U ORGANISATION DU GOUVERNEMENT
à dix de ses membres^ le droit d'agir en son nom*. Les mêmes obstacles^ la même résistance se rencontraient partout. Le Parlement ordonna^ dans tous les lieux publics^ la destruction des emblèmes de la royauté ; et cet ordre, renouvelé quatre fois *, fut si peu obéi que, deux ans après l'établissement de la République, le Parlement fut obligé d'en mettre l'exécution sous la responsabilité et à la charge des paroisses. On demanda aux ecclésiastiques pourvus de bénéfices, aux membres des Universités d'Oxford et de Cambridge, à tous les fonctionnaires publics, shériffs, juges de paix et autres, un engagement de simple fidélité à la Républi<iue; et les refus arrivèrent par milliers, publiquement sanctionnés par les autorités les plus graves, entre autres, par l'assemblée du clergé presbytérien, réunie à Londres en 1650 *. Ce fut seulement au mois de janvier 1650, un an après la mort du roi, qu'on osa changer, dans la flotte, les noms de vaisseaux qui rappelaient la royauté \ Au printemps dé cette même année, une frégate neuve fut lancée à Londres, en présence du conseil d'État réuni : on avait envie de l'ailler la République d^An-
* JoumaU ofthe House of commons, t. VI, p. 221, 222 ; — Whitelocke, p. 384, 404, 405; — Godwin, Hist. ofthe Commonwealth, t. III, p. 97.
« Les 15 février et 9 août 1649 , 9 avril 1650 et 5 février 1651 JoumaU ofthe House of commons, t. VI, p. 142, 276, 394, 531.
' Jowmals of the House of commons, t. VI, p. 306, 427; — Neal, Hist, of the PuritanSy t. IV, p. 8-10 ; — ReUquia Baœterian»t lib. i, pars I, p. 64.
* Joumals of the House of commons^ t. VI, p. 840.
RÉPUBLICAIN a049). 13
glelerre : a mais on a jugé^ écrit M. de Croullé au cardinal Mazaria^ que^ si elle venait à périr^ comme tous les vaisseaux y sont sujets^ ce serait un mauvais présage^ » et on se refusa cette hasardeuse satisfaction '.
Rien n'irrite plus le pouvoir^ surtout un pouvoir vainqueur^ que le sentiment de son impuissance ; et quand il l'éprouve ^ il cherche aussitôt à faire quelque acte de force pour s'en distraire ou pour s'en venger. Ce gouvernement républicain^ si entravé dans sa marche^ avait «ntre ses mains quelques-uns des plus éminents parmi les chefs royalistes, le duc de Hamilton^ le comte de Holland, le comte de Norwich^ lord Capell^ sir John 0 wen^ vaillants débris des dernières luttes de la guerre civile^ tombés, à divers jours^ au pouvoir du Parlement^ et ses prisonniers depuis plusieurs mois. Un moment^ ils avaient pu se croire délivrés. En novembre 1648^ les deux Chambres avaient voté que le duc de Hamilton payerait une amende de i 00^000 liv. st.^etque les autres seraient bannis du royaume ^ Mais avant que ce vote eût reçu son exécution^ les Presbytériens^ qui l'avaient fait rendre^ étaient expulsés de la Chambre des communes^ et les Indépendants^ restés seuls maîtres, le faisaient formellement révoquer, et retenaient les cinq chefs en prison, annonçant l'intention de leur faire leur procès '. Indifférent à cette périlleuse perspective,
1 Croullé au cardinal Mazarin (3 mai 1650) ; Archwe^ des Affaire$ étrangères de France.
« JoumaU of the House of commons, t. VI, p. 72. < 13 décembre 1648 i—Ibid., p. 96.
konque^ peu de jours après^ un procès plus grande celui du roi, commença^ lord Capell, avec Tentraînement d'un fier gentilhomme et d'un soldat vertueux, écrivit, du fond de la Tour, le 15 janvier 1649, à Cromwell pour lui représenter Ténormité d'un tel attentat et le conjurer de sauver le roi : «Je vous permets, lui disait-il, et [>eu m'importent les inconvénients qui pourraient en résulter |K)ur moi, je vous permets de penser qu'il n'y a point de moyen honnête de servir mon malheureux maître auiiuel je ne fusse, à tout risque, prêt à recourir pour lui, comme il n'y a point de bonheur ici-bas qui me fût plus cher (|ue celui d'aller un peu plus loin que tout autre dans le dévouement que je lui dois. Mais mon sort actuel m'interdit tout autre pouvohr que celui d'invoquer sur lui la protection de Dieu, et de m'a* dresser à vous (|ue je regarde comme le chiffre qui donne leur sens et leur valeur aux nombreux zéros qui le suivent. » Il faisait longuement valoir, en termes tantôt blessants, tantôt flatteurs, tous les motifs de religion, de justice, de politique, de devoir, d'honneur, d'intérêt, d'orgueil et d'ambition personnelle qui devaient décider Cromwell, et il finissait en lui disant : a Ma conclusion sera très-franche, pour que vous en soyez d^autant plus sûr de ma sincérité envers vous sur toutes choses. Les anciennes constitutions et les lois toujours subsistantes de ce royaume sont mon héritage et mon droit de naissance; si quelqu'un prétendait m'imposer ce. qui serait pour moi pire que la mort, je veux dire un lâctie abandon de ces lois, je choisirais la
ROYALISTES (février 1649). 15
mort comme le moindre mal. J'ai aussi droit au maintien de la royauté^ qui est le pouvoir protecteur de nos loiS; et à ce seul titre^ elle m'est plus chère que la vie. Enfin c'est sur la tête du roi aujourd'hui mon mattre que reposent mon droit et aussi mon devoir, à cause des inappréciables faveurs que j'ai reçues de lui. Plût à Dieu que le sacrifice de ma vie pût sauver la sienne I Si vous pouviez faire qu'elle fût bonne à quelque chose pour ce dessein^ je vous porterais plus de reconnaissance que vous n'en attendrez jamais vous-même des gens à qui vous aurez rendu le plus de services, et je mourrais votre affectionné ami ^
« Cafell. f>
Cromwell ne répondit point à cette lettre et ne l'oa^ blia point. Il avait cette sagacité impitoyable qui sait reconnaître la valeur d'un ennemi, et qui n'en conclut que la nécessité de l'écarter. Le i«' février, la Chambre vota la formation d'une nouvelle haute cour de justice formée de soixante membres, dont quinze suffisaient pour prendre une décision ; Bradshaw en fut nommé président. Elle reçut mission de juger divers délinquants, spécialement le duc de Hainilton, lord Hollande lord Nonvich, lord Capell et sir John Owen, et Tordre fut donné de commencer immédiatement le procès ^
* Lives of the friends and contemporaries of lord chaneéUor Cla^ rendon, par lady Theresa Lewis {Vie de lord Capell), t. II, p. 103- 103 (Londres, 1852).
» 1*' févi:ier 1649 ; Journal» of the Bouse ofcommonx, t. VI, p. 12S.
Le lendcmaia, 2 février, dès que la nuit fut venue^ lord Capeli, à qui Pou avait trouvé moyen de faire passer une
corde, se laissa glisser de sa fenêtre dans les fossés de la Tour. On lui avait indiqué sur quel point il lui serait plus facile de les traverser ; mais soit qu'il se trompât, soit que Teau et la vase fussent plus profondes qu'on ne Tavait cru, il y enfonça jusqu'au menton et fut sur le point de renoncer et de crier au secours; sa haute taille et son obstiné courage le sauvèrent; il atteignit l'autre bord où l'attendaient des amis qui l'emmenèrent au Temple. Il y resta caché deux jours. Le gouvernement, ému de sa fuite, le faisait chercher avec ardeur. Un de ses plus fidèles amis pensa qu'il ne pouvait rester en sûreté au Temple, où venaient trop de gens, et qu'il serait mieux caché dans une petite maison du quartier de Lambeth. Le soir même, lord Capell sortit, accompagné de ce seul ami , pour aller prendre le premier bateau qu'il trouverait sur la Tamise, au bas de l'escalier du Temple. 11 était si tard qu'un seul bateau restait. Ils y entrèrent et demandèrent au marinier de les conduire vers l'autre rive du fleuve, à Lambeth. Lord Capell était déguisé avec soin; mais soit que son compagnon , comme on l'a dit, l'eût par inadvertance appelé mylord, soit à quelque autre signe, le marinier conçut des soupçons, suivit de loin les deux passagers débarqués, observa la maison où ils entraient, et allant aussitôt trouver un officier : « Combien me donnerezvous, lui dit-il , pour vous mener à Tcndroit où est lord Capell? » L'officier lui promit iO liv. st. ; le marinier
ROYALISTES (fxvrier 1640). 17
tint sa promesse; lord Capell fut pris et ramené le lendemain à la Tour ^
Le 9 février^ la Cour entra en séance. Cinquante des commissaires désignés pour la former étaient présents. Les cinq accusés furent amenés^ divers d'attitude et de langage comme de condition et de caractère. Le duc de Hamilton était un grand seigneur^ politique de cour^ sincèrement attaclié au roi qu'il avait toujours désiré servir, mais encore plus préoccupé d(3 son crédit ou de sa popularité en Ecosse^ sa vraie patrie, attentif a ménager là tous les partis, et s'inquiétant peu d'aggraver, pour son maître, les difficultés ou les périls, quand il pouvait les atténuer ou les ajourner pour lui-même. Lord HoUand, courtisan frivole, mobile, avide de plaisirs et d'argent; peu de foi, peu de capacité, peu de mœurs; il avait brigué et obtenu la faveur, d'al)ord du duc de Buckingham, puis de la reine Henriette-Marie, puis du roi lui-même, puis du Parlement ; passant, selon ses besoins ou ses craintes, de l'un à l'autre parti; décrié dans tous; entretenant à la cour de France des relations suspectes^ et s'étant attiré, soit par quelques propos piquants, soit aussi , dit-on , par une relation de femme, l'inimitié jalouse de Cromwell. Le comte de Norwich, Cavalier jovial, facile , empressé à faire son devoir envers le roi, à servir ses amis et n'inspirant à ses ennemis ni ressentiment^ ni crainte. Sir John
* Ladj Thereta Lewii, Life of lord Capell, i. II. p. 105 :— Clarendon, Bist. ofihe Rehellionf 1. zi, c. 959, t. IV, p. 255;- Wiiiielocko , p. S77.
