‹ Histoire de la révolution d'Angleterre (volume 2)Chapitre 102 sur 109 · I -^TJa · texte numérisé non relu

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et ravoir pluâ honorable ; que je me satisferais quand , au lieu de trois commissaires ^ il m'en serait envoyé quatre^ et que le roi n'avait pas moins sujet de se formaliser que l'on affectât ici un traitement si égal entre la France et les autres Ëtats inférieurs, que si l'ambassadeur d'Angleterre était reçu de la même manière que celui de Gènes ou de quelque autre État inférieur. Aussitôt que cette proposition eut été rapportée au Parlement, quelques-uns prirent occasion de déclamer contre la France et son inclination envers le présent régime ; et au lieu de mettre l'affaire en délibération^ il fut

^ordonné de congédier les carrosses, de quoi le maître des cérémonies me vint donner avis comme de soi-même et sans ordre. Ce procédé assez brusque fut d'abord publié partout Londres et jugé un peu violent , même imprudent, étant toujours observé, en Angleterre plus qu'en un autre État, de distinguer les ambassadeurs, et le nouveau régime n'ayant pas de sujet de prendre en mauvaise part mon insistance, ni de se cabrer sur une occasion si légère et dans le temps qu^il

«« besoin de ménager ses voisins, surtout la France, seule capable de traverser son établissement. Ces mêmes considérations m'ayant fait douter que le maître des cérémonies n'eût dans son rapport aigri les esprits, j'envoyai hier chez le même ministre. du Conseil, pour lui témoigner que j'étais surpris de ce grand emportement et que l'on donnât si mauvaise interprétation à ma conduite apiès avoir apporté toutes les facilités possibles pour m'accommoder au désir du régime et m'être si bien expliqué à lui sur ma prétention ; il n^'a mandé qu'à la venté la manière de me recevoir avait été réglée par le Conseil en son absence, et que, s'il eût été présent, cette question aurait été prévenue, aussi bien que beaucoup d'autres difficultés qu'il avait fait éviter; que mes lettres de créance ne s'étaient point trouvées, ni dans la forme ni dans la substance, telles que le Parlement en pût être content, jusque-là que beaucoup avaient prétendu qu'elles ne m'établissaient pas ambassadeur, mais seulement présupposaient que je l'avais été du temps du Protecteur, ce qui ne me pouvait pas

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•ervir de litre aujourdliui, que d'ailleurs il anh èé

des avis ici qui confirmaient notre mauvaise Toloalé envers le rë^me, et que^ s'élant trouves si mal disposés, peu de ~ avait ëlé capable de faire prendre telle décidoo; qu'as le mailre des cérémonies avait rapporté que je ne hk

faisais ni du nombre ni de la qualité, quoique auHefeis f j

bassadeur d'Espagne n'eût pas été traité plus honoraUeBeBU et que TAnglelerre n*ayant jamais mis de la différence entre «lie couronne et celle de France^ nous n'avions p» is^rèi t ils rendaient plus ou moins d'honneur aux antres £ta^ «i qu'il ne fallait s'attendre que le Parlement chaoçeAl ses ordres quand même il devrait avoir la guerre. Ce dianurs fe*cf fier m'a obligé de renvoyer ce matin au même nintsoe l'éckircir premièrement sur le fait, et aussi kn foire en que la France n'était pas en étal de recevoir la kî; d'aburd le Conseil eût envoyé quelqu'un pov imI'iii i«r eate difliculté et m eût apporté de b> ones rasMB^ je ni'j 9er:ii$ rendu; mais que maintenant, après r«*dai fu :» eta( fait, je ne pouvais, sans diminu:i*jo de U di^niité Je Là Fran»^ me rtlirber, et qu'il Tarait m'.*(r.5 J*'.ik:î.'0»t:QiK!^ <{KEel^l»:::^ct ren.iit La civiuie qui en eUit d':::»irée; .|u'aiBâ je le cua*!^ sli prenire que'.^-^ rv^tu^-n ci: a. en^iite x rlntoet qati ^< naii. o» uot ie «i^re en bi a:u* iatei^-^Knire et ie «i^re «; aiei. «;ar> CLCL^eiis ^ue cvui ^wa pea-^t^ac être sa^^îrss^far ^ CMtire ^tt paj la À;ti4ince hlL r'.ciiee: ^a ui cesbf c ifiiit

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au discours du ministre, qu'en mon particulier j'étais foi t fâché que Ton fût ici fort enclin à mal interpréter tout ce qui procédait de la France^ que j'aurais souhaité trouver quelque voie honorable pour sortir de ce démêlé, et qu'il ne m'en paraissait aucune; mais que le Parlement pouvait avec bienséance prendre d'autres résolutions s'il considérait que je n'étais pas ici en qualité d'ambassadeur ordinaire^ tous les pouvoirs en vertu desquels j'ai traité me qualifiant extraordinaire^ et ma lettre de créance leur étant en quelque façon relative. Cette ouverture m'a semblé la plus capable de donner ici un titre de rentrer en soi-même^ étant certain que, sans quelque diminution d'honneur après un si grand bruit^ je ne puis me satisfaire d'une réception semblable à celle de l'ambassadeur de Hollande. J'ai aussi fait dire au même ministre que^ voyant mon audience différée^ je ne voulais pas néanmoins remettre l'exécution des ordres qui m'avaient été envoyés d'avertir le Parlement que la suspension d'armes entre la France et l'Espagne a été prorogée^ et que, si l'Angleterre .la veut continuer, il fallait le déclarer par quelque acte. Je n'ai pas laissé d'en écrire ce matin au Conseil d'État, le conviant de prendre une prompte résolution; elle sera sans doute envoyée à M. Lockhart à cause de la querelle qui a donné lieu à l'ambassadeur de Hollande de me visiter aujourd'hui, sous prétexte de m'entretenir des affaires du Sund, mais en effet à dessein de me parler de ce qui s'était passé, dont il s'est trouvé bien informé de toutes les raisons que peut alléguer le Parlement pour justifier son dernier procédé «^ mon égard; elles se réduisent à l'usage observé depuis son établissement de traiter tous les ambassadeurs également, quoique néanmoins en ma considération on avait fait mettre sous les armes un régiment et augmenté le nombre des carrosses, au lieu qu'à son audience il n'y avait que quelques files de mousquetaires ; il a aussi voulu adoucir l'aigreur que le Parlement a témoignée ; la lin de sa conversation a été de me porter à l'accommodement, duquel je ne me suis pas éloigné^ pourvu que ce fût en conservant la dignité de la France ; il

ne me semble pas néanmoins à propos de témoijgner de Tempressement^ et puisqu'il ne m'a poinl été donné de réponse^ je dois attendre devant que de faire aucune autre démarche^ crainte qu'elle n*augmentât la fierté de ce régime qui, dans cette rencontre^ est tout extraordinaire. Il s'en peut inférer que l'on n'est pas ici bien persuadé des intentions du roi, et que les différents bruits qui courent que la France songe à rétablir celui d'Angleterre ont fait grande impression ; il est aussi certain^ l'ayant appris de différents endroits , que ma lettre de créance a été trouvée fort froide^ que même il avait été remis au Conseil à considérer si elle devait être reçue, et qu'encore qu'il eût arrêté de dissimuler^ il ne laissait pas de conserver assez de chagrin , dont je n'avais pas été particulièrement informé. La copie de ma lettre n'ayant été vue qu'au moment que l'audience m'a été assignée, le mécontentement doit avoir contribué au refus de la civilité particulière que je prétendais, puisque les ministres du Conseil, à qui je m'en étais auparavant expliqué, n'y avaient point trouvé à redire ; s'ils eussent formé quelque difficulté , ou si même le Conseil m'eût payé de raison, j'aurais évité la question; mais le maître des cérémonies ne m'ayant allégué que le temps, et ne voyant pas que les ordres du roi me pressassent fort de prendre audience , je n'ai pas cru me devoir départir si légèrement d'une prérogative qui s'accorde aux ministres de France dans les autres États. Si le Parlement tient son cœur, je serai aussi bien en état dans quelques jours qu'aujourd'hui de le voir. La pensée m'est venue, pour sauver les apparences et lui donner un titre de mettre quelque différence dans ma réception, de prendre qualité d'ambas* sadeur extraordinaire; il serait en ce cas à propos de m'envoyer nouvelle lettre pour user même de quelque complaisance envers le réginfe; il se pourrait apporter quelque changement dans le style, et au lieu de renfermer ma créance à ce qui regarde les affaires de Suède, de quoi l'on se plaint ici, de la concevoir en termes généraux. Encore que le gouvernement ne soit pas si établi ni en tel état que l'on le doive

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appréhender, la division étant toujours grande entre ceux qui le composent et les chefs de Tarmée^ jusque-là que le général Fleetwood offrit, il y a deux jours, de remettre sa commission, néanmoins, si le roi le veut ménager, il faut prendre cet expédient, le Parlement étant composé d'esprits assez extravagants pour oublier en cette occasion , aussi bien qu'ils font dans beaucoup d'autres affaires, leur propre intérêt. Il sera aussi à propos de témoigner à M. Lockhart, s'il se trouvé encore à la cour, le sentiment de Sa Majesté sur cette rencontre qui empêchera que les plénipotentiaires destinés pour le Sund ne me voient. I^eur instruction de\ait être levée ce matin dans le Parlement, après quoi ils doivent par(ir. Les ministres de Suède,, dans leur première audience, ont fait instance pour obtenir une entière assistance d'Angleterre, et leur discours tend à persuader que leur maître maintient seul l'intérêt protestant, que la France et l'Espagne ont été portées, par les intrigues des jésuites, à faire la paix dans le temps que la maison d'Autriche était armée, afin qu'elle eût toute facilité de l'opprimer; il accuse aussi les Provinces-Unies d'être entrées dans ce même intérêt, et nous reproche d'avoir apporté du retardement et de l'obstacle aux desseins de leur roi ; il y a de quoi s'étonner que, recevant tous les jours toute sorte d'assistance de la France, ses ministres osent parler en ces termes. L'ambassadeur de Hollande ne manque pas de les relever, et je ne vois pas que l'on les ait ici fort approuvés. Le Parlement a, ces derniers jours, continué de travailler sur les moyens d'avoir de l'argent, et a résolu de lever eu quatre mois l'année entière; il a demandé un emprunt à la ville de Londres sans l'obtenir; l'acte d'indemnité a aussi été remis sur le tapis sans avoir été arrêté. Les Trembleurs ont présenté une requête tendant à la cassation de tous les ministres anti-christians; après un long débat il passa de les remercier. Le milord Henry a encore renouvelé les assurances de sa soumission et qu'il viendrait en Angleterre. L'on continue de mettre les milices en état dans toutes les provinces.

> M. de Bordeaux au carditial Mazarin.

Uaéras, S9jailktt€59.

Monseigneur, Je suis toujours en même ëtat arec le Parlement^ et les dernières lettres de M. le comte de Brienne ne me donnent pas lieu de redemander audience devant que d'avoir reçu des ordres ; cette froideur n'a pas empêché que le chevalier Yane et deux autres ministres du Conseil ne soient venus ce jour chez moi. Après quelques civilités et démonstrations de reconnaissance des sentiments du roi envers le régime d'An— gleterre^ ils m'ont parlé des affaires du Sund et proposé que la difliculté qui se présentait sur la restitution de Bomholm et Drontheim étant de telle conséquence qu'elle pourrait arrêter les médiateurs s'ils n'avaient des instructions précises de leurs supérieurs , il était jugé ici à propos de leur en envoyer^ et afin de ne rien résoudre que de concert avec la France^ de savoir mon avis. J'ai déclaré n'avoir point d'information sur ce point assez précise pour donner l'éclaircissement qui m'était demandé^ mais que notre pensée avait été, en convenant du traité passé à la Haye, que les ministres de France, Angleterre et Hollande ajustassent sur les lieux les difficultés qui se présenteraient dans cet accommodement, eu se conformant autant qu'il serait possihle au traité de Roskield, ce qui ne les empêchait pas de pourvoir à la satisfaction des deux rois par quelque échange ou autre récompense, une paix de cette qualité ne se devant pas retarder pour une place de plus ou de moins ; que sur ce fondement Sa Majesté ne dédirait pas l'Angleterre si elle jugeait nécessaire de prendre quelque expédient, et qu'il fallait seulement éviter le reproche auquel nous serions exposés si nous contribuions à dépouiller le roi de Suède des conquêtes qu'il a faites dans la première guerre. Lesdits ministres ont paru entrer dans ces sentiments plutôt par leur contenance que par aucune réponse positive, n'ayant fait que recevoir mon discours et professer que jusqu'à présent, sans la flotte d'Angleterre, le roi de

Suède aurait été accablé par ses ennemis, ce qu'il reconnaissait bien. La fin de cette conversation a été une assurance très-précise qu'il ne se passerait rien, ni à la Haye et en Zélande, que de concert avec les ministres de Sa Majesté, et que l'intention du Parlement était de pacifier ces quartiers du Nord le plus tôt qu'il se pourrait, afin de se décharger de la grande dépense qu'apporte la flotte. J'ai aussi fait espérer que les ministres de France correspondraient à cette conduite, et croyant faire tomber sur les difficultés de mon audience, j'ai passé aux nouvelles que le Conseil avait reçuesde M. Lockhart, leur demandant s'il n'avait point encore présenté ses lettres de créance; ils n'ont pas approfondi cette matière, et après m'avoir dit qu'il avait ordre de se rendre à Bayonne aussitôt que Taudience lui aura été donnée, ils m'ont renouvelé les protestations du désir qu'a le Parlement de bien vivre avec la France et d'agir en toutes rencontres de concert. ....

Il y a, ces derniers jours, eu grandes alarmes; l'on croyait l'armée si mécontente qu'elle eût résolu de rompre le Parlement cette semaine; mais cet orage est dissipé; cette mésintelligence semblait procéder des longueurs qui s'apportaient à l'acte d'indemnité, à la remise du paiement des arrérages dus à l'armée et à l'établissement de la milice. Pour faire cesser ces sujets de plainte, le Parlement a enfin passé cet acte d'oblivion ou d'approbation de tout ce qui a été fait sous les Protecteurs, à la réserve des charges et honneurs conférés; il a aussi fait espérer satisfaction sur le second point, et les officiers subalternes ont été persuadés que la milice ne ten* dait qu'à la sûreté du pays contre les ennemis du gouvernement, entre autres les royalistes, contre lesquels il se projette un acte de bannissement de tous ceux qui n'ont point été reçus autrefois à composition. Soit qu'en effet ils aient eu quelque dessein ou qu'il ait été jugé nécessaire de le faire croire, l'on a fait tous ces jours de grandes recherches dans Londres, at los troupes ont été les nuits sous les armes. Cette rumeur est aujourd'hui apaisée, et le Parlement paraît sans

déliance de l'année; il n'a pas laissé de mettre sur pied une compagnie de 160 maîtres pour sa garde.

&> Jf . de Bardeaux à M. de Brienne.

LoadrM, SI juilUt ieS9.

Monsieur,

J'avais remis à cejourd'hui de répondre plus particulièrement à quelques points de la 'lettre qu'il vous avait plu de m'écrire le 20 du courant ; celle du 27 qui m'a depuis été i*endue traitant des mêmes matières^ la réponse que j'y ferai m'acquittera-de ce devoir et fera savoir qu'ayanl voulu conformer ma conduite à vos sentiments et donner lieu au Parlement de faire quelque démarche qui me permit de demander encore audience atec bienséance^ le chevalier Vane, auquel je me suis adressé^ m'a mandé que M. Lockhart avait eu un si bon accueil en France qu'il était juste d'user de pareille civilité à mon endroit et de chercher quelque expédient pour me satisfaire^ mais qu'il était à propos de ne rien presser devant la réception des nouvelles lettres de créance que ledit siein* Lockhart a assuré me devoir être envoyées, afin que le Parlement eûi un titre de revenir et se portât à ce que j'en puis désirer. Ce discours, accompagné d'offres de ses offices particuliers, me ferait espérer lesdites lettres si votre dernière dépêche ne me paraissait assez éloignée de cette résolution, quoique ce soit la plus honnête voie pour sortir de ce démêlé, et que Sa Majesté puisse, avec moins de préjudice, faire une réponse obligeante à la lettre du Parlement et me donner une qualité dont ledit sieur Lockhart se trouvé revêtu, que de souffrir une égalité entre ses ministres et ceux des États de moindre dignité, surtout après que la question a été émue. Je ne connais pas bien quel fondement a eu M. Lockhart d'écrire qu'il y avait disposé la cour de France, mais il est bien certain que le régime d'Angleterre Fattend, et que, jusqu'à ce qu'il soit désabusé, bien loin de faire aucune démarche pour avancer mon audience, il l'éloignera voyant que son

ambassadeur n'en est pas plus mal regardé. Ainsi l'on ne doit pas se persuader que je sois recherché, et il faut me soun^eltre au traitement commun à tous les ambassadeurs ou m'envoyer des lettres plus agréables au Parlement; j'ai quelque impatience de savoir lequel des deux partis sera jugé moins déshonorable, et d'être par là en état d'agir autrement que ces derniers jours dans les affaires qui se présenteront. J'avais pris ocAsion de faire parler audit sieur Yane sur ce que M. de Thou m*avait mandé que, dans la ratification du dernier traité signé à la Haye^ le Parlement avait oublié de donner au roi * les titres qui lui sont convenables, plutôt faute d'y avoir pris garde qu'à dessein^ comme il a paru par la facilité que j'ai trouvée à faire concevoir cet acte aui termes qui peuvent être désirés. Les plus éclairés du gouvernement reconnaissent trop l'intérêt qu'ils ont de ménager Sa Majesté pour ne lui pas complaire, et il' se sera pu remarquer dans mes dépécheSj aussi bien que dans les discours de M. Lookhart, qu'ils sont portés de cet esprit. Je ne voudrais pas assurer que notre traité avec l'Esps^ne ne leur donnât quelque jalousie. Les différents entretiens que j'ai eus avec quelques ministres de l'État me laissent croire que c'est leur plus grande alarme, et ils auraient de là peine à n'en point prendre en entendant tous les bruits qui se répandeiit. Que si leur ambassadeur les représente pleins de grande confiance et assez bien établis pour n'avoir rien à craindre du dedans de l'Angleterre, c'est un discours plus politique que véritable; il ne faut pas lui ajouter plus dé foi que quand il parle avec tant d'indifférence de la paix d'entre l'Angleterre et l'Espagne ; je suis assuré qu'elle est fort souhaitée, et ledit sieur Yane, dans sa dernière, visite, ne m'en fit point de mystère, me confirmant encore que ce régime ne songeait qu'à bien vivre avec tous les Ëtats voisins et qu'à assurer le dedans, persuadé quMl ne peut être considéré au dehors tant que son autorité ne sera pas bien affermie. Tant que M. Lockhart demeurera dans ces termes, il doit trouver créance, mais non pas lorsqu'il affirmera quç le Parlement se tient au-dessus de tous les revers

