ET AUTRES PLACES D'IRLANDE
unes, comme Waterford, avec tant de \igiieur que Cromwell fut obligé de lever le siège. Là même où le succès parut plus facile, il fut encore souillé de grandes cruautés. A Gowran, les soldats obtinrent la vie sauve en rendant la place ; mais à condition de livrer à discrétion leurs officiers qui furent tous égorgés. L'évêque de Ross fut pendu, en babits pontificaux, sous les murs d'un château fort que ses gens défendaient. Clonmel résista héroïquement, et lorsque enfin la place se rendit, Cromwell n'y trouva plus un seul liomme de la garnison ; pendant qu'il signait avec les habitants les articlés de la capitulation^ elle était sortie de nuit et en armes. |)Our aller ailleurs recommencer la guerre *.
C'est Tartifice ordinaire des mauvaises passions d'imputer les cruelles satisfactions quelles se donnent, soit à quelque grande idée dont elles poursuivent l'accomplissement, soit à l'absolue nécessité du succès : l'histoire se déshonorerait en acceptant ces excuses mensongères; c'est son devoir de renvoyer le mal à sa source et de rendre aux vices des hommes ce qui leur appartient.
Le fanatisme humain ment, ou s'abuse lui-même par orgueil, quand il se prétend l'exéculeur des hautes œuvres de lajustice divine; il n'appartient pas aux hommes de prononcer>surles peuples, les sentences de Dieu.
* Carlyle, CromwelVs Letters, t. I, p. 466-516; — Joumals of the House of commons, t. VI, p. 314, 323 ;— Whitelocke, p. 433, 434, 456;— Godwin, Hist. of the CommonweaUh, t. III, p. 151-162.
îXi ( ROMWELL
Croimvell n'était pas sanguinaire; mais il voulait réussir promptcment et à tout prix, par nécessité |K>ur sa fortune bien plus que pour sa cause^ et il ne refusait rien aux passions de ceux qui le servaient. C'était un ambitieux égoïste avec grandeur^ qui avait des fanatiques étroits et durs pour instruments. Ses grands et vrais moyens de succès n'étaient pas dans ses massacres, mais dans son génie et dans la baute idée (ju'avaient déjà conçue de lui les peuples. Tantôt |>ar instinct, tantôt par réflexion, il se conduisit en Irlande, envers ses amis et envers ses ennemis, avec une habileté aussi souple que profonde^ supérieur dans Tart de traiter avec les tionimes, et de persuader, ou de séduire, ou d'adoucir ceux-là mêmes qui devaient lui |)orter le plus de méfiance et d'aversion. En même temps qu'il livrait au meurtre et au pillage les villes dont il s'emi)arait, il maintenait, dans son armée, la discipline la plus sévère, ne souffrant pas qu'elle fît à la population aucun tort, et soigneux de faire payer ce qu'elle consommait. Cet homme qui se vantait d'avoir, à Drogheda, fait égorger indistinctement tous les moines, et qui exce[)tait toujours avec faste les catholiques de ses pron^esses de tolérance chrétienne, ce même homme entretenait, par des moines irlandais, une police très active chez ses ennemis, toujours bien instruit de leurs desseins ou de leurs démarches, et quelquefois assez influent au milieu d'eux pour les faire échouer par leurs propres dissensions. Il travaillait incessamment à détacher de la cause royale les hommes consi-
dérables^ et ses tentatives en ce genre allèrent, sans succès , jusqu^au marquis d'Ormond lui-même 'pour qui il exprimait hautement son estime^ ajoutant souvent : a Qu'a donc à faire lord Ormond de Charles Stuart, et quelles obligations en a-t-il jamais reçues ? » Avec le Parlement, sa conduite était fort indépendante^ mais sans vanité et sans bruit; il portait au contraire dans son langage la déférence jusqu'à l'humilité; après la prise de Ross , il écrivit à Forateur de la Chambre : a Vous ayant ainsi rendu compte de l'événement, je ne vous fatiguerai pas de demandes pariicutières ; je les adresserai au conseil d'État; mais permettez-moi de vous dire humblement ce qui, à mon sens^ est bon pour votre service^ me soumettant d'ailleurs pleinement a votre volonté. Nous désirons des renforts. Cela n'augmentera pas vos charges si les sommes que vous avez déjà assignées pour les forces maintenant .sur pied
nous arrivent à temps C'est ce dont je vous supplie
humblement^ ainsi que de nous envoyer les vêtements^ les soutiers et les bas que j'ai déjà demandés^ afin que les pauvres créatures qui sont sous mes ordres aient un peu d'encouragement. Et moyennant la bienheiu*euse assistance de Celui qui n'a cessé de marcher avec nous^ j'espère qu'avant peu non-seulement llrlande ne sera pas un fardeau pour l'Angleterre, mais qu'elle deviendra un membre utile de la République * . »
1 Carlyle, CromweU's Letters (14 nov. 1649), t. I, p. 489 ,— Clarendon , Hist. of the Rébellion^ 1. xii , c. 147; 1. xiii , c. 111. Whitelocke, p. 4-26 ; — Godwin. Hist. of the Comvnonu ealth, t. III» p. 151.
