CONFÉRENCE AVEC FAIRFAX
d'Ecosse ; V. E. aiirait-eUe la bonté de nous faire connaître les motifs de sa réprobation? »
« Fairfax. Je le ferai très-librement. Je suis fort aise d'avoir Toccasion d'en conférer avec ce comité où je vois tant d'hommes qui sont mes amis particuliers, aussi bien que de la République ; je n'ai pas besoin de vous faire, à vous ni à aucun de ceux qui me connaissent, aucune protestation de mon dévouement et de mon affection persévérante pour le Parlement, et de ma disposition à le servir dans tout ce (jue me permettra ma conscience. »
« Harrison. On ne peut demander ni attendre plus de V. E. »
« Fairfax. Permettez-moi donc , milords, de vous dire en toute franchise qu'à mon avis il est douteux que nous ayons un juste motif de faire une invasion en Ecosse ; nous sommes liés envers les Écossais par le côvenant et l'alliance nationale ; et maintenant, en dépit de ce côvenant, et sans cause suffisante fournie par eux, envahir leur pays et y porter la guerre, c'est ce qu'il ne me paraît pas possible de justifier devant Dieu ni devant les hommes. »
« Cromwell. Je reconnais, milord, que , s'ils ne nous ont pas donné de raison de les envahir, nous ne saurions être justifiés de le faire. Mais, milord, ils nous ont eilvahis, comme V. S. le sait bien, depuis la signature et malgré les dispositions du côvenant national, quand le duc de Hamilton , par ordre du parlement d'Ecosse, est venu porter chez nous la guerre ; et maintenant ils ne
SUR LA GUERRE D'ECOSSE (juin 1650). 123
nous donnent que trop de motifs de soupçonner qu'ils méditent une seconde invasion, de concert avec leur roi avec qui ils viennent de s'arranger, à Tinsu et sans le consentement de cette république ; c'est pour cela (ju'ils lèvent des hommes et de l'argent ; je le soumets humblement au jugement de V. E. ; ne sont-ce pas là des motifs suffisants de prévenir leur hostilité et de préserver notre pays des souffrances que lui apporterait une armée d'Écossais? Qu'il y ait bientôt une guerre entre eux et nous/ je regarde cela comme inévitable ; c'est à V. E. à décider s'il vaut mieux que cette guerre soit chez nous ou chez eux. »
ce Fairfax. n est probable que la guerre aura lieu ; mais que nous devions commencer cette guerre et être les agresseurs, au lieu de nous tenir sur la défensive, c'est là mon scrupule. Le duc de Hamilton nous a envahis, il est vrai, il y a trois ans, par l'ordre du Parlement qui siégeait alors en Ecosse ; mais le Parlement suivant a désavoué cet acte et pimi quelques-uns de ses fauteurs. Si nous étions certains qu'ils vont entrer en AngleteiTc avec leur armée, je conviens qu'il serait prudent de les prévenir ; mais nous n'avons pas cette certitude. »
« Harrison. Je vous demande pardon ; mais en vérité il ne saurait y avoir plus de probabilité humaine sur les desseins d'un État que nous n'en avons sur leur intention d'envahir notre pays. »
«Fairfax. Des probabilités humaines ne suffisent pas pour faire la guerre à une nation voisine envers qui
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on est lié par un traité. Chacun, en ceci, doit se décider selon sa conscience ; ceux qui sont convaincus de la justice de cette guerre peuvent s'y engager; ceux qui ont des doutes à cet égard, comme j'en ai, je l'avoue, ne sauraient y prendre de service. Certainement tout ce qu'on vient de dire a beaucoup de poids, et personne n'a plus d'autorité sur moi que ce comité, de même que personne n'est plus disposé que moi à servir le Parlement dans toutes les occasions où ma conscience sera satisfaite. Elle ne l'est pas dans ceDe-ci. Mais comme je ne veux pas être un obstacle aux desseins du Parlement, je lui remettrai volontiers ma commission, afin qu'il puisse choisir un chef plus digne que moi et qui puisse entreprendre en conscience cette affaire dont je demande à être dispensé. »
c( Cromwell. Je suis désolé que V. S. ait l'idée de remettre sa commission qui lui a fourni, avec la grâce de Dieu, l'occasion de rendre au Parlement tant d'éminents services. Je vous en prie, milord, rappelez-vous vos fidèles officiers, nous tous qui avons servi sous vous et qui ne désirons servir sous aucun autre général. Ce serait un grand découragement pour nous tous, et un grand péril pour les affaires du Parlement que notre noble général pensât à remettre sa commission. J espère, milord, que V. S. ne donnera pas tant d'avantage aux ennemis publics, ni tant de tristesse à ses amis.»
a Fairfax. Que voulez-vous que je fasse? Tant que ma conscience me le permettra, je suis prêt à m'unir encore à vous pour le service du Parlement; înais