de la fortune, se pouvant dire aujourd'hui qu'il paraît autant de disposition à un changement que j'en aie vu depuis mon séjour en Angleterre; tout le monde y est mécontent; les inclinations même de l'armée sont assez partagées, et sans la crainte que la division ne rappelât le roi, elle n'aurait pas tant attendu à chasser le Parlement, en soi-même assez peu uni, y ayant deux factions formées, dont l'une est d'accord avec l'armée et l'autre ne songe qu'à la ruiner. Les premiers officiers se sont vus, celte semaine, accusés d'avoir voulu rappeler le milord Richard au gouvernement; la dénonciation a été entendue dans le Conseil et dans le Parlement, mais on n'a pu justifier ce fait, qui s'est trouvé n'avoir autre fondement que sur un bruit public. La ville de Londres avait aussi professé ces derniers jours de n'être pas satisfaite de l'ordre du Parlement qui l'oblige de mettre la milice sur pied, et elle présenta une requête tendante à la diminution du nombre de la cavalerie, et à ce que, sans son consentement, elle ne pût être employée dans aucun service; l'un et l'autre lui ont été refusés, et elle obéit. Il y a eu proche de Londres quelque soulèvement des paysans pour lesquels dissiper l'on a envoyé d'ici trois compagnies de cavalene. S*il fallait croire les royalistes, l'on serait tous les jours à la veille d'une émotion générale de ceux de leur parti, et je suis quasi persuadé que, pour peu de secours qu'ils crussent avoir de dehors, ils se porteraient à quelque entreprise contre le gouvernement, que la levée de cette nouvelle milice rend encose plus odieux, étant assez onéreuse au peuple et de peu de profit. C'est la condition présente di| Parlement, dont les assemblées n'ont produit tous ces jours aucune résolution considérable; il doit s'appliquer sans intermission à régler la forme du gouvernement et pourvoir à la sûreté publique et faire fonds pour les dépenses. J'apprends que depuis peu le Conseil a dépêché un vaisseau à la flotte avec quelques instructions. Le ministre de Suède, en ayant eu l'alarme, m'est venu voir, après une interruption de visite pendant huit jours, et a fait tout devoir pour tirer de moi quelque éclaircissement des intentions d'ici.

se plaignant de ce que^ dans les dernières conférences qu'il a eueS; Fon lui a témoigné de la disposition à obliger son mailre de se départir dé quelques avantages du traité de Roskield. Je n'ai point guéri ni augmenté ses défiances^ me tenant dans des termes généraux ; je l'ai assuré d'avoir^ suivant les ordres du roi^ passé les mêmes oflîces sous le présent gouvernement que du temps des Protecteurs pour porter l'Angleterre à s'armer en faveur de son maître^ non pas afin de favoriser la conquête du Danemark et de la Pologne^ mais bien pour le garantir de tant d'ennemis que cette guerre lui avait suscités et lui procurer une paix honorable, et sur ce que présentement les médiateurs étaient sur les lieux et que sans doute ils chercheraient tous les moyens de satisfaire les deux partis. J'ai ensuite convié ledit ministre d'écrire en ces termes à sa cour afin de la désabuser des impressions qui lui avaient été données que nous traversions ses desseins. Il a bien entendu que je lui reprochais d'avoir donné ce faux avis^ et s'en est voulu justifier en le désavouant et professant de reconnaître que j'avais agi fort avantageusement pour son maître; mais quoiqu'en effet ce dût être son sentiment ^ il a tenu un langage bien différent dans ses lettres. Le surplus de sa conversation me laissa persuadé que son maître ne s'ac^ commoderait pas avec la Pologne si facilement que nous le croyions s'il est obligé de faire la paix avec le Danemark. Je lui témoignai que la France ne souhaitait pas moins l'une que l'autre et que ce serait un traité de peu de force s'il n'était général. Cette raison ne sera pas de grand poids^ à moins qu'elle ne soit secondée par la nécessité de déférer au désir des autres nations^ et il est à craindre que l'Angleterre ne s'intéresse pas tant à la paix de Pologne qu'elle veuille la presser avec autant de chaleur que celle de Danemark^ pour laquelle il a été ordonné des instructions très-précises aux plénipotentiaires d'ici ; et si celles qui leur ont été envoyées depuis peu les mettent en liberté de laisser au roi de Dane* mark Drontheim et Bornohim, à quoi je vois toute apparence, il ne fera pas scrupule de traiter sans ses alliés, en ayant un

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70 Jf. de Bordeaux au cardinal Mazarm.

Londref, 7 Mût 1659.

Monseigneur^ La lettre dont Votre Éminence m'a honoré, en date du 23 juillet passé, me donne lieu de Tassurer que ma con«* duile a été fort conforme à ses ordres, et qu'il ne m'est point arrivé de laisser aller aucune parole capable de produire de la jalousie ni de faire espérer aux royalistes que le roi appuie leurs desseins; et je n'entretiens avec eux aucune relatioa que celle qui est nécessaire pour me mettre en état d'informer Votre Eminence des affaires d'Angleterre, Je ne puis en écrire aujourd'hui qu'une grande disposition à un soulèvement, non pas tant des seigneurs, de ceux qui ont été de tout temps pour la royauté, que de la noblesse commune, réputés presbytériens, que l'on croit assez portés à un gouvernement républicain; et il est certain que, depuis le rappel du Parlement, ladite noblesse a fait grand amas de chevaux, et que, suivant les mémoires qui ont été donnés, il en est pacti de Londres pour équiper une armée plus nombreuse que n'est celle du Parlement ; que beaucoup de gentilshommes se sont engagés à fournir un nombre d'hommes à proportion de leurs biens, qu'ils ont fait une division des provinces d'Angleterre, et que ces derniers jours chacun s'est retiré dans celle oii il doit servir , avec si peu de discrétion que beaucoup d'entre eux ont pris congé publiquement de leurs amis devant que de s'en aller à leur rendez-vous. Il m'est aussi rapporté que l'insurrection devait commencer à la fin de cette semaine, mais elle a été différée jusqu'à la prochaine, faute de munitions de guerre; que le roi devait passer en Angleterre, mais qu'il lui a été mandé de différer jusqu'à ce que ceux de son parti aient pu former un corps considérable, de crainte que, s'il venait plus tôt, toutes les forces de la république ne se tournassent contre lui et ne l'opprimassent devant que le secours lui pût être donné, ce qui ruinerait entièrement son parti; au lieu que le soulèvement étant géné- T. I. 27

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ral et les corps commandés par des particuliers^ la ruine de Tun ne sera pas de si grand préjudice à la réputation du partie et n'empêchera pas les autres de pousser leur pointe. L'on veut que le Parlement soit assez informé du dessein en général, mais non pas des particularités^ et qu'il ne soit pas en état de l'empêcher n'ayant pas assez de forces pour garder Londres et le plat pays. En effet les principaux du gouvernement sont ou affectent d'être alarmés^ et tous ces jours le Parlement ni le Conseil ne se sont occupés qu'à prévenir le mal qui les menace. Il a été fait un acte pour obliger, sous des peines très-rigoureuses, tous les maîtres de maisons^ tant de Loçdres que de la campagne, d'envoyer dans vingt-quatre heures un état de leurs armes et des personnes qui sont chez eux. Il s'est fait des recherches en beaucoup d'endroits^ et Ton a trouvé, chez des bourgeois de cette ville, des cuirasses et force balles d'acier. Quelques gentilshommes assez qualifiés ont aussi été arrêtés à la campagne, où l'on a envoyé de la cavalerie, principalement dans les provinces occidentales et méridionales^ d'où il se dit que le soulèvement doit commencer. Le Parlement a continué aussi de donner les ordres pour rétablissement des milices et fortifier les vieilles troupes par des recrues. C'est la présente disposition de l'Angleterre; tout le monde attend la suite, et beaucoup s'imaginent que les royalistes manqueront de cœur quand il faudra venir à l'action, la plupart de ceux que l'on croit engagés étant trop riches pour s'exposer^ à moins d'une division de l'armée qui a trop d'intérêt à se tenir unie pour que Ton en représente quelque corps bien intentionné pour la cause du roi. Il ne se parle même plus, depuis tous ces bruits, de la mésintelligence d'entre les grands officiers et le Parlement. Il faut que dans peu de jours cet orage soit entièrement dissipé, puisque l'emprisonnement de quelques-uns des principaux fera décou* vrir les autres complices, ou que toute l'Angleterre soit en armes. Je ne laisse cependant de témoigner aux ministres du Conseil le même désir de voir le Parlement; et sur ce que M« de Brienne m'a écrit que Votre Éminence trouvait h pro-

flîStORÎOÛES. il§

])08 que, potir le satisfaire et lui donner lieti de me faire plus d'honneur qu^à un atnbassadeur de Hollande^ de m'envoyer d'autres lettres de créance^ j'en ai fait part Aujourd'hui au sieur Vane, le cohtiant de disposer i'assemblëe à corres** pondre au procédé si obligeant de Sa Majesté ; il tn'a mandé que je pouvais attendre toutes les civilités que le Parlement pourrait me rendre, et s'est même fort étendu sur les bonnes dispositions de cette assemblée envers la France, quelle que pût être sa fortune^ et soit que l'Angleterre Continuât la guerre avec l'Espagne ou qu'elle fit la paix; sur le sujet de laquelle je dois rapporter que quelques autres ministres de de cet État ont laissé enlendie que ce n'était pas leur avan« tage de conserver des conquêtes au delà de là me)*^ que Dnnkerque était à charge et ne servait qu'à entretenir de la mésintelligence avec l'Espagne; qu'ainsi, s'ils en étaient crus, elle n'empocherait pas la paix. Ce sentiment de quel* ques particuliers ne doit pas être ptis pour celui de tout le corps ; il est néanmoins de quelque poids et fait voir que l'accommodement est ici fort souhaité. J'ai reconnu aussi qu'on était depuis peu rentré dans quelque jalousie de la France, et il m'est rapporté qu'elle était fondée sur les avis que M. Lockhart avait donnés par ses dernières lettres; j'y veux attribuer la curiosité que l'on a eue d'ouvrir les miennes de Tordinaire d'aujourd'hui, entre autres, celle de Votre Éminence dont le contenu doit avoir effacé toutes défiances. Je n'ai rien. Monseigneur, à ajouter des affaires du dedans d'Angleterre, le Parlement ayant seulement été occupé sur les milices et autres règlements qui regardent la sûreté domestique; il a remis cependant de délibérer sur la forme du gouvernement, quoiqu'il semble que, s'il l'établissait en parfaite république, ce serait apaiser grand nombre de mécontents. Il n'y a rien du dehors que les plaintes qu'ont faites les ministres de Suède au Conseil d'État, de ce qu'après avoir engagé leur maître dans une guerre pour l'avantage dé la cause commune, au lieu de l'appuyer, la République se joignait aux Hollandais pouf le priver du principal avantage

4i0 DOCUMSNTS

de toas ses traTauz, Ce discours tssex fier n'a pas fait cban*ger les résolutions déjà prises^ et ledit sieur Yane m'a mandé que les plénipotentiaires d'ici devaient avoir reçu les dernières instructions qui leur avaient été envoyées touchant le bailliage de Drontheim et les quatre cent mille rixdallersy et qu'ils agiraient en conformité avec toute diligence. L'ambassadeur de Portugal a cette semaine demandé audience du Conseil pour y faire nouvelle instance sur la liaison qu'il a déjà proposée avec l'Angleterre^ aux mêmes termes que sa cour l'avait demandé à la France, et aussi aGn d'exciter le présent régime à s'employer auprès des Provinces-Unies pour l'avancement du traité commencé par don Fernando de Telles; mais il ne croit pas que le roi soit en état aujourd'hui de l'acheter si cher, ayant besoin pour se soutenir de son argent; je ne vois pas de dispositions à lui donner une réponse fort favorable sur la première proposition, au moins devant que l'on ail des nouvelles de M. Lockhart^ l'esprit du gouvernement n'étant pas de s'engager dans aucune liaison qui lui produise la guerre

80 Le même au même.

Londm, l8aoaH659.

(Voir le no XXXII.)

9^ M. de Bordeaux au cardinal Mazarin,

Londrei, SI aoflt i6S9.

Monseigneur,

Je n'ai point encore vu le Parlement, n'ayant pas jugé à propos de demander audience devant que d'avoir concerté avec quelques ministres du Conseil ma réception. Le chevalier Yane et un autre me vinrent trouver hier; ils demeurèrent bien d'accord de la distinction que je prétends devoir être mise entre les ambassadeurs de France et ceux des autres États de moindre dignité, et professèrent que le Parlement se tenait obligé de correspondre aux civilités qu'a

HISTORIQUES. m

reçues son ambassadeur; mais ils ne pui*ent convenir des différences que je leur proposai, et même déclarèrent que le Conseil d'État n'était pas autorisé de délibérer sur ce sujet devant que le renvoi lui en eût été fait par le Parlement^ et désirèrent que^ pour lui en faire prendre la résolution, je fisse savoir à TOrateur la réception des nouvelles lettres de créance^ et que Sa Majesté entendait qu'il en fût usé en mon endroit avec autant de civilité que M. Lockhart en a trouvé en France. Je n'ai pas fait scrupule de suivre cette ouverture ; et si la disposition de ce corps est telle que lesdits ministres l'assurent, il se trouvera quelque expédient qui ter^ minera notre démêlé avec mutuelle satisfaction. Je me prévalus de cette entrevue pour savoir les résolutions qui avaient été prises sur les affaires du Nord, et il me fut confirmé que le Parlement avait approuvé la dernière convention faite à la Haye entre le sieur Downing et les commissaires des États-généraux, que les plénipotentiaires d'Angleterre avaient aussi ordre de presser le roi de Suède de remettre aux médiateurs ses prétentions pour les places qu'il possède en Prusse, mais non pas jusqu'à faire les déclarations qui lui doivent être portées pour mettre tin au traité de Danemark, sur lequel il me fut dit que lés deux rois se plaignaient également des deux républiques, mais que l'Angleterre n'était pas en condition d'agir autrement ni de tenir sa flotte plus longtemps en mer* Ainsi Ton peut, avec beaucoup de fondement, attendre que ce traité sera bientôt en sa perfection. Je fis aussi convenir lesdits ministres des réformations nécessaires dans la ratifiication du traité de la Haye, et ils s'excusèrent du retardement sur les grandes occupations que le Conseil avait eues dans ces derniers temps. Après que j'eus tiré d'eux les éclaircissements que j'en désirais, ils me demandèrent des nouvelles de ce qui se passait entre Votre Ëminence et don Louis de Haro, se plaignant de n'en avoir pas reçu depuis le \^^ de ce mois, et ils passèrent ensuite à une espèce de reproche de la disposition où l'on était en France d'assister le roi d'Angleterre aussitôt que la paix

W PQCUlfSNXS

d*Espagiie serait signée, fondant ce discoors sur qnelqiies ans qu'ils disai^t aToir reçus depuis peu^ que déjà il se faisait des préparatib dans nos ports pour celle expédition. Je lear témoignai que celte défiance ne pouvait être donnée que par des ennemis communs de la France et de TAnglelerrei et qu'il n'était pas à présumer que le roi youlût sortir d'une guerre qui lui pouvait produire beaucoup d'avantages pour entrer dans une autre d'aucune utilité et contre ses alliés^ qu^ainsi le Parlement devait seulement se mettre en peine des mouvements domestiques et des mécontentements de la ville de Londres. Cette réponse donna lieu auxdits ministres de parler de leurs affaires, et il me parurent pleins de confiance que la yille ne se soulèverait point, et que le parti du cheya- Ûer Booth n'était pas en état d'attendre )e corps que commande le sieur Lambert; ils m'exagérèrent aussi les grandes forces qu'a présentement sur pied le Parlement et les grands dangers dont il était autrefois sorti avec bien moins de puissance, y ayant aujourd'hui, compris les milices, plus de cent mille hommes sous les armes. J'assurai que le roi apprendrait avec joie ce bon état et que la tranquillité se rétablît en Angleterre ', elle n'y est pas néanmoins encore puisque les soulevés ne sont pas dissipés et que leur nombre passe pour être plus considérable que les minisli-es du gouvernement ne le publient ; il est vrai que l'on n'entend point qu'ils aient exécuté encore aucune entreprise, ni même réduit le château de Chester ; ils se sont contentés jusques à cette heure d'envoyer des partis pour ramasser des armes, s'emparer de quelques châteaux et exciter les peuples que l'approche de l'armée rendra plus froids qu'ils n'ont d'iû)ord paru^ mais quand cette première chaleur ne serait point passée , il n'est pas à croire qu'à moins d'une fortune extraordinaire les soulevés se puissent défendre contre toutes les troupes du Parlement; et aussi se sont-ils attendus que les autres provinces prendraient les armes en même temps, et principalement la ville, ce qui serait arrivé sans les diligences qui se sont faites pour l'empêcher. Il y eut encore avant-hier grande alarme de Lon-

msioBiQUEs. m

dres^ et le Conseil d'Etat manda sur le soir le maire et les échevins; le président leur fit uu^ déduction des dangers oii toute la nation avait été, du dessein qui avait été formé de piller la ville et des véritables motifs du soulèvement arrivé dans la province de Cbester ; la conclusion fut une invitation de concourir avec le Parlement pour prévenir de si grands maux, et ensuite la lecture d'un acte du Parlement qui dé»clare le chevalier Booth et tous ceux de son parti ou qui lui adhéreront traîtres à l'Etat. La lecture en fut faite à l'issue dans toutes les places de la ville en présence du maire et à la tète de deux compagnies de cavalerie^ soit que ce procédé résolu ait intimidé les bourgeois ou que d'ailleurs la crainte que la populace ne se prévalût de l'occasion pour les piller ait changé les résolutions, la nuit du mardi au mercredi , qui devait produire une grande insurrection, a été aussi tranquille que les précédentes. Le Parlement ne laisse pas de prendre des précautions contre la mauvaise volonté qui continue, et il a, suivant l'offre que les sectaires ont faite de s'armer, ordonné la levée de trois régiments, dont le sieur Vane commandera l'un. Ceux qui sont venus de France sont aussi entrés dans Londres et il ne se laisse aucune personne suspecte en liberté. Si les presbytériens, que l'on croit intéressés à conserver le parti du sieur Booth, ont à faire un effort, ce doit être bientôt. Autrement ils ne seraient plus à temps; c'est de quoi Votre Éminence sera informée par mes premières.

iO» Le même au même.

