CROMWELL ARRIVE DEVANT
kingham , ambitieux^ présomptueux et remuant, avait dit au roi qu'elle ne pouvait plus rester sous les ordres d'un Écossais, et il s'était/à la grande surprise de Charles, proposé lui-même pour rem[)lacer Lesley. A Worcester, quand l'action décisive approcha, il renouvela sa demande avec tant d'insistance que le roi impatienté lui dit : « Vous ne parlez pas sérieusement ; vous n'êtes pas propre à cette charge. — Pourquoi donc, sire? — Parce que vous êtes trop jeune.— Mais, sire, le roi de France, Henri IV, a commandé une armée et gagné une bataille, étant plus jeune que moi.— Je n'aurai point d'autre généralissime que nioi-même, » répondit le roi qui renvoya Buckingham plein d'humeur, à ce point qu'il ne parut plus au conseil et se tint à l'écart, adressant à peine la parole au roi. La mésintelligence régnait parmi les autres généraux ; Lesley, triste et impopulaire, détestait Middleton, confiant et aimé des soldats ; Massey, grièvement blessé dans une rencontre où il avait voulu empêcher l'ennemi de passer la Saverne et de s'établir sur les deux rives du fleuve, était dans son lit, hors d'état de servir. Charles s'employait tantôt à réconcilier, tantôt à suppléer ses lieutenants ; mais il était lui-même léger et insouciant; il avait peu d'autorité, peu de foi dans son propre succès; et les traîtres ne manquaient pas dans les murs de Worcester pour faire connaître à Croiîiwell le mauvais état intérieur de l'armée royale, ses dissensions, ses hésitations, ses mouvements et ses projets '.
* Clarendon, Hist. ofthe Rehelh, 1. xiii,c. 71; ^Boscohel Tracts
WORCESTER (28 août 1651). 169
Cromwell n'hésita point : sans s'arrêter aux lenteurs d'un siège, il résolut d'assaillir sur-le-champ Worcester, sur les deux rives de la Saveme, par les deux extrémités de la place, et de l'enlever à tout prix. Campé sur la rive gauche du fleuve, il fit, le jour même de son arrivée, et malgré la vive résistance des royalistes, passer un corps de troupes sur la rive droite où Lambert les établit, et cinq jours après, le 2 septembre au soir et le 3 au matin, de nombreux renforts commandés par Fleetwood firent le même mouvement , avec ordre d'aller attaquer, à l'ouest , le faubourg de Worcester, tandis qu'à l'est Cromwell dirigerait lui-même, contre la ville, l'attaque principale. Charles, mal informé, ne s'attendait ce jour-là à aucune affaire sérieuse et se reposait sans inquiétude ; mais un peu avant midi il monta, avec son état-msyor, au haut du clocher de la catliédrale de Worcester, et vit de là plusieurs régiments de Cromwell passant le fleuve sur un pont de bateaux et marchant contre le corps écossais chargé de défendre la ville à l'ouest sous les ordres du major général Montgomery. Presque au même moment, on entendit, du côté de l'est , les décharges de Tartillerie républicaine qui commençait à battre les approclies de la place. Charles descendit en hâte du clocher, monta à cheval et se porta sur le faubourg de l'ouest pour soutenir Montgomery. Cromwell y était déjà en personne et poussait vivement
p. 30, 125, 180, 220;— Whitelocke, p. 505; —Carlyle, CromwelVê LetterSf t. II, p. 140.
Tattaque ; il avait voulu, avant d'agir lui-même sur la rive gauche, s'assurer que les ordres qu'il avait donnés stir la rive droite seraient bien exécutés. Les Écossais résistaient fermement. Charles pensa que le gros de l'armée parlementaire était engagé de ce côté, et rentrant aussitôt dans la ville, il se mit à la tête de sa meilleure infanterie et de ses escadrons de Gavahers anglais, sortit par la porte de l'est , et alla attaquer le camp de Cromwell, dans l'espoir de le trouver très-affaibU et de l'emporter. Mais Cromwell aussi repassa rapidement sur la rive gauche du fleuve, et reparut à la tête des troupes qu'il y avait laissées. La bataille, ainsi engagée aux deux extrémités de Worcester, dura quatre ou cinq heures, « aussi rude que j'en aie jamais vu, » écrivit Cromwell, mais commencée et soutenue, par les royalistes, au milieu d'une grande confusion. Le corps conduit par Charles lui-même chargea si vivement les répubUcains qu'ils fléchirent d'abord , abandonnant une partie de leurs canons ; trois mille hommes de cavalerie écossaise, commandés par Lesley, étaient sous les armes en arrière du roi (jui leur fit donner l'ordre de suivre son mouvement et de charger à leur tour : « Une heure de Montrose 1 » criaient, les Cavaliers anglaié; mais Lesley resta immobile. Cromwell cependant ralliait ses troupes et reprenait l'offensive ; l'infanterie royale, manquant de munitions, se repUa; le duc de Hamilton et sir John Douglas furent blessés à mort. CromweU, partout présent et confiant, .poussa de sa personne jusqu'au pied des retranchements du fort royal qui couvrait de ce côté