ENVOI DE M. DE GENTILLOT
utilité capable d'emporter, en la balance, le préjudice
qu'on pourra en recevoir en la réputation Il serait
doublement préjudiciable de faire une bassesse si, après ravoir faite, les Anglais demeuraient dans l'indifférence et la froideur, et si ces avances ne servaient qu'à les rendre plus orgueilleux et plus difficiles dans les conditions du traité qui devra être fait avec eux pour accommoder les différends que nous avons ensemble ^ »
Pour échapper à ce danger et ne pas « s'exposer à une honte publique sans aucun profit, » on résolut d'envoyer d'abord à Londres un agent secret, M. de Gentillot, homme d'esprit, connaissant bien l'Angleterre et déjà employé plusieurs fois dans des missions semblables : « Sa Majesté, disaient ses instructions, a trouvé bon que le sieur de Gentillot, s'en allant en Angleterre, travaille adroitement et sans éclat, par le moyen des amis et habitudes qu'il a en ce peuple-là, à se bien informer s'il y a une véritable disposition à faire cesser, par un bon accommodement, les différends qui sont entre les deux nations et à rétablir entre elles une bonne correspondance. Il doit être assuré avant ioutes choses que le Parlement d'Angleterre n'a point fait de traité particulier avec les Espagnols contre la France, et qu'il n'est point tellement engagé avec eux qu'il ne puisse faire tous les accommodements et confédérations qui seront
1 Janvier 1651 ; — Documents inédits sur l'histoire diplomatique de France; Revue nouvelle^ t. V^ p. 416-419 (Manuscrits de Brienne^ à la Bibliothèque impériale). {Docume^its historiqueSj noXVI.)
A LONDRES (janvier 1651}. 237
jugés utiles pour les deux royaumes Les Anglais ne
manqueront pas de demander que le roi reconnaisse apparenunent leur République par des lettres et autres démonstrations publiques ; sur quoi le sieur Gentillot représentera qu'il n'y aura point de difficulté sur cet article, et que c'est un iwint i\nc le Parlement peut tenir pour accordé selon son désir, mais (|u'il nous importe d'être assurés qu'après la reconnaissance faite nous ne rentrions pas en rupture ou en mauvaise intelligence, et que les hostilités cesseront entièrement. L'assurance ne peut être autre que de convenir en même temps d'un projet d'acconunodement pour les différends qui sont entre les deux nations. » Ici venait l'exposition de ces différends ainsi que des conditions dû traité qui devait y mettre un terme, et les instructions finissaient en disant : « Le sieur de Gentillot pourra même laisser entendre que, si la République d'Angleterre désire quelque engagement plus étroit avec la France, principalement contre rEsj)agne, l'on y est entièrement dis[)osé
de ce côté-ci En cas que ledit sieur de Gentillot y
trouve disposition du côté des Anglais, sur les avis qu'il en donnera, l'ambassadeur qui passera en Angleterre sera chargé et aura i)ouvoir suffisant d'en traiter*. »
Mazarin, dans cette démarche, avait oublié de prévoir deux choses, la faiblesses de sa propre situation et la
* Le 20 janvier 1651 ; — Documents inédits sur Vhistoire diplomatique de France {Revue nouvelle, t. V, p. 419-422). {Dorume^its histonques.n'^WJl.]
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fierté des républicains anglais : au moment où M. de Gentillot arrivait à Londres, les Frondeurs triomphaient à Paris ; le cardinal, obligé de fuir*, trouvait, à grand'peine, un asile d'abord au Havre, puis à Sedan ; et lé Parlement britannique de son côté, voulant être reconnu par la France comme il venait dé Têtre par TEspagné^ hautement et sans plus de délai, refusait d'écouter et même d'admettre à Londres aucun agent officieux et secret : a J'ai eu tous les regrets du monde, écrivit M. de Gentillot à M. Servien, que je n'aie paà su au vrai lêS choses avant de me charger de ce voyage ; ces gens-cl ont trop de sujet de se plaindre ; ils veulent qu'on parte
à eux par les formes et que l'on vienne à compte *
J'ai fait tout ce qu'il m'a été possible ; tout cela n'a serti de rien. L'on a cru que vous ne m'aviez envoyé ici que pour faire office d'espion dans leurs affaires. Soit cela ou quelque autre raison, ou pour nous montrer qu'ils ne peuvent s'accommoder à cette façon de traiter qui s'éloigne de leur reconnaître la puissance, tant il y a que fort brusquement ils m'ont envoyé chercher vendredi^ comme particulier, pour venir auprès d'eux J six députés du conseil d'État m'examinèrent peu, s'en allèrent faire leur rapport, et peu de temps après me firent donner, par un secrétaire, un acte qui porte que je sortirai dans trois jours de Londres; à quoi obéissant, je sors d'ici aujourd'hui qui est mon troisième jour; je passerai à Calais pour attendre réponse à cette dépê-
* Knfovriorl651.
MORT bu PRINCE D'ORANGE (6 novembre 1650K 239
che*. » On n'ordonna rien de plus à M. de Gentillot; il i^ntra à Paris, et le reste de Tannée 16î>1 s'écoula sans qu'aucun nouvel essai de rapprochement fût tenté entre la cour de France et le Parlement républicain.
On s*en inquiéta peu à Londres, car la République et ses chefs étaient dans l'un de ces accès de fortune et d'espérance qui trompent les gouvernements , surtout les gouvernements nouveaux, sur leur force réelle, et font éclater les rêves de leur orgueil. En même temps que la reconnalstônce de l'Espagne faisait entrer la jeune République dans la société des États européens, la mort de Guillaume, prince d'Orange, livrait à l'influence de l'Angleterre les Provinces-Unies, celui de ces États au* quel l'unissaient les liens les plus naturels de situation et d'intérêt. Toutes deux protestantes et républicaines, l'une à j>eine victorieuse, l'autre encore engagée dans la lutte pour la défense de leur foi et de leurs libertés, les deux nations avaient, au nom didées analogues, lô même cause à soutenir, souvent contre les mêmes ennemis. Tout les invitait à une alliance intime. Un obstacle l^ave s'y opposa d'abord : deux grands partis, d'un côté le patriciat bourgeois des villes, de l'autre la maison de Nassau soutenue par les restes de la noblesse féodale et par la multitude, se disputaient le gouvernement des Provinces-Unies î tous deux puissants et respectables, car ils avaient tous deux glorieusement combattu
1 Le 6 mars 1651; — Manuscrits de Briénne ; -^ Documents inédits syr l'histoire diplornatique de France,