Lanàru, 1er Mplembr« 1659.

Monseigneur,

Lalettre dont Votre Éminence m'a honoré le 14 août ne parlant que des difficultés qui se présentaient dans ma réception, j'y répondrai en lui faisant savoir que je fus enfin avant-hier averti par le maître des cérémonies que le Parlement me donnerait audience ce matin et que le comte dePembroke, le général Fleetyrood et le chevalier Vane m'y conduiraient. Ces deux

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asrm été m effet 4e ojaplûsuice; comme Ds M'ont gBé beanoMp ^ ntûficijoo, f ea ai ansâ ée ma paît pio- Cesfé mw entière des cniiîtés da Fulement, et giaDde partie de noire coovermlîoo dans l'aller et dam le retoor n'a été ^nne matuelle protestatioo dn désir ifaToot le rai et h RépoblM{oe de maintenir nne parftite correspondance entre les detti Étals. Le sorples de notre entretien foa saroir Fétat présent de TAngletcfre. Ib m'ont âssoré qoe ce matin le Parlement avait reçu la eonfirmation, par là lettres du général Lambert, d*one noarelle qui fnt apportée dès ayant- » .^ ^ hier an soir, de la déroote dn cberalier Booth et des siens^

arrivée jeadi 28 da passé, sur les onxe heures du malin, proche le boorg de Northwich, ^ dix ou douze milles de Chester* Devant que de venir an combat, le dit chevalier avait envoyé proposer un accommodement afin d'éviter l'effugion du »ang, et offrir de se soumettre à un Parlement libre. Ledit Lambert avait répondu que ses ordres lui donnaient

HISTORIt^UES. 4S5

seulement pouvoir de combattre, qu'il n'y avait point d'autre accommodement que de mettre les armes bas, qu'en ce cas il s'emploierait de tout son cœur auprès du Parlement pour lui procurer sa grâce. Cette proposition ne fut point agréable, et les soulevés, préférant la fortune du combat, vinrent les premiers à la charge ; mais après avoir fait leur décharge d'assez loin, tant la cavalerie que l'infanterie, ils se retirèrent en désordre dans la ville de Chester, à la faveur des bois et chemins creux. L'aitnée du Parlement les a poursuivis, faisant beaucoup de prisonniers et répandant fort peu de sang. Les victorieux ne parlent que de quatre hommes de tués de leur côté, et prétendent que leur nombre était bien inférieur à celui des vaincus, qui avaient deux mille deux cents hommes de pied et environ quatre mille chevaux. Les royalistes ne demeurent pas d'accord de cette histoire, et veulent que le chevalier Booth ait seulement séparé ses troupes, jetant son infanterie dans Chester, et qu'il soit encore en campagne à la tète de la cavalerie, avec dessein d'éviter le combat décisif et d'attendre que la ville de Londres ou quelques autres provinces se soulèvent ; mais il est peu vraisemblable que les ministres d*Etat annonçassent si positivement une nouvelle de celte qualité si elle n'avait quelque fondement, et il me parait seulement par leur discours que la défaite n'est pas si grande qu'il ne puisse encore rester des corps entiers capables de conserver la ville de Chester et d'entretenir la guerre quelque temps, les généraux de ce pays étant plus propres pour la campagne que pour les sièges. L'envoi de deux régiments d'infanterie, depuis même la venue de ces bonnes nouvelles, laisse croire que la guerre n^est pas encore tout à fait finie, quand la déroute serait véritable comme je le présuppose. Il est d'ailleurs très-certain que depuis deux ou trois jours le Parlement témoigne plus d'alarmes que par le passé, jusques-là qu'il se doit défendre que personne n'ait à sortir de sa maison passé neuf heures du soir ; ainsi en usa autrefois Guillaume le Conquérant pour se défendre de la mauvaise volonté des habitants du pays^ elle n'est guère

moindre aujourd'hui, et si quelque disgrâce arrivait au régime d'Angleterre, il aurait de la peine d'en revenir. Sa déGaiicc est aussi augmentée par les avis qui lui sont venus que le roi est descendu en Angleterre et que même il est dans Londres, ce qui a donné lieu à des recherches très-exactes toutes ces nuits, sans en excepter les collèges et autres lieux publics où Ton a pris toutes les armes qui se sont trouvées; il ne sera pas néanmoins difficile au roi de se tenir caché ; mais je ne vois pas grande apparence de succès à ses dessein^ après la disgrâce arrivée au sieur Booth, si elle est telle que rÉlat l'a publiée, étant à présumer que les mécontents seront bien refroidis, et que ceux qui sont restés en armes se porte* ront avec joie à les quitter si le Parlement n'use pas de rigueur en leur endroit. Il ne se doit pas néanmoins parler bien positivement de l'avenir jusques à ce que l'on ait des nouvelles plus paiiiculières de cette rencontre dans laquelle peu de personnes ont été tuées de part et d'autre* Je n'ai point appris qu'il soit arrivé aucun avis de Zélande; seulement m'a-t-il été confirmé que partie de la flotte d'Angleterre est rappelée et que MH. les États-généraux sont convenus de retirer pareil nombre de leurs vaisseaux. Les commissaires du Parlement n'ont pas manqué de me demander des nouvelles de la conférence de Votre Éminence et de don Louis (le Haro; je leur ai fait savoir ce que les lettres parti-^ culières de M. Lockhart m'en ont appris. Le Conseil d'Etat en aura sans doute reçu de plus certaines, mais aucun d'eux n'est de ce corps ; ils m'ont parlé de la paix avec l'Espagne aux mômes termes que j'avais entendu d'autres, jusques à laisser aller que la conservation de Mardick et dé Dunkerqup n'était pas assez avantageuse à l'Angleterre pour devoir empocher l'accommodement. Le chevalier Yane et les autres, qui ont la principale direction des affaires étrangères, peuvent ôtre d'un autre esprit. Je ne manquerai pas de satisfaire à ce que Votre Éminence m'ordonne touchant la vente des meubles du roi, quand il s'en parlera; maintenant l'on ne songe qu'à faire argent du bien des soulevés et qu'à déclarer

SISTQRIQUSS. 4S7

traîtres quelques seigneurs qui se sont mis en Armes dans les proviDces.

!<" if. de Bordeaux au cardinal Mazarin.

Londrei, 8 m«i i65Q,

Monseigneur^ Les trois dernières lettres que vous m'avez fait Thonneur de m'écrire les 16 et 30<^ du passé et 4<^ du courant^ m'ont été rendues depuis si peu de temps que je n'ai pu faire autre diligence pour satisfaire au contenu que de demander conférence au secrétaire d'État^ qui m*a remis à demain. Le prochain ordinaire informera de ses sentiments sur ce que je lui dois communiquer, si déjà H. Lockbart ne ne les a reçus ; les embarras domestiques semblent empêcher que Ton ne se détermine ici avec toute la promptitude qui serait à souhaiter^ mais aussi laissent-ils lieu de croire que la suspension d'armes n'y sera pas rejelée, et que même elle est assez nécessaire pour donner à M. le Proteclcur et aux chefs de l'armée temps de se reconnaître^ et de former un gouvernement. Il me parait aussi, par le discours de différentes personnes, que l'on juge être de la dignité de l'Angleterre de faire la paix par un traité particulier, et sans doute il sera désiré d'en user de même à Tégard de la trêve; si ledit sieur secrétaire d'État n'avait pas encore envoyé les instructions de M. le Protecteur sur l'un et l'autre point, je le presserai d'user de diligence, et lui ferai entendre qu'au cas que Sa Majesté ne puisse différer la conclusion de la trêve, elle prendra toutes les sûretés nécessaires pour la, conservation de Dunkerque, en quoi l'Angleterre est seulement intéressée, puisque la cessation d'armes ne peut point s'étendre sur la mer. Quant aux guerres du Nord, après les ordres qui ont été envoyés au général Montagne^ les déclarations qu'il a

faîtef aux rois de Suède et de Danemark, et le consentement que M. le Protecteur a donné à un traité entre la France^ TÀngleterre et les ProYÎnces-Unies^ pour Tayancement de la paix de ces quartiers^ il n'y a rien à en désirer que Tampliation de quelques articles qui concernent l'intérêt particulier desdites proirinces ; leur ambassadeur l'a demandé tous ces jours avec instancCi et je me suis engagé d'en parler au secrétaire d'Étal , ne voyant aucun inconvénient à user de cette complaisance^ si ce n'est que le temps n'est guère propre pour traiter ici présentement des affaires du dehors. Ha précédente lettre n'a pu faire savoir l'élat de celles du dedans et ne pas exciter quelque curiosité; il s'y sera remarqué que le Conseil général des officiers avait député dix des principaux d*entre eux pour diriger les matières; leur première démarche a été de faire payer trois mois aux troupes du fonds qui s'est trouvé dans le trésor du public ; ce beau commencement n'a pas empêché que, s'étant reconnu par leurs délibérations et négociations avec M. le Protecteur, qu'ils étaient entièrement portés à lui conserver le titre et les apparences de l'autorité pourvu qu'il renonçât au commandement de la milice, tous les officiers subalternes, de leur propre mouvement ou à l'instigation de quelques républicains, ne se soient détachés d'eux, et s'étant assemblés dans l'une des garnisons, ils se sont ouvertement déclarés pour le rétablissement de la république et le rappel du Long Pariement, à l'exclusion des membres qui furent contre la mort du roi; ils ont aussi professé de vouloir remettre en charge tous les officiers de Tannée cassés par le défunt Protecteur pour ne s'être pas voulus soumettre à son gouvernement. Un troisième corps s'est formé de quelques quartiers -maîtres et caporaux auxquels se sont joints des sectaires de toutes espèces qui sont aussi pour la république. Ces différentes inclinations et la fermeté que les chefs ont reconnue dans les subalternes leur ayant fait perdre l'espérance de réussir dans le dessein qu'ils avaient de gouverner sous le nom de M. le Protecteur^ ils ont ce soir pris le parti de s'accommoder à la

multitude pour n'en être pas almndonnési et à cet effet ont d^jà résolu de rappeler le Long Parlement pour gouverner jusqu'au mois d'août^ et cependant établir les fondements d'une parfaite république; après quoi il se séparera laissant un Conseil jusqu'à ce qu'un autre Parlement ait été assemblé ; de casser les officiers qui ont adhéré à M. le Protecteur^ et d'établir en leur place ceux que le défunt Protecteur avait réformés, ou qui d'eux-mêmes s'étaient retirés pour ne pouvoir souffrir son gouvernement. J'apprends même que déjà le général-major Lambert a «u son régiment que commandait le milord Faulconbrige, qui s'est retiré le jour même de la dissolution du Parlement ; par ce changement il se peut juger que M. le Protecteur est en mauvaise condition^ puisque les plus grands ennemis de sa maison et du gouvernement monarchique rentrent en charge. 11 se voit aussi que les sieurs Fleetwood et Desborough se sont trompés dans leurs mesuras, et que par le rétablissement de Lambert l'autorité tombe de leurs mains^ étant plus habile et plus accrédité qu'eux dans les troupes ; aussi ne se sont-ils portés à cette résolution qu'à toute extrémité. 11 poiurra même y arriver encore quelque changement en ce qui regarde le rappel du Long Parlement, pour n'y avoir aujourd'hui que fort peu de députés en état de s'asseoir, et aussi à cause de la grande répugnance que le peuple et partie de l'armée témoignent en avoir; aussi l'on peut encore attendre les nouvelles du prochain ordinaire devant que juger du gouvernement qui doit être en Angleterre, et de la destinée de M. le Protecteur auquel ces divisions laissent quelque espérance; si l'armée d'Irlande ou d'Ecosse se déclarait en sa faveur, elle serait mieux fondée. Les officiers d*ici sont persuadés que ni l'une ni l'autre, principalement la dernière, n'entreprendront sa querelle, et néanmoins les courtisans attendent beaucoup du général Monk, et de l'inclination que les troupes ont dans ces derniers temps témoignée au milord Henry. Quant à la flotte, on ne s'en met guère en peine, étant composée d'officiers républicains sur lesquels le général Montagne n'aura pas

M DOCVMSKTS

grand crédit, <mtre qu'à moins d'une diTÎdon entre les armées de terre, elle ne peut nuire à ancnn partie si ce n'est qu'elle se rendit au roi d'Angleterre, ce qui n'est pas appréhendé, les chef, officiers et matelots ayant leurs biens et familles en Angleterre, qu'ils ne hasarderont pas légèrement. Pendant ces agitations et irrésolutions, M. le Protecteur demeure en quelque manière d'arrêt, la garde l'obserre, peu de personnes le voient, et ses principaux amis s'éloignent. La ville demeure aussi sans prendre parti; mais le maire et quelques colonels de la milice se sont déclarés favorables aux desseins de l'armée, et la plupart des autres bourgeois qui se sont enrichis des dépouilles des évoques et des biens conGsqués, crainte de la division qui ouvrirait la porte au roi d'Angleterre, sont très-disposés à suivre le même exemple; quelques presbytériens seulement paraissent d'humeur plus remuante; mais s'ils prenaient les armes ce serait plutôt pour rappeler le roi qu*en faveur de M. le Protecteur, auquel j'ai assuré le secrétaire d'État que Sa Majesté apprendrait avec beaucoup de regret sa condition présente, et de lui offrir ce qui est au pouvoir de la France, capable de contribuer à la réconciliation et à son avantage; je m'étendrai demain davantage sur ce sujet, évi« tant néanmoins de rien avancer qui blesse la présente puissance. Cest toute la diligence qui se peut faire dans Tincertitude des événements, dont les peuples en apparence ne sont guère touchés ; les changements leur sont si ordinaires qu'ils regardent celui-ci avec un* esprit fort indifférent. Je fais état de répondre plus particulièrement par ma précédente au surplus de ce qu'il a plu à Votre Éminence de mMcrira par ses dernières lettres ; cependant, je n'ai qu'à la supplier de croire que je suis avec respect, etc.

2» Le même au même.

Londres, 16 juin 1659,

Monseigneur, Je n'ai point été honoré de lettres de Votre Éminence ces derniers jours, et il ne s'est rien passé ici de fort consi-

dërable ; mais j'ai, ces derniers jours, vu quelques ministres de rËtat et des royalistes; de la conversation des premiers, il me parait que Ton attend ici que la France et TEspagne troubleront l'établissement de la république d'Angleterre autant qu'elles pourront, et que le Parlement prend des mesures sur ces mauvaises volontés en mettant une puissante flotte en mer; que même l'ordre a déjà été donné pour croiser devant Ostende et Nieuport ; que, pour ne pas aliéner les Hollandais, ce régime tâcbera d'entretenir une parfaite correspotidance avec eux et leur donnera toute satisfaction dans le traité qui se doit négocier entre les princes du Nord. Je reconnais aussi que les principaux du Parlement sont d'accord avec les cbcfs de l'armée , que tous veulent former une république dont ils aient l'administration entière sans laisser au peuple que l'apparence du pouvoir , mais qu'une grande partie du Parlement veut que chacun à son tour vienne au gouvernement, et que ceux-ci fomentent les soldats et officiers subalternes pour repousser le dessein des autres, ce qui pourrait bien produire une dislocation du Parlement, composé de personnes dont lés inclinations et intérêts sont fort différents, quoique le nombre ne soit que de quatre-vingts, pour être quelques-uns de ceux qui ont le plus agi sous le Protecteur, par cette considération, dégradés de leurs emplois et missions, les autres de vrais républicains qui parlent contre l'armée avec le même emportement que s'ils ne lui devaient pas leur retour et rétablissement. Le troisième parti est de ceux qui ont contribué avec les officiers à détrôner le Protecteur, et conviennent avec eux pour faire établir un gouvernement tout particulier, et ce sont les plus habiles. Comme ils ne sont pas en si grand nombre que les autres, il leur faut user d'adresse, et beaucoup s'imaginent que, s'ils pouvaient conserver l'autorité, plutôt que de la remettre entièrement aux mains du peuple, ils rappelleraient le Protecteur et gouverneraient sous son nom. Cette diversité de desseins tient les esprits en suspens, et il ne faut point douter que, sans la jalousie du dehors, elle ne causât quelque division considé-

rable. Quant anx royalistes^ ils sont persuades que l'irrëgolarîté du présent régime et la crainte des secousses excitera^ en ceux même qui ont été les plus grands ennemis du Roi, on grand désir de le rappeler^ que beaucoup de gentilshommes^ non pas de la première noblesse fort décréditéc, mais considérés dans le pays^ entrent dans ce même sentîmenty et qu'ils sont résolus de prendre les armes aussitôt qu'ils Terront la moindre apparence de réussir. L'on me rapporte que la division dans Tannée, ou une descente d'étrangers que le roi d'Angleterre fait espérer, leur semble nécessaire, et ils auraient peine à se soulever sans l'un ou l'autre, la plupart d'entre eux étant trop riches pour se hasarder mal à propos et reconnaissant que ce serait réunir les partis que de se déclarer devant le temps , la ville de Londres se trouvant assez partagée et ainsi peu disposée à s'armer, encore que les troupes de l'armée fussent attirées au loin par un soulèvement. J'ai vu aussi le sieur Tiennes , ci-devant garde des sceaux, pour découvrir s'il restait quelque espérance à M. le Protecteur ; je trouve qu'il blâme sa conduite, la comparant à celle de Roboam ; il me parut avoir quelque connaissance des dernières propositions que j'ai faites au sieur Thurloe, laissant aller que ce ministre n'était pas homme à entrer dans des desseins de guerre et que la Providence divine ayant Toulu ainsi disposer du gouvernement d'Angleterre , il n*y avait d'autre parti à prendre que celui de la soumission. Ce n'est pas qu'en même temps il ne professât de croire que la division se mettrait entre l'armée et le Parlement, chacun de ces corps voulant gouverner. De ces discours, il se reconnaît que du côté de M. le Protecteur il y a^eu de chose à espérer, puisque ses plus confidents ministres en ont si mau* vaise opinion, et que le retour du roi d'Angleterre a plus d'apparence ; que néanmoins tout est fort incertain sans une division. J'ai encore appris que le sieur Talbot a eu ordre de Flandres de ne plus parler d'accommodement avec TAngleterre jusqu'à nouvel ordre. Il s'est publié ici que M. Lockhart avait reçu de l'argent du roi devant son départ de Paris,

qu'il devait lui livrer la place et qu^à cet effet 4e3 troupes aiiglaises qui sont dans notre service s'en étaient approchées. C'est sans doute ce qui donna lieu aux ministres du Conseil de me demander si je savais le motif de leur marche. Il est à croire que ledit sieur Lockhart aura dissipé ce soupçon et que^ s'il ne me voit pas^ c'est pour ne pas en donner de soimême.

