CROMWELL REVIENT
autorisés à rester auprès de lui. Le Parlement avait minutieusement réglé d'avance la route qu'il suivrait pour se rendre dans son palais de Falkland ^ à quelques lieues d'Edimbourg, et il y fut conduit avec de grandes marques de respect, mais étroitement entouré et surveillé».
Au même moment, Cromwell, obéissant enfin au Parlement, revenait d'Irlande en Angleterre, salué, en débarquant à Bristol, par le concours et les vivat de la ville entière. Dès qu'on le sut près de Londres, Fairfax et la plupart des officiers de l'armée et des membres du Parlement allèrent à sa rencontre jusqu'à Hounslow- Heatli ; il trouva à Hyde-Park lé lord maire et la milice qui l'attendaient ; et de là jusqu'au palais de Saint-James, où il devait loger, ce fut, selon l'expression des journaux du temps, un vaste tumulte de salutations,, de féUcitations, de décharges d'artillerie et d'acclamations humaines : « Quelle foule pour \oir le triomphe de Votre Seigneurie ! » dit à Cromwell l'un des assistants ; à quoi Cromwell répondit avec son libre et brutal bon sens : « Il y en aurait bien davantage pour me voir pendre *. »
Dès qu'on avait eu connaissance à Londres de l'expédition de Montrose dans la haute Ecosse, et de l'arrangement conclu à Bréda entre Charles 11 et les conunis-
* Godwin, Hist. ofthe Commonwealth, t. III, p. 206 ; — Clarendon, Hist. of the HebeUiûn, 1. xiii , c. 2-4; — Malcolm Laing, Hist, of Scotland, t. III, p. 450.
2 Carlyle, CrormvelVs LetterSj t. I, p. 519 ; — Whitelocke, p. 457.
D'IRLANDE (juin 1650). 121
saires écossais^ le Parlement avait sur-le-champ donné au conseil dTitat tout pouvoir pour repousser toute invasion^ et voté une notable augmentation de l'armée. Dès que Cromwell fut de retour d'Irlande^ Fairfax et lui furent nommés^ Tun comme général en chef , l'autre comme lieutenant général, pour commander ce qu'on appela vaguement « l'expédition du Nord. » Us acceptèrent tous les deux. Mais peu de jours après, le conseil d'État ayant décidé qu'au lieu d'attendre que les Écossais envahissent l'Angleterre, l'armée anglaise prendrait l'initiative et porterait la guerre en Ecosse, Fairfax témoigna des scrupules à se charger d'un tel commandement. Sa femme, presbytérienne zélée, et les ministres qui l'entouraient, avaient, dit-on, dans ses irrésolutions, une grande part ; peut-être aussi Fairfax commençaitil à s'apercevoir que les républicains et CromweU s'étaient servis et voulaient encore se servir de lui comme d'un manteau pour couvrir, et d'un instrument pour accomplir des desseins fort éloignés de sa volonté. En tout cas, sa résistance était , aux yeux du public, un embarras grave, qu'on ne pouvait traiter légèrement et qu'il fallait s'efforcer de surmonter. Cinq commissaires, Cromwell, Lambert, Harrison, Saint-John et Whitelocke, furent chargés par le conseil d'État de se rendre auprès de lui pour débattre et lever ses objections : a Nous avons ordre, lui dit Cromwell, de faire tous nos efforts pour donner satisfaction à V. E. sur tous les doutes qui peuvent s'être élevés dans son esprit relativement à cette résolution du conseil pour l'expédition