LES AMBASSADEURS ANGLAIS
jeune prince d'Orange, fils de la sœur de ce roi banni qui était, au monde, ce qu'il craignait le plus *. »
Divers incidents, les uns naturels et presque inévitables, les autres suscités à dessein, vinrent encore aggraver les embarras de la négociation. La populace de la Haye témoignait fréquemment aux ambassadeurs sa grossière malveillance ; dans les rues et aux environs de la ville, leurs gens furent insultés et maltraités par les gens de la princesse d'Orange ou par les Cavaliers attachés au duc d'York qui résidait en ce moment auprès de sa sœiu*. Le prince et la princesse eux-mêmes passaient et repassaient souvent, en grand cortège et lentement, devant l'hôtel des ambassadeurs, conune pour les braver; plaisirs puérils que se donnent les haines et les humeurs de parti poiu* se consoler ou se distraire un moment de leur impuissance. Un jour, le prince Edouard, jeune frère du prince Robert, voyant passer les ambassadeurs en carrosse, les apostropha des noms de : « Coquins, misérables chiens I » Saint-John , se promenant dans le parc de la Haye , y rencontra le duc d'York, à pied comme lui, et ils ne se reconnurent qu'en se voyant face à face. L'ambassadeur de la République ne cédant point le pas , le prince lui abattit son chapeau en lui disant : « Apprenez, parricide, à respecter le frère de votre roi. — Je ne vous reconnais, vous et celui dont vous parlez, que comme une race
* Leeven en Dood der Gehroeders ComeUs en Johan de Witt (Amsterdam, 1705), p. 26, 27, 35 ; traduit en français sous le titre de : Histoire de Cçimeille çt Jean de Wi^t (Utrecht, 1709), t. I, p. 04.