Il est arrivé deç nouvelles du Sund «qui assurent que la flotte commandée par Ruyter était à la pointe Sckagin et que l'amiral Opdaih était dans le grand Belt avec les vais-* seaux danois; l'amiral Montague^ qui se trouve être des* colonels réformés^ est à Croûembourg; il lui a été dépêdié un exprès d'ici depuis peu de jours pour l'informer de la résolution prise- d'exécuter le traité/signé à La Haye^ et qu'il devait être envoyé des. commissaires du Conseil, que quelqpes-uns voulaient avoir aussi ordre de proposer une ligue* entre l'Angleterre j Içs rois de Suède et de Danemark et les Provinces- Unies pour s'opposer à celle que Ton prétend être faite, en Ire la France et l'Espagne, à la ruine dés États .protestants.' Ce nfest qu'un bruit qui ne trouve pas entière créance; xnais il ne se .doute plus que la paix et le mariage du roi avec Tinfante d'Espagne ne soient conclus^ ni que Yotrc Éminence ne parte bientôt pour- Bayonne. C'est ce qui me donne lieu de lui demander comme^ une grâce très-particulière qu'elle me permette d'être du voyage ; si mes services étaient nécessaires ici, je ne lut ferais pas cette prière avec tant d'instance, mais dans la conjoncture présente il n'y a rien à faire en Angleterre^ et mon absence peut servir d'un prétexte pour différer la reconnaissance du Parlement; s'il n'est pas jugé encore à propos de faire cette démarche *

30 if. de Bordeaux au comte de Brienne,

,- Londres, 16 join 1659.

Monsieur, .

J'ai vu par la lettre qu'il vous a phi de m'écrire le '8 du T. I. 28

courant que la résolution de reconnaître le nouveau répme d'Angleterre avait bien été prise dans le conseil du Roi^ mais qu'il y avait été jugé de la bienséance de différer cette démarche jusqu'à ce que le Parlement eût, par quelque écrit, donné des marques de ses inclinations et de son respect envers la France

Je n'ai pa^ néanmoins manqué, aussitôt que la volonté du Roi m'a paru, de ménager l'entrevue de quelques ministres du Conseil et de leur faire entendre les présentes dispositions de Sa Majesté envers le régime d'Angleterre, et ce qu'elle en attend devant que de lui en donner des démonstrations publiques ; j'accompagnai cette déclaration d'assurances fort positives qu'elle voulait entretenir Tintelligence entre les deux nations, afin d'éloigner la pensée, que l'on pourrut autrement avoir ici, que nous ne songeons qu'à ménager du temps pendant lequel il se prendra des mesures contre rétablissement de la République, conmie le bruit s'ç^n est déjà répandu, et que même il se projetait un traité à cette fin entre la France et l'Espagne, ce qui n'excite pas ici de petites )4jousies, Lesdits ministres du Conseil d'Etat reçurent mon discours sans témoigner de prendre en mauvaise part la déférence que Sa Majesté désirait, et se chargèrent en quelque façon d'y porter le Parlement, sans laisser connaître au public qu'il fit une démarche recherchée. Je me prévalus de la même occasion pour leur parler des affaires de Suède aux termes qui me sont prescrits, et ils me confirmèrent que le Parlement était bien intentionné pour la paix du Nord, que pour l'avancer il avait été résolu' d'envoyer à la flotte deux conseillers d^Etat dont l'un d'entre eux avait été choisi pour négocier, en qualité de plénipotentiaire, cet accommodement, et que devant leur départ j'aurais communication de leurs ordres, qui ne peuvent tendre à favoriser les conquêtes du roi de Suède. Après tant de belles paroles et démonstrations d'amitié qui ont été données à l'ambassadeur des États-généraux I dont la puissance maritime ne pouvait

<(u'être beaucoup appréhendée dans l'état présent d'Angleterre, il ne faut pas douter que les Provinces-Unies ne soient fort ménagées et caressées, encore que la France ne s'entra mette pas pour entretenir Tamitié entre les deux républiques'; ce n'est pas qu'il ne soit jugé que celle-ci détruira l'autre un jour. Mais ceux qui gouvernent la Hollande aujourd'hui, appréhendant que le rétablissement du roi d'Angleterre ne favorisât celui du prince d'Orange^ ils songent plutôt à prévenir le mal prochain que de l'éloigner, et ils pourraient bien par ce moyen prendre des engagements avec la république d'Angleterre, de laquelle le roi recevrait tout devoir d'amitié et aide dans ses desseins s'il guérissait les jalousies que Ton a ici de son aversion contre la forme du présent gouvernement. Pour se garantir de la mauvaise volonté et des entreprises que les princes du dehors pourraient former à son désav>antage, il fait état de mettre en mer de si grandes forces navales que les troupes étrangères ne puissent passer en Angleterre ; pour celles du dedans, elles semblent aujourd'hui si disposées à maintenir la République que le roi d'Angleterre ne doit pas attendre qu'elles le rappellent^ ni que la diversité des sentiments qui semblent être entre les grands et les petits officiers produise jamais de la division entre eux. Il y a^ en effet, plus de sujet à croire qu'ils s'accordent, et peut-être à la ruine du Parlement dont une partie suscite les derniers afin d^obliger les autres à se départir des instances qu'ils font sur l'établissement d'un Sénat en pouvoir égal avec les Parlements. Cette question n'est point encore terminée et le mécontentement qu'elle produit entre ces deux corps remplit les royalistes de beaucoup d'espérance. Il ne faut pas douter que tous les vieux seigneurs du pays ne soient dans ce parti; néanmoins la plupart sont si rebutés et curieux de conserver leurs biens, qu'à moins de voir un succès certain ils auraient de la peine à se soulever. L'intérêt du roi est aussi appuyé par les presbytériens, quoique républicains dans leurs priocipesy et c'est la seule crainte de ces sectaires que les anabaptistes et autres sec*

436 DOCOM^NTS

. taires né gouvernent qui les porte contre* le présent régime; s'ils avaient les armes en main et se trouvaient les plus fôrts^ peut-être changeraient-ils dé sentiments. Leur mauvaise volonté oblige le- gouvcrneoient à mettre les armes du pays entré les mains des sectaires/ même des Trembleurs^ qui jusqu'à celte heure avaient affecté de ne réchercher que Ja paix avec la liberté de conscience. L'fesprit de Dieu^ suivant lequel ils se règlent, leur permet maintenant de se mêler des affaires du mohde^ et le Parlement semble se vouloir ^rvir d'eux, il n'y a rien de fort considérable h écrire des délibérations de

. cctt^ assemblée ; elle a principalement été occupée la semaine passée sur l'acte d'indemnité q^e l'a]rmée désire^ sans que néanmoins il ait encore été entièrement résolu^ à cause des

. restpctions que les Uns et les aulires. y veulent apporter^ contre les sentiments des officiers qui souhaitent un oubli général de toui ce qui s'est passé sous le précédent gouvernement. L'établissement de la Chancellerie et le choix dés gardes du sceau a aussi occupé une partie des dernières séances., Et enfin le sieur Bradshave qui a présidé au p;i*ocès du Roi et deux avocats ont été subrogés à la place des anciens officiers^ quoique l'un de ceux-ci. soit encore. du Conseil d*État et même ait été plénipotentiaire pour le traité de Suède et qu'il fût d'ailleurs appuyé par ie' lieutenant général

. Fleetwood. Le Parlement a encore^ ces derniers jours, résolu d'augiâenter la paie à chaque soldat d'infenterle d'un sol par joui*, et celle des cavaliers de'tuois, que le défunt protecteur leur avait retranchés. La ^ille de Londres présenta une requête, il. y a deux jours, ten4&Qt à ce qu'il soit établi un gouvernement moins sujet aux changements, que. personne ne soit molesté ni inquiété. dans sa conscience^ que les minisires jouissent des revenus qui leur sont; loyalement acquis, qu'il soit pourvu à la sûreté du commerce et à te que la ville pomwoie aux charges de sa milice^* la lecture ayant été faitc^ l'orateur remercia les députés des expressions affectueuses de la i*equête2 et feur fit «sperer qu'il serait pourvuau contenu. Il «si aussi arrivé des officiers de l'armée d'Irlande

avec des propositions un peu dures^ mais Uoa prçtbnd qu^eHc né désiré pas d'obtenir tontes sesdemandesy et eblrc autres t;elles qui concernent Pinterêt de milord Henry^. Le'Gonseil d'Etat' a fait abattre la cliapelle oîi était exposée l'effigie du dëbinf Protecteur, qui ne parait plus, et le concile auquel l'examen des dettes de M. leProtectenr avait été i;envoyé a trouvé à propos qu'outre le' paiement de ses dettes^ il lui fût donné cinq mille liyres sterl. de revenu en fonds de terre à perpétuité, et jusqu'à ce qu'il s'en soit trouvé, de lui en assi« gner dix mille à prendre tous les ans sur le^ poster. M. Lockhàrt est arrivé la semaine passée et s'est envoyé excuser sur 'ses grandes affaires de ce qu'il ne me visitait pas. J'avais parlé de lui en quèlqj^és occasions. aux termes qui sont désirés,* et .trouvé assez de disposition à le maintenir dans ses emplois, outre que le» sieurs Fleetwood et Désborough; oncles de sa femme^ sont encore assez considérés dans le gouvcrae* m'en!, et que sa soumission à fort satisfait ;vir y a -si peu de jalousie de là famille de M. le Protecteur que Ton ne fait pas grand scrupule d employer ceux qui se tiennent attachés. J'apprends len finissant là-présente que le Parlement a résolu aujourd'hui que sa séanccnc s'étendra pas au-delà du l«r mai prochain, que le sictu' Fleetwood ne sera lieutenant général qu'aussi longtemps que le Parlement sera assis, s'il n'en est autrement ordonné devant sa sépai'ation ; que des sept qui doivent nommçr les ofûciers de Tarmée, il y en aurft au inoins cinq de présents, et que le» provisions sçront expérdiécs gratifi aU nom du Parlement; demain il se doit traiter ' de là forme du gouvernement:

4oJ!f, de Bardeaux au cardinal Mazarin.

• Londres, 1er 'septembre 1659.

(Voir, le n« XXXIV.)

5« Le même au inéme.

Londres, 27 septembre 1659.

Monseigneur, . •

Je vous, ai écrit il y a trois jours par te comte de Furslèm-

438 DOCUHENTS

berg pour'Toas «tloer* Hîer^ nof nouTelles de Hollande sont venues^ et comme les miennes disent des choses un peu con* sidërables, je tous écris pour tous en faire part.

Les ambassadeur» d'Angleterre et des Élats généraux, ayant enfin disposé le roi de Danemark à accepter aveuglément la médiation^ se transportèrent près du roi de Suède qui les attendait dans une tente d'armée qu'il ayaitfait tendre entre son quartier et celui des ambassadeurs j ayant près de lui quelques sénateurs de Suède et grande suite 'd'officiers ; les ambassadeurs arrivés et reçus à la conférence et audience^ le sieur Sidney^ ambassadeur anglais^ portant la parole et parlant au roi» lui dit en peu de discours, mais beaucoup de bonnes raisons, la nécessité qui devait disposer le roi de Suède de faire la paix et celle qui avait porté ses alliés de convenirentre eux de quelques conditions qu'ils avaient jugées utiles pour leurs intérêts communs et pour les siens particuliers; et après, lui voulant communiquer ce projet de traité arrêté à LÀ Haye en juin dernier entre la France et l'ADgle* terre et les États-Unis, le roi ne le voulut ni voir ni entendre, mais parlant et s'adressant premièrement aux ambassadeurs d* Angleterre, il leur dit : « Je tous accepte bien pour mes médiateurs tant que vous demeurerez dans les termes de bons amis, mais non pour mes arbitres; » et se tournant et s'adres* sant aux ambassadeurs des États-Udis, il leur dit : n Je tous refuse pour mes médiateurs , puisque tous êtes mes ennemis. » Sur quoi tous les ambassadeurs se parlèrent ; lui parla aussi à part aux sénateurs de Suède ; et les ambassadeurs ayant entre eux résolu de se retirer sans parier davantage, se retirèrent et le firent savoir au roi de Danemark qui les a requis que, conformément audit projet, ils veuillent le secourir et agir contre le roi de Suède, leur ennemi commun, ce qui lui a été accordé. Ledit roi de Danemark a aussi et incontinent aTerti les États généraux de tout, et les prie de Tassister, et il a dépêché Ters TElectenr de Brandebourg pour le prier de retourner avec les forces de la ligue que les flottes pourront porter partout.

l*ai oublié ci*dessus qu*apcès que le roi de Suède eut ainsi parlé aux Anglais et Hollandais, il ajouta : a Vous faites des traités sur vos flottes et moi je prends mes résolutions sur mon épée. »

Et les ambassadeurs d'Angleterre ont résolu de renvoyer partie de leurs navires^ et d'en laisser 15 ou 20^ pour demeurer et hiverner^ au secours du Danemark; les Ëtals en laisseront autant; avec cela ils en auront assez pour chasser les Suédois de la mer, étant résolus d'envoyer en Angleterre pour le ravitaillement de ces navires devant Thiver^ ce qu'ils pouiv ront faire trois fois si ils veulent. Ainsi voilà le roi de Suède attaqué par les Polonais dans la Prusse qui ont assiégé Graudentz avec vingt mille Polonais ou Impériaux^ en Poméranie par les troupes liguées^ et en Danemark par ses alliés ; si il est ruiné ou abattu^ je crois que cela ferait un très-notable changement dans les esprits de nos alliés en Allemagne. Ils ne peuvent rien d'eux-^mèmes, et quand ils pourraient^ ils ne risqueraient rien contre l'empereur, et si quelqu'un pense autrement, il fera mal son compte, par l'induction d'Angleterre,

^ Le même au même.

Monseigneur, Les défiances que les ministres du gouvernement d'Angle-* terre affectent me donnent aujourd'hui plus de sujet d'écrire que les affaires qui se sont passées ces derniers jours; ma lettre de la semaine passée a déjà fait savoir à Votre Éminence qu'il paraissait ici beaucoup de jalousie; j'ai depuis été confirmé que le sieur Vane et ceux de son parti témoignent ouvertement être persuadés que le roi d'Angleterre était sur les côtes de France dans le temps de la dernière insurrection, que depuis il était passé en Espagne pour ménager, dans l'entrevue de Votre Éminence et du seigneur Louis de Haro, quelque traité à son avantage, et que Sa Majesté était entièrement portée à entreprendre son rétablissement. Afin de

mieux exprimer au public celte opinion, le Conseil a depuis peu refusé à des înBrmes la permission dé passer en France^ tous prétexte que c'était un pays suspect, ei il n'arrive aucun incident qui ne leur serve de titre pour colorer leurs jalousies; j'at fait tout devoir pour les dissiper^ et ayant recherché d'où elles pouvaient procéder^ il m'a été dit' par des personnes assez éclairées que «'était sans doute une politique au sieur* Vane qui voulait par ses alarmes intimider et retenir ceux qui s'opposent à ses desseins. Cette conduite est entièrement conforme à celle que tenait le défunt Protecteur pour unir l'armée; et le présent régime a^ comme lui^ la fortune que les royalistes secondent ses artifices en se vantant d'être appuyés de la France aussitôt qu'elle sera dégagée de la guerre d'Espagne. Il se publie aussi en même temps que cette couronne jic veut point la paix avec l'Angleterre^ de quoi Votre Ëminonce étant assez informée, elle jugera par ce fondement, outre •ces bruits, quel doit être celui des autres. Il me parait aussi par la réserve dont le Conseil d'État use traitant des affaires du Nord, el\m' l'entretien que j'ai eu depuis. peu avec Tambassadcur de Hollande, que les ministres d'ici doutent que la France ait procédé sincèrement dans l'accommodement des rois de Suède et de Danemark, et croient que même Sa Majesté a continué d'assister le premier de cçs piiiices de sommes considérables, au lieu de lui ôter toute espérance de secours. Cette espèce de reproché m'a été fait par ledit sieur ambassadeur, en suite des plaintes contre le gouverîiemeut d'Angleterre de ce qu'il avait amusé les États généraux pour les empêcher d'agir lorsque la saison le permettait, et que maintenant l'on les laissait seuls engagés à soutenir le roi de Danemark au préjudice de traités auxquels lesdits États n'auraient point consenti si la France ne les y eût conviés; ' qu'encore que M. de Thou n'eût pas signé les dernières conventions* d'entre les deux républiques, il ne les avait pas contredites et même avait fait espérer que l'ordre lui serait envoyé de les souscrire. Ces plaintes furent suivies d'une déclaration que ses supérieurs ne laisseraient pas de pour-

suivre leur pointe y et n'épargneraient ni le sang ni le bien de leurs sujets pour garantir le J)anen)ark. Je iis entendre audit sieur ambassadeur que, comme les deux républiques avaient pris des résolutions bÎQn éloignées du traité du.2l mai, et en quelque façon injurieuses au roi de Suëde^ Sa Majesté n'était pas obligée de les appuyer ^ et avait plutôt sujet de se plaindre d'un |>i*océdé qui cboquait la bienséance et la bonne foi j que toutefois M. de Terlon n'avait point agi avec moins de chaleur pour porter le roi de Suède à ce que les autres médiateurs lui proposaient; que ces remises d'argent à Ham« bourg étaient ou supposées ou faites devant que Ton fût con-> \tmi de presser l'accommodement; et quant à la conduite d'Angleterre^ que ce n'était pas à moi de la justifier, mais qu'elle me paraissait n'avoir eu autre fm que la réconciliation^ et qu'au resté il serait bien rude d'exiger d'ici que la guerre s'y déclarât contre un prince pour la conservation duquel il* s'était fait tant de dépenses. Je ne doute point que ledit ambassadeur n'ait tenu un langage fort approchant aux ministres du Conseil^ et qu'il ne leur soit resté quelque défiance que le roi n'avait pas cette paix fort à coeur, puisque l'on continue de traiter de ces affaires sans m*en faire part, quoique le sieur Yane m'eût ^assuré qu'il en serait usé autrement* Je ne juge pas à propos de faire plus d'instance pour en avoir communication; et la résolution ayant été prise de ne point renvoyer cet hiver des vaisseaux sur la mer Baltique> il n'y a rien à ménager jusqu'au* printemps ; cependant les plénipotentiaires d'Angleterre retourneront, et leur rapport donnera lieu à de nouveaux conseils; il pourrait bien être que le Parlement souhaiterait la continuation de la gueri e en ces quaiiiers, dans la pensée qu'elle en attirerait d'autres et donnerait nouvelle occupation aussi bien aux troupes de France' que d'Allemagne, si Sa Majesté prétend obliger l'empereur de retirer ses troupes de la Poméranic. Cette considération est assez puissante pour étouffer le ressentiment que le procédé du roi de Suède envers les plénipotentiaires d'Anr glctèrre a excité^ et laisser agir les Hollandais seuls^ pourvu

4â DOCCMENTS

qat le DanemailL se |Mbtie maiolenir, étant tiès-eertain que a ruine est esimiée fwqodidaMe an oommeice d'Angle* tene et que Ton ne se fie point à Pamitiéda roi de Soède.