Owen , simple gentilhomine du pays de Galles, honnête, courageux , sans cimbition ni jHmsée iiersonnellu y martyr obscur de sa cause et ne songeant |)as à se faire un mérite de son dévouement. Lord Capell enfin , aussi noble de cœur que de race, digne héritier d'un grand- [>ère célèbre dans son comté par ses vieilles et vertueuses mœurs : c II tenait^ a dit de lui son |»etit-fllt(, une maison al)ondante et témoignait sa foi par ses œuvres, répandant si largement sa charité sur les pauvres qu'il était du pain pour ceux (|ui avaient faim, de la boisson pour ceux qui avaient soif, des yeux pour les aveugles, des jambes (mur les estropiés, et (|n'il (buvait justement être a|)pelé le grand aumônier du roi des rois. » Lord Capell avait porté dans le Parlement , à la cour, dans les ciimps, les vertus fortes de sa famille, et Charles V* avait é|)rouvé tour à tour, selon le besoin des temps, son indépendance et sa loyauté. Ces cinq hommes formaient par leur réunion une image à peu près complète et fidèle du parti royaliste , dans ses plus nobles comme dans ses moins honorables éléments ; et le parti semblait représenté et poursuivi tout entier, dans leur personne, devant la Haute Cour qui venait siéger dans Westminster-Hall, quelques jours après celle qui avait jugé le roi*.
* Htate-Triah, i. ÎV, col. 1166 ;—Clarendon, Hiat. ofthe Rébellion, l.i, c. 06; 1. II, 0.46, 87, 99 ; 1. xi, c. 2r>3-258; 1. i, c. 137, 140;l.iv,c. î, 14; 1. v, c. 415; 1. <i, c. 253-262; 1. vu, c. 307; 1. xi, c. 252-258 ; 1. xii, c 2.V>;— Lady ThereHg Lewis, I^ifeofhrd Capell, t. I, p. 252.
ROYALISTES (févbifr 1649). 19
Hamilton garda une contenance sereine et demanda du t^mps pour faire venir d'Ecosse des papiers dont il av^t |)esoin. La Cour lui accorda des délais qui ne suf- Qsaiept pas, et lorsqu'il insista : « Vous avez été longr? t^Qip^ pp'prison, lui dit Bradshaw, il fallait préparer vos preuves pour le procès, p Après sa condamnation , le duc fut vivement sollicité de fidre sur le passé des révélations; Cromwell lui envoya mème^ à pe siyet, des officiers chargés de lui offrir^ non-seulement la vie sauve^ mais le retour à son ancienne fortune : « Quand j'aurais autant de vies que j'ai de cheveux sur la téte^ répondit Hamilton y je les sacrifierais toutes plutôt que de les Faebeter par un si honteux moyen. » Le malheur suprême et irrévocable élève les âmes qu^il ne dépouille pasde toute vertu'.
Lord Holland et lord Nor^jch ne s'appliquèrent qu% atténuer les faits qui leur étaient imputés, et à faire naître, dans l'esprit des juges ^ par la modestie de leur attitude^ quelques dispositions favorables *.
Lord Capell ne fut pas seulement digne; il se montra fier et rude. Sans faire attention à la Cour, il promena autour de lui> sur les assistants^ des regards sévères^ comnie pour leur reprocher la complicité de leur pré" sence. Il soutint qu'aux termes de la capitulation de Colchester et des explications du général lui-même,
i Staie-Triah. t. IV col. 1156, 1187, 1188, 1191, 1211;— White-
locke, p. 3Sl.
* ^^aUrfHaM, t. lY, col. 1195 et «uiy.î— WbUelocl^e, p. 381,
Fairfax^ la vie sauve lui avait été garantie: « Je suis prisonnier de guerre, dit-il, il m'a été fait quartier; toutes les robes du monde n'ont rien à voir avec moi. » En tout cas, il demandait à être jugé par ses pairs : a Quoique le roi et les lords aient été mis de côté, les lois fondamentales du pays sont encore en vigueur. Je vous rappelle la grande charte et la pétition des droits. Oii est mon jury ? Je ne le vois pas ici. Je voudrais voir raon jury et que mon jury me vît. Je ne crois pas ({u'on trouve aucun exemple, d'un homme condamné à mort si ce n'est par un bill du Parlement ou par un jury. — Vous vous trompez , lui dit Bradshaw ; vous êtes en jugement devant les juges qu'il a plu au Parlement de vous donner, et ils ont jugé plus grand que vous *. »
Quand le procureur général conclut en demandant qu'il fût pendu et son corps traîné sur la claie et mis en quartiers, lord Capell tressaillit; mais se reprenant : a Du reste, dit-il, de quelque façon que je sois traité ici, j'en aurai ailleurs une meilleure résurrection *. »
Us furent tous cinq condamnés à avoir la tête tranchée. Quand le président eut prononcé l'arrêt, sir John Owen fit à la Cour une profonde révérence et la remercia. L'un des assistants lui ayant demandé pourquoi : « C'est un grand honneur, dit-il, pour un pauvre gentilhomme du pays de Galles, de perdre la tête en compagnie de ces nobles lords, » et il ajouta avec un jure-
1 State-TriaUj t. IV, col. 1195 et suiv.;— Whitelocke, p. 380, 381; — Lady Theresa Lewis, Life oflord Capell, t. II, p. 108-115. « Whitelocke, p. 381.
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ment : « J'avais peur que ces gcns-là ne voulussent me faire pendre *. »
La Haute Cour cependant était soucieuse^ et soit désir de quelque clémence^ soit qu'elle aimât mieux n'avoir pas à répondre seule de sa rigueur, après avoir condamné les accusés, elle renvoya, quant à l'exécution de la sentence, à la décision souveraine du Parlement*.»
Le lendemain , 7 mars, le comte de Warwick, frère de lord HoUand, lady Holland , lady Capell et plusieurs autres hommes et femmes, de leur famille ou de leurs amis, se présentèrent à la porte du Parlement, et demandèrent à implorer en personne la grâce des condamnés. Ils furent introduits et remirent leurs pétitions. Mais la Chambre, après en avoir entendu la lecture, déclara qu'elle n'avait point à s'en occuper, et qu'elle s'en remettait à la justice de la Cour qui avait prononcé l'arrêt. Les meneurs auraient voulu, sans intervenir davantage dans cette triste affaire, profiter de la rigueur des juges qu'ils avaient nommés; mais la Cour était résolue à n'en pas porter seule tout le poids ; elle accorda aux condamnés un sursis de deux jours poor ^fu'ils pnsseut recourir de nouveau au Parlement'.
Contraints de décider eux-mêmes, les chefs républicains ne consultèrent plus que leurs haines et leurs peurs. Le duc de Hamilton n'inspirait, soit par lui-
« Clarendon, Hist. of the Rehellioiif 1. xi, c. 256; t. IV, p. 553. « State-Triah, t. IV, col. 1188 ;— Whitelocke, p. 386. 8 Joumals of the House of commonSy t. VI, p. 158 •y'^ S taie-Trials t. IV, col. 1216.
n PROCES DES CHEFS
même, soit comme Écossais, aucun intérêt; sa pétitieti fut écartée sans hésiter. Lord Holland avait des amis ; Mon frère et sa femme étaient là ; il était d'un iiaturel id)ligeaht et doiiX; en passant à travers tous les partis^ il avait^ dans tous^ contracté des relations et rendu àm sei^Vices; ihaiè Gromwell et Ireton le détestaient et lé méprisaient; sa grâce fut rejetée à une voix de majcxitë. Sur le éompte de lord Norwlch, les voix s'étaient partagées également : l'orateur de la Chambre, Ledthall^ dit qu'il lui a\ait des obligations personnelles, qii'ayànt encouru un jour le déplaisir du roi > il avait dû à lord Norwich de n'en pas souffrir, et qu'il ne pouvait se dis* penser de voter pour lui; lord Norwich fut sauvé comme lord Holland venait d'être perdu , à la majorité d'une voix. Personne ne disait uti mot pour sir Jôhil Ôwen : « C'est une pitié , dit le colonel Hutchinâoh à Ireton assis près de lui , que tandis que tant de gens travaillent à la délivrance des lords^ personne n'inter-* cède pour ce gentilhomme qui est condamné <^mme eux ; si vous voulez me seconder, je éuis rédolu de pur-* 1er pour lui , car je vois qu'il est étranger ici et salis amiSé » Ireton le lui promit : Hutchinson alla Chercher là pétition du pauvre Gallois qui étdt restée entre les mains du clerc de la Chambre ; il la fit lire^ la reecmi^ râaâda viVisment, fut soutenu par Ireton, et sir John Owen eut la vie sauve, à cinq voix de majorité *.
* Joumali of the House of commons, t. VI> p. 159, 160 » — Wkitelocke, p, 38Çj — Mémoires de mistriss Huichirison, t, II, p. 109-S02.
K0YÂLI8TËS (PEYRiBR 1049). 98
Restait lord Capell, objet, pour sa famille et ses ami&i d'une sollicitude passionnée et des démarches les plus actives; tout fut tenté pour le sauver; on offrit, on donna même de l'argent à des personnes qui promirent le tecôurs dé leur influence. Un long débat s'engagea; quelqiles^uds parlèrent pour lui , faisant valoir ses vertus et disant qu'il ne les avait jamais trompés, qu'il s'était toi\jours montré tel qu'il était en efltet , dévoué au roii GromWell prit la parole et témoigna d'abord , peur tord Capell > plus d'estime et de bienveillance que personne n'avait fait : a Hais mon zèle pour l'intérêt public i dit^il, l'emporte sur mes amitiés particulières^ et je ne puis pas ne pas vous dire que tous avez main^ tenant à décider la question de savoir si vous voultc sauver votre plus implacable ennemi ; je connais trèsbien lord Capell; ce sera le dernier homme en Angleteriik qui 'abandonne la cause royale; il a beaucoup de eourage» d'habileté et de générosité , et beaucoup d'anaÉl qui lui resteront fidèles ; tant qu'il vivra, quelle que soit sa situation, il sera une épine dans vos flancs ; pour le bien de la RépubUque , je me sens obligé de voter contre sa pétition ; » et elle fut rejetée, on ne sait pas précisément à quelle majorité * .
