‹ Histoire de la révolution d'Angleterre (volume 3)Chapitre 122 sur 132 · Le 9 septembre il y a eu une autre délibération du con · texte numérisé non relu

Le 9 septembre il y a eu une autre délibération du con

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seil inplenoy et ou a transmis à S. M. les deux délibérations dont il a été question plus haut ainsi qu^une autre prise à la suite d'une réunion spéciale. Le conseil a discuté la question de savoir s'il fallait accuser à don Alonzo réception de ses dépèches, particulièrement de celle dans laquelle il rend compte des demandes que fait le Parlement au sujet des titres et du protocole dont on doit se servir à son égard. Le conseil a été d'avis qu'il serait convenable que la punition des coupables de l'assassinat du résident eut lieu avant qu'on répondît à don Alonzo. A cela S. M. a répondu ainsi qu'il suit : « Qu'on agisse conformément à l'avis du conseil , mais qu'on, ne réponde pas à don Alonzo avant que je donne des ordres à cet égard. »

9. En dernier lieu, après la délibération du 15 octobre, présent mois, en conseil in pleno au sujet des dépêches reçues dernièrement de don Alonzo, à cette fin que S. M. réponde au Parlement en lui donnant les titres qu'il lui demande, ou qu'Elle pemaette audit seigneur son ambassadeur de s'éloigner de son poste, ainsi que pour presser l'expédition du procès des assassins du résident d'Angleterre, S. M. a daigné décider ce qui suit :

« En ce qui touche l'affaire de ceux qui ont assassiné le résident du Parlement, j'ai donné les ordres nécessaires pour qu'on procédât avec toute l'attention possible et aussi promptement que cela se peut, sans contrevenir en rien aux règles de la justice; car en même temps j'ai reconamandé que tout se fît selon les lois , qu'on ne pressât rien et qu'on n'allât point, par aucune raison d'État quelconque, au delà de ce qui se doit. Je perdrais plutôt tous mes États que de manquer à ce qui est mon premier devoir, et le conseil d'État ne me conseillera jamais autre chose. Si, comme cela est probable, le prononcé de la sentence éprouve quelque délai, on rendra compte à don Alonzo de l'état où se trouve l'affaire et

on lui en enverra une relation dans la forme que propose le conseil. »

3o Don Alonzo de Cardehas à don Geronimo de la Torre,

Londres, !20 décembre 1650.

Cher Monsieur,

J'avais bien besoin de la faveur que vous m*avez faite en m'écrivant ce que vous m'écrivez dans votre lettre du 25 octobre qui m'est parvenue avec la dépèche de Sa Majesté du 24, car ,^ d'après ce que j'y vois, il me faudra encore bien attendre et bien souffrir. Les gens d'ici s'impatientent de voir tant de délais dans la satisfaction qu'ils ont exigée, et je n'ai aucun moyen humain de les apaiser.... Ce qui me fait le plus de peine, c'est de voir que tous mes efforts auront été en pure perte, que les intérêts de S. M. seront compromis et que nous perdrons le gi'and avantage d'entretenir la désunion entre ce gouvernement-ci et nos ennemis; quand on cherchera à remédier au mal, on s'apercevra que Toccasion a échappé et que les ordres sont venus trop tard. Je crains beaucoup que ce malheureux événement de l'assassinat d'Ascham ne soit la cause de beaucoup d'embarras et de désagréments, à moins qu'on ne punisse les coupables qui se sont si volontairement et si aveuglément exposés à un danger si évident et nous ont enlevé tous les avantages que nous pouvions retirer de l'Angleterre. C'est vraiment extraordinaire que, dans un cas si atroce, on n'ait pas encore trouvé moyen d'en finir, et qu'il y ait en Espagne des membres du clergé qui justifient le crime, sans faire aucune distinction entre des cas particuliers et un crime aussi public et aussi grave, un crime par lequel l'autorité de S. M. se trouve outragée, les intérêts de l'État compromis et dont il peut résulter d'immenses inconvénients.

Quant à la guerre d'Ecosse, je puis vous dire qu'indépendamment du siège de la citadelle d'Edimbourg qui est dëjà très-avancé, on a reçu ici la nouvelle d'une autre défaite que le général Cromwell a fait subir aux Écossais qui ont perdu trois mille hommes en morts, blessés et prisonniers. Les nouvelles d'Irlande portent que les catholiques, voyant qu'il leur est impossible de se maintenir, se proposent d'envoyer des délégués au Parlement pour tenter avec lui un accommodement et obtenir les meilleures conditions possibles.

{Archives de Simancas.)

(Page 198.)

io Louis XIV à CromwelL

Saint-Germain, 2 février 1649.

Monsieur Cromwell, j'ai le cœur si touché du mauvais état auquel est réduit mon frère, oncle et cousin, le roi de la Grande-Bretagne, que je ne puis plus longtemps dissimuler sans être éclairé des véritables intentions de ceux qui ont sa personne royale en leur pouvoir, ne pouvant pas m'imaginer que ce qui s'est dit ici puisse avoir autre fin que de justifier son innocence, afin de faire honte à tous ses accusateurs ; et comme vous êtes un de ceux qui y pouvez beaucoup contribuer, je vous écris celle-ci en particulier, de Tavisde la reine régente notre dame et mère, qui vous sera rendue par le sieur de Varenne, conseiller de mon conseil d'Etat et l'un de mes gentilshommes ordinaires, que j'envoie exprès pour vous faire connaître que vous avez en main une occasion de vous signa* 1er, en faisant une action juste en faveur de votre souverain, en usant bien du pouvoir que les armes vous ont donné sur lui, pour le remettre dans sa dignité et dans ses droits, ce qui vous serait avantageux par la récompense que vous auriez méritée et par le bien qui en reviendrait à votre patrie, le repos de laquelle vous devriez procurer : et ce faisant, je vous en serai obligé et vous donnerai de solides effets de ma bonne volonté. Je veux bien juger de votre intérieur, et croire que vous vous servirez de l'occasion pour redonner à votre prince les marques de la grandeur et l'autorité qui lui appartiennent, faisant une chose fort glorieuse et qui vous rendra digne de

toutes les grâces et faveurs, particulièrement de la royauté, et qui vous seront assurées par la parole que je vous ai donnée, et par ce que mes intentions vous seront plus particulièrement expliquées par M. de Bellièvre, mon ambassadeur^ et par ledit sieur de Varenne, en qui vous prendrez toute créance. Je m'en remets à eux de s'étendre davantage sur ce sujet^ et cependant je prierai Dieu qu'iJ vous ait, etc.

2° Louis XIV à Fairfax,

2 février 1649.

Monsieur le général Fairfax, nous avons toujours cru que vous aviez pris le commandement des armées d'Angleterre avec cette seule intention d'assurer le repos des peuples sous la juste et légitime domination de leur roi, et nous ne pouvons pas nous imaginer que sa personne royale, étant tombée sous votre pouvoir, puisse davantage être maltraitée, et que, si vous avez quelques raisons qui vous aient engagé d'en venir si avant, vous serez maintenant plus éclairé, et, après avoir reconnu ce qui est seul de sa dignité, ne perdrez pas l'occasion d'agrandir votre fortune en rétablissant la sienne. En quoi, si mes prières peuvent être efficaces et qu'il se traite quelque accommodement en la conjoncture présente, non-seulement je vous en saui ai gré, mais, je veux être le garant de l'exécution des promesses qui vous seront faites par ledit roi, mon frère, oncle et cousin ; et faisant réflexion sur ce qui vous sera plus particulièiement exposé par M. de Bellièvre et par le sieur de Varenne, je prends sujet de bien espérer de votre humeur généreuse, qui donnera beaucoup d'éclat à sa réputation, si l'innocence du roi est manifestée; et ne pouvant m'imaginer qu'on voulût mépriser mes instances en une chose si juste et si raisonnable, et qui me tient au cœur par

le lien du sang et de la fraternité , aussi je me persuade qu'après avoir ouï ce que j'ai mis en créance sur mon ambassadeur et sur ledit sieur de Varenne, vous prendrez des résolutions conformes à l'honneur de votre profession et à ce que doit un sujet à son roi et à sa patrie. Sur vos assurances, je prierai Dieu qu'il vous ait, etc.

{Manuscrits de Brienne. — Bibliothèque impériale.)

(Pages 200-201.)

l*» D. AL de Cardenas au roi d'Espagne {Philippe IV).

Londres, 15 janvier 1649.

Sire,

Dans ma dépêche du 18 décembre, j'ai rendu compte à V. M. de ce que larmée des Indépendants avait fait jusqu'à ce jour depuis son arrivée à Londres; les choses ont marché depuis avec une grande rapidité pour aboutir à l'état où se trouvent dans ce moment- ci les affaires du roi {Charles I*»") que l'on a transféré du château de Hurst à celui de Windsor, éloigné de vingt milles d'ici ; c'est là qu'on le tient renfermé sous bonne et sûre garde; il n'est permis à personne de lui parler; on lui refuse les objets nécessaires pour écrire; et on a défendu, au petit nombre de domestiques qu'on lui a laissés, de s'agenouiller en le servant et d'observer à son égard le cérémonial d'usage et les formes de respect qu'on lui rendait autrefois; dans les publications imprimées, faites ces jours-ci, on le nomme simplement Charles Stuart, sans autres titres. A part l'insolence de ce procédé, il y a là une lésion de ses droits, car lors même qu'on le dépouillerait de la couronne de ce royaume , il lui resterait toujours celle d'Ecosse et celle d'Irlande dont le Parlement ne peut pas le priver. . . .

.... La reine de la Grande-Bretagne a écrit au Parlement et au général Fairfax, et l'ambassadeur de France a reçu des lettres adressées au Parlement. On dit qu'il (le Parlement) ne les a pas ouvertes attendu que l'adresse n'était pas rédigée

dans la forme voulue; on rapporte qu'elles contenaient la demande d'un sauf-conduit pour prendre congé du roi avant qu'on ne juge Sa Majesté.

Depuis quelques jours le bruit court ici qu'un ambassadeur de France arrivera pour intervenir en faveur du roi; mais jusqu'à présent on ne dit pas qui sera cet ambassadeur, car le* prince de Condé, de qui on parlait, aura bien de la besogne là-bas (en France). Selon les dernières nouvelles ai'rivées ici, il y a eu des troubles à Paris qui ont forcé LL. MM. Très-Chrétiennes de se sauver, dans la nuit de la. veille de l'Epiphanie, de cette capitale. De même il a couru ici le bruit, propagé, à ce que je crois, par des personnes amies du roi^ que Votre Majesté enverrait un ambassadeur extraordinaire dans le but de faire des démarches du même genre, et, il y a deux jours^ lorsqu'on a vu que la cause du roi était de plus en plus désespérée, une personne, envoyée par d'autres personnes du parti du roi et du parti presbytérien, est venue chez moi pour me persuader que, puisqu'il s'agissait de la cause de tous les rois et qu'il importait que la monarchie fût conservée dans la personne de ce roi (Charles I«'), je devais , dans l'intérêt de Votre Majesté, et pour acquitter les devoirs de l'amitié que Votre Majesté a toujours témoignée au roi Charles, que j.e devais, dis-je, demander une audience des deux chambres du Parlement et du conseil de guerre , et employer mes bons offices avec la promptitude que les circonstances exigeaient, en déclarant que Votre Majesté ressentirait vivement les procédés dont on use à Tégai'd du roi , et même en me servant de paroles de menaces; on ajoutait qu'une telle démarche serait plus tard appréciée par les fîls du roi , la probabilité étant que la couronne retournerait à l'un d'eux. En exprimant le chagrin de voir les choses réduites à cette extrémité, et en appuyant beaucoup sur l'impression que la nouvelle (d'une catastrophe) causerait à Votre Majesté, j'ai répondu

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que je ne doutais pas que Votre Majesté ne nommât, s'il lé fallait, un ambassadeur extraordinaire pour la représenter ici, ou qu'elle ne daignât me donner, à moi, des ordres Spéciaux pour faire des démarches de cette nature, mais que sans de tels ordres, je n'osais pas me charger d'une affaire de ce genre et d'une telle gravité. Cette même personne m'a dit qu'on croyait que la reine de la Grande-6retagne na'écrirâit pour me prier d'employer ndes bons offices; mais je doute qu'elle le fasse, car il est probable qu'elle aura cotnprïst que mes excuses pouvant s'apipuyer sur le manque d'instructiods, je ne manquerais pas de m'en servir auprès d'elle, surtout la reine ne pouvant pas ignorer que, quel que soit l'empressement qu'on y mette, il n'empêchera pas le Parlement è^ l'armée de poursuivre la marche qu'ils ont adoptée à l'égard du roi. Les Indépendants, soit pour se concilier les catholiques d'Angleterre et les empêcher de faire aucune déidonstration en faveur du roi, soit parce qu'une telle condaite est d'accord avec le principe de cette secte, la liberté de conscience, ont fait espérer celle liberté aux catholiques, et ceux-ci ont grand espoir de l'obtenir, ou au moins d'obtenir la J)ermission d'exercer leur culte et de voir abroger les lois pénales qui sont en vigueur à leur égard. Voilà tout ce que f en puis dire à Votre Majesté. Que Dieu, etc.

HÎSTÔÈiCïtIÈS. 3tl

2o DoA Alùnzù de Cardefids au roi d'Espagne.

. . . . • ' ; > • ■ Londres, 18 février 1649.

Sire,

Dans ma dépêche du 12 de ce mois, j'ai rendu coitititê à V. M. de là triste fin du roi de la Grande-Bretagne; j'isii réservé à là présente ùii exposé du tout* que vont pretidrë les aÔairés dé ce pays. L'opiniori générale est que le goùTerrierherit monarchique va faite filacè à un gôlivernemeht populaire par l'établissement d'iine république dont le ))lâttj à ce qu'on ni'â assuré, à été fait il ^ à déjà quelque teitips èi sfefà publié soué peii. On dit aussi que le Parlehiënt actUè! tt'e durera qâe jufeiju'à là fih d(i inois d'avril prdchaih, qii'alot-è il se dissoudra en laissant un cottiilé composé de vingt-ciii^ J)ersonnes, ou davantage, investi de l'autorité suprême; jusqu'au premier jeudi du mois de juin, époque à laquelle entrera en fonction un nouveau gouvernement conipbsé d'Une représentation nationale de quatre cents personnes nommées par leà conltés et les villes de l'Angleterre, chaque circotiscriptioil électoi-ale étant chargée d'élire un certain nonibi'è de délégués, cotiforménleht à l'acte que le Parleifaeht vôtëHi avant de se dissoudre ; ces délégués seront, cothnie qui dii-àit^ des prociireurs dii comté ou de la ville qui les choisirait > comme Tétaient ceux qui formaient jusqu'ici la Chambré des comtiiunes. De cette manière il n'y aurait plus de Parleriient, et le corps qu'oii se propose de créer différerait des pariiemeilts eh ce qu'il serait en permanence ; seulemcrit Ofeux qui le composeraient ne seraient élus (|ue pour deux ans. On croit qu'oii a iniàgine ce plan pour exclure du gouvernement dû pays la noblesse et tous les personnages titrés, à moins qu'ils ne soient élus par quelque comté ou ville. Les Indépendants

ne trouvant pas que ce fût assez^ la Chambre des communes a décidé y par un vote du 16 de ce mois ^ qu'à Tavenir il n'y aurait plus de Chambre haute ou Chambre des barons. C^est un système qu^elle a adopté pour effacer dans l'esprit d'un grand nombre la douleur causée par l'exécution du roi^ en faisant voir que , la Chambre des lords une fois écartée de tout gouvernement^ les affaires du pays resteront sans partage au peuple et que son pouvoir et son autorité s'en accroîtront. A la suite de ces résolutions^ il y aura de grands changements dans les lois qui étaient conçues jusqu'ici dans l'esprit de la constitution monarchique du pays; aussi s'occupe-t-on déjà de les changer 9 et de faire des statuts abrogeant les lois anciennes. On espère que, parmi ces lois destinées à être abrogées^ seront comprises les lois pénales concernant les catholiques; chose qui^ si elle a réellenient lieu^ devra être attribuée aux arrêts particuliers de Dieu qui aura voulu manifester combien ses décrets sont immuables , puisqu'il aura, par des voies si mystérieuses et si inespérées , apporté un soulagement à ces pauvres catholiques qui ont souffert une persécution si terrible. Aujourd'hui déjà, grâce aux Indépendants, les catholiques peuvent circuler librement dans celte capitale et dans tout le pays, sans que personne leur fasse du mal ; bien qu'on puisse craindre que ce ne soit une ruse de. ces gens (les Indépendants), dans le but de se concilier le parti catholique en adoucissant les rigueurs dont il a été l'objet de la part des presbytériens.

I-.e roi n'étant plus en vie et ses descendants se trouvant exclus du trône, il paraît que les lettres de créance de tous les ambassadeurs sont expirées et qu'il faudra que chaque souverain les renouvelle à son envoyé, pour l'accréditer nonseulement auprès du Parlement actuel tant qu'il durera, mais encore auprès du gouvernement qu'on se propose d'introduire. 11 paraît que ces lettres de eiéance devront ôtre

précédées d'une reconnaissance de ce gouvernement comme pouvoir légitime, et qu'il faudra se servir de formules convenables en lui écrivant et le traiter de souverain, titre auquel il prétendra. Ceci étant un point d'une grande importance, j'ai cru devoir appeler à ce sujet latfention de V. M. afin qu'Elle daigne m'ordonner telle résolution qui lui paraîtra convenable. C'est pour avoir prévu ces inconvénients que j'ai cru devoir représenter à V. M. , dans ma dépêche du 20 août de l'année passée transmise par le secrétaire Geronimo de la Torre, qu'il serait dans l'intérêt du service de V. M. qu'il n'y eût pas ici d'ambassadeur de V. M., mais seulement un agent chargé de rendre compte de ce qui se passerait, jusqu'au moment où les choses reprendraient leur assiette et où l'on pourrait voir à quoi aboutira ce gouvernement-ci. Aujourd'hui je serais poi'té à croire que, si V. M. prenait cette résolution, on éviterait des embarras qui ne manqueraient pas de surgir dans le cas où Y. M. ne daignerait pas reconnaître le gouvernement qu'on se propose de créer, ni me renouveler mes letti*es de créance; si ce gouvernement me les demandait sans que je pusse les lui présenter, il cesserait de me regarder comme un personnage revêtu d'un caractère public et ambassadeur de V. M. •

Les Ëtats de H<^lande avaient envoyé deux ambassadeurs au Parlement peur intercéder en faveur du feu roi ; ils étaient venus ici le 5 de ce mois, dans la nuit qui a précédé le jour où la sentence a été prononcée contre le roi. Le 8, ils ont eu une audience du Parlement et ont proposé différentes combinaisons; ils offraient leur médiation en faveur du roi qui comparaîtrait en jugement dès qu'on le demanderait, et les États s'engageaient à donner des garanties de l'accomplisse- . ment de cette promesse; mais cette combinaison n'étant pas agréée, les ambassadeurs ont prié le Parlement de se borner à déposer le roi en lui conservant la vie et d'accepter pour roi

le prince de Galles; ils opt oQert la liiêi^e ip^di^ion et l^s mêmes garanties relalivemeqt à i^aççpmplis^emeiit d^ ç^ q^i SQir^it convenu avec le prince, l^lais le Parlement, ayçipt Qiéme {1^ répondre aux ambassadeurs^ a fait exécuter la sei)t<$Doe 4^t fk. 4ëfendu à qui que ce soit de nommer le prjncq de Galles |*oi 4fÀPgleterre Qt d'Irlande. |^es ambassadeurs en ont (;oqçu b^ucoup de mécontentement et de dépit; l^un 4'6UX est ^rien de Pauw ; c'est notre ami de Hollande, le mânne qui était plénipotentiaire pour la Hollande^ à Mun^ter^ lors de \% conclusion de la paix générale. Je les ai déjà vus et j^ai eu tiveç eux des rapports d'amitié et de correspondance; hier ils m'ont fait une visite et se sont montrés affectueux et satisfoits.

L'archiduc m'a écrit une lettre le 6 de ce mois; je Taj reçue kl 4Q, le lendemain de l'exécution du roi; il na'y ordpnpaît d'employer mes bons offices avcp tout l'eropressenfient nép{J§- ^aire, à l'effet de demander un sursis d^ps l'affaire du roî^ jusqu'au moment où arriverait un perçoppage que son souyçr^ûn avait résolu d'envoyer dans ce but. Mais quand même ]a lettre de l'archiduc ne serait pas arrjvée trop tard, il est certain qu'aucun empressement humain n'aurait empêché l^s Indépendants de poursuivre , à l'égard du roi, l^ marche qu'ils avaient une fois adoptée; leur opiniâtreté à le faire mourir était incroyable; elle était fondée 3ur leurs craiptes, car sa mort seule pouvait les garantir contre les effet? de l'offense dont ils se sont rendus coupables envers lui, et son existence était un obstacle aux plans qu'ils vont mettre à e^técutiop. On l'a bien vu, non-seulement à ]a manière étrapgq et yiolente avec laquelle on a conduit son procès, piais encore k \s^ promptitude avec laquelle on en a pressé la conclusion. Le 23 janvier le roi était arrivé dans la nuit à Londres; le lepdemain on le mit en jugement; le 6 du présent mois de février, on le condamna, et le 9 on l'exécuta, sans avoir perdu upe seule heure ni pour le juger, ni pour J'ex^cuter. Et en effet Qp

HISTQRIQUPS. 375

ne devait pas s'attendre à moins (le la part d^ sçs jijges, car, outre qu^ils étaient parfaitement illégaux et sans aucMne autorité qui les autorisât à le juger, ils étaient ses ennemis, et les plus intéressés à le perdre. Aucun des personnages titrés ou barons n'a pris part à jçe jpgeipent ; au contraire la plupart d'entre eu? ont quiUé Lon^re^ j un grand nombre np sont p^s encore revenus, d'autres pe s,e )aig§e|it pas voir? Les ambassadeurs de France et de Hollande oint pris le deijiJ el J'opj fait prendre à leur maison; j'ei| fi fait autaqt : c'e^^ unj^ mai:}|f<f^tation di^e à la péqçjpjre du roi ; 4'ai!leuf § op f^V^^t ma} v|]i ici si on négligeait de l^ faife. Que pieu çardjç Y. ^., e^q., içfp.

3o Z>^7%ya<ton du cmseil d'Èu^t i'E^po^gm sur les

Madrid, 13 nars 1649.

(A cette séance du conseil d'$tat ont pris part le comte de Castrillo et les marquis de Castçl Rodrigo e^ de V^Jparaiso.)

Bésun}é. — Le Conseil exprime soif ppinioïi ^ur )e coi^t^iq^ des dépêçljes de doi^ -^lonzo de Cafdçnas au pujçt de? aij^irgs d'ÂngljBjjBrre et des projets des Français si^r rir)an(l|^. VJe^^ ensuite une décision p^rafjée de ja uiain dp rqi , fX d^ |^ teneur suivante : « On ne répondra rien j[à (JQft 4),Qï^?<^) ^A^ tivenient à l'excuse dont i| s'pst sepi pour ne pa^ iptercéder ep favjBur du roi Charles I®' fîMPP? ^^ Parjepient ; mais on approuvera sa conduite dans la négociation avec l'abbé.... et dans ses e^brts poj^r faire ufie diversion aux RF^jets des Français; on ne lui donner^a cependant point de nouveaux pouvoirs, car après un événepient aussi grave et aussi extraordinaire que celui dopt il est question, il faut, avant |de prendre une résplutioif, voir Iç clia^geiflent qijj surviendrai d^9 les affaifes .4'^ngletgfl:p, çjt ^?#f»iqeT pp gft'jl pau§ çqu^

a7(j DOCUMENTS

tiendra de faire. » — Exécuté le 15 mars. — Geroaimo de la Torre.

Sire,

Les lettres de don Alonzo de Cardenas^ apportées par le dernier courrier à Votre Majesté et au secrétaire Geronimo de la Torre^ ont été mises sous les yeux du Conseil y comme V. M. Tavait ordonné. Ces lettres rendent, en détail, compte à Votre Majesté de Tétat des choses en Angleterre^ du danger dans lequel le roi se trouvait par suite de la nomination des juges qui devaient examiner les accusations portées contre lui, et des craintes qu'on avait de lui voir ôter la vie. Elles rapportent le bruit qui courait de Tarrivée d'un ambassadeur extraordinaire de France pour intercéder en faveur du roi auprès du. Parlement; et elles disent qu'à l'occasion de ce bruit quelques personnes du parti du roi et de celui des presbytériens ont parlé à don Alonzo pour l'engager, puisqu'il importait à la cause de tous les rois que la monarchie fût conservée dans la personne du roi d'Angleterre et que c'é^ tait un devoir de l'amitié que V. M. a toujours témoignée à ce prince, à demander une audience du Parlement et à employer ses bons offices au nom de V. M., en disant que V. M. serait offensée si l'on intentait un procès au roi ; à quoi don Alonzo a répondu qu'il déplorait le danger auquel le roi était exposé, que V. M. éprouverait un grand chagrin en apprenant tout cela, et qu'il ne doutait pas qu'Elle n'envoyât, s'il le fallait^ un ambassadeur extraordinaire pour employer ses bons offices , ou qu'Elle ne lui envoyât , à lui , l'oitlre de faire les représentations qu'on lui demandait, mais que sans cet ordre il n'osait pas s'engager dans une affaire de cette nature et d'une telle importance. Les dépêches de don Alonzo disent encore que les Indépendants ont donné des espérances aux catholiques relativement à la liberté de conscience.

dans le but de s^assurer leur appui et de les empêcher de faire une démonstration en faveur du roi.

Don Alonzo rend compte ensuite de la nianière dont il s'y

est pris pour mettre Tabbé , Irlandais arrivé de Paris,

en rapport avec le Parlement; cet abbé a donné à entendre, dans quelques conférences qu'il a eues avec un comité de cinq pei'sonnes chargées spécialement de traiter cette question, que les Français avaient des projets sur l'Irlande, chose dont les personnes du comité avaient déjà eu quelque connaissance ; il leur a communiqué aussi quelques papiers concernant cette afTaii*e et leur en a laissé copie

Dans cette conférence on a discuté les moyens de

conclure une alliance avec V. M., soit pour une guerre offensive et défensive, soit pour une guerre défensive seulement ; et les membrcs de la conférence n ont vu de difficultés, que dans les embarras de leurs affaires intérieures qui ne leur permettaient pas d'agir au dehors comme ils désireraient». . ...

Don Alon2o fait observer que, pour le cas d'une convention à conclure, il serait nécessaire queV. M. envoyât les pleins pouvoirs suffisants et de l'argent qui est indispensable, surtout quand on a affaire à une nation aussi intéressée que le sont les Anglais.

I)on Alonzo rapporte ensuite qu'il s'est employé à faire en sor^B que le Parlement anglais entretienne de bons rapports avec le Parlement de France et encourage ses résolutions; on lui a dit qu'on écrirait au résident anglais à Paris pour offrir l'assistance de la flotte ainsi que d'autres secours ; enfin don Alonzo finit en disant qu'il serait convenable que Y. M. envoyât quelques secours d'argent au parti du clergé irlandais, que par ce moyen on gagnerait certaines personnes dans ce

pays, et il ajoute que l'abbé cherche avec le plus grand

grand zèle à amener un accord entre le Parlement anglais et le royaumç d'Irlande , afin que leurs forces réunies chas-

878 DOCUM£I*îTS

9eii( de là les Écossais et les Irlandais qui marchent ensemble sous la protection d^ la France. Don Alpqzo dit f{\k'i\ prêtera son concours à ce plan si avant^gpux pour les illtérêts de Djcu et de votre Majesté. Il s'étend à ce sujet daiis 8^ dépêches que le Conseil renvoie à Y. M. avec la présent^ délibération.

L^ Conseil^ après avoir conféré sur le contenu de ces dépêc\ie9y a éniis les opinions suivantes :

Le comte de Castrillo : La première p^rtip de la dépêche qjpi ^, été mise sous les yeux du Coqseil, e\- quj a étii^ envoyée p^ don Alonzo, contient des rapport3 suf ce qui sjB passe ei^ Apr gleterro , surtout au sujet de rempri$onnepiçi)t et du procès dif roi aii]si que de 1 evéneipenf auquel on s'atten4; c'est 1^ une affaire qvii, par plusieurs niotifs^ peut pt dojt dqnner lieu i, de profondes considérations, bien qu^dje n'exige plus ni or4re ni résolution quelconque de la part de Y. ^., car il paraît qu^unc intervention ou des démarpj^^s quelconques ajoprè^ 4^ Parlement ou auprès du tribunal institué en vue d^ ce procès^ seraient inopportunes si Ton a déj^ acco||ip)i ce qui était à prévoir; on dit même qu'on ^ déjà ^aqclf^ la tête au roi d'Angleterre. Les efforts de Y. M. seraij^f}^ donc sans résultat, et le comte de Castrillo n^ croit pas quç l'Espagne ait fait une pareille dérnarchç dans d'autres occaçipps semblables, c'est-à-dire lorsque d'ai^jtres rois d'Angleterre ont été déposés. D'ailleurs, l'affaire une fpjs placée suf 1^ terrain judiciaire^ il était facile d'éluder toute démarch^. SefUemeptlç coipte de Castrillo aurait voulu que dop ^lonzo n'pût pas dit qu'il n'avait point d'ordre de V. M., ipais plutôt qu'il eût donné à entendre qu'il en attendait. )1 y afirpit foftà réfléchir sur ce qu'on devrait lui réppndr^; priais pour ne pas tomber ni dans l'un ni dans l'autre extrême, on pourrait, en donnant pour motifs jes bruits qui courent et les conjectures au sujet de ce que don Alonzo rapporte^ lui ré-

pondre que ses démarches seraient inopportunes , ou bien passer entièrement ce point $ous silence. ià>ê$i ce qui ne serai|: pas le plus inauyais parti à prendre.

L^autre partie de la dépêche concerne les machinations des Français ainsi que les pourparlers , les négociations et les

parlis dij royaume dlrlande , le voyage que Tabbë a

fait^ les démarches de doq Alonzo pour le faire entrer à Londj'es et le compte rendit d^ cette af&ire ainsi que la conduite qu^il a tenue. En premier lieu il faut l-approuver; et comme i) importe de faire échouer autant que possible les projets des Français, on ppurrait répondre à don Alonzo qu'il faut qu-il agisse dans ce sens^ et qu-il entretienne^ ainsi qu'il y parait 4éciçl^, dans riptérê^ de y. M*j ses bons rapports avec les Qi^mbreç du clergé et avec les anciens Irlaiidais, ainsi qu'avec ceux qui sont de leur parti ^ tout ce qui touche à la religio):}^ car c'e$t là l'intérêt principal de Y. M.

D^^ns le reste de s^ dépçche, don Alonzo demande à V. M. des pleiii^ pouvoirs pour le cas où une alliance pourrait être pppclue ep Angleterre, l^ettant f}ç côté que Votre Majesté n'est pas trop disposée à conclura des traités avec, des hérétîque$ (car ce ^o\ut mépite ^ïe^ d'être considéré), le comte 4e Pastrillp qe p^n^^ pas que Votre Majesté doive maintensmt envoyer le$ pl^in^ pouvoirs qui lui sont demandés par dqn Alon^o. [j'ordre de choses en Angleterre n'est pas bien établi; les affaires sont encore dans up moment de crise; il peut en-cpre survenir àç^ causes de grand trouble; à quoi l'en doit ^Qi^pr les atTaires ie France. 11 parait donc plus convenable d^ ne pas décider ce point dans ce moment et de répondre à 4on Alonzo que les pleins pouvoirs ne lui manqueront pas dès qup les circonstances les repdront nécessaires. Qu'il cherche toujours à frayer la voie aux négociations avantageuses pour V. ^. m e?caminant.bien le fond des choses, et qu'il rende compte i^ tou.t.

