DOCUMENTS HISTORIQUES
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( Page 55. )
M. de Croullé au cardinal Mazarin.
Londres, 21 juin 1649.
11 s'était proposé de conférer quelques dignités dans le
festin qui a été fait par la ville au Parlement et aux ofQciers de Tarmée, ce qui a été remis à un autre temps. Lorsque le speaker y arriva, le maire de Londres vint au-devant de lui , et comme reconnaissant la souveraineté de FÉtat en sa personne, en qualité de chef du Parlement, lui remit la masse et Fépée , ainsi qu'il s'est toujours ci-devant pratiqué aux rois....
{Archives den affaires étrangères de France.
(Page 195.)
jM. de Crovilé au cardinal Mazarin,
Londres, 30 juin 1650.
(Après avoir rendu compte de Tassassinat d*Ascham à Madrid, il ajoute :)
La nouvelle en fut sue dès hier matin; et ce jourd'hui Pambassadeur d'Espagne en a reçu un exprès dont il adonné avis au conseil d'État , qui lui a envoyé le maître des cérémonies pour en savoir le détail et remercier le roi Catholique de la diligence dont il a usé pour trouver les coupables, et de la justice que Ton mande qu'il en fera faire. Si ledit roi eût fait autant d'état de l'envoyé de ces messieurs ici qu'eux-mêmes en ont fait de celui de la province de Hollande, il n'eût pas été logé dans une misérable hôtellerie, ni abandonné de sorte que, si le remords d'une mauvaise action n'eût aveuglé ceux qui Font commise, il n'y en aurait point eu de témoins. Je le rencontrai un peu avant qu'il partît d'ici, et parce que je le connaissais assez familièrement, lui dis que j'avais regret de ce que nous l'allions perdre, qui est un terme assez ordinaire à notre langue en pareil cas; ce qu'il expliqua comme si je lui eusse prédit la même destinée qu'à Dorislaûs, qui lui est arrivée; dont il fut tout échauffé, jusqu'à ce que je lui eus fait entendre ma pensée.... Cet accident ne saurait rien altérer de la bonne intelligence que l'on suppose être entre cet État et l'Espagne, mais plutôt fournir moyen de la cimenter dans les remercîments et les compliments qui se feront réciproquement sur ce sujet. Je sais qu'en toutes choses ces gensci la favorisent au préjudice de la France...
[Archives des affaires étrangères de France.)
(Page 197.)
lo Délibération du conseil d'Etat d'Espagne sur les conséquences de Vassassinat du résident d'Angleterre, Antoine Ascham,
Madrid, 29 juin 1650.
Sire,
Le conseil d'État auquel ont pris part le duc de Médina de las Torres, don Francisco de Melo et les marquis de Castel- Rodrigo et de Valparaiso, a longuement discuté les mauvais effets qui pourraient avoir lieu pour les intérêts de V. M. par suite de la mort du résident envoyé à cette cour par le Parlement d'Angleterre, et de la personne qui lui servait d'interprète. Quoique cet événement ait été tel qu'il était impossible soit à V. M., soit à ses minisires, de le prévenir, car on ne pouvait croire qu'il pût avoir lieu à la cour de V. M. et sous ses yeux, et il n'y avait pas à s'^n douter par quelque indice que ce fût , néanmoins , le conseil d'État pense que le crime est de la plus haute gravité à cause des circonstances qui l'ont accompagné, le résident étant venu ici à la faveur de la sécurité et sous la protection de V. M.- Si un tel crime restait impuni ou ne recevait pas un châtiment exemplaire, personne ne se croirait en sûreté à la cour de V. M. En outre, le Parlement d'Angleterre pourrait en concevoir un grand ressentiment et prendre quelque mesure grave, comme il est à craindre qu'il ne le fasse. Quoique V. M. ait déjà envoyé des ordres à la Cour des Alcaldes pour qu'elle procède aussi promptement que possible dans cette affaire et pour qu'il soit
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fait prompte justice , le conseil trouve qu'on agit avec plus de lenteur que le cas ne rexige/car c'est une affaire dans laquelle Tautorité de V. M. et son service sont grandement intéressés, une de ces affaires qui devraient, sans manquer aux exigences de la justice, être expédiées plus promptement qu'on ne le fait, car il ne peut y avoir lieu à des négociations quelconques. Par tous ces motifs, le conseil croit de son devoir de représenter tout cela à V. M. et de dire qu'il est nécessaire d'envoyer, aussi promptement que possible, un nouvel ordre au président du Conseil en lui déclarant que le service de V. M. exige qu'on procède en cette affaire dans les strictes limites de la justice et avec autant de hâte et de vigueur qu'il est possible d'en mettre. On devra rendre compte à V. M. de ce qui sera fait , car Taffaire demande à être pressée et décidée. V. M. voudra bien ordonner ce qui lui plaira.