L'etécutton fut fixée au lendemain, 9 mars. Dans la nuit , lord Capell demanda au docteur Morley, son ami, qui venait le visiter dans sa prison , de lui donner la
—de Ludlow, t. I, p. 356-867, dans ma Collection; — Clarendon, Hist. of the Rébellion, 1. xi, c. 260. » Lady Thetesa Lewis, Life oflord Capell, t. II, p. 11Ô-124.
communion : « Je désire la recevoir, dit-il, d'un ministre du parti du roi , et selon la liturgie de l'Église
é'Angleterre Je crois n'avoir à m'accuser d'aucun
péché grave commis contre la lumière de ma conscience, si ce n'est d'avoir voté dans le Parlement potu' la mort de mylord Strafford. Cela , je l'ai fait contre ma conscience, non par aucun mauvais vouloir envers l'homme lui-même, mais par une lâche crainte et entraîné par la violence d'une faction dominante. J'en ai été depuis et j'en suis profondément repentant. J'en sd souvent demandé à Dieu et, j'espère, obtenu de lui le pardon ; si vous le jugez nécessaire ou seulement convenable, je confesserai publiquement mon péché et sa cause sur l'échafaud, à la gloire de Dieu et à ma honte. » Le prêtre l'encouragea dans cette vertueuse intention. La famille de lord Capell entra, sa femme, son âls aîné, deux de ses oncles, son neveu, tous ensemble; on ne le«r avait pas permis de le voir séparément. Il les garda une heure, tendre et triste, mais surtout occupé de soutenir leur courage et de leur donner ses derniers conseils : « Je ne voudrais pas, dit-il à son fils, que vous négligeassiez aucune occasion de servir votre roi et votre pays, au péril de votre fortune et de votre vie; mais ne vous engagez dans aucune entreprise, ni par désir de vengeance, ni par espoir de récompense; ne cherchez que votre devoir. Je vous enjoins^ en vous bénissant, de faire entrer dans vos prières de chaque jour, comme je l'ai toujours fait dans les miennes, ce verset du 27* psaume de David : « Éternel , enseigne-
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moi la voie et conduis^moi par un sentier uni^ » car y'êi toujours aimé^ dans les actions et dans les paroles, ce qui est uni et droit; je déteste toute dissimulation ot tout artifice^ et je désire que tous en fassiez autant. » Quand vint le moment de la séparation, lady Capell succomba; on l'emporta défaillante : « Maintenant, dit lord Capell au docteur Morley, resté seul avec lui, ce que j'avais de plus difficile à faire en ce monde est fait, me séparer de cette pauvre femme ; grâce à Dieu , je me sens bien disposé et prêt; j'espère qu'au moment de mourir, je n'aurai plus rien à penser qu'à mourir. » Pourtant il écrivit encore deux fois à sa femme, dans le court intervalle entre leur séparation et l'échafaud: « Je t'en conjure, ne te désole pas démesurément ni étrangement; que je vive longtemps dans ta cbère mémoire; que Dieu soit, pour toi, mieux qu'un mari, et pour nos enfants, mieux qu'un père. Je suis sûr qoH le peut; j'ai la confiance qu'il le fera *. » ^
Le duc de Hamilton fut amené le premier suria place de Westminster, où était dressé l'échafaud. 11 mourut dignement, après avoir parlé aux assistants en termes simples et tranquilles, justifiant modestement sa vie ^t faisant profession de son attachement pour le roi mort qu'il avait servi et pour le roi absent dont il espérait le retour qu'il ne devait point voir. Comme il paiiait^ les rayons du soleil tombaient sur son visage;
« State-Trials, t. IV, col. 1230-1231; -Lady Theresa Lewis, Life of lord Capell t. II, p. 136-140.
on l'engagea à changer de positioh ! « Non, dit-il^ J'espère voir bientôt lin soleil plus brillant que celiii-^ei.» Lord Holland avait laissé paraître là veille plus d'angoisse et de faiblesse ; il était malade et inquiet dé ^n ftme ; mais au dernier moment^ soutenu par deux ministres presbytériens qui l'avaient accompagné^ la febmeté convi!dable ne lui manqua point. Lord Capell partit le demiet*^ et seul^ sur Téchâfteud : a MotlHiëuf , lui dit rofficier qui commandait, votre chapelain eét^il là ? -*-Ndn> réponditril, j'ai pris congé de lui; » et Voyant qiielquefr-uns de ses serviteurs qui pleuraient : a Gotiteties^vous, Messieurs^ cmtenez-vous. b Puis, ëe retournant vers l'officier : a Les lords qui m'ont précédé ont-ils tmrlé le chapeau sur là tête ou non ?^Téte nue^ Monsieur. 0 Lord Capell Ata son chapeau et parla brièvement, fermement> également franc et décidé comme royaliste et comme chrétien» Il fit ce qu'il avait t)romisdti docteur Morley ; il s'acciisa de son vote Contre lord Stràfford : « Je confesse de nouveau, dit-il, pour la gloire de Dieu et à la honte de ma propre faiblesse , que ce %àl Vraiment une indigne lâcheté de ne pad résister âii tôr^ rênt qui nous emportait dans cette affaire. » Peuple et ^Idatd, amie et étrangers, tous le regardèrent mnurir dans le recueillement de l'admiration et dli respect ^
C'est un devoir pour l'histoire de rendre pleine justice à ces morts vertueuses et forted qui agissent puid^
i State-TriaU, t. IV, col. 1188-1194; 1220-1235 ,—Làdy ThGresa Lewis, Life of lord Capélh t. II, p. 140 153.
ROYALISTES (FBvtiiER 1640). 97
sKaimeat sur les sentiments des peuples, et qui relèvent au fend des cœurs lés causes perdues sur lés champs de bataille. A Texception du parti républicain> l'échàfaud de lord Capell iiidif^ua et attendrit tout le pays. La guerre était finie ) le sang du roi a\ait été versé pour etpi6f> dieait-on^ tout celui qu'elle avait foit répandre : pourquoi encore du sang ? Pourquoi^ sur des pHsontttfet^ faits daUs Une guerre qui avait cessé, ces rigtîeUrB infll^ géM par des Juges que les lois ne connaissaient pâl et soutenues par des subtilités d'école? Le ParlèUSêftt luNilfitiie sentit qu'il ne pouvait persister dans cette MtAéi n avait encore à statuer 8hr plusieurs chefs royâ^ lifttes^ ecclésiastiques^ civils et militaires; Contre quinze d'eutré eux, il prononça le bannissement à perpétuité et la confiscation de tous leurs biens ; il en renvoya cifiq devant des cours martiales^ pour faits de guerre ; il décida que deux autres^ le marquis de Winchester et l*évêque de Norwich, seraient retenus en prison aussi longtemps que cela serait Jugé* nécessaire ; deux seuftttleut^ sir John Howell et le Juge David Jenkins^ furent renvoyés en poursuite capitale^ non plus devant un tribunal extraordinaire^ mais devant les cours d'assises légales; et cette pourstiite même n'eut pas lieu : ils restèrent tous deux en prison, Jenicins Jusciu'ert 1656, sir John HoWell Jusqu'à la Restauration. Le Parlement ne voulait plus de bruit ; il interdit la publication des débatâ et des actes de la Haute Cour qui avait condamné lord Capell ; on saisit des pamphlets, on gagna des journalistes; un comité fut chargé de préparer des mesures
28 PUBLICATION DE L'EIKON
|K)ur répriinor la liberté de la presse. Les rigueurs sileQ^cieuscs remplacèrent les poursuites éclatantes et les écbafauds * .
Mais le Parlement ne disposait pas seul de Téclat et du bruit : [)cu de jours après la mort du roi, parut YEikôn Basilikè ou image royale, donnée comme Touvrage de Charles h^ lui-même, et qui, sous une forme pieuse, révélait à l'Angleterre les réflexions, les sentiments, les impressions^ les espérances et les angoisses, toute rame du roi pendant le cours de ses épreuves. Avertis, avant même rexécution de Charles, qu'on imprimait ce livre, les meneurs républicains pressentirent le coup qu'il devait leur porter, et firent tous leurs efforts pour en empêcher la publication *. Ils n'y réussirent point : l'ouvrage se répandit rapidement ; quarante-sept éditions en furent faites, et plus de quarantehuit mille exemplaires distribués en Angleterre dans le cours de l'année; il fut aussitôt traduit et avidement lu en France et dans toute l'Europe. Partout l'effet en fut prodigieux ; l'attachement pour la mémoire du roi devint de la passion et le respect du culte ; ses ennemis furent les bourreaux d'un saint. C'est surtout kVEikôn Basilikè que Charles 1" a dû le nom de Roi-Martyr.
L'ouvrage n'étiiit pas de lui ; les témoignages extérieurs comme les preuves internes ne permettent plus d'en douter : le docteur Gauden, évêque d'abord d'Exe-
' Journàls oftheHouse of commons, t. VI, p. 164-165; 276, 298, Godwin, Hist. ofthe Commonweaîthj t. III, p. 43-44 ; 343-348. > Le 16 mars 1649 ; JotimaJs oftheHouse of commons, t. VI, p. 166.