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380 IKKTMENTS

Lt marquis de Castel Rodrigo : Bien que le roi d'Angleterre (Cfaarle» I^) ait si mal agi envers V. M. lors des afl&ires de Portugal^ et dans d'autres circonstances, tous les princes ne peuvent que ressentir vivement ce qui lui est arrivé, à cause de Taffront qu'en a reçu la dignité royale. D'un autre côté, le marquis pense qu'il résultera de là de grands avantages pour V. M., par suite de la haine et de la méfiance qui doivent nécessairement surgir entre les Indépendants et la France ; non-seulement à cause des liens de parenté de la veuve du roi avec la France , mais encore à cause de la chute des Preshytériens qui étaient du parti français. Les hommes maintenant au pouvoir chercheront toujours à abaisser les patrons des Presbytériens; et comme la puissance de la France est grande, ils doivent s'appliquer à lui susciter des embarras et à y semer des divisions; ils le pourront mieux que qui que ce soit à cause du voisinage et des rapports qu'ils ont avec les huguenots. I>e cette manière et par ce moyen, on pourra faire beaucoup sans paraître^ comme l'a déjà proposé le marquis à don Louis de Haro. Et même le marquis n'éprouve aucan scrupule à ce que V. M. favorise les huguenots de France, car la guerre que leur roi leur a faite n'était pas une guerre de religion, mais de politique ; il ne la faisait qu'aux murailles des villes qu'il a détruites en leur laissant l'exercice de leur religion; d'ailleurs la liberté de conscience est admise dans toute la France. A cela il faut ajouter le grand préjudice que la tranquillité intérieure de la France a causé à toute la chrétienté, car c'est ainsi que la religion catholique a péri en Allemagne et que l'île de Candie est tombée au pouvoir des Turcs; de sorte que tout ce qu'on pourrait faire pour susciter des embarras aux Français paraît au marquis absolument nécessaire...

Selon l'opinion du marquis, il faut donc savoir gré à don Alonzo de ce qu'il a fait à ce sujet et .lui ordonner expressément de continuer à agir ainsi et à fomenter ces désac-

cords par tous les moyens en son pouvoir, en s'entendant toujours avec le comte de Peûai'anda , car lors même que la paix serait faite, il faudrait agir ainsi pour la conseiTer....

.... Lorsque les circonstances seront favorables, on pourra envoyer des pleins pouvoirs à don Alonzo. Pour le moment on lui dira qu'on ne les lui envoie pas par les raisons qui viennent d'être expliquées, à moins que Y. M. ne juge convenable de les transmettre au comte de Peûaranda pour les expédier à don Alonzo dès que le moment sera opportun.

Le maiT[uis pense, comme le comte de Castrillo, que, dans la réponse qu'on fera à don Alonzo , il faudra passer sous silence tout ce qui concerne l'intervention qu'on lui a demandée en faveur du roi (Charles !•').

Le marquis de Valparaiso partage l'opinion des membres précédents....

.... Quant à ce que dit don Alonzo que le Pai*lement d'Angleterre a l'intention d'offrir des secours à celui de France, il faut l'y encourager en cherchant ensuite, par tous les moyens possibles, à faire en sorte que celaéchoue, quand même il faudrait y dépenser quelque argent. On recommandera aussi à don Alonzo que, puisqu'il a des renseignements si détaillés et de source certaine sur les mouvements et les démarches de la France, il continue à informer Y. M. de tout sans manquer aucune occasion de le faire. Du reste Y. Mi ordonnera ce qui lui semblera bon.

aas DOcukENTS

(Page 303.)

I* L'archiduc Léopold {gouverneur des Pans-Bas) ou rai

d'Espagne {Philippe IV).

Bnuelle», 4 aan 1640.

Henri de Vic^ résident du feu roi d'Angleterre, étant sur le point de retourner à la Haye, m'a prié d'écrire à son maître pour lui exprimer nies sentiments de condoléance à rôccaskm de la mort de son père (Charles I*^) et de répondre ainsi à deux lettres qu'il m'avait écrites lorsqu'il s'appelail prince de Galles. 11 n'i[ a^ait aucune difficulté à traiter avec ce prince jasqa'au moment où ^Angleterre, après avoir ôté la vie à son roi et floayerain légitime, a statué qu'à l'avenir elle ne serait plos gouveimée par un roi^ en dépouillant en même temps les descendants du roi défunt de leur héritage légitime. Gomiiie il se trouve dans ce moment-ci à Londres un ambassadeur de V. M. qui n'a pas encore reçu d'instructions au sujet de la manière dont il doit agir avec les parlementaires, je n'ai pas Youltî être le premier à décider la question de savoir comment doit être traité le prince dépouillé, si injustement et contre tout droit, de son royaume et de ses États. J'ai entendu dire que les Hollandais ont envoyé des délégués pour exprimer leurs condoléances au prince, et que ceux-ci l'ont appelé Sire en français, et que même une fois ils l'ont traité de Majesté^ quoiqu'en prononçant indistinctement ce mot, et sans vouloir mettre par écrit ce qu'ils avaient dit de vive voix. C'est pourquoi j'ai chargé le secrétaire d'État d'exposer au résident anglais les raisons qui m'empêchaient de répondre aux lettres

HISTORIQUES. ëfitâ

du prince, et me décidaient à attendre que Tempereur mon maître et Votre Majesté eussent arrangé d'abord cette aflaire avec son maître; j*ài ajouté que, si je ne me trouvais pas ici comme gouverneur de ces provinces, je ne refuserais point au prince , en ma qualité de fils d'empereur et d'archiduc, un titre que lui donnent sa naissance et uîïe si longue ëiicçession de rois. Le résident a paru satisfait de ma réponse et a envoyé chez moi en me demandant d'écrire officiellement à S. M. l'empereur et à Votre Majesté pour les prier de ne pas manquer à ce devoir de piété envers son maître, attendu que toute l'Europe est en suspens relativement k la résolution que prendront à. cet égard les deux plus grand» souverains du monde. Votre Majesté daignera me faire connaître ses ordres au sujet de la manière dont je devrai ^r dans cette circonstance. Jusqu'à ce moment je différerai d'ftvoir des. rapports avec ce prince infortuné à tant d^égardsr Que Dieu, etc.

2o Premier projet de lettre du roi d'Espagne {Philippe îv) au nouveau roi d'Angleterre.

Madrid, 10 mari 1640.

Des nouvelles de la mort du roi Charles, père de Votre Majesté, sont arrivées ici de divers côtés. J'en ai éprouvé u^ profond sentiment de chagrin à cause de la parenté' et de l'étroite amitié qui nous unissaient; j'en ténioigne ma grande douleur à V. M., et je vous fais part, ainsi qu'il est juste, de la peine que m'a causée cet événement, comme V. M. le comprendra aisément, par le conseiller Antoine Bnm, mon ambassadeur dans les Provinces-Unies, qui remettra la présente à V. M. que Dieu garde etc.

(Ce projet fut modifié et envoyé dans les termes suivants )

Le roi éC Espagne au roi (Charles II) t Angleterre ; Condoléances à f occasion de la mort du roi son père.

5 avril 1649.

(On lit dans rintérieur de la lettre : Au nouveau Bot d'Angleterre.)

Les nouvelles du triste événement de la mort de Sa Majesté le roi Charles, père de Y. M.^ sont arrivées ici par différentes voies; j'en ai éprouvé un chagrin et une peine que devaient nécessairement provoquer des circonstances aussi extraordinaires et déplorables ; car lors même qu'il n'y aurait eu^ pour faire naître ces sentiments^ ni les liens de parenté ni l'intime anfitié qui nous unissaient, jVn aurais trouvé des motife bien paissants dans les excellentes qualités qui se trouvaient réunies dans la personne du roi et dont Dieu, dans sa bonté, avait bien voulu la doter. Je conçois quelle affliction V. M. aura ressentie à raison et de la perte et de la manière dont elle est arrivée ; je puis assurer V. M. que celle que m'ont fait éprouver, à mqi^ et Tévénement lui-même et toutes ses circonstances, n'est pas peu considérable. J'en exprime mes condoléances à V. M., et je suis persuadé que V. M., grâce à sa sagesse et à sa fermeté, se sera résignée à la volonté de Dieu qui dispose de tout pour le mieux, et c'est ce que je prie V. M. de faire. Je m'en rapporte, pour ceci et pour tout le reste, à ce que V. M. entendra de la bouche du conseiller Antoine Brun qui remettra cette lettre à V. M.

30 Délibération du Conseil d'État d'Espagne sur les dépêches de l'ambassadeur d'Espagne à Londres êi sur la politique à suivre à l'égard de l'Angleterre.

29 mars 1649.

Sire,

Votre Majesté avait daigné ordonner de convoquer pour dimanche soir une séance du conseil d'État in plmo , afin qu'il pût prendre connaissance des lettres de don Alonzo de Cardenas en date des 42, 18, et 26 février, ainsi que d'une lettre de Tarchiduc Léopold du 4 de ce mois (mars). Dans ces lettres il est rendu compte de ce qui est arrivé au rœ d'Angleterre, de toutes les circonstances survenues jusqu'au moment de sa mort , du tour que les choses vont prendre, en Angleterre , de la résolution que les Anglais ont prise de ne plus se laisser gouverner par un roi , de l'exclusion des fils du feu roi, et de leurs délibérations sur la forme de gouvernement à adopter à l'avenir... Don Alonzo prie qu'on l'informe comment il doit agir dans ces circonstances, attendu que sa mission est expirée ; il explique aussi dans ses lettres pourquoi il n'a pas employé ses bons offices en faveur du roi auprès du Parlement , comme on le lui avait demandé; il dit avoir pris le deuil pai'ce que les ministres de France et de Hollande l'avaient fait; il parle de la proclamation du prince de Galles coname roi par les Écossais. Monseigneur l'archiduc prie aussi qu'on l'informe de quelle manière il doit traiter le prince de Galles, attendu que le résident de ce prince l'a prié de répondre à deux lettres qu'il lui avait remises de sa part, et de lui adresser quelques paroles de consolation dans une conjoncture aussi triste et déplorable.

Ont pris part au Conseil le comte de Monterey, Je duc de

Médina de las Torres et les marquis de Gastel Rodrigo et de Valparaiso; le comte de Castrillo B^est excusé pour CAUM de tnauvaise santé. Le Conseil après avoir longuement discuté le contenu desdites dépêches^ expose à V. M^ ce qui suit :

UalTairc du roi d'Angleterre est un événement très-extraordinaire et digne d'une mûre considération^ attendu que ce sont les sujets mêmes du roi d'Angleterre qui lui ont ôté la vie par de si détestables moyens, et sans autres motifs que ceux que donne dans ses dépêches don Alonzo. Le Conseil estime que cet événement est d'un si mauvais exemple qu'il serait juste que tous les princes s'unissent pour infliger un diàtiment exemplaire au Parlement d'Angleterre. Toutefois le Conseil pense , d'un autre côté, que V. M. ne pourrait s'en occuper à cause de tant d'affaires et d'embarras dont £lle est entourée^ et à cause de tant de guerres si pressantes qu'Ëlle a en Espagne et au dehors ; les autres princes^ qui devraient également le faire^ se trouvent occupés chez eux^ surtout le roi de France qui est embarrassé dans des guerres qu'il a luimême suscitées^ et dans des discordes et dissensions de ses propres sujets, comme tout le monde le sait; le Parlement d'Angleterre est tellement puissant que personne aujourd'hui ne pourrait défaire ce qu'il a fait ; ce même Parlement a témoigné l'intention de rester avec Y» M. dans de bons rapports ; en quoi, loin de manquer à Votre Majesté, il lui a rendu service ; de plus, il conviendrait de fomenter la msLV^ vaise intelligence entre le Parlement et les Français^ et de suivre l'ancienne maxime d'après laquelle il est toujoulrs du plus grand avantage pour l'Espagne de vivre en paix av^ l'Angleterre et de conserver son amitiés — Par ces motifis le Conseil est d'avis que, pour le moment et jusqu'à ce que le temps révèle quelque autre combinaison, il ne convient pas que V. M. introduise aucun changement dans sa politique, qu'au contraire, il convient d'entretenir des bons rapports

HISTORIQUES. Sfrî

avec le Parlement. Le Conseil ajoute que V. M. devait fort peu au feu roi d'Angleterre qui ^ aussitôt après l'insurrection de Portugal , avait reçu Tambassadeur du tyran, oubliant ^intime amitié qui l'unissait à Votre Majesté. Tout ce qu'on peut faire pour le moment (selon Favis du Conseil), c'est de répondre à l'archiduc en lui disant qu'il peut faire une réponse aux lettres que lui a adressées le prince de Galles, en lui donnant le titre de « Votre Majesté » et tous ses autres titres ; le Conseil est aussi d'avis que, pour agir avec pru* dence à l'égard du Parlement qui pourrait en prendre de l'ombrage, il serait bon que la lettre (de l'archiduc) fût antidatée, afin qu'on pût dire qu'elle a été écrite avant qu'où eût t*eçu la nouvelle que le Parlement avait exclu du trône la postérité du feu roi .

Le Conseil pense que, de même. Votre Majesté pourrait adresser une lettre antidatée au prince de Galles, en lui exprimant la peine que la mort de son père a causée à V. M. , et en lui disant que celte nouvelle est arrivée à V. M. de divers côtés, et qu'elle n'a pas voulu perdre un seul moment pour lui témoigner ses sentiments ; le Conseil pense qu'il serait bon d'envoyer cette lettre à l'archiduc afin qu'il la confie, avec celle que Son Altesse écrira elle-niême, au conseiller Brun qui doit être déjà en Hollande ou bien près de s'y rendre^ il conviendrait que, de la part de Votre Majesté ainsi que de la part de l'empereur, il y eût une expression de sentiments de condoléance en forme convenable, et que l'archiduc rendit compte à V. M. de ce qui en résulterait et de tout ce qui se passerait.

Le Conseil estime qu'il conviendrait de ne faire aucune déclaration formelle ni en faveur du prince de Galles, ni en faveur du Parlement, jusqu'à ce que l'on sache avec plus de certitude comment les choses tomberont; il conviendrait de faire connaître ces motifs à l'archiduc, afin que, dans les

événements qui pourront surgir, il s'y conforme. Les mêmes instructions devraient être données à don Àlonzo, tout en l'approuvant d'avoir pris le deuil pour le roi d'Angleterre; on lui dirait également que pour le moment il n'y aura aucun changement^ et que^ si on lui faisait^ de la part du Parlement, quelques propositions de négociation , il devrait les écouter avec plaisir et répondre qu'il rendra compte de tout à Y. M. Le Conseil pense, que^ pour tout le reste, il conirient que les choses aillent comme par le passé, car il n'y a aucun motif de croire que les parlementaires désirent un changement dans leui's relations avec l'Espagne, ni qu'ils élèvent des doutes sur l'intention de don Alonzo de traiter avec eux, vu que le Parlement n'en est qu'au début de sa carrière, et qu'il lui convient plutôt de raffermir ses affaires par la continuation du séjour 1

des ministres des souverains étrangers. Si le contraire arrivait, don Alonzo demandera du temps pour pouvoir en informer y. M. On devra recommander à don Alonzo de mettre un soin tout particulier à informer Y. M. par toutes les voies, et jour par jour, de tout ce qui se passera en Angleterre -, il faudrait écrire h même chose à l'archiduc.

Le Conseil, étant d'avis qu'il conviendrait à Y. M. de faire quelque manifestation à l'occasion de la mort du roi Charles, pense que le moyen le plus convenable serait que Y. M. prît le deuil dans la môme forme qu'elle l'avait pris à roccasion du feu roi Louis de France.

Yotre Majesté ordonnera ce qu'il lui plaira d'ordonner.

4o Délibération du Conseil d'Etat d'Espagne au sujet de plusieurs lettres de don Alonzo de Cardenas traitant de divers sujets.

Madrid, 6 juin 1649.

(Ecrit de la main du roi : « Qu'il soit fait conformément à Tavis du Conseil. » — « Exécuté à midi.» — Geronimode laTonre.)

Sire,

Le comte de Monterey, le duc de Médina de las Toires et les marquis de Castel Rodrigo, de Valparaiso et de Yelada assistant au Conseil, on a pris connaissance^ conformément aux ordres de V. M., des lettres de don Alonzo de Cardenas portant les dates des 13 et 27 avril et du 3 mai, et dans lesquelles, entre autres choses, don Alonzo rend compte à V. M. , d'une manière détaillée, de Tétat dans lequel se trouvaient à cette époque les affaires d'Angleterre, de la conversation qu'il a eue avec un agent du Parlement relativement au désir que le Parlement avait d'être en bonnes relations avec V. M. , et pour savoir si un ambassadeur envoyé par le Parlement serait bien reçu en Espagne. Don Alonzo informe aussi V. M. qu'il a reçu une lettre de don Francisco Cottington , datée de la Haye, dans laquelle celui-ci annonce à don Alonzo la résolution que son maître, le prince de Galles, a prise de l'envoyer (lui Cottington) en Espagne, accompagné d'une autre personne, dans le but d'exposer à Y. M. Tétat de ses affaires et de lui demander des secours; il a dit qu'il partirait dans le courant du mois de mai et passerait par Bruxelles. Don Alonzo rend compte de ce qu'il lui a répondu.

Le Conseil, après avoir examiné ce sujet avec une attention toute particulière, estime que c'est une des plus graves questions qui puissent se présenter, et que dans son opinion il y a lieu aux plus prudentes réflexions de V. M. , car l'arrivée de

<l()ltingtoii tMi Espagne ne peut manquer d'entraîner ï a tiiito de grand» inconvénients ; d'abord parce qu'on ne sut paft enrore quelles résolutions on prendra en France, parnpport :i la nirint* pi'o|xisitii)n (|ui a dt^à été on qnî allait être faite (Kir un |>ers4mnage que le même prince (de Galles' t envoyait ; ensuite à cause de l'état où les affiures de V. M. se trouvent au milieu de tant d'épreuves qu*il a pin à Diea de lui envoyer. La circonstance que le Parlement d'Angleterre se propose «l'envoyer aussi une personne en Espagne'a é^'ilement U'uucoup d'incun\énients; il ne conTÎandraît pts de fuin> aucune déclaration avant que le Parlement ait bîca raflerini aca ail'aires et offre plus de garanties de dnnie. Ton ceH points réclament un examen mûr et approfondi avaat qu'on arri>e à une résolution^ et il est certain qu'il Tanrul l>eaucoup à dire S4)it dans un sens^ sioit dans l'autre. Le Omscil, en s'ahiiteuant de le faire dans ce moment et jusqu'à ce que les circonstances Texigent, représente à V. M. qu'il regarde comme important ^d'après Tavis donné du départ di don F. Cottinglon et do mn compagnon pour l'Espace) qu'il soit expédié en toute hâte un courrier à rarcfaiduc pour f informer du contenu des lettres de don Alonio de Cardellas aa sujet de ces deux |x»ints, c'est-à-dire l'arrivée de CottingloB et la question faite relativement à la manière dont une parsonne envoyée |>ar le Parlement serait reçue en Espagne ; on dirait à l'aroliiduc que^ si Cottington arrive à Bruxelles ou passe par la Flandre, «Son Altesse doit chercher^ avec toute l'adresse imaginable et en seci-et, k l'entretenir et à savoir (comme si cela venait de S. A. seulement) dans quel but il veut 50 rendre en £${)agne et de quelle mission il est chargé ; S. A. lui dira en conversation que, vu l'état des choses^ il serait plus à propos, pour lui, de s'anèter à Bruxelles, de se mettre en communication avec S. A. avant d'aller plus loin^ et de lui faire part du hut de sa négociation, afin que S. A. puisse

en informer V. M,, et avoir la réponse de V. M. avant qu'il (Cotlington) s'engage trop dans son voyage. En prenant des détours et sans lui ôter toute espérance, au contraire, en lui témoignant beaucoup de bon vouloir et en l'assurant de la bienveillance de V. M. et de ce qu'il peut en espérer, Son Altesse pourrait lui dire combien il serait utile, pour le rétablissement du prince de Galles, que la paix pût être conclue entre la France et l'Espagne, car ce serait le moyen le plus sûr d'obtenir les avantages que Ton désire et que l'on se propose d'obtenir. Afin qu'on puisse délibérer avec plus de certitude, l'archiduc devra faire connaître à V, M, comment le? événements d'Angleterre ont été accueillis en France, ce qu'on se propose d'y faire et quelle réponse on y a faite à l'envoyé du prince de Galles. On fera sentir à S. A. combien il importe que Cottington et son compagnon ne persistent pas dans leur intention de venir en Espagne, et, si c'est possible, qu'ils ne viennent pas du tout , toutefois en leur disant des paroles d'amitié et de bon vouloir; et si malgré tous les efforts de Son Altesse, Cottington voulait absolument venir, que Son Altesse le laisse faire en infbrmant V. M. de ce qui aurait lieu à cet égard.

Il faudra accuser à don Alonzo réception de ses lettres, et lui dire qu'il eût été plus convenable de s'expliquer moins positivement avec l'agent du Parlement qui lui a demandé si une personne envoyée par le Parlement serait bien reçue (en Espagne) : dans le cas où on lui en reparlerait directement, qu'il réponde qu'il en rendra compte à V.* M. ; mais qu'il ne dise pas qu'il l'a déjà fait et qu'il cherche, avec toute l'adresse et toute la prudence possibles, à éviter ce sujet ; pour tout le reste on peut dire à don Alonzo qu'on s'en rapporte à sa discrétion, et que c'est une question qu'on doit laisser en suspens jusqu'à ce qu'on sache comment le Parlement aura assuré ses affaires et raffermi son pouvoir.

Daus le cas où Cottington se serait déjà mis eu roule, et où le courrier (expédié d'ici) n'arriverait pas à temps (auprès de l'archiduc) , il faudra envoyer ^ux autorités d'Irun et de Saint-Sébastien des ordres portant que, si Cottington y arrivait^ on le retint^ qu'on en informât aussitôt V. M. ^ et qu'on fît attendre à Cottington la réponse. On devra envoyer ce rapport par un exprès et traiter en attendant Cottington avec toute sorte de politesse.

Votre Majesté ordonnera du reste ce qui lui plaira.

5« Don Alonzo de Cardeûas au comte de Penaranda.

Londres, tO juin 1649.

Les dépêches envoyées à Sa Majesté avec la présente informeront Votre Seigneurie des affaires de ce pays-ci et de la manière dont le gouvernement (anglais) a résolu de me déclarer le 16 de ce mois que^ si je ne lui présentais pas de nouvelles lettres de créance^ il ne traiterait plus avec moi; cette résolution a été prise^ non qu'aucune considération d'un intérêt quelconque ou de convenance empêchât le Parlement de continuer ses relations avec moi^ mais parce que Toi^ueil natiu'el^ accru par le succès, remplit ces hommes d'une arrogance qui ne tient compte de rien.

Cet incident paraît rendre mon dépai^t d'ici nécessaire, en suppossuit que Sa Majesté ait pris la résolution de ne faire aucune déclaration formelle, ni en faveur du prince de Galles^ ni en faveur du Parlement, car dans ce cas il n'y aurait pas lieu de présenter de nouvelles lettres de créance. D'ailleurs quand même il serait utile de le faire, le fait seul que les gens du Parlement ont voulu forcer Sa Majesté à cette démarche, d'une façon si contraire aux égards et au respect qui lui sont dus, exige qu'on réfléchisse s'il serait convenable de présenter

des lettres de créance, du moins aussi prompteinent. Ainsi je ne doute pas que Sa Majesté ne donne des ordres pour me faire partir d'ici, et dans ce cas j'espère qu'on m'accordera la permission de retourner en Espagne. Ma santé a grandement besoin de l'air natal; c'est pourquoi j'ai cru devoir prier Votre Seigneurie d'en dire quelques mots, s'il le faut, pour m'obtenir ce dont j'ai tant besoin, et en même temps de me faire payer mon traitement échu et les frais de voyage suffisants pour la route. Que Dieu, etc.

6« Don Alonzo de Cardenas au roi d'Espagne.

Londres, 13 août 1649.

Sire,

Dans ma dépêche du 24 juillet, j'ai informé Y. M. que le gouvernement de ce pays se proposait d'envoyer à son agent, qui depuis deux ans réside en Flandre, de nouvelles lettres de créance qui l'accréditent auprès de l'archiduc. J'ai également informé V. M. du mécontentement qu'avait causé ici la nouvelle des rapports que le conseiller Brun, comme ambassadeur de V. M., a eus avec le prince de Galles; on a publié la copie de la lelti'e que Y. M. a écrite au prince pour lui exprimer ses condoléances à l'occasion de la mort de son père ; on a relevé le titre de roi de la Grande-Bretagne dont Y. M. s'était ser\ ie , et les manifestations et l'accueil solennel qui ont été faits au prince en Flandre. Ce que j'ai à dire dans ce moment à Y. M., c'est qu'aussitôt que ces nouvelles sont arrivées ici, le Parlement a repris le projet d'envoyer des agents en Espagne^ en France, et auprès d autres républiques et cours souveraines; mais comme je n'ai pas entendu dire, jusqu'à ce moment, qu'on ait encore envoyé des lettres de créance à l'agent qui est à Bruxelles, et comme je n'ai pas été informé, par des

èH DOCUMENTS

ayis de Flandre^ que Tagent les ait présentées, il est à croire que le Parlement a changé d'avis ou suspendu sa déoision. On me dit que depuis dix jours on discute dans le conseil d^État la question de savoir si Ton doit envoyer ces personnes eorome de simples agents du Parlement ou comme ambassadeurs; on ajoute que la première qui doit être envoyée le sera en Espagne, dans l'hypothèse qu'elle sera reçue plutôt là que partout ailleurs : ce qu'on infère de mon séjour ici , car on ne peut pas admettre qu'il en soit autrement du moment que V. M. a ici un ambassadeur. Dans le cas où celui du Parlement ne serait pas reçu en Espagne^ on me ferait sortir d'ici dans le plus bref délai. On m'assure qu'il en a été décidé ainsi et qu'on fera la même chose à l'égard de l'ambassadeur de Hollande à qui Ton s'est plaint amèrement de ce que les États généraux ( à l'exception de la province de la Hollande) n*ont pas voulu reconnaître la nouvelle république , ni recevoir comme son ambassadeur un personnage du Parlement qi|i M trouvait à la Haye et à qui le Parlement avait envoyé des lettres de créance après la mort de Dorislaûs, bien que Pambassadeur des États, lorsqu'il vint avec Adrien de Pauw întereëder en faveur du feu roi, fût porteur des lettres de créance dés États généraux auprès du Parlement. Il est vrai qu'alors on supposait qu'il était accrédité auprès de la couronne (d'Angleterre) et que le Parlement ne s'était pas encore érigé en pouvoir souverain et n'avait pas encore changé le gouvernement monarohique en républicain. Le Parlement demande que œt ambassadeur lui présente maintenant de nouvelles lettres de créance; un mécontentement à ce sujet commence à se faire jour entre le Parlement et les États généraux, et il s*accroît surtout depuis que les bâtiments du Parlement se sont emparés d'un navire d'Amsterdam qui se rendait en Irlande avec une cargaison d'une valeur considérable, lequel navire sera considéré y dit-on, comme de bonne prise , mal-

HISTORIQUES. d»i

gvi les démarches et les menaces que fait rambassadeur des États généraux pour en obtenir la restitution. On peut juger par ce fait de Torgueil de ces gens et de leurs procédés envers leurs voisins, quoiqu'ils aient besoin d'eux.

J'ai commencé à faire des démarches, par Tentremisa d« quelques membres du Parlement qui se montrent nos amis, pour faire comprendre à ces gens^i, comme si cela venait df moi seul, qu'il ne leur est d'aucun avantage de presser leur résolution d'envdyer quelqu'un en Espagne, et que ai les en* voyés du prince de Galles ne se rendent pas en Espagne ( les gens du Parlement avaient entendu dire comme probable qu'ils s'y rendraient par suite des relations que les ministres de Flandre ont eues avec le résident de Vie), œ que j'ai inter» pr^té comme un acte de neutralité , je regarderais eomm§ une résolution prudente de la part du Parlement de ne pas presser l'envoi de ses agents jusqu'à ce que la question anit bien mûrie et jusqu'à ce que le Parlement ait bien établi son pouvoir et raffermi ses affaires. Je ne sais que] sera le résultat de ma démarche, mais quel qu'il soit, j'en rfndnd cofnpte à Votre Majesté. Que Dieu garde Y. M. etc.

70 Le covfUe de Penaranda à don Alomo de CardeM$,

Bruxelles, 3 juillet 1049.

..,. J'ai lu avec une attention toute particulière les deux copies de vos dépêches à Sa Majesté, et mon opinion est que tout ce qui est arrivé était fort naturel et nécessaire > car du moment que le Parlement a pris la résolution d'exiler le roi et d'en finir avec la royauté, quelle probabilité y a<t<«il qu'il veuille traiter avec un ministre accrédité aupi'ès du roi? Y. Eko. l'a fait connaître à temps en Espagne ; mais eomme Y. Exe. a reçu de Sa Majesté Tordre (dont une copie m'a 6\i

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CcAîmctctt <f al&H ft bar «a Espanf] 4p la part ém m '^^ÂBrleinre et que V. Eie. aôsw êçaleBenl4p inifiT à fipftJMi no nnfin'Ji>aiim da Païkitl d t aler. Le kot fa'oa fe pnfiwe en «sûsant amâ ert Cnle à coaaiHCiidre : 4B défûe r»ler iodiflernit et nratre à Fêçard des deux partb ; onis il y a grande prctbabitité qnll Dons arrÎTera oe ipii arrive d'ordinaire en parril cas. c'est de laisan- échapper les denx partis, et en peu de temps: tootcfoîs je ne vois pas quel iBoren reste, àV. Exe. ou à noos , ponr faire chaîner d'avis aux gens dn Parlement qai tondraient enroyer desambassadean on des ministres en Espagne, à moins de déclarer que le roi ne vent pas le« recevoir, ce qui serait une nipture formelle. Je lirai la dépêche, s'il plaît à Dîen, et je ne manquerai pas de dire à V. Exe. ce qui me paraîtra. Ceci vient fort à propos , car ce pau^Te diable a fait hier son entrée à Bruxelles avec une pompe égale à celle qu*on aurait pu mettre à recevoir son père s'il lui avait pris fantaisie de venir ici pour passer en Espagne. Là-dessus je crois devoir faire connaître à V. Exe. tout ce qui s'est passé.