2o Résolutions prises par S. M. le roi sur les avis donnés par le conseil d'Etat à Voccasion de l'arrivée du résident du Parlement d'Angleterre et du châtiment de ses assassins,
Madrid, octobre 1650.
i. D'après la délibération du 3 avril, à l'occasion des lettres du duc de Médina Celi dans lesquelles il rendait compte de l'arrivée du résident du Parlement dans le port de Cadix, Sa Majesté a ordonné que le duc le fît partir pour Madrid en prenant toutes les mesures de sûreté et en le faisant voyager par les routes non infestées de brigands. On a écrit dans ce sens au duc qui a fait accompagner le résident par le raestre de camp don Diego de Moreda.
2. Dans une autre délibération, du 7 juin, on a rendu compte à S. M. de l'arrivée à Madrid du résident et de sa
mort, ainsi que de celle de son interprète. Le même jour on a examiné les lettres de créance dont le résident était porteur pour S. M., et on a su Tarrestation des cinq Anglais qui l'ont assassiné. Sa Majesté a ordonné d'écrire à don Alonzo deCardeôas pour l'informer de l'événement et de la promptitude avec laquelle on poursuivrait les assassins, et pour lui dire de déclarer au Parlement que, s'il voulait envoyer une autre personne pour remplacer le résident assassiné, il pouvait le faire. En même temps S. M. a décidé qu'on répondît au Parlement à l'occasion de cet événement, et que cette réponse servît à don Alonzo de lettres de créance pour d'autres occasions. Tout cela a été exécuté conformément aux résolutions de S. M.
3. Dans une autre délibération, du 8 du même mois de juin, le conseil s'est réuni in pleno pour discuter la formule de l'adresse que l'on mettrait sur les lettres destinées au Parlement. S. M. s'est rangée à cet égard à l'avis du marquis de Castel Rodrigo.
4. Le 15 juin, il y eut une autre délibération présentée à S. M., à l'occasion d'un rapport du président du conseil d'après lequel les agresseurs demandaient que dans leur procès on produisît l'écusson et les insignes trouvés sur le mort, sous son vêtement, ainsi que les livres qu'il avait chez lui, A ce sujet le conseil représenta à Sa Majesté qu'on ne devait pas faire cela avant que lesdits objets n'eussent d'abord été remis au secrétaire qui accompagnait le résident, car ce n'était que de cette manière qu'on observerait la foi publique. Le conseil fut d'avis que le procès des coupables se poursuivît régulièrement, mais en abrégeant autant que possible la procédure ; quant aux papiers qui pourraient être livrés à la publicité et produits dans ce procès, c'était au tribunal du crime qu'il appartenait d'en décider, sans aucune action suprême de S. M. ni aucune intervention cachée. Ce sont 4à les principes d'après lesquels on a jugé convenable de procéder
dans cctttf albire, el c*ett ce que Sa Majesté a bien touIu confirmer.
