‹ Histoire de la révolution d'Angleterre (volume 3)Chapitre 111 sur 132 · L'INFLUENCE EN IRLANDE · texte numérisé non relu

L'INFLUENCE EN IRLANDE

du lieutenant du général en chef devait passer partout avant celle du lord député d'Irlande; Ce mariage convenait à Cromwell; Fleetwood appartenait à une famille considérable et ne pouvait manquer d'être un gendre utile. L'occasion se présenta aussitôt de mettre ce nouveau lien à profit : le brevet de Cromwell comme gouverneur général d'Irlande était près d'expirer; on en proposa à la Chambre le renouvellement; il déclina luimême cette faveur : « il avait déjà, » dit-il, « trop de pouvoir et d'honneurs. » La charge de lord lieutenant ou gouverneur général d'Irlande fut supprimée. Celle de lord député, c'est-à-dire délégué du lord lieutenant^ se trouvait dès lors sans base ; on offrit à Lambert un autre titre et diverses compensations : mais il ne voulut point accepter ce qu'il regardait comme une déchéance^ et il se démit de son office. On décida alors que le général en chef des forces de la République nommerait lui-même au commandement des forces d'Irlande, et Cromwell y nomma Fleetwood. Mais, soigneux de panser la plaie qu'il avait faite, il s'apphqua en même temps et il réussit à persuader à Lambert que le mauvais vouloir du Parlement lui avait seul fait enlever ce titre de lord député qu'il eût été, lui Cromwell, charmé de lui conserver; et avec une intelligence profonde de la bassesse qui peut se cacher sous la vanité, il exprima aussi à Lambert son regret des dépenses énormes auxquelles cette courte dignité l'avait entraîné, et lui demanda la permission de s'en charger ; à quoi Lambert consentit, devenant ainsi, dans sa inésaventure, l'obligé de Crom-

320 PÉTITION DE L'ARMÉF.

well, qui, du même coup, fit de son gendre le commandant de l'Irlande, et de l'homme qu'on avait quelquefois essayé de lui donner pour rival dans l'armée, un ennemi ardent du Parlementa

Il excellait à pousser vivement ses avantages. La Chambre, malgré l'échec qu'elle venait de subir, persistait dans son dessein de réduire l'armée. Cromwell se résolut à engager ouvertement la lutte entre l'armée et la Chambre, au nom de tous les griefs, réels ou imaginaires, de tous les vœux, praticables ou chimériques, qui éclataient dans le pays, et auxquels la Chambre promettait sans cesse et ne donnait jamais satisfaction. Le 12 août 1652, la Chambre ordonna au conseil d'État de lui rendre compte sans re lard de ce qu'il avait fait pour préparer la réduction des divers corps de troupes, spécialement des garnisons de Glocester, d'Exeter et de Bristol. Ce même jour, un conseil général des officiers se réunit à Whitehall; et dès le lendemain , six des principaux, le commissaire général \^ halley, les colonels Hacker, Barkstead, Okey et Golfe, et le lieutenantcolonel Worsley se présentèrent au Parlement porteurs d'une pétition où tous ces griefs, tous ces vœux, religieux et civils, étaient résumés en douze articles, sans violence, mais en termes péremptoires, et finissant par insister sur la convocation des Parlements futurs , « réglée de telle sorte que des hommes pieux

^ Ludlow, Mémoires, t. II, p. 151;— Mistriss Hutchinson, Mémoires, t. II, p. 240-243 ;— Whitelocke, p. 523, 533, 536.

