LIVRE II.— MODÉRATION
soit par poKtique^ soit par respect pour leurs propres maximes^ ils faisaient souvent acte de justice libérale et courtoise : o J'ai été amené deux fois devant le Conseil c< d'État^ «écrivait sir John Greenville à Hyde ^ ; « là^ après « avoir répondu à beaucoup de questions frivoles^ je me « suis plaint des mauvais traitements que j 'avais soufferts a sous le vieux Cromwell qui m'avait fait emprisonner^ a contrairement aux articles de la capitulation par la- « quelle je m'étais soumis^ et qui avait reçu l'approbation « du Parlement. Je me suis aperçu que mes paroles sur a Cromwell leur plaisaient et servaient mieux ma cause » que n'eût pu faire le meilleur avocat. J'ai insisté sur a mon innocence^ et réclamé ma liberté aux termes des- « dits articles. Sir Henri Vane m'a dit alors que je verce rais qu'il y avait de la différence entre le gouveme- « ment d'un État libre et le pouvoir d'un seul; le Conseil a d'État, a-t-il ajouté, conservait, sur moi, de grands a soupçons ; mais ne trouvant contre moi point de preu- « ves réelles, ils se décidaient à me mettre en liberté, « car ils ne voulaient ni détenir, ni condamner personne « sur de simples soupçons, et j'ai été ainsi congédié. » La longue lutte et ses vicissitudes avaient amorti l'âpreté des passions, et rendu, à la générosité comme à la prudence, quelque empire ".
t Le 19 août 1659.
* JoumaU ofthe h. ofC, t. VII, p. 768, 778. 785, 786 ;— Thurloe, State-Pa^ers, t. VII, p. 731;— Pari. hisU» t. XXI, p. 452;— Claremdon, Hht. ofthe ReheU,, 1. xvi, c. 153-158; State-Papers, t. III, p. 550, 543;— Somers 's Tracts, t. VI, p. 530-533 ;— Bordeaux àMa- MarinAt 11 et 29 septembre 1659 {Documents historiques, no XLIX}.
Pendant que ses amis subissaient ainsi^ sans rigueurs cruelles, les conséquences de leur défaite, Charles errait le long des côtes de la Bretagne, attendant qu'un avis lui vint pour aller les joindre. Ce fut à Saint-Malo^ ou, selon d'autres, à La Rochelle qu'il apprit le désastre de Bootb et la vanité du grand complot si longtemps médité : a Ne comptez plus sur aucun soulèvement, » écrivait-on à Hyde^; a nos espérances maintenant ne peuvent venir « que du dehors; et elles sont bien faibles quand nous a voyons comment les Espagnols vous traitent, que les a Français vous trahissent et que les Hollandais se sont « déjà prononcés contre vous. » Charles reprit aussitôt le dessein que Tattente d'un succès des royalistes en An* gleterre lui avait seule fait suspendre ; il partit pour aller chercher, aux Pyrénées, auprès des deux ministres qui négociaient la réconciliation des deux couronnes^ quelque espoir de recouvrer la sienne. 11 ne pouvait se promettre beaucoup de cette tentative^ car Mazarin, qui en craignait pour lui-même quelque embarras, avait vivement conseillé à la reine sa mère de l'en détourner, et lui avait .même, après quelque hésitation, fait refuser tout passe-port. Mais Charles, triste des nouvelles de Londres, ennuyé du séjour de Bruxelles et curieux de contrées et de scènes nouvelles, ne tint compte ni du conseil, ni du refus^ et prit sa route incognito à travers la France, choisissant les voies les plus longues, s'arrétant çà et là pour son plaisir, et plus occupé des incidents du voyage que pressé d'en atteindre le terme. En approchant de
1 Le 26 août 1659.