L'archiduc se trouvait avec Tannée en France y près de Gnise; voilà qu'un jour le résideut d'Angleterre se présente an quartier général et expose deux choses : d'abord la nécessité oïl se trouve son maître de demander six mille doublons de charité, puis le désir d'une entrevue amicale de son roi avec l'archiduc (il est vrai de dire qu'il ne m'a parlé à moi ni de l'un ni de l'autre). La première condition de cette entrevue était qu'il viendrait incognito avec vingt domestiques, sans

cérémonial ni réception nulle part; mais petit à petit la chose a pris des proportions qui en ont changé le caractère; le résident a désiré que le roi fût reçu formellement à Anvers, ici, et partout, avec le cérémonial le plus rigoureux et avec autant de salves d'artillerie qu'on en pût faire. Je n'en ai rien su, car les ordres ont dû être envoyés après que Son Altesse (l'archiduc) s'était mise en campagne; cependant comme l'affaire me parut devenir démesurément sérieuse et que je pensais que le roi pourrait n'être pas content qu'on fit ici des démonstrations aussi désagréables au Parlement, j'écrivis au secrétaire Navarro quelques mots là-dessus, bien avant d'avoir lu les dernières dépêches du roi ; mais comme l'affaire devait être déjà grandement en train , on n'a pas fait grande attention à ce que je disais. Il est vrai de dire que les Anglais , surtout ce farceur {picarillo) de résident, se sont insinués chez nous à la sourdine; et je commence à m'apercevoir qu'ils ont pu avoir deux buts : d'abord d'éveiller la jalousie du Parlement et de l'obliger à se méfier du roi notre maître, ensuite de donner un avertissement au cardinal Mazarin en lui faisant voir que nous autres Espagnols avons fait cela ici, sans avoir les mêmes obhgations que les Français et sans être unis par des liens de parenté aussi intimes. V. Ere. pourra se servir de ce renseignement comme elle le jugera convenable, car enfin il n'est pas raisonnable que, contrairementaux intentions du roi, et de notre fait à nous qui sommes si loin de ses communications, ces messieurs nous croient déjà tout à fait engagés au rétablissement de ce pauvre roi d'Angleterre ; en vérité, ayant tant d'affaires sur les bras nousmêmes, ce serait une charité bien étrange que de nous attirer de nouveaux ennemis. Voilà ce que je puis dire dans ce moment à ce sujet ; je me réserve d'en dire davantage lorsque j'aurai pris connaissance de la dépêche de Sa Majesté. On m'annonce que le roi d'Angleterre partira d'ici dans

S9i DOCUMENTS

deux jours pour aller trouver Son Altesse; je viens de le voir tout à l'heure; il a une phpionomie qui ressemble on ne peut pas plus à celle de son père.

8« Le comte de Peharanda au secrétaire Aug. Navarro.

Bruxelles, S juillet 1648.

Je vous avoue que ces Anglais me fatiguent; je vois qu'ils abusent de notre courtoisie^ et que c'est à dessein et tout à fait en opposition avec les intentions du roi notre maître et avec ses intérêts. C'est pourquoi il m'a paru nécessaire d'expédier ce courrier pour prévenir S. A. et MM. les ministres de ce qui m'aiTive avec eux, aiin qu'ils puissent, là-bas^ agir comme il paraîtra le plus convenable, et afin qu'on en vienne à ce que le roi désire, si c'est faisable.

£n premier lieu, il faut savoir, comme je m'en suis assuré^ que toute cette intrigue est dirigée par le grand écuyer de la reine; il s'appelle M. Jermyn, favori intime de la reine d'Ao'* gleterre qui suit exactement ses conseils. Ce Jermyn est de la clique du cardinal; et toutes ces machinations, qui tendaient à i^re accepter à l'Irlande la protection de la France (ce que nous savons du reste par les dépêches de don Alonzo) ont été conduites d'après les inspirations de Jermyn et par lui-mêoie* C'est un hérétique de la pire espèce qui ne pense pas tant aux intérêts de son maître qu'à se maintenir dans ses bonnes grâces et à conserver la faveur du cardinal qui lui fournit les moyens d'existence et d'entretien. J'ai eu avec lui deux conversations ; la première a été assez impertinente de sa part; il faisait voir avec fort peu de réserve sa rancune contre nousi ainsi que les inspirations et les principes du cardinal dont il est imbu ; mais le second entretien, celui que j'ai eu avec lui hier soir^ a été plus qu'impertinent^ il était impudent et

même imprudent; pour ne parler que de sa moindre fauté^ toutes les fois qu'il parlait des deux rois^ il nommait en pre**mier lieu le roi de France et ensuite le nôtre , chose que «oa maître lui-même ne faisait pas^ Gottington et le résident ne cachent pas le mécontentement que leur cause cet homme^ «t ne se gênent pas de donner à entendre que le roi ^ père du jeune prince de Galles, s'est perdu pour avoir suivi les conseils de la cour de Paris et que le fils fera de même.

Je vous ai déjà dit ce qui s'est passé hier entre moi et Gottington y aujourd'hui le résident est venu chez moi et, dan» la conversation j'ai trouvé une occasion, fort à propos, de lui dire ceci même : a Monsieur le résident, le roi mon médire n a pas besoin de nouvëauï ennemis , il en a déjà asseï^ vous connaissez k bienveillance et la courtoisie avec lesquelles le roi et Son Altesse vous ont traité et accueilli ici; je voie et nous voyons tous que ce jeune roi va à l'école des Français^ qu'il est guidé par une mère aussi française que vous lasayei) et qu'il suit les conseils de monsieur de Jermyn dont voue connaissez bien les intentions et les dispositions ; je vous le dis avec franchise et sincérité ; le roi fera très-mal s'il envoie des ambassadeurs auprès du roi mon maître, étant lui-même en France, et les ambassadeurs feraient bien de ne pas se chaiiger de cette mission. Les rois d'Espagne ont cultivé, avec les roiê d'Angleterre, des rapports d'amitié, de fraternité et de bom^ intelligence, comme vous le savez; mais il est tout à fait iia«possible que le roi d'Angleteîre, ûourtisan de la Fraince et du cardinal, ne soit pas suspect au roi mon maître pendant qué celui-ci est engagé dans une guerre aussi acharnée avec Ut France ; quand même cela ne serait pas, il vaudrait mieuï que le roi (d'Angleterre) s'établît dans un lieu où il pût éyKÀr une cour à lui, qui se fit aider par les Finançais comme ils le veulent jfaire, et comme les liens de parenté et d'alliance qui Tunissent à la couronne de France les y obligent^ et qu'il

cherchât à amener cette couroDoe à faire, par égard pour lui^ une paix avantageuse, sans vouloir qu^elle soit inique. Mais tant qu'il ne le fait pas^ je vous le répète, il suivra un mauvais conseil s'il envoie en Espagne des ambassadeurs^ et ceux-ci ne s'en trouveront pas bien. Je vous parle avec toute ft*anchise et de mon propre chef^ car vous voyez bien que je n'ai pas pu rendre compte au roi de ce que j'ai observé ici^ ni recevoir encore des ordres de Sa Majesté à ce sujet. »

La réponse a été de me remercier et de me dire que je disais la vérité toute pure^ et de ra'assurer que, si un ministre du roi se trouvait présent, il dirait la même chose. Tel a été notre entretien dans lequel j'ai commencé à préparer ce que le roi notre maître désire, d'après la lettre que vous m'avez écrite, et ils ne peuvent pas soupçonner que cela vienne de Sa Majesté, ou que S. M. ou S. A. s'en fussent déjà préoccupées. Je pense que mes paroles ont produit quelque effet, et qu'on pourra accomplir facilement ce que le roi désii*e en suivant la route que j'ai frayée. Dans ma conscience , je vous avoue que je crains qu'il n'y ait des personnes qui pensent que nous nous sommes trop avancés dans les politesses faites au prince, et qu'il faudra bien Recommander à don Alonzo de ne pas permettre que le Parlement conçoive du ressentiment à ce sujet. Que peut-on répondre quand on voit que le roi de France n'a pas encore écrit une seule lettre à ce pauvre diable (le prince de Galles], ni fait la moindre manifestation depuis six mois qu'on a tranché la tête à son père, et quand en même temps il (le prince de Galles) nous demande et obtient de nous tout ce que le roi de France n'a pas fait ? On est parfaitement sûr que c'est la reine qui commande à son fils ce qu'il fait , et qu'elle même reçoit des instructions de ce Jermyn lequel reçoit des ordres du cardinal.

Quant à la paix, il a été très-impertinent; il voulait savoir en détail tout ce qui se passait et discuter avec moi tous les

points, comme s^il était quelc[ue grand médiateur ou un per- * sonnage d'une grande autorité dans ce monde. Je lui ai communiqué les copies des deux dernières lettres du nonce et de l'ambassadeur de Venise, ainsi que les réponses qu'on y a faites ; il écoute ce qu'on lui dit, mais encore plus ce qu'il dit lui-même ; il parle très-lentement. En somme, c'est un des plus ennuyeux personnages que j'aie connus de ma vie. Le résident m'a dit qu'il allait Voir S. A. de la part de son maître; aussi voudrais-je que le courrier qui emporte la présente y arrivât avant lui.

9» Le comte de Peharanda au roi d'Espagne

{Philippe IV).

Bruxelles, 6 juillet 1649.

Sire,

Pendant que S. A. l'archiduc se trouvait avec l'armée en France, près de Guise, le résident d'Angleterre arriva au quartier général; il veut que nous le regardions comme l'homme le plus digne de confiance en ce qui touche au service de V. M., et il a parlé à S. A. de l'extrême désir que son maître avait de s'entendre avec V. M. pour qui il assurait avoir le plus grand respect ; il a annoncé que son maître se proposait de se rendre en Irlande, mais en passant par la France, tant pour la commodité du voyage que pour s'aboucher avec sa mère, qu'il viendrait au camp incognito, accompagné seulement de vingt personnes, sans prétendre à être reçu avec le cérémonial d'usage ni aucun bruit, et uniquement pour voir Son Altesse soit au camp, soit là où S. A. se trouverait ; le résident a en outre demandé qu'on lui donnât six mille doublons à titre d'aumône et de commisération, et pour mettre son maître à même de faire le voyage. Son

Aiieêse a commiuiiqué cette propoâlkn d&ns une léimioD à laquelle j'ai assisté; et bien qu'on ait représenté les embarras et les ineonTénieuts qui poorraioit en résulter^ surtout comme on ne savait pas quelles étaient les intentions de Y. M. touchant les intérêts de ce [Mince, cependant^ tu la forme dans laquelle cette affaire devait avoir lieu d'après les propp* sitions du résident^ on a pensé qu^on ne pouvait^ sans s'at* tirer un grand blâme^ refuser ni Fentrevue ni le secours d'argent. Le résident ne m'a parlé à ce sujet que lorsque la chose a été résolue; mais, quand il m'en parla, je lui dis que c'était une résolution grave que prenait son maître, d'aller en France étant si jeune, et de recevoir, poui' sa gouverne, les instructions des ministres d'une cour dont les conseils ont conduit le feu loi à l'échafaud, ce que le résident luimême reconnaissait. Je lui ai aussi donné à entendre que cette démarche du prince ne pouvait que donner lieu à des soupçons, à cause de toutes les considérations qu'il ne pouvait ignorer ; il se borna à répondre en tenues généraux , ayant déjà atteint le but de sa mission. Son Altesse ai'riva ici après la prise d'Ypres ; don Francisco Cottington et d'autre personnes nommées comme envoyés extraordinaires du nouveau roi auprès de V. M. , arrivèrent également. On discuta la réception que S. A. devait faire à ce prince, et on dédda qu'elle aurait lieu dans le parc et sans aucun cérémonisd. Le roi arriva à..., où 8. A. devait l'attendre; mais l'ennemi apnt commencé un mouvement sur la ligne de S. A. , elle sortit d'ici pour marcher du côté de la flotte, en laissant la réception du roi préparée dans les conditions convenues, savoir qu'elle devait avoir lieu incognito et sans aucun cérémonial ni publicité ; mais les Anglais changèrent entièrement ce qui avait été convenu en déclarant à S* A. qu'ils voulaient que le roi fùl reçu publiquement , la bourgeoisie sous les armes et avec des salves et autres cérémonies d'une grande

pompe. Ceci a été vc'solu pendant que S. A était au camp, et on Ta exécuté ainsi.

Le roi est accompagné d'un certain M. Jermyn, grand écuyer et favori de la reine, envoyé de Paris par Amiens pour recevoir et accompagner le roi. Cet homme est un confident du cardinal Mazarin, et ce n'est pas faire une conjecture téméraire que de croire que ce changement d'avis touchant la réception du roi a été suggéré et dirigé par le cardinal Mazarin. Je ne savais rien de ces manifestations publiques que les Anglais avaient demandées ; mais après avoir réfléchi làdessus, je trouvai la chose digne de beaucoup d'attention, vu qu'on n*a pas encore appris que les Français aient envoyé un ambassadeur pour exprimer leurs condoléances au roi d'Angleterre, bien que tant de mois se soient déjà écoulég depuis la mort de son père, bien qu'il soit lui-même si près, et bien que leurs devoirs soient plus grands que ceux que V. M. peut avoir. C'est une intrigue de vouloir que V. M. soit le premier souverain qui cherche à rétablir le roi d'Angleterre sur son trône, et qu'Elle s'expose ainsi, hors de saison, à avoir pour ennemi le Parlement anglais. C'est sous cette triste impression que je me suis décidé à parler hier à Cotlington dans les termes que V. M. voudra bien lire dans la copie de la lettre que j'ai écrite le même jour au secrétaire Navarro; et puis, hier, le résident étant venu nae voir, je lui dis tout ce que contient la copie de la seconde lettre que j'ai écrite au secrétaire Navarro...

J'ai rendu également compte à don Alonzo de Cardeôas , dans la forme que V. M. voudra bien voir dans la lettre ciincluse, de toute cette affaire, afm qu'il cherche à empêcher le Parlement d'en prendre de l'ombrage et qu'il l'entretienne dans la confiance jusqu'au moment où il plaira à V. M. d'ei^primer ses volontés. Voilà tout ce qu'il m'a paru nécessaire de dire à V. M. Que Dieu garde V, M.

iO> L'archiduc (FJopoId) au roi d'Espagne.

C«inbray, 8 joillet 1649«

Par le courrier que V. M. m'a envoyé avec des dépêches relatives aux affaires d'Angleterre, j'ai reçu la lettre de V. M. du 10 du mois passé dans laquelle V. M. m'ordonne de chercher à empocher don Francisco Cottington de se rendre dans ses Ëtats en qualité d'ambassadeur du roi de la Grande- Bretagne, et dans le cas où l'on ne pourrait pas l'en détourner, de lui permettre de continuer son voyage, en réduisant les choses au point qui a été adopté dès le commencement. Je crois devoir rappeler à V. M. que j'avais refusé au prince de Galles le titre de Roi avant d'en informer V. M. Votre Majesté m'a répondu en m'ordonnant de lui donner ce titre, sauf à antidater la lettre, ce qui ne pouvait se faire d'ici (de Bruxelles ) , d'où les lettres vont en deux jours à la Haye où le roi (d'Angleterre) se trouvait alors. En même temps, V. M. a écrit au roi pour lui exprimer ses condoléances à roccasion de la mort de son père, et Elle a ordonné au conseiller Brum de présenter (de vive voix) les mêmes condoléances ; c'est ce que le conseiller a fait à Bréda , et il en aura rendu compte à V. M.

Pour éviter de traiter le prince de Galles de Roi, comme V. M. l'a fait et comme Elle m'ordonne de le faire, je lui ai envoyé le passe-port qu'il m'avait demande pour se rendre par ses Etats en France; de là, comme m'a dit le résident qui est ici depuis le temps du roi Charles P' son père, il doit se rendre en Irlande. Quand je lui ai demandé pourquoi il ne partait pas de Hollande même, il m'a répondu que c'était parce qu'il n'avait pas de forces maritimes suflisantes pour traverser le canal de l'Angleterre , et aussi parce qu'il désirait voir sa mère qui est encore à Paris. De Hollande, il a en-

HISTOKIQUES. 40)

voyéprcs de moi don Francisco Cottington en qualité d'ambassadeur accrédité auprès de V. M. J'ai suivi à son égard l'étiquette qu'avait suivie l'archiduc Albert à l'égard des auties ambassadeurs d'Angleterre, d'après les renseignements que m'ont donnés à ce sujet d'anciens ministres de Votre Majesté dans ces provinces.

Le roi est entré à Anvers, d'où il s'est rendu à Bruxelles; je le verrai après-demain à Valenciennes ; de là il passera par Cambray à Péronne dans les Étals de V. M. On lui a rendu les honneurs dus au rang de roi, ce qu'il était impossible d'éviter du moment que V. M. lui a écrit en lui donnant ce titre. Je rendrai compte à V. M., à la première occasion, de ce qu'il me dira.

Quant à Cottington, qu'il s'agit de retenir ici, je n'ai rien à ajouter à ce que le comte de Penaranda dit dans ses lettres à Augustin Navarro, dont les copies sont jointes à la présente^ si ce n'est que le résident d'Angleterre, étant venu aujourd'hui ici, a demandé à Navarro un passe-port pour Cottington; je lui ai demandé pourquoi il en voulait avoir un, puisque son maître allait entrer en France ; je lui ai dit qu'il en aurait besoin pour envoyer des ambassadeurs à V. M. s'il se trouvait hors du territoire de la France et dans quelque État de V. M., mais non pas lorsqu'il était sur le point d'entrer en France ; le résident a paru satisfait de celte observation. Je chercherai à avoir des renseignements sur la manière dont on accueillera le roi d'Angleterre en France, et je les transmettrai àV..M.

Don Alonzo de Cardenas rendra compte à V. M. de la manière dont le gouvernement anglais commence à agir envers lui à Londres. Il m'écrit qu'on lui demande que je prenne sous ma protection un Agent du Parlement qui se trouve ici. Don Alonzo ne voit aucun inconvénient à ce que je le protégej quant à moi, j'hésite à le faire, de peur que de cela on ne fasse un acte d'adhésion au Parlement ; l'agent est du reste suffi-

ti ^n Mirt v« cAT ctu\ qui ODt astassioë lé docteur I>o- V'HT.i i^n^sinê. mHi parce qu'il était an a^reiit du Parit.aku« piir.v >pi'îl ataît été aecusateor pabik du feu mi «larViNt, fi' i:!V^r« je n'ii ptf mcorr pris àe résohitioD ao siqfc Je U lYri^cuv à fiin» à doc Ak>nio; les deux parties ckfnrbeo: à pr ^ -^pier Je< dêcldratit^n^ qui donnent la sano quV^Wf de?>npst. le K»<i à «a succession au trftne et le Pftrit I *^ti r -CTercetnent. Que Iheu, etc.

Il* IMiAmtfNiN eu iamseU tEUU d^ Espagne au sujei dv» dnu* dtp^fhn précidnun dm ramte de Pena-

rtxMiifi ti T> rarckidnc Léopoid.

Nu».

Ia» »^*n<*'il JT.t.it. Aiiipcl ont pris part le duc de Médina de kttk Tom'< ot !t*< m.irmiis de (!a5tel-B«"Klrigo et de Valparaiso, a prî* o^nnAi>sin*:o, ci-^nformément aux ordres de V. M. , des do«\ îi ttrvs ii-inohisos, Tune de Tarchiduc I^opold en date du S juillot, et T.iutre du comte de Peîlaranda du 6 du nh^nu* nuM<, .linsi que dt*s divuments dont ils parlent. Les deux Wttr\*5 <.>:-. t une n?p>nse à ce que V. M. avait daigne écrire au <njt't do lVti*piette que l'archiduc devait observer, à regard du nù dWn-rîeterre. dans les occasions qui se présenteraient. (> que Si \. a jugé à propos de faire a été de suivre IVtiquette qui avait été adoptée par rarchiduc Albert. Ces lettres rendent compte aussi de la résolution qu'on a prise eu faisant entrer le nouveau roi d'Angleterre dans les l^tat» de V. M. , et de son passage en France. Le comte de Pefiaranda en i>arle longuement, et expose les inconvénients qui pi>urraient en résulter pour le scnice de V. M. ; il parle aussi des démarches qui avaient été faites et qui se faisaient

encore pour empêcher Cottinglon et un autre personnage envoyés par le nouveau roi de se rendre en Espagne ; il rend compte enfin des conversations qu'il a eues à ce sujet aveo Coltington et avec le résident du roi d'Angleterre à Bruxelles, et de la franchise avec laquelle il leur a parlé.

Le Conseil, après avoir longuement délibéré sur oes pointe, et avec toute l'attention possible, représente à V. M. que, dans la lettre écrite le 10 avril à Tarchiduc, on lui avait recommandé de ne faire aucune déclaration formelle ni en faveur du nouveau roi d'Angleterre, ni en faveur du Parle^menf, jusqu'à ce que l'on sût avec plus de certitude quelle tournure prendraient les affaires, afin que S. A. pût agir, dans les circonstances qui se présenteraient, de la manière qui serait la plus convenable. On avait écrit à Tarchiduc qu'il pouvait répondre aux lettres du roi d'Angleterre en lui donnant le titre de roi, de Majesté, et tous ses autres titres^ mais on ajoutait que , pour prendre à ce sujet des précautions envers le Parlement, c'est-à-dire pour ne pas lui donner de l'om* brage, il fallait que la lettre fût antidatée afin qu'on pût dire qu'on avait fait cela avant d'avoir reçu la nouvelle que la po&* téiité du roi défunt avait été exclue du trône par le Parlement. Depuis, don Alonzo de Cardefias a annoncé que don Francisco Cottinglon et un autre personnage devaient venir en Espagne comme envoyés du nouveau roi d'Angleterre, et làdessus on a écrit à Tarchiduc pour lui recommander d'abolxi de chercher, avec toute l'adresse et tout le secret possibles, à retenir Cottington et à savoir quelles étaient ses propositiotis, ensuite d'attendre la réponse après avoir rendu epmpte de tout à V. M.

Bien que l'ordre de V. M. n'ait pas été exécuté en Flandre, et que l'affaire ait changé d'aspect relativement au passage du roi d'Angleterre dans cette province, on ne peut cependant désapprouver ce qui s'y est fait de démonstrations publiques en

406 DOi^UMENTS

sammcnt en sûreté, car ceux qui ont assassiné le docteur Dorislaûs lont assassine, non parce qu'il était un agent du Parlement, mais parce qu'il avait été accusateur publie du feu roi Charles. D'ailleurs je n'ai pas encore pris de résolution an sujet (le la réponse à faire à don Alonzo; les deux parties cherchent à provoquer des déclarations qui donnent la sanction qu'elles désirent^ le Roi à sa succession au trône et le Parlement à son gouvernement. Que Dieu, etc.

iio Délibération du Conseil d'État d'Espagne au sujet des deux dépêches précédentes dn comte de Penaranda et de Varchiduc Léopold.

Madrid, 2 aoùl 1649.

Sire,

Le conseil d'État, auquel ont pris part lé duc de Medîna de las Torrcs et les marquis de Castel-Rodrigo et de Vaîparaiso, a pris connaissance, conformément aux ordres de V. M. , des deux lettres ci-incluses, Tune de l'archiduc Léopold en date du 8 juillet, et l'autre du comte de Penaranda du 6 du môme mois, ainsi que des documents dont ils parlent. Les deux lettres sont une réponse à ce que V. M. avait daigné écrire au sujet de l'étiquette que l'archiduc devait observer^ à l'égard du roi d'Angleterre, dans les occasions qui se présenteraient. Ce que Si A. a jugé à propos de faire a été de suivre Tétiquette qui avait été adoptée par Tarchiduc Albert. Ces lettres rendent compte aussi de la résolution qu'on a prise en faisant entrer le nouveau roi d'Angleterre dans les États de V. M. , et de son passage en France. Le comte de Penaranda en parle longuement, et expose les inconvénients qui pourraient en résulter pour le service de V. M. ; il parle aussi des démarches qui avaient été faites et qui se faisaient

encore pour empêcher Cottinglon et un autre personnage envoyés par le nouveau roi de se rendre en Espagne ; il rend compte enfin des conversations qu'il a eues à ce sujet aveo Coltington et avec le résidetit du roi d'Angleterre à Bruxelles, et de la franchise avec laquelle il leur a parlé.

Le Conseil, après avoir longuement délibéré sur aeê pointe, et avec toute l'attention possible, représente à V. M. que, dans la lettre écrite le 10 avril à Tarchiduc, on lui avait recommandé de ne faire aucune déclaration formelle ni en faveur du nouveau roi d'Angleterre, ni en faveur du Parler, ment, jusqu'à ce que l'on sût avec plus de certitude quelle tournure prendraient les affaires, afin que S. A. pût agir, dans les circonstances qui se présenteraient, de la manière qui serait la plus convenable. On avait écrit à l'archiduc qu'il pouvait répondre aux lettres du roi d'Angleterre en lui donnant le titre de roi, de Majesté, et tous ses autres titres^ mais on ajoutait que , pour prendre à ce sujet des précautions envers le Parlement, c'est-à-dire pour ne pas lui donner de l'ombrage, il fallait que la lettre fût antidatée afin qu'on pût dire qu'on avait fait cela avant d'avoir reçu la nouvelle que la poô* térité du roi défunt avait été exclue du trône par le Parlement. Depuis, don Alonzo de Cardefias a annoncé que don Frau*cisco Cottinglon et un autre personnage devaient venir en Espagne comme envoyés du nouveau roi d'Angleterre, et Ikdessus on a écrit à Tarchiduc pour lui recommander d'abohi de chercher, avec toute l'adresse et tout le secret possibles, à retenir Cottington et à savoir quelles étaient ses propositiotis, ensuite d'attendre la réponse après avoir rendu compte de tout à V. M.

Bien que l'ordre de V. M. n'ait pas été exécuté en Flandre, et que l'affaire ait changé d'aspect relativement au passage du roi d'Angleterre dans cette province, on ne peut cependant désapprouver ce qui s'y est fait de démonstrations publiques en

faveur du roi, car^ quoique V. M. ait résolu, et que les ordres envoyés en Flandre et en AngleteiTe eussent pour objet de rester en expectative et de ne faire aucune déclaration ni pour le roi ni pour le Parlement, vu qu'il est dans Fintérêt de V. M. d'être en bons termes avec le Parlement et de ne lui causer aucun déplaisir, cependant, si le Parlement témoignait du mécontentement de ce qui a été fait en faveur du roi en Flandre, on pourra toujours dire, poui* s^en excuser, que lesdites manifestations étaient dues à ce prince en sa qualité de roi proclamé, déclaré et reconnu sous serment roi d'Ecosse et d'Irlande , et qu'il était impossible de les éviter sans manquer à toutes ; les règles d'urbanité. Quand même d'ailleurs ce prince ne porterait pas ces titres, on ne pouvait s'empêcher de faire ce qu'on a fait pour lui, attendu que c'était un prince qui passait par les États de V. M. , et qu'il est de rétiquettc de faire de telles démonstrations, dans les voyages de ce genre , à l'égard de tout prince étranger, quand même il n'y a pas le concours de circonstances et de titres qui se réunissaient dans la personne du roi d'Angleterre.

Le Conseil est d'avis qu'au moment où l'on prenait la résolution de recevoir le prince de Galles comme on l'a reçu d'après le rapport contenu dans ces lettres, on eût bien fait d'écrire à don Alonzo de Cardenas pour lui expliquer les motifs de ces procédés, afin qu'il pût s'en servir auprès du Parlement dans la forme qui lui eût paru le plus convenable. On pourrait même écrire à l'archiduc que, dans le cas où il n'aurait pas encore fait cela, il ait à le faire maintenant. Il faudrait écrire d'ici la même chose à don Alonzo, et lui recommander, sans qu'il fasse ni déclaration ni démarche positive, de donner à entendre, comme si cela venait de luimême, au Parlement, combien son hon vouloir cause de satisfaction à V. M.

De même il faut dire à S. A. Tarchiduc que ce qui conviendrait le mieux, ce serait qu'il s'en tînt aux ordres qui lui ont été envoyés d'ici à ce sujet , et que , si quelque autre voyage ou passage se présentait, la chose se fit sans éclat et avec prudence. On écrirait dans le même sens au comte de Penaranda.

(Page 204.)

M, de Croullé au cardinal Mazarin.

23 mai 1650.

J'envoie à V. E. des mémoires des tapisseries et principaux tableaux qui sont en vente à Somerset , avec les prix qu'ils sont estimes, plus haut néanmoins, à ce que j'ai su, de dix schellings par aune de tapisseries. Il a déjà été vendu plusieurs tableaux et entr'auires une grande Vénus de Tissian qui était estimée quinze, cents livres sterling, qu'un colonel du Parlement a achetée sept cents livres sterling seulennent; c'est elle qui fut donnée par le roi d'Espagne au roi d'Angleterre, lors prince de Galles, en son voyage d'Espagne, que l'on dit élre une des plus belles pièces du monde; celui ,qui l'a achetée dit qu'elle est trop grande pour sa chambre, et qu'il s'en déferait s'il trouvait quelqu'un qui en fût amoureux : mais je sais que ce qui lui en donne envie est qu'elle paraît écaillée et qu'il appréhende qu'elle se gâte, à quoi ceux qui s'y connaissent disent qu'il n'y a point de danger pourvu qu'elle soit maniée avec soin, et de plus qu'il est bien aise, en cas de révolution, de n'avoir point de si grandes pièces qui ne sont pas aisément transportées : on l'aurait, sinon pour le prix, pour peu plus qu'elle ne coûte

'Estai de quelques tableaux exposés en vente d la maison

de Somerset (may 1 650).

209 tableaux estimés en tout : 20,307 schelliiigs,

ou 24,382 liv. 8 s.

Savoir les principaux :

8 Raphaël; 21 Titien;

9 Corrége;

5 Tintoret;

6 Holbeen; 5 Rubens;

15 Vandyk; 9 Jules Romain, etc.

Sept portraits du feu roi Charles I^r, de sa femme et de ses enfants, par Vandyk, estimés : 150, 60, 200, 25, 60, 30, 120 sch. Deux satyres écorchés, du Corrége, estimés chacun 1000 sch. Les douze Césars, du Titien, Une petite Notre-Dame, de Raphaël, Le Voyage d'Emaus, du Titien, L'Enterrement du Christ, par le même, Une Notre-Dame, de Raphaël, La maîtresse du Titien, par lui, Un Mercure qui montre à lire à Cupidon, du Corrége, Les cartons de Raphaël des Actes des Apôtres, Une grande Nativité, par Jules Romain, Charles V, empereur, et l'impératrice, sa femme, du

Titien, Une Vierge, Christ et saint Jean, du Corrége, Vénus et Adonis, du Titien, Cinq ducs de Venise, du Tintoret, Le duc de Mantoue, par Rubens, Vandyk, par lui-même,

Plus 1 69 pièces de tapisseries, formant diverses séries de tableaux de rHistoire sainte, de la Mythologie et de THistoire romaine, estimées en tout 49,953 liv. st. 15 sch.

Environ. ... 1 ,248,841 liv, 5 sous.

1200 sch.

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500 sch.

30 sch.

50 sch.

80 sch.

25 sch.

30 sch.

15 sch.

VUl

,Page 208.)

lo i/. de Croullé au cardinal Mazarin.

I ondres, 10 janvier 1650.