AU PARLEMENT (12 aOut 1652). 321

« et fidèles aux intérêts de la République fussent seuls « élus*. »

La Chambre ressentit quelque surprise : on avait naguère employé de tels procédés contre la Couronne ; mais depuis que la République était fondée, l'armée n'était plus intervenue ainsi dans le gouvernement. Cromwell lui-même avait contribué à rassurer le Parlement, car sans nul souci de se contredire et de se démentir, au moment même où il excitait sous main les officiers à le presser de se dissoudre, il avait paru vouloir les détourner de cette démarche, et s'était porté garant à la Chambre que, si elle leur ordonnait de briser leurs épées et de les jeter à la mer, ils lui obéiraient surle-champ*. La pétition fut reçue avec de grands égards; on la renvoya à un comité spécial qui eut ordre d'en examiner les divers points et de rechercher ce qui avait déjà été fait et ce qu'il y avait encore à faire pour y donner satisfaction. L'orateur, au nom du Parlement, remercia les officiers des sentiments qu'ils y exprimaient et de leurs soins vigilants pour les intérêts publics. Mais après ces démonstrations officielles, les principaux membres de la Chambre témoignèrent sans réserve leur mécontentement d'une démarche et d'un langage « si in- « convenants, pour ne pas dire si arrogants, de la part « des chefs de l'armée envers le Parlement, leur maî-

1 JoumaU of the H, ofC, t. VII, p. 164;--Whitelocke, p, 541; — Carlyle, CromwelVs Letters, t. II, p. 174. « Ludlow, Mémoirea, t. II, p. 191-193.

322 CONVERSATION DE CiiQM^EjLL

a tre. »— « Prenez garde, » dit Whitelocke k Cromwpll, a à cette façon de faire ainsi pétitionner les officiers^ « répée à la main; quelque jour, cela pourrait bien « s'adresser à vous. » Mais Cromwell traita légèrement cette inquiétude ; nul ne se préoccupait moins des embarras que pourrait lui attirer un jour le succès*.

Environ six semaines après, rencontrant un aoir Whitelocke qui se promenait dans le parc de Saint- J^^ies, Cromwell Taborda « avec une courtoisie plus qu'ordinaire, » et l'emmenant à l'écart :

« Milord Whitelocke , n) lui dit-il, « je sais votre fldés- « Uté à la bonne cause dans laquelle je suis engagé^ « ainsi que nos autres amis; je connais aussi votre <c excellent jugement et votre amitié particulière pour « moi; je désire m'entendre avec vous sur les impora tantes affaires de notre situation actuelle. »

wmTELOGKE :«¥.£. me connaît depuis longtenipS;, « et ne dira pas, j'espère, qu'Elle m'ait jamais trouvé « manquant de lidélité ou d'affection pour sa personne, « Vos faveurs envers moi et vos services publics méa ritent bien plus que je ne ravirais faire, Vous ne vous a trompez, permettez-moi de le dire, que sur un seul « point, sur mon faible jugement qui n'est pas eu état « de rendre aucun service considérable, soit à vous, « soit à cette République. Cependant je suis prêt à faire «c tout ce qui sera en mon pouvoir pour vous servir a promptement et fidèlement. »

1 JounialsoftheH. ofC, t. VII, p. 164 ;— Whitelocke, p. Ô41. •

AVEC WHITELOCKE (novembre 1652). 398

CROMWELL : « Je ne puis avoir et je n'ai aucun doute « sur votre fidélité ; je connais votre bienveillance pour (( moi, et vos talents pour le service de la République ; a assez d'autres pourraient les attester. Je crois que « nous sommes, vous et moi, aussi engagés que nuU « autres envers cette République,, et certes, jamais a elle n'eut plus besoin de bons, fermes et sincères « conseils, p

WQiTELOCKE : c( Personne, je pense, ne peut parler de « ce qu'il a fait pour cette cause au moment où Ton a parle de ce qu'a fait Y. E. Cependant peu d'homme» a s'y 9ont engagés plus que je ne l'ai fait à mon poste M et dans la mesiu*e de ma capacité ; et même à part a votre bon naturel et la connaissance que vous avez « de moi> il y a là de quoi mettre ma fidélité à l'abri c( de tout soupçon. »

