PROCÈS
fui cinq ans auparavant ^ Quoique la distance fût à peine d'une demi-lieue, on mit trois heures pour aller de la porte de la yille à la prison ; en descendant de charrette , Montrose donna quelque argent au bomreau, pour avoir si bien conduit, dit-il, « son char de triomphe, » Le Parlement était en séance ; cinq commissaires vinrent à la prison demander « à James Graham s'il avait quelque chose à dire en attendant qu'il fût amené devant la Chambre pour recevoir sa sentence? » Le Parlement attendait leur retour; ils rapportèrent que Montrose avait refusé de répondre jusqu'à ce qu'il sût où en était le Parlement avec le roi, et s'il avait conclu avec lui quelque arrangement. Sept commissaires lui furent aussitôt renvoyés pour, l'interroger, en lui disant qu'un arrangement avait été conclu avec le roi qui était sur le point de venir en Ecosse. Un peu ému sans doute de cette nouvelle, Montrose s'excusa de répondre, disant que son voyage avait été long, et qu'après la réception cérémonieuse et un peu fatigante qu'on venait de lui faire, il avait besoin de quelque repos *.
Quand il fut conduit le surlendemain à la barre du Parlement, il se donna le plaisir de suivre son naturel
1 Ce fait est confirmé par une lettre de l'agent français Gjaymond, au cardinal Mazarin, datée d'Edimbourg le 31 mai 1650: «Plusieurs prirent garde, et en ont bien discouru depuis, qu'on fit halte vis-à-vis la maison du comte de Moray, où estoit entre autres M. le marquis d'Argyle, qui considéroit son ennemi par une fenestre entr'ouverto^ {Archives des Affaires étrangères de France.
« Wishart, p, 383-386 ;— Balfour, i. IV, p. 14.
DE MONTROSE (mai 1650). 113
et de paraître devant ses ennemis avec éclat. 11 portait un riche yêtement de soie noire couvert de broderies en ai^ent^ et par-dessus un manteau écarlate orné aussi de galons d'argent et bordé de tafTetas cramoisi. Un chapeau de castor avec un large rebord en argent couvrait sa tête. Amené à la place un peu élevée où se tenaient les criminels^ il promena ses regards autour de lui, le visage pâle et fatigué, mais plein d'une fermeté vraie, quoique préparée. Le chancelier, lord Loudon, lui adressa un discours long et amer qui concluait en disant : « Qu'à raison des meurtres, des trahisons et des impiétés en si grand nombre dont il s'était rendu coupable. Dieu le condamnait maintenant à subir un justt^ châtiment. » Hontrose obtint, non sans peine, la permission de dire quelques mots pour sa. défense ; il le fit avec une fierté mesurée et qui n'était pas sans adresse, comme s'il eût attendu de ses paroles quelque résultat : «11 considérait, dit-il, le Parlement comme siégeant sous Tautorité du roi ; c'est pourquoi il paraissait devant eux ^vec le respect convenable et en se découvrant, comme il venait de le faire, ce qu'autrement il n'eût pas fait de plein gré. » n se défendit des cruautés qu'on lui avait reprochées pendant la guerre, disant : « Qu'il n'était pas au pouvoir des plus grands généraux de prévenir, dans leurs armées, tous les désordres, qu'il y avait toujours fait tous ses efforts, et qu'il n'avait jamais versé le sang, même de ses plus acharnés ennemis, ailleurs que sur le champ de bataille Je vous demande à vous tous ici assemblés, dit-il en finissant, d'écarter toute prévention, toute