REUNION DES MECONTENTS
« Fautre parti ; c'est un honnête honune^ et qui a d'exc cellentes intentions^ mais tant d'impatience qu'il ne c yeut pas attendre le temps du Seigneur^ et qu'il me a presse de faire un acte dont lui et tous les honnêtes « gens se repentiront. » 11 recherchait tous les hommes de quelque importance^ militaires ou ci\ils^ tantôt les réunissant chez lui en conférence^ tantôt les sondant en particulier^ et variant ses confidences selon qu'il voulait détourner les soupçons de ses interlocuteurs ou qu'il espérait les attirer dans son dessein ^
Le 19 avril 1653^ une réunion^ plus nombreuse que de coutume^ se forma à Whitehall ; tous les officiers importants^ les jurisconsultes, Whitelocke, Widdrington, Saint-John , et une vingtaine d'autres membres de la Chambre, sir Arthur Haslerig, sir Gilbert Pickering, appelés ou venus là pour se concerter sur ce qui s'y ferait, ou pour le découvrir. On avait appris que les chefs du Parlement, Vane surtout, voulaient presser l'adoption du bill proposé. Cromwell invita la réunion à chercher quelque moyen de mettre un terme au Parlement actuel et de pourvoir, jusqu'à la convocation d'un Parlement nouveau, au gouvernement de la République. 11 proposa que, le Parlement une fois dissous, quarante personnes, prises dans la Chambre et dans le conseil d'État, fussent provisoirement chargées de la conduite des affaires. 11 avait souvent dit que «ce serait a tenter Dieu que de s'en remettre uniquement au
* Ludlow, Mémoires, t. II, p. 189 ; — Wliitelocke, p. 553.
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« peuple et à l'élection d'un nouveau parlement selon c( l'ancienne constitution; Dieu, il en avait la confiance, « voulait sauver cette génération; mais il le ferait c( comme il l'avait fait jadis, par les mains de quelques a hommes. Cinq ou six hommes, ou quelques-uns de « plus, se mettant à l'œuvre, en feraient plus en un « jour que le Parlement n'en avait fait ou n'en ferait en « cent ; quelques hommes, sans préjugés, pouvaient c( seuls être les instruments du salut du peuple. » La discussion fut vive et longue ; on attaqua le bill dont la Chambre s'occupait; comme mensonger et destiné, non à dissoudre, mais à perpétuer le Parlement; comme dangereux pour la République, car il ouvrait la porte des élections aux Presbytériens, ses ennemis cachés. Widdrington et Whitelocke s'élevèrent cependant contre tout dessein de dissoudre le Parlement malgré lui, et d'instituer à sa place un pouvoir provisoire; selon eux, la conscience et la prudence s'y opposaient également : tt Ce serait une œuvre maudite, » s'écria Haslerig, « notre mission ne peut être transmise à personne. » Saint-John soutint, au contraire, que, de manière ou d'autre, il fallait en finir, et que le pouvoir du Parlement ne pouvait se prolonger. Presque tous les officiers furent de cet avis. Cromwell blâma ceux qui s'exprimaient violemment, et la conférence se sépara vers minuit sans qu'aucune résolution eût été adoptée. Mais on convint qu'on se reverrait le lendemain et que les membres de la Chambre feraient en sorte que rien ne fût brusquement décidé sur le bill en question, afin
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4(11*011 tMit encore le temps de s'entendre et d'aviser en
commun V
Le lendemain, la réunion fut moins nombreuse: irritée ou efl'i*ayés^ quelques-uns de ceux qui étaient venus la veille ne revinrent point ; d'autres allèrent à la Chandirc [K>ur veiller à eu (|ui 9*y passerait et en in* former Cromwell. Wliitelocke retourna chez le général et reproduisit ses objections contre la dissolution du Parlement et la formation d'un gouvernement provi^ soire^ [irévoyant (|u'il serait appelé à en faire partie et (|ue, n'osant |)as ix>fuser^ il se trouverait compromis. Comme la discussion continuait entre eux à ce sujets on vint avertir Cmmwell (|ue la Chambre était en séance> et que Vane^ Martyn^ Sidney^ poussaient à Tadoption immédiate de ce qu'ils appelaient le bill de dissolution. Les membres de la Cbambi*c qui se trouvaient à Whitehall en partirent aussitôt pour se rendre à Westminster ; mais Cromwell resta avec ses officiers^ voulant encore attendre et n'agir que sous la vocation de Textréine nécessité. Bientôt accourut le colonel Ingoldsby^ disant : « Si vous voulez faire quelque chose de décisif^ vous « n'avez pas de tem|)S à perdre, d La Chambre était près de prendre une résolution; Vane avait énergiquement insisté |M)ur faire voter le bill ; Uarrison embarrassé avait engagé ^ en ternies doux et humbles y ses
I V^'hil«lufJk0, p R54|— H#ii«li, Flitf#Mtm, or the îife and deaih, hk(h ♦MM< fcMWrtI Mf (), t%H»wirt»U fJ' ïMil. I*omlrr«, 1665), p. 130 ; — Cftflyïe, anmw^ïï* l»«»llm m*i N>w*^m, t. H, p. 177, 1P8-202.
