‹ Histoire de la révolution d'Angleterre (volume 3)Chapitre 56 sur 132 · SUR LE CONTINENT · texte numérisé non relu

SUR LE CONTINENT

moment même où la monarchie pure était près d'y prévaloir, Tesprit de réforme et de liberté politique tentait un efTort sincère et vif, quoique superficiel et vain. Le Parlement d'Angleterre trouva, dans la Fronde, bien des admirateurs; on accueillait ses maximes^ on observait ses actes avec une complaisance empressée, et plus d'un pamphlet proposa la Chambre des conununes et la Cité de Londres pour exemple au Parlement et aux iKHirgeois de Paris. Mais le procès de Cliarles 1«% la nnitilation violente de la Chambre des communes, l'abolition de la Chambre des lords et l'établissement tyranni((ue de la République donnèrent en France, au sentiment royaUste sur les affaires d'Angleterre, un ascendant en harmonie d'ailleurs avec le cours des allaires fran^'aises, et que les désordres prolongés de la Fronde» et l(»s relations de ses chefs avec les républicains anglais alfennirent, au lieu de l'ébranler. La révolution d'Angleterre, loin de séduire, excita dès lors une réj^robation mêlée d'alarme; elle fut attaquée dans une multitude de |)amphlets; Jeanne d'Arc fut remise en scène, exhortant les Français à prendre les armes iK)ur aller venger, sur les parricides Anglais, la cause des rois ; et le pubhc de France, toujours spectateur avide des événements, ne ressentit, pour ceux qui se passaient en Angleterre , qu'une curiosité sans sympathie.

Deux incidents tragiques donnèrent, de cet état de l'opinion européenne, une éclatante démonstration.

Le 3 mai 4649, le docteur Isaac Dorislaûs, natif de Hollande, mais étabU depuis longtemps en Angleterre

194 ASSASSINAT DE DORISLAUS A LA HAYE (3 mai 1649)

et Tun des jurisconsultes employés à dresser Tacte d'accusation de Charles l^^, arriva à la Haye, envoyé par le Parlement en qualité d'adjoint à Walter Strickland, résident de la République auprès des Provinces-Unies. Il soupait tranquillement ce jour-là même, avec plurieurs personnes, à l'auberge du Cygne, lorsque six hommes masqués arrivèrent devant la maison; deux en gardèrent la porte ; les autres entrèrent, éteignirent la chandelle allumée dans le vestibule, et paraissant tout à coup dans la salle à manger , ils engagèrent l^ assistants à n'avoir aucune crainte, car ils n'en voulaient dirent-ils , qu'au représentant et au complice des ai^sassins du roi ; ils arrachèrent Dorislaûs de la table, le tuèrent à coups d'épée, et remettant froidement leurs épées dans le fourreau, ils rejoignirent leurs compagnons dans la rue, et sortirent de la Haye sans que personne eût le temps ou la volonté de les arrêter *.

Environ un an après, dans les premiers jours de mai 1650, Antoine Ascham, écrivain assez obscur, qui avait poussé au renversement de la monarchie et au procès du roi, débarquait à Cadix, envoyé auprès du roi d'Espagne par le Parlement. U avait, en partant de Londres, l'esprit frappé du sort de Dorislaûs, et il laissa voir au chargé d'affaires de France, Croullé, toute son inquiétude. A son arrivée à Cadix, le gouverneur, le duc de

* Wicquefort, Histoire des Provincei'Unies, t. IV, p. 167 ; — l» Clerc, Histoire des Provinces-Unies, t. II, p. 271; — Clareadon, Hist ofthe Rébellion, 1. xii, c. 23-26;— Whitelpcke, p. 368,^01;— JoumaU oftheHottse of commons, t. VI, p. 206.

ET D'ASCHAM A MADRID (6 juin 1656). ld:>

Hédina-Coeli, le plaça sous la garde du colonel don Diego de Horeda et de deux capitaines qui furent chargés de Tescorter jusqu'à Madrid et de ne le quitter qu'après Ty avoir établi en toute sûreté. Ils y arrivèrent le 5 juin, et soit négligence, soit mauvais vouloir, les officiers espagnols, après avoir conduit Ascliam dans une petite auberge, Ty laissèrent seul et allèrent se loger ailleurs. Le lendemain, vers midi, Ascham était à table avec son secrétaire Rivas, moine franciscain renégat; un homme entra; Ascham alla à sa rencontre, le prenant pour un WÉm; mais à la vue de trois autres inconnus qui m-traient aussi, il se rejetait vivement en arrière pour saisir des pistolets placés sur une table, quand le premier venu, l'appelant traître, le retint |)ar les cheveux et le frappa à mort de plusieurs coups de stylet. Son secrétaire Rivas, essayant de se sauver et criant au secours, fut aussi tué à Tinstant; un domestique anglais s'échappa seul et répandit Talarme; les quatre meurtriers sortirent de la chambre, rejoignirent deux de leurs compagnons qui les attendai<*nt à la porte, et s'éloignèrent Sans obstacle pour aller s(^ réfugier, Tun dans l'hôtel de

l'ambassadeur de Venise, les cinq autres dans l'église

^disine de l'hôpital de Saint-André K A Madrid comme à la Haye, la rumeur puUique et

* Thurioe, State-Papers, t. I, p. 148-20Î ;— Clarendon, Hitt. 9f

iHe Rébellion, 1. xiii, c. 8-11;— Croullé ù Mazarin ('iO juin 1650) ;— ArcKkes des Affaires étrauyères de France {Documents historiqueh, n*Uj;— Pari. Hist., t. XIX, i>. '2a');— Journal*- ofthe H^uit of corn- ^1^. t. VI, p. 407, 428.

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