EXÉCUTION DE
animosité particulière, tout désir de vengeance, de ne tenir compte, dans ma cause, que de la justice, et de voir en moi un sujet obéissant qui a fidèlement exécuté les ordres de son souverain. J'ai pu, quand j'avais l'autorité, détruire la vie et la fortune de plusieurs d'entre vous; je vous les ai conservées. Jugez-moi selon les lois de Dieu, les lois de la nature et des nations, surtout selon les lois du pay^i. Si vous ne le faites pas, j'en appellerai au juste juge du monde, à celui qui nous jugera tous à la fin, et qui prononcera la vraie sentence. » Le chancelier lui répliqua avec colère et invectives. Montrose essaya de reprendre la parole. On la lui interdit, en lui ordonnant de se mettre à genoux pour entendre sa sentence: « Je le fais, dit-il, pour rendre honneur au roi mon maître, et non au Parlement. » L'exécution fut fixée au lendemain ^
Dans la soirée, les ministres presbytériens et les magistrats d'Edimbourg assiégèrent Montrose de leur présence pour lui arracher quelque parole qui impliquât la reconnaissance du droit de leur Eglise et de leur gouvernement. Leur insistance acharnée ne fit qu'exalter son âme : « Je vous remercie, leur dit-il, de l'honneur que vous me faites; je suis plus fier d'avoir ma tête plantée sur la porte de la prison que je ne le serais de savoir une statue d'or érigée pour moi sur la place du marché, ou mon portrait placé dans la chambre du roi. Vous dispersez mon corps dans les quatre principales
J Wisharl, ].. 380-392 ;— Balfoiir, t. IV, p. 16.
MONTROSE (21 mai 1C50). 115
Yilles du royaume; je voudrais qu'on en pût envoyer un lambeau dans toutes les \illes de la chrétienté pour attester ma fidélité à mon roi et à mou pays. » Il passa la nuit à prier et à faire des vers où il exprima en termes grands^ quoique subtils et contournés, les mêmes sentiments. Dès le matin du 21 mai, les tambours et les trompettes retentirent dans toute la ville ; il en demanda la raison au capitaine de sa garde qui lui dit qu'on appelait les soldats et les l)Ourgeois aux armes parce qu'on craignait une tentative d'une portion du peuple pour le sauver: «Comment donc, dit Mont rose, ces bonnes gens, qui avaient si grand'peur de moi quand je vivais, en ont-ils encore peur quand je vais mourir? Qu'ils y prennent garde; c'est quand je serai mort que j'assiégerai leur conscience et que je serai bien plus redoutable que de mon vivant. » Il se mit à sa toilette, qu'il fît avec grand soin : pendant qu'il s'en occupait, sir Archibald Johnston, l'un de ses plus ardents ennemis et greffier du Parlement, s'étonna avec quelque dérision que, dans une situation pareille, un homme s'occupât si frivolemenlde sa personne : «Tant que ma tète est à moi, lui dit Montrose, je l'arrange comme il me convient; demain, quand elle sera à vous, vous en ferez ce qu'il vous plaira. » Il s'habilla magnifiquement, et jeta sur ses épaules un beau manteau de velours écarlate, brodé en or, que venaient de lui envoyer ses amis. En allant de la prison au lieu de rexécution, sou grand air et sa contenance fière et calme attirent encore plus puissamment que la veille siu' les spectateurs. Il aida hii-même le