GHOHWELL : (( Je voudrais qu'il n'y eût pas plus de H soupçons à concevoir sur d'autres que sur vous i je « vous confierais volontiers ma vie et nos plus secrètes c( affaires» C'est pour cela que j'ai désiré m'entretenir « en particulier avec vous. Et vraiment, milord, nous « avons lieu de réfléchir sur la dangereuse condition où « nous sommes tous et sur les moyens de mettre à proie fit les grâces et les succès que Dieu nous a accordés. « Au lieu de nous en laisser dépouiller comme des « sots, et de nous mettre nous-mêmes en pièces par nos « discordes intérieures et nos animosités mutuelles, il « faut que nous unissions nos conseils, nos bras et nos a cœurs pour faire fructifier ce que nous avons si cbè-

3i4 CONVERSATION DE CROMWELL

« rement acheté par tant de hasards^ de trésors et de a sang; le Seigneur ne nous a pas donné une victoire « complète sur nos ennemis pour que nous nous per- « dions par nos querelles particulières, et pour que nous « nous fassions nous-mêmes le mal que n'ont pu nous « faire nos ennemis. »

WHiTELOGKE : « 11 cst Vrai, milord; je regarde nos « dangers actuels comme plus grands que ceux que « nous avons jamais courus sur le champ de bataille ; « comme le dit V. E. , nous travaillons à nous détruire « nous-mêmes, ce que n'ont jamais pu faire nos enne- « mis. 11 n'est pas étonnant qu'une vaillante armée « comme la vôtre, après avoir pleihement dompté ses a ennemis, se livre à des factions et à des desseins ambi- « tieux; je m'étonne bien plutôt que des officiers d'un « esprit si actif, maintenant oisifs, et qui souvent croient « leurs services mal récompensés, n'éclatent pas en « rébellion ouverte. Les soldats aussi, n'ayant rien à « faire, doivent tomber aisément dans le désordre. C'est, « après Dieu, votre excellente conduite, milord , qui a les a si longtemps contenus dans la discipline et les a « empêchés de se mutiner. »

CROMWELL : a J'ai employé et j'emploierai tout ce que • u peuvent mes pauvres efforts pour les maintenir dans a l'ordre et Tobéissance. »

WHITELOGKE : « V. E. Ta fait jusqu'ici d'une manière a admirable. »

CROMWELL : « Vraiment Dieu m'a abondamment béni « en ceci, et j'espère qu'il continuera. Comme V. E. l'a

AVEC WHITELOCKE (novembre 1652). 325

« très-bien observé, les officiers de Tarmée sont enclins « aux factions et aux murmures quand ils voient qu'ils « n'obtiennent ni les profits, ni Tavancement, ni les « emplois qu'on accorde à des gens qui n'ont rien souf- « fert ni rien risqué pour la République. En cela ils a n'ont que trop raison, et leur irritation est très- « grande, et leur influence sur les soldats pousse ceuxtt ci à des mécontentements et à des murmures sem- « blables. Quant aux membres du Parlement, Tarmée « commence à les prendre en grand dégoût ; je voudrais « qu'elle en eût moins de motifs; mais véritablement « leur orgueil, leur ambition, leur ardeur avide à « envabir, pour eux et pour leurs amis, toutes les places « honorables et lucratives, les retards qu'ils apportent « aux affaires, leur dessein évident de se perpétuer au c( pouvoir, leur intervention continuelle dans des ques- <c tions d'intérêts privés, ce qui est contraire à Tina stitution des parlements, leur injustice et leur parce tialité dans ces matières, et la vie scandaleuse de a quelques-uns des principaux d'entre eux, tout cela, a milord , donne aux gens trop juste sujet de mal parler « d'eux et de les prendre en dégoût. Et comme ils sont a le pouvoir suprême de la nation, n'ayant aucun « compte à rendre à personne, et ne rencontrant aucune « autorité supérieure ou égale à la leur, pour contrôler « ou régler leur conduite, ils ne peuvent être contenus (( dans les limites de la justice, de la loi et de la raison. « En sorte que, s'il ne s'établit quelque pouvoir assez « fort et assez haut pour mettre un terme à ces excès,

