduite s'ils y sont aussi contraires que le secrétaire d'État m'a paru, sans néanmoins me déclarer que le colonel Walter était présentement à Londres, oii il arriva la veille de Pâques. Le même qui m'en a confirmé l'avis que Votre Éminence avait déjà reçu, me rapporte que l'on ne l'a point encore voulu écouter crainte d'offenser la France, mais que le colonel Walter prétendait,si ledit sieur secrétaire remettait plus longtemps de l'admettre, de prendre d'autres voies, et que, si l'Angleterre voulait traiter séparément, l'Espagne ne ferait point la paix avec la France; je fais état de mettre demain ledit sieur secrétaire d'État sur ce sujet, et s'il m'en fait mystère, je ne laisserai pas d'apprendre d'ailleurs le train de cette négociation, ayant relation particulière avec celui auquel le jésuite

s'est découvert. Je ne manquerai pas aussi de presser qu'il soit fait un manifeste sur le départ de la flotte; mais il me reste toujours quelque ombrage de la sincérité des protestations dudit sieur secrétaire qui m'était venu voir pour faire instance en faveur des intéressés à la prise faite par le capitaine Laroche, appuyant en même temps les raisons que j'ai écrites à M. le comte de Brienne. Les miennes^ quoique plus solides^ ne les firent pas départir de leurs instances^ et après les avoir interpellés de donner^ à la clause qui parle de la cessation d'actes d'hostilité, le même sens qu'elle a dans tous les traités qui se sont faits entre l'Angleterre et les autres États, voyant qu'ils parlaient de lettres de marque y je leur laissai entendre que quand le roi n'aurait pu avec la raison et la justice prévenir le renouvellement de ces actes d'hostilités, il se servirait d'autres voies pour en garantir ses sujets ; ainsi nous nous séparâmes sans demeurer d'accord. Le Parlement n'a délibéré ces trois derniers jours que sur des affaires particulières, et entre autres il a déclaré un colonel de l'armée, pour des violences par lui exercées lorsqu'il était major général d'une province^ incapable de jamais exercer charge de police en Angleterre ; quelques-uns voulaient te casser de l'armée^ mais la pluralité se contenta de le dégrader des autres emplois pour ne pas choquer la milice^d'ailleurs peu satisfaite de voir que le Parlement ne défère point à ses demandes et cherche avec tant de sévérité les actions du passé. Ce mécontentement ou quelque autre dessein a fait assembler les ofQciers chez le lieutenant-général Fleetwood^ ils commencèrent hier par prières et oraisons; aujourd'hui ils continuent^ et quelquesuns d'entre eux rapportent qu'ils projettent d'établir un Conseil d'État tout nouveau, de réformer l'armée^ c'est-àdire de casser les amis de M. le Protecteur^ de choisir un général et de prendre quelques mesures pour tirer du Parlement leurs arrérages. Je ne veux pas garantir que cet afis soit en tout véritable, mais il semble que cette assemblée doive produire dans peu quelque changement

if. de Bardeaux au cardinal Mazarin.

LondrM, 27 fi?ri«r 1659.

(Voir le no XVII.)

M* de Bardeaux au cardinal Mazarin.

Londres, IS man 1659.

(Voir le no XVI.)

M. de Bordeaux au cardinal Mazarin.

Londres, 1659.— 20 mars.

Monseigneur, Je n'ai vu tous ces jours ni le secrétaire d'État ni aucun autre ministre; ils ont été si occupés dans le Parlement qu'avec bienséance je ne pouvais pas demander à les entretenir; et aussi n'y avait-il pas apparence d'en retirer aucune satisfaction, les affaires se trouvant au même état que quand ledit sieur secrétaire a demandé du temps pour faif e prendre une résolution sur l'affaire qu'il m'a été ordonné de lui communiquer. Il ne se peut pas même juger si le titre de ces remises cessera bientôt, se formant tous les jours de nouveaux incidents qui empêchent que le Parlement ne puisse décider les questions de la détermination desquelles dépend l'établissement du régime d'Angleterre. Votre Éminence aura pu voir^ dans la dernière lettre que je me suis donné l'honneur de lui écrire, que le corps s'était rassemblé l'après- 'dlnée à dessein de mettre quelque fin sur la reconnaissance des nouveaux seigneurs; mais après avoir été assis jusques à

une heure après minuit^ l'indisposition de POrateur obligea de mettre la délibération au lendemain^ sans rien conclure ; tout ce temps fut consommé par les longues harangues de tous les partis; il y eut même des reproches et menaces de part et d'autre^ et Tun des députés ayant voulu donner de la terreur en représentant M. le Protecteur armé, le général Fairfax s'emporta fort et se fit tenir^ ne voulant plus demeurer dans un lieu où Ton prétendait faire prendre par force des résolutions. Le secrétaire d'État ne fut pas épargné sur ce qu'il laissa aller quelques paroles contre les républicains; et même, si la question eût été vidée ce soir, le parti de la cour ne l'aurait pas emporté. Le lendemain le Parlement demeura encore assis jusques à dix heures du soir, et il passa seulement d'ajouter à la question : «Sauf le droit des anciens pairs qui n'ont rien fait contre le gouvernement^ en cas qu*ils soient légitimement appelés, d'être membres de cette Chambi*e des seigneurs. » Cet adoucissement fut proposé par le parti de la cour pour donner quelque satisfaction aux vieux pairs, et par cette apparence empêcher beaucoup de députés qui en dépendent de se joindre aux républicains. II ne passa néanmoins que d'une voix de faire cette addition à la question, ceux qui ne veulent point du tout traiter avec la nouvelle Chambre y étant contraires ; il semblait que le parti de la cour ayant prévalu avant-hier, Tafifaire dans le fond ne dût plus recevoir de difficulté et dût être terminée hier; mais il fut formé un nouveau incident, savoir si les députés d Ecosse et d'Irlande devaient avoir voix dans cette affaire, et ce fut apparemment à dessein d'affaiblir, en les éloignant, le parti de la cour. L'indisposition de l'Orateur l'ayant obligé de de^ mander que la compagnie le déchargeât de l'emploi, ou au moins lui donnât du temps pour se recouvrer, son excuse fut admise; un autre fut élu pour servir pendant son absence seulement, et la nouvelle question remise à ce matin; elle s'est agitée et a été remise à demain, sans grande apparence d'être terminée, la matière pouvant donner lieu à tous les orateurs de gagner temps; ainsi l'on ne peut encore prévoir

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quand ce sera la fin de tous ces débats^ ni quand M. le Protecteur sera en état de songer à d'autres affaires. Hier, le major général Overton que le Parlement a fait emmener de Jersejy où il était prisonnier^ entra dans Londres, ayant un cortège de ^ à 500 chevaux^ gens volontaires qui étaient allés au-devant de lui ; Ton ne laissa pas de le tenir encore resserré, et la cour a été peu satisfaite de la vanité qu'il a eue de souffrir que ce peuple l'accompagnât et que même la plupart portassent du laurier. Telle fut l'entrée de ces trois particuliers qui avaient été mutilés par le jugement des évêques d'Angleterre devant ces derniers mouvements; mais il n'y avait point en ces temps d'armée pour maintenir l'autorité du roi^ et le Parlement était disposé autrement que celui d'aujoard'hui, ce qui ôte tout sujet d'appréhender les suites de ces assemblées populaires. La veuve du ministre Hewett^ qui fut décapité l'été passé , a aussi ces derniers jours présenté requête contre ceux qui ont jugé son mari^ et il a été fait d'autres plaintes contre les majors généraux qui ont gouverné le pays quelque temps ; mais toutes ces procédures ne sont en aucune façon considérées , le Parlement étant bien intentionné. G'est^ Monseigneur^ tout ce que les affaires ici me donnent présentement sujet d*écrire; je remets aux lettres du secrétaire de M. de Terlon à informer Votre Éminence du succès de l'assaut que les Suédois ont donné à Copenhagen ; leur perte s'est d'abord publiée ici plus grande qu'elle n'est, et pour empêcher qu'elle ne produise quelque mauvais effet, les ministres de cette nation font maintenant courir le bruit que leur roi a depuis emporté la ville; mais le secrétaire d'État n'en a point la nouvelle, et elle est peu vraisemblable. Le général Montagne est tous les jours sur le point de partir pour la flotte; je n'appi'eads pas néanmoins qu^elle se doive encore mettre en mer, et si l'événement de cet assaut n'a fait prendre quelque autre résolution, Ton ne se pressera pas de la faire sortir devant que l'on ait des nouvelles de celle de Hollande.

xxn

M. de Borieatuc au cardinal Maxarin.

Loadrtt, 24 avrU 165».

(Voir le n» XVIII.)

if. de Bardeaux au cardinal Mazarin^

Londrtf,28aTriIU59.

Monseigneur^

L'ordinaire d'aujourd'hui ne m*ayant point apporté de lettres de Votre Éminence, et n'ayant point vu tous ces jours les ministres de M. le Protecteur^ je ne me donne l'honneur de lui écrire que pour satisfaire la curiosité qu'elle peut avoir pour les affaires du dedans de l'Angleterre. Ma précédente a déjà fait savoir l'assemblée du Conseil de guerre, composé de tous les hauts et bas ofticiers y même des enseignes, qui se trouvent à Londres^ et les matières que l'on m'avait rapporté devoir être traitées. Il y fut en effet parlé de la réformation des officiers peu religieux et qui n'avaient point d'intérêt dans l'armée, même du généralat , comme aussi de demander au Parlement une confirmation de tout ce qui s'est passé devant et après la mort du roi , et qu'il fût pris des sûretés contre les royalistes. La suppression de la royauté fut aussi mise sur le tapis, mais ce fut sans venir à aucune conclusion; seulement fut-il arrêté de se rassembler après-demain et que cependant un comité de douze officiers examinerait la matière. L'événement de ces délibérations et quelques avis d'un dessein formé de séparer le commandement de Tarmée du gouvernement civil, jusquelà qu'il se parlait déjà de faire plusieurs généraux pour affaiblir le pouvoir du Protecteur, ayant donné Talarme, ses amis ont aujourd'hui fait arrêter dans le Parlement^ nonobstant les

traverses des républicains^ qu'il sera défendu aux officiers de s'assembler sans le consentement de M. le Protecteur et du Parlement; qu'ils se retireraient chacun à sa garnison^ et que ceux qui refuseraient de reconnaître l'un et l'autre seront cassés; qu'il leur sera donné un. acte d'indemnité pour les actions passées, qu'il sera pourvu au payement de leurs arrérages et que les royalistes s'éloigneront de Londres; la Chambre nouvelle doit être conviée de donner son consentement à ces délibérations, et si elle en fait difficulté, il ne laissera pas d'être passé outre à l'exécution. Dans le même temps que ces résolutions se prenaient, M. le Protecteur a mandé les officiers, sous prétexte de leur faire savoir ce que le Parlement était disposé de faire sur la requête qu'ils lui avaient présentée; et après leur avoir promis satisfaction entièi-e, il s'est plaint de leurs assemblées dernières comme contraires au respect qu'ils lui doivent et au Parlement, leur en a défendu la continuation et commandé de se retirer où leurs charges les appellent. Le major-général Desborough a voulu justifier ce qui s'était passé dans les assemblées; M. le Protecteur n'a pas laissé de leur réitérer l'ordre de se séparer, professant un oubli du passé; et sur ce commandement ils sont sortis sans répartir, et aussi sans que l'on puisse dire certainement qu'ils y obéiront. L'on me rapporte présentement que M. le Protecteur a été averti d'un dessein formé de l'arrêter cette nuit, et que pour le prévenir tous ceux de son parti on^ ordre de se tenir sous les armes. Il est en efifel assez vraisemblable que, si l'armée doit agir, ne sera dans peu, crainte que le Parlement lui étant contraire, aussi bien que la ville et toutes les personnes de condition, et la cour ayant aussi quelques officiers fermes dans ses intérêts, tous ces corps joints ensemble ne rompent leur entreprise. C'est aussi l'opinion la plus* plausible qu'elle ne se portera pas aux extrémités, les chefs et les moindres officiers étant trop établis pour hasarder sans nécessité leurs fortunes. Il s'en poun*a écrire plus positivement par le prochain ordinaire. Il s'est publié ces derniers jours que l'accommodement

de la France et de TEspagne était conclu, et quelques-uns s'imaginent que cette créance a pu contribuer au mouvement présent, soit qu'il se juge à propos de l'effacer^ soit que les avis en soient venus ; il se dit maintenant que M. Lockhart a écrit^ par ses dernières lettres, la rupture du traité. M. le Protecteur a aussi voulu persuader aux ofQciers un soulèvement des royalistes en Ecosse; mais ce parti, par politique ou crainte, n'a pas dans tous ces temps donné le moindre sujet de jalousie, et il ne se parle plus que de celui de Tarmée avec laquelle les chefs des républicains passent pour être unis. Il ne s'est point traité d'aucune autre affaire considérable dans le Parlement à qui les Trembleurs présentèrent avant hier une requête pour la liberté de quelques-uns de leurs frères prisonniers, offrant d'entrer en leur place ; après les avoir entendus, il leur fut commandé de se retirer chacun chez soi et de vivre en repos. I^a Chambre des Communes envoya aussi la semaine passée l'acte du jeûne à la nouvelle maison, qui les reçut fort honorablement et les traita de la même manière que ses députés le seront. Pourvu que l'armée se soumette, tout se passera sans doute avec la satisfaction du régime.