BASILIKÈ. S9
ter, puis de Worcester, sous le règne de Charles II, en était le véritable auteur; mais le manuscrit avait probablement été coiTnu et approuvé, peut-être même corrigé par Charles lui-même, pendant son séjour dans rîle de Wight. En tout cas, c'était bien l'expression et vraiment l'image de sa situation , de son caractère et de son âme tels que les avait faits le malheur : une élévation à la fois natiu^elle et tendue ; un constant mélange d'aveugle orgueil royal et de sincère humilité chrétienne; des élans de cœur à travers les habitudes d'une personnalité (d>stinée ; une piété vraie au milieu d'une conduite fausse ; un dévouement invincible, quoique un peu inerte, à sa foi, à son honneur, à son rang; et tous ces sentiments exprimés dans un langage monotone et souvent emphatique, mais grave, doux, onctueux même avec sérénité et tristesse : il y avait là de quoi remuer profondément les cœurs royalistes et leur persuader aisément que c'était le roi lui-même qui leur parlait K
Le Parlement sentit qu'il ne pouvait rester muet en présence d'une émotion publique si forte, et il chargea Milton de la combattre. Ce génie sublime et sévère qui, dès sa jeunesse, avait résisté à ses parents et à ses maîtres pour s'adonner tout entier à la poésie et aux lettres, était épris d'une passion ardente pour la liberté : non pour
' VEikân BtuiUkè est traduit en entier dans ma Collection des Mémoires relatifs à la Révolution d'Angleterre, et la question de son authenticité est discutée dans la notice placée en tète de ce volume.
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n INSURRECTION DES
cécité, contractée dans le cours de ce travail même, avec une éloquence tour à tour noble et touchante, répandant partout, même sur des idées fausses et sur de mauvaises actions, cette splendeur de pensé» et de langage qui attire et charme quoique sans convaincre, et quelquefois même en irritant. Le succès de ces répliques républicaines fut grand, sur le continent comme en Angleterre; la reine Christine de Suède en témoigna, devant Saumaise lui-même, son admiration; les États généraux de Hollande crurent devoir supprimer la Défense royale du professeur de Leyde. Il s'en indigna, tomba malade et mourut, laissant une Réponse de Claude Saumaise à Jean Milton qui fut publiée après sa mort. D'autres écrivains, royalistes et républicains, français et anglais, se jetèrent dans cette arène; ffilton y reparut encore, par irritation personnelle i^usque par nécessité politique; et ce ginand débat, qui avait commencé avec tant d'éclat par Topologie d'un roi despotique et d'un Parlement réi^olutionnaire, finit obscurément par une polémique grossière et vulgaire entre des lettrés acharnés à s'injurier *.
Quand il prit fin, de[)uis longtemps déjà le gouvernement républicain n'y pensait plus : des soins plus pressants et des ennemis plus dangereux avaient absorbé son attention.
Le 20 janvier 1649, au moment même où le roi com-
t Todd, Life of Milton, p. 72-84 ;—Mitford, Life ofMiltony p. 77- O69— Hilton, Prose Works, 1. 1 et TV (Londres, 1851).
NIVELEURS (1649). m
|)araissait pour la première fois devant la Haute Cour chargée de le juger, le général en chef et le con^^il général des officiers do Tarmée ayaienl présenté au Parlement, sous le titre de : « Convention du peuple . d'Angleterre pour établir une paix solide sur les fondements du droit commun, de la liberté et de la sécurité de tous, » leur plan de gouyernement républicain. Ce plan, rédigé, dit-on, par Ireton, comprenait 9it articles, dont les dispositions essentielles étaient celles-ci :
1* Le Parlement actuel se dissoudra le 30 avril
i® Il y aura une assemblée représentative (ils écartaient le nom de Parlement) formée de quatre cents meiubres. -
3^ L'assemblée représentative sera élue tous les deux ans, et siégera six mois chaque année.
Seront électeurs et éligibles tous les natifs ou habitants jouissant des droits civils en Angleterre, taxés pour le soulagement des pauvres, n'étant au service ni aux gages de personne, âgés de vingt-un ans au moins, et domiciliés dans le lieu de l'élection.
Ne pourront être électeurs pendant sept ans, ni élus pendant quatorze ans, tous ceux qui ont adhéré au roi contre le Parlement dans les dernières guerres, ni ceux qui feront ou appuieront, par voie de force, opiK)sition à la présente convention.
Ne pourront èlre élus à l'assemblée représentative nul niembre du conseil d'État, nul officier, commandant
des forces salariées^ nul employé dans la perception et l'administration du revenu public. Si un avocat est élu membre de l'assemblée représentative ou du conseil d'État, il ne pourra pratiquer au barreau tant que dureront ses fonctions.
A^ Cent cinquante membres au moins devront être présents pour le vote d'une loi ; soixante suffiront pour les débats préparatoires.
5^ Chaque assemblée représentative, dans les vingt jours de sa réunion^ nommera un conseil d'État chargé de diriger les affaires publiques jusqu'au dixième jour de la réunion de l'assemblée suivante.
()^ Dans l'intervalle entre deux assemblées représentât! ves^ et en cas de danger ou de nécessité urgente^ le conseil d'État pourra en faire élire et réunir une qui ne siégera pas au delà de ([uatre-vingls jours.
T Aucun membre de l'assemblée législative ne peut, l>endant sa durée^ recevoir aucun emploi public, si ce n'est celui de conseiller d'État.
8° Le pouvoir souverain et définitif^ entre autres celui d'instituer des cours de justice, est remis à l'assemblée représentative dans toutes lesclioses naturelles et civiles, mais non dans les choses spirituelles ou évangéliques.
Quelques limitations à ce pouvoir souverain étaient indiquées ici, pour la garantie des libertés civiles, des engagements financiers de l'État et des interdictions qui pesaient sur le parti royaliste.
9^ La religion chrétienne est la foi publique de cette nation : « Nous désirons qu'elle soit, par la grâce de Dieu ,
réformée, pour sa plus parfaite pureté dans la doctrine^ le culte et la discipline, conformément à la parole de Dieu, que le peuple y soit instruit publiquement, mais 8ans contrainte, et que ses ministres soient maintenus aux frais du trésor public et, c'est du moins notre vœu, sans recourir aux dîmes. »
a Le papisme et Tépiscopat ne seront pas publiquement professés au sein de cette nation. » Hors de là, point de pénalité en matière religieuse; égale liberté et protection pour tous ceux qui professent la foi en Dieu par Jésus-Christ.
10^ Quiconque résistera, à main armée, aux ordres de rassemblée représentative, sera puni de mort comme ennemi et traître à la nation, excepté dans le cas où rassemblée représentative trahirait ou violerait ellemême les principes fondamentaux de droit commun, de liberté et de sûreté publique établis dans la pré* sente convention *.
C'étaient là les vues des républicains politiques, des modérés, miUtaires ou civils, qui avaient déjà manié ou vu de près les affaires ; mais elles étaient loin de satisfaire aux idées et aux passions de tout le parti qui avait fait la guerre au roi et renversé la monarchie : à peine installé, le gouvernement répubUcain se vit en face d'une opposition ardente , démocratique et mystique ; et un homme se trouva qui, avec un courage et un dévouement indomptables, se fll, non pas le chef, nul n'était
i Parliam. History^ t. XVIII. p. 5164»«.
chet dans ce camp-là, maisrinterprète, le défenseur et le martyr populaire de tous les mécontents : ce fut John Lilburne.
Ce n'était pas pour lui un rôle nouveau; il en avait déjà, sous Charles 1"% affronté les souffrances et conquis la popularité. Même contre le Parlement républicain, il avait naguère, à Toccasion du procès du roi, commencé une vive opposition, s'élevant contre l'institution de la Haute Cour et demandant que le roi fût jugé selon les lois du pays, et par un jury indépendant. Non qu'il fût possédé du cynisme démagogique et qu'il voulût humilier la royauté déchue, mais par un respect strict du droit commun et des garanties légales promises à tout Anglais. 11 renouvela, plus chaudement encore, les mêmes attaques contre la nouvelle Haute Cour instituée pour juger lord Capell et ses compagnons, et leur fit même offrir ses services pour leur défense, cherchant partout des occasions et des chents à son ardeur de combat. 11 avait, dans la Cité où s'était passée ea jeunesse, et dans l'armée où il avait vaillamment servi, d'anciennes relations et de nombreux amis, des bourgeois et des apprentis, des officiers et des soldats, des sectaires mystiques ou esprits forts, tous passionnément adonnés, comme lui, aux idées et aux sentiments les plus démocratiques, tous raisonneurs et querelleurs comme lui, ne s'inquiétant ni des conditions de l'ordre, ni des nécessités du pouvoir, et toujours prêts à le critiquer et à le combattre dès qu'il blessait ou les instincts de leur conscience, ouïes rêves de leur esprit, ou les ré-
centes habitudes de leur indépendance révolutionnaire, ou les prétentions de leur orgueil. Lilburne mit tous, ses soins à faire fermenter ensemble toutes ces humeurs ; il s'appUqua surtout à ranimer, dans les rangs inférieurs de Tannée, la pratique des réunions, des pétitions, et ce travail des agitateurs délégués par leurs régiments dont les Indépendants et Cromwell s'étaient si efficacement servis pour dompter le Parlement. Dans un conseil d'officiers tenu à Whitehall, on résolut de prendre, contre ces menées, des mesures sévères, et un ordre du jour de Fairfax interdit dans l'armée toute réunion, toute délibération contraire à la discipline, admettant encore le droit de pétition des soldats, mais pourvu qu'ils en informassent d'abord leurs officiers '. Aussitôt parut un pamphlet de Lilburne •, les nouvelles Chaînes de F Angleterre dévoilées , attaquant avec violence ces excès de pouvoir de ces mêmes chefs qui naguère avaient si souvent autorisé et poussé leurs subordonnés à tous les excès de la liberté. En même temps cinq soldats signèrent et présentèrent à Fairfax une pétition pour se plaindre des obstacles ainsi apportés à leur droit de pétition : «Veuillez considérer, lui disaientils, que nous sonmies des soldatsanglais, volontairement engagés au service des libertés de TAngleterre, non des mercenaires étrangers chargés de tuer les gens pour de l'argent, et que nous n'avons à servir les ambitieux
< Le 22 février 1649; Whitelocke, p. 383. » Le 28 février 1649.
