‹ Histoire de la révolution d'Angleterre (volume 3)Chapitre 45 sur 132 · CONTRE LINVASION DE CHARLES II · texte numérisé non relu

CONTRE LINVASION DE CHARLES II

nécessaires pour pourvoir, à toutes ces dépenses. Charles^ en entrant en Angleterre^ avait publié une proclamation d'amnistie générale dont trois hommes seulement^ Cromwell , Bradshaw et Cook , les trois grands acteurs dans le procès du roi son père^ étaient exceptés. Le Parlement y répondit en la faisant brûler à Londres par la main du bourreau^ en déclarant Charles Stiiart et les fauteurs de son entreprise coupables de haute trahison , en votant contre quiconque, par une voie quelconque^ entretiendrait^ avec lui , quelque correspondance^ la peine de mort y en emprisonnant , exilant ou confinant dans leurs terres les anciens royaUstes , en exerçant enfin une police rigoureuse et minutieuse à ce point qu'entre autres prescriptions il fut enjoint à tous les chefs de famille y dans certaines parties du territoire , de tenir leurs enfants et leurs domestiques étroitement renfermés chez eux, sauf à des heures déterminées, et de les signaler au comité de la milice du Heu, s'ils étaient, pendant plus de douze heures, absents de leur maison ^

Charles cependant avançait, avec son armée, à travers les comtés du nord-ouest de FAngleterre , sans rencontrer aucun obstacle. Cromwell, en apprenant son départ, avait aussitôt détaché Lambert et Harrison, avec deux corps de troupes légères, en leur ordonnant de le

i Mémoires de mistriss Hutchinson, dans ma Collection, t. II, p. 231; JoumaU of the House of commons, t. VI, p. 557, 614, 619-^22, t. VII, p. 3,6,7.9,10.

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suivre et de le harceler, soit séparément, soit ensemble, sur ses flancs et sur ses derrières, de manière à le gêner et à le resserrer dans sa marche, sans engager contre lui une grande action (ju'ils n'auraient pu soutenir et que Cromwell voulait se réserver, a Sa Majesté , écrivait de Penrith lord l^udcrdale à sa femme, s'avance en Angleterre à la tète d'une très-bonne armée, presque double, si ce n'est plus, de celle avec laquelle le feu roi de Suède, Gustave-Adolphe, entra en Allemagne. Dès que nous avons mis le pied en Angleterre, S. M. a été proclamée roi d'Angleterre, par un Anglais qii'Elle a fait roi d'armes pour ce jour-là, à la tête de l'armée, au bruit de ses acclamations et de ses canons. Hier, le roi a été proclamé à Penritli, et il le sera ainsi dans toutes les villes de marché où nous passerons. Jamais armée n'a été plus disciplinée que nous ne le sommes depuis notre entrée en Angleterre ; j'ose dire ([ue nous n'avons pas pris la valeur de six sous. Croyez-moi, ceci est la meilleure armée écossaise que j'aie jamais vue, et j'espère qu'elle le prouvera. Tous ceux qui n'étaient pas dis[)osés à tout risquer dans cette affaire avec leur roi nous ont «abandonnés sous quelque spécieux prétexte. C'est une purgation naturelle qui nous fera grand bien. Point d'action encore, si ce n'est qu'on a repoussé quelques petits détachements qui ne valent pas la peine qu'on en parle. Je ne veux pas oublier une chose : ce matin, le fils de milord Howard d'Escrick est venu à nous de l'ennemi, amenant tout son escadron; S. M. l'a i>3çu graci(Misen](^ut et l'a anssitot fait chevaHer. 11 est le pre-

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inier, mais j'ai la conflance que, sous \Hm de jours, bien d'autres reviendront à leur devoir *. » ,