.... Aussitôt que les ordres pour le retour de Tambassadeur d'Espagne ont été divulgués , le lord Ascham a été nommé par le conseil d'État pour aller résident en Espagne; il fut peu de temps après voir ledit ambassadeur, et lui faire une simple civilité, qui n'ayant, à ce que Ton dit^ été reçue que fort froidement avec témoignage qu'il doutait que le roi son maître reçût bien un envoyé de ceux qui pei'sécutent sans relâche ceux de sa religion, le maître des cérémonies y a depuis été, par ordre du conseil d'État, sur la plainte faite par ledit ambassadeur de ce qu'une compagnie de soldats, sous prétexte du payement de quelques taxes, a été dans sa maison, où elle a fait plusieurs insolences, et lui porta un résultat du Conseil, signé du Parlement, dans lequel il est qualifié ambassadeur, qui désavoue l'action dont il lui promet toute satisfaction, et de plus qu'ayant su les termes sur lesquels il en est de son retour, bien qu'il ne leur ait rendu aucunes lettres de créance, voulant reconnaître les témoignages d'affection qu'il a montrés à cet État, ils désirent, en étant aivertis, lui faire toutes les civilités qu'ils poun^ont et qu'ils savent être dues au ministre d'un si puissant prince. Le général, le jour précédent, sur le même sujet de sa plainte, lui envoya l'adjudant général de son armée pour lui donner les mêmes témoignages de satisfaction, et le pria d'envoyer quelques-uns des siens à leur conseil de gueiTe pour en faire entendre le détail ;

à quoi l'ambassadeur dit que tout consiste à Tinsolcnce que des gens ont eue d'entrer dans sa maison et en violer le respect ; et sur ce que l'adjudant se déchargea sur ce qui concerne ceux qui les ont conduits, comme n'étant point sujets à leur juridiction, l'ambassadeur lui dit que c'était un alderman qu'il lui nomma, qui a le département du quartier où est sa maison, et se laissant sans doute emporter à son ressentiment^ ajouta que ce gouvernement n'a point de plus passionnés ennemis que cet alderman et autres de la faction presbytérienne.

Cette résolution prise d'envoyer ledit lord Ascham en Espagne, justement au moment de la retraite dudit ambassadeur, qui, ce semble, la devait plutôt empêcher, jointe à ce que ces messieurs-cy ont dit plusieurs fois qu'ils ne hasarderont jamais d'envoyer qui que ce soit sans être assurés de son admission, fait croire qu'ils le sont déjà, ou du moins qu'il y a tant de disposition qu'ils n'en doutent point....

i^*» M. Servim à M. de Croullé.

28 janvier 1650.

Monsieur,

J'ai reçu votre du 17® du courant. Les avis que j*ai de Madrid ne se trouvent pas foi*t conformes à ce qui s'est publié il Londres de la réponse que le roi d'Espagne a faite au milord Coltington. Vous marquez que ledit roi a répondu qu'il ne se mêlait point des différends entre les rois et leurs pai'lements, et que, sur cette présupposition, le maître des cérémonies avait été chez l'ambassadeur Cardenas lui témoigner, par ordre du Parlement, quelque gratitude de cette réponse. Cependant la vérité de la chose est que Cottington ayant demandé assistance de la part de son maître au roi Catholique,

on lui avait répondu que Sa Majesté n'avait pas au monde une plus grande passion que de pouvoir lui témoigner^ par des effets solides , combien elle détestait Texécrable action de la mort violente du roi, son père ; que c'était la cause commune de tous les rois; qu'il fallait que tous eussent continuellement dans l'esprit le dessein d'en prendre la vengeance ; que pour lui ii y coutribuerait avec plaisir plus que nul autre 5 mais que l'état de ses affaires présentement ne lui pouvait permettre de donner les assistances qu'il souhaiterait qu'après la conclusion de la paix avec la France ; qu'il avait contribué et continuerait encore de contribuer toutes les facilités qui dépendraient de lui pour l'avancement de cette paix ; mais qu'il fallait que S. M. B. tounuU ses offices du côté de la France^ pour la presser de se relâcher sur divers points essentiels du traité^ et particulièrement sur la restitution de la Catalogne; et que^ s'il obtenait cela de nous^ il [pouvait être assuré que^ quand iiiùine lu France ne concourrait point à son rétablisse* ment, il lui donnerait de belles assistances d'argent, d'hommes et de vaisseaux, qu'il ne serait pas longtemps sans avoir mis tous ses sujets à la raison , et sans se voir avec autant de puissance et d'autorité que ses prédécesseurs en aient jamais eu.

Voilà la pure vérité des négociations qu'a eues jusques ici le milord Cottington, que je sais d'un lieu à n'en pouvoir doubler. J^'ai été bien aise de vous en informer afin que vous vous en pré\aliez dès delà pour le service du roi; d'autant plus que je suis averti par la même personne que le roi d'Espagne envoie ordre à Cardonas de déguiser le fait de toute autre façon, et d'insinuer aux principaux du Parlement que la France s'est relâchée depuis peu de beaucoup de points essentiels de la paix générale, afin d'être bientôt en état de travailler de toutes ses forces au rétablissement du roi de la Grande-Bretagne; que, pour lui, il était résolu de continuer la

guerre jusqu'à ce qu'il eût recouvré tout ce qu'il avait perdu^ mais qu'il fallait en échâuige que le Parlement d'Angleterre lui en donnât le moyen en fomentant la sédition de Bordeaui, et lui donnant des assistances sous main, parce qu'autrement il serait contraint de prendre son parti, et d'accepter les conditions avantageuses que la France lui offrait.

Maintenant que vous serez informé de ce que Gardeâas a charge d'insinuer dans les esprits de delà, vous aurez beau champ de faire une contre-batterie en publiant la vérité du fait, qui est tout autre que ce qu'il dira, et faisant connaître que cette couronne est résolue de tenir ferme sur les points du traité qui sont encoi*e contentieux, et notamment sur la restitution de la Catalogne; mais que, pour nous fortifier dans cette résolution, il faudrait que le Parlement d'Angleterre nous fournît sous main quelques assistances d'hommes ou d'argent, pour nous donner moyen de nous défendre des grands préparatifs que les Espagnols font pour nous attaquer de tous côtés la campagne prochaine.

Cependant qu'il serait assez difliciie, dans la disposition où sont les esprits de delà, d'en tirer ces sortes d'assistances, il faut au moins que vous ayez toujours pour but d'empêcher qu'ils n'en donnent aux ennemis, sur les fausses suppositions que Cardenas leur fera. Je ne m'étendrai pas davantage sur ce sujet, remettant à votre prudence et à votre adresse d'en tirer le fruit qui se pourra, et, comme je dis, en tous cas nous garantir des préjudices que les artitices de Cardenas nous pourraient faire.

La même personne me marque que le Roi d'Espagne a donné ordre à Cardenas de se garder bien de donner aucun écrit, ni de traiter tout ceci que, comme il le dit, exirajudicialmente, se contentant de parler en secret aux principaux du Parlement, sans faire aucun acte positif; et vous verrez en effet qu'il se conduira de cette sorte, ce qui vous fera juger

combien a eu peu de fondement la question de ceux qui vous ont demandé si vous aviez ordre, aussitôt que Tambassadeur d'Espagne aurait présenté des lettres de créance et demandé audience^ de faire de même. Il ne se peut rien de plus avisé que la réponse que vous avez faite à cette question ; cependant leurs MM. désirent que vous vous conduisiez avec la même circonspection que le roi d'Espagne ordonne à son ministre.

On me marque encore que Cardenas a ordre d'unir, autant qu'il le poun'a, le Parlement d'Angleterre avec la province de Hollande en particulier : ce qui vous doit obliger à une conduite contraire, sans pourtant paraître ; me remettant, sur ce points à ce qui vous aura été mandé par le sieur Brasset, en conséquence des dépêches que je lui ai écrites.

(Page 209.)

i"" M, Servien à M. de Croullé.

6 novembre 1649.

Monsieur, j'ai reçu vos lettres auxquelles pour réponse je vous dirai qu'il faut que vous insinuiez toujours de delà qu'on ne songe ici qu'à entretenir une bonne correspondance avec l'Angleterre, et à remédier à tout ce qui pourrait avoir apporté de la difficulté au commerce^ et causé mauvaise satisfaction. Mais pendant qu'on travaille ici à donner bon ordre à tout, il est juste qu'on fasse de même à Londres^ et on verra s'il y a de l'artifice et de la dissimulation en nos paroles lorsqu'elles portent assurance qu'on veut vivre en une parfaite intelligence avec l'Angleterre.

On a renouvelé avec tant de rigueur les ordres pour toute la navigation, et pour réparer les dommages que M. Augier a représenté que divers marchands avaient reçus, que je suis assuré que les plus critiques et mal^ffectionnés à cette couronne seront obligés d'avouer qu'on veut entièrement remédier à tout ce qui peut altérer la bonne coiTcspondance qui est entre les deux royaumes.

Si, après l'expédition d'Irlande, M. Cromwell vient en France, étant, comme il est, personne de mérite, il y sera bien reçu, car assurément tout le monde Tira recevoir au lieu où il débarquera; mais je ne croispas qu'on lui conseille d'entreprendre un semblable voyage.

On m'assure de Bruxelles que l'ambassadeur d'Espagne,

qui est à Londres, sera rappelé sous prétexte que l'archiduc a

418 OOCUMSNTS

des affaires à conférer avec lui. Je vous prie de ne perdre aucune conjoncture pour donner au Parlement les dernières défiances des Espagnols, ce que je ne doute pas que vous fassiez follement el adroitement en toutes sortes de rencontres.

2" 3f. de Croullé au cardinal Mazarin.

Londres, 15 noTembre 1649.

Ainsi, monseigneur^ j'ai lieu de periévéï-er daos ma

créance que Ton ne traitera d'aucune chose, je ne dis pas sans reconnaissance, mais du moins sans une adresse particulière ' au parlement d'Angleterre, qui de cette sorte, ayaat été ci-d^ vant faite du vivant du défunt roi d'Angleterre^ pourrait étru prise comme une suite et non pas comme une nouvei^té, leur reconnaissance ne pouvant ùtrc inférée que de Tadoiission de leurs ambassadeurs, s'ils en envoyaient, et non pas d'une simple lettre du roi, qui, portant dans cette mauvaise conjoncture de temps les affaires dans radoucissement^ pourrait être d'un plus grand avantage au roi d'Angleterre même que ne saurait être la mauvaise intelligence avec la France, à laquelle on n'a ici que trop de disposition; la suite qui en pourrait ûtre appréhendée est que bientôt après ils n'envoyassent, et que par là on ne tombât dans l'embarras que l'on veut éviter

(El plus bas, dans la même lettre :)

Ce qui se dit du dessein de Gromwell de passer en

France procède de ceui qui le désirent pour de différents intérêts ; et pour ce on lui fait dire quantité de choses que j'ai toujours négligé d'écrire comme étant sans certitude et sans apparence, et entre autres que , regardant ses cheveux déjà blanchis^ il a dit que, s'il avait dix ans de moins, il n'y

HISTORIQUES. i\U

a point de roi dans l'Europe qu'il ne fît trembler; et qu'ayant nn meilleur motif que le défunt roi de Suède, il se croyait encore capable de faire plus pour le bien des peuples que n'a jamais fait l'autre pour son ambition

. .']« Le mênie au même.

Monseigneur,

Je reçus samedi au soir la letti*e dont il a plu à Votrt Éminence de m'honorer du 26 du passé^ qui me fût apportée de la poste toute ouverte, où elle avait été reportée au conseil d'État, après y avoir demeuré depuis le mercredi au soir. Le respect n'ayant pas été gardé pour ce qui venait de Votre Éminence, je ne dois pas trouver à redire que toutes mes autres lettres aient eu la même destinée; mais bien que, quelques ombrages que ces messieurs ici puissent avoir, ils se soient oubliés jusqu'à en user de telle sorte, après avoir bien examiné en moi-même de quelle sorte je devais me comporter, j'ai jugé que le meilleur était de le passer sous silence, ayant su que le conseil d'État n'aurait pas mieux aimé sinon que j*en eusse fait bruit, afin d'avoir prétexte à me demander en vertu de quoi et de quelle autorité je suis ici, et de là prendre occasion de faire querelle, que j'éviterai avec autant de soin que j'apporterais de résolution si j'étais dans un temps où l'on dût témoigner tous ses ressentiments, ou qu'il me fût commandé de le faire. Votre Éminence, monseigneur, jugera bien que c'est leur but de ce qu'ayant proposé moimême à quelqu'un qu'en cas que mes lettres eussent été ouvertes, on les fit recacheter et que je les prendrais comme sans m'en apercevoir, ils n'ont pas seulement voulu se servir de cet expédient , mais qu'elles m'aient été rendues toutes

ouvertes, afin que je ne pusse douter qu'ils Font ainsi voulu...

Je passe plus avant que je n'ai fait ci-devant^ et dis

que non-seulement nous ne pouvons espérer aucune correspondance avec ces messieurs ici^ s'il ne leur est rendu une lettre du roi qui autorise de traiter avec eux, mais que sans cela nous ne devons presque pas douter d'une prompte rupture. Les causes qui les y obligent sont assez connues^ il me serait superflu d'en faire une déduction; mais, poiu* les cacher d'un prétexte spécieux, ils ne manqueront pas de se servir de celui de la religion, et pour ce de ne rien omettre pour obliger ceux de la leur de remuer en France, afin de pouvoir aussitôt accourir à leur secours. Pour cet efiTet^ l'on m'assure qu'il y a quantité d'émissaires^ plusieurs de Jersey et Guernesey, qui passent pour Normands, et quelques'autres encore, entre lesquels on dil être un médecin allemand dont je tâcherai d'apprendre le nom et de quelle façon il est fait, qui ne travaillent qu'à les pousser à se soulever par la promesse d'un grand secours dont ils les assurent. De ce côté ici, outre ce l'on soupçonne fort qu'ils ont reçu des lettres de Bordeaux qui les appellent; et quoiqu'il n'en soit venu personne exprès, c'est une chose assez facile à négocier parce qu'il y a ici quantité de marchands de ce pays-là qui sont de la religion, et même des catholiques, par le moyen desquels la chose peut être aussi adroitement et plus secrètement faite que par un envoyé. Un gentilhomme m'a assuré que l'on lui a offert emploi pour ce pays-là, et qu'il y en a plusieurs de sa connaissance qui y sont engagés, et qui avaient été arrêtés par Cromwell, dès auparavant son dépàit, par la promesse de cet emploi. Autant que ma faible lumière peut me donner de jour, je ne vois pas que l'on puisse éviter en France ou de s'accommoder ou de rompre avec ces gens ici dans fort peu de temps, si ce n'est que l'on leur puisse procurer d'ailleurs tant d'affaires qu'ils n'aient pas le loisir de penser à celles des autres. Cet accommodement, si

Ton en prenait la résolution, serait un moyen de divertir l'orage qui se forme, et comme la nécessité l'aurait ftiit faire dans un temps, la raison dans un autre serait assez forte pour s'en départir. Si cela était, je pourrais peut-être tirer assurance que l'on n'enverrait point si tôt d'ambassadeur en France, ou du moins qu'ils n'en eussent aupara\ant dépêché un en Espagne, dont la proposition peut être assez appuyée de l'honnêteté publique qui y répugnerait, 'la reine delà Grande- Bretagne étant présente et en étant fille. Sur ce que plusieurs leur ont objecté, mais non pas moi , qu'il faut, avant que de pouvoir être reconnus par les princes et États, qu'ils leur fassent savoir par des ambassadeurs ce qu'ils sont, deux des plus considérables du conseil d'État, avec lesquels j'étais en discours il y a quelques jours, me dirent que ce qu'ils avaient fait étant public, personne ne le pouvait ignorer, et qu'encore qu'ils n'en aient pas averti les princes par des ambassadeurs , ce n'est pas qu'ils ne le voulussent bien, et que pour ce , si l'on les veut assurer qu'ils seront admis, ils en enverront partout avant qu'il soit huit jours, mais que de les hasarder dans l'incertitude, c'est ce qu'ils ne feront jamais; que dès lors qu'ils seront recherchés par la France, ou que Ton y voudra recevoir leurs ambassadeurs , ils seront tout prêts de renouveler tous les traités d'alliance d'entre les nations ,. mais que de se tenir toujours dans l'incertitude, et d'attendre notre temps pour cependant perdre le leur, c'est ce qu'ils ne feront point , et qu'il leur faut nécessairement être uns ou autres; que pour témoigner que leur intention est telle, aussitôt que les défenses de ce qui concerne le négoce auront été révoquées en France . ils feront le même, dont ils me donnaient leur parole; que leur intérêt, disent-ils , les y porte assez; mais que néanmoins celui de l'observation de leurs résolutions prévaudra à tout autre.

tu iNH*rMK.N'r.>

io Le mén^ au ménie.

Ltaéraa, 7 M*«akr« U50.

O que in*écnt M. Us comte de «Brienne in'ap-

pmid qu'eu ca» qu« cet genM;i euvuient en France , l'on est néiulu dWouttTel de recevoir leur envoya , niais nonpasaisumuent CAniwiitre 91 , pour |m'*venii' l'union que Ton croit louji>ur« qui >e conclura bientôt entre eux et l'Esjiagne^ 00 déHnrrait qu'ils le tii>ent \ en ce cas » je pense que , si la crainte de n'ètiv pas bien rvçus les a ju.«qu'ici retenus, quand ils seront aMur\*s du CMUtrain* , ce qui se pourrait faire adroitement et «an» qu'il pjrût que U recherche en \hit du cùtu de la France^ il MTAÏt aiM* de les y porter et de faire choisir quelqu'un qui^ »*îl n'était |iai de:» plus affectionnés , du moins aurait la dispMàtiuii de le devenir ; et lors j'use presque assurer qu'en leur fMant cvtte jalousie qu'ils ont, il serait fort facile d'accommoder tout c^la, et qu'iU m* contenteraient, pour la satisfaction des demandes qui >er« iraient de prétextes à leur envoi ^ de faire ciMU|iwikitioii |ii'ur partie a^ec les priâtes qu'ils ont faites ^ et pMirW surplus de pn*ndre des assurances, plutôt pour la forme que pMir W retirer, \\ù faisant point de doute que^ bien qu'ils alli^ienl l'indiA^rence sur la recoimaissanco de tous les princes^ ib aehètertient pnurlant celle de France avec une amitié

frnue heaikvup plus que tout cela •.••..

Ainsi • nionsi'igneur, |iar la connaissance que

\\ K« a «les întenMs des fritats et la particulière de celui-ci, à laïquelle toul i*e qiK* je puis lui mander n'ajoute aucime lu« mi^rs «Uns la Umne fM^lure 011 il se trouve, elle jugera, s^il lui plall « s'il est ou non du bien de la France de s'accom* uhnter axei* eu\. I^Mir nou\e11e République se fortifie de tous i>iM«^; rAujsWlern» est toute paisible , sans qu'il y ait un seul

. lîlSTOlitQUËS. 42B

pouco (le terre qui ne les reconnaisse ^ et nu soil bien assuré; rirlftnde est presque toute assujettie , et dutre les intéllig^encâs qu'ils ont en Ecosse^ elle a reçu de si grande! pêHM qu'il ne se peut qu'elle n'en soit très-afifkiblie* Lés ficosmis de pitiê sont divises entre eux ^ lêi il semble que toutes choses ensemble concourent à ralfbtmissement de ces gens^i et à la perte tant (lu roi de la Grande-Bretagne que de ceux qui se joignent à lui. De plus ils sont puissants par mer et par terre) ils vivent sans ostentation et sans faste ^ sans émulation entre eux , épargnent pour leur particulier et prodiguent pour leurs aflniirei publiques auxquelles ôhacun travaille comme dans les siennes propres^ ils ont grande quantité d'argent qu'ils administrent hicn^ observent une très-sévôre disc^ipline) récompensent bien (3t punissent sévèrement. Je sais bien que ^ dans I» dessein dont ils ne se cachent point de vouloir détruire toutes les monarchies , tous les princes sont intéressés à les perdre^ h quoi leurs crimes obligent tout te monde en général de contribuer; mais je pensé que^ n'étant pas encore en état de le faire^ il est meilleur de connivcr pour un temps et les retenir^ qu'en se tenant trop fermes les porter à faire ce dont les ennemis de la France ne manqueraient de se prévaloir. Pour ajouter à mon Hcntiment et à celui de beaucoup d'honnôles gens celui que l'on publie^ je vous dirai que l'on tient ici la guerre avec là France si infaillible quc^ si l'on voulait y faire dés gageures sur ce sujets on le pourrait pour de grandes sommes^ qu'avant ({u'il soit la fln du printemps les Anglais auront une armée de France, i

?>« Don Àlonzo de Cardefias au roi Philippe IV.

Lo«4f«i, I3ae(^l 1649.

Sire, Dans ma dépêche du U juillet^ j'ai informé V. M. que le

gouvcruement de ce pays se proposait d'envoyer à sou ageut, qui depuis deux ans réside en Flandre ; de nouvelles lettres de créance qui Taccréditent auprès de Tarchiduc. J'ai également informé V. M. du mécontentement qu'avait causé ici la nouvelle des rapports que le conseiller Bnm^ comme ambassadeur de V. M. , a eus avec le prînce de Galles; on a publié la copie de la lettre que V. M. a écrite au prince pour lui exprimer ses condoléances à Toccasion de la mort de son père: on a relevé le titre de roi de la Grande-Bretagne dont V. M. s'était servie et les manifestations et l'accueil solennel qui ont été faits au prince en Flandre. Ce que j'ai à dire dans ce moment à V. M., c'est qu'aussitôt que ces nouvelles sont arrivées ici, le Parlement a repris le projet d'envoyer des agents en Espagne, en France et auprès d'autres républiques et cours souveraines; mais comme je n'ai pas entendu dire, jusqu'à ce moment, qu'on ait encore envoyé des lettres de créance à l'agent qui est à Bruxelles, et comme je n'ai pas été informé par des avis de Flandre que l'agent les ait présentées, il est à croire que le Parlement a changé d'avis ou suspendu sa décision. On me dit que depuis dix jours on discute dans le conseil d'État la question de savoir si l'on doit envoyer ces personnes comme simples agents du Parle-, ment ou comme ambassadeurs; on ajoute que la première qui doit être envoyée le sera en Espagne, dans l'hypothèse qu'elle y sera reçue plutôt que partout ailleurs; ce qu'on infère de mon séjour ici, car on ne peut pas admettre qu'il en soit autrement du moment que V. M. a ici un ambassadeur. Dans le cas où celui du Parlement ne serait pas reçu en Espagne, on me ferait sortir d'ici dans le plus bref délai. On m'assure qu'il en a été décidé ainsi, et qu'on fera la même chose à l'égard de l'ambassadeur de Hollande à qui l'on s'est plaint amèrement de ce que les États généraux (à l'exception de la province de Hollande) n'ont pas voulu reconnaître la

HISTORIQUES. 4ft5

nouvelle République^ ni reconnaître comme son ambassadeur un personnage du Parlement qui se trouvait à la Haye^ à qui le Parlement avait envoyé des lettres de créance après la mort de Dorislaûs^ bien que l'ambassadeur des États^ lorsqu'il vint avec Adrien Pauw intercéder en faveur du feu roi, fût porteur des lettres de créance des États généraux auprès du Parlement. Il est vrai qu'alors on supposait qu'il était accrédité auprès de la couronne (d'Angleterre) et que le Pai'lement ne s'était pas encore érigé en pouvoir souverain et n'avait pas encore changé le gouvernement monarchique en républicain. Le Parlement demande que cet ambassadeur lui présente maintenant de nouvelles lettres de créance; un mécontentement à ce sujet commence à se faire jour entre le Parlement et les États généraux, et il s'accroît surtout depuis que les bâtiments du Parlement se sont emparés d'un navire d'Amsterdam qui se rendait en Irlande avec une cargaison d'une valeur considérable, lequel navire sera considéré, diton, comme de bonne prise, malgré les démarches et les menaces que l'ambassadeur des États généraux fait pour en obtenir la restitution. On peut juger par ce fait de l'orgueil de ces gens et de leurs procédés envers leurs voisins, quoi* qu'ils aient besoin d'eux.

J'ai commencé à faire des démarches par l'entremise de quelques membres du Parlement qui se montrent nos amis, pour faire comprendre à ces gens-ci, comme si cela venait de moi seul^ qu'il ne leur est d'aucun avantage de presser leur résolution d'envoyer quelqu'un en Espagne, et que si les envoyés du prince de Galles ne se rendent pas en Espagne ( les gens du Parlement avaient entendu dire comme probable qu'ils s'y rendraient, par suite des relations que les ministres de Flandre ont eues avec le résident Vie, ce que j'ai interprété comme un acte de neutralité) je regarderais comme une résolution prudente de la part du Parlement de ne pas presser

490 DOCUMENlS

FetiToi do «es agenti jusqu'à m que la queitiûn Mt bien mu** rio dt jusqu'à ce que le Pirlemetit ait bien 4tabli ion pouvoir et raffermi ses affaires. Je ne laii quel sera le réialtai du ma démarche; mais quel qu'il loit^ j'en rendrai compta à V. Ué Que Dieu garde V. M. etc.

60 DéHbération du CmsëU â^Ètat d'Eêpagm sur tes affaires d'Angleterre.

llMlri4,l«0«ct«bl>«ie49.

Ont pris pari au Conseil le comte de Montefey, don F*l*ancisco de Melo et le marquis de Valpdfàiso.

Sire, ,

Conformément aux ordres de Votre Majoitëi le CkinaeJl a pris connaissance des deux letlfes de don Alonao du Gardefiâi en date du 13 aôiil dans lesquelles^ entre autres choses^ il parle de la rdsolulion que le Parlement avait prise d'envoyer en Espagne, en France et auprès des autres ÉtatS| dea rësU dents ou ambassadeurs. 11 dit aussi qUe Crômtvell n'était pas encore parti pour Tlrlande, et qu'on croyait qué s'il y allail} les presbytériens profiteraient do son absence pour recouvrer ce qu'ils ont perdu, et qu'ils se mettraient en rapport aveo Ormond ; il dit aussi que les troupes du prince de Galles commandées par Incliiquln avaient pris d'assaut Tredagh et qu'Ormond se trouvait' devant Dublin» Le Conseil, après Avoir examiné ces divers points, à émis l'avis suivant i

Lé comte de Monterey pensé que ce qu'il y a dé plus utile pour le service du roi relativement à l'Angleteri^e, c'est de ne point se-pronortder ni pour le roi ni pour le Parlement, jui*qu'à ce que l'un voie quelle tournure prendront les affairos ot quel parti aura le dessus; et qu'il vaudrait même mieux que

HlSTUliigUKS. U7

le parti du Parlement remportât sur celai du roi, tant à cause du peu d'obligations qu'on doit à son père^ que parce qu'on pourrait obtenir du Parlement plus d'avantages. On avait déjà appris que le nouveau roi d'Angleterre allait en^ voyor à cette cour don Francisco Cottibglon et un autre ambassadeur^ et Votre Majesté a résolu qu'on écrirait à S. A* l'archiduc (c'est ce qu'on a fait déjà) que, si ces personnes passaient par les Flandres^ il cherchât à s'informer quelles étaient leurs instructions et rendîtcompte de tout ; qu'en outre, l'archiduc cherchât à les retenir jusqu'à ce qu'il eût reçu une réponse d'ici ; mais que, s'ils voulaient absolument continuer leur route, il les laissât faire. D'un autre côté, on a ordonné aux fonctionnaires qui sont dans le Guipuzcoa que, si ces personnages y venaient, ils eussent à lesy retenir en leur faisant toute sorte de politesses, et qu'ils attendissent également la réponse de V. M. Le comte pense que Ton pourrait tenir la môme conduite à l'égard des personnes que le Parlement enverrait ici, en expédiant des ordres dans les Flandres, pour le cas où ces ambassadeurs viendraient à passer par là, ainsi qu'à don Alonzo de Cardcnas et dans les ports d'Espagne. Lorsqu'il s'agira ensuite de prendre une résolution défmitive, V. M. voudra bien ordonner à don Alonzo de Cardenas de lui faire exactement connaître quelles sont les forces dont le Parlement dispose et jusqu'à quel point il est bien établi ; don Alonzo devra aussi informer V. M. des forces du roi, et de ce qu'il peut en avoir en Angleterre, en Irlande et en Ecosse, ainsi que de la part de ses alliés.

Don Francisco de Melo est du même avis que le comte de Monterey; il ajoute qu'il croit que les affaires d'Angleterre doivent être traitées sans aucun principe arrêté et sans aucune détermination de la part de V. M. Sur la question de savoir s'il lui conviendrait d'y voir le roi rétabli ou un gouvernement républicain fondé, ou bien que la lutte entre les deux se

ii» DOCUMENTS

pi'olongo; il pense que c'est le moment de tirer de Ik quelque fruit contre la révolte du Portugal et les conquêtes de rAngloterrc; il dëmrerait savoir ce que V. M. voudra bieo ordonner pour qu'on puisse atteindre ce but.

liC marquis de Valparaiso eiprime le même avis que ie citmte de Monterey. V. M. ordonnera ce qui lui paraîtra ie plus convenable. (Il y a un parafe de la main du roi po^ tant: « Qu'il soit fait selon l'avis du Conseil, d)

( Page 224. )

Mémoire présenté au roi Philippe IV par lord CoUingUm et sir Edotmrd Hyde, ambassadeurs de Charles IL

Mai 1650.

Sire,

Nous sommes persuadés que V. M. est bien convaincue de notre entier dévouement à son service et que^ depuis que nous avons eu Thonneur d'être reçus à cette cour^ nous avons^ comme il convient à des serviteurs fidèles de V. M., joint au zèle pour le service du roi notre maître, le respect et la considération dus à V. M., prenant soin de ne rien proposer qui pût causer des embarras à V. M., ni être à l'avantage de SCS ennemis. Nous avons toutefois le ferme espoir que^ lorsque Dieu^ dans sa grande miséricorde, aura fait incliner les cœurs des ennemis de V. M. à une juste paix et l'aura dégagée des guerres qu'Elle a maintenant à soutenir. Votre Majesté ne manquera pas de prendre à cœur la cause si juste du roi de la Grande-Bretagne, qu'EUe s'y poi-tera avec une vigueur qui répondra à ses nobles dispositions de roi et de chrétien, et qu'en attendant V. M. prêtera au roi notre maître autant d'assistance que ses propres afiTaires le lui permettront, et qu'Elle l'encouragera à conserver la confiance qu'il a eue en se jetant entre les bras de V. M. avec la réso-^ lution de ne contracter point d'autres amitiés que celles qui s'accorderont avec la sympathie qu'il professe pour la religion catholique et pour les intérêts de V. M.

Ce dévouement pour le service de V. M., qui s'unit chez

nous au zèle et à la sollicitude pour Thonneur et les intérêts du roi notre maître^ nous oblige à dire à V. M. que nous avons appris qu'il a débarque dans TAndalousie un individu employé comme agent des cruels et sanguinaires rebelles d'Angleterre, et qu'il se rend auprès de cette cour avec des lettres pour V. M. que lui adressent ces assassins. Nous sommes informés qu'il a pour mission principede de corrompre les Anglais qui, en vertu des traités, résident dans les États de V. M.^ et de les faire renoncer à l'obéissance et à la fidëlilé dues à leur roi, en leur proposant certains serments dont il apporte la formule, et à l'aide des menaces et autres moyens. Il est fort naturel de croire qu'il aura aussi reçu, parmi ses instructions , celle de travailler à répandre dans l'esprit des sujets de V. M. le môme venin , cette doctrine si contagieuse qui enseigne la haine de tout gouvernement, de toute autorité, surtout de Tautorité monarchique^ et de chercher à leur inoculer l'esprit d'égalité et d'anarchie. Cet individu ne prétend pas en effet être envoyé par quelque usurpateur armé contre son roi légitime; il vient au nom de cette populace infâme qui a livré la dignité et les saintes fonctions des rois au mépris et à la tyrannie populaire, et qui a baigné ses mains dans le sang de son roi oint et couronné, sans aucune autre raison ni prétexte sinon parce qu'il était roi; ces gens-là se déclarent publiquement ennemis de tout gouvernement monarchique ; et dans ce statut, ou acte du Parlement, comme ils l'appellent, par lequel ils veulent annuler et détruire le gouvernement monarchique de TAngleterre, ils attaquent tous les autres, mais particulièrement et avec une insigne méchanceté et insolence la personne sacrée de V. M.; et ils critiquent avec une grande arrogance la conduite si juste et si prudente de V. M. dans son royaume de Naples, cherchant ainsi à exciter les sujets de V. M. dans ce royaume. Dans le cas où V. M. n'aurait pas été suffisamment

informée (le tout cela, nous lui présenterons, si Elle Fordonne, une copie de Tacte dont nous parlons.