Je n'ai lien à écrire des albirei dn dedans d'Angletem si œ n'est qœ le crédit da sîeor Vane et des millénaires, autrement dits les saints, qui attendent le règne de Jésus^Ghiist, augmente tous les joursy qu^ib ont fait tomber la proposition d'un engagement contre l'autorité d'une personne singulière, et que quelques-uns d'entre eux présentèrent ayant-hier une manière de requête au Parlement qui tend à exautoriser ceux qui ont agi sous les Protecteurs et à former une république dont les Trais élus de Dieu aient l'administFation. Ledit sieur Vane passe pour avoir excité cette adresse, et les chefs d^ Tarmée pour être joints arec lui, et tous résolus de former un Conseil de quarante personnes de leur sentiment qui auront toute Tautorité et la voix négative sur le Parlement, sons prétexte que, si le peuple était en pleine liberté, il rétablirait le roi. La faction des vrais républicains traversera cet établisse» ment, capable de produire de la division même dans l'armée. Il n'est sorti tous ces jours aucun acte considérable du Parlement ; ses principales occupations ont été sur les impositicms et à dégrader le comté de Cbester de ses privilèges; il a aussi ordonné que le comte d' Arundel, détenu à Wardour pour ctre fol, sera transféré en Angleterre, et renvoyé au Conseil de délibérer tant sur le rappel des mimstres qui sont en Zélande que sur les mémoires [Hrésentés par l'ambassadeur de Hollande, et la relation de l'amiral Ifontague qui est retourné sans ordre. L'escadre des buit vaisseaux qui étaient dans la mer Méditerranée est de retour aux Dunes. Le général Monk, estimé l'un des meilleurs officiers de l'armée, a depuis peu demandé permission de se retirer sous prétexte d'affiûres et maladie, mais vraisemblablement pour n'être pas bien satisfait. Ses amis ont empêché que sa lettre n'ait été lue dans le Parlement et veulent le retenir dans le service. Le sieur Lambert devait arriver aujourd'hui à Londres, après avoir pacifié et désarmé les provinces suspectes.

70 Le même au même.

Londres,... «eptembre 1659.

La satisfaction que Votre Ëminence, par sa lettre du 4« de ce mois, me témoigne avoir eue de la régularité avec laquelle je Tai informée de ce qui s'est passé en Angleterre, ne me permettait pas de laisser passer un ordinaire sans avoir l'hon* neur de lui écrire si Tétat présent de cette république m'en fournissait autant de sujet qu'il y en a eu ces derniers temps. Mais depuis la déroute des soulevés, il n'a paru aucun événement considérable ni résolution du Parlement qui méritât d'être mandée. Les affaires du dehors ne m'ont point aussi produit plus de matière, n'ayant rien eu à traiter avec les ministres de l'État. Gomme ils reçoivent par M. Lockhart toutes informations sur la paix avec l'Espagne, ils se servent sans doute de cette même voie pour déclarer à Votre Éminence leurs sentiments ; s'ils sont conformes à ceux que professent tous les membres du Parlement, le traité d'Angleterre ira le même pas que celui de France -, ce n'est pas que la prospérité ne fasse naître à quelques-uns le désir de conserver les conquêtes, et qu'il ne se parle aujourd'hui de la Jamaïque comme d'un poste très-avantageux pour le commerce d'Angleterre ; jusque-là, que quelques marchands ont proposé d'équiper un nombre de vaisseaux à leurs dépens pour le maintien de cette île, moyennant quelques concessions ; mais il ne leur a point été rendu de réponse, et elle se réglera suivant les avis qui viendront de la frontière d'Espagne. S'il était souhaité de reconnaître plus particulièrement les inclinations du gouvernement d'Angleterre touchant la paix, il me faudrait donner Heu d'en parler aux ministres du Consul. Je fis la semaine passée reproche au chevalier Vane de ce que, depuis quelque temps, il ne s'agissait plus avec la même correspondance et concert dans les^ affaires du Nord qui avait été entretenue, même devant mon audience du Parlement, ne m'étant fait aucune part du retour de la flotte ni

414 UOCUM£NTS

des derniei-s ordres envoyés aux pléniitolentiaii-cs- d'Angle"' terre. Inédit sieur me mutida que, si le Conseil avait pris de nouvelles résolutions) elles m'auraient été communiquées, et quant à la flotte, qu'il n'en pouvait encore parler avec certitude; néanmoins l'avis était venu lors de sea arrivée; le général Montague est depuis deux jours ici; il a été entendu par le Coqseil^ et a fait approuver sa conduite, quoiqu'elle ne fût pas entièrement conformé ^ses ordres qui l'obligeaient à laisser quinze vaisseaux dans le-Sund, où il n'y en a maintenant qiie trois pour le transport des ministres d^Angleterre. Je ne puis attribuer le désaveu que m'en faisait ledit sieur Vane^ ni la réserve dont tant lui que les autres minisires usent maintenant, qu'au dessein qu'ils ont de laisser aux Hollan— ' dais toute liberté de forcer le* roi de Suède à l'accommodement; et comme ils s'imàginônt que la France souhaiterait, que les deux républiques ne se portassefit pas à l'extrémité^ ils veulent éviter les instances que j'en pourrais faire en me tenant leurs résolutions secrètes. Cette même considération doit aussi avoir fait différer jusqu'à cette heure^ contre L'u^age^ de m'avertir que le Parlement a autorisé le Conseil pour traiter avec moi. Je ne laisserais pas néanmoins, de passer sur cette formalité s'il me paraissait que les sentiments de Sa Majesté^ touchant la paix du Nord^ fussent différents de ceux où se trouvent aujourd'hui les deux* républiques^ et que Ton dût obtenir de celle de l'Angleterre une plus grande moderation que d'abandonner les Suédois après êti^e convenu de se joindre avec, les Hollandais contre celui des deux rois qui refusera la paix^ surtout dans une conjonctiire qui -ne permet pas au Parlement d'entrer en guerre avec un autre État puissant sur mer^ en fïiveur d'un prince dont le dernier procédé a été un peu choquant, et dont la trop grande puissance, est capable d'exciter de la jalousie. II est même fort, vraisemblable que> si la flotte d'Angleterre ne se fût pas trouvée dans leSund lorsque le présent régime est .rentré dan s l'autorité, elle n'y aurait pas été envoyée, et l'on m'a quelquefois \oulu faire croire que la considéi'atioii de la. France

empêchait .qu'elle ne fut rappelée* Il n'en serait pas usé aujourd'hui avec tant.de complaisance^ «'il .est vrai^ comme quelques-uns me l'ont représenté ^ que les principaux du gouvernement soient entrés en méfiance des inclinations de Sa Majesté envers la république ; je ne* puis pas pénétrer sur quel fondement^ n'étant rien venu à ma connaissance qui doive donner ces impressions et assurances. Les autres nouvelles qui se peuvent écrire aujourd'hui sont peu considérables^ et le Parlement a cCoitinuélous ces Jours de traiter des mêmes matières qui étaient, auparavant en agitation^ sans rien conclure ni sur l'union de l'Ecosse à rAnglêterre, ni sur la forme que doit avoir la république. L'examen de cette dernière question a. été remis à un comité- pour faire son rapport dans *un mois; il y a eu grand débat sur l'engagement contre Ja famille royale et le gouvernement d'une personne singulière que quelqueâ-uns de l'assemblée ont proposé^ quoiqu'il soit conforme aux déclarations- du Parlement ; néanmoins le sieur Yane et les sectaires de. la cinquième monarchie^ qui attendent le règne dé Jésus-Christ, a'y sont fort opposés; lés principaux aussi de l'armée, et ceux qui appréhendent quelque révolution^ n'en font pas moins de scrupule, et il y a eu^ entre les chefs de parti, des paroles assez aigres la dernière fois que cette question fut agitée. Ledit sieur Yane offrit la semaine passée une armée qui ne coûterait rien à la république; il entendait sans doute la composer de ceux auxquels il prêche .d'ordinaire et qui^ dans le temps du dernier soulèvement, étaient déjà disposés à composer trois. régiments ; mais l'on ne se prévaudra pas aujourd'hui de leur bonne volonté> l'armée étant suffisante pour la garde du payjs. Jacques Nayler, cet illustre Tiembleur^ a été mis en liberté par acte du Parlement, et )e ms^ire de «Londres continue dans sa charge pour être très^affectionné à la cause. Il ne s'est point encore procédé au jugement des prisonniers, dont le nombre augmente tous les jours des personnes les plus qualifiées du pays; le sieur Faiilconbrîdge entre auti^és a été mandé depuis peu, et le chevalier Booth a remis entre les^ mains de. ses commissaires une

liste de beaucoup de personnes qui devaient prendre les armes ; la difficulté sera de les convaincre^ et le Conseil est présentement occupé sur cette affaire.

80 Le mime au mime.

Londrei, S octobre 1659.

Monseigneur^ Je ne saurais mieux informer Voire Éminence de ce qui s'est passé à Londres ces derniers jours qu'en lui envoyant le duplicata de ma lettre à M. de Brienne; elle fera savoir les prétentions de quelques officiers de l'armée et la soumission du Conseil de guerre au Parlement. Le sieur Lambert^ soupçonné d'avoir eu grande part à ce dessein, s'en justifia fort, et même pria le lieutenant-général Fleetwood de demander pour lui au Parlement la permission de se retirer^ afin de faire cesser les jalousies que la continuation de ses services dans l'armée pourrai! causer. Ledit sieur Fleetwood ne se chargea point de cette commission^ et il ne parait plus maintenant ni d'altération ni diversité de sentiment entre ces deux corps^ l'armée professant de vouloir demeurer ferme dans les intérêts du Parlement ; il se dit que ces mêmes propositions ont été envoyées en Ecosse et en Irlande; mais la dernière déclaration y arrivera aussitôt) et d'ailleurs ces deux armées sont en partie composées d'officiers rétablis depuis peu, qui ne se départiront pas si facilement de l'obéissance. L'on ne laisse pas de croire que le Parlement a couru quelque danger de perdre son autorité. Il continue de traiter les affaires du Nord sans ma participation, et les avis que Sa Majesté envoie des troupes dans l'Allemagne pour y faire diversion ne peuvent que confirmer le régime d'Angleterre dans cette conduite si réservée^ que l'ambassadeur des Provinces-Unies imite fort exactement, s'étant abstenu dans mes dernières entrevues de s'ouvrir sur ce sujet. Je ne laisse pas d'apprendre que les intentions d'ici ne sont guère favorables aux desseins du roi de Suède, « «

M. de Bordeaux a M. de Brimae.

LoBdni, 17 jaillet 1659.

Monsieur,

Je n'avais pas été honoré de yos lettres ni de celles de M. votre fils depuis le départ de Son Éminence jusqu'à cejourd'huiy que la vôtre du i3« m'a été rendue avec copie de celle que le Conseil d'État d'Angleterre avait écrite à Son Éminence^ et sa réponse qui arriva ici dès la semaine passée ; la lectui'e satisfit entièrement le Conseil^ et il résolut aussitôt d'envoyer ordre à M. Lockhart de se rendre en qualité d'ambassadeur à l'assemblée qui se doit faire à Bajonne, après avoir eu audience du roi ; le rapport en a depuis été fait au Parlement, et a dissipé une partie des défiances que donnait notre paix avec l'Espagne, qu'on craignait qui fût l'avant-coureur d'une guerre en faveur du roi d'Ecosse. Au même moment que cette résolution se faisait, Tun des plénipotentiaires envoyés au Sund me vint dire adieu comme ami particulier, et après quelques discours sur le sujet de son voyage, il me fit part des avis que ledit sieur Lockhart avait donnés, et du bon efiet qu'ils avaient produit ici, jusque même à m'avouer que la république n'avait plus rien à craindre puisqu'elle était assurée de l'amitié de la France et des Pravinces-Unies, toutes les autres puissances de l'Europe n'étant pas capables de traverser son établissement; cette confession fort naturelle fut suivie de quelque témoignage de déplaisir que le différend survenu en ma réception ne fût point encore terminé, et il me proposa l'entremise de l'ambassadeur de Hollande pour l'ajuster; je professai de n'avoir pas moins de regret de ce petit démêlé, et que, si la bienséance me l'avait permis, j'aurais passé par-dessus toutes ces pointillés afin d'exprimer plutôt les inclinations du roi, mais que la question ayant été une fois émue, il y avait moins d'in*

convénient au Parlement d'en user avecJa ci?ilitë que je prétendais^ qu^à moi de m'en départir ; qu'au reste ce n'était pas une affaire de si grande conséquence qu'il fallût un médiateur étranger, et que lui-même pouvait bien faire l'accommodement ; il se chargea d'en parler devant son départ à quelques-uns des principaux du Conseil, où il ne pouvait point retourner^ en ayant pris congé, et me proposa qu'au lieu d'augipenter le nombre des me^lbres du Parlement^ il me fût envoyé l'un des comtes qui prennent place en cette assemblée , ce changement se pouvant faire sous prétexte que l'un de ceux qui me devaient venir preiklre était aujourd'hui chef du Conseil, et ne pouvait être employé à cette cérémonie. J'acceptai cette ouverture, et le lendemain l'ambassadeur de Hollande me vint encore offrir ses offices, me faisant entendre qu'il avait vu des ministres du Conseil et 1& avait trouvés fort portés à me donner tout contentement; je lui rapportai en quels termes j'en étais demeuré avec le susdit plénipotentiaire et lui confirmai que, de ma- part, je ferais toutes les avances qui seraient souhaitées pour donner un titre au Parlement de revenir. Il semblait qu'après ces paroles portées, mon audience ne se différerait plus; néanmoins ledit sieur ambassadeur me vint hier retrouver, et me dit qu'ayant r^u les mêmes ministres du Conseil, ils avaient bien offert de /aire leur possible, comme particuliers, pour porter le Parlement à suivre l'expédient qui m'avait été proposé, mais que ce n'était pas chose certaine d'y réussir, ce corps étant composé d'esprits fort chatouilleux, et qui pouvaient faire difficulté de m'envoyer une personne plus qualifiée que la première fois; que tout ce qui me pouvait être promis était une audience aussi prompte et honorable qu'elle se donne ici, si je la voulais demander une seconde fois ; je n'ai pas cru me devoir presser sur une offre de cette qualité devant que d'avoir été informé des sentiownts de la cour, surtout voyant que M. Lockhart devait se préseuter en qualité d'ambassadeur, et que c'était une conjoncture propre à régler ce différend avec avantage^ puisque sans doute il désirera une autre

réception que celle qui se ferait à ^ambassadeur de Hollande, et que c'est aussi Tintention de Sa Majesté de le traiter plus honorablement. L'on se défend ici sur ce que, dans les commencemenls de la république , l'ambassadeur d'Espagne n'avait pas été mieux reçu ; mais quand nous demeurerions d'accord de l'égalité, l'honneur qui lui fut fait en ce temps ayant été depuis communiqué aux ministres d'un Etat inférieur en dignité^ il y a lieu de ne s'en pas satisfaire. Apparemment le prochain ordinaire lèvera le scrupule que j'en fais; cependant il n'y aura point de commerce entre les ministres de l'État et moi; aussi n'y a-t-il plus d'affaires à traiter^ puisque les plénipotentiaires sont partis dès le 14 du courant avec des instructions pour la paix du Nord. Celui qui me vint voir me parut fort persuadé que les rois de Danemark etide Su^de n'étaient pas en état de rejeter les conseils de leurs amis, et me confirma que c'était l'intention d'ici qu'ils s'accommodassent promptement; il ne me voulut pas parler précisément de la restitution de Bornholm et de Drontheim, mais je ne laissai pas de reconnaître que le Conseil d'État voulait complaire aux Provinces-Unies en ce point, et si elles insistent à maintenir le roi de Danemark dans ces places quoiqu'il les ail abandonnées par le traité de Roskield, les plénipotentiaires d'ici s'y accommoderont. 11 m'a aussi été assuré que tout se passera de concert avec M. de Terlon ; néanmoins, la France n'ayant point de flotte en mer, la voix de son ministre n'aura pas tant de force; je l'ai informé fort exactement de ce qui est venu à ma connaissance, même de mes soupçons, et il ne lui sera pas difficile de pénétrer s'ils seront bien fondés ; j'en ai usé aussi régulièrement à l'endroii de MM. de Thou et de Lumbres; il avait été proposé dans le Parlement d'envoyer quelque personne signalée à la Haye pour y affermir l'amitié avec les Étals-généraux^ et le sieur Vanc fut mis sur le tapis, mais son parti prévalut sur ceux qui voulaient l'éloigner sous ce prétexte assez spécieux; l'alliance des Provinces-Unies étant ici considérée comme la plus importante à la conservation du présent régime, leur ambas-

sadeor !*« proposée en y comprenant la France, et sans doute M. liockhart aura des ordres sur ce sujet. Les Suédois ne manquent pas de kur côté d'exciter des défiances tant de cette république que de nous; et soit que leur ministre soit offensé de la déclaration que la France lui a faite qu'elle ne l'assisterait plus s'il rejette la paix, ou qu'il s'imagine porter l'Angleterre à embrasser ses intérêts en lui donnant jalousie des autres États, ses ministres parlent de nous avec peu de reconnaissance des bienfaits qu'il a reçus de Sa Majesté. Notre paix arec l'Espagne leur sert d'un grand titre pour insinuer q[ue les États catholiques se vont unir à la ruine des protestants et surtout de rAngleterre

