‹ Histoire de la révolution d'Angleterre (volume 3)Chapitre 32 sur 132 · MOUVEMENT DE RETRAITE · texte numérisé non relu

MOUVEMENT DE RETRAITE

Lesley ue résista pas fortement ; il avait sans doute^ lui aussi , ses illusions et ses tentations d'orgueil ; dans une affaire d'avant-poste ^ un soldat anglais qui, n'ayant ({u'un bras, s'était fait remarquer par sa bravoure acharnée, fut pris et amené devant Lesley qui lui demanda : « Est-ce que votre armée veut combattre ? — Que croyez-vous donc que nous avons à faire ici ? ré- })ondit le soldat, nous ne sommes venus que pour cela.— Mais comment combattrez-vous? Vous avez embarqué la moitié de vos hommes et tous vos gros canons. — Général, ayez seulement la bonté de descendre avec vos troupes au pied de la colline ; vous y trouverez encore des hommes et de gros canons. » Lesley, plus touché de la fermeté du soldat que de son avertissement, le renvoya libre et se décida à aller chercher la bataille que jusquelà il avait évitée avec tant de soin : « Demain, à sept heures du matin , dit-il à ses officiers, l'armée anglaise sera à nous, morte ou vive *. »

Le même jour, dans la matinée, Cromwell, ^rplexe malgré sa fermeté, avait engagé ses plus fidèles amis à se réunir à lui pour prier et invoquer ensemble , dans leur péril, le secours de Dieu : «Nous étions, dit-il, bien près de l'ennemi, et nous sentions bien les désavantages de notre position ; la cliair avait bien (pielqiies faiblesses; nous demandâmes au Seigneur son appui pour notre pau-

« Brodie, Hist. of the British Empire, t. IV, p. 286-2ÎI2;— Lingard, IILst. of England.t. XI, p. 52; — Carlyle, Cronin-elVs Letters, t. II, p. 41, 49, 51;— Carte, Ormond's Letters, i. I, p. 381-384.

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yre foi chancelante ; et plusieurs d'enti*e nous se dirent que^ précisément à raison du nombre de nos ennemis^ à raison de leurs avantages, de leur confiance, de notre faiblesse^ de notre détresse, nous étions, comme les Israélites, au pied de la montagne, et que le Seigneur se manifesterait sur la montagne et nous ouvrirait une voie de délivrance et de salut ; et en effet nous eûmes nos consolations et nos espérances. » Au sortir de cette réunion, vers quatre heures de l'après-midi, Cromwell monta à cheval avec Lambert, son major général, et alla se promener aux environs de Dunbar, dans le parc de.Broxmouth-House, château du comte de Roxburgh. De là, dirigeant sa lunette vers les i)ositions de Tarmée écossaise, il fut frappé du mouvement qui s'y opérait; une portion, d'abord de leur cavalerie, puis de leur infanterie, se portait de leur aile gauche à leur aile droite, et descendait du haut des coUines vers la mer comme pour couper plus sûrement toute retraite à Tarmée anglaise et la combattre dès qu'elle se mettrait en marclie. a Le Seigneur les livre entre nos mains ; les voilà qui viennent ! » s'écria Cromwell ; et faisant remarquer ce mouvement à Lambert, il lui demanda s'il n'en recevait pas la même impression. Lambert fut de son avis; ils envoyèrent cliercher Monk qui en fut également. Le conseil de guerre se réunit; Cromwell y proposa que, dès le point du jour, l'armée se mît en marche et allât attaquer les Écossais qui paraissaient décidés à livrer bataille pour lui disputer partout le passage. Monk Taj)puya énergiquement, s'offrant à marcher le premier.

188 BATAÎLLÈ DE

en tète de l'infdûterie d'fttailtrgahle. lA rëfoliitibtl fiii adoptée^ et les Anglais pateèbeiit Itt nuit à ëê prépài*et* â&iis bruit pour le combat \

Une nuit orageude^ et^ yen le point dii joili-^ un épàié brouillard le firent commencer un peu pltlâ tard que né Tavait projeté Cromwell, et il ne commença pâd heùrëU* sèment pour leë Anglais ; leur avant-garde de cavalerie fut vigoureusement reçue et repoussée par rartillerië et les lanciers écossais; les pt-emiers régiments d'infanterie inglaiàe rétablirent l'action^ mais sans la décider ; la outtée dura quelque temps^ aux cris : le Sêignefut ièè éhtiieé/ parmi les Anglais; le Co'cefiant/ parmi leS fijpossai^. Vers sept heures ^ le réginient d'infanterie dé Crbniwell chargea brusquement, et sur ce point les Écossais furent ébradlés. A ce moment le tootiillard se dissipa; le soleil brilla sur l'océan et sur les collines : « Maintenant t|ue Dieu se lève, s'écnà Cromwell, ses ennemis seront dispersés ; » et ses paroles retentirent au loin, répétées par tous ceux qui Tentouraient : « C'était un homme puissant dans les périls de la guerre et sur les champs de bataille, dit un de ses contemporains; l'espérance brillait en lui comme une colonne de feu quand elle s'était éteinte dans tous les autres ; » l'enthousiasme est contagieux comme le trouUe ; les Anglais redoublèrent leur choc; la cavalerie écossaise plia; un

* darlyle, CromwélVs Letters, t. II, p. 45; — Burnet, Histoire de mon temps, t. I, p. 114, dans ma Collection; — Carte, Ormond's Lètters, t. î, p. 382; — Malcolm Laing, Sist. of Scotland, t. III, p. 460 ;— 3f6n)fe. étude kisforiqufi (1851), p. 38.

