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champ : et La reine m'a commandé de vous donner ordre de passer incontinent en Hollande , près M. le prince d'Orange; et afin que vous soyez en état de traiter a^ec lui, si vous le trouvez disposé à rompre avec l'Espagne, je vous envoie le pouvoir du roi pour conclure le traité, et ce sera le plus grand service que vous sauriez jamais rendre au roi. En mon particulier, je vous saurai trèsbon gré si vous portez ce prince à rompre avec l'Espagne ; ce qui romprait toutes les mesures de mes ennemis, et dissiperait les cabales et factions qui paraissent à la cour et dans le Parlement contre moi. Je vous prie de ne rien négliger pour faire réussir cette affaire qui est très-importante*. »
L'affaire ne réussit pas ; le prince d'Orange mourut*; et vers la fin de cette même année, Mazarin se trouva seul, en face de l'Espagne toujours ennemie, de la République britannique officiellement reconnue par l'Espagne, des Provinces-Unies détachées, par la mort de leur stadthouder, de la cause monarchique, et sans relations, même officieuses, avec l'Angleterre d'où son agent était chassé.
Par caractère autant que par politique, il ne pouvait rester dans cette situation : aussi impatient que fourbe, et redoutant peu les dégoûts, il était de ceux qui se pressent d'agir pour sortir d'embarras et qui s'exposent
* Lettres, mémoires et ne'gociations de M. le comte d'Estrades (Londres, 1753), 1. 1, p. 99-103.
* Le 6 novembre 1660.
à un nouvel échec plutôt que de ne rien faire pour réparer celui qu'ils ont subi. Les négociants français insistaient fortement pour qu'on renouât, avec l'Angleterre, des relations pacifiques; ils essayèrent d'entrer eux-niêmes en correspondance directe avec le Parlement républicain, et un M. Salomon, vicomte de Virelade, écrivit en leur nom, de Paris, au conseil d'État britannique, demandant un sauf-conduit pour aller à Londres négocier dans leur intérêt : « Il n'y a ici personne, lui répondit Walter Frost, secrétaire du conseil d'État, qui puisse traiter avec vous de ces affaires, sinon la puissance souveraine ou ceux qu'elle députerait; et cette puissance-là ne voudra recevoir d'adresse de personne que de la puissance souveraine de France, laquelle seule peut donner les pouvoirs nécessaires pour traiter de telles affaires. Je ne puis donc vous procurer un saufconduit pour venir en la qualité que vous marquez
Mais si l'État de France veut faire, par vous, ouverture d'adresse publique à cette République sur ces affaires, et en la forme usitée entre États souverains, je ne doute point que cet État-ci ne soit content de recevoir les propositions honnêtes et justes qui seront pour terminer les différends et rétablir le commerce en sa liberté pour le bien commun*. »
Colbert vint en aide aux négociants : il rédigea un
* Le 11 décembre 1650 ; — Documents inédits sur l'histoire diplomatique de France; — Re^me nouvelle, t. V, p. 413-416 {Documents historiques fii^XlY).
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mémoire où, posant en iiriiicipe que « pour remattr^ la ecMmneree il y a deux choses nécessaires, lasûrçté at la liberté, » il rappela les faits qui détruisaient, pour la commerce de la France avec l'Angleterre^ œs deyx con^ ditions de salut, et indiqua, sans hésitation, par quai^ moyens on pouvait les retrouTer: «Le point où les Animais s'attachent le |dus, dit-il en finissant, est la reooix^ naissance de leur République, en quoi 1^ Espagnols nous ont précédés. On a à craindre une plus étroite union par suite des négociatimis de 1 ambassadeur d'Espagne en Angleterre. Cest à nos seigneurs les miiiistres à prescrire la forme de cette reconnaisiapce, jusqu'où alte doit aller, en quoi la France sera excusaU^ da\^t Di^u et les hommes si elle est contraipta do twÎt k U reconnaissance de cette République pour prévanif tes ligues et mauvais desseins des E^^agnols qui fout tout^ las iu) ustices et se soumettent à toutes les bagseyw înift* ginables pour nous nuirez »
SU eut décidé seul, Maiarin eut prdMddem^t pris un parti prompt et complet ; mais il avait à décider Anne d* Autriche, son conseil et ses entours; il lui préseuta uu mémoire oùla question de la reconnaissance de laRépu* Uique d'Angleterre était soigneusement débattue : « Il semble daboni, dit-il, que, si ou se r^Ie par les lois de rhonuaur ou de la justice, on ne doit point reccmnaitre cette République, puisque le roi ne saurait rien faire de
^ DocumenU inédits ^t«r Vhistoirt diplomatique de Franc»; — Qm}U« notir«]I«, t. V» p. 409-413 Documents historiques^ n^XV}.
AU PAKUSMENT HKPUBUCAIN atî50-1651). i35
plus préjudiciable à sa réputation que cette reconnais* sfmce par laquelle il abandonne Tintérét du roi légitime^ son proche parent^ voisin et alliée ni rien de plus injuste que de reconnaître des usurpateurs qui ont souillé leurs
mains du sang de leur souverain Mais comme les
lois de rbonneur ou de la justice ne doivent jamais rien faire faire qui soit contraire à celles de la prudence, il faut considérer que toutes les démonstrations que Ton pourrait faire présentement en faveur du roi d'Angleterre n'amèneraient pas son rétablissement; qu'un plus long refus de reconnaître la République ne servira de rien pour augmenter ou confirmer lesdroitp du roi;.,., que ce que la nécessité du temps et des affaires obligera de faire en faveur de la République n'empêchera pas que ci-après on ne puisse se prévaloir des conjonctures favorables qui se présenteront quand on sera en meilleur
état pour faire quelque grande entreprise Que
d'ailleurs il y a sujet de craindre que, si les Espagnols sont une fois plus étroitement liés avec les AuglMS^ comme ils y travaillent avec chalem*, ils ne les empê- (dient de s'accommoder avec nous, et ne les engagent, sinon à nous faire une guerre ouverte, au moins à leui* donner de puissantes assistances contre nous, 11 ne reste donc pas lieu de douter que Ton ne doive sans délai entrer en négociation avec la République d'Angleterre
et lui donner le titre qu'elle désire. Il y a néanmoins une
condition absolument nécessaire et sans laquelle il serait inutile de s'engager à faire cette reconnaissance, qui est d'être assuré auparavant qu'on en retirera quelque