:^ INSIKKKCTION DES
desseins et les iiernicieuses volontés de (|iiî ijiic ce soit
vous le ciel *.»
Fairrax déféra iniraédiatement cette pétition an conseil de guerre qui condamna les cinq soldats à passer, la hce tournée vers la (jueuc de leur cheval, devant le front de leur régiment, à avoir leur épée brisée sur leur tète et a être cassés. La sentence fut aussitôt exécutée, le même jour où la Haute Cour de justice condamnait lord Ca()ell à mort. Quelques jours après, Lilburne publia un nouveau pamphlet intitulé : les Renards chcLMéê de Newmarket et de Triploe-Healh à Whitehatl, par cinq peiiis bassets^ ou les grands trompeurs déma^f^ués ;
. récit à la fois burlesque et tragicfue de la pétition signée et du châtiment subi par les cinq soldats, et invective brûlante contre les chefs qui le leur avaient infligé : a Fut-il jamais une bande d'apostats à ce point faux et parjures? Jamais hommes ont-ils, plus que ceux-ci, prétendu à la piété, à la sainteté, au zèle pour le service de Dieu et de leur pays? Ils prêchent, ils jeAnent, ils prient ; ils n'ont à la bouche ([ue des phrases des saintes- Écritures, le nom de Dieu et de Christ. Parlez à Cronn well de quoi que ce soit : il mettra sa main sur son cd^ur, il lèvera les yeux au del, il prendra Dieu à témoin,
^ ParUam. Hist., t. XIX, p. 49; — Joumals of the House of com- TOorw, t. VI, p. 130;— Whitelocke, p. 883, 884, dH5 ;—The htmUng of the Foxes fromNeumarket and Triploe-Heath to Whitehall, by five nmall Beagles^ p. 17, — Godwin, Hist. of the Commomvealth, t. III, p. 45-59 ; — mes Etudes biographiques sur la Révolution d^Angleterre ' Vie dej. Lilburne). p. 149-173.
N1VELEUK8 (1649). ;iO
il pleurera^ il gémira^ il se repentira ; et ain» faisant^ il vous fmppe sous la première côte. N'est-il pas évident que désormais l'influence des officiers est directement opposée à celle des soldats^ et que \h où Tune triomphe^ Tautre succombe?... Qu'êtes-vous, maintenant^ soldats anglais? On vous ferme la bouche; vous ne pouvez vous plaindre ni demander redressement ; vos officiers sont vos seigneurs et vous êtes des vassaux qu'ils ont conquis. Vous n'avez à leur résister en rien ; s'il leur platt de dire que les corbeaux sont blancs, dites comme eux ; ne vous avisez pas de prononcer un mot sur leurs abus^ leurs fausses revues, leurs voleries; tout soldat assez présomptueux pour articuler quoi que ce soit contre un officier sera caseé. »
Et en même temps qu'il dénonçait ainsi les officiers aux soldats, Lilburne adressait au Parlement la seconde partie de ses nouvelles Chaînes de V Angleterre dévoilées, autre invective aussi ardente et aussi bruyante pour dénoqcer au pouvoir civil les chefs de Tarmée qui travaillaient et avaient toujours travaillé à s'emparer de la tyrannie : « Si la Chambre, disait-il, ne fait pas son devoir en déjouant ce complot, nous avons la confiance que ce que nous venons de dire et de répandre ou-*vrira les yeux et relèvera les cœurs de tant de soldais et de citoyens que ces hommes ne parviendront jamais à accomplir leurs détestables desseins * . »
* Pari. Hi»U, t. XIX, p. 51;— Whitelocke, p. 385, 390 ; — Heath, A hrief ChronicU, etc., p. 430; — Lilburne, The fuintirtf of ihe
Le Parlement et le conseil jçénéral des ofliciers s'émurent (i^une même colère et mirent en œuvre à la fois, rontre leurs nouveaux ennemis , et les armes révolutionnaires et les armes du pouvoir. Des pétitions arrivèrent de plusieurs comté?, pleines de blâme contre l'opposition qui éclatait et d'adhésion dévouée au Parlement. Diverses congrégations de sectaires, anabaptistes et autres, vinrent déclarer que c'était contre leur gré que le pamphlet de Lilburne , les nouvelles Chaînes de V Angleterre dévoilées, avait été lu dans quelques-unes de leui-â assemblées, et elles en témoignèrent leur désapprobation. Plusieurs régiments, sur le vœu de leurs chefs, protestèrent formellement contre la rébellion naissante. Le conseil général de Tarmée adressa à la Chambre «une humble pétition» dans laquelle, en demandant le redressement d'abus administratifs nuisibles aux soldats, il témoignait de la bonne intelligence qui régnait entre le Parlement et Tarmée ; et la Chambre attacha tant de prix à cette démarche qu'elle en fit aux pétitionnaires des remercîments officiels : « Ce jour, leur dit en son nom 1 orateur, sera im jour de grand mécompte pour nos communs ennemis; tous les gens de bien qui se sont engagés avec nous pour le salut du royaume verront avec une vive joie votre modeste et discrète pétition ; elle fermera la bouche à nos détracteurs malintentionnés qui seront forcés de recon-
FoxeSf etc., p. 12,13; — England'sNew-Chaircs, etc. (2*part,)i p. 16; •^Godwin, Hist. ofthe Commonwealth, t. III, p. 59.
MVKLKUHS ^1(549. 41
naître que rarinée et le Parlement sont unanimes |)our le bien public. La Chambre regarde comme très-importantes, et elle prendra immédiatement en considération les choses que vous lui recommandez ; et comme vous vous êtes toujours montrés, dans votre service, empressés et fidèles, elle m'ordonne de vous remercier de vos discrètes et sérieuses représentations. » Ktpour soutenir, par rénergie de ses propres résolutions, ces manifestations publiques de ses partisans, la Chambre vota que le pamphlet de Lilburne était plein d'assertions fausses^ calomnieuses et séditieuses, que les auteurs et distributeurs étaient coupables de haute trahison et seraient poursuivis comme traîtres ; et elle enjoignit au conseil d'État de donner suite à ses déclarations. Le conseil d'État, de son côté, chargea Mil ton de répondre à Lilburne; et dès le lendemain Lilburne lui-même et ses trois principaux associés, WiHiam Walwyn, Thomas Prince et Richard Overton , furent arrêtés et mis à la Tour *.
Évidemment, dans le parti républicain, soit de l'armée, soit du pays, la majorité, plus sensée que conséquente, désavouait les opposants et voulait soutenir ses chefs et le Parlement. Mais les factions extrêmes ne se sentent jamais faibles, car la fièvre fait croire à la force, et l'espérance demeure toujours là où est le courage du
1 Le 28 mars 1649; Joumals of the Hoitse of commonSy t. VI, p. 153,168,174, 177;— Whitelocke, p. 393;— Godwin, Hist. of the CommonweàltK t. III, p. 60, 343.
il INSl HREi'TlON DES
martyre. Du fond de laTour^ Lilburne publia sous le titre de Portrait du conseil d'Etal, le récit de son arrestation et de celle de ses com|>agnonS; de leur interrogatoire^ de leur défense et de leur emprisonnement : remarquable mélange de fierté digne et de brayade puérile, d'honnêteté et de vanité. Apostrophant Crom^ell et Treton : « Qu'ils fassent du pire qu'ils pourront, disait-il, je les défie ; ils ne peuvent pas me faire plus que le diable n'a fait à Job. Ils ont une armée à leurs ordres; mais dût chaque cheveu sur la tête de chacun de leurs sol^ dats devenir une légion d^omnMs, je ne les craindrais pas plus qu'autant de brins de paille , car le Seigneur iéhovah est nion rocher, et sous ses ailes, je suis en sûreté; je chanterai et je serai gai... Ami lecteur et cher compatriote , excuse-moi, je t'en supplie, si je me glorifie et me vante ; j'y suis forcé par mes adversaires qui me calomnient bassement; d'ailleurs Paul et Samuel l'ont tait avant moi. Si tu tiens pour les justes droits et les libertés du pays où nous sommes nés, je suis à toî, moi John Lilburne, que la peur n'a jamais pu jeter ni la séduction attirer hors de mes principes, qui n'ai ja» mais craint les riches et les puissants, ni méprisé les pauvres et les faibles , et qui espère , avec l'aide de la bonté de Dieu, demeurer semptr idem*. »
Lilburne ne s'en tint pas à des pamphlets, ni à des invectives contre quelques hommes; il avait dans l'es-
i J. Lilburne, The Picture of the couneiH of Staie, etc., 2* édit.,
NIVELEURS (1649;. 4g
prit certaines idées morales et [jolitiques^ \)eu i*éduite« en système, mais fort accréditées dans le« classes populaires, et quil aspirait ardemment à faire triompher. Déjà , le 26 février précédent , il les avait rédigées et présentées, sous forme d'adresse, à la Chambre, Jaloux d'opposer, au plan de gouvernement des meneurs républicains, son propre plan de gouvernement, et de mettre sa république en face de la leur. La Chambre avait reçu son adresse comme on reçoit les vœux d'un ennemi, et sans l'honorer d'aucune réponse. Bleseé dans son amourpropre et dans sa foi politique , Lilburne publia de sa prison, et de concert avec ses compagnons de captivité, une nouvelle Convention du peuple d' Angleterre , résumé de leurs vues en fait d'organisation sociale, et qui devait, dans leur espérance, frapper de décri cette autre Cont^enhon que, trois mois auparavant, le conseil des officiers avait présentée au Parlement. Composée de trente. articles, la constitution de Lilburne n'était pas aussi éloignée qu'il se le figurait de celle à laquelle il prétenddt la substituer ; elle en différait cependant par quelques dispositions, les unes plus justes et plus libérales, les autres plus impraticables el plus vaines. D'une part, Lilburne donnait aux droits et aux libertés des individus, surtout à la liberté de conscience, plus d'étendue ; de l'autre, il s'inquiétait Uen moins encore des moyens de gouvernement, et prenait contre le pouvoir quelques-unes de ces prétendues garantie? qui désorganiseoi à la fois le pouvoir et la société ; il interdisait, par exemple^ aux membres de l'assemblée représen-
44 INSl KKEC'TION DES
lalivc en fonction^ le droit d'être i^éélus à celle qui devait lui succéder. La république du conseil général des officiers ne pouvait pas durer; celle de Ulburne n'eût |)u seulement commencer à vivre *.