-fiscn^iT -

AVEC WHItELOCKE (novembre 1652). 327

WËiTELOCKE : (( C'cst nous-mêmes qui lès avons « reconnus pour pouvoir suprême } nous tenons d'eux a nos commissiotis et nos fonctions les plus élevées; il a est malaisé, après cela, de tfouvfet* un nloyeii dé les ce réprimer, tî

cAOmweLl : « Et quoi donCIf si un homftie prenait sur « lui d'être roi? »

WHItELOCKE : « Je crois que le réîttède set'ait pire que a le mal. »

ckomWell : « Pourquoi le croyez-vôusf »

WHiTELocKE : a Pour voUS persottiiellétrieril, fnilord, <i le titre de roi lie vous serait d'audun avatitage. Ëti ce « qui touche Tàrmée et la niilice, vous avei, cônihie « général, la plénitude dU pouvoir foyàl. Q\iûïH à là « tiominalion des officiers civils, ceux que vous désignez a sont bien râredierit refusés. Vous ii'avez pas, il est « Vrai, en matière de lois, le Tote négatif; mais il ne « serait pas aisé de faire passer ce qtii vous déplairait. « Les impôts sont établis, et vous disposez de Targent « qu'ils produisent. Quant aux affaires étrangèl-es, bien « que poUi* la forme on s^adresse au Parterilent, c'e^t « de V. Ë. seule qu'on attend le bon ou le mauvais « succès des négociations, et les soJlîcitatidnâ des mia ni^tres étrangers ne vont qu'à vous. Selôti ttidi, vduS (c êtes donc, comme général, avec moins de faaine, de « danger et de pompe, snxstà puissant et ausa bien placé « polir faire le bien que si vous aviez pris le tltt*e de « roi. »

CROMWELL : « J'ai entendu dire à quelques personnes

328 CONVERSATION DE CKOMVVELL

« de votre profession que, si un homme est effectivement « roi, soit par élection, soit par droit de naissance, tous « les actes qu'il fait comme roi sont légaux et justifiés « en droit, comme s'ils émanaient d'un roi qui aurait a reçu la couronne de ses frères; et cela en vertu d'un « acte du Parlement du temps de Henri VU ; il y a donc « plus de sûreté pour ceux qui agissent au nom d'un <c roi, quelle que soit l'origine de son titre, que pour « ceux qui agissent au nom de tout autre pouvoir. Le « pouvoir d'un roi est d'ailleurs si grand et si élevé, et a si universellement compris et respecté de toute cette « nation, que non-seulement il couvre ceux qui agis- « sent en son nom, mais que, dans des temps comme « les nôtres, il est d'un usage et d'un avantage im- « menses pour dompter les insolences et les extrava- « gances de gens que les pouvoirs actuels ne sauraient « contenir, surtout quand ils sont eux-mêmes les extrace vagants et les insolents. »

WHiTELOCKE : « Je conviens qu'en principe ce que « V. E. vient de rappeler, quant au titre de roi, est vrai; « mais, malgré l'acte du Parlement de la onzième « année de Henri Vil, je doute beaucoup que, dans l'état a actuel des choses, il y ait, soit pour V. E. elle-même « et ses amis, soit pour la République, aucun avantage a à prendre ce titre; nos ennemis, s'ils l'emportaient « sur nous, feraient peu de cas de l'acte de Henri VU. »

GROMWELL : « Qucl danger Voycz-vous douc à prendre « ce titre? »