g8 CROMWf:L,L ^ST BAPPELÉ
U np tarda p^s h clérnêler et 4 Jfm^lr^ en pwtjqiw te jnoyen Je plus pfflc^e ppur y réussir. Qu4n4 il yU qy^» ipi^lgré quelques succès partiels^ \l ne p^ri1eo4iWt Pft# à ilésqrgaqiser le p^M^li royaliste en Irlapdç en l\ii Qpl^ vaut s§s çbefs^ il tourna s^s efforts yçr^ te$ ^14ajt§ ; |lç étaient nombreux, brayes, spuveqt (lénués ^ lo^t çt découragés ; il fit publier daus toift \e. pays quMls étaiggt libres d'aller servir k Vétran^er, et qu'il autorisait \gi\^ les placiers, et quiconque Youdraft Venlfefif&n^v^, 9 Içver autant d'boiumps qu'ils en pour^jent IrpuY^r, et à les transporter hors d'irlandp pour \^ sepyicç ^ft» puissances du continent. U flt ^onqpf ayi§, 4|ix {ui^lirtfgl de France et d'f^spci^ne à Lopdrps^ de Tnutorisatio^ qu'tf accordait, geauçoup d'officiçrs royajiistes, ÂQglaj^çojap^^ Irlandais, $fins ernploi et s^i}^ resspurçes^ yi^f^t §'§9^ vrir là, pour eux, un aypnir, et s'offrirent f^vqL %^9|f çtrauçers ppur lever et transporte^ ep E^f^f^^^ gv\ gg France des régiments» l^on Alonzp de C^d^îj^f , fj^ nistre d'Çsp^gne en Angleterre, et le ç^rdipal H^mn saisirent cette offre avec epipressçm^nt j epvjrpn y|9gt» cinq mjllç Irlandais furent ep pen de njpi^^nr^l^ pour rKspagne, pt vingt mille ppur Ja France j §t ç§ t^mtWV c^li^pJiqup^sur lequel Ormond fivaitpeine 9t^pirr&9»0»( ^lé, pppr^ servie^ dnrpf, unçprps dp bwU à di* mitisj ljipmmiç3| sp déchargea, ^ur TjÇ^pagnp ejt te Pranç©, ito plus de quarante njillp so}dftt$ ponpmi* (ÎH Hvkm§nV>
i CUrendon, ^i«t. of the Rihellion , 1. xii , c. 149-149 {^Cftri^^e, ÇfQmxv^Ws LeUm-s, 1. 1, p. Ç13.