Nous sonames trop bien informés et trop persuadés de Thorreur dont le cœur de Yt Mi est rempli envers ces rebelles et régicides pour craindre qu'Elle consente à faire à cet individu un accueil de nature à donner quelijue crédit à ceux qui Font envoyé 3 et nous ne pouvons imaginer que V. M. Très-Catholique, étant le premier et le seul prince à qui le roi notre maître ftit pfifprt non-seulement une amitié perpétuelle, mais encore tout ce qu'il a et tout ce qu'il peut espérer, soit le premier et le seul souverain qui, par se» faveurs, donne du crédit et du poids au nouveau gouvernement et à Tautoritii de ces rebelles qui ont si odieusement mis à mort le père du roi. C'est pourquoi nous représentons humblement à V. M. et nous portons à sa connaissance, comme ses serviteurs dévoués, que tant que cet individu restera dans les États de V. M., il serait nécessaire qu'une surveillance fût exercée sur sa conduite, ses intrigues et ses discours, de peur qu'il ne prenne lui-môme une \nfluence funeste à la paix et à la tranquillité de V. M. et de ses États. Nous prions donc V. M., de la part de notre maître et au nom de son honneur, que cet individu ne jouisse, dans cette cour, d'aucun accès ni d'aucune faveur qui attii'ent vers lui les Anglais résidant dans les États de V. M. et à l'aide desquelles faveurs il puisse les corrompre et les détourner de la fidélité due à leur souverain légitime, ce qui pourrait bien arriver si ces Anglais trouvaient ici protection par une autre intervention que celle du roi notre

maître.

Que Dieu garde et fasse prospérer voti'e personne Très-Catholique, comme nous le désirons et comme le monde entier en a besoin. Cottington-Hyde.

43i DOCUMENTS

(Page 224.)

1* Première délibération du Conseil ^État cTEspagne sur les demandes des ambassadeurs de Charles II.

Madrid, 10 mai 1650.

I^ conseil d'État, auquel ont pris part don Francisco de Melo et le marquis de Valparaiso, exprime son avis sur le contenu du mémoire présenté par les envoyés du roi d'Angleterre.

Sire,

Conformément aux ordres de V. M. du Si avril dernier^ on a pris^ dans le Conseil auquel ont pris part don Francisco de Melo et le marquis de Valparaiso, connaissance du mémoire présenté à V. M. par les ambassadeurs du roi de la Grande- Bretagne. Ils y expriment leur ferme espoir que V. M. appuiera sérieusement la cause de leur maître; ils disent ensuite que, mus par le zèle sincère de servir Votre Majesté, ils se sont vus forcés, en apprenant l'arrivée d'un ministre envoyé parle Parlement auprès de cette cour, d'informer Y. M. que ce ministre est chargé par ses instructions d'exciter les Anglais qui sont au service de V. M. à renoncer à l'obéissance due à leur roi ; ils en infèrent aussi qu'il cherchera à répagidre, dans l'esprit des sujets de V. M., de la haine et de l'aversion pour le gouvernement monarchique dont les hommes du Parlement se sont proclamés ennemis mortels; ils signalent aussi ce que le Parlement d'Angleterre a fait contre V. M. dans ce statut ou acte où il exprime un blâme sur la conduite do

V. M. à Naples, tentant ainsi de soulever les sujets de ce pays contre V. M.; ils déclarent que, si V. M. l'ordonnait, ils lui communiqueraient une copie de cet acte, et prient Y. M. de faire veiller à ce que Tenvoyé du Parlement ne puisse, par ses intrigues, nuire ali service de Y. M., comme aussi à ce qu'on ne lui accorde pas trop d'accès et de faveur à celle cour, ce qui pourrait porter les Anglais résidant dans les États de V. M. à manquer de fidélité à leur roi.

Le conseil d'État expose à Y. M. qu'on pourrait répondre à ces envoyés, si Y. M. l'ordonne, que, comme ils le savent très-bien eux-mêmes, on ne peut pas refuser d'entendre même les plus grands criminels; que du reste Y. M. les remercie des infoi mations qu'ils viennent de lui donner, qu'on en profitera en temps et lieu, qu'ils peuvent fournir toutes les autres informations qui leur seraient parvenues, qu'on les prie de communiquer la copie de l'acte du Parlement dont ils ont parlé, et tout ce qui aurait trait aux intérêts de Y. M., particulièrement en ce qui concerne le royaume de Naples. Y. M. ordonnera ce qui lui plaira.

[Écrit en marge de la main du roi : « On fera selon Tavis du Conseil. »)

2o Seconde délibération du Conseil d'Èlat d'Espagne

sur le même sujet.

Madrid, 22 octobre 1650.

Le conseil d'État, auquel ont pris part don Francisco de Melo cl le comte de Peûaranda, donne son avis sur le contenu du mémoire présenté par les envoyés du loi d'Angleterre et dans lequel ils demandent que les navires de leur maître soient bien accueillis tant dans les ports de Flandre que dans ceux d'Espagne.

T. I. -JR

ni DOfTMKNTS

Sirt»,

Par décret du 14 de ce moift V. M. â ordonne «a Conseil de prendre coiihaUtancei et c'est œ qui a eu lien, d'un mémoire des enroTés du rui d'Angleterre dans lequel ib représentent, au nom de leur roi, que quelques-uns de ses MtimcnlK de ((ucrrey étant entrés dans leportd'Ostende pour s'y réfiarcr vi p<mr acheter des ▼ivresyn*7 ont paa trourë Taccueil ronfortnc aui ordres que V. M; arail daigne donner à ce hujel, et qu'ils ont été soumis à remharfo, Aux taxes et auln'$ avanie»; ils supplient V. M. de faire écrire k S.A. rarch»duc afin qui* tous les bAtiments de leur roi soient bien iirrurillis tant dans le port d'Ostettde que dans tous ¥e9 antres auxquels ils arriveraient , et qu'il leur soit permis d'etécuter leurs mantruvres et de s'approvisionner en tout ce dont ils iiuniietit liesoin, conformément aut articles du traité. Ils priiMit que les mt^mes ordres soient donnés à tous les corrégl- (lors (»l jugi^s de tous les autres ports^ afin que lesdits navires puisst*nl eiitivr dans ces ports et en sortir libiienicnt et sans obstacle. Ia*« envoyés font icssorlir la grande obligation que leur niattiv contracterait envers V. M. si ses bâtiments jouiHitait'ut, dans les |K)i*ts de Flandre et dans les autres l\latM de V. M., de la liberté dont ils jouissent dans ceux de France.

Lrdouseil, auquel ont pris part don Francisco de Mclo et le rouito (le IViVirauda, est d'avis que V, M. pourrait faire écrire Il S. A. rArcbiduo eu lui recommandant de faire bon accueil aux na\in»s du roi d'Angleterre dans les ports de ses États^ et d nbM«r>er à leur égai-d les stipulations du traité de paix^ ainsi que ct^la s'est toujours fait. Quant aux envoyés du roi d'AngietoiTe, nu |murra leur faire connaître les ordi*es qu'on envoie k rniThidue, mais leur dire en même temps qu'on nVuxerra |wi* les uu^mes onliv!» nu\ nutivs |)orl8 avant d'avoir

appris qu^on y ail manqué aux dispositions déjà prescrites à ce sujet, et que, si Ton apprenait quelque chose de pareil^ on ne manquerait pas de donner des ordres convenables. V. M. ordonnera ce qui lui plaira.

(Écrit de la main du roi : « C'est bien. »)

(Page 235.)

i^ Jkm Alonzo de Cardeûas au roi Philippe IV

Londrer, 14 décembre 1649.

Sire,

J'ai appiis qu'on admettait dans les ports portugais les prises que les vaisseaux du nouveau roi d'Angleteri'e et les frégates d'Irlande allant en course faisaient sur les navires et les marchandises de ce royaume pour le compte du prince palatin Robert, que ces prises y étaient reconnues bonnes et qu'on en permettait la vente. J'ai soupçonné que cette permission pouvait venir de ce que le nouveau roi d'Angleterre, aussitôt après la mort de son père, aurait reconnu le tyran de Portugal et admis auprès de lui, en qualité d'ambassadeurs, des personnes qui, en cette môme qualité, se trouvent à la Haye et à Paris où le nouveau roi a résidé depuis qu'il a succédé à son père. Ayant jugé à propos de m'en assurer^ j'ai écrit à ce sujet au comte de Peûaranda, lequel en ayant informé le chevalier Brun afin qu'il s'en assurât aussi , celuici l'a fait comme il m'en donne avis dans sa lettre du 29 novembre dont je joins ici copie pour V. M. En même temps, après avoir fait des questions en France par un canal et une main sûre quoique anglaise, j'ai obtenu par cet agent la relation ci-incluse. Votre Majesté verra par là combien peu le nouveau roi d'Angleterre a profilé de la fin tragique du roi son père que ses maximes et ses fautes ont conduit au comble des malheurs. Son fils les suit comme si le succès leur avait donné quelque autorité et comme si lui-môme n'en subissait pas maintenant les tristes consoquoncos. Tant que la roinc sa

HISXOlUgUE^'. 437

mère exercera, comme elle le fait, son iiiQuence sur les résolutions du roi, et tant que les conseillers qui raccompagnent, pour diriger toutes ses actions, seront dans la dépendance de la roine, ce prince, il faut le croii'c, suivra la conduite et Texemple de son père 3 et si maintenant qu^il est dépouillé de la couronne d'Angleterre et qu'il risque évidemment de perdre les royaumes d'Ecosse et d'Irlande, si maintenant qu'il a tant besoin du secours de V. M. pour recouvrer Tune et assurer l'autre, il manque à ce qu'il doit à V. M. et à ce qui est juste et loyal, puisque V. M. Ta reconnu pour roi de la Gi ande-Bretagne et a fait faire en sa faveur en Flandre toutes les démonstrations et toutes les politesses qu'il eût pu désirer s'il eût été possesseur tranquille de la couronne, s'il en est, dis-je, ainsi maintenant, peut-on espérer que ce prince change d'opinion lorsqu'il se verra en possession de tout ce qui lui appartient et qu'il n'aura besoin de personne ?

Il m'a paru nécessaire de rendre un compte particulier à V. M, de tout ce qui s'est passé et de tout ce que j'ai appris. La connaissance de tout cela pourra être utile dans le cas oîi l'on jugerait à propos de se plaindre de ce prince. Ces motifs de plainte, ajoutés à ceux qu'avait déjà donnés la conduite de son père, justi lieront aux yeux du monde ce que la convenance et la raison d'État conseilleront de faire en faveur de ce gouvernement-ci (de la république d'Angleterre), soit pour le reconnaître et' accueillir ses ambassadeurs, soit pour entrer en alliance avec lui si les circonstances et l'intérêt de V. M, le commandaient.

2o Le chevalier Anloim Brun à don AUmzo de CardeMs.

L( Haye, le 29 novembre 1649.

A en juger par le tour que prennent ici les affaires, on

peut dire que le pauvre roi (d'Angleterre) court à sa perte

^ous lous les rappoi'U^ à moins qiie Piiîii m fiasse qwlqil^ miracle en sa faveur. Je tn^ suis asiwfé qu'il a reçu l'pwvQjé du tyran de Portugal eu qualitt) d'ambassadeur, f)| pqh ré»i^ dent n'a pas pu ma nier la chose, mais il 1-6xcu9Q en disant que, ce Portugais ayant ce titre auprès de^ État» gén^rait)^ d'ici, ion maître n'a pas pu )e irai ter ^utremonti car sans cûla il aurait perdu Tappui du prince d'Orange, son beau^ frère. Je lui ai répondu que déjà feu son piu*e avait fait la .u)ème chose quoiqu'il fût i^ Londres, à quoi le résidant m-a dit qu'à cette époque le feu roi son père recelait U Ipi 4m Parlement, h tel point qu'il se vit forcé de «igner l'arrêt de mort prononcé contre le viçe-i'oi d'Irlande, son grand ami. Cela étant, si nous avions quelque bonne allianoe av^ les grands du Parlement d'Angleterre contre la France^, pous pourrions faire ce qu'ils désirent ; maie que nous soyons les premiers à faire gratuitement un tel acte, et seulement dans Tcspoir de ce qui peut en arriver, cela me parait trè9»<liir.

;!« Rapport envoyé de Paris par la persmine chc^r^ée de s'assurer si Venvoyé de Portugal qui se trm^vç à cette cour, en qualité d'ambassadeur, a eu une enr= trevue avec le roi d'Angleterre et s'il a traité avec lui quelque affaire,

I/ambassadeur de Portugal a été çheg le roi d'Eçps^ plusieurs fois, ainsi que chez la reine d'Angleterre î il ft eu avec la mère et avec le fils plusieurs conférences et entrevues secrètes. Cet ambassadeur, ayant quitté la France, a laissé à Paris un résident nommé Suarez, créature de Calatrava; ce Suarcz est allé plusieurs fois chez le roi d'Ecosse; Sa Majesté Ta reçu et a traité avec lui de diverses affaire^, et elle a écrit en Portugal plusieurs lettres depuis son retour de Flandre en

France ; sur ces lettres elle a rais Tadresse suivante : « Au Roi de Portugal » et a monsieur mon frère. » La reine d'Angleterre, en écrivant à la reine de Portugal, s'est servie de cette formule : « A Madaifpe, M^f^ame la Reine de Portugal, ma sœur. » Dans ces correspondances le Portugais a promis au roi d'Ecosse de l'assister et de recevoir dans les ports de ses États les navires du roi et les prises qu'ils pourraient faire sur des jiavirqs dji Parlement d'Angleterre, et c'est ce qui se fait.

44u DOCUMENTS

(Page 330.)

1» 3/. de Crotdli au cardinal Mazarin.

Londres, 16 «ai 1650.

I^dit ambassadeur (d'Espagne) a plusieurs fois envoyé

des écrits signés de lui au conseil d'Étal, qui y ont été reçus et considérés^ sinon comme venant d'un ambassadeur, du moins d'une pei*sonne qui appartient à un prince avec lequel on se veut bien entretenir.

2<» Le même au même.

Londrei, 4 juillet 1650.

Il se dit aujourd'hui que le général Faiifax^ sur le

point de paiiir pour Ecosse, a remis sa commission. J'eus l'honneur de mander à V. E. , il y a quelque temps, que le Parlement avait ordonné que tant lui que le lieutenant général remettraient leurs anciennes pour en prendre de nouvelles, et que je croyais que c'était une chose déjà faite. C'est, dit-on, sur l'instance de satisfaire à cet ordre qu'il a mieux aimé remettre -, à quoi il a encore été porté par la méfiance qu'il connaît que l'on a de lui, et par le déplaisir de ce qu'il ne lui restait que le nom de cette charge dont Cromwell a toute l'autorité. Possible que, quand il ne s'y serait pas porté, l'on eût trouvé quelque autre prétexte de la lui demander, parce qu'il se dit tout haut que les presbytériens, au parti desquels sa femme le pousse toujours-'; n'attendent-que de voir

IllîsTOHlQUK^S. 441

rarmée engagée avec les Écossais pour les seconder par des soulèvements de deçà, et que, pour cet effet, ils ont intelligence avec une partie de Tarraée qui se déclarerait aussitôt, quoique la chose soit assez difûcile par le bon ordre que Ton y a mis en établissant la milice des provinces en des mains assurées^ et laissant outre cela quelques troupes très-affidées en chacune. Elle n'est pourtant pas impossible^ ni que Cromwell n'entretienne lui-même ce dessein pour donner jour à ses ennemis de se déclarer et avoir sujet de les perdre ainsi qu'il a fait plusieurs fois par de semblables voies...

L'on m'a fait donner avis que Cromwell a reçu des

lettres de messieurs de Bouillon et de Turenne; mais je pense qu'on ne l'a dit en confidence à ceux dont je le liens qu'afin qu'ils me le rapportassent et que je l'écrive, ce que^ tout faux qu'il peut être et que je le crois^ j'ai jugé devoir faire, puisqu'il pourrait être que, sur la moindre recherche, jointe à ce que Ton mande que les brouilleries de Bordeaux se renouvellent, ces gens- ci se porteraient à les assister d'une partie de leur flotte qui est à Lisbonne.

30 Le même au même.

Londres, 12 septembre i650.

Un homme de ma connaissance m'a dit avoir reçulettres

d'Allemagne d'un de ses correspondants, qui est homme intelligent, qui lui mande que, s'étonnant de voir au lieu où il est tant de monnaie d'Angleterre entre les mains des ofliciers et soldats, il avait eu la curiosité de savoir d'où elle pouvait venir, et qu'ayant fait étroite amitié avec le gouverneur de la j)lacc, il a su qu'il a été envoyé d'ici i 00,000 livres sterling suivant le traité fait entre l'Espagne et ces gens-ci, par lequel

l'flspagiu* «'tiiigage de continuer la gucri-e avec |a France et de ne faire jamais la paix sans les y comprendre en qualité d'alliés, fnoyennant quoi ceui-ci doivent fournir tous les mois à Bruxe|lep une sonime cuusidéialile, JJon ne m'a januii» \uulu dire la U(»ni de la place, umis seulement que le gou* vfirncur y {à été mis, uu a 4ppartcnu ^ U. le mai'cohal do

Turpnnf)*

Ul^TÛUIQyJiS. 143

lu Nol§ du vicomie Salomon de Virefade adre^êie au

cardinal Matarin.

Il pst ^'i difficile de f^ussir au:i^ affaires qui sont PWfrwn»*? 4V{3c tén^érité ^i ^m ayôir pris Itîs préçftutjqnç néçQmnm} qu'Qft ne saurait hl^roer peut qpj usent de pifconspeptiop

ay^nt las coiumpncpr^ surtout les nëgut^if^tipug si délic^t^s que celle* d'Angleterre où j'^i demandé pis^e-pprti bien qu'il n'y ait point de guerre entre les deux natiqu?, parce que uV gissant que pour lei luarcliand» ils pQuvaieut we rendre r^sr ponsabje, parlant au nom des conimnnauttjs, de pe que tau? les jpurs il* démodent slw particulierg et prennent *ur eu* i maip arnaée im droit de représailles. CnniRe particulier, je n'aupais pas erajnt ce* violencei qui eussent été honteuses à notre nation si elles eussent Hé e^jerçée* sur woi cQUîroe peiv sonne pul^lique.

J'avais ftu^si deux fins eu écrjyant, ou d'engager le végm^ d'Angleterre à traiter en n^o faiswt réponse, ou en we don*liant sauf-ponduit, à se çpntenter de Ift reeonnaissance des marchands s^ns en exiger une plus formelle de la part dn roi que sa permission j ou en me refusant le p^sse-port que je demandaii, j'éviterais l'affront qui m'eut été très-sensiWe p^ree qu'il eût intéressé toute la France, si on m'eut ebassé (^mme on a fait l'ambassadeur de Hollande et le sieur de Crpullé^ et estime qu^il vaut mieux avoir pei te déclaration p^r

écrit, avant avoir mis le pied en leur pays, que delà recevoir plus injuricuseraent de leur bouche.

111 i^XllIEM^

J'a\ais cricote une autre considératîoD ; c'est que les 1>glais f étant c\tivnnement fiers et glorîeiix y CMit néuuiHiB complaisance et se laissent gagner par ci vîlitë«, qui est la ni» qui les porte ) aimer sur tontes les natioiis les Italiens fi ont l'avantage de l'adresse et courtoisie sur Ions les anlici peuples de l'Europe; et par cette raison. j'ai estimé que, kv écrivant avec grand respect et compUment, ils se porteraiest à avoir ma négociation plus agréable. J'ai réussi en ce poÎBl de les obliger à me faire réponse, ce qu'ils n'avaient fiût, ■ directement ni indirectement, auparavant à toutes les leltni qui leur ont été écrites et aux témoignages plus exprès et phs formels des intentions qu'on avait de les satisfairp, desqadki ma lettre , qui n'était qu'un simple compliment^ ne faisait aucune mention. Il est vrai que cette réponse est conçue en ternies un peu aigres, mais qu'on dit être fort familiers à cette nation impérieuse, et desquels pourtant j'infère qu'ils aflectent quelque forme de justice en leur procédé; mais quand ils prennent un prétexte faux qui est le déni de justice de la part de la France, ils nous donnent lieu de nous servir d'une défense véritable fondée en l'injustice qu'ils ont faite aux vaisseaux français; et ainsi ils se convainquent eux-mêmes du reproche (ju'iis nous imputent, et s'ôtent le moyen de nous rien demander des prises faites sur eux parce que les pertes de nos marchands excèdent beaucoup si on venait à compensation. Pour la liberté du commerce, ils offrent de la rendre pour toutes nos denrées, soudain qu'en France on le leur permettrait de môme; mais tout ce que nous pouvions dé3irer d'eux ils le meltent à un prix qui est ou bien haut, ou bien considérable, suivant les diverses réflexions politiques qu'on fera sur cctlo nmlière ; c'est la reconnaissance de leur État nouveau de la part durci, dont ils prétendent aussi bien qu'il n'est jxiK le juge au fond.

HISTORIQUES. i46

2o Mémoire sommaire des instructions nécessaires au sieur Salomon pour la négociation d'Angleterre.

Premièrement demande trcs-4iumblement résolution à savoir si, reprif sentant les inlérôts des marchands et qu'un comité soit appointé pour Touïr, ou qu'il soit même admis au conseil d'État ou au Parlement, dans ses requêtes ou autres actes il doit qualifier le régime d'Angleterre d'Étiil de République, ou autres tels titres et qualités que les Anglais désireront;

2^ S'il ne pourra pas renouveler les offres faites au sieur Augier, agent des affaires d'Angleterre dès l'an i6Al, et acceptées dès lors par ledit Parlement d'Angleterre, pour les prises faites jusques audit temps, à condition que ledit régime d'Angleterre fasse la même justice aux marchands français; ou si ayant représenté les diligences faites en France par l'autorité du roi et de ses ministres pour donner aux Anglais satisfaction en justice, il ne doit point protester du déni de justice en Angleterre aux marchands français;

3" Demande si venant à demeurer d'accord de l'amnistie réciproque et générale pour toutes les prises faites sur mer resi)ectivement entre les deux nations, et que pour parvenir à ladite amnistie , il y eût quelijue membre du Parlement ou personnes puissantes dans ledit État -intéressées auxdites prises, il ne peut pas leur en promettre dédommagement pour les attirer et les mettre dans les intérêts ou dépendances de la France, par forme de pension qui les engage au service de S. M.; et pour cet effet il supplie S. M. de faire un fonds que les marchands es villes maritimes du royaume souffiiront volontiers être pris par augmentation dans les bureaux des entrées et douanes établis dans les ports, pour gagner les plus puissants d'Angleterre qui se trouveront disposés, moyennant

telles gratifications^ à se porter au service de la France et à fayoriser la liberté du commerce ;

4^ Demande que, pour le rétablissement et8Ûl*itë du commerce à Tavenir^ il lui soit permis^ en continuant les offres faites par M. le comte de Brienne, de promettre âUt Anglais (jue dorénavant il n'y aura plus de représailles àédoitiéeS ^ et que leë commissions données^ s'il y en à ^ sérdtit révoquées^ pourvu qu'ils en Usent de même, fassent cesser iôutei ha»tilités et déprédations sur mer et réVd(|tient totltës lëtiTS lettres de représailles;

5<> Demande que les ordonnances des 10 juillet i64â et M mai 4647 soient renouvelées et (|Ue eopies dé Semblables ordonnances lui soient délivrées^ portant it^ratifei défensel aut sujets du roi de prendre ou acheler âucnns ëtféts iûr tes^ dits Anglais et de les molester en façon quelconque; laquelle ordonnance on puisse faire publier au même tetupi qtlé les Anglais en accorderont Une semblable en faveui- ûBê ëujets du roi;

6^ Demande si les Anglais, venant à un traité^ déêiretit que les vaisseaux marchands de leur nation ne sdieUt poîtit tisités soUs prétexte de robe d'ennemis cachée quand ils seront rencontrés par des vaisseaux de guerre du roi, et prétendent qu'ils ne sont tenus que de baisser les voiles et faire hôtmêtif à la bannière et pavillon de France^ ledit privilège de n'être pcnnt visité ne leur peut pas être permis, un semblable étant Accordé par eux aux vaisseaux fl-aUçais qui trafiqueront eii Écomô ou autres lieux qui seront en guerre déclarée avec lésdits Anglais, l'inconvénient n'étant point plus grand que les Espagnols reçoivent leurs marchandises par des vaisscàul anglais qUe par les vaisseaux français ijpi les leu^ portent tous les jours;

7» Demande s'il ne doit pas faire instance pour obtenil* une décharge des droits et impositions qu'on exige en Angleterre des Français, auxquelles impositions les naturels du pays ni

les autrëd ëtràngei'il faé sotit point sujets^ et si^ obtenant ledit privilège et dédhftrge^ il hé peut pas proiDeHt*é qtielquë Ratification à ceux qui la moyenneront ;

8° Demande qu'il plaise à S. M. promettre lever les défenses dé Tetitrëe dés draperies et autres manufactures de soie et laine, à condition que les Anglais permettent l'entrée des vins et manufactures de France en Angleterre, et révoquent l'acte de ladite prohibition du 28 août (7 septembre)

90 betlhiûdé qu^il pUisâé pt*ottiëtttë, suivàtli léâ oSbeS de M; le cotiitë (ië firiëhné, par btire dé monteigUcUt^ le caràinal, que le traité i|ùi isérà prbjeté et concerté Ôtitfe lësditS Anglais et lui, suivaiil leS orfi»es qu^îl tëcévra tous Tèà jours, sët-a t^ohfiriiié, àpt)rbûté ôt autorisé de S. M./èi, àptèà l'aVoif communiqué à ion Cdilâeil, Elle le trouve agréable;

10<> Demâûde ^tie, tië pouvant obtenir le l^tabliàseiâëtit entier du cbininerce, il ÏUi soit perthis t)our le moins de tâcher à lé rétadettre eu quelque partie et dans quelque province s'il ne fee peut poUr tout le ro^autne; coimmé, si la Nbi*mandie s'oppose à l'entrée des draperies, qu'au moitis elles puissent être fôçues ëU Guyenne, h tloôhellé et firëtagiîé, pourvu que les Anglais permettent rëkitréë des tins desdites provinces j

lio Demande dé quelle aorte se doit tràitéf âtec le général Cromwell, et S'il he doit pas lui fâlW UOiiÊeVbli*, par l^exemflë du prince d'Oraftgé) dé Mamîeld , du dUc dé Weiffiài* ël autres, que c'est avantagé, hohneur et sûreté, aux hommes dé sa valeur et de soii |)bids, d^aVoir l'amitié et protectiôii de Frâtice dont les inclinations hôbles et bëlliqUeuséà se portent toujours à estimer et FavoriBer lil përsonhës de courage et mérite extraordinaire ;

12o Demande qtie le sieur '^CrôUllé , qui â léS cachets du rôî en Angleterre, ne puisse agir sans sa participation et cobsen-

tcmcntu bien que ledil sieur Salomon ne prétende point enga* ger le nom ni Tautorité du roi eu sa nëgpciatîon*

3o WaUer Frost à M. Salomon, vicomte de Virelade.

Whilulull, Id 11-21 aécembra 1650.

Monsieur , j'ai reçu votre lettre de Paiis du 10 décembre (style nouveau), laquelle^ selon que je suis obligé par le devoir de ma ebarge, j'ai présentée au conseil d'État^ où je dois produire tout ce que je reçois de dehors , où aussi plusieurs lettres ont été lues par d'autres^ écrites à quelques-uns du Conseil, et une écrite à un marchand; d'aucune desquelles le Conseil ne peut prendre connaissance^ élant lettres de particuliers touchant une affaire publique. Mais afin que celle que vous m'avez écrite pleine de civilités né soit pas tout à fait sans réponse^ je vous donne la peine de lire ce peu de lignes, pour vous faire savoir que vous ne pouvez pas êti*e plus sensible que je le suis du grand bien que ce serait aux deux nations que le trafic et le commerce de l'une et de l'autre fût libre et sans interruption. Je m'assure bien que vous n'êtes pas ignorant de quel côté la première infraction a été, ne se pouvant faire que vous n'ayez ouï parler des grandes injures que le peuple de cette République a souffertes de l'État de la France par les pirateries qu'ont faites les Français sur nos navires es mers du Levant^ pour passer sous silence les autres torts faits à la République, dont nous ne sommes pas insensibles; et bien que Ton ait fait longues instances audit État pour avoir justice, si est-ce qu'on ne Ta jamais pu obtenir, soit pour les pirateries ou autres torts en trop grand nombre pour les déduire ici au long : aussi ne veu\-je pas vous on importuner. C'est pcurquci ncus avons,

selon la loi des nations, donné des lettres de représailles à ceux qui ont souffert des pertes, pour qu'ils aient le moyen de se faire droit à eux-mêmes, étant en effet une chose d'observation fort vulgaire que la justice nette et prompte ne se pratique pas ordinairement par delà. Quant aux défenses des vins de France, en quoi nous savons que les villes de Bordeaux et de Nantes sont les plus intéressées, nous ne les avons faites qu'après que les Français ont défendu nos manufactures de laine et de soie ; et je me pei^uade assez que, s'ils se peuvent bien passer de nos manufactures, nous le pouvons aussi bien des vins de France , et que nous aurons le moyen de leur faire savoir que le commerce doit être réciproque. Le temps pourra aussi nous apprendre que nous pourrons pareillement nous passer d'autres choses manufacturées en France. Mais comme votive envoi par deçà, avec les procurations de Bordeaux et de Nantes et autres communautés, pourrait être avec l'approbation de votre roi, je ne puis pas vous y porter, parce qu'il n'y a personne ici qui puisse traiter avec vous de ces affaires si ce n'est la puissance souveraine ou ceux qu'elle députerait j et cette puissance-là ne voudra recevoir d'adresse de personne que de la puissance souveraine de France, laquelle seule peut donner les pouvoirs nécessaires pour traiter de telles affaires. Je ne puis donc vous procurer un sauf-conduit pour venir en la qualité et avec le pouvoir que vous marquez ; et quand vous seriez ici, aucun de nos marchands ne pourrait traiter avec vous de telles choses, étant affaires d'Élat et non de la nature de leurs afiÈiires particulières. Mais si l'État de France veut considérer les torts et les dénis de justice qu'il a faits, et nous sauver la peine de nous faire droit à nous-mêmes, et faire par vous ouverture de sa part d'adresse publique à cette république sur ces affaires et en la forme usitée entre États souverains, je ne doute point que cet État ne soit content de recevoir les T. 1. 29

propositions lionnètos et justes qui seront pour terminer les (lifTérends et ivtablir le commerce en sa liberté poui* le bien commun. Et comme j'espère que, par la présence de Dieu avec nous, la foix'o et la puissance de cette république ne seront jamais employées à faire tort à autrui^ ainsi Tétat au- (|uel elle se trouve à présent, {^ar la môme présence et béné* diction, est tel que nous |H)uvons faire justice à nos peuples contix' ceu\ qui la ivfusent. Toutefois, nous serons désireux de vivre paisiblement avec tous, et aimerons mieux recevoir ceux qui nous ont fait des injures à nous faire volontairement raison que la tirer d\'ux par la force, au prix des soufifrances présentes de ceux qui peuvent eu leur pai'ticulier être inno* cents, et desquels c'est le malheur, et non la faute, qu'ils dépondent d'un Élut qui uinie mieux exposer ses peuples innocents à des représailles que de faire justice aux. justes io* stances qui se font pour Tobtenir. J'ajouterai seulement que . je souhaite un heureux accommodement des affaires, et que pour y par>enir par les voies justes et honorables^ je conti'ibuerui tout ce qui est du pouvoir de votre afifectionué serviteur

Waltek Frost.