Les avis que M. Lockhart a écrits de Poitiers ont causé moins de joie aux républicains qu'aux royalistes ; quelque confiance que l'on prenne à la bonne volonté de la France^^ ils ne laissent pas d'appréhender qu'il ne se forme au dehors des orages capables de changer le gouvernement d'Angleterre, dont tout le monde témoigne d'être mécontent; ce n'est pas que la république soit généralement désapprouvée, mais l'on ne saurait imaginer que ceux qui sont en autorité veuillent s'en dépouiller, et les plus contraires à la monarchie professent qu'il vaudrait mieux rappeler le roi que de souffrir un gouvernement tel qu'ils le projettent. Quelques gentilshommes particuliers présentèrent hier à la maison une requête tendant à lui donner une meilleure forme ; ils furent remerciés par rOrateur; mais bien que partie de l'assemblée adhère à leurs sentiments, il ne se prend aucune résolution sur ce désir assez général ; elle se remet jusqu'à ce que tous les autres établissements soient faits. Celui de la milice, dans toutes les provinces, est le plus considérable qui ait paru ces derniers jours; beaucoup se persuadent que l'armée en aura de la jalousie, et il semble en effet qu'elle sera hors d'état d'entreprendre contre l'autorité des Parlements si une fois le peuple est armé ; ce sont les anabaptistes et les trembleurs à qui l'on prend la plus grande confiance; les presbytériens en munmu-

rent sans se soulever^ et même il ne s'en parle plus tant depuis que les dîmes ont été confirmées aux ministres 3 il a été donné cette semaine des avis qui ont produit des recherches dans Londres et la saisie de tous les qjjjevau^ pour reconnaître tre leurs maîtres^ sans qu'il se soit trouvé personne de suspect; Ton a aussi mis en délibération un acte fort rigoureux contre les royalistes, et celui d'indemnité est toujours en débat. Il a été ordonné que tous ceux qui habitent Whitehall en sortiront dans six jours ; sous cet ordre est compris le milord Richard^ et pour le garantir contre ses créanciers, le Parlement Ta mis sous sa protection pom* six mois; son frère^ le colonel Henry, est arrivé à Londres et s'est présenté au Conseil d'Etat^ qui, après ravoir entendu, lui a permis de se retirer en quelqu'une de ses maisons. La Compagnie des Indes Orientales a prêté une grosse somme aU Parlement, dont il s'est servi pour payer cejourd'hui les troupes ; il continuera ses soins pour trouver de plus grands fonds, et l'on procède à la vente des maisons royales^ les daims de Hamptoncourt y ont même été exposés.

if. de Bordeaux au cardinal Mazarin.

Iioadresy 2 jnia et 7 jaillet iM9.

(Voir les n*- XXI et XXXIV.)

io M. de Bordeaux au cardinal Mazarin.

LoDdrtf, M jai« 1659*

Monseigneur, Je n'ai point encore présenté mes lettres de créance, ayant jugé, du contenu des lettres de M. de BriennCj qu'il était

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ae 31 fn ii-^i lucuni* nenutta {uoitrie e !<ii i&ti«;m il: 3U^t;t. i^iii."tîut:^ Jcur**!^ lor^fs 31 i^<iir |HiC«*. li ne 3iajithL par T^m jeL-rrUip* xius /io / jOiiipif^L j nrtx k suîr 3it*«Jitf A lUtf ^ Heur V me vienanit . isms JevK os trit;» vunçw 3ie v<iir« .-r* |iiU 311 aas ioiiiB amuncê pii«r ne àb» :sia.'aiir^ m i i^oit naourte lue e ae nreaiinis ancme cunnaïasanc^ ii ie sld ^ni^ jl 3i Je àe^ ettres juafrl ce «nae ^leii^es-nns lu Coa^eil 3i':!il eassenc iut inrt« étant «ie Ka bicnâemur*?» ipri:» iv.jir ieciare .|iie ;e ne wa^*^ iK*i»frc9ser ai RiHemenc ie'int '{au ^ût i»>iuie ^{ni!itxiKs iiianiB» de Ma respett env«irç la F~mi:e, ^le 5i rerjoiimoix me »ît ■nmiiiiitM* : Hiséi'.àt (Tie jere iumanhe utn été ^te« je cr.im «a liberté le ie voir <*! ie lui Diirer au ■e ttfVHit prescri.j^ Je ii'ii cepeniÀint rien j écrire fîâ,. à ce aVst -^aii âenibte à '^leiqiKSHixis «pe le ^or Vaiie« jprinnl mmiarre ie ce résîiaey ■eportenk point ^s^t étear LacUast,

ni ne le renvoierait en France s'il n'avait donne de grandes preuves de son détachement de tout autre intérêt; jusque-là qu'un grand républicain m*a dit depuis peu que sans doute il devait avoir révélé de grands mystères, et qu'il fallait que l'on prétendit ici décou vrir par lui les inclinations de la France^ puisqu'il était employé, y ayant beaucoup de raisons de le tenir pour suspect et de le traiter de même façon que tous ceux qui ont eu relation avec le Protecteur, quand ce ne serait que pour récompenser ceux qui ont été zélés au parti républicain. Celte pensée peut être mal fondée et ledit sieur Lockhart est trop loyal pour révéler les sentimeuts que Voire Ëminence lui avait déclarés devant son départ de Paris. Néanmoins il est de mon devoir de rendre compte de ce qui m'est rapporté, y ayant plus d'inconvénient à le taire qu'à l'écrire. Je dois aussi faire savoir qu'il passe pour constant, entre les royalistes, que la France prend des mesures pour le rétablissement du Roi d'Angleterre, et que le neveu de milord Jermyn a été renvoyé en Flandre avec quelque proposition bien avantageuse , d'où ils conçoivent de grandes espérances ; et l'un des plus affectionnés à ce parti, soit pour me sonder ou qu'il fût mal informé, me vint hier dire que plusieurs d'entre eux avaient reçu avis de la bonne disposition de Sa Majesté envers leur Prince, que même il lui était permis de passer en France et qu'il se traitait de son mariage avec Mademoiselle, moyennant lequel toute l'assistance nécessaire à son rétablissement lui serait donnée. Le même me représenta aussi que le peuple d'Angleterre était très-mécontent du gouvernement^ et que, dans toutes les provinces, les plus accrédités de la noblesse étaient fort près de prendre les armes; il m'en nomma même quelques-uns que je sais être assez contraii'cs au présent régime ; et la fin de tout Fon discours fut de me persuader que la France pouvait facilement rétablir le roi d'Angleterre et par là s'acquérir l'affection de toute la nation. Je professai d'ignorer les nouvelles qui m'étaient rapportées, sans néanmoins désavouer que Sa Majesté fût fort bien intentionnée; mais je témoignai que, quand elle aurait à s'engager

dans une ailaire de eette qualité, ce ne serait qu'après avoir reconnu particulièrement la volonté et les efforts dont les royalistes seraient capables ; j'exagérai ensuite les difficultés qu'il y aurait à passer en Angleterre des troupes^ le gouvernement ayant des forces maritimes si considéi'ables et la nécessité qu'il y avait d'un port, tant pour la facilité du débarquement que pour s'y retirer en attendant que le peuple se fût armé; il ne me fut point donné de satisfaction sur toutes ces objec* tionSy et je ne trouvai rien de bien positif qu'un grand désir de rappeler le Roi avec disposition au soulèvement général^ s'il paraissait le moindre corps qui occupât l'armée tandis que les mécontents s'assembleraient ; sur quoi l'on peut prendre en effet des mesures. Il m'a aussi paru que le mécontentement des principaux officiers donnait quelque espérance ; mais elle est assez légèrement fondée^ les subalternes étant entièrement à la dévotion du Parlement qui doit être rempli de grande confiance, puisque ces derniers jours^ sur la requête présentée par les habitants d'un des comtés d'Angleterre, il a mis en délibération s'il supprimerait les dîmes, et qu'il ne passa que du suffrage de l'Orateur à traiter cette affaire en grand Comité, ce qui est indirectement rejeter la proposition^ au lieu que partie de l'assemblée voulait la renvoyer à ud Comité particulier , et par là préjugeait qu'elle n'était pas désagréable. L'acte d'indemnité a encore été débattu ces derniers jours, et les officiers ont continué de prendre leurs commissions des mains de TOrateur^ auquel le général Monk a écrit qu'il plût au Parlement de ne faire aucune réformation dans ses régiments. Il lui a été répondu que la maison aurait égard à sa personne et qu'elle en userait envers les autres officiers selon leur mérite; et quoique cette prière dudit général soit en des termes fort respectueux, elle n'a pas laissé de passer auprès de quelques-uns pour une espèce de menace, et les mêmes s'imaginent que le milord Henry est en état de ne pas obéir à l'ordre qui lui a été envoyée Le lieutenant général Fleetwood fil, il y a deux jours, dans le Parlement quelques discours en sa faveur, mais il ne fut pas appuyé et

cette tendresse qui a paru à Tendroit du Protecteur , après sa soumission, n'a pu faire prendre encore la résolution d'acquitter ses dettes suivant l'avis du Comité, quoiqu'avant-hier il se soit vu sur le point d'être arrêté prisonnier par ses créanciers qui avaient envoyé des officiers de justice jusque dans Whitehall pour le saisir ; il se renferma fort à propos dans un cabinet.

Il n'y a rien de nouveau du Nord et les plénipotentiaires d'ici se préparent à partir dans le commencement de la semaine prochaine. L'ambassadeur de Portugal ayant demandé des commissaires du Conseil ^ ils allèrent hier recevoir ses propositions qui tendent à faire entrer son roi et la république en l'alliance que la France a refusée ^ et à l'engager dans sa conservation ; il m'avait communiqué son dessein que" j'approuvai fort, et même j'assurai d'avoir ordre de le favoriser, que j'en avais déjà entretenu quelques ministres de l'État et qu'ils paraissaient assez bien intentionnés. Mais l'ofifre de ces offices ne guérit pas l'alarme qu'a ledit ambassadeur d'une chute entière de son prince ; et en efifet, outre que l'Angleterre ne continuera pas la guerre pour sa seule considération^ ses forces ne seraient pas capables de garantir cette couronne.

2o Le même au même,

Londres, 17 joillfit 1659.

(Voir le n© XXXII.)

M. de Bordeaux au cardinal Mazarin.

Londrfii, 26 juin 1659.

(Voir le no XXXVIII.)

if. de Bordeaux au comte de Brienm.

Loadras, iO juiiUl 1659.

(Voir le n« XXXIII.)

M. de Bordeaux au cardhuU Mazarin.

Londres, 7 aoAt 1659.

(Voir le n» XXXIV.)

1» if. de Bordeaux au comte de Brienne.

Lonètéif 10 jnillel 1659.

(Voir le n« XXXIII.)

2» Le même au même.

Londm, 17 juillet 1659.

(Voir le no XXXVI.)

lo if . de Bordeaux au cardinal Mazarin.

Londrea, 16 juin 1659.

(Voir le n« XXXV.)

2o Le méms au même.

Londres, 17 juillet 1659.

(Voir le n* XXXII.)

M. de Bordeaux au cardinal Mazarin.

Londres, 5 juin 1059.

Monseigneur ;

Les nouvelles que j'écrivis avant-hier et celles que les ordinaires précédents auront portées peuvent servir de réponse à la lettre dont Votre Éminence m*a honoré le 31 mai, puisqu'elles lui font savoir Télat présent de la république d'Angleterre, et que quand la division se mettrait encore entre l'armée et le Parlement^ il ne peut arriver aucun changement en Angleterre ni produire que le roi puisse cependant s'empêcher d'en reconnaître la présente autorité , et que pour peu que celte démarche se différât, elle ne manquerait pas de me prescrire un temps pour recouvrer des lettres de créance ou pour me retirer. Ce compliment a déjà été fait ici en pareil cas, et les inclinations de la France sont assez suspectes ici pour n'en pas user autrement, quelques bonnes paroles que je donnasse en particulier aux ministres de l'État. Gomme ce n'est pas l'intention du roi de rompre avec l'Angleterre et qu'il n'est point aussi de la bienséance d'attendre jusques à la dernièrç extrémité , que d'ailleurs tout paraît aujourd'hui soumis en Angleterre et que les autres Étals ont déjà fait la démarche attendue de la France, il sera sans doute jugé à propos de renvoyer en diligence mon courrier avec des ordres exprès; j'en parlerai même comme s'ils élaicnt déjà venus, et ménagerai ce temps sous prétexte de préparer mon équipage. Ceux qui gouvernent sont néan^ moins assez éclairés pour pénétrer que nous avons voulu voir ce que ferait le milerd Henry, et il ne me sera pas facile d'effacer cette impression par les offices particuliers que je pourrai passer auprès de ceux d'entre eux avec lesquels j'ai quelque relation; le sieur Vane n'est pas de ce nombre, s'étant toujours contenté de recevoir et de me faire ses civi-

lités par ses plus proches qui me voient^ et excusé des visites, durant la vie du Protecteur^ sur ce qu'elles lui auraient donné de Fombrage. 11 y a deux autres gentilshommes dont le conseil serait capable de porter l'une ou l'autre couronne^ et peut-être toutes deux, si une fois elles se voient en paix, à entreprendre la querelle du- prince légitime; mais j'en retirai seulement un aveu qu'il n'y a rien à faire à moins d'une division de l'armée, ou que quelque État étranger ne passe en Angleterre un corps de cavalei^ et d'infanterie fort considérable; que cette division ne peut point être produite par les intrigues de dehors, plus propres à réunir les esprits qu'à les aliéner, mais sur les mécontentements domestiques ; que la plupart de ceux qui font du bruit demeureraient dans leurs maisons, attendant l'événementd'un combat, s'il paraissait des forces étrangères ; qu'ainsi elles devraient être en état de soutenir un premier choc, ce qui rend leur passage assez difficile sans une désertion de la flotte d'Angleterre en grande partie, tant qu'elle sera seule plus puissante en mer que celles de France et d'Espagne jointes ensemble ; et quant au mécontentement des presbytériens dont la faction est plus considérable que celle du Roi, qu'il ne les portera jamais à s'armer s'il n'y a aussi un corps qui attire et occupe les troupes de la République. Je n'ai pas jugé devoir, sur ces mémoires fort vraisemblables, m'avancer davantage, et puisque ma circonspection se trouve conforme aux sentiments de Votre Émincnce, et que Sa Majesté aime mieux dissimuler les siens à l'égard de ce régime que de les témoigner inutilement, je n*ai qu'à observer soigneusement ce qui se passera^ et si M. le Protecteur ou ceux de son parti me paraissent en posture d'entreprendre, à les encourager par les assurances du secours de la France, et qu'à témoigner aux royalistes les mêmes dispositions en faveur dé leur prince, sans professer moins de bonne volonté publiquement qu'en particulier aux républicains, et à faire savoir, avec autant de régularité que ci-devant, tout ce qui pourra venir à une connaissance, à quoi je ne manquerai de satisfaire. Il ne s'est rien passé ces

deux deroiers jours qui me donne lieu d'ajoiiler à mes derniers avis, si ce n'est que différentes lellres d'Irlande les ont depuis confirmés^ que les menées de quelques particuliers qui voulaient semer de la division et débaucher les esprits n'ont pu empêcherj aussitôt que la déclaration du l'arlement a paru , que les ofliciers de l'armée ne s'y soient conformés et n'aient professé d'adhérer h la vieille cause ; que le milord Henry a été obligé de s'accommoder, el que ne restant rien en c&s quartiers qui puisse troubler le repos public, le Parlement semble n'avoir plus qu'à ménager l'armée, et à si bien régler le gouvernement que les grands el petits ofTiciers et le peuple en soient satisfaits. Il se devait hier traiter de l'article qui regarde rétablissement d'un Sénat coordonné avec les Parlements; la question s'est remise, et quelques-uns veulent que l'on travaille à persuader les officiers de n'y point insister, ou qu'au moins ils n'eicigent pas que ce corps soit perpétuel, mais qu'à l'exemple des Parlements il s'élise tous tes ans, auquel cas la liberté publique n'en recevrait pas tant d'atteinte que si ce sont toujours les mêmes personnes qui le composent; c'est la grande alTaire de ce temps. Les autres, dont il s'est parlé hier, ne sont pas fort importantes; l'on projette un acte pour rétablissement des milices du pays , et l'état des dettes particulières du Protecteur, qui est de 30,000 livres sterling, fut lu et renvoyé à un comité, auquel il fut aussi ordonné de considérer quelle honorable subsistance le Parlement assignerait au sieur Richard Cromwcll, fîb aîné du défunt, pour en faire le rapport au Parlement. 11 avait chargé ces jours passés le Conseil d'État d'eiaminer l'état de l'Angleterre avec les étrangers devant l'interruption de sa séance, ce qui témoigne un dessein de rentrerdans la mSme condition, et de renouvelerious les traités faits depuis, pour ne laisser aucun souvenir agréable d'un gouvernement détruit. Il ne m'est pas conifirmé que personne ait été envoyé en Flandre, pour traiter de la paix; mais le père jésuite est toujours ici, et ceux de sa compagnie l'ayant voulu renvoyer de là la mer, sur la plainte qu'a faite

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M. de BordeatAx au cardinal Mazarin.