WHITELOCKE : « Le voici. Un des principaux sujets de

AVEC WHITELOCKE (novembre (1652). 9«9

(( débat entre nous et nos adversaires, c'est de savoir si « le gouvernement de cette nation sera établi en mo- « narchie ou en république. La plupart de nos amis se « sont engagés avec nous dans l'espérance d'arriver à « l'établissement de la République, et c'est pour cela c( qu'ils ont affronté tant de difficuRé» et de périls. Us (c sont persuadés (bien qu'à mon avis ils se trompent) (( que, sous une république, ils jouiront de plus de droits « et de libertés, civiles et spirituelles, qu'ils ne feraient (( sous une monarchie dont lespratiques oppreegivesitont « encore fraîches dans leur mémoire. Si, maintenant, « V. E. prend le titre de roi, il n'y aura plus d'incer- « titude sur la nature de notre cause : la monarchie (( sera établie dans votre personne, et la question ne « sera plus de savoir si notre gouvernement sera répu- « blicain ou monarchique, mais si notre monarque sera « Cromwell ou Stuart. La question, qui était nationale, a deviendra purement personnelle; le parti de la Répuc< blique, qui est très-considérable, voyant ses espé- « rances frustrées, vous abandonnera ; vous vous trou- « verez affaibli, votre influence restreinte, et votre c( cause en danger évident de ruine. »

CROMWELL : « Vous dites vrai en ceci; mais quel c( autre moyen avez-vous à proposer pour remédier à « nos embarras et à nos dangers? »

WHITELOCKE : (C C'cst bien difficile. Cependant il m'est

a venu à ce sujet bien des idées, dont quelques-unes ne

« pourraient guère être communiquées, du moins avec « sûreté pour moi, »

ââÔ CONVEftSATION DE CROMWELL

dloMlrfiLL : (c Je tous prie , tnilord, quelles sotit ceô a idées? Vous pouvez me les confier : il n'en féëiilterâ « pour vous aucun inconvénient. Je ne tmhiral jatùais t ttloil ami; vous pouteas être àuSsi libre aVëc moi « qu^âtec tôtfe propi'e éctettr. *>

wtffTÈLoGKE : <f Je n'hésite pas à mettre îflà ifortuîie •t f5t ma vie entre les mains de V. E., et d'est en efltet ce

* que je ferai si je vous communiqué ces idées Qui K oht peu de valeur et pourraient bieti tous déplaire. « Vraiment, ce que j'ai de mieux à faire, c'est dé les « fcupprimer. »

clkolnNrfeLi : « Non, je t'étt prie, milord Whitelocke *

• quelles qu'elles soient, ces idées tle peuvent m'ôf^ « fetiÉer et je les prendrai bien dé vou!^ : ne les eache£ « pas à votre Adèle ami. »

WfiitËLOctx : « V. E. m'honore là d'Uti titre qui est é bien au-dessus de moi ; puisque vous me l'Of dontièi, <* je vous dirai ce que je pense ; trials je vous supplie « humblement de ne pas le prendre en mauvaise part, a

ttiOWfnLht t « Soyez tranquille, je le preridrai en « bonne pari, n

WHITELOCKE : « Pcrmettcz-moi donc de considérer H d'abord la situation de V. E. Vous êtes entouré d'eriûedt mis Sèérets; depuis que vous avez vaincu Tennetoî « public, les officiers de votre artnée se tiennent tou^ tf ptrur des vainqueurs et teùlent avoir une égale part « atéc vous dans la victoire. Le succès que Dieu nous a <r donné a enflé leurs coeurs ; il y a, parmi eux, des « esprits turbulents, qui ne sont pas sans nourrir le

AVEC WHITELOCKE (novembre 1652). 331

<ï dessein de jeter bas V. E., et de se mettre etix-mêmes « 6n selle à sa place. Le conseil et Feneouragement tie a iëur manqueront pas de la part de certains membi*es « du Parlement jaloux de votre grandeur et qui, craid gnant que vous ne deveniez leilr maître, cornploterônt (c pour vous renverser, ou du moins pour Votls rogner « les ailes. »

