LIVRE IL— CONDUITE ET INFLUENCE
Heureusement pour lui^ Charles^ d'un esprit naturel- ' lement juste et clairvoyant^ plaçait alors toute sa confiance dans les conseillers auxquels^ en se séparant de lui , l'avait remis le roi son père y dans Hyde surtout^ habile^ honnête^ religieux^ laborieux^ aussi fidèle dans Fexil aux lois et à la foi de la patrie qu'il aidait quittée qu'aux intérêts du maître qu'il avait suivi. Charles était sûr qu'entre les mains de Hyde^ ses relations avec soh * parti en Angleterre seraient cultivées avec assiduité et dignité; que ni son honneur personnel dans la mauvaise fortune^ ni les droits futurs de sa couronne ne seraient jamais compromis ^ qu'on ne lui ferait jamais parler qu'un langage prudent et noble qui le présenterait sous un jour favorable à sa nation comme à l'Europe ; et il savait gré à son chancelier de bien faire ainsi ses tristes et languissantes affaires en lui en épargnant le soin. Hyde s'y adonnait avec passion et vertu^ écrivant sans relâche^ plein de sagacité dans l'appréciation de ce qu'il convenait de dire à ses divers correspondants; constamment appliqué à soutenir^ à rallier^ à diriger les royalistes; ne négligeant aucune occasion^ ni aucun moyen d'acquérir au roi de nouveaux amis; très-réservé pourtant dans ses démarches et ses promesses en ce genre , par fierté de parti et par prévoyance de gouvernement, ne voulant pas engager son maître au delà de ce qu'il lui serait, un jour, possible ou utile d'accomplir. Anglican zélé, les Presbytériens et les Catholiques lui étaient presque également suspects et antipathiques; la crainte que, soit à eux, soit aux étrangers^ la cause royale n'eût
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de trop grandes obligations^ le préoccupait sans cesse ; et lorsque les royalistes d'Angleterre lui demandaient jusqu'à quel point ils pouvaient compter sur le roi : a n c est » ^ leur répondait-il % a le plus Anglais et le plus « protestant de tous; et tous deyriez bien faire en sorte « de commencer vous-mêmes l'œuvre de son rétablisa sèment, afin que personne n'en puisse prendre avana tage contre l'intérêt protestant et l'intérêt anglais, a que le roi a à cœur plus que nul autre homme dans a son royaume*. »
Charles prenait probablement quelque soin pour inspirer, à Hyde lui-même, cette confiance peu méritée; et, de son côté, au lieu d'y regarder de très-près, Hyde se prêtait sans doute volontiers à la ressentir. Une circonstance particulière aida puissamment le chancelier à la répandre parmi les royalistes. Quoique le duc d'York fit encore profession extérieure de la religion anglicane, les catholiques savaient qu'il leur appartenait, et commençaient à lui témoigner un dévouement spécial, fondant sur lui tout leur espoir de recouvrer en Angleterre, non-seulement la liberté, mais la domination. Un travail secret fut dès lors entamé pour faire au prince Jacques , aux dépens du roi son frère, ua renom et un parti. Le père Talbot, jésuite, était le principal agent de ces menées, ourdies et suivies dans l'intérêt d'une puissance étrangère autant que dans Celui des catholiques
' i Le 30 juin 1659.
* Clarendon, State-Papers, t. III, p. 496. — Burnet, Histoire de mon temps, t. I, p. 191-192, dans ma CoUection.