II n'est point arrivé de nouvelles de la flotte d'Angleterre ; l'on ne laisse pas de la croire arrivée au Sund. Quelques vaisseaux venus de la côte d'Espagne rapportent que celle du trésor était arrivée à Cadix. Je n'ai point vu le secrétaire d'État tous ces jours, quoiqu'il m'eût paru dans la résolution de m'apporter la ratification du traité de garantie : cette remise est excusable dans la conjoncture présente.

ioilf. de Bordeaux au cardinal Mazarin.

Londres, 1659. — 17 avril.

Monseigneur, Les deux lettres que Votre Éminence m'a fait Thonneur de

m'ëcrire^ les ix* et Tfi, ne m'ont pas été rendues assez tôt pour y répondre cejourd'hui} seulement Passurerai-je que j'userai de toute diligence pour satisfaire au contenu^ que ce n'est pas faute de m'être assez expliqué que M. Lockhart n'a pas eu d'autres instructions y et qu'il ne peut affecter d'être si peu informé que pour ménager quelque temps. Je ne désavouerai pas aussi que le régime d'Angleterre n'ait sujet de vouloir traîner l'affaire en longueur , et il sera remarqué dans mes lettres que le secrétaire d'Etat me l'a fait entendre^ mais non pas avec toute la confiance qu'il devait prendre, et cette manière d'agir avec tant de réserve est ici fort ordinaire. Je ferai demain tout devoir pour l'obliger de parler plus ouvertement. Je n'ai cependant rien à ajouter à mes précédentes ni sur cette matière ni sur les affaires du Nord^ si ce n'est qu'il parait^ par ce que m'a écrit le secrétaire de M. le chevalier de Terlon^ depuis peu^ que le roi de Suède se persuade fort d'être assisté par l'Angleterre dans ses desseins et qu'il ne prétend pas renoncer à la conquête de Gopenhagen. J'avais cru que le secrétaire d'État éclaircirait le doute où j'étais , mais son silence a continué tous ces jours, et il me donne lieu de lui parler avec toute la fermeté qui peut être désirée pour faire prendre ici des résolutions avanti^euses à l'intérêt commun.

Il n'a été passé tous ces jours aucun acte considérable dans le Parlement; et il s'est principalement occupé à régler le nom et le titre qui sera donné aux membres de l'autre maison, lorsque les Communes traiteront avec eux^ sans qu'aucune résolution ait encore été prise, quelques-uns voulant les traiter de seigneurs et les autres de sieurs ; et quant aux civilités, il a été arrêté que la nouvelle chambre n'en recevrait pas plus qu'elle n'en ferait. Il a aussi été débattu si le Parlement ordonnerait aux ministres d'annoncer le jour de jeûne, ou les convierait; le premier terme a été trouvé le plus convenable. La question des impositions n'est pas encore réglée ; les officiers de l'armée ont présenté une requête à M. le Protecteur tendant au paiement de leurs arrérages, à l'assoupissèment de toutes recherches contre ceux qui ont exécuté les

ordres do gourenieineDt dans œs derniers temps, et à la persécution des royalistes qu'ils accusent de faire force menées ; cette remontrance fut résolue dans un conseil d'officiers où les amis de M. le Protecteur se trouTèrent prévaloir en nombre ; les antres ne laissèrent pas de témoigner assex de fermeté dans leurs sentiments^ et Kon prétend qu'ils se sentent appuyés par la pluralité des officiers subalternes. Cette requête est aussi en des termes qui laissent les prét^itions des uns et des autres en leur entier, s'y parlant avec grande yénération des actes du Long Parlement^ et faisant paraître un esprit d'agir toujours sur les anciens principes, ce qui fait juger diverse* ment des intentions de toute l'armée. Il n'y a aucune nouvelle de celle de mer depuis son départ^ quoiqu'il soit arrivé ces derniers jours un vaisseau du Sund, et les vents ont été depuis quelque temps si contraires qu'elle ne peut y être arrivée à moins puisqu'elle ne s'est pas prévalue du beau temps qu'il a fait la semaine passée.

2» Jf . de Bordeaux au cardinal JUaxarin.

LomItm, 14 «TrU 1659.

(Voir le n« XVIII.)

3» Jf. de Bordeaux à M. de Brienne.

Londm, tS «ml 16M.

(Voir Un* XXIII.)

M. de Bordeaux au cardinal Uazarin.

toadrtt, 1er nui 1659.

Monseigneur, Ma précédente lettre a représenté les affaires d'Angleterre en un état assez incertain, et il semblait alors que dans peu de jours l'on serait éclairé de la fin qu'elles devaient avoir; néanmoins je ne me trouve pas assez informé pour en parler positivement : il parait toujours de la division dans l'armée

et entre une partie des ofTiciers et M. le Protecteur dont le Parlement continue d'appuyer les intérêts. Mais Tarrêté qu'il avait fait pour dissiper rassemblée des offîciers se trouve éludé par les difficultés que fait la Chambre nouvelle de donner son consentement à ces défenses ; il n'y a pas même d'apparence qu'elle les autorise^ et quand l'acte lui fut présenté^ il ne passa que d'une voix à le lire^ partie du corps voulant le rejeter sans l'examiner. Cependant les officiers^ le major-général Desborough portant la parole^ allèrent hier témoignera M. le Protecteur que leurs assemblées ne portant point de préjudice à son intérêt particulier ni à celui du public, ils croyaient les pouvoir continuer^ et l'après-dîner ils se rendirent chez le lieutenant-général Fleetwood sans traiter d'aucune affaire ; il les renvoya en leur disant que pour lors il n'y avait rien à faire ni aussi à craindre : chacun ne laisse pas de se tenir sur ses gardes^ et l'on veut que M. le Protecteur ait encore été averti d'un dessein sur sa personne, que les Trembleurs et autres sectaires sont prêts de se joindre à l'armée si elle se soulève, qu'une grande partie des officiers a signé un écrit tendant à l'union^ et que même quelques colonels de la milice de Londres ont été assurer le sieur Fleetwood qu'ils étaient résolus de courir la même fortune que Tarmée pour maintenir la vieille cause. D'autre côté, le Conseil de la ville se déclare pour M. le Protecteur et le Parlement, sans que néanmoins les uns et les autres viennent à une manifeste rupture ; ils ont tous tant d'intérêt à demeurer unis, étant enrichis des dépouilles du Roi et du clergé, que difficilement se porteront-ils aux extrémités, et le parti qui «tiendra le plus ferme attirera l'autre dans son sentiment. Jusques ici M. le Protecteur a parlé avec fierté, et ayant le Parlement, la ville et une partie de l'armée bien intentionnés, il ne semble pas courir grand danger. Celui même où Ton le croit exposé est capable de contribuer à son affermissement et de tirer du Parlement des résolutions qu'il n'aurait pas prises dans une autre conjoncture pour se prévaloir de la présente. La question de la milice a été mise

HISTORIQUES. att

sur le UpÊs, et ce corps s'est rassemble cet après-dîner pour la décider : 3 s'agit de saToir si la milice dépendra de loi seul dans nnterralle des Parlements, ou de lui et dn Conseil qui lui sera donné. A moins que les inclinations du Pariement changent^ cette matière ne sera pas si longtemps en débat que fut Fétablissement de la nouTelie Chambre^ et si la décision est en sa faTeur, il aura gagné sa cause contre Farmée. le ne laisse pas d'être persuadé qu'il s'acconunodera aux désirs des chefs^ et préférera ce parti à celui de se remettre entre les mains du Parlement^ composé de gens peu solides qui l'abandonneraient dans le besoin, dont quelquesuns ne sont de son côté qu'autant qu'ils croient que leur dessein de rappeler le Roi le permet ; les plus éclairés d'ici sont dans ce même sentiment^ et il ne semble pas que l'on puisse juger autrement des dispositions où TAngleterre se trouve. Ces embarras domestiques n'ont pas empêché de songer au dehors, et le secrétaire d'État me vint hier au soir communiquer le projet d'un traité entre la France, TAngleterre et les États-Généraui pour l'avancement de la paix du Nord, me conviant de l'examiner et de lui faire savoir ce matin mon sentiment, avec offre d'ajouter ou diminuer ce qui me semblerait à propos ; il me pria aussi d'écrire à M. de Thou en conformité de ce dont nous serions demeurés d'accord ici, afin qu'il ne fît pas difficulté d'en conveinr avec M. Downing, à La Haye, où il serait dépéché un exprès qui porterait ma dépêche; j'ai satisfait au désir dudit sieur secrétaire, n'ayant rien trouvé dans les articles, dont j'ai envoyé une copie à M. le comte de Brienne, qui ne soit conforme aux intentions du roi et au traité de garantie que j'ai signé, et duquel les ministres de Son Altesse rejetèrent les mêmes articles qu'ils proposent aujourd'hui : elle pouvait avoir en ce temps d'autres visées, mais maintenant il y a lieu de croire qu'elle ne songe qu'à la paix. J'ai témoigné audit sieur secrétaire que la France ne souhaitait pas avec moins de chaleur la paix de Pologne ni ne la croyait moins nécessaire pour l'intérêt commun, et il m'a promis que l'amiral Montagne

aurait ordre d'en faire instances très-pressantes auprès du roi de Suède; s'il y avait quelque autre précaution à prendre pour Tavancement de la paix de ces questions^ j'en pourrai être averti et faire donner ici des ordres assez à temps, M. de Thou faisant quelque scrupule de signer sans un pouvoir exprès : ledit sieur secrétaire d'État me demanda ensuite des nouvelles de la paix^ se plaignant de n'avoir point reçu de lettres de M. Lockhart par la poste, mais bien de Flandre et d'autres endroits d'où l'on écrivait qu'elle était conclue et que nous restituerions toutes les places de Flandre, même Gravelines ; je lui avouai que les lettres particulières en parlaient fort positivement^ mais que la bonne foi avec laquelle le roi agissait ne permettait pas qu'il vînt à une dernière conclusion devant que l'intérêt de ses alliés fût réglé ; qu'à la vérité. Sa Majesté et toute la France souhaitaient fort la iin de la guerre, et que pour jouir de ce bonheur elle ne plaindrait pas quelques places, pourvu que le Roussillon lui demeurât. Je pris sur ce sujet occasion de lui dire que sans doute M. le Protecteur ne s'attacherait pas aussi à la conservation de tout ce qu'il a acquis dans la guerre; il me témoigna que, bien loin de rien abandonner, il fallait que Ton lui donnât de quoi entretenir Dunkerque, qui serait autre-* ment trop à charge à l'Angleterre. Ce discours me donna lieu de proposer la vente de la place comme le plus sûr moyen à éviter la difiiculté qu'une prétention si extraordinaire produirait. Ledit sieur secrétaire d'État ne me rendit aucune réponse sérieuse, et seulement me confirma que M. Lockhart avait ordre très-exprès d'entrer en traité et de se prêter à des termes raisonnables ; il me laissa aussi a\]er que l'on appréhendait que les troupes débandées ne passassent en Angleterre; je lui avouai que, si elles n'étaient point séparées de la terre par un canal si large, ce danger serait à craindre, mais qu'une flotte nécessaire pour le transport d'une armée ne pouvant être équipée sans de grandes dépenses ni sans le consentement de la France ou de l'Espagne, si elles étaient en paix avec l'Angleterre, un tel armement ne serait pas souf&rt, et

HîStomQU£S. 366

que même pour plus de sûreté il pourrait y être pourvu par le traité de paix : cette ouverture fut bien reçue. Ledit sieur secrétaire demeura aussi d'accord de celle que je lui fis de publier le traité qui doit être signé à La Haye^ pour faire connaître à tout le monde que nous ne songions qu'à la réconciliation des États du Nord ; je lui renouvelai^ en nous séparant, les offres de Tassistance du roi si elle était nécessaire pour l'affermissement de ce régime dans la présente conjoncture ; ledit sieur secrétaire m'en remercia en termes géné«raux, sans entrer en matière ni sans me témoigner^ conmie il avait fait autrefois^ aucune espérance d'une heureuse fin des mouvements qui paraissent^ bien que son air et son entretien fussent plus riants qu'à son ordinaire, ce qui me laissa quasi persuadé qu'avec beaucoup de fondement l'on le publie être d'intelligence avec les sieurs Fleetwood et Desborougb. J'apprends, en finissant^ que le Parlement n'a encore rien résolu^ et qu'il est arrivé nouvelle que la flotte est entrée dans le Sund.

i^ U. de Bardeaux au eardiml Mazarin.