. La confiance de lord Laudcrdale fut trompée ; peu d'Anglais vinrent joindre Cliaiies dans m marche; il envaliissait TAngleterre à la tête d'une armée d'Ecos^ sais et de presl)ytériens ; des étrangers et des sectaires ; l'orgueil national était blessé; les i>artisansde TÉglise épiscopale étaient mécontente et inquiets; ces senti* menls venaient en aide à la crainte qu mspii*aient le Parlement et ses rigueui^s. Ciiaiies ne rencontrait pas plus d'appui que de résistance ; dans la plupart des villes qu*il traversait, il était accueilli par des acclamations ; mais les populations ne se levaient pas ; les cliefs royarlistes eux-mêmes n'arrivaient ((u'eii très-petit nombre et très-peu suivis. Charles, en |»artaut d'Ecosse, avait fait prévenir de son mou>ement Tun des plus dévoués et des plus braves, le comte de Ucrby, ([ui, depuis la lin de la guerre civile, vi\ail retiré dans son île de Man, avec Charlotte de la Trémouille, sa fenune, aussi royaliste et aussi héroïque que lui. Derby se hâta de rejoindre le roi, avec une petite troupe d'amis et de ser>iteurs délite, et Charles le cliai'gea de parcourir le comté de Lancaster pour y exciter et rassembler ses partisans. Mais pendant que le comte s efforçait de remplir cette mission, il fut surpris et défait à \\ igan, par le colonel Robert Ulburne, que Cromwell, dans sa prévoyance, avait envoyé

* Cariyle, CromwelVx Letter^i, t. II, p. 137;— Whitelocke, p. 501; — Cary, Memorialt ofthe great civil ttarin EngJand, t. II, p. *W7.

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\er% les crimtés de Touest pour y étouflrer les mouvern^rnts mjalistes; et Derby , un moment prisonnier, f('/^:hap|>a à grand'|ieine pour aller presque seul et en fugitif retrouver le roi à Worcester. Un autre des lieut4;nants de Charles^ d'une autre nuance religieuse et IKilitique, le général Massey^ bon officier^ jadis presby- U'sum et |>arleinentaire^ reçut ordre aussi de rallier les royalistes dans ces comtés de Lancaster et de Chester où il passait |K)ur avoir du crédit; il y réussissait assez bien lors(|ue les ministres écossais^ qui suivaient toujours rariiiéi;, s'aïKirçurent (jull ralliait indifféremment des épim^opauv et des catholi(iues aussi bien que des presby^ tériniH ; ils lui adressèrent^ sans en rien dire au roi^ une doclaralion portant (pie nul ne devait être admis dans larniée s*il ne prêtait serment au covenant^ et lui enjoi- ((uironl dt^ la publier. Cbarles averti écrivit aussHdt i MaHM'y |K)ur interdire cette publication ; mais sa lettre, inlt»ivi»pti'H» (»t publiée par le Parlement , révéla une fois iW plus lo |Hni de sincérité du roi et les trouldes inlôrioui^ do son |mrti. En même temps que les royalistes se montraiont timidi's, les républicains se montraient ol>stines : le eonuuandant de la petite place de lti^^vr« s<uume de la ivndre, iv|H>ndit qu'il la gardait )H\ur la Uepublique de qui il la tenait. Charles avait \^^mplo faiiw de la \ille de Shrewsbury, le centre de ses o|Hn\ilious dans Vout^si • et il so flattait que le gouverneur, le ivlouel Maok\\orih* homme de loi devenu milit,^u\\ lui eu ou\ rirait K^ ix^rt^^ : Maokworth ks lui fenna nhk^iHnU^ el iwut ;iu:ï^tot du Parienient une chaîne

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d'or, en remercîment de sa fidélité. En arrivant à Waprington , sur la Mersey, Farinée royale aperçut sur la gauche un corps de troupes considérable ; c'était Lambert et Harrison réunis qui voulaient lui barrer le passage en coupant le pont sur le fleuve ; ils n'y réussirent pas; l'armée passa^ et quelques escadrons de Cavaliers chargèrent vivement Tavant-garde de Lambert^ en criant : « Ah ! coquins, nous serons sur vous avant que votre Cromwell arrive. » Lambert refusa l'action et se replia un peu en désordre. Charles ne jugea pas à propos de le poursuivre; il était pressé d'avancer : mais au moment même où l'ennemi se retirait, le roi vit son lieutenant général David Lesley, marchant à l'écart, l'air mélancolique et abattu ; Charles poussa vers lui son cheval et lui dit vivement : « Comment pouvez-vous être triste, général, à la tête d'une si brave armée? Voyez comme elle a bonne mine !— Sire, lui répondit Lesley à l'oreille, je suis triste parce que je sais, quelque bonne mine qu'elle ait, que cette armée ne se battra pas *. »

Le 22 août , Charles arriva à Worcester où il avait promis à ses troupes fatiguées, de bons quartiers et quelque repos. Un moment il fut tenté de repartir immédiatement et démarcher, sans s'arrêter, sur Londres ; mais il était de ceux qui ont assez d'esprit pour entrevoir les grands desseins et Tâme trop faible pour les

s ClarendoD, Hist, of the Rébellion, 1. xiii , c. 53-64; — Whitelocke, p. 501-503, 266 ;— Godwin, Hist. ofthe CommoniceaUh, t. III, p. 260-26r;:— Lîngard, HUt. of England, t. XI, p. 64-67;— T^f Bos cohel TraeU 1830,, p. 27-29.

