ÉTAT DES RELATIONS DE L'ANGLETERRE
et souffert pour conquérir Findépendance de leur patrie. Vainqueurs, ils entrèrent aussitôt en lutte sourde ou déclarée, l'un aspirant à fonder une République aristocratique et fédérative, l'autre tendant à transformer, sous le nom de stadthoudérat, la confédération des Provinces-Unies en une souveraineté unique et héréditaire. Désunion déplorable, dans laquelle l'un et l'autre parti, obéissant à des sentiments nobles et soutenant des intérêts légitimes , aggravaient outre mesure, par leurs passions, l'importance de leurs dissentiments, et méconnaissaient également tour à tour la limite de leur force et le vœu de leur pays. Tant que le prince d'Orange vécut, il fit prévaloir, dans les conseils des Provinces-Unies, une politique hostile à la République britannique : non pas sans effort ni complètement; il eût voulu, même au prix de la guerre, engager la Confédération dans la cause de Charles II; c'était plus que ne comportaient évidemment le bien et le sentiment public ; la province de Hollande, où dominaient les intérêts commerciaux et les patriciens bourgeois, soutint énergiquement la politique de la paix et de la neutralité; elle avait, pour son propre compte, avec le Parlement anglais, des relations bienveillantes ; il prenait soin de ménager ses négociants et de lui témoigner des égards particuliers; elle envoya même et entretint quelque temps à Londres un agent spécial, Gérard Schaep, que le Parlement reçut et traita avec distinction ^ La rupture
1 Le 11 juin 1650; — Joumals of the House of commons, t. VI, p. 414, 421, 422,425.
AVEC LES PROVINCES-UNIES (pin db 1650). 241
entre les deux États fut ainsi prévenue : mais là se borna Finfluence de la province de Hollande et de ses magistrats; ils ne purent empêcher que, dans la conduite générale des affaires, le prince d'Orange, secondé par les jalousies des autres provinces et par le sentiment populaire, ne fît prévaloir la politique royaliste. Nonseulement les États généraux donnèrent à Charles II toutes les marques dintérét et tout Tappui indirect qui ne les compromettaient pas absolument à son service ; mais ils l'admirent à conférer avec eux, à leur exposer sa situation et ses vues, à réclamer leurs conseils; et au même moment ils refusaient toute audience au résident de la République d'Angleterre, Walter Strickland , resté à la Haye après le meurtre de son compagnon Dorislaûs ; et ni ses instances répétées, ni la protestation formelle des États particuliers de la province de Hollande ne purent surmonter ce refus *. Strickland retourna à Londres et fit connaître au Parlement, en lui rendant compte de sa mission avec Tamertume d'un agent offensé, l'inimitié profonde que lui portaient et le prince d'Orange et les États généraux qu'il dominait ^
A la mort du prince d'Orange, cet état de choses changea complètement; malgré de grandes marques de respect et d'affection envers sa famille, ni ses dignités ni
1 Le Clerc, Histoire dea Provinces-Vnies^ t. II, p. 272 ; — Journah of the House ofcommons, t. VI, p. 295, 315; — Thurloe, State-Papers. t. I, p. 11;M15;— Clarendon, Hist. of the Rébellion, 1. xii, c. 27.
* Le 7 août 1650; — JovrnaU of the Honae of rommona. t. VI. p. 452.