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collègues à ne rien précipiter dans un cas si graye^ Cromwell quitta 8ur4eK;hamp Whitehall, suivi de Lambert et de cinq ou six officiers ; il prit, en passant, un détachement qui se tenait prêt, et, arrivée Westminster, il plaça des soldats à la porte du Paiièment, d'autres dans le vestibule, d'autres encore tout près de la salle des séances, et y entra seul, sans aucun bruit, en habit noir et en bas de laine gris, selon sa coutume lorsqu'il n'était pas en uniforme de guerre. Vane avait repris la parole et déhiontrait avec passion l'urgetice du bill. Cromwell alla d'asseoif à sa place accoutumée. Saint- John s'approcha de lui : « Je viens faire, » lui dit Cromwell, h ce qui me havre jusqu'au fond de l'ftme, ce dont <( j'ai prié Dieu avec larmes de me dispenseï*; j'aittle-^ « rais mille fois mieux être mis en pièces que de le « faire ; mais il y a une nécessité qui pèse sur moi, pour « la gloire de Dieu et le bien de la nation.— Je ne sais <x ce que vous voulez dire, » répondit Saint-John, <x mais Dieu veuille que ce que vous fère2, quoi que Ce « soit, ait une issue conforme au bien public, » et il te^ tourna à sa place. Vane parlait toujours; Cromwell l'écoutait. Vane demanda à la Chambre d'affranchif lé bill des formalités qui, selon l'usage, devaient précéder l'adoption. Cromwell fit un signé à Harrison, disant : « C'est le moment ; il faut que je le fasse.— Monsieur, ^ lui dit Harrison un peu troublé, « pensez-y bien ; l'œu-^ « vre est grande et dangereuse.— Voud ave« raisoii> » t-eprit Cromwell, et il resta immobile. Un quart d'heure â'écoula encore : Vane avait cessé de parler; l'omteiu* se
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disposait à mettre la question aux voix ; Cromwell se leva, ôta son chapeau et, prenant la parole, il s'exprima d'abord en termes pleins d'égards pour le Parlement et ses membres , rendant justice à leurs travaux , à leur zèle; mais peu à peu son ton changea; son accent et ses gestes s'irritèrent ; il reprocha aux membres de la Chambre leurs lenteurs, leur avidité, leur attachement à leurs intérêts personnels, leur peu de soin de la justice : a Vous n'avez pas le cœur de rien faire pour le bien c< pubUc ; vous ne voulez que vous perpétuer dans le a pouvoir ; votre heure est venue ; le Seigneur en a fini a avec vous ; il a choisi pour son œuvre des instru- 0 ments plus dignes ; c'est le Seigneur qui m'a pris par (( la main et qui me fait faire ce que je fais. » Vane, Wentworth, Martyn, se levèrent vivement pour lui répondre : a Vous trouvez peut-être, » dit-il, « que ceci « n'est pas un langage parlementaire ; j'en conviens ; c( mais n'en attendez pas un autre de moi. » Wentvrorth parvint à prononcer quelques phrases : « Jamais le « Parlement n'a entendu de telles paroles, d'autant plus a horribles qu'elles viennent de son serviteur, d'un « serviteur que le Parlement, dans sa bonté sans « exemple, a élevé si haut, et qu'il a fait ce qu'il est. » Cromwell s'élança de sa place au milieu de la salle, et mettant son chapeau sur sa tête : « Venez, venez, b dit-il, «je vais mettre fin à votre bavardage. » 11 fit un signe à Harrison, la porte s'ouvrit; vingt ou trente fusiliers entrèrent, commandés par le lieutenant-colonel Worsley : «Vous n'êtes plus un parlement; sortez, faites
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c( place à de plus honnêtes gens. » 11 se promenait en long et en large, frappant du pied et donnant ses ordres : 0 Faites-le descendre, » dit-il à Harrison en lui montrant Torateur dans son fauteuil; Harrison engagea l'orateur à descendre ; Lenthall s'y refusa : « Descendez- « le vous-même, » dit Cromwell ; Harrison mit la main sur la robe de l'orateur qui se soumit aussitôt. Algernon Sidney était assis près de l'orateur; « Faites-le sortir, » dit Cromwell à Harrison ; Sidney ne sortait point : « Mettez-le à la porte ; » Harrison et Worsley en firent le geste, et Sidney s'éloigna, a C'est une indignité, » s'écria Vane ; « c'est contre tout droit et tout honneur. — « Ah, sir Henri Vane, sir Henri Vane, » reprit Cromwell, a vous auriez pu prévenir tout ceci; mais vous « êtes un jongleur; vous n'avez pas même l'honnêteté « commune; le Seigneur me délivre de sir Henri c( Vane ! » Et au milieu du trouble général, il adressait aux membres qui passaient devant lui des apostrophes semblables ; à Challoner : « Ivrogne ! » à Wentworth ; fi Adultère ! » à Henri Martyn : « Est-ce qu'un coureur « de filles est fait pour siéger ici et pour gouverner? 0 11 s'approcha de la table où était placée la masse qu'on portait devant l'orateur, et appelant ses soldats: c( Qu'avons-nous à faire de cette babiole? qu'on l'emc( porte. » 11 répétait fréquemment : « C'est vous qui c( m'avez forcé de faire cela. — Vous n'êtes pas encore c( allé si loin que les choses ne puissent se rétablir, » lui dit l'alderman Allen ; « ordonnez à vos soldats de sortir c( de la Chambre, et faites rapporter la masse; les