Londres, 1er mai 1859.

(Voir le n« XXV.)

2o Le même au mime.

Londres, 5 mai 1659.

Monseigneur, Si mes dernières n'ont point été retenues en Angleterre^ elles auront préparé Votre Éminence à recevoir sans surprise les nouvelles de ce qui s'y est passé depuis le premier de ce mois ; il est vrai que le mal ne paraissait pas si présent et que l'on espérait encore ce même jour de trouver quelque voie d'accommodement ; mais les chefs de l'armée se voyant amusés par des négociations, tandis que les amis de M. le Pro-

a06 DOCUMENTS

lecteur pressaient le Parlement à prendre des résolutions tendant à son établissement et à leur ruine^ ils jugèrent à propos de pourvoir à leur sûreté et de faire par force ce qu'ils ne pouTaient obtenir de bonne grftce. A cet effet, jeudi , sur le minuit, ils mirent les troupes sous les armes ès-enyirons de Wbiteball, et les principaux d'entre eux s'étant rendus dans Saint-James, sans voidoir admettre dans leur Conseil ceux qui étaient reconnus bien intentionnés pour la cour, ils envoyèrent le major-général Desborough avec une douzaine d'ofGciers demander à M. le Protecteur qu'il eût à rompre luimême le Parlement dès le lendemaîn.Ces députés le trouvèrent avec quelque peu d'officiers de ses amis et déjà informé de la résolution prise par le Conseil de guerre, mais aussi déchu de la confiance qu'il avait eue en* quelques régiments, dont les officiers subalternes abandonnèrent leurs colonels pour suivre les autres corps, jusque-là même qu'une compagnie de cavalerie refusa de suivre son capitaine qui la menait à Whitehall : quoique M. le Protecteur fût averti de cette aliénation générale, et qu'à peine ses amis avaient pu trouver deux cents hommes dans toutes les troupes disposés à les suivre, il ne laissa pas de témoigner de la fermeté et de déclarer qu'il souffrirait toute sorte de violence plutôt que d'accorder la demande qui lui était faite. Ce refus obligea ledit sieur Desborough de venir aux menaces et de lui faire connaître qu'il n'était pas en état non pas même de différer d'une heure la résolution que l'armée avait prise, lui laissant néanmoins la liberté, s'il ne voulait pas aller en personne dissoudre le Parlement, d'en donner la commission à quelqu'un de son Conseil ', Son Altesse voyant une nécessité inévitable, et ceux qui étaient auprès de lui étant entrés dans le sentiment de se soumettre à la force, après avoir donné quelque mai^que de son déplaisir et de sa répugnance, promit ce qu'il ne pouvait refuser : ledit sieur Desborough et les autres députés se retirèrent sur cette parole , et allèrent attendre l'exécution dans une maison proche, où le secrétaire d'État leur porta, sur les deux à trois heures du matin, les ordres

adresses au garde du sceau. Dans cet entre-temps^ quelques compagnies de cayalerie et d^infanterie entrèrent dans la cour de Whitehall et s'y comportèrent assez licencieusement^ surtout dans les caves^ et il y eut aussi force allées et i^enues^ et Ton veut qu'il fut convenu de ne point détruire entièrement M. le Protecteur^ mais de le laisser gouverner avec le Conseil qui lui sera donnée sans néanmoins qu'il se mêle de Tarmée, qui demeura totit le deuxième dans les places de Londres^ et proche de Whitehall, vis-à-vis d'où il y avait^un corps-degarde qui arrêta quelques officiers et soldats réputés être du parti de la cour, qui voulaient y entrer. Ce grand mouvement n'empêcha pas que les memhres du Parlement ne se rendissent à l'heure accoutumée dans Westminster. Aussi lorsqu'ils furent assis, le premier garde des sceaux, président de la nouvelle Chamhre, y déclara l'intention de Son Altesse, et il fut résolu d'appeler les Communes pour leur faire la lecture des lettres du grand sceau portant la dissolution du Parlement. Mais ce message leur étant envoyé par l'huissier à la verge noire, comme il avait été ci-devant arrêté de ne recevoir aucune parole de cette chambre que par quelqu'un des membres, que d'ailleurs le sujet de l'invitation était peu agréable, après un débat de deux heures, il fut résolu de n'en prendre point de connaissance, et pour empêcher que par quelque autre voie Tordre de la dissolution ne fût notifié, ils remirent l'assemblée à cejourd'hui , et se séparèrent sur l'heure} dans cette délibération, la violence des officiers de l'armée fut fort détestée; quelques-uns proposèrent de les déclarer tous traîtres, d'autres de demander l'union de la ville de Londres et de s'y assembler. Les presbytériens, entre autres, parurent fort animés, et le général Fairfax fit le mauvais; quelques républicains en affectèrent aussi du mécontentement : néanmoins il ne fut rien conclu, beaucoup de députés souhaitant et ayant sous main fomenté la dissolution du Parlement pour le voir trop aveuglement attaché à l'intérêt de M. le Protecteur. Aussitôt que les Communes furent levées, les gardes des sceaux allèrent dans leur

Chambre et y firent la lecture de la commission de Son AHesse^ présupposant qu'il suffisait de déclarer sa volonté dans le lieu de leur séance. Le reste de ce jour il ne se passa rien de remarquable, si ce n'est que M. Fleetii?ood allavoir H. le Protecteur qui le reçut d abord fort mal, et ne laissa pas d'entrer après en particulier où ils demeurèrent quelque temps. Le 3* de ce mois, il se tint un grand Conseil d'officiers, où il fîit principalement parlé des moyens de trouver de l'argent pour satisfaire les troupes, et établir un comité de dix d'entre eux pour aviser aux affaires les plus pressantes. 11 fut ce même jour imprimé une proclamation de la dissolution du Parlement que M. le Protecteur déclara avoir faite pour des considérations importantes, sans dire que ce soit par l'avis de son Conseil. Une grande partie des députés n'a pas laissé ce matin de se rendre à Westminster, où ayant trouvé quelque cavalerie en garde et la Chambre du Parlement fermée, ils se sont contentés de frapper à la porte et de témoigner leur mécontentement. 11 a été aussi publié un commandement à tous les royalistes et catholiques de sortir de Londres, sous prétexte que les uns et les autres cabalent ici pour le roi. La ville de Londres n'a pas été de son côté sans quelque action : le maire et quelques colonels de la milice qui avaient, peu de jours auparavant, fait prendre dans leur Conseil de guerre la résolution de s'unir à l'armée pour le maintien de la vieille cause, se sont rassemblés, et afin de se conformer entièrement à cette première déclaration, ils ont depuis cassé quelques officiers d'entre eux dont les principes étaient différents ; aussi jusqu'à présent il ne parait aucune opposition à l'autorité des chefs de l'armée. Ce n'est pas que le corps de la ville, composé des presbytériens, n'y soit contraire, et principalement les ministres qui jugent bien que leurs décimes sont en danger si le gouvernement tombait entre les mains des anabaptistes et autres sectaires dont le lieutenant-général Fleetwood est réputé le protecteur; aussi se dit-il que quelquesuns d'entre eux avaient offert à M. le Protecteur de faire soulever la ville en sa faveur s'il voulait s'y retirer, et qu'il

se serait prévalu de cette honne volonté si son Conseil ne l'en avait détourné; d'où Ton infère qu'il était d'intelligence avec l'armée. Je ne puis pas parler si certainement de ce qui arrivera que du passé ^ ni quelle sera la forme nouvelle du gouvernement. Beaucoup sont persuadés que M. le Protec* tear demeurera dans sa place au moins quelque temps, que les sieurs Fleetv^ood et Desborough auront toute l'autorité, que le Conseil continuera d'agir^ qu'il s'appellera un autre Parlement mieux intentionné pour le bien public. D'autres croieut qu'enfin la république se rétablira^ la plus grande part des officiers inférieurs de l'armée souhaitant cette forme de gouvernement, que même ils ont déjà jalousie de leur chef pour le croire dans d'autres inclinations, et qu'ils ont nommé des agitateurs, suivant l'exemple du passé, pour la conservation de leurs intérêts. L'on veut aussi que le major-général I^ambert et quelques autres officiers cassés par le défunt Protecteur, prétendent d'être rétablis dans leurs charges, et qu'ayant une partie de l'armée qui les appuie la division se pourra bien mettre entre eux ; que le manquement d'argent est capable de causer le même désordre ; que sans un Parlement, le fonds nécessaire pour payer les arrérages dus à Tarmée ne se peut trouver ; il faudra rappeler le vieux, n'y ayant pas lieu d'espérer qu'aucun autre en accorde. Quelques-uns aussi appréhendent que les troupes d'Ecosse et d'Irlande désapprouvent l'entreprise de celles d'Angleterre, et que mylord Jlenry et le général Monk fomentent de la division. L'on sait d'ailleurs que l'amiral Montagne est parti bien intentionné pour M. le Protecteur, et il est vraisemblable que la noblesse et le peuple se déclareraient contre l'armée, soit en faveur du roi dont l'on affecte le retour, soit en faveur de M. le Protecteur, s'ils voyaient le moindre corps appuyer l'un ou l'autre intérêt. Ce sont les réflexions qui se font sur ce changement arrivé qui tient les esprits en suspens, et dont les plus éclairés de tous les partis ne savent quelles seront les suites. Il ne laisse pas de me paraître que M. le Prolecteur conservera son titre sans aucun pouvoir, que le Conseil de T. n. 24

fînsr ÊtctcUAt dXui la néceHÎiê d'usé co«rle et <|Yi'oae plus VjUz^Èt doctnenît à l'Cspaçne fsisiUze ifaceabUr k Portu^ii, de Kul^er U FUndie et de se nettie en éUI de refuser les coodiikriis qu'elle ollrah aDJonrd'iin. Je relevai ses plantes, et le (aisant reasooTenîrde la coodoîte qui l'était teniie depuis rarrivée da dit sieur Pîmeolel à la cour, je loi reprochai âTilement que nous aToos agi avec plus de frtncbise et d'ingénoité que KAngletene, dont le régime n'avait jamais voulo déclarer ses intentions ; qo'anjoordliiiî même M* Lockhart^ quoiqu'il professât d'avoir on pouvoir de traiter^ agissait de telle manière que Ton ne pouvait pas croire qu'il eût ordre de conclure, et que ces retardements obligeaient en partie Sa Majesté de condescendre à une trêve qui ne pouvait élre d'aucun préjudice à l'intérêt de l'Angleterre, soit qu'il voulût la paix ou la guerre, surtout dans la présente conjoncture, étant à présumer quVlle n'était pas en condition de faire de grandes conquêtes sur l'Espagne, et que M« le Protecteur et le Conseil d'État avaient trop d'affaires domestiques pour s'appliquer avec liberté à celles du dehors devant que les présents démêlés soient apaisés, ce que nous ne pouvions pas attendre sans grand inconvénient, à moins d'une suspension qui laisse toutes choses au même état où elles sont. Je l'ai ensuite assuré que, quand les conditions d'entre la France et l'Angleterre seraient accordées, dont je n'avais aucun avis certain, si nos alliés ne pouvaient obtenir la paix à des termes raisonnables, nous ne les abandonnerions pas \ qu'ainsi en quelque état que fût notre traité, il ne leur devait pas donner de jalousie, et qu'au reste M. Lockhart ne pouvait avec fondement écrire que nous n'approuvions pas qu'il traitât séparément, étant certain que l'alternative lui avait été proposée, comme je lui justifiai par l'article de la lettre de Votre Excellence qui en fait mention, et enfin, après un asses long discours qu'il serait inutile de rapporter, je prassai ledit sieur secrétaire de tirer le Roi de l'embarras où il Mirait si) ayant une trêve en Flandre, les Espagnols attaquaient Dunkerque ou faisaient quelque entreprise sur FAn-

