PROCKS DE
au parti niveleur, dont le inécon ton lement s'accroît chaque jour; il n'y a rien h faire j)our nous si les Niveleurs ne marchent avec nous, et les premiers, ce quMls sont, j'espère , bien près d'accomplir. Je demande qu'on m'aide dans ce travail, car sans un peu d'argent, il n'y a pas fn*and'cho?e à attendre, les gens avec qui je traite élant très-pauvres et besoigneux *. »
1^ Parlement ne pouvait manquer de se prévaloir de tels faits: il on fit son principal argument dans une longue déclaration qu'il publia contre les Niveleurs, pour justifier la conduite plus rigoureuse qu'il se proposait de tenir envers eux, et pour raffermir ses partisans'; et joignant l'action aux paroles, il ordonna que le procès de Lilburne serait inunédiaf(;nicnt poursuivi, et nomma, pour présider au jugement, une commission extraordinaire de quarante membres, laissant toutefois au jury le droit de prononcer sur les faits imputés au prévenu'.
Les parents et les amis.do Lilburne, sa femme, aussi courageuse que lui et qui l'aimait tendrement, son frère, le colonel Robert Lilburne, officier estimé des généraux et de l'armée, firent les derniers efforts pour le soustraire à ce procès. 11 laissa percer lui-même quelque désir d'y échapper; il offrit de se retirer en Amérique; mais il publia au moment même un pamphlet pour expUquer les motifs de son départ et en débattre aigre-
1 Parliamentary History, t. XIX, p. 193.
* Le 28 septembre 1649; Parliament. Hist., t. XIX, p. 177-200. 3 Le 11 septembre 1649; Journah of the House of commons, t. VI, p. 293,
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ment les conditions *. On ne lui répondit point. Cédant aux instances de sa femme^ il demanda un délai. On ne lui répondit pas davantage; le gouvernement républicain était résolu de pousser à bout cet insupportable ennemi, et se croyait sûr de s'en délivrer.
Le procès commença à Guildhall, le 24 octobre 1649. Lilburne y déploya toutes les ressources de son esprit et toute la vigueur de son caractère pour lutter contre de savants cl subtils magistrats, les uns scrviles et ardents à entraver sa défense, les autres honnêtes et désirant protéger Taccusé dans ses justes droits, mais à chaque instant piqués et irrités par ses brusques saillies et par l'amertume de ses sarcasmes ou la violence de ses invectives contre le j)OUvoir dont ils étaient les représentants. On touchait au terme du débat qui avait duré deux jours; Lilburne se tournant tout à coup vers les jurés : « Messieurs du jury, dit-il, vous êtes mes seuls juges, les gardiens de ma vie ; c'est à vous (pie le Seigneur demandera compte de mon sang. Je vous conjure donc de bien connaître votre pouvoir, de bien considérer votre devoir envers Dieu, envers moi, envers vous-mêmes, envers notre pays; et que l'esprit du Seigneur Dieu toutpuissant, maître du ciel et de \i\ terre, et de toutes les choses qui y sont contenues, soit avec vous, vous assiste et vous dirige> et vous enseigne à faire ce qui est juste et pour sa gloire 1 »
* Le 22 octobre 1649. Ce pamphlet est intitulé: The innocent man*s second Proffer,
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(( Amen ! » s^écria d'une seule voix toute l'assistance qui était nombreuse. Les juges se regardèrent les uns les autres avec quelque inquiétude y et demandèrent au major général Skippon de faire venir trois compagnies de plus. Le procureur général Prideaux et le grand juge Keble qui présidait la cour, renouvelèrent leurs efforts pour convaincre le jury de la justice et de la nécessité de la condamnation. Âpres trois quarts d'heure de délibération, le greffier s adressant aux jurés: « Messieiu's du jury, êtes- vous d'accord de votre verdict? — Oui. — Regardez le prisonnier; est-il coupable des trahisons dont il est accusé, ou bien non coupable ? — ^Non coupable de toutes ces trahisons. — Ni de toutes, ni d'aucune ? — Non coupable, ni de toutes, ni d'aucune. »
A ces mots « non coupable » la salle retentit d'une acclamation telle, dit-on, que peut-être on n'en avait jamais ouï de pareille. Durant une demi-heure, les juges demeurèrent immobiles sur leurs sièges, exposés à cette explosion de la joie publique. Le prisonnier était debout à la barre, tranquille et plus modeste dans sa contenai>ce qu'il ne l'avait été auparavant. Le tumulte apaisé, le greffier reprit la parole : « Messieurs du jury, faites attention à votre verdict; la cour l'a entendu; vous dites que John Lilburne n'est coupable ni de toutes, ni d'aucune des trahisons dont il est accusé. Vous le dites tous? — Oui, nous le disons tous*. »
Lilburne fut reconduit à la Tour, suivi des acclama-
1 Stafe-Triah. t. IV, col. 1-270-1470.
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lions de la multitude, et toute la nuit des feux de joie furent allumés dans les rues. Le gouvernement essaya de le retenir encore en prison; mais au bout de quinze jours, le mécontentement du peuple et les efforts de quelques membres des Communes, prudents et bienveillants, entre autres de Ludlow et de Henri Martyn, obtinrent enfin son élargissement \
Le Parlement ressentit vivement cet échec, plus amer cependant pour son amour-propre que dangereux pour son pouvoir : quoique Lilburne lui échappât, la victoire lui demeura sur les Ni voleurs qui renoncèrent à soulever le pays et Tarmée, «t ne furent plus que des conspirateurs. Mais cette victoire même était vaine ; le gouvernement républicain triomphait sans s'affermir; ses ennemis, le roi, les Cavaliers, les républicains anarchiques tombaient sous ses coups, et il se sentait contraint de maintenir et même d'aggraver ses rigueurs. Il ajouta, aux anciens statuts sur la trahison, des dispositions nouvelles et plus menaçantes, car elles considéraient les paroles comme des actes et les érigeaient en crime capital*. En laissant tomber la censure préalable, il vota une loi de la presse qui portait la sévérité jusqu'aux interdictions et aux inquisitions les plus tyranniqucs ; nonseulement elle condamnait à des peines très-dures les auteurs, imprimeurs, vendeurs et distributeurs d'écrits séditieux ; mais les acheteurs mêmes étaient tonus, sous
* Le 8 novembre 1649.
« Ce bill, proposé le 1*' mai 1649, fut adopté le 14 ; Joumals of iheHouse of commons, t. VI, p. 199, 209.