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«ritxtiKT. WcrresUr tiât une ^îDe împortiiitr H bieD «ituâr : le «eoaeîl 'iTxât en 4^^ foît un lieu d exil pour im ciÊTUin wcal^^ «jk ^ectiibonimes des eoTirais qui f'y bouTaîrDt ûnâ rvuni» a raLnirêp du roi. et qui k relurent aTec trin^f^-^ : le m.'inp et toutes^ ks autorites locaks lui temoioiêrvDt le même dérouement ; elk« iidrent a:iâsitôi di< mesures pour 1 approTisionnenkfut de son armée, llhark^ rv^itut d'établir là soo quartier General : et le i.t aiaùt I^M . précisément neof an«, jotir \tfjur jo ir. a|>res celui où le roi son père ayait plante l'etendanl nciyal a NoStingham pour commencer la gi-erre civile. Charles planta le sien à Woreester, et appela, par une proclamation solennelle, tous ses sujets entre seize et soixante ans a s'y rallier pour la grande re^ue qu'il voulait |las^e^ dans les prairies situées entre la ^ille et la Sa^eme qui l'arrose. Trente ou quarante gentilsbommes seulement, avec deux cents hommes à leur suite, vinrent à ce rendez-vous. L'armée rovale se trouva la forte d"cn^irou douze mille hommes, dont dix mille Écossais et à |>eiue deux mille Anglais *. »

Un mouvement très->if , au conti*aire . éclatait dans le parti républicain, et même dans le pays, contre ces voisins arrogants qui venaient imposer par la force un roi à rAngleterre, et ces presbytériens tyranniques qui prétendaient fonder leur culte sur l'oppression des

* Whiielocke, p. 503, 504 ; — Clarendon, Hwf. of the Rébellion, 1. XIII, c.lOi—TheBoscohel Tracts, p. 27, 173-180 ; — Cari vie . CromirfWji LpttTst . t. II, p. lSf< : — Linpard, Hist. of England . t. XI, p. 65,

A WORCESTEli (ii .\o\:r ItiT»!;. 1»>7

consciences chrétiennes. La diversité des idées et des yœux politiques se taisait pres([ue devant ce sentiment national. Les milices d'un ^and nombre de villes, Londres, Bristol, York, Coventry, Glocester, Hereford, se levaient avec ardeur |)our défendre leurs foyers, ou même pour aller rejoindre l'armée qui défendait le pays. Des régiments de volontaires se formaient dans plusiem's comtés avec le même dessein. Fairfax, qui s'était refusé à envaliii* l'Ecosse, se mettait, dans le comté d'York, à la tête de ses voisins, et offrait lui-même à Cromwell ses services pour re|)ousser ceux qui osaient envahir FAngleterre. Le Parlement par ses mesures et ses récomiK»nscs, et Oomwell par ses connnandements et ses exemples siu* toute sa route du nord-est au sudouest de FAngleterre, fomentaient sans relâche ce mouvement ; et lorsque après vingt et un joui*s de marche, Cromwell, parti d'Ecosse avec dix milltî hommes, arriva le 28 août devant Worcester, il réunit sous ses murs une armée de trente-iiuatre mille cpiatre cents honnnes, dont vingt-<|uatre mille fantassins et dix mille (juatre cents chevaux*.

L'armée royale était beaucoup moins nombreuse, moins animée et moins bien commandée. On ne savait même pas avec certitude ([ui la commanderait. Au moment où elle était entrée en Angleterre, le duc de Buc-

* Whitelocke, p. 497, 502, 501 ; — Jouruais of the IIov.se of commonSf t. VII, p. 6, 8; — Gochvin, Ilist. ofthe Cummoinrealth, t. III. p. 263, 268, 407;— Brodio, Hist. ofthc British Empire, t. IV, p. 307 — The Boscobel Tracts, p. 180.

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