gleterrC; il parut persuadé de mes raisons et promit que^ dès le soirmême^ il me serait donné quelque réponse précise, sans que j'aie depuis eu de ses nouvelles. Devant que de quitter cette matière^ pour découvrir ses sentiments sur le voyage du père Talbot, je lui dis^ par manière de raillerie, que j'avais cru le trouver plus disposé à la trêve , ledit père s'étant vanté à quelques-uns de ses amis de l'avoir convaincu que la paix était nécessaire à l'Angleterre ; il me désavoua d'avoir jamais entendu de lui aucune proposition de cette nature^ me protesta encore que M. le Protecteur d'aujourd'hui n'avait eu la pensée de traiter avec l'Espagne si ce n'est depuis que la France l'a désiré^ et que^ si l'on avait donné des avis contraires^ c'était à dessein d'exciter de la défiance entre les deux nations. Je passai après aux affaires du Nord^ et^ suivant le désir de l'ambassadeur de Hollande^ proposai que l'article du traité qui se doit signer à La Haye concernant la réconciliation des Provinces-Unies avec le Roi de Suède fût conçu aux termes que MM. les États Généraux souhaitent; il me dit que le Conseil ne l'avait trouvé à pro*pos^ et m'ayant fait voir qu'ils demandaient que non-seulement nous les réconciliassions, mais qu'il fût aussi expressément porté que la flotte d'Angleterre abandonnerait ce prince s'il ne ratifiait le traité d'Elbing avec toutes les dilucidations que les États Généraux y ont ajoutées^ et que la France et l'Angleterre demeurassent garantes de l'exécution, je ne jugeai pas non plus que lui de la bienséance d'entrer dans ce détail, et ainsi nous demeurâmes d'accord qu'il serait seulement envoyé des ordres aux ministres de France et d'Angleterre résidents près le Roi de Suède, de favoriser par leur entremise l'accommodement desdites Provinces-Unies à des conditions dont elles aient sujet d'être satisfaites, et dépasser semblables offices avec autant de chaleur pour la Pologne et le Brandebourg. Ledit sieur secrétaire d'État me confirma que les dernières nouvelles qui lui ont été écrites de Zélande représentaient le Roi de Suède fort mécontent de ce qu'on voulait l'obliger à tenir le traité de Roskield; que néanmoins

M. le Protecteur persistait dans les sentiments qa'îl a déjà déclarés; et pour en donner encore une marque certaine^ il me remit en main la ratification du dernier traité dont l'échange avec celle du Roi avait été différée jusques à cette heure. Je finis ma visite par les mêmes offres et démonstrations d'amitié que j'avais déjà fait porter audit sieur secrétaire, le priant d'assurer M. le Protecteur que le roi n'épargnerait rien pour sa conservation. Ledit sieur secrétaire reçut ces civilités avec force remerciements, se chargea de les rapporter à Son Altesse^ et me voulut faire croire qu'il y avait apparence de réconciliation^ l'armée s'étant satisfaite par la dissolution du Parlement qu'il blâma d'avoir agi avec un peu trop de dureté à l'égard des officiers. Il est néanmoins trèsconstant que dans ce même temps les chefs avaient résolu la convocation du Long Parlement, et que la déclaration s'en imprimait ', l'on veut qu'elle ait depuis été retirée et qu'il se fasse un nouveau projet de gouvernement dans lequel M. le Protecteur aura part en qualité de chef d'un Conseil qui sera composé en partie de ces sectaires de la cinquième monarchie^ afin de contenter tous les partis ; mais il n'y a encore rien de bien certain, si ce n'est que les officiers cassés par le défunt Protecteur ont été établis dans les charges de ceux qui avaient paru ennemis de la République, en faveur de laquelle il se publie tous les jours force manifestes et déclarations adressés à l'armée d'ailleurs assez portée à suivre ses anciens principes ; et bien que les chefs qu'ils ont aient d'autres visées et veuillent maintenir la division, il leur sera néanmoins bien difficile de réussir dans leurs desseins pour avoir perdu tout crédit parmi les troupes. Le général Lambert est plus suivi qu'eux. Les sentiments des troupes d'Ecosse et d'Irlande décideront la question. 11 s'en parle toujours avec incertitude et l'on ne peut encore en avoir reçu des nouvelles, quoiqu'il ait ces derniers jours couru un bruit que le mi lord Henry était dans la même condition que M. le Protecteur, c'est-à-dire en une manière d'arrêt. Les royalistes sont cependant pleins de grandes espérances^ et il est vrai que peu d'as-

sistance serait capable de les mettre en bonne posture. Quelques-uns d'entre eux se flattent que M. le Protecteur et ceux de son parti ne sont pas éloignés de se joindre à eux^ et les républicains^ poui^ le rendre odieux> Taccusent d'avoir depuis peu traité avec le sieur Massey, ce qui n'est pas vraisemblable. Il y a plus de sujet de croire que, devant la fin de la semaine, le gouvernement sera établi, crainte que, la faiblesse de Tarmée, qui n'est que de sept à huit mille hommes, étant reconnue, les mécoutents ne se prévalussent de la confusion et que les factions ne se formassent. Si le Long Parlement rentrait en autorité, il ne différerait pas longtemps l'accommodement avec l'Espagne. Personne ne doute ici que celui de France ne soit signé, ni du mariage du Roi avec l'Infante ; si les avis qui en sont donnés de toutes parts sont bien fondés, j'espère que Votre Ëminence considérera qu'étant destiné chancelier de la Reine et l'usage voulant que des personnes de ma profession soient employées dans les négociations de cette qualité, j'ai un titre de prétendre la préférence, et qu'il y a quelque justice, après tant d'années de service dans im climat froid, de m'approcher du soleil

Le secrétaire vient de me mander que Son Altesse ayant considéré les raisons que je lui avais dites dans ma dernière entrevue pour lui faire donner les mains à une suspension d'armes, quoiqu'elle eût été dans d'autres sentiments, avait pris la résolution de se conformer à ceux de Sa Majesté, et qu'à cet effet il était ordonné à M. Lockhart d^accepter la trêve, par la lettre qu'il m'a prié de lui faire tenir. Ledit sieur secrétaire m'a aussi mandé qu'il y avait espérance d'accommodement, et il est vrai que les officiers ne paraissent pas être d'accord entre eux-mêmes. J*ai aussi reçu du secrétaire d'Etat deux paquets qui viennent de Zélande et qui feront savoir l'état des affaires de ces quartiers.

i» Jf. de Bordeaux au cardinal Mazarin.

homArt», 5 mi 1659.

(Voir le n« XXVI.)

^ Le même au même.

Londr««, 11 mai 1659.

(Voir le n« XXVII.)

î^ M. de Bordeaux au cardinal Mazarin,

LondrM, IS mai 1659,

(Voir le no XXVII.)

2o Le même au même.

Londres, 15 mai 1659.

Je faisais savoir par ma dernière lettre que les officiers de Tannée n'étaient pas bien d'accord^ les uns voulant rappeler le Long Parlement et les autres établir un Conseil dont M. le Protecteur serait le chef. Après beaucoup de négociations entre eux et les principaux républicains^ il a enfin été arrêté d'avoir Fun et Tautre; la déclaration s'en dresse présentement et elle sera publiée cette semaine, s'il n'arrive encore quelque changement dans les dispositions d'aujourd'hui peu favorables à M. le Protecteur, cette assemblée étant composée des vieux républicains qui ont détruit la royauté; l'on a jugé à propos de les faire rasseoir afin d'avoir un corps qui^ ayant nom de Parlement, pût faire des lois et des levées d'argent; mais ce sera en effet ce Conseil qui dirigera toutes les affaires ^ il sera composé des chefs de l'armée, entre lesquels

le général major Lambert a maintenant la vogue, et des {^us signalés républicains dont le chevalier Yane est réputé le chef; ces deux auront grande autorité, et il ne paraît rien en Angleterre ni en Ecosse qui la doive contester. Le général Monk avait, par sa première réponse, demandé Tinterprétation de cette vieille cause devant que de s'expliquer; mais il a depuis, par un exprès, déclaré qu'il ne se détacherait point de rintérêt de l'armée. Quelques gouverneurs des places d'Angleterre, entre autres celui de Hull que l'on croyait fort fidèle à M. le Protecteur, ont pris le même parti. Et quant aux troupes d'Irlande, quoiqu'il n'en soit point encore arriva de nouvelles, l'on ne s'en met point en peine; elles ont tant d'intérêt à conserver ce pays où sont tous leurs biens, que difQcilement se pourraient-elles résoudre de le laisser à la merci des habitants du pays pour venir faire la guerre en Angleterre. Ainsi tout se passera sans effusion de sang, quoiqu'il y ait force mécontents et que les presbytériens soient extrêmement contraires à ceux qui entrent en pouvoir ; aussi sont-ils fort disposés à prendre leurs dîmes pour en payer l'armée et à laisser la liberté de conscience. Le prochain ordinaire portera sans doute les particularités de ce nouveau établissement sur lequel il se travaille.

3» Le même au même.

Londres, 26 naii659.

Je n'avais pas douté que les agitations de l'Angleterre ne dussent causer de l'impatience d'en apprendre les suites; aussi n'ai-je pas laissé passer aucun ordinaire sans les écrire avec toutes les particularités qui méritaient quelque réflexion. Ma dernière lettre faisait savoir que le Parlement délibérait sur rétablissement des officiers de l'armée; devant que la résolution finale fût prise, le sieur Lambert, accompagné de 18 autres colonels, a présenté au Parlement les articles que j'ai déjà envoyés et qui avaient été projetés devant la

sëancc de ce corps^ dont une partie a paru prendre en mauvaise part cette adresse qui prescrit la forme du gouvernement ; pour l'adoucir, il se répand que Tarmée ne prétend point imposer une nécessité de suivre ce modèle, et que même elle ne désire pas que tous lesdits articles soient approuvés, entre autres celui qui regarde la pension de M. le Protecteur; mais que, par bienséance, elle n'a pu s'empêcher de donner quelque marque d'estime à la mémoire du défunt, et qu'il a fallu aussi, pour ne point passer tout d'un coup d*une extrémité à l'autre, proposer un gouvernement approchant de celui qui a été détruit, et que cette visée a fait demander un Conseil pour coopérer avec le Parlement ; il avait même été résolu d'établir l'un en rappelant l'autre; mais le sieur Yane et trois autres des plus signalés républicains, dans une conférence qu'ils eurent avec les chefs de l'armé^, les persuadèrent de s'en remettre au Parlement peu disposé à former ce sénat qu'il faudrait composer d'officiers de l'armée d'ailleurs assez autorisés; il a été trouvé plus à propos de faire un Conseil d'État de trente et un membres, dont vingt et ua seront pris du Parlement et les dix autres du dehors. Le choix de la plupart se fit le dernier jour de la semaine passée et s'est achevé ce matin; il a aussi été arrêté que sept de ce Conseil, dont le sieur Fleetwood serait le chef, présenteront tous les officiers de l'armée, et qu*ils prendront nouvelle conmiission du Parle* ment bien résolu de borner si fort le pouvoir, tant du commandant en chef que des autres principaux officiers, qu'ils ne puissent jamais disposer des subalternes fort caressés dans la présente conjoncture. Il se parle même de changer tous les ans de général; mais par les articles que l'armée a présentés, elle reconnaît ledit sieur Fleetwood sans aucune limitation de temps, et difficilement se pourra-t-on dispenser de lui accorder une commission conforme. Il n'a point encore été pourvu aux offices de justice. L'aversion est si grande contre ceux qui ont été en charge sous le Protecteur que, quelque excuse et justification qu'ils aient pu alléguer, et quoique la plupart d'entre eux soient assis dans le Parlement, ils seront dépossé-

