IRRITATION' DES ROYALISTES D'ANGLETERRE
A cette froideur politique se joignirent, dans la vie privée, des actes d'une cynique indifférence : on vendit à Londres les meubles et les tableaux de Charles!'' qui aimait les arts et les avait protégés avec goût. Cardenas et Croullé en informèrent avec soin don Louis de Haro et Mazarin qui, soit pour leurs souverains, soit pour eux-mêmes, s'empressèrent d'acheter, quelquefois à vil prix, ces dépouilles du roi martyr : « Si les tableaux se vendent au prix porté par le mémoire que vous m'avez envoyé, je les trouve bien chers, écrivait Mazarin à Croullé; cela n'empêchera pas néanmoins que je ne songe à envoyer dès delà quelque personne intelligente pour m'en acheter*.» La reine Christine de Suède, Farchiduc Léopold, gouverneur des Pays-Bas, en acquirent aussi plusieurs; et lorsqu'on 1651, au milieu de l'hiver, le roi d'Espagne fît inviter lord Cottington et Hyde à sortir de ses Etats, un des motifs secrets de cette résolution si dure était la prochaine arrivée de dix-huit mules qui venaient de la Corogne chargées des tableaux et des médailles de Charles P' que Philippe FV avait fait acheter à Londres, et qu'il ne croyait pas pouvoir décemment faire entrer dans son palais tant que les ambassadeurs de Charles II seraient à Madrid.
Grands ou petits, dans leur patrie ou dans leur exil,
1 Clarendon, Hist. of the RehelUon, \. xi, c. 251; L xiii, c. 25; —Lettres de Croullé à Mazarin (21 février et 23 mai 1650), et de Mazarin à Croullé (ïl juin 1650) (Archives des Affaires étrangères de France) {Documents historiques, no VII).