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corp8 d'infanterie^ qui rétistait fermement^ fut rompu et traversé par quelques eflcadroM ; on entendit le cri : a Us fuient^ ils fuient ! h Le désordre gagna rapidement toute Tarmée écossaise ) elle s'enfuit en tous sens : « Os ne furent plus^ dit Cromwell^ que du ciiaume pour nos éjpées. X» A neuf heures> la bataille avait cessé ; tt*ois tnille Écossais avaient été tués j plus de dix mille prisonniers^ toute l'artillerie^ tout le bagage^ deux cents drapeaux étaient au pouvoir des Anglais : a Je crois que je puis le dire sans partialité^ écrivit Cromwell le tendetiiain éxk Parlement ; vos principaux commandants et ofOctes^ chacun à son poste^ et vos soldats aussi^ se sont conduite avec autant de courage que dans aucune autre action de cette guerre. Je sais qu'ils ne l'ont pas fait pour être nommés; c'est pourquoi je m'abstiens des détails K »

Dès le surlendemain , 5 septembre , Cromwell reprit l'offensive^ et quatre jours après il était maître de Leitb^ de tout le pays aux environs d'Edimbourg^ et d'Edimbourg même^ sauf le ciiàteau occupé par une forte garnison. Charles II et tout le gouvernement écossais se retirèrent vers le nord^ à t^erth; Lesley^ avec les débris de son armée, vers l'ouest, àStirUng. Le Parlement républicain avait atteint son but ; TÉcosse était envahie et ne sougeait^plus qu'à se défendre sur son territoire.

» CàHylè; CromwelVs Letters, t. II, p. 41-53 ;— Carte, Ormond's Letiers, t. I, p. 380-3»^;— Mémoires de Ludlow, t. II, p. 69 ;— Whitelocke, p. 470-471; — Brodie, Hw^ of the British Empire, t. IV, p. 292-294 ; — ^orster , Statesmen of the Commonwealth, t. IV, p. 286-890.

140 CHARLES II S'EVADE

Au milieu de Falarme générale, Charles se réjouit, dans son cœur, de la défaite des fanatiques dont il portait impatiemment le joug. C'était à eux, à leurs exclusions haineuses, à leurs exigences aveugles que Fopinion commençait à s'en prendre de ces revers inattendus. En vain les six ministres qui formaient le comité de l'Église essayèrent, dans un sombre manifeste, d'en rejeter la responsabilité sur les péchés obstinés de leurs adversaires, soutenant que Dieu aurait donné à Lesley la victoire si l'armée et la cour avaient été purgées de tous les profanes. 11 y a, même sous l'empire du plus ardent fanatisme, un degré d'absurdité qui, en présence d'événements puissants, tristes et clairs, n'obtient pas facilement créance. Charles jugea le moment favorable pour échapper à ses maîtres; par l'entremise de quelquesuns de ses officiers, surtout du docteur Frazier, son médecin, ennemi d'Argyle, qui l'avait naguère fait éloigner, il entra secrètement en négociation avec les chefs royalistes de la haute Ecosse, entre autres avec les lords Huntley, Middleton, Ogilvy, Dudhope, qui lui promettaient de se lever en armes dès qu'il serait au milieu d'eux. Mais au moment même où l'évasion se préparait, le secret fut livré à Argyle, et le comité des États ordonna sur-le-champ à tous les Cavaliers qui étaient encore auprès du roi, de quitter la cour dans vingt-quatre heures et le royaume dans vingt jours. Trois seulement furent exceptés, entre autres le duc de Bnckingliam, qui fut soupçonné d être le révélateur. Charles demanda pour ses amis neuf exceptions de plus; on les lui refusa.

DE P£RTH (octOB&E 1650). 141

n n'insista point ; mais huit jours après, il sortit de Perth, Vers une heure après midi, en habit de chasse, suivi seulement de cinq domestiques, et dès qu'il fut liors de vue, il prit le galop, rejoignit lord Dudiiope, puis lord Buchan, qui Tattendaient, et arriva dans la nuit, escorté de quelques montagnards, chezlelaird de Clova, pauvre maison à dix-sept lieues de Perih. 11 se reposait sur un matelas lorsque, à Taube du jour, entrèrent le colonel Montgomery et trois autres officiers envoyés de Perih par le comité des États qui avait découveri presque en même temps la fuite du roi et le heu de sa retraite. Charles parlementa avec eux; il ne s'était évadé, leur dit-il, que parce qu'il avait su que le comité des États voulait le Uvrer aux Anglais, et faire pendre ses serviteurs. Montgomery se récria contre cette calonuiie. Les chefs qui avaient escorté le roi dans son évasion rengageaient à repartir avec eux, l'assurant qu'à deux ou trois heues de là, il trouverait un corps nombreux de montagnards prêts à exécuter ses ordres. Mais la promesse paraissait légère, et Charles, comme son père, avait peu de goût pour les aventures liasardeuses. Pendant qu'il avait l'air d'hésiter, deux escadrons de cavalerie écossaise arrivèrent à l'appui des représentations de Montgomery. Us entouraient la maison. Charles céda, et fut aussitôt ramené à Perth ^

^ Malcolm Laing^ Hist. of Scotland, t. III, p. 464 ; — Baillie, Lettçrs, t. II, p. 356; — Clarendon, Hist. of the Rébellion, 1. xiii, c. 47-49; — Lingard, Hist. ofEiigland,t. XI, p. 53-55.

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