dés, et ce matin l'orateur du Parlement a fait la fonction de chancelier par provision, ce qui a empêché le Parlement de s'asseoir cejourd'hui que peu de temps; il s'est levé après avoir résolu de payer les arrérages dus aux armées de terre et de mer, et après avoir ordonné au Comité d'envoyer au fils aîné du dernier Protecteur lui demander l'état des dettes de défunt son père et des siennes, comme aussi son sentiment à l'égard du présent gouvernement. Cette dernière question semble être faite pour avoir un titre de lui refuser sa pension s'il ne se soumet, et il pourra bien en être détourné par les nouvelles arrivées depuis vingt-quatre heures d'Irlande ; elles portent que le milord Henry, nonobstant sa déclaration, s'est fortifié dans Dublin de deux régiments à sa dévotion, qu'il a trouvé le moyen de donner de l'argent auxdites troupes et tiré parole des chefs qu'ils ne recevront ordre que de lui ou de M. le Protecteur, et que les gouverneurs des principales places s'y sont retirés avec ferme résolution de ne point reconnaître aucune autre autorité. Ces avis remplissent tous les mécontents d'espérance d'une guerre civile. Les royalistes se persuadent que cette division favorisera le retour du roi, le milord Henry n'étant pas capable de se maintenir sans quelque autre puissance, et n'y en ayant point sur laquelle il puisse mieux trouver son compte que celle du prince légitime. Les parle* mentaires ne paraissent pas néanmoins fort alarmés, et se flattent que les troupes d'Irlande suivront l'exemple de celles d'Angleterre lorsqu'elles verront le gouvernement établi et le Protecteur hors d'état de se prévaloir de leur bonne volonté; ils témoignent aussi être pei*suadés que ces mêmes troupes ne s'accommoderont pas avec le roi d'Ecosse, n'en pouvant tirer autre avantage que la confirmation des acquisitions qu'elles ont faites en Irlande, dont la jouissance leur sera plus assurée en se soumettant au Parlement, qui projette déjà des réformations dans la justice. L'armée même semble n'en être pas exempte, bien que la puissance soit entre ses mains et que, si elle avait retiré sa protection, le Parlement ne subsisterait pas un moment, quoique le Conseil de la ville de Londres ait

résolu^ sur la proposition du maire, de le reconnaître. C'est, Monseigneur^ Fétat présent des affaires d'Angleterre ; j'y dois ajouter, pour répondre à la lettre que Votre Éminence m*a fait ilionneur de m'écrire le 21 du courant, qu'il m'avait toujours paru que le roi verrait avec regret l'établissement d'une république en Angleterre, et qu'ayant, dans ces derniers temps, reconnu que l'armée inclinait à ce gouvernement, j'ai souvent renouvelé les offres de l'assistance du roi, croyant que M. le Protecteur, y prenant confiance, se porterait à quelque résolution hardie. Mais soit que le cœur lui ait manqué, comme beaucoup le croient, ou que ses amis n'aient pas voulu s'exposer aux événements d'une guerre civile, il ne m'a jamais été répondu qu'en termes généraux ; et au lieu de m'avouer le danger, le secrétaire d'État, la veille même que le Long Parlement fut rappelé, me manda qu'il y avait grande espérance d'accommodement avec l'armée. Lorsque depuis jç lui ai continué les assurances de la bonne volonté du roi, il s'est contenté de m'en remercier et m'a même offert ses offices auprès du nouveau régime. Après un si grand abattement et l'abandonnement dans lequel se trouvait M. le Protecteur, et d'ailleurs sa réputation étant telle qu'il n'est pas à croire qu'aucun homme veuille hasarder pour lui sa vie et son bien, je ne vois pas avec quel succès la France peut entreprendre sa défense. Il est vrai que présentement l'armée d'Irlande témoigne être disposée à suivre son frère, que l'inclination de la fiotte est encore douteuse et que les mécontents d'Angleterre sont en grand nombre. J'avoue aussi que, suivant la voix publique, le présent régime n'a pas encore un solide fondement, que l'armée n'est pas satisfaite de sa conduite, que les petits officiers se défient des chefs, que les presbytériens professent de se ranger du côté de quiconque se déclarera contre le Parlement, et que ces confusions laissent croire qu'il n'y a rien de si facile que la conquête d'Angleterre; plusieurs même m'ont insinué que c'était une belle conjoncture pour la France si elle voulait employer ses troupes pour son compte ou en faveur du roi d'Angleterre ; mais il faut attendre une déclaration plus

expresse des troupes d'Irlande devant que de former des desseins sur leur mécontentement, et il est à craindre que quand elles verront le Parlement agir sans opposition, et les armées d'Angleterre et d'Ecosse portées d'un même esprit, tous les officiers subalternes ne suivent leur exemple et n'arrêtent le milord Henry. Il est aussi fort incertain que le général Montague dispose de la flotte; son vice-amiral^ plus connu et plus accrédité parmi les matelots, est un grand républicain, outre que, sans un grand fonds que la France ou l'Espagne seules peuvent fournir, elle ne peut se tenir en mer. Pour ce qui est des mécontents d'Angleterre^ les plus éclairés de la nation sont aussi bien que moi persuadés qu'ils ne sont plus capables d'y exciter le moindre soulèvement, et que quand une armée étrangère y viendrait prendre terre, les uns attendraient l'événement comme ils firent lorsque le roi d'Angleterre entra avec les Écossais en 4650, et que tes autres, par l'aversion qu'ils ont contre les étrangers, surtout contre les Français, se réuniraient pour s'opposer à nos progrès, encore que nous embrassassions le parti du roi. Ces considérations me persuadent qu'il n'y a présentement rien de solide à faire en faveur du Protecteur qu'à fomenter les divisions d'Irlande et fournir de quoi entretenir les troupes si elles ne se détachent point de ses intérêts; et après qu'elles se seront, par une rupture ouverte, engagées contre la République, s'il ne paraît en Angleterre aucunes forces qui les appuient, et si le roi aime encore mieux favoriser le rétablissement de celui d'Ecosse que de voir l'Angleterre sous une république, il faudra porter le Protecteur à s'accommoder avec ce prince, de quoi il ne s'éloignera pas s'il perd l'espérance de retour. Le milord Henry aura encore moins de peine à prendre ce parti, pouvant mieux y trouver son compte qu'avec le Parlement s'il est une fois entré en une guerre, et c'est aussi le plus grand obstacle qu'on puisse opposer contre la République dont les gouverneurs se réuniront, et, aux dépens de leur autorité, se résoudront à plaire au peuple s'ils voient leur établissement en quelque danger. Je chercherai des voies pour faire connaître à M. le

Protecteur les sentiments de Sa Majesté ; elles se trouYeront avec peine, n'y ayant plus ni des amis du défunt ^ ni de ses propresdomestiques ou officiers, que le sieur Fienncs ci-deyant garde des sceaux et le secrétaire Thurloe, qui n'aient pris place au Parlement, et fait une espèce d'amende honorable; ces deux - ci même n'auraient pas été plus constants que les autres si l'on les avait voulu recevoir à miséricorde^ et ils sont si bien dans leurs affaires que difficilement s'engageront-ils dans aucun parti ; le milord Faulconbridge s'est retiré à cent lieues d'ici et il ne reste personne auprès du Protecteur capable d'affaires, ni dont la fidélité soit à l'épreuve. Pour ce qui est de M. Lockhart^ l'on ne témoigne pas appréhender ses résolutions quand sa garnison serait en sa disposition; la vente de Dunkerque est considérée comme le plus grand mal qu'il puisse faire et elle se souffrirait sans chagrin; que s'il veut conserver la place, ce ne peut-être qu'aux dépens de l'Angleterre ; et en s'accommodant ainsi, quelque bonne volonté qu'il ait, les effets n'en sauraient être considérables, et l'argent qui lui a été donné ne servira guère au rélablissement de son maître. Il est même à craindre que l'on n'en ail ici quelque connaissance, les Anglais étant la plupart faux et les Angîer grands républicains; je croirais l'emploi des deniers du roi plus utiles auprès du milord Henry pour maintenir ses troupes dans la fidélité, n^ avant rien à espérer que de ce côté-là; à moins que le roi ne veuille, étant ea paix avec l'Espagne, entreprendre la conquête d*Angleterre, dont le r^îme est as»i disposé à prendre jalousie de la France, Pour féviler, il est nécessaire de m'an^oyer ordre de le reconnaitre. J'ai cependant £iit dire que sans doute cda ne serait pas difiéiéy et que même je ne laissnaîs, sll se présentait quelque occasion pressante, d'agir pour Fintêrét commun des deux nat»HB^ d^entrer en conférence cl de cioiivvDÎr de ce qui sttaît ji^ convenable à l'un et à Tautre. Le €«>mitê n^pooiît à uka aeoêtaire qne à je vu4ilaK> que cette offre fût po^:<^e au P&rieoKnt, «& devait être mke par écrit : je ne Ta: pas jc^ ecoxe Drâessiiie, et il i'iv:îr dit olIU: i^'nurche po«r diluer ia dHliaiye qne

Ton pourrait avoir de notre aversion contre le nouveau régime. L'ambassadeur de Hollande communiqua en même temps Ja résolution de ses supérieurs sur les affaires du Danemark ; et le sieur Downing ayant envoyé avant-hier par nu exprès le traité projeté ici , le Comité en donna aussitôt communication audit sieur ambassadeur et Tassura qu'il serait dépêché une frégate avec ordre au sieur de Montague pour agir en conformité } outre que les ministres d'État d'aujourd'hui ont publié être contraires à l'invasion de la Zélande^ Ton peut être ici bien aise d'avoir un si beau prétexte de tenir la flotte éloignée tandis que le gouvernement s'établit. Il ne me reste rien à ajouter touchant leurs délibérations et les dispositions qui m'y paraissent^ ni aucune autre nouvelle ^ si ce n'est qu'un vaisseau de Biscaye^ qui transportait trois à quatre cents Espagnols à Ostende^ a été pris dans la Manche^ qu'il est arrivé à Plymouth un ambassadeur extraordinaire de Portugal pour France^''que les lettres de Lubeck assurent la défaite de l'armée navale du roi de Suède proche l'île Dalsew. Cette disgrâce achèvera de le porter à la paix.

lo ^M. de Bordeaux au cardinal Mazarin.

Londres, 12 nui 1A59.

(Voir le no XXVII.)

ip Le même au méms.

Londres, 26 mai 1659.

(Voir le no XXIX.)

3o Le même au mimje.

Londres, 29. mai 1659.

Monseigneur , J'ai cru ne pouvoir mieux m'adresser qu'au sieur Thurloe pour satisfaire au contenu de la dernière lettre de Votre Émi*-

384 DOCUMJCKTS

nence , et ayant hier ménagé une entrevae avec lai à la campagne, je l'assurai que le roi n'épargnerait ni argent ni troupes pour rétablir M. le Protecteur, s'il y avait jour à y réussir ; que ses amis pouvaient prendre des mesures sur ce fondement^ et qu'aussitôt que je serais informé de leurs desseins je les ferais savoir avec tout le secret et la circonspection nécessaires ; qu'aussi de leur part j*attendais qu'ils en useraient de même et ne nous commettraient pas à offenser le présent régime mal à propos. Ledit sieur secrétaire, après une narration de la surprenante et extraordinaire disgrâce de son maître^ me dit qu'il lui communiquerait au plus tôt les offres du roi, et que dans deux jours je saurais s'il s'en peut prévaloir, demeurant d'accord que ce serait une entreprise qui tournerait à sa ruine entière et à celle de ses amis, et dont la France pourrait aussi recevoir dn préjudice si le succès en était mauvais. Pour reconnaître ce que l'on en pouvait espérer, je demandai audit sieur secrétaire l'état d'Irlande et les dispositions d'Angleterre ; il me parut persuadé que le milord Henry était absolu sur son armée, que les inclinations de celle d'Ecosse étaient douteuses et que les mécontente^ menls augmentaient tous les jours en Angleterre, les officiers ne trouvant pas dans le Parlement les facilités qu'ils s'étaient proposées et le peuple ne croyant pas la conduite du Parlement différente de celle qu'il tenait devant sa dissolution; que d'ailleurs toute la nation était bien affectionnée au Protecteur; qu'aussi rien ne manquait que de l'argent pour entretenir les uns dans leur bonne volonté et fomenter parmi les autres de la division ; que néanmoins il ne pouvait pas encore me parler bien positivement de l'avenir devant que d'avoir entretenu Son Altesse. Je ne le pressai pas aussi davantage^ et seulement lui fis-je connaître qu'il était à propos, dans une affaire de cette qualité, d'agir de concert avec toute confiance, d'ouvrir son cœur et de découvrir le mal comme le bien; que c'était la plus sûre voie de porter le roi à faire tous les efforts dont la France serait capable ; au lieu que s'il ne voyait pas un procédé correspondant à ses avances, il pourrait

prendre d'autres conseils et abandonner l'entreprise^ qui ne peut qu'être très-difficile et de grande dépense. Ledit sieur Thurloe protesta qu'il en serait usé aussi bien que nous pouvions souhaiter de la part de M. le Protecteur^ que son propre intérêt ne lui permettait pas de s'engager dans une guerre domestique à moins de voir grande apparence à une heureuse fin; il me récommanda même de ne le point nommer, et par tous ses discours témoigna tant d'appréhension des événements^ que sans doute il ne hasardera rien témérairement. Je lui demandai ensuite si M. Lockhart ne lui avait rien écrit en partant de Paris ; il me dit que son secrétaire était arrivé et lui avait donné une lettre en créance^ mais qu'il n'avait pu encore l'entretenir^ et même me demanda des nouvelles de la paix avec l'Espagne en des termes qui laissent croire qu'elle n'est pas jugée favorable à nos desseins présents, de quoi je tâchai de le désabuser^ après néanmoins quelques reproches de ce qu'il ne m'avait pas parlé sur ce sujet franchement lorsque nous pouvions éloigner le traité. Nous nous séparâmes sans plus longue conversation^ la remettant à un autre jour, et convenant de nous revoir avec telle circonspection que le présent régime n'en puisse prendre jalousie, ce qui ne manquerait pas d'arriver s'il se savait que nous eussions été deux fois ensemble. J'avais ce même jour fait dire au sieur Fiennes, ci-<[evant garde du sceau^ que je souhaitais de le visiter, le jugeant assez attaché au précédent gouvernement pour lui confier les sentiments de Sa Majesté; il se défendit de me recevoir, et dans l'entretien qui se lit avec mon secrétaire il parut sans espérance de retour, parlant du milord Henry comme s'il n'était pas capable de maintenir la division de l'armée d'Irlande; mais aussi ne croit-il pas que le Parlement s'accorde longtemps avec les officiers de guerre, les uns et les autres voulant s'attribuer l'autorité entière ; il est vrai que jusques à cette heure l'union n'a point été parfaite, les grands officiers prétendant l'établissement d'un sénat qu'ils composeraient d'eux-mêmes, les inférieurs inclinant à une république gouvernée par les T. I. â5

