CROMWELL COMMANDE
la République avec le seul des chefs presbytériens qui l'eût servie. Cromwell fut immédiatement nommé général en chef de toutes les forces d'Angleterre. Trois jours après, il avait quitté Londres pour aller rejoindre son armée, et trois semaines après, le 22 juillet i 630, il passait la Tweed et entrait en Ecosse à la tête d'environ quinze mille hommes. En mettant le pied sur le sol écossais, il harangua ses troupes : « Comme chrétien ^t comme soldat, voici ce que je vous recommande : soyez doublement et triplement diligents , prudents et sages, car certainement nous avons de l'ouvrage devant les mains. iMais navons-nous pas eu jusqu'ici les bénédictions de Dieu ? Marchons dans la foi et espérons encore la même faveur ^ »
S'il eût bien connu ce qui se passait dans les conseils de l'Ecosse et dans leurs relations avec le roi qu'ils venaient de rappeler, Cromwell eût pris, à coup sûr, pleine confiance dans son succès. Ni les respects pubUcs ni la pompe royale ne manquaient à la situation de Charles : on avait voté 9,000 liv. st. (225,000 fr.) par mois pour l'entretien de sa maison ; on l'avait entouré de nombreux serviteurs. En l'absence du Parlement qui s'était ajourné, les membres du comité intermédiaire, dit comité des États, rendaient au roi, le marquis d'Argyle à leur tête, des hommages assidus. Argyle était un cour-
^ Mémoires de Ludlow^ t. II, p. 44, dans ma. C ollection ; — JoumaU ofthe House of commons, t. VI, p. 431-432 ; — Godwin, Hist. of the CommonwealtK t. III, p. 222; — Carly le, Cromiueiï's Lef fers, t. II, p. 12.
L'EXPÉDITION D'ECOSSE (juix 1650). 127
tisan consommé^ soigneux d'observer toutes les couvenances et de saisir toutes les petites occasions de plaire au roi. 11 faisait faire en même temps |)our la guerre de grands préparatifs; le Parlement avait prescrit des levées qui devaient donnera l'Ecosse une armée de trente mille hommes; un général expérimenté, David Lesley, la commandait; des fortifications s élevaient autour de la capitale. Mais ces apparences m()narclii(|ues et zélées couvraient mal la nullité forcée du roi et Tincoliérence des idées comme des actes du parti qui voulait à la fois le soutenir et Técarter. Cliarles n'assistait |)oint au conseil où se traitaient les affaires, et quand il essayait d'en entretenir sérieusement Argyle , celui-ci éludait respectueusement la conversation. Les tliéologiensen revanche assiégeaient le jeune prince (|ue les politiques s'appUquaient à annuler; les obser>ances, les remontrances, les sermons remplissaient les loisii-s qu'on lui imposait; et quelque effort qu'il fît sur lui-même jmur être hypocrite, il passait toujours, et à bon Uroit, \)ouy un Ubertin. Quoique presbytériens avant tout , les Ecossais étaient sincèrement royalistes , et Charles , |>eu enclin aux illusions, savait parfaitement que, hors d'Ecosse, il n'y avait pour lui ni royaume , ni armée; mais de part et d'autre, la méfiance et la déplaisance étaient profondes, et bien qu'ils se fussent mutuellement nécessaires, ils différaient trop pour se conipren(ir(î et s'unir \
» Clarendon, Hist. of the Rehell, 1. xiii , c. 1-7; — Whitelocke, p. 402;— Maloolm Laing, Hist. nf Scotland, t. III, p. 450.