(Page 234.)

Mémoire touchant le commerce avec l'Angleterre

(rédigé par Colbert).

Bien que Tabondance dont il a plu à Dieu de «louer la plupart des provinces de ce royaume semble le pouvoir mettre en état de se pouvoir suffire à lui-môme^ néanmoins la Providence a posé la France en telle situation que sa propre fertilité lui serait inutile et souvent à charge et incommode sans le bénéfice du commerce qui porté d'une province à Tautre et chez les étrangers ce dont les uns et les autres peuvent avoir besoin pour en attirer à soi toute Tutilité.

Nous avons laissé perdre Tusage et le bien du commerce^ soit par la nonchalanco avec laquelle nos peuples s'appliquettl à cet honnête exercice, soit aussi par Tinterruption que les étrangers y causent.

Le remède du premier mal , qui vient de nous-mêmes^ des humeurs et inclinations turbulentes contraires à un légi«> lime trafic, est plus difficile à trouver après les troubles qui ont agité la France et qui ont ôté aux marchands la liberté et sûreté de transporter leurs denrées; et la confiance nécessaire au négoce ne pouvant s'établir dans la confusion et la violence des factions dont chacun veut mettre à couvert ses effets, la crainte survenue du péril qui procède des hostilités étrangères a achevé notre ruine, ôtant le courage aux marchands d^envoyer ou demander rien aux étrangers pour ne pas exposer à une visible perte tout ce qu'ils risqueraient.

Tant que nous n'avons eu affaire qu'à FEspagne nous nous en sommes garantis assez heureusement; mais depuis que, par un surcroît de malheurs, les Anglais nous ont déclaré une guerre qui n'est pas moins fâcheuse qu'imprévue, cette surprise en Kétat oii nous nous trouvons, sans armée navale p<iur résister aux leurs très-puissantes, et dans rabattement lies ptniples des \illes frontières, et le peu de secours que reçoivent les finances du roi depuis la cessation du commerce, et les trouhles (|ui empêchent de faire un fonds suffisant pour armer une flotte telle qu'elle serait nécessaire, il est difficile que le commerce puisse se rétablir tant que ce désordre continuera et qu'on souffrira les i^eprésailles que les Anglais donnent, fondées sur diverses prises faites par des vaisseaux français ou vendues dans les ports de France.

Pour obvier aux suites de cet inconvénient qui nous pourrait enfin causer une guerre fâcheuse, il semble qu'il n'y a que deux moyens qui se réduisent enfin à un, c'est de traiter avec eux; ou par un traité particulier, avec les intéressés qui demandent, disent-ils, justice et restitution des choses prises et confisquées sur eux, ce qui se réduit à un long examen ou discussion où il faut apporter beaucoup de considération et faire comparaison des prises faites par les Anglais sur nos marchands avec plus d'injustice ; ou il faut venir à un traité général avec le régime présent d'Angleterre qui, ayant renversé la forme de l'État ancien, nous oblige par cette muta* tion à prendre nos sûretés avec eux par de nouvelles conventions, ou au moins à renouveler et confirmer les anciens traités entre la France et T Angleterre, avec cette difiPérence néanmoins que les prétentions des rois d'Angleterre (qui n'ont point été transmises à leur peuple et dont la République ne peut avoir succédé) ayant rendu nos rois moins exacts à demander diverses conditions pour le commerce avec lesdits Anglais, dont les autres nations, et particulièrement lesEspa-

gnols, se sont prévalus, nous pouvons à présent tirer divers avantages en ce changement pour Tégalité du commerce sur lequel ils nous traitaient très-iniquement tant par les impositions sur les marchandises que nos marchands en tiraient ou y transportaient, qu'ils appellent d'esdavache, de cajade, du survoyeur et du coquet, qui étaient des impôts que les rois augmentaient tous les jours aussi par des licences particulières et privilèges à des compagnies, exclusivement à tous autres, du transport de diverses marchandises, par le choix qu'en avait le pourvoyeur du roi d'AngleteiTe qui décriait et mettait à vil prix le résidu de nos denrées où il n'aurait pas mis sa mar- (jue, comme aussi par l'inégalité des poids et mesures, si fort condamnée dans TÉcriture et par laquelle néanmoins ils ne donnent qu'au poids particulier et ne reçoivent aucune marchandise que dans des balances publiques beaucoup plus fortes.

Pour remettre le commerce, il y a deux choses nécessaires , la sûreté et la liberté. La sûreté dépend, d'une mutuelle correspondance à empêcher les pirates et courses des particuliers qui, au Heu de s'appliquer en leur navigation à l'honnête exercice du commerce, rompent avec violence le lien de la société civile par lequel les nations se secourent les unes les autres en leurs nécessités. Cette sûreté ne se peut établir que par des défenses respectives dans les deux États de faire des prises sur les marchands des deux nations; et parce que le prétexte du commerce que nos alliés font avec nos ennemis portant leurs effets dans nos vaisseaux, a donné occasion à des vaisseaux français d'attaquer les Anglais, et que les confiscations ont été fondées sur cette raison par une explication qu'on a donnée à l'ordonnance de François V^ en l'an 1543 sur le fait de l'amirauté, art. ^G, néanmoins il semble qu'il vaut mieux consentir que les Espagnols et autres nos ennemis tirent cette commodité par le moyen de nos alliés, pourvu

que les Anglais s'obligent à obtenir le même privilège pour nos marchands quand ils passeront, devant les armées d^E^pagne, leurs effets dans des vaisseaux anglais^ pour ne pas^ pour causer un dommage de peu de conséquence aux Espagnols^ donner occasion à la continuation d'une piraterie qui ruine le commerce, étant certain que jamais des vaisseaux de guerre ne visitent des marchandises sans laisser des marques de la rapine des soldats qui n'ont pas la modestie de se retenir, trouvant facilité à prendre ; Tinconvénient qu'on peut trouver que, sous la couverture de nos alliés, les sujets de nos ennemis fassent quelque profit, se pouvant remarquer tous les jours encore plus grand par la facilité que les propres sujets du roi y prêtent sans qu'on les en puisse empêcher.

Cette déclaration réciproque aux vaisseaux de guerre des deux nations interdirait d'arrêter, sous quelque prétexte que ce soit, les vaisseaux marchands, et défendrait aussi l'entrée des ports aux forbans et corsaires pour vendre leurs marchandises, avec injonction d'un sévère châtiment h ceux qui en achèteraient. A quoi les gouverneurs des places et des ports, capitaines et officiers de la marine seront obligés de tenir là main, car on ne doute point que la cessation des hostilités ne remette en peu de temps le commerce et par conséquent Tabondance publique et la richesse des particuliers, et notablement les droits du roi par la réception des marchandises étrangères qui ne viennent point et la sortie dvîs denrées du pays qu'on n'ose exposer à la mer.

Pour ce qui est du passé et prises faites sur des marchands anglais, elles sont de deux natures et conditions : ou bien elles sont faites sur les commissions du roi d'Angleterre dont nous ne saurions répondre, ni avoir empêché que les sujets du roi, et même commandant ses vaisseaux, n'aient pris commission d'un autre prince cousin du roi et dont la reine sa mère est présente et si considérée en France qu'au milieu de la guerre

civile le parlement de Paris la gratifia d'une pension notable, puisqu'on voit tous les jours que divers Français et même des chefs des troupes du roi suivent le maréchal de Turenne et servent Tarchiduc et les ennemis de la France. Mais tout ce que pouvait faire le roi avec son conseil était de faire défense à tous les ports de recevoir les prises faites par les vaisseaux et au nom du roi d'Angleterre^ qui n'ont point de ports si commodes qu'en France pour retirer leurs prises, au lieu que ledit Parlement et République possède tous les ports d'Angleterre qui leur servent de retraite. Ou bien les prises ont été faites par des vaisseaux du roi avec sa commission et bannière de France. Il se trouvera que les vaisseaux anglais étaient chargés de robe d'ennemi, ou qu'ils n'ont pas voulu amener et obéir aux lois de la mer; au contraire ont tiré sur lesvais^ seaux français ; que s'il se trouve quelques abus commis par les capitaines des vaisseaux du roi, on en peut demander la justice qui ne sera jamais déniée, au lieu de représailles sur de pauvres marchands qui n'ont point participé auxdites prises, en quoi l'injustice est évidente.

Et d'autant que les pertes faites par nos marchands, qui ne se plaindraient pas peut-être s'ils avaient été pris de la môme sorte que les Anglais, excèdent ou pour le moins égalent les leurs, il y a de l'apparence qu'il faudra venir à consentir que chacun gardera ce qu'il a pris, vu l'impossibilité de la restitution que les Anglais même ne demanderaient pas après une guerre ouverte, ainsi qu'il a été pratiqué en tous les traités faits avec leur nation. Il nous serait désavantageux d'avoir été leurs amis et alliés s'ils nous traitaient si rudement et avec des conditions onéreuses, après avoir observé si religieusement une ponctuelle et exacte neutralité pendant les guerres civiles où le roi d'Angleterre même s'est plaint diverses fois que la France favorisait ouvertement le Parlement.

Pour la liberté du commerce^ il y a deux choses à désirer : l'une la décharge des impositions et de celles que les Anglais lèvent sur les marchands français et où les Espagnols même ne sont sujets en vertu de leurs traités ; nous avons raison de demander pour le moins des conditions égales^ le commerce de la France ayant été toujours plus utile à TAngleterre, et l'entrée de ceux de notre nation n'y étant point si dangereuse que celle de ce peuple méridional, avare et ambitieux : l'autre ; qui regarde particulièrement la province de Guyenne, la Rochelle et Nantes^ est qu'ils laissent entrer les vins de France en Angleterre, en leur permettant l'entrée de leurs draps directement suivant les traités faits avec leurs rois pour le commerce, au lieu que nous recevons tous les jours leurs draps par les Hollandais qui leur portent aussi nos vins transvasés dans d'autres futailles. L'intérêt des fermes du roi est visible en cette permission réciproque, les douanes ne pouvant subsister si toutes les marchandises n'y sont reçues indifféremment avec liberté et n'en sortent de même.

Le point où les Anglais s'attachent le plus et pour lequel ils veulent relâcher et condescendre à tout ce qu'on leur peut demander est la reconnaissance de leur République, en quoi les Espagnols nous ont précédés et obtenu en conséquence l'adjonction de la flotte anglaise pour attaquer celle des Portugais qui vient du Rrésil. On a à craindre une plus étroite union des négociations de l'ambassadeur d'Espagne en Angleterre. C'est à nosseigneurs les ministres à prescrire la forme de cette reconnaissance, jusqu'où elle doit aller, en quoi la France sera excusable devant Dieu et les hommes si elle est contrainte de venir à la reconnaissance de cette République pour prévenir les ligues et mauvais desseins des Espagnols, qui font toutes les injustices et se soumettent à toutes les bassesses imaginables pour nous nuire.

11 semble que cette affaire, bien que délicate, se peut traiter de telle sorte que cette nation orgueilleuse s'en peut contenter, sans préjudice au roi d'Angleterre, ou favoriser le mauvais exemple de la dégradation de la royauté, après ce que la France a fait en faveur des Hollandais qui ne se contentaient pas, comme les Anglais , d'un compliment, et ont fait voir enfin que la foi germanique, ou plutôt batavique, n'était pas plus solide que l'anglaise.

4d8 DOCUMENTS

XYl

Page 93«..

Touchant la RépxMiqw d'Angleterre (Mémoire présenti à la reine Anne dT Autriche et à ion conseil par h cardinal Mazarin,

JanTter 1651.

Sur la question proposée, il semble d'abord que, si on se règle par les lois de Thonneur ou de la justice, Ton ne doit point reconnaître la République d'Angleterre, puisque le roi ne saurait rien faire de plus préjudiciable à sa réputation que cette reconnaissance par laquelle non-seulement il abandonne l'intérêt du roi légitime, son proche parent, voisin et allié, mais lui fait une offense publique, et qu'Elle ne saurait rien faire de plus injuste que de reconnaître des usurpateurs qui ont souillé leurs mains du sang de leur souverain, et qui se sont violemment attribué le droit de le condamner à mort par une entreprise barbare, de dangereux exemple dans toutes les monarchies , et qui fait horreur à tous les gens de bien. Le roi d'Angleterre en fem des plaintes et en témoignera sans doute des ressentiments qui feront de la (peine). La raison d'État obligerait plutôt de secourir le roi son fils en Ecosse et en Irlande, étant extrêmement à craindre que, si les remuements de ces deux royaumes sont une fois apaisés, la République d'Angleterre ne devienne plus orgueilleuse par ces heureux succès, voyant son autorité établie au dedans, ne fasse des entreprises au dehors, et n'emploie la g^rande force qu'elle a sur pied plutôt contre la France que contre les autres États, à cause de l'animosité naturelle et grande jalou-

sie qui a été de tout temps entre les deux nations, et qui se trouve aujourd'hui extrêmement augmentée par les hostilités (]ui ont été excitées depuis peu sur la mer entre les sujets des deux royaumes.

Mais comme les lois de Thonneur et de la justice ne doivent jamais rien faire faire qui soit contraire à celles de la prudence^ il faut considérer que toutes les démonstrations que Ton pourrait faire présentement en faveur du roi d'Angleterre n'amèneraient pas son rétablissement; qu'un plus long refus de reconnaître la République, qui est en possession de Tautorité souveraine, ne servira de rien pour augmenter ou confirmer les droits du roi; que ce que nous pourrions faire maintenant pour lui ne servirait qu'à nous rendre incapables de l'assister un jour plus utilement dans une conjoncture plus favorable ; que l'état des affaires de France ne permet pas de lui donner aucune sorte d'assistance pour lui aider à rétablir ses affaires; ou même que les Anglais étant les mai«tres de la mer^ ôtent tous les moyens de lui en envoyer^ et que la part que l'on prendrait maintenant dans sa querelle^ ou les ressentiments qu'on voudrait témoigner (de nouveau 1) pour les Anglais ne serviraient qu'à leur acquérir de nouveaux avantages; que la France, à cause de la grande guerre dont elle se trouve chargée au dehors, et des diverses factions dont elle est agitée au dedans, qui la jetteraient dans un péril extrême si les Anglais venaient à se déclarer en faveur d'une des factions^ et qu'ils pussent y engager^ comme il serait à craindre avec le temps, les religionnaires de ce royaume; surtout ce que la nécessité du temps et des affaires obligera de faire en faveur de la République, n'empêchera pas que ci-après on ne puisse se prévaloir des conjonctures favorables qui se présenteront quand on sera en meilleur état pour faire quelque grande entreprise, et qu'il y aura plus d'apparence d'y pouvoir réussir lieureusement ; et que d'ailleurs il y a

sujet de craindre que, si les Espagnols sont une fois plus étroitement liés avec les Anglais^ comme ils y travaillent ayec chaleur^ ils ne les empêchent de s'accommoder avec nous et ne les engagent sinon à nous faire une guerre ouverte^ du moins à leur donner de puissantes assistances contre nous * il ne reste pas lieu de douter que Ton ne doive sans délai entrer en négociation avec la République d'Angleterre, et lui donner le titre qu'elle désire.

Il y a néanmoins une condition absolument nécessaire et sans laquelle il serait inutile de s'engager à faire cette leconnaissance, qui est d'être assuré auparavant qu'ion en retirera quelque utilité capable d'emporter à la balance le préjudice qu'on pouria recevoir en la réputation; car présupposé qu'on puisse avec quelque certitude se promettre quelque avantage de ce qu'on fera, je n'estimerai pas qu^il se fallût beaucoup arrêter aux formalités ; mais il serait doublement préjudiciable de faire une bassesse si, après l'avoir faite les Anglais demeuraient dans l'indifférence et la froideur et si ces avances ne servaient qu'à les rendre plus orgueilleux et plus difficiles dans les conditions du traité qui devra être fait avec eux pour accommoder les différends que nous avons ensemble.

La voie la plus honorable pour entrer en négociation avec eux serait qu'ils envoyassent ici un ambassadeiu' qui » sera reçu et honoré comme ministre d'une république libre. Le roi de Portugal en a usé de cette sorte après sa proclamation, ayant envoyé, vers tous les princes qui n'étaient point obéissants d'Espagne, des ambassadeurs pour en donner part et pour se mettre en possession de sa nouvelle souveraineté par la réception qui leur serait faite.

Si les Anglais ont une véritable disposition à s'accommoder avec nous, ils recevront favorablement cet expédient et ne feront pas difficulté de renouveler la communication qui a

été interrompue depuis le changement arrivé en Angleterre, puisqu'elle doit produire d'abord un effet qui leur est avantageux et qu'ils souhaitent si fort, que l'exemple de ce qui aura été fait par le roi, qui tient le premier rang parmi les rois de l'Europe, servira comme de règle à tous les autres, et qu'ils ne peuvent pas refuser avec raison de faire pour nous ce qu'ils ont voulu faire pour l'Espagne où leur envoyé a été tué. On pourrait même leur faire valoir qu'ayant commencé leur compliment par le lieu qu'ils ne devaient pas, ils nous ont donné sujet de plainte qu'on veut oublier pour le bien des deux nations.

Ce qu'il y aurait de plus à craindre et qu'il faut soigneusement éviter est que les Anglais, qui visiblement penchent plus du côté d'Espagne que de France, n'aient l'intention de nous engager en leur faveur afin de s'en servir comme d'un éperon pour hâter les Espagnols à les reconnaître ouvertement et à s'unir avec eux.

La précaution dont on pourrait user serait d'exiger d'eux, s'il est possible, de ne point traiter avec l'Espagne pendant quelque temps, jusqu'à ce que la négociation que nous conduirons avec eux soit terminée ou rompue, ou bien d'ébaucher ou arrêter tellement les conditions de l'accommodement avant que de venir à aucune reconnaissance, qu'il n'y ait pas lieu d'appréhender que l'accommodement se puisse rompre après que la reconnaissance aura été faite.

En un mot, comme les Anglais ne voudront peut-être pas acheter notre reconnaissance par les conditions d'un traité éventuel, nous devons aussi éviter de reconnaître la République sans être déjà assurés que l'accommodement entre les deux nations s'en ensuivra, car autrement on s'exposerait à une honte publique sans aucun profit.

4«ï DOCUMENTS -

(Page 237.

Projet d'instruction pour M. de GenHUoi. emicofé

m Angleterre.

Janfîer. — ^Février 1651.

Le roi est entièierocnt persuadé que les différends ethoiiilitt's, arrivés depuis quelque temps sur la mer entre les FfiBçuis et les Anglais, procèdent plutôt de quelque désordre et • malentendu entre ceux qui ont commandé jusqu'ici les Taisseaux de guerre que d'aucun dessein qui ait été formé départ ni d'autre d'entrer en rupture, ni même d'interrompre la bonne intelligence qui avait été entretenue jusqu'aux deriiii»res années entre les deux nations, et dont la conOrmation semble également nécessaire pour le bien et commodité de l'un et de l'autre.

Sur cette présuppositiou, Sa Majesté a ti'ouvé bon que le sieur de (jontillot s'en allant en Angleterre travaille adroitement et sans éclat, par le moyen des amis et habitudes qu'il a en ce pays-là, à se bien informer s'il y a une véritable disposition à l'aire cesser par un bon accommodement les différends qui sont entre les deux nations et à rétablir entre elles une bonne correspondance.

1^ sieur de Gentillot, pour agir utilement dans l'exécution de ce dessein, doit être assuré avant toutes choses que le Parlement d'Angleterre n'a point fait de traité particulier avec les Espagnols contre la France, et qu'il n'est point tellement engagé avec eux qu'il ne puisse faire tous les accommodements et confédérations qui seront jugés utiles pour les deux royaumes...

L'exemple de ce qui est pratiqué envers l'ambassadeur de Portugal oblige doublement d'user de cette circonspection avant qu'entrer en aucun traité avec le Parlement^ puisque^ pour favoriser les Espagnols , on a longtemps maltraité ledit ambassadeur, et que sous prétexte d'examiner son pouvoir ou par des démarches inusitées, on a difiéré Taudience qui lui doit être donnée', quoiqu'il n'ait été envoyé que pour faire honneur audit parlement et pour terminer amiablement les différends que le Portugal peut avoir avec l'Angleterre, ce qui a donné lieu de soupçonner que le traitement qu'il recevait était un^ condition secrète au traité fait avec les Espagnols.

D'ailleurs, nous avons sujet de nous plaindre que les dis* cours obligeants qui ont été faits ici au sieur Morrell et les bonnes dispositions qu'on lui a témoignées n'aient encore rien profité pour faire cesser les hostilités que les vaisseaux anglais exercent contre les sujets du roi, et que l'on s'en soit seulement servi en Angleterre pour avancer les affaires des Espagnols. Au moins ce procédé, joint au traitement que reçoit l'ambassadeur de Portugal, nous doit donner sujet de craindre qu'après que nous aurons fait ce que ledit Parlement désire de nous, il ne devienne dès le lendemain plus difficile dans les intérêts que nous avons à démêler avec lui, lesquels demeurant indécis, et causant la continuation des hostilités qui s'exercent sur la mer, donneraient lieu aux Espagnols de se prévaloir de notre peu de prévoyance et de triompher de notre facilité qui ne nous aurait servi de rien.

Il est donc absolument nécessaire, pour ne rien faire qui puisse exposer la réputation d'un grand royaume, de s'assurer avant toutes choses, non-^ulement que le Parlement d'Angleterre est en pleine liberté de traiter avec nous et n'a point d'engagement avec les Espagnols qui les en empêche ou qui nous soit préjudiciable , mais que l'on convienne présente-

ment et en tei*mes généraux des moyens d'accommoder tous les différends qui pourraient faire durer ou renouveler Ch après quelque sorte de mauvaise intelligence entre les snjeb des deui royaumes.

lies Anglais ne manqueront pas de demander que le roi reconnaisse apparemment leur République par des lettres et autres démonstrations publiques. Sur quof le sieur de Gentillot représentera qu'il n'y aura point de difficulté sur cet article^ que Sa Majesté est disposée de Caire ce qu'on désire d'elle sur ce sujet, et que c'est un point que le Parlement peut se tenir pour accordé selon son désir; mais que, pour les considérations touchées ci-dessus, il nous impoi*te d'être assurés qu'après la reconnaissance faite nous ne rentrions pas en rupture ou en mauvaise intelligence pour les différends qui scmt aujourd'hui entre les deux nations, et que les hostilités cesseront entièrement.

L'assurance ne peut être autre que de convenir en même temps d'un projet d'accommodement pour les différends qui Sont entre les deux nations et qui semblent avoir procédé principalement de deux causes : la première, de la prohibition des marchandises' d'Angleterre faite à l'instance du Parlement <le Paris; la seconde, de la prise de quelques vaisseaux anglais faite par ceux du roi équi])és en guerre contre TEspagne...

Touchant la première cause, l'on n'ignore pas en Angle* terre que S. M., pour la pacification des troubles de son royaume, a été obligée d'accorder cette défense aux instantes supplications qui lui en ont été faites par son Parlement de Paris en faveur de ladite ville, et que S. M. qui a toujours fait traiter favorablement les étrangers dans son royaume, et particulièrement les marchands anglais, ne s'est portée qu'avec déplaisir à ce qui a été désiré d'Elle en cette rencontre par quelques-uns de ses sujets , en même temps qu'il y en a d'autres qui en reçoivent du préjudice. Or Sa

Majesté est même résolue de faire tout ce qui dépendra d'elle pour mettre les choses dans Tétat qu'elles étaient avant cette défense.

Si on veut examiner sans passion la seconde cause des différends^ il se trouvera que tout le sujet de plainte est de notre côté : quoique S. M. n'ait jamais donné commission ni à ses sujets, ni à aucun autre pour agir contre l'Angleterre, qu'elle ait fait observer par tous ses États une si exacte neutralité entre les deux partis d'Angleterre que même elle a refusé la retraite dans ses ports aux vaisseaux du roi de la Grande-Bretagne, qu'elle a défendu l'entrée et vente dans son royaume de toutes les prises qu'ils auraient faites et pourraient faire ci-après sur les marchands et autres tenant le parti du Parlement , qu'elle a depuis fait publier des défenses très-rigoureuses à ses sujets d'armer ou qu'on reçoive la commission de quelque pouvoir étranger que ce soit, et qu'elle a toujours offert de faire prononcer, selon la justice et les lois observées de tout temps entre les deux nations, sur toutes les plaintes qui lui ont été portées des prises faites par ses vaisseaux où les Anglais se sont trouvés intéressés; nonobstant toutes ces favorables déclarations et procédures, le Parlement d'Angleterre n'a pas laissé d'interdire le commerce avec la France et d'accorder des lettres de marque ou de représailles contre les sujets du roi, et ensuite ne faire pas seuleiQ^nt attaquer et prendre tous les vaisseaux marchands qu'ils ont rencontrés sans aucune raison ni prétexte, mais même de faire attaquer les vaisseaux de guerre de S. M. par les siens, témoin le combat contre l'escadre de Turenne qui venait dans la rivière de Bordeaux servir Sa Majesté et oii la frégate la Charité fut prise, l'attaque que les Anglais firent aussi sur quatre vaisseaux du roi aux côtes du Portugal, où celui du chevalier de Fonteny fut pris et lui tué réellement après la prise, et témoin enfin la prise du vaisseau le Jules T. I. 30

iCfi DOCUMENTS

qu'il» n^>nt pa« laissé de prendre quoiqu'il îdt hausse le ptTillon cl n'ait rendu aucun combat y ce qui est comtiieiioer Une csfN:ce de guerre sans Tavoir dénoncée auparaTant et sans en avoir aucun sujet légitime.

Il serait bien à propos que le sieur de Gentillot^ ayant représenté ce que dessus à ceui du Parlement areC lesquels il a quel(|ue liabiUidc, qu'il reconnaîtra mieux disposés à la réconciliation derf deut nations et capables de la procurer, esMiyàl de les engager à faire quelque ouverture d'accommod(*ineiit pour découvrir en quels termes ils estimetit qu'il se puisse faire promptement, en donnant assurance qtie de ce côté-ci on est entièrement disposé à toutes les choses raisonnables qui pourraient être faites atec honneur. Cependant on a déjà donné charge à une personne de qualité de «G tenir piAlc pour aller à I^ndrSs de la part du roi pour lu rrroniiaissAncc ci-dessus ^ et ptiis ajustei^ les autres choses pour le rétablissement de la bonne intelligence enii% les deux nations aussitôt qu'on aura eu des nouvelles dudit (;entillot.

Il semblerait surtout nécessaire, raccommodement étant résolu et projeté, que la Hëpublique envoyât en cette cour quelqu'un de pa part pour donner avis du changement qu'elle a fait en la forme du gouvernement d'Angleterre, comme die a fait en Espngne, aux Pays-Bas^ à Hambourg et auttes endroits (^ù on a voulu recevoir ses ministres. Nëanmoint, comme ils pourront dire d'avoir déjà envoyé le sieur Augier qui n'est pas encore venu, s'ils apportent trop de difficultés à consentir à cet envoi, le sieur de Gentillot poiura ne pas s'y arrêter.

Le projet dudit traité pourrait être aux termes suivants :

Qu*il y aura a l'avenir bonne correspondance et amitié oui IV le n>i Tn^s-Chrétion do France et de Navari'è, ses pays et

sujets d'une part, et la République d'Angleterre, ses pays et sujets d'autre part.

Que les traités ci-devant faits entre les rois de F*rance et d'Angleterre pour régler la façon de vivre et la forme du com*' merce entre les deux nations demeureront en leur force et vertu, et seront inviolablement observés entre S. M. et ladite République.

En conséquence de quoi les hostilités cesseront, dès le jour du traité; entre les sujets des deux États, et toutes lettres de marque et de représailles seront révoquées dès ledit jour, et sera le commerce rétabli en la môme liberté et aux mêmes conditions qu*il était fait avant le changement arrivé en Angleterre , moyennant que les défenses qui ont été faites de part et d'autre seront aussi révoquées, Sa Majesté et ladite République se réservant chacun le pouvoir qui leur appartient d'établir, dans les lieux de leur obéissance, tels droits, péages et impositions qu'elles jugeront à propos sur les marchandises et denrées venant de l'un ou l'autre pays.

Toutes actions et demandes des vaisseaux et autres, choses prises de part et d'autre sur la mer avant le jour du traité, demeureront éteintes et abolies pour ôter tout sujet de nouveau trouble à l'avenir entre les deux nations, et néanmoins le Jules et autres vaisseaux de guerre qui se trouveront avoir été pris apfiar tenant immédiatement à Sa Majesté ou à ladite Aépubliqiiô, seront restitués de bonne foi en l'état qu'ils étaient lorsque la prise a été faite.

Les vaisseaux de guerre de Sa Majesté seront reçus dans les ports d'Angleterre et ceux de ladite République dans les ports de France, aux conditions et précautions tenues aux traités précédents, et l'entrée desdits ports sera interdite aux vaisseaux de guerre des ennemis de Sa Majesté en Angleterre, et à ceux des ennemis de la République dans les ports de France.

Le roi et ladite République ne pourront donner à Pavenir aucune sorte d'assistance aux ennemis Tun de Tautre.

S'il reste quelque sujet de différend entre les deux États ou leurs sujets^ il sera terminé amiablement et selon la justice, sans que pour raison de ce l'amitié et bonne intelligence de Sa Majesté et de ladite République puisse être altérée.

Toutes ces conditions sont si raisonnables et si avantageuses pour l'Angleterre qu'il n'y a pas lieu de croire que ledit Parlement y fasse difficulté^ vu même que le droit de faire les traités et confédérations est une plus solide marque de souveraineté, et que celui qui sera fait présentement sera un acte plus authentique que celle dont ladite République est ei) possession, que toutes les lettres et compliments qui peuvent être faits pour la reconnaître , lesquels sont plus sujets à être révoqués ou changés qu'un traité signé de part et d'autre qui doit servir de loi aux deux nations pour leur négoce et forme de vivre ensemble; ce que le sieur de Gentillot saura très-bien faire valoir afin d'augmenter la disposition que les Anglais peuvent avoir déjàrde traiter avec nous.

