‹ Histoire de la révolution d'Angleterre (volume 3)Chapitre 42 sur 132 · CHARLES II ENTRE · texte numérisé non relu

CHARLES II ENTRE

santé. Argyle presque seul fit tous ses efforts pour en dissuader le roi ; par jalousie de pouvoir^ car c'était le triomphe de la faction des Hamilton^ ses rivaux; mais aussi par prudence et sagacité politique; il appréciait mieux que la petite cour de Charles l'état des esprits en Angleterre^ l'ardeur du parti républicain encore jeune et le peu de chance des soulèyements royalistes ; pourquoi courir de tels hasards et laisser ainsi ^ sans son armée et sans son roi^ l'Ecosse qui lui avait montré tant de dévouement ? Pourquoi se lancer^ avec la petite armée écossaise^ au milieu de ses ennemis^ quand on pouvait^ en restant en Ecosse sur la défensive^ user et détruire l'armée anglaise > et Cromwell lui-même ^ dans les rigueurs d'un second hiver? Charles ne tint nul compte de cet avis. Argyle insista^ déclarant qiie^ pour lui^ il ne saurait participer à une telle entrepri^^ et qu'il demanderait la permission de se retirer dans ses terres. Quelques personnes conseillèrent à Charles de le faire immédiatement arrêter; il y avait péril, disaient-elles, à laisser derrière soi, en Ecosse, ce puissant mécontent. Charles s'y refusa, soit égard pour son intimité si récente avec Argyle, soit crainte de l'éclat d'une rupture. Argyle partit pour son château d'inverary. Le roi annonça publiquement, par une proclamation, sa résolution de se mettre en marche le lendemain pour l'Angleterre, accompagné de ceux de ses siyets qui voudraient lui prouver leur loyauté en partageant sa fortune;^ et dès le lendemain, en effet, 31 juillet 1651,11 était sur la route de Carlisle, à la tête d'une armée de

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onze mille^ et^ selon quelques-uns^ de quatorze mille hommes^ avec David Lesley pour lieutenant général *.

Cromwell était devant Perth, dont il venait de s'emparer, lorsqu'il apprit cette nouvelle. On peut douter qu'il en fût surpris ou fâché : il était vivement frappé des difficultés et des périls, pour son armée et pour luimême, de la prolongation de cette guerre peu efficace qu'il faisait, depuis un an, en Ecosse ; il se croyait bien plus sûr, en Angleterre, d'un succès prompt et décisif. Dès le mois de janvier précédent, il avait fait entrevoir au Parlement que les Écossais pourraient bien tenter ime invasion ; et ses récentes manœuvres, en le jetant sur les derrières de l'armée écossaise, ouvraient si clairement au roi la route de l'Angleterre qu'elles semblaient presque l'y provoquer. Il ne se dissimula point Fimpression d'effroi, de colère et de méfiance qu'on en ressentirait à Londres; d'autant que, huit jours auparavant, au moment' où il se portait sur Perth, il avait écrit : « Je laisse derrière moi des forces suffisantes pour combattre l'ennemi, s'il se décidait à s'engager, et pour s'opposer à toute tentative de pénétrer en Angleterre. » Il alla sur-le-champ, avec une fermeté digne et adroite, au-devant des reproches et des soupçons qu'il pressen-

^Clarendon, Hist, ofthe Rébellion ^ 1. xiii , c. 53 ; — Whitelocke, p. 501; — Malcolm Laing, Hist. ofScotland^ t. III, p. 468; Godwin, Hist, of the Commonwealth, t. III, p. 253, 260 ;— Brodie, Hist. of theBritish Empire, t. IV, p. 304; — Browne, Hist. of the Highlands, t. II, p. 71; — le Père d'Orléans, Hist. des Révolutions d* Angleterre, t. IV, p. 50.

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