Au moment même où il la mettait au jour, elle recevait, d'un incident d'abord obscur, im nom qui la fra|H [lait de mort. Dans le comté de Surrey parut une bandé peu nombreuse encore, mais qui annonçait qu'elle serait bientôt de quatre mille hommes. Everard et Winstanley, le premier ancien soldat^ en étaient les chefs; ils commencèrent à cultiver et à ensemencer çà et là, appelant à eux le peuple des environs, promettant, à tous ceux qui viendraient les joindre, des aliments et des vêtements, et menaçant de renverser les clôtures des parcs voisins. Sur la demande des magistrats du comté, Fairfax envoya deux escadrons qui les arrêtèrent; les chefs l)arurent devant lui le chapeau sur la tête ; on leur demanda pourquoi : « Parce qu'il n'est qu'une créature semblable à nous. » Everard défendit leur conduite et leur droit : « Nous sommes, dit-il, de la race des Juifs; toutes les libertés du peuple ont été perdues par la venue de Guillaume le Conquérant ; le peuple de Dieu a vécu depuis lors sous une tyrannie pire que celle qu'endurèrent nos pères sous les Égyptiens. Mais nous touchons au temps de la délivrance ; Dieu veut tirer son
* Joumals ofthe House of commons, t. VI, p. 151; — WTiitelocke, p. 384 ; — J. Lilburne, An agreement of the free people of Engîand Londres, 30 avril 1649), pamphlet de huit pages.
Nl\ELEURS (I04i):. 45
|)euple de celte servilude et lui rendre la libre jouissance des biens et des fruits de la terre ; une vision m'a apparu qui m'a dit : « Va, cultive et laboure la terre, et recueilles-en les fruits pour les distribuer aux pauvres, pour nourrir ceux qui ont faim et vêtir ceux qui sont nus. » Nous ne voulons attenter à la propriété de personne, ni détruire aucune clôture ; nous ne prenons que les terres non cultivées pour les rendre fertiles et profitables aux hommes; un temps viendra où tous les hommes donneront volontairement leurs biens et les mettront en communauté. Nous ne nous défendrons point par les armes ; nous nous soumettrons à l'autorité et nous attendrons le temps promis, car il est proche ^ » Ces hommes se nommaient eux-mêmes les Piocheurs *; mais le public les appela les Kivdeun ; et ce nom devint aussitôt celui de tous les petits groupes qui, soit dans le pays, soit dans l'armée, poussés par des idées politiques ou religieuses, et diversement anarchiques, voulaient une république autre que celle qui essayait de gouverner l'Angleterre, et lui faisaient une opposition ardente. En vain Lilburne et ses amis pro' testèrent contre ce nom; en vain ils ajoutèrent à leur pjan de constitution un article déclarant formellement « que les biens ne seraient point partagés, ni toutes choses mises en commun '. » La qualification avait une
1 Whitelocke, p. 396, 397; — Carlyle, CromwelVs Letters and Speeches, t.I, p.433;— Godwin, Hist. ofthrCommomreaUh,t. III, p. 82. ^ The Diggers.
» Whitelocke, p. 309-400.
4tJ INsrURECTIOX DES
origine naturelle; des faits et des discours épars^ mais frappants, venaient de temps en temps hi oonfirmer ; elle continua de peser sur tout le partie et les républi* cains en possession du pouvoir^ dans le Parlement et dans Tarmée^ eurent cette fortune que leurs ennemis révolutionnaires s'appelassent les Niveleurs.
Chaque jour la lutte touchait de plus près à la guerre; le moindre incident^ sérieux ou frivole^ devait la faire éclater. Par les relations qu'il entretenait, par les lettres (|u'il écrivait^ Lilburne^ de sa prison, continuait de fo^ menter^ dans la Cité et dans l'armée, une agitation de plus en plus menaçante. Le Parlement résolut ' de lui faire avec éclat son procès^ à lui et à ses trois compagnons; un comité de conseillers d'État et de grands juges, présidé par Bradshaw, fut chargé de rechercher (luelle était; dans cette circonstance^ la procédure la plus convenable ; six avocats eurent ordre de se tenir prêts à porter la parole contre les accusés. Des préparatifs si solennels excitèrent, parmi les partisans de Lilburne^ une émotion passionnée ; les pétitions affluèrent en sa faveur; les unes, signées par dix mille citoyens de Londres et des environs; les autres, présentées par des milliers de femmes qui se pressaient aux portes de Westminster ; aux premières , le Parlement fit répondre sévèrement que les quatre accusés seraient jugés, et (|ue tout le monde en Angleterre devait se soumettre à
1 Le 11 avril 1649; JonrnaU of the Hon^e uf commons, t. VI. p. 183.
la déci^on du Parlement. A la seconde pétition^ on ne fit poinjt de réponse. Les femmes insistèrent : a Elles savaient, dirent-elles, que Lilburne et ses compagnons devaient être, à minuit, enlevés de la Tour, menés àWhitehall et fusillés; le Parlement, en déclarant traîtres les distributeurs et fauteurs du livre de Lilburne, avait tendu un piège au peuple , car on ne pouvait parler des affaires du temps sans parler de ce livre; on voulait donc abolir toute liberté de conversation, ce qui était la pire des servitudes. » Pour toute réponse, la Chambre fit dire à ces femmes de retourner chez elles laver leurs assiettes : a Nous n'avons plus d'assiettes, dirent-elles, ni de viande à y mettre *. »
Au milieu de cette fermentation, huit régiments, quatre d'infanterie et quatre de cavalerie, furent désignés par le sort pour se rendre en Irlande, où la guerre civile avait recommencé*. Les soldats, mal disposés, murmurèrent violemment : c'était un service rude et déplaisant, dans un pays détesté et méprisé, et on les y envoyait sans leur avoir fait justice, sans que leurs arrérages fussent payés ni leurs droits reconnus, sans que le gouvernement et les libertés de TAngleterre fussent apurés. Un court imprimé circula aussitôt dans les casernes et dans les rues, engageant les soldats à récla-
* JûwrnaU of ihe House of eommoni, t. VI, p. 178, 189, 196 ; — Whitelocke, p. 303, 396, 397, 398 ; —Clément Walker, Hisi. of
Independency, part, ii, p. 166 ; — Godwin, Hist. of theC ommonu ealth, t. III, p. 102.
« Le 20 avril 1049.
IH INSrRUKiTlON DKS
mer et à ne iK)int partir en attendant. Tn escadron du iv^inieiit de cavalerie du colonel Wlialîey, que le sort n avait [H»int désigné pour le st»rvice d'Irlande, reçut Tordre de quitter Londres: les cavaliers demandèrent «Irs satisfactions préalables, ?e saisirent du drapeau et rrhb'èrent fonnellenient d'obéir. Fairfax et Crom- \\v\ï accoururent, réprimèrent la sédition, mirent le réf^inient (M1 marclie, et traduisirent quinze des mutins devant la cour martiale. Cinq furent condamnés à^mort. Lilburue écrivit sur-le-champ au général qu'il y prît bien gard(>, qu'en temps de paix nul Anglais ne pouTait être condamné à mort par une cour martiale, que la violation de ce |)rinci|)e avait été l'un des principaux entre les griefs qui avaient coûté la tête à Strafford. Les généraux républicains n'hésitèrent point : « U faut mettre ce [jarli en pièces, avait dit Cromwell dans le conseil d'État, au moment de l'arrestation de Lilburne ; sans quoi il vous mettra en pièces vous-mêmes, et vous passerez pour les phis sots et les plus plats personnages du monde d'avoir été vaincus par une si méprisable espèce d'ennemis. » Cromwell savait à la fois frapper et caresser : a l'instant même, sur les cinq soldats condamnés, quatre reçurent leur grâce, et le cinquième, Robert Lockyer, fut immédiatement fusillé au milieu de Londres, dans le cimetière de Saint-Paul K II était jeune, brave soldat, sectaire pieux, républicain exalté, aimé de ses camarades ; sîi mort fit sui* eux et sur leurs amis du peuple,
» Le 28 avril 1049.
une profonde impression de douleur et de colère ; on veilla, on pria auprès de son corps; et deux jours après *, un cortège aussi solennel que populaire le conduisit au cimetière de Westminster. Cent cavaliers, cinq ou six de front, marchaient en tête ; venait le cercueil entouré do six trompettes qui sonnaient une marche funèhre , et suivi du cheval de Lockyer, caparaçonné en noir; son épée et des branches de romarin à moitié teintes de sang étaient posées sur le cercueil; une grande foule l'accompagnait, portant aux chapeaux des rubans noir et vert de mer; des femmes fermaient le cortège; plusieurs milliers de citoyens, d'une classe plus relevée el qui n'avaient pas jugé à propos de le suivre à travers les rues de Londres, Tattendaient à i entrée du cimetière. Ce fut le sentiment général (jue de telles obsèques étaient un grand aflfront aux chefs de Tarmée et au Parlement*.
Six jours après on apprit à Londres qu'à Banbury el à Sahsbury, dans les régiments des colonels Reynolds, Scrooj) et Ireton, Tinsurreclion avait éclaté; les soldats avaient chassé leurs officiers, sauf un petit nombre qui avaient pris parti avec eux; l'un de ceux-ci, le capitaine Thompson, avait publié sous le titre de : r Etendard de Fuingleterre en avanl^, un manifeste réclamant Tabo-
» Le 30 avril 1G49.
« Whitelocke, p. 397, 398, 399 ; — Cloiiient Walker, Hist. of Indep.y part, ii, p. 151 ;— Tarlvlo, CromircIVs LetUm. t. 1, p. 435 ; — CromtceHiana, p. 55, 56.