5. Dans uuo autiv délibération, du 8 aoiit^ le conseil^ de •OD propre niituvemciit, a entretenu Sa Majesté des actes de guerre maritime du Parlement; il a fait observer combien les forces maritimes du Parlement étaient puissantes et irrésistibles; à cette occasion le conseil a fait remarquer qu'il nV \ait reçu aucune information sur Tétat où se trouTait Tafiaire des assassins qui ont tué le résident du Parlement. Il a paru au conseil tpi'on tardait beaucoup à se prononcer à ce sujet et à exécuter les ordres de S. M.; c'était une affaire qu'il ne Mlait pas penire de vue par les raisons qui ont déjà été exposées dans plusieurs délibérations : le conseil a pensé que ces retards pourraient inspirer au Parlement quelque résolution qui obligerait S. M. à prendre plus tard des mesures qu'elle pourrait prendre dès à présent sans aucun embarras. Le con» seil est d*avis que S. M. ordonne au président du conseil de terminer cette ailaire sans plus de délais. A quoi Sa Majesté a daigné répondre en ces termes : « On fait diligence et l'affaire marche. »
6. Une autre délibération a eu lieu le 3 septembre au si^t des lettres reçues de don Alonso de Cardefias^ en date des mois de juin et de juillet , ainsi que de celle que le Par* lement a écrites S. M. pour exprimer ses sentiments à Toccasion de l'assassinat du résident et Tespoir quMl atait dans la loyauté de S. M. qui ferait bonne justice des coupables^ car> disait-il^ si de pareils crimes se commettaient impunément^ sous quelque prétexte que ce soit^ dans les États de 8a Ma* jesté, il serait inévitablement forcé de rompre toute relation entre les deux pays. Ces lettres ont été lues en conseil inplenOf et après avoir réfléchi sur ce que don Alonzo dit des forces du Parl^pent et de la faible situation où se trouve le parti du roi d'Angleterre , le conseil^ entre autres choses qu'il a dites au
sujet du châtiment à infliger aux Anglais arrêtés comme coupables de l'assassinat^ a représenté à S. M. que la lettre du Parlement lui paraissait une déclaration honnête et respecttueuse que la guerre s'ensuivrait si, d'une façon quelconque, on ne lui donnait pas satisfaction par un châtiment exemplaire du crime commis. Cette lettre a paru mériter de la part du conseil une attention toute particulière, car elle était évidemment écrite d'après des notions extrajudiciaireç et incomplètes de l'affaire, don Alonzo n'ayant pas encore pris des mesures pour mettre entre les mains du Parlement la lettre que S. M. lui avait adressée à ce sujet. Le conseil a donc jugé à propos de rappeler à S. M. ce qu'il avait déjà exprimé à plu-»sieurs reprises, à savoir que par cet assassinat l'autorité royale et la dignité de S. M. avaient reçu une grave atteinte, attendu que le résident était venu en Espagne sous la sauvegarde de la foi publique et de la protection de S. M. ; ce qui fait qu'on serait sans excuse de laisser les coupables impunis.
7. Une autre délibération a eu lieu le 7 septembre au sujet d'une lettre de don Alonzo de Cardeiias du A août dans laquelle il informait le roi qu'à Londres on avait publié la nouvelle que les assassins du résident du Parlement avaient été restitués à l'Église ; dans cette lettre don Alonzo disait que le gouvernement anglais en était grandement indigné, et qu'il se plaignait tout haut, menaçant de se faire donner une satisfaction si on ne la lui donnait pas. A cette occasion le conseil d'État a de nouveau représenté à S. M. combien il importait, par toute sorte de motifs exposés dans la délibération, de punir les assassins du résident; il ne peut que répéter à S. M. qu'il serait bon que S. AJ. daignât décider au plus tôt dans cette affaire en envoyant la lettre que don Alonzo vient d'écrire à ce sujet, au tribunal devant lequel s'est poursuivie et se poursuit cette affaire.