If* H iMExrs

Psuiements «osces^îfs, dans rinterraJ'ie desquels il y wmn. m OmstW d'État z\ec pi'*a^tir d'exérater leurs k^s cl statuts. Le Pariement est ausH assez puta^, quelques-uns étant Trais républicains et les autres nVn ayai.l que le n.*ai. Quant aux années éloignées, quoi que m'en ait dit le sîeur Tlinrioe, Monk et les autres officiers des troupes qu'ail commande ont écrit depuis peu une lettre au Parlement, pleine de soumission, et je ne vois pers«jnne qui doute qu'elle ne scii oonforme ) leurs inclinations, cette armée étant composée de tous les réciments que le défunt Protecteur sarait être portés à la république et quil éloignait exprès crainte d'en être trirersé dans ses desseins. M. Lockhart et sa garmsoa en ont écrit une semblable au Parlement dont son secrétaire a été porteur; elle est encore trouvée plus soumise que Fautre, et Von prétend qu'il n'a pas été en état d'en user autrement, n'étant pas le maître de ses troupes. Le sieur Thnrioe ne m'arait point fait part de cette déclaration qu^l pouTait savoir, encore qu'elle ne fut pas Tenue jusqu'à moi quand je le tîs, et Votre Éminence jugera si elle est conforme aux engagements dudit sieur Lockhart. H n'est point arrivé de nouTelles dirlande depuis celles que j'ai déjà écrites, et ïoa croît que les lettres deœquartier étant supprimées, les affiures n'y doiTenl pas aller suivant le désir du régime ; que néanmoins le milord Henrj ne tirent antre avantage de la boime Tolonté de ses troupes qu'un accommodement avantageux, n'ayant qu'environ douze miUe hommes dont la plus grande partie est nécessaire pour la conservation du pays ; si Ton lui dormait le moyen de les augmenter et de passer un corps en Angleterre, il y aurait lieu d'en attendre quelque chose de plus considérable, et les mécontents se réuniraient, surtout s'ils voyaient la France appuyer ce même parti ou celui du roi d'Ecosse; je n'oublierai pas , lorsque le sieur Thurloc me rendra réponse, devant que de rien engager, de faire tout devoir pour décoovrir si ses projets ont des fondements sohdes, et j'en puis cependant surseoir foute résolution. Je n'ai rien à écrire si ce n'est que ces derniers jours le Pariement s'est occupé à

chercher le moyen de payer les armées; que la vente de Whitehall et Somerset-House , maisons royales^ a été le premier qui se soit présenté; aussi a-t-elle été ordonnée; il s'est fait sur ce sujet quelques discours fort aigres contre le Protecteur défunt ; Ton a aussi entendu la requête d'accusation présentée contre Tun de ses plus affidés ministres^ quoiqu'il ait pris séance dans le Parlement. L'examination des articles de Tarmée a été remise à samedi. Il y a eu quelque mécontentement des soldats sur ce qu'il se faisait difficulté de payer une partie de leur solde qui avait été retranchée par le défunt Protecteur; ils furent aussitôt apaisés par l'assurance que l'on leur donna d'une entière satisfaction. 11 se dit que les subalternes officiers ont projeté une requête contre les chefs, entr'autres les sieurs Fleetwood et Desborough^ les accusant de vouloir maintenir la tyrannie. Le Conseil d'État ne s'est point encore assis^ et le comité a été continué pour le reste de la semaine. L'ordre que le Parlement lui avait donné d'envoyer à M. le Protecteur le qualifiait seulement de fils aine du dernier général des forces d'Angleterre; cette commission n'est pas encore exécutée. Ce même comité a nommé trois commissaires pour conférer sur le traité signé à La Haye avec l'ambassadeur de Hollande qui m'est venu ce matin faire des civilités de la part de ses supérieurs sur les soins ^ue j'avais pris ici pour l'avancement dudit traité, où il se trouve encore quelque clause de garantie mutuelle touchant le commerce et les impositions du Sund^ à laquelle il n'avait pas été jugé ici à propos de s'engager. Ledit sieur ambassadeur m'a aussi témoigné que les États Généraux prévoyaient une grande difficulté à porter le Roi de Danemark de traiter sans ses alliés; je suis demeuré d'accord que c'était un grand obstacle et que la France ne souhaitant pas moins l'accommodement de Pologne que celui de Danemark , le roi ne refuserait pas d'ordonner à son ambassadeur d'agir avec autant de chaleur pour l'un que pour l'autre, et que si le régime d'Angleterre voulait entrer dans de pareils sentiments et envoyer les mêmes ordres à l'amiral Montagne,

le roi de Suéde aurait peine à s'en défendre. C'est en effet le seul et assuré moyen d'empêcher la continuation de la guerre de Pologne^ étant fort vraisemblable que ce prince ne quittera la Zélande que pour poursuivre ses conquêtes en Prusse. Si le Parlement confère avec moi, je lui parlerai en ces termes. La nouvelle du combat des flottes de Hollande et de Suède se trouve fausse ; celle-ci s'est retirée, à rapproche de rautre, auprès des Anglais.

4» Le même au même.

hoÊàn», t juB 1659.

Monseigneur, Le silence du sieur Thurloe ne peut que surprendre Votre Éminence; il ne m'a point fait savoir de ses nouvelles depuis notre entrevue dont j'ai rendu compte, et je ne saurais attribuer cette conduite qu'à la crainte qu'il a de s'engager dajis une affaire dont l'événement soit douteux, n'étant pas à présumer que, s'il voyait jour au rétablissement de son maître, il refusât l'assistance du roi ; après lui avoir offert si positivement, il ne me reste rien à faire que d'attendre sa résolution. Je me trouve cependant assez en peine de satisfaire à l'ordre qui m'est réitéré, par la lettre de M. le comte de Brienne du 25*, de traverser l'établissement de la République, n'y ayant aucune apparence d'y réussir si ce n'est que M. le Protecteur eût un parti en Angleterre ou que ses amis se rangent du côté du roi d'Ecosse. Je suis averti, par une personne qui se pi*étend bien informée, que c'est leur résolution, n'y ayant rien à faire sans le nom du Protecteur, que l'on assure aussi être dans le même sentiment. Il est assez vraisemblable que l'Angleterre retombera sous sa puissance, ou qu'il s'y formera une parfaite république, et que pour la faire rentrer dans sa première condition, la division d'Irlande doit être fomentée. Comme jusques à cette heure il ne m'a pas paru que la France voulût appuyer les intérêts du roi d'Angleterre, je n'ai pris aucune mesure avec ceux de son parti ; et même depuis notre alliance avec le défunt Protecteur, ils m'ont considéré comme

leur ennemi. Il ne serait pas diflicile aujourd'hui de trouver créance auprès d'eux si l'on était porté à les appuyer. J'attendrai des ordres exprès devant que de leur faire aucune avance^ cette démarche étant fort délicate et l'événement assez incertain ; beaucoup parlent ou font du bruit sans dessein de s'exposer^ et à moins que les forces d'Angleterre ne se divisent ou qu'un corps de l'armée d'Irlande ou des troupes étrangères n'y fassent descente^ il ne faut pas attendre que ni les presbytériens qui sontles plus anciens, ni les royalistes prennent les armes; encore est-il à craindre que les uns et les autres n'attendissent l'événement d'un combat devant que de se déclarer ; c'est l'opinion des plus sensés d'entre eux-mêmes. Je crois aussi qu'il faut ménager le temps si l'on veut rien entreprendre. Autrement^ ce r^ime, s'il n'est prévenu, s'armera assez puissamment pour opprimer ses ennemis, réunira les esprits de l'armée d'Angleterre en lui accordant partie de ses demandes, et ménagera celle d'Irlande, dont personne ne croit que le milord Henry soit capable de maintenir la division. Les derniers qui en sont venus assurent que huit régiments se sont déclarés pour lui et quatre contre, et que toutes les villes, excepté celle de Drogheda, ont suivi l'exemple des premiers, et qu'il est résolu de ne se point soumettre au Parlement Je suis aussi assuré que quelques-uns des principaux officiers sont fort enclins à rappeler le roi ; mais en ce pays ils ne sont que rarement suivis des subalternes, et ceux-ci des soldats, si ce n'est que le commandement des uns soit conforme aux principes des autres. L'exemple de cette indépendance se voit tous les jours à Londres, oii les caporaux s'assemblent et délibèrent sur les affaires publiques; les officiers, d'un autre côté, tiennent leurs conseils, et tous témoignent appréhender une oligarchie et demandent une république, qui compatirait difficilement avec la disposition présente des esprits d'Angleterre, Le Parlement ne laisse pas de considérer leurs inclinations, et la semaine passée il commença de délibérer sur les articles de Tarmée ; ceux qui regardent la forme du gouvernement, la liberté de conscience et la réformation des lois n'ont point

reça de difficulté ; il a aussi été arrêté que Ton bcMnerait la séance du Parlement ; les autres articles sur lesquels il écheait plus de débat^ entre lesquels se trouve celui qui parle de la pension de M. le Protecteur^ ont été remis à mercredi. L'on attend que cependant il donne sa réponse aux demandes que le sieur Vane et deux autres députés lui portèrent la semaine passée, suivant l'arrêté de la compagnie que j'ai déjà fait savoir; ils ne le traitèrent point de seigneur mais de Sir^ qui revient à Moniteur^ et lui dirent qu'ils venaient, de la part de leurs maîtres, lui présenter un écrit dans lequel il n'y avait rien qui ne tendit au bien de la République et à son propre avantage, et qu'il eût à donner sa réponse par écrit, ce qu'il leur promit au plus tôt; elle était attendue cejourd'hui, et il aura peine à refuser l'acte de soumission que l'on désire de lui, se trouvant dans le pouvoir du Parlement et toujours logé à Whitehall, où le Conseil d'État commença de s'assembler la semaine passée et continua hier, quoique dimanche, sur le sujet d'une conspiration découverte dont il ne se dit aucune particularité, si ce n'est que quelques armes ont été découvertes en différents endroits d'où elles ont été enlevées, comme tout ce qui s'est trouvé chez les marchands et armuriers. Il a aussi été tiré ce matin, de chaque compagnie de cavalerie, dix maîtres pour être envoyés en quelques provinces où l'on appréhende un soulèvement. Il avait été résolu, devant cette défiance, d'équiper un nombre de vaisseaux considérable, les côtes d'Angleterre en étant dépourvues, et il se fait des levées d'infanterie pour fortifier l'armée de terre. Ces préparatifs donnent créance aux bruits qui courent d'un prompt soulèvement, et que le roi est déjà embarqué avec des troupes pour faire descente en Angleterre. Quoique tout le monde paraisse persuadé de la vérité de ces avis et qu'ils me soient confirmés de différents endroits , j'ai néanmoins peine à y ajouter foi , et les républicains pourraient bien affecter ces alarmes pour réunir les esprits de l'armée, suivant la pratique ordinaire du défunt Protecteur, qui trouvait d'ordinaire des complots à la veille de sou établissement. Le soulèvement d'Irlande est le