Tant dç suççè^, i^ililaires et poli^iqqeSi sir^pidi^meQt pt^qus e( h^bil^mei)^ célébré» par de zé)éji ami^> çay?* ^0i^f)t Montât au P^rlamônt presque alitant d-glarmç qp'^Is llvii cjçnoi^i^Dt d^ sécurité. Cromweil À lyOn^r^? é^it ^ tQ^I pion)eni un sujet d'embarras; rpai« Cr^nouweU> si p^i^qtet si gloriqux en Irlande, .mepaç4it4# plus e^ f\\i^ V^YÇpjf , Le ))ruit se répi'inct^U d'ailleuin^ qi|e Charles Stiiart> par »uite ^e nouvelles négociations 9yep (^ ^ossaiSi étfiit pn^s de se rendre §i) $cps^q^ oa aurai! pro^lispnept besoin de Cromweil j le 8 janvi^ 4@M> OQ résolut ^e le rappeler, et le pons^jl 4'État gut Çf^f-Q de r§p iQforiTier. I) était alors en quartier^ d'iijvçf ,
À peiqe re^is d'ttne ^m% «rave indispojjjtiqn. U rentra
^pifdain ^n.çampagne, recommençant vivement, à ij^ versTIflaqd^, ces courses et ses hiégcs. Le 25février| qq lut, daps le parlement, des lettres de lui qui annoi^r- (aieql de nouveaqx succès : on \ota d'abord quil en ser rait officiellement remercié, puis, que de retour à Lon-r dres, il aurait à sa disposition, pour s'y loger, 1^ Cockpit^ pçrtJQu du palais de Wbitehall, et le palais (J^ Sajnt-jMmes, avec le commandement du Parc. (^ femme et la famille de Cromiyell firent, biçp qu'avec quelque répugnance, leur§ prrparatjjfs pouf 9'y établir ; pour lui, il continua de rester et de yaincnp en IrlandCr Le 2 avril ^ enfin, il écrivit au Parlement :
« J'ai reçu divers avis particuliers de votre intentiçp quQ Je nie rende auprès de vpus en Angleterre, aingi que la cppie de^ votes du Parlement à cet eff^f. ^m^ n^
100 CROlfWELL EST RAPPELÉ
sachant cela que par des avis particuliers , et les votes se référant à une lettre qui deyait. m'étre adressée par Toraieur^ j'ai pensé qu'il y aurait témérité de ma part à quitter mon poste avant d'avoir reçu cette lettre; je ne pouvais d'ailleurs deviner si elle porterait un ordre absolu ou si le Parlement me laisserait la liberté d'examiner quand et comment je devais obéir. Votre lettre m'est parvenue le vendredi 22 mars^ le jour même où j^arrivais devant la place de Kilkenny. J'ai appris par le docteur Gartwright, qui me l'a remise ^ que les vents contraires et le défaut d'embarcations dans nos ports de Fouest l'avaient empêché de partir plus tôt. Votre lettre porte la date du 8 janvier et je ne l'ai reçue que le 22 mars. Elle suppose en outre que votre armée est en quartiers d'hiver ; ne pouvant rien faire dans cette' saison de l'année , et c'était là le motif de votre ordre ; or vos troupes ont toujours été en action depuis le 29 janvier. Je n'ai donc su que faire... J'ai humblement pensé que mon devoir était dé vous demander humblement quelle est précisément votre volonté; car, je le dis comme devant Dieu, je suis prêt et empressé d'obéir à vos ordres ; mon unique désir est d'accomplir l'œuvre à laquelle je suis appelé par ceux que Dieu a établis au-dessus de moi, ce que vous êtes bien certainement à mes yeux ; je vous supplie donc humblement de me dire si votre lettre ne me laisse pas la liberté de vous demander une expression plus claire de vos commandements ; elle me trouvera , quand je l'aurai
D'IRLANDE (janvier 1650). 101
reçue, tout prêt à une prompte et facile soumission ^ » Il avait gagné autant de temps quil avait voulu^ et pendant quil tardait^ le cours des événements faisait pour lui^ de son retour à Londres, une nouvelle occasion de ppuvoir et de grandeur.
Quand Charles II , après avoir quitté la Haye pour aller faire, à Saint-Germain, une visite à la reine fa mère, apprit avec certitude que Cromwell prenait le gouvernement de Tlrlande, il hésita de plus en plus à s'y rendre, se souciant peu de jouer, sur un terrain si périlleux et contre un si rude adversaire, son avenir et sa vie. Il passa trois mois à Saint-Germain, monotone séjour que la cour de France cherchait peu à lui rendre agréable, et dont les tracasseries impérieuses de sa mère ne dissipaient pas Tennui. A la nouvelle de la défaite d'Ormond devant Dublin, le premier mouvement du jeune prince fut de partir et de se jeter en Irlande au milieu de la lutte. A ceux qui lui disaient qu'il n'y fallait pas aller pour prendre sa part de cette déroute, il répondit : a II faut donc y aller pour mourir, car il est honteux pour moi de vivre ailleurs. » — «Ce discours paraissait procéder d'un grand cœur, dit M*« de Hotteville. qui vivait presque aussi intimement avec la reine Henriette-Marie qu'avec Anne d'Autriche; les plus grands hommes de l'antiquité n'ont pas mieux parlé; mais de jeunes gens passent aisément de cette roide vertu au