Il pourra même laisser entendre que si ladite République désire quelque engagement plus étroit avec la France^ principalement contre l'Espagne, Ton y est entièrement disposé de ce côté -ci. Il lui sera très-facile de faire connaître l'avantage que les Anglais y trouveraient, et les moyens que nous pourrions leur fournir de se prévaloir, soit du côté des Indes ou ailleurs, de l'état où se trouve à présent réduite la monarchie d'Espagne à laquelle ils ont grand intérêt de ne pas laisser reprendre les avantages qu'elle a eus ci-devant lorsqu'elle a formé des entreprises sur l'Angleterre. Et en cas que ledit sieur de Gentillot y trouve disposition du côté des Anglais, sur les avis qu'il en donnera, Tanibassadeur qui

passera en Angleterre sera chargé et aura pouvoir suffisant d'en traiter.

Le sieur de Gentillot pourra sur ce sujet les faire adroitement souvenir de la maxime qui a toujours été tenue par les plus sages ministres de leur nation^ qu'il est plus avantageux à TAngleterre d'être en guerre ouverte avec l'Espagne que d'avoir la paix avec elle, et qu'au contraire en ce qui regarde la France, soit par le voisinage, soit par la puissance de notre gouvernement, et par l'avantage que l'Angleterre tire de notre commerce, l'amitié lui en doit être très-considérable; d'autant plus que quelque mal et quelque incommodité que nous peut apporter la rupture, la France est toujours le royaume dont l'Angleterre a le plus à espérer ou à craindre; et même dans le trafic, la prise que nous faisons d'un seul vaisseau anglais nous fait le plus souvent dédommagés de la perte que nous aurions de trois des nôtres, pour la valeur des marchandises dont ils sont ordinairement chargés

On remet au sieur de Gentillot de s'adresser, pour le bon succès de sa négociation, aux personnes qu'il croira les mieux intentionnées et les plus capables de la faire réussir.

Le sieur Augier a témoigné que la France se portant à la reconnaissance ci-dessus, il ferait favoriser le plus possible cette couronne en contribuant avec chaleur ce qui peut dépendre de lui pour la bonne intelligence des deux nations. Le sieur Gentillot le verra et lui dira la confiance que Leurs Majestés ont en sa parole, et qu'elles lui en demandent maintenant les effets.

Il verra aussi le sieur Fleming, et lui rendra la lettre de M. de Bellièvre. C'est une personne qui en tout temps a témoigné affection pour cette couronne et a rendu tous les services qu'il a pu aux ministres de S. M. , et on ne doute point qu'il ne continue à le faire en cette conjoncture qui a tant d'importance au bien et au repos des deux nations.

170 DOC'IMKMS

Sur toutes choses^ il est absolument nécessaii'C que ledit sieur de Gentillot tienne le secret de son voyage bien secret, de crainte que, s'il élait découvert par les Anglais^ il ne rencontrât des obstacles à entrer en négociation avec eux, pareils à ceux qui se sont formés quand Ton a su que le sieur Saloinon y allait ôlre envoyé.

HISrOïlIQUeS. 471

(Page 369.)

U Jmlrmtion pour li comte d'E$tr(Adei envoyé m

Angleterre.

Hontereau, 2S avril 1652.

M» 4^Ë«ir^s^ pour iraiter avec les Anglais et disposer les choses k un bon accommodement avec eux, doit être informe qu0 nous avons présentement trois différends principaux avec la République d'Angleterre.

Lç premier est sur la forme de traiter avec elle, puisqu'elle ne veut entrer en aucune sorte de négociation ni de conférence que le roi ne la reconnaisse pour République libre et souverai|)6, 0i ne lui écrive aux mêmes termes que lui ont écrit les autr^9 «ûuvjsrains qui <mt déjà fait cette reconnaissance.

Le second est touchant les prises faites sur la mer de part et d'autre par représailles ou auti*ement, touchant les moyens de rétablir le commerce entre les deux nations, touchant la forme de vivre et de se saluer quand les vaisseaux de guerre ou autres des deux États se rencontreront à la mer, et touchant l'observation des anciennes alliances et précédents tiaités.

Le troisième est touchant les hostilités ou représailles qui s'exercent présentement de part et d'autre.

Pour le premier, nous demeurons d'accord qii'il précède lejs autres dans la négociation et dans l'exécution. Pour cet cifct, le sieur d'Estrades peut promettre, à ceux qui ont charge de traiter ou conférer avec lui, que le roi est prêt de recon-

naître la République et de lui écrire une lettre avec les; mêmes titres qui lui ont été donnés jusqu'ici par les autres rois^ de faire rendre cette lettre par un gentilhomme qui sera envoyé exprès en Angleterre, et de le faire suivre, si on le désire, par une ambassade solennelle.

Mais cet article ne peut être accordé ni exécuté que l'on ne soit en même temps d'accord du troisième avec les Anglais, car il ne serait ni honorable pour le roi, ni juste pour les Anglais^ que Sa Majesté leur envoyât faire un compliment en la forme qu'ils désirent, si elle n'est assurée que la lettre ayant été rendue et la reconnaissance faite, les hostilités et les représailles cesseront de part et d'autre. Sans cela, il semblerait que les Anglais voudraient ajouter le mépris à Foffense , si en même temps que nous leur faisons des civilités, ils continuaient d'attaquer les vaisseaux des sujets du roi sur la mer.

Pour le second article, comme il contient la matière de tous les traités précédents, il faudra nécessairement le renvoyer par-devant des commissaires qui seront nommés de part et d'autre, parce qu'ils auront besoin d'un plus long délai pour examiner et résoudre les différends qui sont entre les deux nations pour raison des prises, du commerce, de la forme de vivre en se rencontrant sur la mer et de l'observation des anciennes alliances, qu'il n'en faudra pour les deux autres articles qui peuvent être accordés et conclus en un moment. Lesdits commissaires auront pouvoir d'aiTêter ce qui se trouvera raisonnable de part et d'autre, et d'en assurer le payement, selon ce que ledit sieur d'Estrades a témoigné par ses lettres que c'était l'intention des Anglais.

L'on ne doit pas craindre que ce second article soit capable d'empêcher l'accommodement, puisque dès à présent l'on est prêt, de la part du roi, de rétablir les choses au même état qu'elles étaient avant l'interruption du commerce entre les

deux nations si les Anglais le désirent ; ou s^ils souhaitent d'introduire quelque nouveau règlement. Ton est prêt d'en convenir pourvu qu'il soit égal pour les uns et pour les autres.

Quant aux premier et troisième articles, les Anglais ne pouvant pas refuser de les traiter conjointement, il sera nécessaire que ledit sieur d'Estrades les ajuste en même temps, c'est-à-dire qu^il ne s'engage point à l'envoi d'un gentilhomme chargé d'une lettre du roi pour reconnaître la République d'Angleterre, qu'il n'ait parole et ne soit assuré que, dès le jour môme ou le lendemain de Tarrivée dudit gentilhomme, quelqu'un du corps du Parlement- d'Angleterre aura pouvoir de signer une convention avec lui par laquelle il sera porté que toutes les hostilités et représailles cesseront de ce jour-là, et que dans deux mois, ou plus tôt si faire se peut, on enverra de part et d'autre des commissaires, avec pouvoir suffisant, au lieu dont il sera convenu pour traiter et s'accorder ensemble de tous les autres différends.

Si les Anglais font difficulté de révoquer ou faire cesser les hostilités et représailles pour toujours, à quoi pourtant on ne voit aucune apparence, il faudra ménager que la cessation dure pour deux ou trois ans tout au moins.

Le roi, désirant d'avancer cette négociation autant qu'il se pourra, a envoyé au sieur d'Estrades la lettre que Sa Majesté écrit au Parlement de la République d'Angleterre, et au cas qu'il y ait quelque difficulté sur les termes, il n'aura qu'à la renvoyer à Sa Majesté et faire savoir ce qu'on désire afin qu'elle y fasse pourvoir promptement.

Le sieur d'Estrades choisira, parmi les officiers qui sont près de lui ou ailleurs, telle autre personne qu'il reconnaîtra plus propre pour être chargée de cet emploi, lui délivrera ladite lettre et la commission du roi qui lui donne pouvoir de traiter, et le fera partir sans délai pour se rendre à Londres

en diligence, après néanmoins avoir tiré assuranoe de ce qui ^ porté ci-fdessus*

Sa Majesté a déjà commandé qu'on envoyât au sieur d'Ës* trades toutes les expéditions nécessaires, à quoi M. le comte de Brienae n'a pas manqué de satisfaire; de sorte que ledit sieur d'EfStrades les ayant reçues^ il ne reste qu'à lui recommander que, si an avançant cette négociation, comme on le désire par i&çhf il engage Sa Majesté à quelque chose, il n'oublie pas de prendre garde que ceux qui traiteront avec lui soient suf^ liimimnent autorisés pour faire tenir en Angleterre les choses qu'ils lui auront promises. Il n^oubliera pas aussi de remercier de ma part M. Cromwell des offres obligeantes qu'il me fait faire^ dont je me sens extrêmement son redevable^ et de lui faire sur ce sujet toutes les civilités qu'il jugera à propos.

3o Le cardinal Mazarin au comte d'Estrades.

Monlereau, 28 avril 1652^

Monsieur, vous apprendrez de nouveau le^ intentipps du roi touchant ce que l'on pouf faire avec les Anglais par la lettre que M. de Brienne vous écrit. Celle-ci ne sera qu'un abrégé des principaux points que l'autre contient qui vous servira peut-être à la mieux comprendre.

L'attaque de Gravelines nous met dans une pressante nécessité de savoir les intentions des Anglais, parce que la place ne pouvant être secourue que pai' mer, la chose peut être entreprise avec espérance du succès, pourvu que les Anglais ne s'en mêlent point; mais étant comme impossible s'ils sont joints à l'Espagne et obligés de favoriser ses desseins contre nous, il est de la dernière importance 4e découvrir proraptement leurs résolutions en traitant avec eux du différend que nous avons ensemble.

mSTUKigUfiS. 475

Si Iq traite ()ue nous devons faire avec eux peut être coaciu bientôt, ce sera le meilleur et il réglera tout. Vous sav^ en ce cas que nous sommes prêts : en premier lieu, de raconnaître la République d'Angleterre et de lui écrire aux termes qu'elle peut raisonnablement désirer; en second lieu, de nommer présentement des commissaires pour examinepi avec ceux que la République nommera , les prises qui ont été faites de part et d'autre sur la mer, et pourvoir avec sûreté à la satisfaction de ceux à qui elle se trouvera due, à la charge néanmoins que d'abord, en rendant la lettre du roi avec U suscription que la République a désirée , on conviendra de surseoir toutes hostilités et représailles de part et d'autre.

Si cet article est accordé, nous serons assurés pour les secours que nous entreprendrons d'envoyer à Gra vélines; et toutefois pour plus de précaution, il sera bon d'en toucher un mot à M. Cromwell pour avoir sa parole s'il est possible, ce qu'on pourra faire en demandant quelque chose de plus, comme par ei^emple la liberté, pour les vaisseaux du roi destinés pour ce secours, de relâcher en sûreté dans les ports d'Angleterre si le vent contr^irç ou quelque autre considération les y oblige.

Pour obliger les Anglais à désirer davantage de se réunir avec nous, il ne sera pas mal à propos d'entrer avec eux en traité de la cession de Dunkerque; et en effet le roi leur remettra volontiers cette importante place pourvu, en premier lieu, qu'ils se joignent avec nous contre l'Espagne et qu'ils y demeurent unis tant que la guerre durera, avec obligation de nous assister de leurs forces de mer pour la défense de nos places maritimes ; en second lieu, qu'ils nous donnent une somme d'argent considérable, comme pourrait être un million d'or ou huit cent mille écus;,en troisième lieu, qu'ils commencent leur assistance présentement pour le secours de Gravelines; pour lequel ils nous piêtfsnt de leurs vaisseaux ;

en quatrième lieu, qu'ils s'obligent délaisser la religion catholique en l'état où elle est à présent dans Dunkerque^ et s'il est possible, de ne mettre dans la place qu'une garnison catholique.

S'ils faisaient difficulté de se déclarer ouvertement contre l'Espagne par le secours de Gravelines, en nous fournissant un bon nombre de vaisseaux pour transporter en France (lorsqu'on leur remettra Dunkerque) la garnison qui est maintenant dans la place^ ils pourraient donner ordre secrètement^ à ceux qui auraient soin de votre conduite, de faire ce que vous leur ordonnerez, et vous les pourriez engager à vous mettre dans Gravelines avec toute votre garnison.

Dans l'état présent des affaires, nous aurons sujet de nous consoler de la perte de Dunkerque si elle produit la conservation de Gravelines et la jonction des Anglais avec nous contre l'Espagne aux conditions marquées ci-dessus.

Si toutefois toutes lesdites conditions étaient trop malaisées à obtenir, le roi vous permet de partir par degrés de quelques-unes des moins importantes, estimant plus utile, dans la . conjoncture présente, de conclure promptement un traité d'alliance avec les Anglais qui sauve Gravelines, que de le différer pour l'espérance d'obtenir quelque condition plus avantageuse pour laquelle il faudra renvoyer par deçà et employer plus de temps, à cause que, pendant cette longueur, Gravelines se pourrait perdre.

Enfin tout est remis à votre prudence et à l'affection que vous avez pour le service du roi. Je vous dirai seulement qu'il importe merveilleusement que vous envoyiez en diligence à M. Cromwell une personne intelligente qui puisse, étant sur les lieux, s'éclairer des desseins qu'il peut avoir. Car s'il est vrai, comme les nouvelles publiques de Londres le poiient, que la République d'Angleterre soit en termes de s'accommoder avec Messieurs les États, et que votre accommodement

avec elle soit incertain ou tiré de longueur^ il y aurait sujet de croire que les propositions d'accommodement dont M. Cromwell vous a fait parler n'ont été faites que pour nous amuser ; et il serait à craindre que ladite République^ pour profiter de la dépense qu'elle a faite en composant une si puissante flotte^ ne se portât à faire quelque entreprise contre cet État^ dont nous savons qu'elle est extrêmement sollicitée pat les envoyés de M. le prince.

En ce cas y il faudrait promptement en donner avis à M. Brasset * et agir de concert avec lui pour voir s'il n'y aurait pas moyen d'engager Messieurs les États, qui ont de puissantes forces sur la mer^ à nous donner quelque assistance, leur intérêt les obligeant à empêcber les Anglais de prendre des avantages sur nous qui leur donneraient moyen, étant les plus forts sur la mer, de se rendre enOn les maîtres du commerce de France; mais il ne faudra faire cette tentative qu'après avoir perdu toute espérance de notre accommodement avec les Anglais et avoir reconnu qu'ils ont résolu de nous attaquer.

1 Envoyé de la cour de France à la Haye.

(Page 259.)

Don Alonzo de Cardenas à don Geronimo de la Torre.

Londres, i9 juillet 1652.

Le Parlement a résolu de publier uti manifeste contre les Hollandais^ dans lequel il expose les griefs de cette République contre eux. On dit que le'manifeste paraîtra dans deux jours et qu^il sera suivi d'hostilités. Ces jours-ci, une edcadre de bâtiments du Parlement^ qui croisait à Feutrée dé la Manche, a fait subir une grande défaite aux bâtiments hollandais qui venaient de l'ouest au nombre de quarante Voiles. Les Anglais en ont pris sept, en ontbi-ûlé quatre et en ont forcé vingt de se jeter sur les sables de Calais : c'était comme s'ils avaient donné contre un récif, car les Français de la côte les ont pillés complètement. La cargaison de Tun des bâtiments qui ont été brûlés valait 400,000 ducats, au dire des gens qui se trouvaient à bord.

On a fait ici subir de grands affronts à Gentillot, envoyé du roi de France. Avant d'entrer à Londres, il avait écrit au maître des cérémonies qu'il venait de la part du roi Très- Chrétien auprès du Parlement, avec des lettres de créance pour reconnaître la République d'Angleterre dans le cas où elle révoquerait les lettres de marque délivrées contre la France, ainsi que l'avait offert, de la part de l'Angleterre, Guillaume Villiers, frère du duc de Buckingham, au roi de France, ce dont il avait ordre de rendre compte au Parlement. Le maître des cérémonies porta cette lettre au conseil

d^État oîi, après en avoir délibéré, on décida d^appeler Villiers, on lui fît voir la lettre de Gentillot et on l'interrogea là-dessus. Mal lui en aurait pris s'il n'avait pas absolument nié la chose^ et même demandé au Parlement la permission de provoquer Gentillot en duel. Le conseil d'Ëtat se borna cependant à lui ordonner d'écrire une déclaration dans laquelle il désavouerait l'offre faite, disait-on, par lui, à la cour de France. Le maître des cérémonies a répondu à Gentillot d'une manière très-brusque, en lui disant qu'on avait vu, par la déclaration de Yilliers qu'il lui communiquait, que ses dii'es étaient une imposture. C'est à la suite de cela que ce FratiÇais vint à Londres; le Conseil le fit venir, et le faisant rester debout et découvert , il l'interrogea au sujet de divers poitits en commençant par lui demander qui il était, de quel pays, comment il s'appelait, pourquoi il venait et qui l'envoyait. Il répondit qu'il était Français, qu'il se nommait Gentillot, qu'il venait comme envoyé du roi de France et qu'il trouvait qu'on ne le traitait pas selon sa qualité d'en-^ voyé. On lui demanda s'il apportait des lettres de créance, à quoi il répondit que oui ; alors on lui demanda pourquoi il ne les avait pas apportées pour les présenter; à quoi il répondit en donnant toute sorte d'excuses fondées sur des ordres dont il se disait porteur. Alors on le fit sortir de la salle et attendre; au bout d'un quart d'heure, on l'appela de nouveau et on lui dit de prétenter ses lettres de créance dans trois jours et de venir en rendre compte, avec menace de lui assigher un bref délai pour sortir de Londres et du pays dans le cas oîi il ne le ferait pas.

(Page 262.)

io M. de Gentillot à M, Servien.

Calai>«.17 septembre 165t.

Voici des nouvelles non moins fâcheuses que yëritables. I^s Anglais ont pris les vaisseaux que Ton avait préparés pour le secours de Dunkerque, après les avoir guettés plus de dix jours^ à ce que rapporte le capitaine d'un vaisseau brûlot.

M. le commandeur de Boismorand , qui commandait un vaisseau nommé le Berger, dit que M. de Vendôme ayant commandé sept vaisseaux et autant de brûlots pour aller à Calais charger les vivres^ gens et munitions que Ton devait jeter dans Dunkerque, l'amiral ayant retenu seulement six ou sept brûlots avec l'Ajina et un autre grand vaisseau^ cette petite escadre prit la route vers Calais où elle arriva sur le soir et mouilla Tancrc. Ce qu'à peine elle avait fait quand cinquante-quatre voiles anglaises lui fondirent sus à pleines voiles. Dans le commencement elle crut que les Anglais la prenaient pour anglaise, si bien que pour les désabuser elle arbora ses pavillons. Les Français, voyant que les parlementaires ne laissaient pas de les joindre, appareillèrent dans le dessein de gagner la Hollande, et pour cet effet levèrent Tancre; mais ils ne firent pas grand chemin sans être enveloppés par les Anglais qui les ont tous pris, à la réserve du commandeur de Boismorand qui, à la faveur de la nuit et du feu des ennemis, trouva moyen d'éviter leur rencontre et de se sauver. Ce fut samedi au soir. 11 est arrivé ici environ les six ou sept heures de ce matin.

Le capitaine du brûlot, qui est arrivé un peu après l'autre, dit qu'ayant été pris et reconnu par le général Blake qu'il avait servi autrefois , et ledit général ayant cru que son vaisseau n'était que frété et n'appartenait pas au roi par ce que ledit capitaine lui en dit^ le lui avait rendu, et qu'ayant été parmi les ennemis il avait vu quelque chose du mauvais traitement que messieurs les chevaliers avaient reçu par les Anglais avec menace d'un plus rigoureux, en haine des prises que les autres chevaliers ont faites sur eux en Provence. Ils iont venus, je dis les Anglais^ jusques auprès de nous chercher notre amiral VAnna et les autres vaisseaux qu'ils ont grand regret de n'avoir pas pu surprendre. lis disent qu'ils les saisiront en quelque part qu'ils aillent; mais tout le monde croit que le vent a été si favorable à leur retraite à ^rest, que ces perfides perdront leur temps et leur peine à les chercher.

2<» Le dite de Vendôme à l'amiral Blake.

Dieppe, 25 septembre 1652.

J'ai été extrêmement surpris d'une nouvelle que je viens d'apprendre. Quelques matelots qui étaient sur les vaisseaux du roi, mon maître, m'ont rapporté qu'une escadre de son armée, que j'avais envoyée pour le secours de Dunkerque, a été attaquée et presque toute prise vers la rade de Calais par la flotte de la République d'Angleterre que vous commandez. J'envoie ce gentilhomme vers vous pour en savoir la vérité, et ne puis croire, n'y ayant point de guerre déclarée entre les deux nations, ni aucun juste sujet d'exercer des hostilités entre Tune et l'autre, que ce qui a été entrepris contre les vaisseaux de Sa Majesté ait été fait pai' l'ordre de la République. Vous aurez pu voir par ceux que j'avais donnés au sieur de Menil-

mt IKXnJMSKTS

let^ qui coramandait l'escadre, qu'il étàh eipressânail chargé de ne se point mêler des différends d'entre l'Angleterre et lés Ptovinces-Unies, et d'entretenir toute sorte de bonne correspondance avec les sujets de irotre État. Gela me fait espérer que la République, étant informée de ce qui s'esl pa8sé> donnera les ordres nécessaires pour la restitotion des TÂsseàui qui ont été menés en Angleterre^ et que tous ne refoseret pas d*y contribuer ce qui dépendra de tous. J'attendrai totiie réponse aratit qu'en écrire à 8a Majesté ; ne dotitant point qu'elle ne soit conforme h la raison et telle que j'ai sujet de la dé<iirer, je demeurerai^ monsieur, votre très-«ffectionné, etc.

3« Le même à la RépUbliqiiê d'Àngtëtérn.

Dieppe, 23 septembre IA52.

Très-illustres seigneurs,

Envoyant ce gentilhomme à M. l'amiral Blake, qui commande votre flotte, pour lui demander la restitution de quelques vaisseaux du roi, mon maître, que j'avais envoyés au secours de Dunkerque, avec ordre exprès à celui qui les commandait d'entretenir toute sorte de bonne correspondance avec NOS sujets, je l'ai voulu charger de cette lettre pour supplier bien humblement vos Seigneuries d'ordonner ladite restitution, puisqu'il n'y a point eu jusqu'à présent de guerre déclarée entre les deux nations, et que Sa Majesté n'a point cru qu'il y eût aucun juste sujet d'exercer des hostilités entre elles. Je me promets cet effet de la bonne justice de vos Seigneuries, et sur celte assurance elles me feront la faveur de me croire.

Très-illustres seigneurs, de vos Seigneuiies,

Le très-humble serviteur.

¥ M'de Gentillot à M. Sërvien.

Calais, 24 septembre 1652.

DéjWîs mes ptécécléilies, il n'est iiefi àrritë, iinoh que ]é l^aMertleht d'Atlgleterré a envoyé vendredi tin commissaire à Dotivres poUf faire donner dû pairi et pdsàdge âiii inàtèhli dés tlavirés dti rôi, et déclabei* kûi ctfficiers que f orfre ëi Tinlèntion du Parlement étaient qu^ils ftisseiîl ti-aitës chiîètôent. Cepéhdatlt ils Wit pKs, sîttis t\én t^e^tiliit* ati^^ uris et autres^ leurs hip^ès. Il^l otit retetiù Menillët et qtielqtiés autres officiers, jus(|tie^ dit ï'êtdU^ de^ vatsseàtit qtii les ôht pioHés. Ils eh oiit etivoyë à Dieppe. Qtielques-tihs ont pris parti pahiii eux. Ils disent ^ùé té if est que par i*epréèaiiles. Ils ont fofrt éxàmiflé S'il h'J avait pas de ces chëtàliéM qiii ont ptîii de lêiirs navires stir là tnCr Méditerràfiée.

L'oii tnë fliafidè de Lohdt-es qu'ils cffii feit uti gtkM bmil dé î^éjWiissàiice, pàrnïl les Comiiitihès, dé là prise de ces liàvit^s, et qde les plù^ sensés et tous les rfiàrchatlds 6t citoyeftfS Oht été ti-ès-fàchés, le^ uns Crdyarit que celfii eicédâît Ybtitë des représailles et laisserait un sujet aux Anglais dé tiiëfiaiicë plus foi-te qu'àùparî^vant de notre amitié, qtii pouttait faii*é passef lès choses trop avant; les marchands de peur qà'bii né isàMi leurs effets en France et que tout èspoii' dé hotmé ihtélli^tlcé tiè fût ôté, à laquelle on avait espéré dé botis téiîlpé^ raments.

L'on me mande que lés agents de M. le Prince et de M. du Doignon fi'crtït pAi plMs d'audience qu'auparavant, c'est-à-dire rien, et qtiè léilrs instittctions ott affaires n'ont d'organe que l'ambassadêftit d'ËspagUé ; itial^ si votre ressentiment pour cette dèt'riière insulté patàît trop, que le Parlement prendra

de plus confidentes mesures avec eux.

5« Le Conseil d^EUU d'Angleterre au duc de Vendôme.

12 décembre 165Î.

Monseigneur, le Parlement de la République d'Angleterre ayant ^ le 20 d'octobre dernier, reçu une lettre de la part de Vôtre Altesse, datée de Dieppe du 8 de septembre 1652, demandant certains vaisseaux appartenant au roi de France, pris depuis peu par le colonel Robert Blake^ général de leur flotte, ont commandé à nous, auxquels ils ont confié et commis les affaires de leur amirauté, d'y faire réponse.

Le conseil d'État sait fort bien l'inclination du Parlement de la République d'Angleterre à maintenir amitié et correspondance aussi bien avec le roi, votre maître, qu'avec leurs autres voisins. Mais trouvant que depuis quelques années les personnes, vaisseaux et biens des marchands anglais trafiquant es mers Méditerranées, ont été pillés et pris non-seulement par les sujets de France, mais par les navires propres du roi, et qu'on ne peut obtenir satisfaction par aucune adresse qui ait été faite en la cour de France, il a autorisé ledit général pour tâcher d'avoir réparation de ces dommages sur les navires et biens de la nation française; et aussitôt que la restitution sera faite, et que la satisfaction se donnera pour cesdits torts et griefs, le Conseil sera prêt, au nom du Parlement, de satisfaire aux désirs de V. A. exprimés en votre lettre.

Whitehall, 2 décembre 1652 (v. st.).

Thurloe, clerc du Conseil, Signé au nom et par l'ordre du conseil d'État établi par l'autorité du Parlement

B. Whitelocke, président.

HISTORIQUES. i M85

Page 263.)

1» L'archidiAc Léopold au roi Philippe IV.

Brnxelles, 1« 6 féTrier 1652.

Don Alonzo de Cardeâas se trouvant sans autres pleins pouvoirs de V. M. que les premières lettres de créance qui Taccrédi talent auprès du Parlement d^Angleterre, et prévoyant qu'il se pourrait offrir une occasion pour entraîner les Anglais dans une guerre contre la France et le Portugal, m'a demandé qu'en attendant les ordres que V. M. lui donnerait au sujet de ce qu'il a exposé dans ses dépèches, je lui en donnasse de mon côté par rapport à ce qu'il devrait faire. Don Alonzo pense qu'il serait bon de chercher dès à présent à faire en sorte que les Anglais rompent avec la France. H dit que ce qui les engagerait le plus à cela, ce serait de pouvoir occuper Calais qui est la plus proche conquête à faire. 11 ajoute que, comme la guerre avec le Portugal dépend du recouvrement de la Catalogne, on pourrait remettre à plus tard la conclusion de ce second traité.

Au premier coup d'oeil, en considérant combien il serait utile d'opérer dans le sein de la France une si puissante diversion et de la priver de Calais, ville si importante et d'où elle a fait par mer tant de conquêtes dans ces provinces-ci , considérant en outre de quel avantage il serait pour le service de V. M. de mettre la France aux prises avec un ennemi aussi puissant et aussi hautain depuis ses dernières victoires, j'avoue à V. M. que je serais porté à penser que don Alonzo devrait chercher à pousser les

486 OQCUHENTS

Anglais à la conquête de Calais^ si je n'étais retenu par d'autres considérations qui sont pelle^-ci.

Les Anglais sont de leur nature peu constants dans leur amitié avec les étrangers , et si un jour ils devenaient ennemis de y. M.; étant maîtres de Calais y ils auraient avec Douvres les deux portes de la Manche à Taide desquelles ils fermeraient cette mer à tous, et intercepteraient par leurs puissants bâtiments de guerre la communication entre FEspagne et ces ppovinces-cj, d'où résulterait pour nous le danger de les perdre.

Bien que les Français soient divisés en différents partis^ aucun d'eux ne consentirait à perdre la moindre parcelle du royaume de France. I^s dissensions qui y existent aujourd'hui^ du moins aux yeux de tout le monde, ont leur source uniquement dans le désir de satisfaire des passions individuelles; mais si les Français voyaient une place si importante occupée par les Anglais qui pourpaient de là poursuivre leurs conquêtes comme ils l'ont fait dans d'autres temps y ils ne prendraient probahleipent plus conseil que de leurs appréheasions et ils s'uniraient dans l'intérêt cpmmun ; et alors les avantages que nous recueillons de leurs discordes cesseraient aussitôt.

Il est également à croire que les Hollandais, qui ne sont pas déjà très-bien avec le Parlefnent d'Angleterre, pn lui voyant faire de telles conquêtes, s'allieraient avec la France, car il ne leur serait pas moins sensible qu^à nous de voir leurs bâtiments livrés, dans la traverséie de la Manche, à la merci de la courtoisie des Anglais.

Dans ce cas il serait à craindre que les Holian(|ais ne cherchassent avec ardeur à acheter nos places mietritimes possédées actuellement par les Français, ce qui nous obligerait de nouveau à déclarer la guerre , car c'est pour les empêcher d'accepter la vente de ces places, que les Français leur offi*aienf ,

HISTO|aQU£S. 497

qu'on leur a fi^itenlendre (|»e V. M. ëMiji (}écid(^ à reçpuvref ses pl^i^^s^ doof quelques maios qu»lQ^ s^ trouvassent,

Voilà ce que j'ai fait répondra à ion Alonzo de Cardall^iTi en lui recpfuiaiandant d'entretenir de? pourparlers au ^ujet ie» deu:^ points^ la rupture avec la France et la rupture av^c l<9 Ppr^llgilj, jusqu'à pe qu'il ait reçu réponse aux dépêches qu'il a ^dreçsëeç à V, M. et je lui ai dit que si les Anglais étaient ^^cidés à rOU^pre avec I4 Frauce , ce qui vaudrait le mieux , ce s^r^it qu'il» 1^ fifseut du cot^ de la 3retagpe ou de h Norm4U*

f» Don Àlonzo de Cardehas au roi Philippe IV,

Londres, 23 janvier 1652.