Uadreii, SI juillet et 7 aoAt 1659.

(Voir le no XXXIV.)

lU. de Bardeaux au cardinal Uazarin.

londrti, t9 juillet et 7 août 1659.

(Voir le Bo XXXIV.)

1»3f. de Bordeaux au cardinal Mazarin.

Londres, U août 1659.

Monseigneur, f.cs nouvelles d'aujourd'hui confirment que les défiances du Parlement et les bruits publics n'étaient pas -sans fondement y il est certain, et les avis en sont arrivés cejourd'hui, que le chevalier George Booth , l'un des membres du Parlement qui en a élé rejeté avec le parti presbytérien, se prévalant de l'inclination qui était dans la province de Gheshire à se soulever contre le présent régime, a fait assez grande assemblée de gentilshommes, et qu'ils se sont rendus maîtres de Ghester, la ville capitale, peu forte, mais grande et trèscapable de servir de i-elraite. Le gouverneur s'est retiré dans le château avec peu de soldats, mais sans espérance de le pouvoir défendre jusqu'à l'arrivé du secours, n'y ayant point d*infanterie dans tout le, pays ni es environs. Il y a aussi du monde en armes dans le l^ncashire, limitrophe du Gheshire , sans que néanmoins il s'y soit encore rien exécuté de

considérable. Le Parlement n'a pas sitôt été aTerti qa'il a commandé trois régiments d'infanterie et le major-général Lambert poor réduire les souleTés^ et dès cette après-dinée quelques soldats ont été montes et sont partis. Les suites de cette insurrection sont d'autant plat appréhendées que les chefs sont fort estimés et de grande fortune ; leur déclaration, qui parait déjà, ne fait aucune mention du roi, mais seulement des libertés du peuple et privilèges du Parlement qu'ils prétendent avoir été TÎolés par la séance de celui d'aujourd'hui, la plus grande partie des membres en étant chassée. Ils ont avec eux des plus illustres ministres presbytériens, et, dans Teihortation qui s'est faite aux soldats cette aprèsdinée, le prédicateur s'est fort emporté contre tous ceux de celte secte aussi bien que contre le roi, qui a pensé perdre l'un de ses principaux ofOciers, le colonel Massey ; les troupes du Parlement l'avaient pris, mais il a eu la fortune de se sauver. 11 n'a rien paru dans les provinces voisines de Londres, quoiqu'il y eût quelques rendez-vous assez proches ; la cavalerie s'y étant trouvée, peu de personnes s'y rendirent. Le danger sera plus grand lorsque l'armée sera éloignée. L'on fait état de mettre les milices en campagne en cas de besoin, et de les payer sur le pied des vieilles troupes durant le service* Le Parlement a été si occupé sur cette afiEsùre qu'il n'a pu délibérer sur la forme du gouvernement. L'accord fait à la Haye le mois passé pour avancer la paix du Nord avait été ratifié il y a deux jours , le dernier acte qui oblige l'Angleterre et les Provinces-Unies de se joindre contre celui des deux rois qui refusera de s'accommoder, n'a pas encore été mis en délibération, n'étant arrivé ici que d'hier; mais il ne faut pas douter que le régime n'approuve tout ce qui facilitera le retour de sa flotte, plus nécessaire dans la présente conjoncture sur les côtes d'Angleterre que dans le Sund. Je n'ai point encore reçu la lettre de créance quç M. le comte de Brienne me devait envoyer ; après l'avoir fait attendre ici , si elle n'arrivait pas bientôt, le retardement s'attribuerait à un refroidissement causé par l'état des affaires

domestiques^ dont je ne manquerai d'informer Votre Éminence par tous les ordinaires.

So Le mime au même.

Londres, 18 aoAl 1659.

(Voir le n» XXXIV.)

3o Le même au même,

Londres, 15 août 1659.

Monseigneur, Les derniers ordinaires ne m^onl point apporté de lettres de Votre Éminence^ et je n^ai pas aussi eu des nouvelles du Parlement, quoique TOrateur ait fait savoir que j'avais de nouvelles lettres de créance à présenter; ainsi^ j'ai seulement à informer Votre Éminence de ce qui s'est passé en Angleterre depuis ma précédente. Les avis qui sont venus de Chester et ùes autres pays voisins veulent que le chevalier Booth se fortifie tous les jours par la jonction de beaucoup de personnes de qualité^ et que^ pour favoriser le dessein de ceux qui voulaient prendre les armes^ il ait envoyé dans les provinces voisines quelques partis dont Tun a été poussé par des troupes du Parlement et a laissé huit prisonniers; que depuis il se soit rapproché de Liverpool, place proche de la ville de Chester^ dont le Parlement avait fait démolir les fortifications ; que dans d'autres provinces plus proches d'ici^ quelques gentilshommes se soient assemblés, entre autres dans celle de Leicester^ où le comte de Stamford^ beau-père du chevalier Booth, s'est rendu maître d'un château de quelque défense. Il y avait aussi ces derniers jours un rendezvous à dix lieues de Londres, où le sieur Mordaunt^ qui a fait toutes les allées et venues en Flandre, et le frère de M. Daubigny s'étant trouvés avec environ i50 autres, la milice du pays les a dissipés et pris quelques-uns, mais non pas des chefs; il y a eu, en d'autres provinces, de semblables attroupements avec pareil succès, et le Parlement ayant été

avrrtî qu'il s en devait faire un asset proche de Londres, dool les chefs n'étaient pas encore sortis, il les fit arrêter avanthier et mettre à la Tour; le comte d'Qiford est du nombre. L'on continue de s'assorer, dans tontes les pronnces, de la nohiesse, qoi passe ponr être généralement mal allèctiooDée an goaTemement et engagée à se soulever. Quant à Londres, il est certain qu'elle était disposée à suivre cet eiemple, et que le major Brown, ci-devant marchand de hois, devait se mettre à la tête des mécontents; mais le dessein ayant été découvert, leurs mesures ont été rompues, et les 3,500 hommes de pied qui sont dans les places, outre la milice, dont les officiers sont bien affectionnés au gouvernement, et la diversité des sentiments de la bourgeoisie, semblent la vouloir tenir dans la suhmission, à moins que les soulevés de la campagne ne fissent quelque progrès considérable et n'attirassent une partie de ces troupes. Le Parlement continue cependant la levée des régiments Tolontaires de ces sectaires qui ont offert de le servir : ce sont indépendants, anabaptistes, millénaires et tremhicurs ; suirant le projet qui se fait, il s'en formera un corps, outre ceux qui seront mis dans la milice du pays dont le gouvernement commence déjà de se prévaloir, lies ministres presbytériens font tout devoir en quelques endroits pour eiciter le peuple, et soit que foo regarde leur conduite ou que l'on considère le chevalier Booth et les autres chefs qui se sont joints à lui, la guerre leur doit être imputée en partie; il parait peu des anciens royalistes qui soient en armes, et quelques-uns même semblent être assez jaloux de ce que toot se passe sans eux pour ne se guère mettre en peine du succès, que ceux du gouvernement attendent fort prc»npt et favorable; ils n'avouent que 4,000 hommes en armes, la plupart cavalerie et noblesse, contre lesquels Lambert mène 6 à 7,000 hommes, tant de la vieille armée que des troupes de province, qui ont ordre de le joindre ; il doit être maintenant |wt)cfae de ses ennemis, et la Tille de Chester n'ayant que des murailles sèches, sans remparts^ ne passe pas pour 6tre de facile défense, principale*

ment si le château tient encore pour le Parlement. Mais les royalistes Yeulent que le chevalier Booth ait 7 à 8^000 hommes bien armës^ que l'infanterie soit aussi bonne que celle du Parlement, que le pays soit fort, qu'ainsi difiicilement l'on le pourra forcer à un combat, et que tirant la guerre en longueur, les autres provinces d'Angleterre s'armeront contre le Parlement, le nombre des mécontents augmentant tous les jours, faute d'établir une forme de gouvernement auquel chacun puisse à son tour avoir part. Il n'est pas facile de faire un jugement certain sur des opinions et relations si différentes ; je puis seulement dire que les dispositions sont fort mauvaises, que tout le monde se prépare à remuer, et que, s'il arrivait la moindre disgrâce au Parlement, il aurait de la peine d'en revenir; que même il a jalousie de Lambert, et prévoit qu'il suivra l'exemple du défunt Protecteur. Il y a lieu de croire que les premières nouvelles que l'on aura de Lambert donneront lieu de juger de la longueur de cette guerre qui tient les esprits en suspens avec assez de raison, s'agissant de la ruine de l'un des deux partis, principalement de celui des presbytériens qui composent le plus puissant corps d'Angleterre, les autres n'étant ni si qualiGés ni en si grand nombre. Il s'était parlé de quelque mouvement en Irlande, mais je n'en apprends pas la confirmation. La tranquillité est entière en Ecosse, et il a été mandé au général Monk d'envoyer deux régiments en Angleterre. Le bruit s'était répandu que le général Montagne avait été mis hors de charge par les plénipotentiaires du Parlement, mais l'on en a été désabusé aujourd'hui par l'arrivée de Texprès qu'ils ont dépêché. Les lettres que M. de Terlon m'a envoyées par lui informeront Votre Éminence de Tétat des affaires de ces quartiers du Nord, sur le sujet desquelles il ne me parait ici aucun changement, quoique les ministres de Suède se plaignent fort hautement des dernières conventions des deux républiques ; il se dit que leur maître tâchera de gagner l'hiver sans conclure, dans la pensée que, les deux flottes se trouvant obligées de se retirer, il lui restera toute liberté d'aclie- T. 1. 30

--— . «sge-:--. Ijs

coup d'artisans allaient joindre les mal intentionnés de la campagne^ et que sous main Ton leur donnait de Targent pour s'équiper et s'armer; il s'est aussi continué de faire dans la tille de grandes recherches à dessein de s'en assurer , tellement qu'il ne soit plus nécessaire d'y tenir beaucoup de troupes dont Ton pourrait avoir besoin en dehors où l'insurrection doit commencer. Il ne s'est pas néanmoins trouvé de résistance chez les gentilshommes qui ont été arrêtés^ dont le nombre est déjà si grand qu'il semble que le dessein doive être rompu. Ceux qui passent pour y être engagés sont jeunes gens fomentés par d'autres que la crainte de la confiscation retient^ et il est certain que^ depuis les derniers mouvements d'Angleterre^ il n'a point paru tant de disposition^ dans tous les ordres du peuple, à un soulèvement. L'on devait d'abord prendre pour prétexte le rétablissement des membre^ du Parlement qui en furent chassés devant la mort du roi, afin de le rendre plus favorable; mais la véritable fin ne parait que trop en ce que l'entreprise est conduite par les royalistes et que déjà l'amnistie s'est publiée; elle n'excepte que peu de personnes qui ont eu part à la mort du roi défunt. Quelques bruits ont couru que le milord Richard^ retiré maintenant à la campagne, était de la partie ; mais c'est avec peu de fondement, bien que quelques officiers de l'armée^ de ceux qui ont été cassés pour être attachés à ses intérêts, aient été arrêtés. Entre les prisonniers^ il y a la fille du comte de Berkshire qui faisait tenir une lettre d'avis à un gentilhomme de se trouver aujourd'hui au rendez-vous. H n'y a point encore d'autre personne fort considérable, mais l'on espère qu'il s'en trouvera et que le trésor public se prévaudra des confiscations. G'est^ Monseigneur, Tétat présent d'Angleterre qui ne se peut pas dire bien tranquille ; et bien que, suivant l'opinion des plus sensés, le danger soit passé, il se peut différer d'en parler positivement jusques à ce qu'il y ait des nouvelles des provinces. Le Conseil d'État n'a point eu d'autre affaire plus importante à traiter tous ces jours, et le Parlement de son côté n'a songé qu'à remplir les places de la milice^ et à

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quelques règlemeats de dedans peu coasidérables. Il doit s'appliquer dans trois jours à former le gouTemement afin d'effii* cer les impressions qui se donnent que les chefs de l'assem* blée ne songent qu'à se perpétuer dans Tautorité, ce qui aliène bien des esprits. J'attends toujours la lettre de créance que M. le comte de Brienne m'a fait espérer pour demander audience ; il n'est point arrivé de nouvelles du dehors et j*ai seulement à faire savoir que l'ambassadeur de Hollande m'a ce matin communiqué que ses supérieurs lui ont ordonné de demander au G)nseil de cet État que les plénipotentiaires d'Angleterre aient ordre de convier le roi de Suède à remettre au jugement de la France, d'Angleterre et des Provinces- Unies ^ la récompense en argent que la Pologne lui donnera pour la restitution des places qu'il possède en Prusse. Je n'ai point rejeté celte proposition^ ni aussi ne me suis engagé de l'appuyer; mais s'il m'en est parlé par les minbtres du Conseil, je ne m'éloignerai pas des ouvertures qui, sans blesser la bienséance, pourront avancer l'accommodement des deux princes puisqu'il est souhaité par Sa Majesté.

3p Le même au mime.

Lomir—, 4 Mplaakrt 1659.

Monseigneur, La lettre que je me suis donné l'honneur d'écrire à Votre Eminence par le précédent ordinaire l'aura informée de la fuite du chevalier Booth et de ceux de son parti ; elle apprendra par la présente qu'ils ont été entièrement dissipés après que la seule contenance des troupes du Parlement les eut mis en déroute, sans néanmoins autre perte que de trente morts et environ deux à trois cents prisonniers. Le sieur Lambert, pour se prévaloir de leur épouvante, marcha aussitôt vers Chester où la plus grande partie des fuyards s^étaient retirés; mais la nuit même, tous les chefs, ofXiciers et soldats l'ayant abandonné, il trouva le lendemain les portes ouvertes et y entra avec quelques-unes de ses troupes, sans souflfrir qu'elles y fis-

sent du dësordre, suivant la parole qu'il en avait donnée aux habitants. Liverpool ayant aussi été laissée en sa liberté, elle manda qu'elle avait toujours tenu pour le Parlement et que même le colonel Irland qui commandait dedans, s'était déclaré pour le même intérêt, quoiqu'il eût pris commission du chevalier Booth ; quelques autres petits châteaux où il avait mis garnison ont aussi été réduits sans combattre, et il ne reste plus en armes que le chevalier Middleton qui s'est retiré dans son château avec quelques troupes, sans autre espérance que d'obtenir capitulation; si ledit sieur Booth eût pris ce parti et tâché de conserver la ville de Chester, il aurait pu se garantir de la disgrâce dans laquelle il est tombé ; voulant se sauver à Londres, déguisé en habits de femme, avec trois valets, il a été reconnu dans une hôlcllerie et livré par Thôle aux soldats qui l'emmenèrent hier dans la tour de Londres où aussitôt le chevalier Vane et Haslerig l'allèreut interroger par ordre du Parlement. Le major gén«iral Egertou, l'un des autres chefs, et le colonel de Derby ont aussi été pris^ outre beaucoup d'autres personnes de qualité engagées dans la même cause. Par leurs dépositions, ils ne se trouvent point avoir clé si forts que l'on les publiait, ni avoir, en tout compris, plus de trois ou quatre mille hommes. Ce corps était néanmoins capable, en évitant le combat, d'entretenir la guerre quelque temps et de donner cœur aux mécontents des autres provinces qui auraient pu, voyant l'armée attachée à quelque place, prendre les armes; mais pour tenir cette conduite avec succès, il fallait des chefs plus expérimentés que le chevalier Booth, que toute la ville de Londres regrette et dont la chute ruine les espérances des royalistes ; aussi y a-t-il peu d'apparence de ressource, à moins de division entre l'armée et le Parlement. Ce dernier corps a depuis ordonné un remerciement au général Lambert avec un joyau de mille livres sterling ; mais la proposition qui a été faite de lui donner patente de major général de toutes les forces n'a pas été agréable; quelques gratifications ont aussi été ordonnées à ceux qui ont pris lesdits officiers, et en même temps il s'est établi un comité pour

procéder à la confiscation du bien des délinquants, que l'on fait monter à trois millions de livres de revenu^ si tous les prétendus coupables sont comaincus. Il se trouve quelque difliculté sur rétablissement des juges, le Parlement ayant désapprouvé Tusage des cours de justice et étant assez douteux que les douze ])airs ou jurés qui doivent, suivant les lois du pays, juger les criminels^ se portent à condamner ceux qui ont pris les armes pour avoir un Parlement libre ; cet embarras et les aigreurs que causerait une trop grande sévérité pourront porter le Parlement à la douceur, même envers ledit cheyalier Bootb, principalement s'il yeut découvrir ceux qui étaient obligés de prendre les armes dans les autres provinces, à quoi il se pourrait bien laisser aller pour sauver sa vie^ n'étant pas d'ailleurs obligé de ménager des personnes qui l'ont abandonné après l'avoir embarqué dans une si mauvaise affaire. Mais quelque esprit de douceur que prenne le régime, ce serait contre l'attente de tout le monde si les biens ne souffraient un peu et s'il ne se servait de cet ayantage pour acquitter une partie des dettes publiques et diminuer d'autant les impositions qui ont été doublées depuis peu de jours , ce que le peuple supporte avec assez d'impatience ; l'on ne témoigne pas aujourd'hui appréhender sa mauvaise volonté, et toutes ces recherches , gardes extraordinaires , tant dans la ville que dehors, ont cessé; il ne se parle même plus de la descente du roi d'Angleterre, et le Parlement par-ait dans une grande confiance, avec quelque fondement, n'y ayant aujourd'hui personne en état de s'opposer à la présente autorité. Elle en aura plus de liberté pour agir dans les affaires du dehors. Il est arrivé cette semaine des lettres de Zélande qui représentent le roi de Suède entièrement éloigné de la paix ; la lecture en a été faite dans le Parlement sans y prendre aucune résolution; sur ce refus, il est à croire que les minisres du Conseil me donneront quelque communication de leurs pensée devant que de rien déterminer, et je ne manquerai pas en ce cas de faire, suivant les intentions de Sa Majesté, tout devoir pour prévenir qu'ils ne se portent à la guerre contre