1 Carlyle, CromwelVs Letters, i. I, p. 507, 514-516; — Joitmals of the House o{ commons^ t. VI, p. 344, 371.
m CftAËLES II
rclâchérilènt; Ils fôufrrent ensùîle âVèc iridifl^hcèdêé mâut qliî leur ont d'dbôrd paru lespltis Inëtippofldbîfes de la Tie, et le plaisir qu'ils l*ericontrertl en relie vhèiûè Vîe en est càUse. C'est ce (\hi drrif «1 à ce prince. jI Bë§ propres courtisans ne tardèrent pas à s'en âpéi^éVôli' f « Leà princes étrangers, écrivait Vun d'éUi au nfiàf^tiis d'Orrtiônd, commencent à regarder le h)i comrne un homme si indolent et éi peu soucieux de ses proprés affaires qu'ils ue croiè^ht pas sût- pour eux-ftiêmes dll^ritei*, en venant à sort aidé, Aei ennemis aUssi puissànfe que le deviendront probablement ses rebelles sujets. f> Charles re^setitlt bientôt les effets de cette disposition,' le cardinal Masiariri lui dontiâ claireihëtit à ëfitendi^ que èôtl séjour prolongé à Sàittt-<îerihaiîl devenait tiâ embftï'fag pôùi* là cour de Frandè, ^tii tie voulait pâS se brouiller avec la ftépubli^ue d'Angleterre ; là reltie rietiriétté-tearie élle-mêrne, qui avait besôiû du bôti vouloir dé Mazàrîn, etïgâgeà son flls à cômprèhdre, gâàS explicalîôiis plus précises, le désir du cardinal} et tefâ lé milieu dé septembre 4649, Charles se mit en routé à travers là Normandie, pour aller s'établir dans Vl\é dé Jersey, seul point de ses États dont il Mt eiicote eu possession *. «
A peine y était^l arrivé qu'il reçut diriande la nouvelle du désastre de Drogheda, et presque ati même moment le parlement d'Ecosse lui lit demandei* de ré-
* Mémë^es dé M^* de MoHèvillé, t. ÎII, p. 829, 033, colleeiion Petitot ; — Carte, Ormond's LetterSi t. I, p. 318;-^ClarendaB, HUt. of ike RebeUwn, 1. xii , c. 75-77.
A iêRSEY .1C4^ . 103
pfèfim \ëi nég6fcialfôfi« eAlàtriéeè & k fl&yê , t)dur Jé iVt)Petëi' âaHi èOtl rôyâunie. bcpuls que cette preniieré të&lâtflrë avait échoué^ le sentiment géhSfâl dU peuplé ééo$èèilë eri fayeùi^ du rd n'atalt pas dès^é de se iHâriiféster; t^lufdént^ insutrëdlôilâ royalistes avaient êtUtè sill^ diifërë pdtits dti royaume ; et quoique le t'ar* lei6entpfeëbttérieil lés eôt prômptemcfit réprimées,* fÔs ctlëfe, Argylë entre autres, corriprîreht quelle ne poiivàiëtit Èë dl?pénsëi*dë faire de nouveau, auprès de Charles et fi6tit Bôii i*etôur, uti etïbrt sérieux, ou du moins une éelatafite déttibn^traliôn. Lés propôsltlohs qu^âpportà à jehiêy lètlf éfitôtê, Winràttt de Libérton, étâie^ht aii tdûA léi mAmes, ë( âtissl diii^^ que eellés que Charles avait naguère ffepoUssées à là Ifàyë ; mais éa situation était affaiblie ; en Arigleteité et eti triâiidè, ses ennemis tr!6Mt)hàiëât J dé PaHâ et dé là àayë , sa mëre et son beâU-ft*èM le pi^isàleht plus Vîvétneht que jamais d'accepter les propositions des Ééoèsàis, lui écrivant l'une qtle là Mûf de if'ttince, l'autre que le peuple de Hollande éfàiéât décidément dé cet avis. C!harles voulut consulter Ofttlôfad; Ormônd répondit qu'il n'y avait rien à espérer si l'on ne parvenait pas à susciter la guerre entre l'Angleteffe et l'Ecosse, et à opérer ainsi une diversion qiu' permit aiix royalistes irlandais de reprendre haleine et de tenter de nouveaux efforts. A peu près tous ceux des conseillers intimes de Charles qui se trouvaient auprès de lui insistaient dans le même sens : il se résigna, et soit que Jersey parût un lieu incommode pour négoc!er> soit pour gagner encore du temps, il donna réndez-voui