CHOMWELL : « Je vous remercie d'examiner avec tant ff de soin ma situation : c'est Une preuve de votre amitié « pour moi, et vous Tavez très-bien décrite. Mais je puiâ « dire sans vanité que dans ma situation est enveloppée « aUtel la vôtre , et celle de tous nos amis , et que les « gens qui complotent ma ruine ne seraient guère dls- ^ posés à Vous maintenir dans une fortune digne de « vous. La cause publique d'ailleufs peut avoif elle- « même à souffrir de nos dissensions intérieures. Mais «t enfln; quelles sont vos vues, monsieur, pour prévenir « les maUx suspendus sur nos têtes? »

wnffËLOGKE : « Pardonnez-moi, monsieur, si j'en « viens à considérer la situation du roi des Écossais. « Par votre valeur, par les succès que Dieu a donnée é au Parlement et à votre armée, ce prince ert main- « tenant réduit très-bas. Lui-même et tous ceux qui « l'entourent ne peuvent être que très - disposés à « prêter l'oreille à tout ce qui leur rendra quelque « espoir de retrouter, lui sa couronne, eux leurs bietiS « et leur patrie. Vous pouvez, par un traité particulier, (c vous mettre en parfaite sûreté, vous, vos amis et leur « fortune ; vous pouvez vous rendre, vous et votre pos-

332 CONVERSATION DE CKOMWELL

« térité^ aussi grands^ selon toutes les probabilités 0 humaines^ que Tait jamais été aucun sujet. Vous « pouvez assigner au pouvoir monarchique des limites a qui garantissent nos libertés civiles et religieuses; « vous pouvez mettre notre cause à Tabri de tout péril « en retenant, pour vous et pour la personne que vous (c désignerez après vous, le commandement deFarmée, « Je propose donc à V. E. d'envoyer vers le roi des Écos- « sais, et d'entrer avec lui dans un traité particulier. Je a vous demande pardon de ce que je viens de vous dire; a c'est un pur effet de mon attachement et de mon « désir de servir V. E. , ainsi que tous les honnêtes gens, « et je vous prie très-humblement de n'en concevoir « aucune méfiance sur ma fidélité éprouvée envers « V. E. et cette République. »

GROMWELL : « Je n'ai, je vous assure, pas la moindre <c méfiance de votre fidélité et de votre attachement « pour moi et pour cette République. Il y a beaucoup « de bonnes raisons en faveur de ce que vous proposez : « mais c'est une affaire si grave et si difficile qu'il y « faut plus d'examen et de discussion que nous ne pou- « vons y en apporter aujourd'hui. Nous en reparlerons a plus tard*. »

Cromwell pouvait, à son gré, quand lé tour ne lui en plaisait pas, ajourner une conversation avec Whitelocke, mais non pas la situation même que révélaient et qu'aggravaient, entre le Parlement et lui, de telles confl-

« Whitelocke, p. 541-548.

AVEC WHITELOCKE (novembre 1652). 333

dences : c'était la guerre, et Tune de ces guerres qui n'admettent plus de paix. Malgré Thypocrisie des relations personnelles et du langage, elle fut, de ce jour, déclarée et active. Irrité et paralysé à la fois par les menées de son ennemi, le Parlement portait, dans les affaires publiques, le sentiment de son propre péril et les précautions de sa défense personnelle. Jamais il n'avait montré tant d'empressement à donner satisfaction aux vœux du pays; la réforme des lois, le soulagement des pauvres, les mesures nécessaires pour assurer partout la prédication de l'Évangile et le sort de ses ministres, toutes les questions populaires, civiles ou religieuses, furent l'objet de discussions et de délibérations répétées ; les grands actes politiques propres à relever le pouvoir, comme l'union de l'Ecosse avec l'Angleterre, le règlement des affaires d'Irlande, les nécessités de la guerre avec les Provinces-Unies, étaient incessamment à Tordre du jour; le Gouvernement cherchait partout un peu de faveur on d'éclat. Mais la plupart de ces tentatives n'aboutissaient point ; les débats se prolongeaient ou se renouvelaient indéfiniment; les conférences et les rapports des comités se multipliaient sans résultat; des résolutions qui semblaient définitives étaient révoquées ou remises en doute. Le Parlement était évidemment en proie à une perplexité continue qui en même temps le poussait à redoubler en tous sens ses efforts et les frappait de stérilité.

Cromwell, de son côté, n'était pas exempt de trouble et d'iiésilalion : il avait, tantôt avec ses officiers seuls.

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