Sire ,

4prè^ 1^ bataille de VVorcester^ les aSaires outpris ici une ^elle assiette qu'où ne voit aucun mouvement qui puisse aflfpctjBr la paix et la tranquillité publique ; d'autantplus que les hommes di| gouvernement s'appliquent à améliorer Tétat de la Hépublique^Pt sont d'ailleurs tellement epflé? d'orgueil qu'ils n'ont pas l'air dp se soucier du concours des ambassadeurs et des ministres étr^gers qui , ditH3n^ négocient de tous côtés pour vepir recpunaitre la Hépubliqup et se concilier son amitié. C'p^t aiusi que trois ambassadeurs extraordinaires de la Hollande sont venus ici Ip ^ décembre derpier, regrettant yive* p[^pnt de pe l'avoir pas fait lorsque celte {République j^vait envoyé à 1^ Hollande nnc ambassade solennelle pour solliciter son aljiauce. Aussitôt après leur arrivée^ ils tirent des dén^arç\ï^ lrès-euipi*cssées pour a\oir une audience du Parlement; eljp Ip^r a été accordée le 30 du mois susdit ; et à cette occasion I^. (latz^ qui occupe Iç premier rang parmi les trois envoyés et qi|i 4ifig^ \^P uégociations (|u'i|s sont venuç ouvrir, a fait un

discoui-s en latin dont il a laissé copie par écrit et dont je joins une copie à V. M. J'en ai également envoyé une en Flandre à Tarchiduc, et à la Haye au conseiller Brun, en rendant compte, à Tun et à l'autre, des mauvaises dispositions que ces gens-là commencent à manifester à Tégard de TEspagne, comme on peut le voir par divers points contenus dans le document. La chose n'est pas nouvelle pour moi, car j'ai observé les mauvaises dispositions de l'un d'entre eux qui se nomme Schsep quand il était venu à Londres, il y a plus de deux ans, comme commissaire envoyé par sa province , la Hollande, pour faire des propositions qu'il a en effet adressées au gouvernement anglais. Ayant considéré combien d'inconvénients pour le service de V. M. aurait l'union des intérêts de ces deux républiques, j'avais commencé, avant l'arrivée de ces envoyas, à m'occuper des moyens de faire entrer V. M. dans leur accord, s'il n'était pas possible d empêcher ledit accord, ainsi qu'à prendre soin qu'il ne se fit aucune stipulation ni convention qui fût au préjudice des intérêts de V. M. ; c'est pourquoi, après avoir conféré sur cette matière avec nos amis du Parlement par le seul intermédiaire qui fût resté pour communiquer avec eux, j'avais résolu d'introduire la proposition de quelque traité. J'ai reconnu cependant qu'il y avait des difficultés à le faire 3 le ressentiment qu'on conserve ici de l'impunité des assassins du résident a été un obstacle, et ces jours-ci, ce ressentiment a été fomenté par les presbytériens, partisans des Hollandais. Un autre obstacle s'est rencontré dans la résolution que le Parlement a prise de ne point envoyer d'ambassadeur en Espagne et de ne conclure aucun traité avec aucun ministre de V. M. avant d'avoir obtenu la satisfaction à laquelle ils prétendent avoir droit. A cela il faut ajouter le désir que j'avais d'amener les hommes du Parlement à faire les premiers quelques propositions; mais je n'ai jamais pu les y amener, bien que j'aie cherché à le faire par de différentes voies, déguisées, et bien

que j'aie fait moi-même des ouvertures à une pei*sonne appartenant à ce gouvernement, avant qu'on eût défendu aux membres du gouvernement de se laisser visiter par les ministres étrangers ou d'aller eux-mêmes les visiter. Même après cette défense^ j'ai tenté de le faire par l'entremise d'une personne de confiance. Un des membres du gouvernement^ ayant appris que j'hésitais à faire au Parlement des propositions d'alliance, dans la crainte de les voir écartées à cause de l'affaire des assassins du résident Ascham , a dit à mon homme de confiance qu'il lui semblait que, si j'avais toujours cette intention, il n'y avait pas d'occasion plus favorable que la présente, attendu que le Parlement se trouvait précisément peu satisfait des Hollandais, des Français et des Portugais, et qu'il croyait que c'était à nous à parler les premiers d'une alliance avec la République d'Angleterre contre la France et le Portugal avec qui V. M. était en guerre ouverte, de même que ce serait au Parlement à faire des ouvertures s'il s'agissait pour lui de s'unir à V. M. pour conquérir l'Ecosse ou l'Islande, ou de reconquérir quelques autres provinces. Il m'a été impossible de les amener à autre chose. Voyant l'avantage qui résulterait pour le service de V. M. d'un traité quelconque avec ces gens-ci, et trouvant une occasion favorable pour le faire dans l'absence de Henri Vane qui venait de partir comme commissaire en Ecosse, homme très-influent et très-hostile à l'Espagne, je me suis décide à demander au conseil d'État une audience avant l'arrivée des envoyés de la Hollande, ne voulant pas leur donner lieu de soupçonner , en demandant une audience après celte arrivée, que c'était pour contrecarrer leur négociation. Le conseil d'État tarda pendant trois ou quatre jours à me fixer le jour de l'audience, attendu que le maître des cérémonies était absent de Londres d'où il était parti pour préparer à Gravesend et à Greenwich des logements pour les envoyés hollandais; on avait été averti qu'ils attendaient seu-

400 pppyMENTS

leiQ^at un vea( faypr^le pour ^^eiB]3arqp£|r. l^ % déf:§ipbr^ 0» me (Ua le jour du ^, Le§ HollapdftiseMrpptç^ jpuH^ \%\ir i\^m^ du Parleipeni dans 1^ luatipë^e^ etmoij'piHiB6(^)|Q du , cop?eil d'État ^pinql^ures du spifdu jïjôwqjour. l\ m'^p^u çpaYPU^bl^ 4p çpiuuienper par V^ffaire 4e§ assj^in^ ji'A^baui; e( j'ai parM |le^ drpit§ d'jiuifïjuuité de 1'%!»^^ ^vep plus de fprcp que jp pe TavaiB eu.cpre fait; çpuim^il fallait leufdirp quô|rT qUP chofifi 4^ r^tat de cqtte alfeirp, bieu que je p'^Je ppçu auPUU 4vis IM^UJ? , j'ai cbevché à lp§ pp^rptpujj: d^ui^ Tp^pérance qu'il Ipur §pra (loonë satisfaction ; p^iç j'^ parlf^ 4^ la pépe|?sité 4e rpndre Tauiiti^ pntrp le^ (j^ip^ ÊtaU plu§ éfrpjtp, et j'ai pIpp mpu au4i<îftcp ep priftp^ qp'pp repdîf justifie ai^x Ejspagppls prppri^taires4e l'^rgppt qpi se tvPUF^i^ ?uf |e pjaiYirô to S(»f>^ Cfar^. ï^ prpsi(Jept 4u conseil ^%\^i pp répQprfjt ep qUPlqups piots en disapt qup |p Cppspil prep4r^^ ^P CQnsj4^r ratipp ce que jp vi$p^i§ de dire de vjvp yoii^ e^ pe que je laissais par éprit, et qu'il ipp trapspapfJrfijt ^a r^popsp je lepdpw^ip. J'ai j5u cpsuite qu'^prè^ pq^ wtje le§ qpafpp pièpps qu^ j'ay^ig l^issée^ ont été lups et qp'pp a pris jouf PPUP )ps discuter. Cjo jour là on les § relues^ et quoique 1^ piècp p9 1 IpUf ait parp bien (c'était cp|le quj traitait ^e i'affairp des accusés 4e l'assassinat 4u ré^iden^ j le prpsi4ept et quatre pu cinq autres poppflbtes qpi put parlé après lui ppt ip^sisté ayep chaleur popr qu'on me fît dij-e que la r^popse défipj^ivp mis serajt envpyée Ipl'squp }a satjsffictiop aurait été accQr4pe ; pn^s Ips ^pfre? p[^epabre§ opt pté 4'UU avis opposé ep faisant pbsprypr qup pa^ ppfe pxpljqu^it ]a p?:pçé4urp 3uiyip en Espagne d^s ç^tte affajrp^ qp'eliis 4^»^**'^ d^S pspprapces dp pb4Hfpepf 4^s popp^bleSj et qu'elle e^primajt Ips spntipiepts dp V . M. et son dpsjr de dpnnqv sfttisfactjpp, pe qui constituait 4éj^ up çopi- P)epcepi6nt4ps^tisfactiop. 4 laspjtp de cpttp 4élil)ératipn, on a résolu de repdre compte ap Pc^rlcment du coptpnu de {putes ipe^ notes. fjÇ Conseil reconnaissait la ppcessité 4'êti'e ç^ptorjsé

HISTOBIQUES. 481

d'iui6 manière spéciale par le Parlement à conclure avec qioi un traite, et on en fit un rapport. Le Parlement, conformément au rapport du Conseil, lui renvoya les notes qui traitaient des lettres de marque et du navire la Santa Clara, en lui recom* mapdanl de prendre à ce sujet une résolution. Quant à la pièce qui traitait de raffaire des assassins d'Ascham, on la remit à un comité du Parlement avec ordre de répondre en insistant sur la nécessité de punir ces hommes. (^ troisième pièce ;• celle qui avait trait à un traité à conclure avec la République, fut disculée longuement; les presbytériens s'efforçaient de persuader aux autrejs qu*on ne devait traiter avec moi d'aucune alliance avant qu'on eû( reçu isatisfaetion dans l'affaire des assassins; mais les indépendants l'emportèrent et on décida qu'on traiterait avec moi. Alors un presbytérien , ne sachant plus aucun autre mpycn de nuire, dit qu'il serait bon que le Conseil, avant de me donner une réponse, m'ordonn4t d'exhiber les pleins pouvoirs de V. M. pour traiter avec cette République. Une résolution ayant été prise dans c^ sens, le maître des cérémonies yint chez moi, le 49 d^ ce mois, et me remit la copie de l'ordre du Parlement ainsi que celle de l'ordre que le conseil d'État lui avait donné de me remettre la première. J'ai répondu que V. M. m'enverrait sa réponse quand elle aurait vu ces deux pièces. Nos amis ici ne pouvaient croire que je me trouvasse sans pleins pouvoirs de V. M., et ils insistaient pour que je les exhibasse. Je les assurai que je n'en avais pas, mais qu'ils me seraient envoyés sous peu ; ils ont cherché alors à engager le Parlement à se contenter du caractère officiel et de l'autorité que me donnaient mes lettres de créance, et h commencer )e^ négociations en vertu de ces lettres. Il m'a paru nécessaire de rendre compte à Y. M. de tout ceci, avant même qu'on me donne une réponse, afin que, si la chose parait convenable à V. M., il me soit tr^usmis des pleins pouvoirs gépéraux qui me permettent de suivre une

4d2 DOCUMENTS

négociation quelconque avec le Parlement de cette République et de la conclure ; ou bien afm que des pleins pouvoirs soient donnés à la personne qui me remplacera ici^ s'il y a lieu. Les instructions devraient ^tre très-détaillées afin qu'on sache bien ce qu'on doit demander. J'entretiendrai des pourparlers jusqu'à l'arrivée des ordres de Y. M. et de sa réponse à la présente dépèche. Je prie V. M. de me la faire expédier aussi ' promptement que possible et par diverses voies avec des instructions très-détaillées pour savoir sur quelles bases je devrai négocier, en cas qu'il en soit question^ ce qui est très-probable. Je crois devoir rendre également compte à V. M. de ce que j'ai entendu dire^ savoir que les presbytériens et d'autres membres du Parlement , qui ne nous sont pas favorables, disent dans leurs conversations particulières qu'aujourd'hui il n'existe aucun traité de paix entre l'Espagne et l'Angleterre ^ attendu qu'il n'y a aucune obligation de considérer comme en vigueur le traité conclu avec le roi Charles 1er; que par conséquent ce ne serait pas le rompre si la République d'Angleterre prenait telle résolution qui lui plairait, et dès que cela lui conviendrait. Ceci mérite une mûre considération, et je regarderais comme un grand mal si les assassins du résident n'étaient pas enfin punis^ et si le gouvernement de ce pays-ci tardait à envoyer des ambassadeurs auprès de V. M. Alors l'ancien traité de paix serait très-précaire tant qu'il n'aurait pas été renouvelé formellement entre V. M. et cette République.

3o Extrait d'une lettre du même au même (15 février 1652).

Dans une autre lettre du 15 février 1652, don Alonzo développe ce qu'il avait dit, dans celle du 23 janvier, relativement au projet de coalition entre l'Espagne et le Parlement

d'Angleterre à qui il proposait une expédition en commun contre Calais , à condition que les Anglais aideraient TEspagne dans celle de Gravelines, de Dunkerque et de Mardyke. •11 rend compte des raisons qui lui ont fait différer d'avoir à ce sujet des pourparlers, et sollicite vivement une réponse à sa dépêche du 23 janvier avec des pleins pouvoirs et des ordres relatifs à son caractère officiel^ dans le cas oii quelque occasion viendrait à s'offrir pour entreprendre quelque chose , tant contre les Français que contre les Portugais.

4° Don Alonzo de Cardenas à don Geronimo de

la Torre,

Londrei, 25 fiîvrier 1652.

Cher Monsieur^

Il y a environ quatre jours, j'ai envoyé un pli adressé à S. M., par la voie de Flandre ; pour le cas oii le courrier ordinaire qui se rend en Espagne n'arriverait pas à sa destination, comme cela se rencontre quelquefois, il m'a paru nécessaire d'envoyer les duplicata de ce pli par un navire qui se rend à Bilbao. Je les envoie donc ci-joints avec la dépêche qui parle de la question de Calais et avec un extrait de la lettre du docteur Augustin Navarro,du 3 février, dans laquelle on parle des motifs qu'on a eus en Flandre pour différer la proposition jusqu'à ce qu'on ait reçu les ordres de S. M. il m'a paru à propos de joindre ici la réponse que j'y ai faite, pensant qu'elle pourrait arriver à temps, avant qu'on prenne une résolution à ce sujet. Je n'ai rien à ajouter à cela sinon que je vous baise les mains et que Dieu vous garde longues années , comme je le désire.

S"" Aug. Navarro Burena à don AUmxo de Cardeiuis.

^raxeiles, S féTiier 1653.

J'ai reiidtt compte à Scm Alteste (ratcbiduc) dé de qùëtoûh m'aTec écrit en désirant connaître son avis sur ce qu'il tdusf conviendrait de dire aux commissaires anglais lorscfu'ils â'dU-' vriraient^ comme vous )e skipposefe^ au sujet des deux pditlls^ savoir ^ la rupture de l'Angleterre avec la France dans le cas où Ton faciliterait à l'Angleterre la prise de Calais, la guerre avec le Portugal qui serait plus avantageuse pour le Parlement. Vous àvèi jugé, comtnc oti jtlge ici, qti'îi y ëxthàil dég avantages incomparables pour S. M. ^i le gouvernement anglais faisait la guerre à la France. La question du Portugal^ que devrait précéder le recouvrement de la Catalogne^ admettrait plus de délai.

Ou désire ici beaucoup que voiis receviez des ih^trtictidns sur dés questiofis aussi délicates ; or, il tfëst pas facile d'expédier à 8. M. un courrier en là priant qti'Elle teuille faire èdfinaltre sesi Volontés à ce sujet -, cela dépèUdra beaùcôilp du tempi que mettra le cotirrier ordinaire qui jiart d'ici le 6 de eë mois ^ on Itii remettra le pli que voua adressez à Madrid.

La semaine passée je vous ai écrit relàtivemëtit dUx iricoilvéuients que l'on apprébétidàii de l'occupation de Calais pàt* les Atlglàis j car étant ttiaîtres de DoUvreé, par conséquent de^ defux côtés! de la Àlancbe, le JdUr bîi il y aurait rupture eûlrë S. M. et eiix, la Mailtbe Sélait fermée à nos navires, et la cotawunicatiori avec les atitres États de S. M. serait rendue ithpoësible.

On a considéré aussi que les ïlollandaîs éti tiefidralétit peutêtre à former quelque nouvelle alliance aveci lés français pôuT la même cause ; et on pourrait craindre qu'ils ne cbercbassent

à acheter les places maritimes, moyen par lequel les Fraoçdis espèrent les engager contre nous.

Si le gouTeméiiietit anglais voulait rompre avec la France/ et qu'il fit quelque expédition en Bretagne ou en Normandie, Oh ^ gagnerait d'opérer en France une utile diversion } mais pent^tre aussi que cela obligerait les deux partis en France de s'utiii* lorsqu'ils verraient que les étrangers profitent de leurs dissetisions. Voilà ce que S. A. fne recommande de voUs diit!^ en ajoutant que vous devei: chercher adroitement à amener une rupture eiftre l'Angleterre et la France, ou à entretenir les deux pourparlers , tant celui dont je tiens de parler que celui qui est relatif au Portugal , jusqu'à ce qtiè les ordres de S. M. vous arrivent.

«• Dm Alonso de Cardehas à Aug. Navarro Burma.

Londres, 9 février 1652.

J'ai lu ce que vous avez bien voulu me dire sur les deux points au sujet desquels j'avais consulté S. A. l'archiduc^ et vos reflétions sur les inconvénients qui résulteraient de l'occupatibn de Calais par les Anglais ; elles sont certainement pleines de prudence; mais ce qui doit faire hésitel* à les ad*» mettre c*est que le mal qu'on parait craindre ne s'est cependant jamais produit dans tout Tcspace de deux cents ans pendant lesquels l'Angleterre a possédé cette ville (époque dans laquelle s'est trouvé placé le règne de l'empereur Charles- Quint et de son père) jusqu'au moment où elle l'a perdue, du temps de la reine Marie. D'un autre côté il faudrait tenir compte des avantages qui en résulteraient pour Sa Majesté et du préjudice qu'en recevraient nos ennemis, avec lesquels nous sommes en guerre flagrante. Il me semble qu'on devrait préférer un grand avantage certain et actuel à des éventualités,

et abandonner quelque chose à l'avenir et au sort; d*ail]eui*s la ville étant une fois aux mains des Anglais y elle serait une semence de discorde entre la France et l'Angleterre , et les haines nationales qui ont toujours existé entre les deux pays en seraient sans cesse attisées. Quant au danger de la perte de nos provinces flamandes y cela ne serait possible que dans le cas où TEspagne serait en guerre avec TAngleterre^ et alors la France^ pour recouvrer la ville de Calais, s'unirait à l'Espagne^ Cje qui rendrait facile de chasser les Anglais dès qu'on le voudrait.

Quant aux conquêtes que le Parlement pourrait faire en Bretagne et en Normandie , ce n^est pas un plan qu'il puisse être (enté de mettre à exécution^ car les Anglais ne pourraient se promettre là^ par terre, le secours de nos armées^ et ils ne sont pas portés à rompre seuls avec la France. Quant au risque de coalition entre la Hollande et la France , il serait le même si la République d'Angleterre s'unissait à nous pour prendre^ soit Calais^ soit d'autres villes de Bretagne ou de Normandie. En ce qui touche l'achat par les Provinces-Unies des places maritimes, on ne croit pas ici qu'elles le lissent^ car ce gouvernement-ci s'y opposejait, et il le ferait avec d'autant plus de raison que ce serait sa conduite qui aurait déterminé, de la part des Hollandais, une telle résolution.

Quoi qu'il en soit, je ne presserai pas la négociation à ce sujet, et je me bornerai à entretenir des pourparlers sur cette question ainsi que sur celle du Portugal, jusqu'à ce qu'il m'arrive de la part de S. M. des ordres conformes aux idées de S, A. Mais je crains que le temps d'agir, qui serait dans le printemps, ne se passe; à cette ép)que là les Anglais auront leur flotte pièle ) elle se prépare déjà et on dit qu'elle comptera cent cinquante navires, dont cent vingt de l'État et trente navires marchands frétés pour l'Étnt.

7o Don AUmzo de Cardehas au roi Philippe I V.

Lundrei, 20 «epb^mbre lOSS.

Sire,

Ddns diverses dépêches j'ai déjà rendu ccmple à V. M. de la proposition que j'avais faite aux commissaires du Parlement pour le renouvellement du traité de paix entre V. M. et la République d'Angleterre, conformément aux ordres de V. M.; j'ai aussi parlé à V. M. du contenu d'une note que je leur avais remise et dont je lui ai envoyé copie. Ensuite j'ai rendu compte des démarches que j'ai faites pour obtenir une réponse et de celle qui m'a été donnée en dernier lieu le 22 août, de tout quoi j'ai également envoyé les copies à V. M. Dans cette réponse on me disait que le conseil d'État attendait que je rédigeasse les articles que je lui devais proposer; j'ai donc signé et présenté à ces mêmes commissaires, le 12 de ce mois, les articles contenus dans le caliier joint à la présente; ils sont extraits du dernier traité qui avait été conclu avec le feu roi , sauf les changements nécessaires à raison de l'état actuel des choses. Dans l'article Ille se trouve la clause que V. M. m'avait particulièrement recommandé d'insérer; elle porte qu'aucune des parties contractantes ne pourra donner aucun appui ni secours direct ou indirect aux rebelles et aux ennemis de l'autre partie. Le dernier article a été ajouté par moi à raison de la prohibition qui a été faite ici de transporter en Angleterre des maichandises dans des navires non anglais ou qui n'appartiennent pas à la nation d'où proviennent les produits, ou au pays de leur fabrication. Il m'a paru juste et convenable que tous les sujets, quels qu'ils soient, de V. M. pussent transporter, des divers États appartenant à V. M. , tous produits et marchandises, bien qu'ils ne soient pas eu\-

mêmes originaires du pays où lesdits produits se fabriquent. J'ai appris que le même jour (le 12 septembre) ces articles ont étë lus en Conseil ainsi que la note qui les accompagnait et dont j'envoie copie avec la présente. De même je joins ici copie de la note dans laquelle j'ai répondu à ce qui regarde les prévenus du meurtre d'Ascham qui sont encore en prison, car j'avais appris que le Conseil aurait trouvé mauvais si j'avais négligé de le faire. Tout cela a été renvoyé à la Commission des affaires étrangères. Je rendrai compte à Y. M. de la réponse qu'on y fera.

8<> Note et Propositions présentées au Conseil d'État d'Angleterre le 12 septembre 1652, par don Alonzo de Car défias.

'Don Alonzo de Cardeftas, du Conseil de Sa Majesté Catholique et son ambassadeur auprès du Parlement de la République d'Angleterre, dit qu'après avoir vu la réponse que l'honorable conseil d'État a faite en dernier lieu, le 42*- 22 août, à ses notes des 6 juin (27 mai) et du 6-16 août, dans lequel document il est dit d'abord que te Parlement persiste dans sa résolution de continuer et maintenir l'amitié et les bons rapports avec le roi son maître, comme cela avait été déjà exprimé dans d'autres occasions et notes précédentes, particulièrement dans celle du 10-20 avril, et ensuite que le conseil d'État attend que le susdit ambassadeur lui présente quelques articles pour le renouvellement du traité de paix ainsi qu'il a été proposé par lui , il a paru convenable au susdit ambassadeur de rédiger des articles qu'il a l'honneur de présenter, avec la présente, afin que le Conseil les fasse examiner , et, que, dans le cas où il les trouverait convenables et conformes aux intérêts des deux États, il en ordonne l'expédition. Le susdit ambassadeur se réserve la faculté d'ajouter, de changer

OU de supprimer^ avant la conclusion définitive du traité^ ce qui lui paraîtrait exigé par les circonstances qui se présenteraient dans le cours de la discussion.

Articles proposés par don Alomo de Cardehas du Conseil de S. M, Catholique et son ambassadeur auprès du Parlement de la République d*Angleteterre , pour le renouvellement du traité de paix, d'alliance et d'amitié entre le roi son mattre et le Parlement de ladite Répulflique,

Premièrement, à partir de ce jour il y aura une bonne, générale, sincère, vraie, constante et parfaite amitié, alliance etpaix de durée perpétuelle, et réciproquement inviolable, tant sur terre que sur mer et eaux douces, entre le sérénissime roi d'Espagne et ses héritiers et successeurs, et la République d'Angleterre, et entre les royaumes, États, territoires, pays et sujets quelconques des deux puissances, tant à présent qu'à l'avenir, de quelque rang et dignité qu'ils soient , de manière que les susdits sujets et peuples se secondent et s'entr'aident réciproquement et entretiennent des relations et des communications de bon vouloir.

Ni le sérénissime roi d'Espagne ni ses héritiers et successeurs, ni le Parlement de ladite République ne feront et n'entreprendront, tant par eux-mêmes que par d'autres, aucune chose qui soit au préjudice de l'autre partie contractante, ou de ses royaumes, possessions ou territoires quelconques situés en quelque partie que ce soit de la terre ou de la mer, de ports ou d'eaux douces, sous aucun prétexte ni dans aucune occasion que ce soit ; et aucune des deux parties ne donnera appui

et ne consentira à aucune guerre ou dessein qui soit ou puisse être au préjudice de l'une ou de Tautre.

Aucune des deux parties ne consentira que^ par aucun de SCS sujets^ vassaux^ peuples ou habitants respectifs^ il soit prêté secours^ ou assistance^ ou faveur, ou conseil, directement ou indirectement, par terre, par mer ou sur eaux douces , aux ennemis ou aux rebelles de l'autre partie , de quelque genre qu'ils soient ; ni que, par lesdits sujets ou vassaux , il soit fourni, à ceux qui attaqueraient ou qui ont attaqué les possessions, territoires et États dudit roi et de ladite République, ou à ceux qui se soustrairaient ou se seraient soustraits à l'obéissance et à l'autorité de l'une ou de Tautre des deux parties, des soldais , des vivres, de l'argent, des armes, des chevaux, des instruments de guerre, des munitions, ou tout autre secours servant à fomenter ou à entretenir la guerre.

En outre le sérénissime roi d'Espagne et le Parlement de ladite République d'Angleterre renonceront, comme ils renoncent en effet par le présent traité, à toutes ligues, confédérations, alliances, capitulations et accords, conclus, de quelque manière que ce soit , au préjudice de l'autre partie , et contraires ou qui pourraient devenir contraires à ce traité de paix et à la bonne entente des deux parties, ou à quoi que ce soit qui est contenu dans ce traité. Les deux parties annuleront et déclareront de nulle valeur lesdites ligues et promettent de ne point en faire de pareilles.

Le sérénissime roi d'Espagne et le Parlement de la République d'Angleterre s'efforceront de faire en sorte que leurs

sujets respectifs ne se fassent à Tavenir aucun mal, et ils révoqueront toute espèce de lettres de représailles ou de marque ainsi que toutes autres commissions qui emporteraient la permission de faire aucune sorte de prises^ au préjudice dudit roi ou de ladite République^ ou de leurs sujets respectifs^ et qui auraient été données à leurs propres sujets ou à des étrangers ; les deux parties les déclareront nulles , comme elles les déclarent en effet nulles par le présent traité ; et ceux qui y contreviendraient seraient punis; et indépendamment de la peine qu'ils subiraient, ils seraient obligés de restituer les dommages causés à ceux qui seraient lésés et qui demanderaient une indemnité.

A l'avenir il ne sera point délivré de lettres de représailles ou de marque par aucune des deux parties à leurs sujets ou habitants respectifs, ni à des étrangers, sans qu'on ait auparavant fait connaître les griefs et communiqué copie des réclamations, à l'ambassadeur du sérénissime roi , ou de la République y qui résiderait à la cour de F État contre les sujets duquel on demanderait lesdites lettres de représailles et de marque , et sans qu'on ait connaissance de la chose , excepté les cas permis par le droit des gens relatif aux représailles et selon les règles prescrites par le droit.

Entre ledit sérénissime roi d'Espagne et ladite République d'Angleterre^ ainsi qu'entre leurs sujets et habitants de leurs États respectifs ta|it sur terre que sur mer et sur eaux douces , dans tous les royaumes, Élats^ domaines, villes, ports, villages et localités dudit roi et de ladite République, il y aura et il devra y avoir libre commerce, comme il l'était avant là guerre entre le roi Philippe II roi des Espagnes et Elisabeth reine d'Angleterre, de la manière convenue dans le traité de paix de 4604 article IX^ et conformément aux usages consacrés par les an-

ciennes alliances et traités conclus avant ladite époque; de telle sorte que, sans aucuns saufHSonduiis ni autre permission générale ou particulière, tant par terre que par mer ou eaux douces , les sujets dudil roi d'Espagne et ceux de ladite République d'Angleterre puissent mutuellement venir ^ entrer ^ naviguer y aller aux villes, localités, ports, rivières, golfes et s'arrêter dans n'importe quels ports où , avant la susdite époque, il y avait commerce réciproque selon les usages consacrés par les anciennes alliances et traités ; qu'ils puissent conduii*e des marchandises dans des charrettes à dos de cheval^ dans des sacs , sur des hateaux chargés ou à charger ; qu'ils puissent acheter et vendre toutes choses qu'il leur plaira et s'approvisionner en choses nécessaires pour la vie et le voyage, à des prix modérés; qu'ils puissent vaquer à leurs affaires d'argent et au radoub de leurs bâtiments ou voitures tant à eux propres que de louage ou empruntés, et qu'ils puissent s'éloigner desdits ports avec leurs biens^ marchandises et àUr très choses quelconques , après avoir acquitté , selon les lois locales, seulement les droits et péages en vigueur ; et enfin qu'ils puissent s'éloigner et retourner librement dans leur propre pays ou dans des pays étrangers sans empêchement aucun et comme ils voudront.

Il sera permis d'arriver, de séjourner et de retourner dans les ports dudit sérénissime roi d'Espagne et de ladite République d'Angleterre respectivement avec la même liberté ; nonseulement avec des navires de commerce destinés au transport des marchandises, mais encore avec d'autres bâtiments propres armés et appareillés pour réprimer les ennemis; soit que ces bâtiments entrent dans lesdits ports par suite du mauvais temps ou spontanément, dans le but de s'approvisionner; à condition toutefois que, si ces bâtiments arrivent spontanément

et non pas forcés par la tempête^ leur nombre n'excède pas six ou huit, et qu'ils ne séjoui*nent pas dans les ports ou dans le voisinage au delà du temps nécessaire pour réparer leurs avaries ou pour s'approvisionner en choses nécessaires, afin qu'ils ne soient d'aucun obstacle au passage et au libre commerce des autres nations amies. Dans le cas cependant où il s'agirait d'un nombre plus considérable de navires de guerre, il ne leur sera pas permis d'entrer avant d'en avoir prévenu ledit roi ou ladite République, ni sans leurs permissions respectives; et encore pourvu qu'il ne soit commis dans les ports dudit roi ou de ladite République ducun acte hostile au préjudice dudit roi ou de ladite République^ mais que lesdits bàti* ments restent tranquilles et paisibles comme amis et alliés, en faisant attention à ce que, sous prétexte de commerce, il ne soit fourni par les sujets, vassaux ou habitants desdits royaumes ou de ladite République respectivement, ni appui, ni secours en vivres, armes ou instruments de guerre ou quelque autre faveur ou appui militaire, au profit des rebelles ou ennemis de l'une ou de l'autre des deux parties , et que tout individu qui chercherait à le faire soit puni des peines les plus sévères portées contre les séditieux et perturbateurs de la paix publique et de la foi des traités. Les sujets respectifs de l'un des deux États ne seront pas traités sur les territoires de l'autre plus rigoureusement que ne le seront les nationaux quant aux ventes et transactions commeiciales, tant sous le rapport du prix que sous tout autre rapport ; sous tous ces rappoils la position des étrangers devra être égale à celle des nationaux, sans que des lois ou coutumes quelconques aient un effet contraire.

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