* Le 6 mai 1649.
:Ai i\srKUKcri()N dks
lilioiulii conseil d'Htat^ ilr la liante Conr do justice^ un Parleiiiont nonvoan, l'adoption du plan de gouvernement de Lilhurne , sa mise en liberté immédiate ainsi que celle de ses coni|)agnons de captivité^ et déclarant que , si un cheveu tombait de leur tôte , vengeance en «Tait prise, Dieu aidant, sur celle de leurs tyrana. On sut en même temps qu'à Oxford, à Glocester, dans les régiments des colonels Ilarrison, Ingoldsby et Horton, la fermentation était extrême, et que la plupart des soldats de ces corps, en corresi)ondance avec les insurges, se disposaient à se mettre en liiouyement pour se joindre à eux.
Ce fut, dans cette pressante épreuve, le mérite des chefs républicains, Parlement (^t généraux, de ne point s'exagérer le mal ni le péril, et d'y 0|>|)0ser des remèdes prompts et fermes, mais mesurés. Ils agirent s^ms peur et sans colère, avec foi dans leur droit et dans leur force, comme un gouvernenuMit contre des rebelles, non comme un parti contre des rivaux. Le Parlement >ota que toute t(;ntativc , par action ou par écrit, contre le gouvcrnenuMit républicain établi, l'autorité des Communes ou celle du conseil d'État, ou pour exciter quelque sédition dans l'armée, serait considérée comme un acte de haute trahison ; il enjoignit à son comité de terminer sans délai la loi contre les abus de la presse ; il prit des mesures pour la police intérieure de la Cité ; il ordonna que Lilhurne et ses compagnons à la leur seraient séparés les uns des autres, et (jue toute visite, toute communication av(»c Itî deliors leur seraient in-
XTVELEURS (1649:. 51
terdites. Puis, il resta calme et laissa faire les généraux *.
Fairfax et Cromwell, à leur tour, voulurent d'abord s'assurer des troupes qu'ils avaient sous' la main, car rébranlement avait pénétré partout : ils passèrent dans Hyde-Park une revue des deux régiments qu'ils commandaient en personne et qui portaient leur nom. Oomwell parla beaucoup, tantôt aux troupes réunies, tantôt aux hommes isolés : « Qu'avaient-ils de mieux à faire que d'adhérer fidèlement au Parlement ? il avait fait justice des grands délinquants ; il organisait une forte marine qui protégerait efficacement le commerce ; il avait garanti le payement de tout ce qui restait du à l'armée ; il était décidé à mettre bientôt un terme à sa propre durée et à régler la convocation des Parlements nouveaux. Quant à la loi martiale, ceux qui ne voulaient pas s'y soumettre n'avaient qu'à déposer leurs armes ; ils recevraient leur congé, et aussi le payement de leurs arrérages, comme ceux (jui resteraient sous le drapeau.» Un seul soldat fit, d'un ton peu convenable, quelques objections; Cromwell le fit arrêter ; mais aussitôt, sur les instances de ses camarades qui en répondirent, il lui
pardonna et le fit rentrer dans les rangs. Quelques-uns avaient mis à leur chapeau le ruban vert des Mveleurs ; ils rotèrent. Les deux corps se montrèrent pleins d'ardeur, et, la revue terminée, les deux généraux, pleins
* Journals ofthe House of commons, t. VI, p. 205, 201, 208, 209 ; — Whitelocke, p. 401 ]—Par}. Hist., t. XIX, p. 122.
6« ÎNSLKRECTION DES
de confiance, les mirent et se mirenf eux-mêmes surle-champ en mouvement K
Cinq jours après^ ayant fait une marche de quinze lieues en un jour^ ils atteignirent à Burford , dans le comté d'Oxford, les insurgés déjà troublés par un échec (|ue le colonel Reynolds venait de leur faire essuyer à Banbury même, où le capitaine Thompson avait commencé l'insurrection. Surpris et battu, Thompson avait vu sa troupe dispersée, et ne s'était sauvé lui-même que par la fuite; un messager, envoyé aux insurgés par Fairfax, les avait de plus fait tomber dans une trompeuse sécurité ; ils se flattaient qu'on voulait négocier avec eux. Cromwell entra tout à coup dans Burford au milieu de la nuit, avec deux mille hommes, pendant que Reynolds arrivait à l'autre extrémité de la ville pour fermer aux insurgés la retraite. Ils se défendirent quelques moments du haut des remparts et par les fenêtres des maisons ; mais perdant bientôt tout esi>oir, dénués de chefs et de munitions, les uns se rendirent, au nombre d'environ quatre cents; les autres parvinrent à s'échapper. Fairfax réunit sur-le-champ une cour martiale qui ordonna que les rebelles seraient décimés. Dès le lendemain , dans le cimetière de Burford , le cornette Thompson, frère du principal chef de l'insurrection, fut amené et fusillé le premier. Tous ceux qui devaient subir le même sort étaient sur les plombs de l'église, assistante l'exécution de leurs camarades et attendant
* CromwelUana, p. 56; — Carlyle, ('mmweWs Letfers. 1. I, p. 4;J6.
leur tour. Après le cornette Thompson vint un caporal, puis un troisième, qui moururent avec une fermeté indomptable^ ne rétractant rien de ce qu'ils avaient fait et commandant eux-mêmes le feu. Le cornette Dean fut amené le quatrième, ancien et brave soldat que les généraux connaissaient; il témoigna du repentir; Fairfax lui fit grâce et l'exécution n'alla pas plus loin. Cromwell entra dans Téglise, y fit descendre le reste des condamnés, les tança, les admonesta, leur reprocha le péril qu'ils avaient fait courir à la bonne cause, à la cause de Dieu et du pays : «Ils pleurèrent, dit un journal du temps , et furent consignés pour quelques mois dans une garnison voisine, puis rendus à leurs régiments et envoyés en Irlande, où ils marchèrent de bon cœur *. »
Quelques bandes erraient encore dans les comtés d'Oxford et de Norlhamplon ; le capitaine Thompson les rallia et les retint quelques jours; mais vivement attaqué par le colonel Butler, il resta bientôt seul et se réfugia dans un bois; les soldats de Butler y entrèrent à sa poursuite ; Thompson sortit du fourré, marcha sur les assaillants, en tua ou blessa trois, se replia dans le bois blessé hii-même, revint à la charge, criant qu'il ne voulait ni se rendre ni être pris vivant, et tomba enfin frappé de sept balles •. La première et la seule sérieuse insurrection des Niveleurs finit avec lui.
i CromweUiana, p. 5G-57; — Carlyle, Cromwell's Lettcrs, i. I, p. 437- 439;~Whitelocke, p. 402;--Htath, A hriefChronicle, etc., p. 431-432. « Le 19 mai 1649 ; Whitelocke, p. 403.
Lq Parlement témoigna, de ce succès^ une joie où se révélèrent , pour la première fois , ses craintes. L^orateur eut ordre d'adresser à Fairfax, à Cromwell et à tous leurs officiers, des remercîments officiels. Cromwell seul était présent dans la Chambre^ et ce fut à lui que s'adressa Torateur ^ Trois membres furent chaigés d'aller porter à FaiVfax le même tiommage. Un jour fut désigné pour rendre à Dieu des actions de grâces solennelles; deux prédicateurs, célèbres parmi les Indépendants, John Owen et Thomas Goodwin, reçm^nt mission de prêcher ; et ce même jour, 7 juin, après avoir assisté à leurs sermons^ la Chambre entière se rendit dans la Cité^ à un diner de félicitation publique auquel le lord maire et le conseil commun l'avaient invitée. Tous les officiers présents à Londres, au-dessus du grade de lieutenant, y assii'taient. Quand la Chambre arriva à Grocers' Hall, le lord maire présentai l'orateur, qui la lui remit aussitôt, Tépéc qu'on portait devant lui, honneur qui n'avait jamais été rendu qu'au roi, et au banquet l'orateur occupa la place royale. Au moment où les convives allaient s'asseoir, le comte de Pembroke, devenu simple membre des Communes, mais que, pour récompenser sa bassesse et par égard pour son ancienne grandeur, on avait placé à côté du général en chef, appela Whitelocke, disant que c'était à lui de prendre cette place comme premier commissaire du grand sceau. Whitelocke déclinait cet honneur : « Comment
4 Le 26 mai 1649.
donc, lui dit le comte à haute voix, et de manière à être entendu de tous ses voisins , croyez- vous que je m'assiérai au-dessus de vous? J'ai cédé jadis celte place à révêque Williams, et à mylord Coventry, et à mylord Littleton ; vous occupez aujourd'hui les mêmes fonctions qu'ils occupaient; certes, ces fondions ont droit à autant d'honneur sous une républi(|ue que sous un roi , et vous êtes un gentilhomme aussi bien né et aussi bien élevé qu'aucun d'eux; je ne m'assiérai certainement pas au-dessus de vous. » Whitelocke céda avec une vanité humble et satisfaite , et lord Pembrocke eut les éloges comme le mépris de tous les assistants \
A la fin du banquet, le lord maire, de la part de la Cité, fit à Fairfax, dans une aiguière de vermeil, un présent de 1,000 liv. st., àCromwell deSOOliv., cl la Chambre, charmée d'un accueil si éclatant dans ce ménic lieu où elle avait eu naguère tant de peine à faire proclamer la République, eu remercia ofûciellement le lord maire, et chargea un comité spécial de chercher quelque marque de haute estime et de faveur que le Parlement [uit donner à la Cité. Cinq semaines après, un vote du Parlement attribuait «au lord maire et à la communauté des citoyens de Londres, et à leurs successeurs à [)crpétuité, » la propriété -du parc de Richmond, offrant
> Whitelocke, p. 406 ; — CromwelUana, p. 50 ; — Lettre de M. de CrouUé au cardinal Mazarin (21 juin 1649)t — Archives des Affaires e'trangères de France (voir les Docutnents historiques places à la lin de ce volume, n* 1).
ainsi, comme appât^ los dépouilles du roi pour les plaisirs de la Cité*.
