‹ Histoire de la révolution d'Angleterre (volume 3)Chapitre 27 sur 132 · SITUATION DE CHARLES II · texte numérisé non relu

SITUATION DE CHARLES II

Quand on sut que Cromwell avait franchi la frontière, on ne crut pas pouvoir se dispenser de montrer le roi à Tarmée écossaise. Il vint au camp, près de Leith^ elles troupes le reçurent avec une joie qui fut bientôt suspecte aux prédicateurs ardents et aux politiques jaloux. Charles était gai, spirituel, affable : sa présence produisit dans le camp un vif mouvement de conversation libre et de dévouement à sa personne, et probablement quelques symptômes d'indiscipline et de mauvais vouloir contre ses surveillants. Les fanatiques saisirent avec empressement l'occasion ; ils se récrièrent contre la composition de l'armée qui contenait, dirent-ils, beaucoup de malintentionnés, d'anciens amis du ducde Hamilton, des royalistes épiscopaux ou libertins. Une épuration fut ordonnée; quatre-vingts officiers furent renvoyés, et même, selon d'autres témoignages, plusieurs milliers de soldats. Le roi n'eut pas la permission de séjourner plus longtemps au camp; on l'emmena en toute hâte à Perth, plus loin qu'il n'était auparavant. Ce fut encore trop peu pour calmer les alarmes ou satisfaire la passion des fanatiques ; ils voulurent dompter et compromettre Charles avec plus d'éclat. Us lui demandèrent de signer une déclaration expiatoire, dans laquelle il reconnaîtrait et déplorerait formellement les torts du roi son père, l'idolâtrie de la reine sa mère, son propre péché dans le traité qu'il avait conclu avec les rebelles irlandais, et où il renouvellerait, contre le papisme et l'hérésie, et en faveur des parlements libres et du régime presbytérien dans l'Église, en Angleterre comme en Ecosse, toutes

les protestations et les promesses qu'on avait déjà obtenues de lui ^

De premier mouvement^ Charles refusa : a Jamais^ dit-îl^Je ne pourrais regarder ma mère en face si je signais une telle pièce. » Puis il demanda du temps pour prendre l'avis du conseil. Les fanatiques refusèrent d'attendre. Le comité des États et celui de TË^lise déclarèrent qu'ils n'entendaient point s'unir à un parti de malintentionnés^ que la cause du roi était subordonnée à celle de Dieu, et qu'ils voulaient se laver du reproche de soutenir le roi actuel dans les procédés et les fautes de son père. La plu|>art des ofiiciei*sde Tarmée envoyèrent au comité des États leur adhésion à cette déclaration. Quelques-uns même, entre autres le colonel Strachan, le vainqueur de Montrose, eurent, à ce sujet, avec l'armée anglaise et Cromwell, des communications secrètes dont les royalistes purent, à bon droit, s'alarmer. Des ministres dirent en chaire que le roi était la racine du mauvais parti, et qu'il avait juré le covonant sans intention de tenir son serment. Los réticences [wlitiques ne supportent pas le contact des [)assions sincères. Charles intimidé céda et signala déclaration expiatoire. Ravis de leur trioniplie, les fanatiques, et le peuple et l'armée avec eux, célébrèrent, en Thonneur de cette expiation, un jeûne solennel ; et plus d'un prédicateur

« Godwin,Htt*. oftheCommonweaUh, t. III, p. 226 ;— Clarendon, Hist. ofthe ReheUion, 1. xiii, c. 20; — Brodie, HisL vf the BriHsh Empire, t. IV, p. 280 ;— Baillie, Letters, t. II, p. 347.

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