Hl2iïOHIQU£S. 471

les Suédois, comme quelques-uns l'ont déjà proposé ; ce n'est pas que les inclinations générales du présent régime ne soient favorables au roi de Danemark et aux États généraux, persuadés que la ruine de ce dernier prince rejaillirait sur leurs sujets. Cette impression ne sera pas facile à lever et elle les engagera dans de grands efforts^ à moins qu'ils ne croient que la France en aurait du ressentiment ; à dire vrai nous n'aurons pas sujet de leur savoir mauvais gré quand ils insisteront à l'exécution des traités accordés entre la France et les deux républiques, ni le roi de Suède n'aura rien à nous reprocher si son refus lui attire quelque disgrâce et si, ne déférant point aux conseils de ses amis qu'autant qu'ils s'accordent à son ambition, l'on l'abandonnera k sa bonne ou mauvaise fortune ; la prise de Naskon et l'approche de l'hiver lui font rejeter l'accommodement ; mais les Danois prétendent que quand la saison ne permettrait pas à leurs confédérés de les délivrer cette année, ils ne laisseront pas de se maintenir jusques k ce que la mer Baltique soit navigable, et qu'alors si les Anglais ne s'y opposent point i| ne sera pas difficile, avec le secours de dehors, de reprendre Cronembourg et les autres placer. Sur ce projet) Ton peut faire état d'avoir encore l'année prochaine , dans ces quartiers du Nord, occasion d'employer ceux qui sont fort enclins à la guerre. Si les avis précédants de M. Lockbart avaient donné lien de croire que la paix de France et d'Espagne recevrait des dinicuUés,8es dernières lettres parlent tout autrement et la représentent certaine. J'apprends aussi qu'elles assurent que Sa Majesté n'abandonnera point l'Angleterre si l'Espagne ne voulait pas se porter à des ternes raisonnables, et sans doute cette confiance avec le succès des aOairtfs domestiques, rendrait les ministres de cette république plus difficiles à se départir 4e leurs conquête?. Il i^e reste seulement, Monseigneur, à faire savoir que le Parlfiinent paraît satisfait 4e la lettre du roi et de mon discours, et qu'il a rendis au Conseil k traiter avec moi sur les ^ffaireg qui se présenteront ; elles ine manquent présenten^ent,

47i DOCUMENTS

XLTX !• Jf. de Bordeaux au cardinal

hnén», A «aplMibra 1659.

(VoirknoXLYIII.)

2« Xe mime au même.

Londref, Il «cpteabrc i659.

Monseigneur^ Je n'accuserai point la réceplion d*aucun ordre de Votre Êminence^ et j'ai seulement à lui faire savoir qu'il ne reste présentement personne en armes con{re le régime d'Angleterre, le châleau du chevalier Middieton s'etant rendu sans que ceux qui le défendaient aient pu obtenir autre condition que la liberté de se retirer d'Angleterre dans deux mois s'ils ne peuvent, pendant ce temps^ obtenir grâce du Parlement^ dont les comniissairesont continué d'examiner le sieur Booth. Il a raconnu fort ingénument d'avoir traité avec le sieur Mordaunt^ agent du roi d'Angleterre^ et que sa femme avait reçu lettres de celte Majesté; il a aussi découvert tout le dessein^ sans néanmoins nommer les auteui*s^ ayant désiré de n'être pas pressé de faire une chose qui blesserait son honneur, et l'on a eu jusques à cette heure la complaisance de recevoir ce qu'il a volontairement voulu avouer. Ses discours ont aussi fait voir que la mésintelligence s'était déjà mise entre lui et les autres chefs^ sur ce qu'il refusait de proclamer le roi d'Angleterre ; que, contre son avis, ils s'étaient approchés de l'aimée du Parlement et engagés au combat^ et que, devant qu'il fût arrivé à la tête des troupes^ les mêmes qui avaient voulu si opiniâtrement attaquer Lambert s'étaient rois en fuite; que depuis^ les ayant voulu rallier dans Gbester pour défendre la ville, ils avaient refusé de porter davantage les armes pour une cause qu'ils disaient être abandonnée de Dieu. Le Parlement a encore reconnu , tant par lui que par d'autres prisonniers y

que beaucoup d'autres provinces et personnes de condition devaient en même temps suivre cet exemple, et il ne faut pas douter que^ si tous ceux qui s'étaient engagés eussent tenu leur parole, le roi d'Angleterre ne fût aujourd'hui en état de paraître dans ce pays; mais les uns ont été prévenus et arrêtés^ les autres n'ont pas eu le cœur de se montrer, et quelques-uns ont joué à fausse compagnie; tout ce parti est maintenant si mortifié et abattu^ que de leur propre aveu il n'en faut plus rien attendre contre la présente autorité , à moins d^une division dans l'armée ou d'un secours étranger. Le Parlement parait aussi être dans une grande confiance; il a déjà congédié la plupart de la milice du pays pour soulager le peuple de cette charge; il doit même licencier les régiments des sectaires et remettre la garde du pays à la vieille armée^ pour le paiement de laquelle l'on fait état de se prévaloir des biens tant des coupables que de ceux qui> depuis l'année i 648^ ont agi en faveur du roi , et déjà la commission est émanée pour procéder à la vente. Le Parlement a encore ces derniers jours repris le débat sur la forme du gouvernement^ sans rien conclure, et ce ne sera pas sans peine que ceux qui ont maintenant l'autorité en main condescendront à établir une république parfaite. Les chefs de l'armée entrent dans leurs sentiments, et sous prétexte que le peuple est mal intentionné, ils proposent un sénat eu pouvoir égal avec les Parlements. Cette question semble à beaucoup devoir produire un jour de la division. Il n'est pas moins vraisemblable que quelque officier de l'armée pourra bien, avec le temps, avoir l'ambition du défunt Protecteur , et le sieur Lambert élant considéré comme le seul capable de marcher sur ses pistes, il se prendra toutes sortes de mesures et précautions pour Tarréter ; ainsi son élévation recevra plus de difficulté. Quant au retour du roi d'Angleterre, à moins d'un secours étranger, il paraît entièrement éloigne; ainsi l'on peut, avec beaucoup de raison, croire que les ministres du régime parlent sincèrement lorsqu'ils professent qu'avec Tamitié de la France ils n'ont rien à craindre. Je n'en ai point vu aucun ces derniers

474 UOCUMSNTS

joursi et contre mon attente ils ont, sans m'en faire part, envoyé aux plénipotentiaires de Zéiande Tordre cTexécuter les dernières conventions passées à La Haye pour la pacificatioa des rois de Suède et de Danemark. A la vérité ce régime n'était pas en état de prendre d'autre parti, puisque la flotte d'Angleterre avait été mandée. Le sieur Vane m'avait seulement avoué qu'une partie devait retourner et que les Hollandais retireraient pareil nombra de leurs vaisseaux* Hais l'un des membres du Parlement vient tout à l'heure de me dire qu'il est arrivé depuis quelques heures des nouvelles que l'amiral Montagne est sur la côte d'Angleterre et qu'il n^a laissé au Sund que trois vaisseaux, quoique les Hollandais p'aient retiré que neuf des leurs, d'où Ton peut juger que le roi de Suède a donné les mains à l'accommodement, en suite de la déclaration faite par celui de Danemark qu'il était prêt de traiter séparément, ou que les plénipotentiaires anglais ont cru que la présence de leur flotte ne pouvait que rendre les Suédois plus difficiles et qu'il n'était pas nécessaire, «prèsl^s arrêtés d'entre les deux républiques, de tenir §in mer un si grand nombre de vaisseaux, surtout dans un temps qu'ils sem* blaient être plus nécessaires snr les côtes d'Angleterre. Quels que puissent être les motifs, les Hollandais auront maintenant toute liberté d'agir suivant les traités, mais non pas d'i^Uer au delà; c'est de quoi je pourrai écrire plus positivement par le prochain ordinaire.

3o le même au même.

L»i4rM, U Hfiiwihfê iêH, (Voir le i>« XXXV.)

if. de Bordeaux au cardinal Ma^rin.

(Voir le no XXXV.)

HISXOBIQUES. 475

M. de Bordeaux au cardinal Uaxarin,

Londrti, 7 tout !•!•.

(Voir le no XXÎIV.)

LU Jf. de Bordeaux au comte de Briemne.

Londres, 6 oetobrt 1659»

Monsieur, Il ne faut pas chercher ailleurs la cause du retardement de mes lettres que dans rirrégularilé du départ de l'ordinaire de Londres, qui s'avance ou se diffère suivant la disposition de Tair^ ce qui m'oblige quelquefois d'envoyer après la poste^ lorsque les affaires ou les nouvelles en méritent la dépense. Je n'ai pas eu sujet de le faire ces derniers jours, et mes dépêches auront été trou\ées plus pleines de réflexions et de raisonnements conjecturaux que de résolutions prises ici soit pour rétablissement du régime, soit pour Tavancement de la paix du Nord. Je n'ai encore aujourd'hui rien à mander de plus positif sur ce dernier point, et la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 28 du passé, me donne seulement lieu de dire qu^encore que le général Montagne s'était bien séparé d'avec le roi de Suède, et que tant lui que les ofïiciers de la flotte aient été chargés de chaînes d'or, le Parlement n'en parait pas néanmoins plus enclin à embrasser les intérêts de ce prince, et ses libéralités répareront avec peine le mauvais effet de son emportement; les ennemis mêmes de ce régime louent la fierté avec laquelle le colonel Sidney lui a répondu ; et si ce mécontentement public ne porte pas le Parlement à suivre les inclinations des Provinces-Unies , au moins leur sera-til laissé toute liberté d*assisler le Danemark suivant la résolution qu'elles en ont priseï et j'apprends que le Conseil

d'État retire ses plénipotentiaires, ne jugeant plus que leur entremise soit d'aucune utiKtë ; il se parle aussi de rappeler tous les officiers anglais tant de mer que de terre qui sont au service du roi de Suède, et déjà, sur les instances de Tam* Itassadeur de Hollande, défenses très-expresses ont été faites dans tous les ports d'Angleterre d'y recevoir ses armateurs qui faisaient grand tort au commerce et avaient été interrompre la pèche du hareng, que font, en cette saison, les Hollandais sur les côtes d'Ecosse. Ce dernier ordre procède plutôt de complaisance envers lesdites Provinces-Unies que d'aigreur contre leur ennemi , et ce sera faire un jugement solide des intentions d'ici que de croire les principaux du gouvernement portés à entretenir une entière correspondance entre les deux républiques. Ce sentiment peut compatir au désir de voir la guerre allumée chez tous les autres États de l'Europe, et l'on ne peut blâmer leur politique lorsqu'ils souhaitent les voisins occupés afin que ni la pensée ni le pouvoir ne leur vienne de favoriser le rétablissement du roi d'Angleterre. Si l'Espagne était aussi capable que la France d'appuyer ses intéièts, la paix se pourrait bien acheter aux dépens de Dunkerque et de la Jamaïque; les marchands anglais ne s'y opposeraient pas, et grande partie du Parlement est persuadée que la conservation de ces places est plus onéreuse qu'avantageuse. Mais ceux qui ont la direction des affaires étrangèi*es n'appréhendant pas assez l'Espagne, ni ne considérant si fort le commerce que le déshonneur et le reproche que leur pourrait attirer l'abandonnement de ces conquêtes, h moins que ce ne fiit à des conditions qui donnassent dans la vue du peuple, cette restitution pourra recevoir de la difficulté, et apparemment M. Lockhart ne la favorisera pas. Les mêmes professent depuis quelque temps tant de jalousie de la France que ledit sieur ambassadeur pourrait être soupçonné de leur en avoir fourni le sujet par ses information», s'il n'était pas vraisemblable que ces défiances ont été affectées. Je n'ai pas oublié de faire tout devoir pour les dissiper, reconnaissant assez que, quand Sa Majesté n'aurait

HISTOUIQDëS. 477

pas besoin de ménager TAngleterre^ elle devrait éviter que la sincérité des assurances qu'elle donne de son amitié ne fût pas suspecte; et si mes soins ont eu quelque succès^ tous ces bruits du passage du roi d'Angleterre par la France et de l'engagement pris par Sa Majesté et le roi d'Espagne en sa faveur n'auront pas produit le fruit qu'en attendent ceux qui les ont publiés. 11 semble même que leurs motifs cessent maintenant, puisque leur desseins ont été prévenus; c'était l'opinion de quelques-uns qu'après le retour de Lambert l'armée présenterait une requête au Parlement; l'avis ne s'est trouvé que trop vrai : trois colonels en avaient la semaine passée été chargés par les ofQciers qui ont défait le chevalier Boothy et ils devaient la proposer dans le Conseil de guerre devant que d'être portée au Parlement ; elle tendait à l'obliger de faire le sieur Fleetwood général, I^Ambert lieutenant général, le colonel Desborough major général de la cavalerie^ Monk major général de l'infanterici le colonel Berry commissaire général de toutes les forces de la république. Il était aussi demandé paiement des arrérages qui leur sont dus^ jugement des coupables de la dernière insurrection, l'établis-* sèment d'un sénat coordonné en puissance avec les Parlements, et que les églises et charges civiles fussent remplies de personnes bien zélées et dévoles, c'est-à dire des sectaires de la cinquième monarchie. Ce projet ayant été découvert par lesdits officiers au sieur Haslerig, chef de la faction républicaine, il en avertit le Parlement le 2^ de ce mois avec grande exagération des conséquences de ces propositions ; le sieur Fleetwood, qui était présent, ne les ayant pas désavouées, il fut ordonné que les trois colonels qui en étaient chargés la remettraient ; à quoi ayant obéi, le même jour et le lendemain se passèrent en débats, et il fut eniin arrêté que la requête n*était point nécessaire et de dangereuse suite, et que le sieur Fleetwood assemblerait le lendemain les ofGciers de l'armée pour leur faire savoir la résolution du Parlement, ce qui fut exécuté avant-hier, et le Conseil de guerre demeura d'accord de se conformer au désir du Parlement^ dont quel-

qaes membres parurent fort emportes dans cette délibëration^ et proposèrent même de rappeler plutôt le roi que de laisser prendre à l'armée une si grande autorité; d'autres roulurent rejeter toute la trame sur le sieur Lambert^ et furent d'avis de Penvoyer dans la Tour de Londres. Le sieur Vane et ceux de son parti, que l'on croit tenir la main aux chefs de la milice, adoucirent les esprits, représentant que le régime n'avait ni dedans ni dehors d'autres amis ni appui, et que ce serait s'exposer à une ruine entière que de la choquer; que les principaux officiers n'étaient pas coupables de la faute des autres inférieurs, et que le sieur Lambert n'avait pas mérité un si mauvais traitement, mais plutôt d'être récompensé des services qu'il a rendus depuis tant d*années. Ces raisons furent goûtées, et présentement le calme est rétabli* Néanmoins ceux qui considèrent que Tarmée n'a encore rien commencé qu'elle n'ait achevé, ne regardent sa soumission que comme une cure palliatrice, et croient que les chefs, entre autres Lambert, duquel il se témoigne publiquement grande jalousie, ne font que différer afin de mieux prendre leurs mesures et de ménager les officiers inférieurs, dont grande partie est encore pour une vraie république ; les plus habiles du gouvernement ont d'autres visées et veulent se maintenir en autorité, et s'ils n*en viennent à bout il se formera quelque division notable. Ledit sieur Vane professe déjà d'être peu satisfait, et sous prétexte d'indisposition s'est retiré pour quelques jours à la campagne, peut-être dans la pensée que son absence fera reconnaître la nécessité de sa présence, n'y ayant en effet aucun ministre dans le Conseil si éclairé que lui, principalement sur les affaires du dehors dont il avait Tentière conduite 'sur les fins de la première séance du Parlement. Au même temps qu'il s'y traitait des prétentions de l'armée, la maison de ville lui vint présenter utié requête contre la continuation du présent maire comme contraire à leurs privilèges, auxquels ni les rois ni les précé^^ dents Parlements n'ont jamais donné atteinte ; il fut remis à cejourd^hui d'y délibérer ; cependant les bourgeois déclarent

qu'ils ne reconnaîtront plus le maire après le dixième du courant qu'expire son année^ quelle que soit la résolution du Parlement. Tous ces démêlés ne peuvent que laisser Fesprit en suspens sur l'établissement du régime d'Angleterre^ et satisfaire cent qui n'ont point intérêt ni inclination de le voir bien affermi. I^ religion n'est pas en meilleure condition^ et jamais les catholiques ne furent plus remplis d'espérance d'obtenir la liberté de conscience. Mais il faut que les saints prennent le dessus; letirs maximes sont bien plus contraires aux presbytériens, tels que sont les sectaires de France, qu'aux catholiques, et s'ils ne changeaient de sentiment se trouvant dans l'autorité, ils né pei'sécuteraient personne pour la foi. Les dépositions du chevalier Booth et de plusieurs autres prisonniers ftti'ént lues dans le Parlement la semaine passée, et il fut ordonné que le milord Faulconbridge, qui était auparavant sous garde, serait envoyé à la Tour de Londres, quelque instance que fit le sieur Fleetwood pour PeUipêcher. Telle est la condition présente de ceux qui étaient les plus accrédités spuB le défunt Protecteur, pour être 'Soupçonnés d'avoir ttempé, de conseil ou autrement, dans la dernière iusurrec* tion, et s'il y avait des preuves suffisantes contre tous, PËtat s'enrichirait de leurs biens; mais la plupart ont été assez avisés pour ne communiquer leur dessein qu'à peu de personnes, et il n'y a que Booth qui les accuse.

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