Les meneurs ne se faisaient cependant point d'illusion sur les périls qui les menaçaient encore ; ils voyaient de trop près le peuple et Tarmée pour croire que le feu qu'ils venaient d'étouffer fût réellement éteint; ils avaient été fermes et calmes pendant la lutte ; ils furent prudents et modérés après la victoire. Ils s'appliquèrent à donner ou à faire espérer satisfaction aux vœux, légitimes ou populaires, des mécontents. Des mesuresfurent prises pour assurer etfectivement le payement des troupes, pour mettre la population à Tabri de Tabus des logements militaires^ pour venir au secours des soldats blessés et de leurs familles/pour procurer quelque soulagement aux prisonniers pour dettes et du travail aux pauvres de Londres *. Des comités eurent ordre de rechercher ce qu'il y avait à faire à l'égard des monnaies altérées et comment on pourrait rendre la procédure civile plus prompte et moins onéreuse '. Une amnistie générale fut proposée *. La question du terme et du système à adopter pour Félection d'un Parlement nouveau fut mise fréquemment à Tor-
* Whitelocke, p. 406, 411 ; — Leicester's Journah p. 73 ; — Joumals of the House of commons, t. VI, p. 227, 263.
2 Les 5 mars, 7 et 12 mai; Joumals of the House of commons^ t. VI, p. 155, 202, 208.
3 Les 2 mars, 18 mai, 4, 22 et 27 juin; ihid.y t. VI, p. 154, 211, 224, 240, 244.
> Le 25 avril 1649; ihid., t. VI, p. 195 ;— Whitelocke, p. 398.
dre du jour*. Dès lois furent rendues d'une part pour abolir les anciennes contraintes imposées à là foi et au culte des sectes chrétiennes , de Taulrè pour ré« primer la licence des moeurs^ car Popposition demandait à la fois plus de liberté et plus de sévérité *. On ne s'en tint pas aux mesures générales et aux promesses législatives ; on voulut témoigner aux hommes les plus compromis des dispositions bienveillantes; plusieurs chefs du Parlement et de Tarmée eurent, avec les principaux Niveleurs, des conférences pour essayer de s'entendre sur les réformes à accomplir et sur les moyens de gouvernement*. L'esprit de conciliation s'étendit jusqu'à Lilburne lui-même : en les mettant au secret, lui et ses compagnons, on leur avait retiré l'allocation accordée en général aux prisonniers; on la leur rendit \ Un des afûdés du parti dominant, et même de Cromwell, le révérend Hugh Peters alla', comme de lui-même et par un pur sentiment d'intérêt affectueux, visiter Lilburne à la Tour pour tenter de Tadoucir en lui ouvrant des perspectives d'accommodement et de liberté. On ajourna les poursuites commencées contre lui. Son (ils aîné
> Les 1", 11 et 15 mai 1649 ; Jowmah of the House of commons, t. VI, p. 199, 207, 210.
* Les 29 juin et 13 septembre 1649, les 8 f<^vrier, 10 mai et 27 septembre 1650; Joumals of the House, etc., t. VI, p. 245, 295, 474, 359, 410.
» Whitelocke, p. 424.
* Les 12 et 15 mai 1649; Joumals ofthe House of communs, t. VI. p. 208, 210.
5 Le 25 mai 1649.
yH INSUKRECTIOX DES
tomba malade; ranxicti* paternelle 4'cmporta sur la (hTté |>oliti(|ue ; Lilburne écrivit à Henri Marlyn, qni (Hait resté avec lui en bons rapports, pour demander la IH^nnimon de sortir de la Tour et d'aller voir sa femme et Mes (enfants. On la lui accorda, et cette tolérance devint pres(|ue babituelle pour lui et pour ses compagnons*. Le Parlement républicain avait, aufond^un vif déhir d(; faire, avec Topposition démocratique et fanatiipje i|u'il avait vaincue, une paix véritable, et de la vrm' rentrer dans les rangs du parti qui, avec toutes Hes forces réunies, suffisait à grand'peine à contenir et à Kouverner violennnent le pays.
Mais ri(;n n'(»st |)lus indomptable (|u'un esprit étroit, subtil et vain, joint à un cœur bonnête et ferme : Lilburruî (;ût traité |)cut-étre, tout en les détestant, avec des ennemis (pill eût crus, comme lui, convaincus et .«incères; mais il méprisait ses vainqueurs-comme des ambili(îux intéressés, roués et bypocrites ; leurs faveurs mémiî n'étaient, à ses yeux, que des concessions de leur faibl(î?8e ou des artifices de leur perfidie. 11 traita Hugh Petcîrs, (|uand celui-ci vint le voir à la Tour, avec une francbise brutale, et repoussa ses insinuations comme des insultes ou des pièces. Peterslui reprochait d'avoir, par s(»s atla(iues, causé les malheurs de la dernière lutte et mis à nu les plaies de la République : c< Quand le soleil brille sur le fumier, répondit Lilburne , si une
» Les l« juillet et 7 septembre 1649 ; Journah of the Home of communs, p. 204, 292.
odeur infecte en sort, est-ce la faute du soleil ou du fumier *"? » et dans l'espace de trois mois, quatre nouveaux pamphlets altestèrent son intarissable hostilité. Ij^un de ces |>am[)hlets, adressé au conseiller d'État Cornélius HoUand, était un déli en champ clos de dispute poliii(|ue : « Que votre Chambre, écrivait Lilburne, choisisse deux personnes et n)oi deux autres, et si ces quatre personnes ne peuvent s'accorder, qu'elles en nomment une cinquième, pour décider entre nous; nommez, si vous voulez , Cromwell, Irelon, Bradshaw, tous les orateurs ou plaideurs que vous avez eus contre le roi et les lords que vous avez fait décapiter; que je sois seul à défendre ma cause: pourvu (|ue le débat soit public et que je puisse parler librement pour moimême, je consens, si je n'établis pas mon innocence, à perdre tout ce que je possède, y compris ma vie... Mais si, dans cinq jours, ma proposition n'est pas adoptée, je me tiendrai |)our libre de disséquer et d'étaler devant le [lublic tout ce que je sais de vous et de vos associés';» et dans deux pamphlets en etlet, l'un dirif^^é nonnnément contre Cromwell et Ireton ', l'autre contenant une provocation séditieuse adressée, |>jp* dix apprentis de la Cité, aux soldats de Tarmée, en particulier au régi-
* A discourse hetiaxt lient. -col, John Lilbvme. close prisoner in the Tower of Lonâon, ayid M. Huffh Peters, vpon Ma\i 25, 1649, p. 3.
* John Lilburnc to his honoured friend M. Cornélius HoUand, p. 5. 8 An impeachment of high trcasan against Oli^ei' Cromwell and
Henry Ireton^ hy John Lilhwne août 1649)."
♦ÎO INSrRRECTIOX DES
ment de Fairfax *, Lilbiirne usa largement du droit qu'il
s'était réservé.
Ces provocations ne demeurèrent point sans eflfet;
une nouvelle sédition éclata à Oxford 'dans le régiment* du colonel Ingoldsby ; les soldais arrêtèrent et emprisonnèrent leurs officiers, et leur colonel lui-même envoyé en toute hâte par le Parlement pour les réprimer; ils choisirent entre eux des agitateurs, se fortifièrent dans les bâtiments de New-College, et renouvelèrent de là toutes les demandes des Niveleurs. Ils attendaient^ disaient-ils, six mille hommes du comté de Northaûipton, autant des comtés de Touest et de Kent. Sur plusieurs points en effet et dans phisieurs corps. Tébranlement se fit sentir ; le cornette Dean , à qui naguère, dans le cimetière de Burford, Fairfax venait de faire grâce, reparut à la tcte d'une bande. Mais le mauvais succès de la première insurrection et la fermeté clémente des généraux avaient laissé, dans l'armée et dans le peuple, une impression profonde ; le mouvement ne réussit ni à se propager, ni à se prolonger; les officiers retenus en prison à Oxford reprirent sans bruit leur autorité, f abord sur les sentinelles mêmes qui les gardaient, puis sur les soldats épars dans les rues; bientôt le régiment tout entier se soumit à son colonel, et dix jours après son explosion , la rébellion
* An outcry of the youny men and apprenticeî of London , by 'J. LiJbume (29 août 1649).
* Le 6 septembre 1649.
NiVKLEUns 1049;, 01
était partout comprimée ou s'abandonnait elle-même ^ Mais un fait nouveau et grave se produisit alors pour la première fois. Quand Hugh Peters était allé voir Lilburne à la Tour^ « Dites à vos maîtres, lui avait dit le prisonnier, que si maintenant je pouvais choisir^ j aimerais mieux vivre sept ans sous le gouvernement du vieux roi Charles, quoiqu'ils lui aient coupé la tète comme à un tyran, qu'un an sous leur tyrannie actuelle; et je vous dis que, s'ils persistent dans cette tyrannie, ils feront au prince Charles assez d'amis, non-seulement pour proclamer son nom, mais pour le ramener sur le trône de son père *.» Deux mois après, en publiant son Cri des Apprentis aux Soldats, le même Lilburne disait à ces derniers : « Quand vous êtes accourus au pervice des lois du pays, vous ne vous êtes nullement engagés contre la personne du roi, comme roi, ni avec aucune pensée de le détruire, mais uniquement pour régler la royauté '. « Ce sentiment et ce langage avaient i)ort<» leurs fruits; les Niveleurs étaient entrés en liaison avec les Cavaliers ; au moment même où éclata la sédition d'Oxford, une lettre fut interceptée, écrite par un Cavalier en prison à la Tour, à lord Cx)ttington, l'un des conseillers intimes de Charles II, en France, et qui portait : « Toutes nos espérances ici dépendent de la bienveillance ap|)arente que S. M. témoignera à Lilburne et
* Journah of the House of communs, t. VI, p. 293; — Whitelock»*, p. 424, 428.
' A discourse bctwLvt J. Lilburne and Hugh Peters, p. H, 3 The nuicry of Vie ifounff men of Lnndo)}. y. \.