LIVRE II.--SITUATION
mandaient^ Tun la garnison de Dunkerque^ l'autre la flotte dans la Baltique^ et de les décider^ en se décidant lui-même pour le roi, à diriger leurs \aisseaux et leurs soldats vers Portsmouth, où le colonel Norton était prêt à les recevoir. Richard promit d'écrire, pourvu qu'on lui assurât vingt mille livres sterling de revenu et une grande terre. Il fut même, dit-on, sur le point de s'embarquer pour se rendre sur la flotte et la mettre lui-même à la disposition du roi. Il recevait en même temps de Mazarin des offres de service positives et explicites : « Pour « répondre à la lettre que Votre Ëminence m'a fait l'hon- « neur de m'écrire, le 21 du courant, que le roi verrait « avec regret l'établissement d'une république en Angle- « terre, » écrivait Bordeaux au cardinal, a j'ai cru ne « pouvoir mieux m'adresser qu'au sieur Thurloe, et « ayant hier ménagé une entrevue avec lui à la cam- « pagne, je l'assurai que le roi n'épargnerait ni argent a ni troupes pour rétablir M. le Protecteur, s'il y avait « jour à réussir; que ses amis pouvaient prendre des « mesures sur ce fondement, et qu'aussitôt que je serais a informé de leurs desseins, je les ferais savoir avec tout « le secret et toute la circonspection nécessaires. «Toutes ces propositions demeuraient à la fois stériles et toujours pendantes; Thurloe demandait du temps pour entretenir le Protecteur des offres deMazarin, mais sans les repousser; Richard refusait de signer les lettres qu'on avait préparées sur la foi de sa promesse ; mais à peine avait-il refusé qu'il'déplorait lui-même sa pusillanimité, et s'offrait à prendre, pom* le service du roi, de nouveaux
engagements. Il y ayait là, contre la république renaissante, un foyer permanent, quoique peu efficace, d'espérances hostiles et de complots ^
Henri Cromwell, à Dublin, était bien plus en mesure que son frère, à Londres, de défendre, contre la république, sa famille et le Protectorat. 11 avait gouverné nrlande et son armée avec prudence et douceur; il était bien vu des hommes considérables du pays et tM>pulaire dans tous les rangs. Quand le Parlement de Richard fut dissous, Ingoldsby et sir Charles Coote se rendirent en toute hâte en Irlande pour bien informer le lord Ueutetenant de ce qui se passait et l'engager à résister. Par une msouciance ou un abattement étrange, i)endant plus d'un mois Richard n'écrivit point à son frère et le laissa sans instructions.Henri s'en plaignit avec plus de tristesse que d'amertume : a Je rends grâce à Dieu, » dit-il, a de ce a qu'au moins notre père chéri est mort au sein de la « gloire qu'il avait conquise; » et quoique profondément troublé , il prit des mesures de résistance , ou du moins d'attente. 11 réunit les officiers de l'armée d'Irlande, et ne pouvant les décider à promettre de soutenir le Protecteur envers et contre tous, il les renvoya à leurs corps, en les exhortant à ne se prêter à aucune innovation, quelque spécieuses qu'en fussent les apparences. Puis il fit venir à Dublin les troupes sur lesquelles il comptait le plus^ s'assura des dispositions des principaux gouverneurs
1 ClarendoD, State^Papers, t. III, p. 469, 474-475, 477, 478 ;— Ludlow, Mémoires, duns ma Collection^ t. II, p. à6S;^Bordeaux à Masarint 12, 26 et 29 mai et 2 juin 1659 (Documenta historiques, no XXX).