‹ Histoire de la révolution d'Angleterre (volume 2)Chapitre 99 sur 109 · Î4 LIVRE IT.— RESISTANCE · texte numérisé non relu

Î4 LIVRE IT.— RESISTANCE

« h forme de leurs vœux^ que leur façon de les pré- « senter doit être pacifique^ que leurs demandes ne doi- (T yent tendre ni à la perturbation de la République^ ni ff au déshonneur du Parlement, et que c'est leur devoir a de se soumettre, en tous cas, à ses décisions, t On fit plus que censurer ainsi les démarches des officiers ; on prévit leurs violences extrêmes; et pour leur ôter d^avance tout moyen légal de gouverner, la Chambre décréta, le il octobre, que « quiconque établirait ou a percevrait, au delà de ce même jour, sur les peuples a de cette République, une imposition quelconque, sans « leur consentement donné en Parlement, serait coupaa ble de haute trahison. » La délibération se poursuivait ainsi avec une âpreté péniblement contenue, lorsque, le 1^ octobre au matin, la Chambre apprit, par le colonel Okey,que la pétition du Conseil général des officiers était imprimée, publiée, et qu'une lettre, signée de Lambert, de Desborough et de sept autres officiers, l'avait répandue dans tous Jes corps de l'armée, en sollicitant leur adhésion expresse, en témoignage de l'unanimité de leurs désirs. C'était évidemment la coalition, en attendant rinsurrection de l'armée contre le Parlement. Haslerig éclata et la Chambre le suivit; les neuf officiers qui avaient signé la lettre, Lambert et Desborough en tête, furent révoqués de tous leurs emplois, et des successeurs furent immédiatement désignés pour les corps qu'ils commandaient. Le commandement en chef de l'armée fut retiré à Fleetwood, et attribué à sept commissaires, parmi lesquels Fleetwood conserva cependant

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une place ; Monk^ Ludlow^ les colonels Horley^ Wallon, Overton et Haslerig lui-même étaient les six autres. On vota que l'organisation du gouvernement et des Parlements futurs de la République serait, le lendemain, la première affaire à Tordre du jour; et pour qu'on fût sûr d'atteindre au lendemain, les régiments des colonels Horley, Okey et Hoss , sur lesquels Haslerig comptait^ eurent ordre de passer la nuit à la garde de la salle et des approches du Parlement *.

Le lendemain, 13 octobre, Westminster et ses environs oifraient de toutes parts un aspect de guerre. Informé que Lambert avait résolu de le dissoudre ce jour-là même, le Parlement s'était préparé pour une énergique défense ; les régiments de Morley et de Moss occupaient les portes, les cours et les abords immédiats du palais; d'autres corps, cantonnés près de Londres, entre autres le régiment de cavalerie du colonel Okey, avaient eu ordre d'arriver en hâte. Lambert, de son c6té, avait reçu un billet portant : « Mettez-vous en 0 sûreté demain ; sans quoi , votre tête est en péril ; » Haslerig avait en effet, dit-on, formé le dessein de le faire arrêter et fusiller sur-le-champ. Malgré l'hésitation de quelques-uns des siens, Lambert prit hardiment l'offensive ; à la tête de son propre régiment d'infanterie , il parcourut les rues, lit barrer celles par lesquelles les

1 Joumals of the house ofC, t. VII, p. 792, 794-796 ; — PaW. hist., t. XXI, p. 450, 459-470;— Baker, ChronicU, p. 714-718;— Ludlow^ Mémoires dans ma Collection, t. II, p. 528-529 ; — Whitelocke, p. 684 ; — Bordeaux àMazaririy 20 octobre 1659 {Documents historiquei, n» LV).

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membres du Parlement pouTaienl se irendre à leur poste^ coupa toute communication avec la Cité^ et marcha dé sa personne sur Westminster. Arrivé près du palais^ il se trouva en face du colonel Morley qui^ le pistolet à la main^ lui dit qu'il tirerait sur lui s^il faisait un pas de plus : Q Colonel, » répondit Lambert, a je passerais para là si je voulais ; mais je prendrai un autre chemin ; » et il poussa en effet d'un autre côté. Le colonel Moss était, avec sa troupe, sur le point où il se porta; Lambert, s'avançant vers les soldats, leur demanda :<i SMls voulaient fit souffrir que neuf anciens officiers^ qui avaient si soua vent combattu pour eux et avec eux, fussent dépouil- « lés de leurs emplois et ruinés> eux et leurs familles. » — « n vaut mieux, » dit Moss, «que neuf familles toient « ruinées que si la nation et le Parlement l'étaient euxa mêmes. » Lambert répUqua; un pourparler s'engagea; quelques soldats de Moss passèrent à Lambert; mais la plupart restaient en suspens. La garde à cheval du Parlement arriva, se rendant à son service, et commandée par le major Evelyn; Lambert alla à lui et l'interpella vivement; Evelyn regarda autour de lui, comme pour consulter silencieusement ses soldats; plusieurs se montraient ébranlés; son lieut^iant Caithness le dissuada de résister; il descendit de cheval, et sa troupe grossit celle de Lambert. Sur ces entrefaites, l'orateur du Parlement, Lenthall, qui se rendait en carrosse à la Chambre, fut arrêté, près de la cour du Palais, par un détachement des gens de Lambert placé là sous le commandement du lieutenant-colo-

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nel DûckenQeld^ l'un de ses plus hardis afBdés; Lenthall insista pour passer, rappelant aux soldats qu'il était leur premier général; les soldats lui firent rebrousser chemin en se moquant, et lui oilhint de le conduire à Wallingford-House, chez Fleetwood, qui lui donnerait, disaient-ils, des explicâlloità : a Si le lieutenant-gcnéral « Fleetwood a quelque chose à me dire, » reprit Lenthall, « il peut Tenir me le dire the« moi; » et il retourna chet lui sans obstacle.

Les choses eh étaient là vers le milieu du Jour ; Lambert avait visiblement l'avantage ; Haslerig et les siens firent demander du secours dans la Cité ; on leur répondit qu'on ne voulait pas se tnéler de la querelle, et que la Cité se bornerait à maintenir Tordre dans son enceinte* Le public ne prenait aucun intérêt à Tévénertient ni aux acteurs ; les rues étaient pleines de passants indifférente qui allaient, comme de coutume, à leurs affaires, et de curieux presque aussi indifférents qui s'arrêtaient un moment^ faisaient quelques questions, et reprenaient leur chemin. Cependant rien ne finissait; sur plusieurs points, les officiers et les soldats des deux partis, postés en face les uns des autres, s'étaient rapprochés, étaient entrés en conversation^ et se montraient décidés à n'en point venir aux mains. Quelques membres du Parlement avaient réussi à arriver par la Tamise et à entrer dans leur salle. Le Conseil d'État s'était réuni. Lambert et î)esborough d'une part, Haslerig et Morley de l'autre, s'y rendirent : les inembres de la Chambre qui avaient pénétré dans Westmins-

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