plus certain obstacle que le Parlement trouve à ses desseins et qu'il espère néanmoins surmonter aisément. J'avais cru recevoir aujourd'hui des lettres de créance pour le saluer de la part du roi, n'y voyant aucun inconvénient^ quels que puissent être son inclination et ses desseins, n'étant pas possible que mon séjour ne cause grande jalousie, à moins de reconnaître la .seule autorité qui est en Angleterre ; comme je ne serais pas autrement souffert longtemps^ quelque disposition qu'il y eût à un soulèvement, il faut faire cette démarche ou me rappeler. J'apprends que le père Talbot a déjà entretenu un des ministres de l'État^ et lui a offert la continuation de la guerre entre l'Espagne et la France si le Parlement voulait remettre les choses au même état qu'elles étaient devant la guerre que l'Espagne prétend n'avoir point eue contre l'Angleterre^ mais seulement contre le Protecteur; la proposition ne fut point rejetée mais remise à quelques jours à cause de l'embarras. 11 se dit même que depuis l'un des White est passé en Flandre^ et je ne doute point que l'on ne se porte ici à tout ce que la bienséance permettra pour avoir la paix avec l'Espagne, étant un des plus solides moyens de gagner l'affection du peuple^ surtout de Londres, outre que Ton professe de désapprouver la conduite du défunt Protecteur 'y je ne puis pas espérer que tout ce qui se passera sur ce sujet vienne à ma connaissance^ étant assez vraisemblable que les résolutions seront prises entre quelques particuliers devant que d*être portées dans le Conseil et le Parlement, où il sera peut-être assez à propos de faire quelques pensionnaires; Votre Éminence connaît mieux que moi l'utilité que l'on en peut retirer. Il ne me paraît rien de résolu pour les affaires du Nord. L'ambassadeur de Hollande prend le soin de solliciter la ratification et Texécution du traité signé à La Haye, et pour ne laisser rien qui retarde l'un et l'autre, ses supérieurs lui ont envoyé par un exprès des lettres de créance qu'il doit au premier jour présenter; il se parle toujours incertainement des inclinations de la flotte d'Angleterre qui est dans le Sund, d'où il n'y a point de nouvelles. Ma précé-

dente a fait savoir la déclaration soumise k M. Lockbart;son secréuire est toujours & Londres et demande le remboursement des avances qu'il a faites pour maintenir sa garnison et pour fortifier Dunkerque.

J/. de Bordeaux an cardinal Jfozartn.

LaiJru, 11 •! I* wi isro.

(Voir lei n- IXIX et XXX.^

fo M. de Bordeaux au cardinal Matarin.

Limlni, n iallUI IIM.

Monseigneur,

J'ai re{u aujourd'hui la lettre que Votre Ëminence m'a fait l'honneur de m'écrire le 10 du courant, avec la copie de la réponse au Conseil d'État, qui était arrivée dès la semaine passée ; sa lecture et la relation que M. Lockhart a faite des sentiments oii il avait trouvé Votre Éminence ont entièrement salisfaK le Parlement, ell'un de ses députés m'a, depuis, témoigné tant de joie de voir la France si bien intentionnée qu'il ne se peut pas douter que cette assemblée ne fût auparavant dans de grandes jalousies des inclinations de sa Majesté, qnelques paroles que j'eusse données pour les dissiper.

Les ordres qui ont depuis été envoyés audit sieur Lockhart de se rendre à Bayonne aussitôt que le roi lui aura donné audience, sont des marques que la confiance s'établit, et j'y avais attribué les ouvertures que me fit, il j a trois jours, l'un des ministres du Conseil pour ajuster le différend arrivé dans ma réception ; le même m'exagéra fort la manière blige^nle dont Votre Éminence avait usé sur le snjet de la

suspension d^annes^ et me laissa persuadé que désormais il sera facile de porter ce régime dans les sentiments que Ja France peut souhaiter; il semble néanmoins avoir depuis désapprouvé les avances qui m'avaient été faites pour faciliter mon audience; Thonneur que recevra M. Lockhart achèvera de le porter à la raison. Je n'ai cependant rien à négocier puisque la suspension d'armes est acceptée et que les pléni-^ potentiaires sont partis pour la Suède avec des instructions conformes au traité signé à la Haye; j'en ai donné avis à MM. de Thou et Terlon^ et si les paroles qui m'ont été portées sont sincères, tout s'y passera de concert avec ce dernier.

L'autorité du Parlement s'affermit, quoiqu'il soit toujours fort divisé sur le sujet du gouvernement ; les vrais républicains s'opposent au sieur Yane, qui veut établir une manière d'oligarchie composée de sectaires de la cinquième monarchie; Lambert et quelques autres ofBciers de Tarmée s'accordent avec lui en ce point. Les officiers subalternes conviennent avec les purs républicains, et ceux-ci ont suscité depuis deux jours, une requête, au nom de quelques gentilshommes, tendante à leur dessein; beaucoup se persuadent que cette diversité d'inclinations produira une notable division, mais il me semble que les plus résolus attireront les autres plutôt que de les aliéner. Cependant, les mécontentements du peuple augmentent, et, pour s'en garantir, ils se mettent entre les mains des sectaires. Pour ce qui est des royalistes, ils attendent à tout moment un soulèvement général des presbytériens ou nouveaux royalistes; mais à moins de quelque descente de troupes du dehors d'Angleterre, qui n'est pas apparente, ou d'une division, ils sont trop riches pour s'exposer. J'avoue que j'ai plus écouté^ dans ces derniers temps, que parlé de leurs projets, sans néanmoins laisser aller un mot qui fît croire que la France voulût s'engager contre le présent régime. Ma conduite a été fondée sur ce qu'il m'a été ordonné de ménager tous les partis et de faire savoir quelles mesures il se pouvait prendre pour traverser l'éta-

^.-ii(. ;>a <£i^Tn« /•^^^ : y p^^ par AWBtt avenir ^Hy

pr>»4 i« C»ar. et <kux à»*:tari» 4e c^âsserv é:-ct M « Vt <i->& ^ Ctéjiâ p»:«rra s'en siiHrv^aLT. Cswuemt je r^H ft'atctr poi \t lesrps de rKer-iir 4s «nins <ie TiKre fjm.T^m^Jt disant »:o ti>y,z:^tmecU, il «nù à fvofas ^«e M. 0/«.îiitrt ««î: ses ii.&enâ'.Qft, et Eièsefùtaaîuffâêpaarpafer ee <fa^e!je déàrt ftdkeler.

^ I« a^M M mimm.

Je n'ai encore rîen à écrire dld que b cootinsUioii da soulèvement arrivé dans le c«>aité de Ghestm'; tons les avis veulent que le parti se fortiûe tous les jours, 4fat b ptOTince de Lancashire soit aussi en armes, et que les dispostions de la principauté de Galles ne s<Ment guère meilleiueSy que même les soulerés se soient raKios maîtres de quelques antres places et châteaux, mais de peu de considération, et qu'il se fasse des attroupements en beaucoup d'autres profinces. Ces nourelles penrent être crues puisqu'elles ne sont pas désarouées par les ministres du gouTemement , et qu'il s'est imprimé que les soulerés étaient déjà jusqu'à 4 ou 5,000 hommes, outre ceux de la duché de Lancashire. Le Parlement a, pour les dissiper, fait partir, dès la semaine passée, trois régiments d'infanterie et autant de caTalerie qui doivent joindre d'autres troupes sur leur chemin; le rendezvous est au 27 de ce mois, à la ville de Coventrj, assez loin de Chester. Le major-général Lambert sortit hier de Londres, et l'on fait état que ce corps d'armée de 5,000 hommes

sera^ dans le commencement de la semaine prochaîne, proche des ennemis. IjC colonel Desborough a aussi été envoyé avec d'autres troupes vers les provinces de TOuest, dont l'on a quelques jalousies; et comme ces détachements laissent la ville de Londres et les provinces voisines assez dégarnies, il se délivre des commissions pour des levées nouvelles de régiments volontaires. Les trois régiments qui étaient dans le service de f^rance ont aussi été mandés. Cependant la milice de cette ville est sous les armes, et il n'en sort personne sans passe-port ; Ton continue aussi d'arrêter la noblesse, et il n'y a plus assez de prisons pour la loger ; cette précaution semble avoir été assez nécessaire, étant certain qu'il se devait faire des assemblées en différents endroits assez proches, si les troupes ne se fussent trouvées au rendez-vous. Il y a quelques chefs illustres de presbytériens que Ton ne saurait avoir, et dont Téloignement donne beaucoup d'ombrage pour être personnes fort accréditées et mal intentionnées. Le général Fairfax, qui s'en était allé aux bains, a été mandé et est retourné. Le dernier Protecteur s'est aussi justifié du soupçon que Ton avait de lui ; mais quelques-uns des officiers qui ont été cassés pour être attachés à ses intérêts ne se trouvent point, et il en a été pris qui n'ont pas désavoué d'être complices de la conspiration, dont il semble que les suites ne soient plus tant à craindre si la ville de Londres ne s'émeut. Le maire et beaucoup d'autres bourgeois, surtout les sectaires , sont fort affidés au gouvernement ; mais le parti presbytérien, bien plus considérable, est peu satisfait, et les ministres ne manquent pas de fomenter leur mécontentement. 11 s'est proposé à la maison de ville de présenter une requête au Parlement tendant aux mêmes fins que la déclaration du chevalier Booth, qui professe de se soumettre à un Parlement libre, et prétend que celui d'aujourd'hui ne peut exercer une autorité légitime, puisque la plus grande partie des membres en sont chassés. C'est la substance des écrits qui se sont publiés sous son nom, et auxquels il n'est pas facile de répondre. Si la maison de ville enti^ait dans ce même

sentiment, il serait difficile de refaser cette demande ; mais Ton pi*ëlend de dissiper la pensée que quelques uns en peuvent avoir, fomentés par les ministres presbytériens fort intéressés en cette insurrection, quelques-uns d'entre eux ayant excité le peuple comme à une guerre sainte. Ceux de Londres prêchent un accommodement, et ils ont raison d'appréhender la ruine d'un parti qui attirerait sans doute la leur.

Le Parlement n'a, tous ces jours, été occupé qu'à donner des ordres sur l'affaire présente; il s'y était proposé de donner pouvoir audit sieur Lambert de faire quelque accommodement avec les soulevés, mais cette ouverture n'a pas été suivie ; il s'est aussi mis en délibération de rétablir quelque officier de l'armée depuis peu cassé, sur l'assurance que donnait le lieutenant-général Fleetwood de son affection à la république, sans que son appui ait pu rien gagner ; et l'aversion qu'a ce corps pour les officiers qui ont été favorables au gouvernement d'une singulière personne excite de la jalousie dudit sieur Lambert, qui n'aurait point été employé si les ofticiers n'avaient témoigné le désirer. — Je n'ai reçu que cejourd'hui de nouvelles lettres de créance^ et comme M. le comte de Brienne me mande que Votre Éminence juge de la bienséance que je ne prenne point l'audience si le Parlement ne met de la différence dans ma réception, ce sera un sujet de négociation avec les ministres du Conseil pour les faire convenir de quelque distinction qui soit proportionnée à la dignité du roi et de la France.

Je n'apprends pas qu'il soit arrivé des nouvelles du Sund depuis ces derniers jours, ni qu'il se soit passé rien de remarquable, que la mort du prince de Wurtemberg, qui était en France l'hiver passé.

J'ai reçu la lettre que Votre Emiiience m'a fait l'honneur de m'écrire le l^»* du mois ; le contenu me donne seulement lieu d'ajouter qu'il ne se parle présentement d'aucune vente, et que quand la résolution s'en prendra, je ferai toute diligence pour en informer Votre Éminence, que je supplie de

vouloir donner les ordres qu'elle m'a depuis peu fait espérer.

11 m'est rapporté présentement que des nouvelles viennent d'arriver au Conseil qui l'assurent que le nombre des soulevés est bien moindre qu'il ne croyait^ et ne peut au plus être que de 2^000 hommes.

3<» M. de Bordeaux à U. k comte de Brierme.

Londres, 18 août 1059.

J'ai reçu les deux lettres dont vous m'avez honoré^ en date du 9« d'août^ qui accompagnaient celle du roi au Parlement; le contenu des premières me confirme qu'il a été jugé que je n'avais pas mal à propos fait difUiculté d'être traité d'égal avec l'ambassadeur des Provinces-Unies^ et que c'est encore le sentiment de Son Éminence que j'insiste sur le nombre ou la qualité des membres qui me doivent venir prendre ; je tâcherai d'en faire convenir les ministres du Conseil devant que de prendre audience^ et elle ne se différera pas beaucoup si M. Lockhart a parlé suivant les ordres de ses supérieurs quand il a promis toute sorte de satisfaction ; il semble d'ailleurs que le présent régime ne soit pas en état de refuser une civilité qui sera désirée absolument de la France. . . .

M. de Bordeaux à M. de Brienne.

Londres, 10 juillet iC59.

Monsieur^ Le démêlé que j'ai eu avec le Parlement est toujours au même état^ et le Conseil a dépêché un exprès à M. Lockhart sur ce sujet; jusqu'à son retour^ ce différend ne prendra pas de fin, encore que l'on reconnaisse d'avoir agi avec beaucoup d'emportement. Pour sauver ce procédé du blâme que

tout le monde lui donne^ les ministres du régime veulent ëtablir qu'ils m'ont fait savoir la résolution prise^ il y a dix ans, de ne mettre point de difiërence dans la réœption des ambassadeurs, que ceux d'Espagne s'étaient soumis à cette lot^ et que j'ai refusé l'audience; en quoi il n'y a mot de vérité ; et le maître des cérémonies soutient n'avoir rapporté au Parlement et à moi que ce qui se sera vu dans ma précédente dépêche, depuis laquelle il m'a encore été insinué que le régime négocierait par M. Lockhart si je ne voulais pas demander audience au Parlement, et qu'il s'attendait que, si la France n'avait pas d'ailleurs résolu de faire la guerre à l'Angleterre en faveur de la famille royale^ comme beaucoup d'avis le veulent, le roi m'ordonnât de passer sur ces formalités. J'ai témoigné me mettre peu en peine par qui les volontés d'ici fussent portées, et que, si Sa Majesté voulait user de complaisance envers ce régime, je n'aurais aucune répugnance à exécuter ses ordres; mais que devant qu'ils me fussent envoyés, je ne pouvais avec honneur me départir d'une demande si raisonnable, après le bruit qui s'était fait. Il me semble aussi plus à propos que^ si le roi ne se soucie pas qu'il soit apporté de la différence entre ses ministres et ceux des autres États, l'on lui en ait toute l'obligation. Ces considérations et le désir qui m'a paru que j'éloignasse, autant qu'il me serait possible, la reconnaissance du présent régime, me feront attendre sans inquiétude les ordres de Sa Majesté. Je suis cei*tain, et il se peut reconnaître par le soin qui a été pris ici de dépêcher un exprès en France, que, quelque fierté que professent les ministres de l'État, ils sont en peine de la manière que sera reçu leur manquement de respect^ qui fait concevoir aux mécontents de grandes espérances. J'ai déjà écrit les plaintes contre ma lettre de créance; elles se continuent publiquement, et il s'établit que c'était par civilité seulement que j'étais reconnu ambassadeur; et dans la réponse que le Conseil d'État fit hier à ce que je lui avais écrit touchant la suspension d'armes, il ne me donna pas le titre dû à cette qualité, me traitant de lord simple-

meot^ ou seigneurie, au lieu d'excellence; ^adresse même n^est pas aux termes qu'elle devait être, bien que, n'ayant pris dans mon écrit que le titre d'ambassadeur de France, sur ce que Tun des ministres du Conseil témoigna qu'il était désiré que je me qualifiasse ambassadeur du roi de France auprès du Parlement de la république d'Angleterre, je n'en eusse pas fait difficulté. Ce sont de petites chicanes' qui font connaître les dispositions des esprits d'ici, et leur pente à recevoir ombrage des moindres bagatelles dans le temps qu'ils donnent tant de sujet de trouver à redire à leur procédé; je ne manquai pas hier au soir d'en faire des reproches assez forts au même ministre du Conseil qui me vint trouver, et de lui déclarer que, quand le Conseil manquerait à son devoir envers la France, elle n'en perdrait pour cela rien de sa dignité; il attribua fort nettement cette façon d'agir à l'aigreur causée tant par la lettre du roi que par le refus que j'ai fait de prendre audience ; il prétendit encore me prouver que je n'étais point établi ambassadeur auprès du nouveau régime. Cette question donna lieu à un long raisonnement qu'il serait ennuyeux de rapporter, et nous le finîmes sans conclusion, ledit ministre soutenant toujours la conduite du Parlement

Il n'oublia pas aussi ce dilemme que la France voulait faire la guerre à l'Angleterre ou entretenir la bonne intelligence ; qu'au premier cas, quelque civilité dont il fût usé en mon endroit, elle ne changerait point notre dessein, et qu'au dernier, nous ne romprions pas sur une cérémonie ; qu'ainsi le Parlement attendait le retour du courrier dépêché. Nous passâmes ensuite au sujet qui avait amené chez moi ce ministre, le premier des plénipotentiaires destinés pour la paix du Nord ; c'était pour savoir les particularités de la suspension d'armes que le Conseil d'État m'avait demandées par son écrit, et dont j'avais remis à l'informer par les ministres qu'il me députerait. Sa plus gi*ande peine fut d'entendre ce qu'emportaient ces mots : jusqu'à nouvel ordre; je

lui dis que la surséance n'ayant pas été déterminée à cause de rincertitude du temps auquel la paix serait conclue ou la négociation rompue , il a^ait été jugé nécessaire de parler indéfiniment, et que l'intention était de ne rien entreprendre les uns sur les autres jusqu'à ce que Ton fût mutuellement convenu de rentrer en guerre, ce qui dépendait du succès qu'aurait le voyage de Son Éminence. Ledit ministre me demanda aussi la copie de l'acte arrêté par la France et l'Espagne, présupposant que le Parlement ne pouvait délibérer sans le voir ni sans en savoir le contenu ; je ne me trouvai pas en état de le satisfaire, mais je lui promis d'écrire le désir d'ici, qui me semble assez raisonnable. Il se peut cependant voir, de la réponse du Conseil d'État, qu'il accepte la suspension d'armes. Je reconnus aussi, par le discours de ce même ministre, que M. Lockhart a ordre de retourner auprès de Son Éminence après qu'il aura présenté sa lettre de créance au roi ; que toutes les instructions et dispositions des plénipotentiaires d'ici sont expédiées^ et qu'ils doivent partir demain ou après-demain ; mais il ne s'ouvrit pas sur le particulier ; et je n'apprends pas de l'ambassadeur de Hollande, ni d'ailleurs, que leurs ordres publics soient différents du traité signé ; la ratification a été résolue mutatis mutandis. Le sieur Downing doit rester à la Haye pour faire les changements, qui ne sont que du nom de Protecteur en celui de la république d'Angleterre. 11 a été proposé ce matin que^ pour bien établir l'amitié entre les deux républiques d'Angleterre et de Hollande, il fallait envoyer à celle-ci des personnes bien entendues et qualifiées. Cette proposition, suivie de la nomination du chevalier Vane à cet emploi, est considérée comme un prétexte recherché pour l'éloigner d'Angleterre par ceux qui sont jaloux de son crédit, que Ton prétend diminué depuis que, parlant dans l'assemblée de la forme du gouvernement, il avança que le peuple étant fol^ l'autorité ne lui devait pas être confiée, mais bien à des personnes pieuses et saintes, sous le nom desquelles sont entendus les sectaires de la cinquième monarchie auxquels il

prêche fort régulièrement. Cette ouverture ne fut pas suivie^ et il n^cst pas encore certain quelle sorte de répubhque agréera au Parlement, les sentiments des membres étant assez différents; la matière n'a point depuis été remise sur le tàpiSj et la plus considérable résolution de ces derniers jours a été la confirmation du payement des dîmes aux ministres jusqu'à ce qu'il se soit trouvé quelque autre fonds pour les maintenir. Les trembleurs ne sont pas satisfaits de cet acte^ mais il est prudent de contenter les presbytériens, dont le nombre excède de beaucoup celui de tous les autres sectaires ensemble. 11 se fait d'autres propositions pour acquitter les dettes publiques ; mais elles ne sont point encore trouvées considérables, n'étant que des recherches contre ceux qui ont été dans l'emploi ces derniers temps. L*acte d'indemnité n'est point encore passé, et Ton parle d'en excepter cinq ou six personnes dont le secrétaire Thurloé est du nombre, quoique suivant l'opinion publique il ait fdit tout devoir pour se concilier avec le gouvernement, jusque même à donner des avis très-salutaires, entre autres que, dans l'assemblée qui se fait à Rayonne, il y doit être traité du rétablissement du roi d'Angleterre à condition qu'il donnera aux catholiques liberté de conscience et abolira les lois pénales faites contre eux. Ce bruit sans fondement semble donner de l'alarme au gouvernement; au moins en ténloigae-t-il avoir, et sur ce prétexte presse l'établissement de^ milices du pays. Les lettres du milord Henry ont été lues dans le Parlement; elles assurent son passage en Angleterre et qu'il s'est démis du gouvernement; celles de l'armée ne font pas paraître moins de soumission^ et l'on travaille à la réformation des officiers dont grande partie doit être changée, pour rétablir ceux que le Protecteur défunt a chassés de l'emploi. Il est arrivé nouvelles de Dunkerque qui assurent que la mutinerie des Soldats, causée par le défaut de payement, est apaisée, et Pon n'a pas laissé d'y envoyer d'ici quelques commissaires.

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MofiMigneur,

Ji; croi» d<;%oir envoyer après rordîniire qui est parti cetle nili(| et f'il ne trouve a^oir passé la mer, jusque en Fiance, |>our faire savoir à Votre ÉmÎDence que œ malin le Pariemifot a reçu une leltre du milord Henry, dont l'adresse était au atiniiéf pleine de soumission, et que la même fait espérer une pareille déclaration des ofiiciers de Farmée, qui étaient assemblés pour la résoudre. Il s'ajoute que l'anÎTée de la déclaration du Parlement a produit ce grand changemoit, et qu'aussitôt qu'elle a paru les plus affidés dudit milord se sont rangés du côté du nouveau Parlement. Ces particularités sont de peu de conséquence^ mais Ton r^;anle cette réunion des troupes comme le dernier coup que pouvait reccToir M. le Protecteur ; aussi a-t-îl ce même matin euToyé sa réponse par écrit, par laquelle il se soumet au Parlement et au gouvernement, lui offre ses services et en demande la protection. Cet acte était accompagné d'un état de ses dettes et de ses biens. La compagnie en est demeui*ée satisfaite, aussi bien que de la dépêcbe de son frère. 11 ne reste rien désormais à désirer pour l'établissement de la république, si ce n'est l'uniformité de sentiments entre ceux qui la composent; comme ils voient un grand obstacle levé, leur autorité de-

meurera plus absolue^ et Ton attend que toutes les villes suivent Texemple de quelques-unes qui ont déjà fait ^es adresses au Parlement. Londres n'a pas encore fait cette démarche, quoique la résolution en ait été prise il y a quelques jours dans le conseil de la bourgeoisie. Les alarmes d'un soulèvement semblent s'être dissipées à la lecture de ces deux actes, et il s'est proposé ce matin dans le Parlement de passer un acte d'oblivion pour tout le passé. L'ambassadeur de Hollande a eu aussi audience publique dans la compagnie et s'est fort étendu sur les affaires de Suède. Il sera sans doute jugé à propos de me mettre en état de faire la même démarche, cl c'est en partie le motif qui me fait dépêcher un exprès, prévoyant que toute remise causerait de la défiance, et que d'ailleurs Votre Éminence peut souhaiter, dans la conjoncture présente, d*être précisément informée de ce qui se passe ici.

4o M. de Bardeaux à M. de Brienne.

Londres, 7 jaHlet 1659.

Monsieur,

Je croyais rendre compte aujourd'hui de l'audience que j'attendais avant-hier, mais il se forma un incident qui la fit remettre, et à moins que le Parlement ne change de sentiment, elle pourra bien être différée encore jusqu'à ce qu'il m'ait été envoyé des ordres sur la question dont il s'agit. Aussitôt que la lettre de créance du roi m'eut été rendue, j'en donnai avis à un des ministres du Conseil, et après lui avoir déclaré ce que Sa Majesté désirait du Parlement devant que de le reconnaître, je lui fis aussi entendre qu'il se devait apporter quelque différence à la réception d'un ambassadeur de France et à celle de celui d'un État inférieur, suivant l'usage observé autrefois en Angleterre et dans les autres États; suggérant que si la distinction ne s'établissait pas dans la qualité des mcmbjcs du Parlement qui me de-

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